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D'niSTOinE COXTEMPOnAINE
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RELATIONS DE LA CHINE
us ri'ISSASCES OCCIDENTALES
l'inriintiiu KoutKii-tir
Hbiii'I CORDIER
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VÈU\ AtCAJV, ÈUITEUR
• Il If iiinii. r.tutlOD OAII,kll>lll> îT i-
iiisToinK
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RELATIONS DE LA GilINE
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L K S I» L I S S A \ ( ; i<: s o ce. i d k n ta i. k s
1 8Go- 1 900
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CORDIER (H ), professeur à IKcolc des langues orientales vivantes. —
Histoire des relations de la Chine avec les puissances occi-
dentales (i 860- I 900) :
ToMK 1 (1861-75), I vol. in-8 avec carlo n> IV.
Tome 11(1875-1887), i vol. in-8 avec caries 10 l'r
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Question d'Orient. Préface de G. Monod, do l'Institut; ^'^ édit .
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1900, I vol. in-8 7 fr.
LANESSAN (J.-L. de), député. — L'Indo-Chine française. Étude
économique, politique et administrative sur la Cuchinc/tinr, le Cfim-
bodge, VAnnam et le Tonk'm. Ouvrage couronné par la Société rie
Géographie commerciale de Paris (médaille Dupleix). i vol. in-8 avec
5 cartes en couleurs hors texte, 1889 i5 fr.
— La morale des philosophes chinois, 1896, i vol. in lO. 1 fr. lo
MONMER (Marcel). — Le Drame chinois (juiUet-aoAt 1900). i vol.
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OLDENBERG, professeur à TUnivcrsité de Kiel. Le Bouddha; Sa vir;
Sa doctrine : Su conimunnufé. Traduit de l'allemand par \. Foi rui',
agrégé de l'Université. A\'e,c une préface de M. Sylvain Lfvi, pro-
fesseur au Collège de France, ae édil., 1902. i vol. in-8. 7 fr 5o
PIOLET (J.-B.). — La France hors de France ; De notre émigration :
Sa nécessité; Ses conditionsy 1 vol. in-8, 1900. ... 10 fr.
HISTOIRE
DES
RELATIONS DE LA CHINE
A \ KC
LES PUISSAÎSCKS OCCIDENTALES
1860-1900
I/Zliî
LKMPEREUR KOUANCi SIU
l>KE.MItIlK l'AllTIK : 1875-1887
V\l\
Henri CpRDIER
ProA'sseur à TLcdic «les lan^iic!^ orientale» vivanUî»,
Vicc-Présiclcnl do la Société de Gwgrapbie
PARIS
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
ANCIENNE LIBUAIUIE GEIIMER BAILLIÈRE ET C
1U8, BOULEVARD S A I >' T - G £R M A I N, I08
190a
Tous droits rés<^rvé«.
LES RELATIONS DE LA CHINE
AVEC LES PUISSANCES OCCIDENTALES
1 8Co- 1 900
CIl.M'lTRE PREMIER
ATËHEMENT DE KODANG-SIU
La fin prémaliirée de T'oung-Tclié devait faire nnitrc na-
turellement dessonpçons sur les causes de relie mort impré-
vue ; le peuple se refusa dans cerl.iins endroits ù croire k
la disparition du jeune souverain et un aventurier surgit
même dans le Ynn-Nan, prétcndanl ^trc lo défunt empereur;
il fut décapité à Yun-Nan fou par ordre du gouverneur,
Ts'ên Yû-ying; même événement se produisit d'ailleurs en
1900, à Wou-lch'ang, capilalc du Ilou-Pé, où Tchnng
Tchi-toung Cl exécuter un faux cm|iercur.
Les réaidcnla étrangers eurent !c désagrément exti-éme
do voir leurs boys laisser ]iousser leurs clievciix qui, pen-
dant les cent jours du deuil, atteignirent une longueur dé-
mesurée. Les sceaux oBiciels, de vermillon devinrent bleus ;
les draps rouges des broueltes furent changés pour des draps
bleus. A Cliang-llai, l'éditeur du ('lien Pao. en signe de
de deuil, imprima h l'encre bleue le numéro de son journal
qui contenait la nouvelle du fatal événement; plus lard, iV
l'accession de Kounng- Siu, en manpic de n'jouissance, le pa-
pier du journal fut cbangé et devint vermillon, l'cnerc res-
tant noire; le Wei Pao, suivant l'exemple de son confrère,
tout en gardant son papier ordinaire, employa de l'encre
rouge i«iur imprimer ce numéro exceptionnel.
CoMUER. H. — I
a AVÈNEMENT DE KOt*ANG-SlC
Le lendemain de la mort de T'oung-Tché, le Prince
Koung en communiqua officiellement la nouvelle aux mi-
nistres étrangers.
LETTRE JLSyOSÇkyT LA. MORT DE l'eMPEREUR
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, etc., au
Comte de Rochechouart, chargé d'affaires de France, etc.
Pé-king, le G de la 1 1*^ lune (i3 janvier 1875).
Je vous informe respectueusement que S. M. l'Empereur est
décédée le 5* jour de cette lune (le Dragon s'est envolé jusqu'aux
cieux).
Comme j'étais l'oncle de S. M., jamais je ne pourrai me
consoler de cette perte douloureuse.
Moi, Prince, ayant en ce moment à m'occuper respectueuse-
ment du règlement du deuil (et des funérailles), occupations qui
sont en grand nombre et de la dernière importance, je viens
vous prier de vouloir bien remettre à quel(|ue temps d'ici le
règlement des affaires importantes (excepte toutefois celles de la
plus grande urgence) et celui des affaires courantes. Plus tard
nous pourrons reprendre ces affaires et les traiter.
C'est dans ce but, etc., etc ^
Notre chargé d'affaires, M. le comte de Rochechouart,
s'empressa d'accuser réception de cette dépêche :
Pé-king, le i4 janvier 1875.
Monseigneur,
J'ai reçu la notiQcation que vous m*avcz fait l'honneur de
m'envoyer hier et je m'empresse de vous témoigner toute la part
que je prends à votre douleur. Je ne doute pas que mon Gou-
vernement, lorsqu'il apprendra cette triste nouvelle, ne me
charge officiellement de vous exprimer les regrets que lui inspire
la mort prématurée d'un prince dont le règne, sous les auspices
de V. A. L et des Ministres du Tsoung-li Yanicn, avait déjà tant
I. Traduction de F. Scherzer.
TKî^TAMKNT I)K r'oi NC-TClli:, I.HjANMKIl iS-f) ',\
fait pour la prospcrilc de son pays, et pour le inaiiilicn des
bonnes relations avec les nations étrangères alliées de la Chine.
Agréez, etc., etc.
[Sig.] ROGUECHOUART.
Le même jour (i 3 janvier) les deux doyens de l'Académie
de médecine, dont les soins avaient été impuissants à gué-
rir l'Empereur, furent dégradés, mais, le surlendemain, ils
étaient autorisés à rester à leur poste, malgré leur disgrâce.
Le Prince Koung communiqua également aux légations
étrangères le testament du défunt empereur ; c'est une pièce
curieuse par le fond et la forme :
•
TESTAMENT DE t'oL'NG-TCHÉ, i3 JANVIEU iSyO
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yanien, etc., etc.,
au Conile de Rocliechouart, etc., etc.
Pé-king, le i4 janvier 1876.
J*ai l'honneur de vous communiquer la teneur du Testament
de TEnipereur Ï'oung-Tché, testament qui a paru le 6 de cette
lune* (i 3 janvier).
« L'empereur Ilien-Foung me combla de ses bontés, en me
« désignant pour le Trône, malgré mon extrême jeunesse. Je
« priai les deux Impératrices de gouverner comme Régentes
a (d'abaisser le rideau), et, du matin au soir, elles vécurent
a dans les préoccupations et les fatigues jus<]u'au moment où
« elles m'obligèrent à prendre m<)i-niôinc les rênes du Gouver-
« nement. On m'apprit les traditions et les devoirs de la dynas-
« tie : vénérer le Ciel, imiter les Ancêtres, s'appliquer sans re-
« lâche aux soins du Gouvernement, aimer le peuple. Je sentis
a moi-même combien mon mérite était petit. J'ai du y suppléer
« parles veilles, et, dejourenjour, je pouvais davantage me mêler
a aux affaires. Apres dix ans, la régence cessa. Mais cependant
a je continuai à suivre les conseils de ma mère et bien que mes
« armées aient apaisé les rébellions des \ué-fei et des Nien-fei,
a bien que, dans le Yun-Nan, le Kouei-tchéou, le Chen-Si et le
1. 6« jour de la la^ lune, li^ année T'oung-Tclié.
4 AVEXEMEXT DE KOUANG-SIC
« Kan-Sou, elles aient exterminé ou soumis les rebelles Miao-
« tseu et Houei-tseu, et pacifié toutes ces provinces, je ne pou-
« vais prendre un instant de repos pendant la durée de ces
« guerres, tant j'avais hâte de voir le peuple délivré de ces
« fléaux. Soit à la Cour, soit dans les Provinces, mes sujets ont
« pu voir combien du fond du palais je me préoccupais de leur
« bien-être; chaque fois que survenaient dans l'Empire des cala-
a mités telles que des inondations, des sécheresses, toutes les
« autorités me demandaient des remises d'impôts et des secours,
« et il n'y a pas de province à laquelle je n'aie immédiatement
« fait sentir les effets de ma bienraisance.
« Je possédais une bonne santé, mais, dans la ii*^ lune (dé-
« ccmbre 1874). je fus atteint de la petite vérole et obligé de
« me. soigner ; je sens la faiblesse me gagner, et mon souflle est
« près de s'éteindre ! Telle est la volonté du Ciel !
« Lie fardeau du commandement est si lourd que je ne puis
c le laisser qu'à un homme de bien ; aussi ai-je accepté respec-
« tueusement l'ordre des deux Impératrices donnant à l'Empe-
« reur Hien-Foung, mon père, Tsai-Tien, fils du prince Tch'ouen
c (7' prince) comme fils d*adoption avec droit de succession au
« Trône.
c Mon successeur est animé des sentiments d'humanité et de
c respect filial ; il est intelligent et acceptera avec respect la tâche
« que je lui laisse. Le CieU qui fait le peuple, lui doit un Empe-
« reur pour le gouverner et veiller sur lui. Mon successeur se
« montrera soucieux de ses devoirs, et cherchera à connaître la
« valeur de ses sujets, à calmer le peuple, et à assurer ]>our
« jamais la stabilité du Trône que je lui laisse. Qu'il obéisse aux
a deux Impératrices et veille sur Elles ; qu'il se rende digne de
c leur affection maternelle. Quant aux oHîciers civils et mili-
« taires de la Capitale et des Provinces, ils seconderont l'Empe-
« reur dans son œuvre de pacification par leur zèle, leur esprit
« de conduite, leur application à leurs devoirs. Si ce vœu est
c exaucé, je mourrai tranquille.
a Mon successeur, suivant la coutume établie par mes prédé-
« cesseurs, quittera le deuil au bout de 27 jours.
« Respectez mes paroles, et faites-les connaître à tous. »
Tel est le but de la présente communication.
(Sceau du Tsoung-li Yamen.) *
I. Pour traduction conforme: F. Scherzer. M. Maurice Courant
TESTAMENT DE T*OUNG-TCIIÉ, l3 JANVIER 1876 5
Toung-Tché étant mort sans enfants, qui allait le rem-
placer? Les candidats ne manquaient pas parmi les fils de
SCS oncles, frères de Ilien-Foung. Régulièrement T'oung-
Tché, Tsai Tchoun, devait avoir pour successeur un prince
de la génération suivante Pou,
L'Empereur K'icn-Loung' avait décidé que les générations
de ses descendants seraient distinguées successivement par
les caractères Yonfj f^ , Mien ^ , 17 ^ et Tsai ^ . En
1826, l'empereur Tao-Kouang choisit quatre autres carac-
tères pour les générations suivantes : P*ou^^ , ITifij^, Ileng
4g[ct ATï, Jgjr; enfin Tempereur Ilien-Koung (9 juin i854)
ajouta à la liste les quatre caractères : Tao ^ , K'ai M ,
Tseng^QiK'i]^,
Les partisans de la tradition prétendaient qu'il fallait cher-
cher le successeur de ï'oung-ïché, dans la descendance de
Mien K'ai, prince de Toun-K'io, troisième fils de l'empe-
reur Kia-K'ing et frère de l'empereur Ïao-Kouang ; Mien
K'ai avait adopté son neveu, le cinquième fils de Ïao-
Kouang, Yi-Tsoung, prince de Toun *, dont le second fils,
Tsai Yi, adopté comme héritier du quatrième fils de Kia-
K'ing, Mien Ilicn, est le prince Touan, qui a fait tant parler
de lui, lors des derni(TS événements, et qui est le propre
|>ère de P ou Tsiun, aujourd'hui héritier désigné du trône.
On racontait que le cinquième prince Yi-Tsoung, prince
de Toun, avait épousé la fille d'un prince mongol très puis-
sant appelé Kalatzindont il avait eu quatre enlants : le pre-
a également donné une traduction de ce document, p. io3-5, do l.a Cour
de Péking, Paris, 1891, in-vS.
I . Voir à la fin du volume le tableau généalogique rédigé d'après :
The Chinese Im[)erial Familv by W. F. Mayers, NorthChina Herald^
January 1876; et Généalogit* du prince K'ingy par A. VL^sicre, T*oung
Pao, octobre 1900, p. 3/|a-4.
a. Mort février 1889.
6 AVÈNEMENT DE ROL'ANG-SIU
mier devait hériter du titre de son père ; le deuxième était
déclaré illégitime, parce qu'il avait été conçu pendant une
période de deuil, durant laquelle le commerce des femmes
est interdit. La naissance de ce jeune prince, écrit un diplo-
mate, occasionna même un fait assez original : les censeurs,
apprenant cette naissance, portèrent plainte, et Tempereur
Ilien-Foung, pour ne pas porter atteinte aux rites, fut obligé
de condamner son frère à l'exil; le lendemain, un décret pa-
rut, annonçant qu'il suffisait de déporter le portrait dudit
Prince à Ili.
Toutefois Tsai-Tien, fdsde Yi-Houan, prince de Tch'ouen*,
le septième Prince fils de Tao-Kouang, fut choisi le i3
janvier 1875.
Le Prince Koung se hâta de communiquer aux étrangers
le décret désignant le nouvel empereur ; il avait été froissé
par T'oung-Tché et le changement de règne n'était pas fait
pour lui déplaire ; il allait retrouver toute son influence de
jadis.
CHOIX DE TSAI-TlEN
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, etc., etc.,
au Comte de Rochcchouart, etc., etc.
Pé-king, le i4 janvier 1876.
J*ai l'honneur de vous communiquer la teneur d'un décret
paru hier :
« Les Princes, Ducs, Hauts Dignitaires, etc., ont reçu rcs-
« pcctucuscmcnt l'ordre suivant des deux Impératrices, Ts'cu-
« ngan cl ïs*eu-hi :
« L'Empereur étant mort sans laisser d'enfants, nous n'avons
« d'autre ressource que d'appeler Ïsai-Tien, fils du Prince de
a I*'*' classe, Yi-Houan, fds adoptif de l'Empereur Wen Tsoung
« Hien (l'enipereur Hien-Foung) pour succéder au Trône.
t. Mort !«<' janvier 1891 ; sa femme, sœur de Ts'eu-hi, et mère de
Koiiang-Siu, est morte le 18 juin 1896.
PROTESTATION D*OU k'o-TOU -y
« Si TEmpereiir np[>elé à succéder a un fils, ce fils sera donne
a en adoption à rEinpereur défunt, afin de lui servir de pos-
« léritc. »
« Respectez ceci. »
Tel est le but de la présente communication.
[Sceau du Tsoung-li Yamcn] *.
PKOTESTATIOîl d'oU l'o-TOU
Un ancien censeur pour le Ho-Nan, Ou K'o-tou, secré-
taire du Tribunal des olTices civils, et chargé de contrôler
Tadministration des oflicicrs, protesta avec éclat contre ce
décret :
Votre coupable serviteur a lu ce décret h genoux en versant
des larmes. Après y avoir beaucoup rélléclii, je me suis permis
de penser que les deux Impératrices avaient commis une double
erreur en donnant un lils adoptif li TEmjMîreur Wen Tsoung
Hien, et en ne donnant pas d'héritier à Tempcreur dernièrement
décédé. Puisque rem|)ereur dernièrement décédé n*a pas d'héri-
tier, l'autorité de l'empereur actuel, en vertu du décret des deux
Impératrices, lui vient do l'empereur Wen Tsoung Hien, et non
du dernier empereur. El pour l'avenir, aucun décret n'assure
encore l'empire au lils du successeur actuel — Je supplie hum-
blement les deux lm|KTalrices de déclarer formellement par un
nouveau décret que renq)ire reviendra à celui qui sera l'héritier
et le fds adoptif du dernier enq>ereur défunt : (jue, quand l'em-
pereur actuel aurait cent enfants mâles, aucun olïicier, soit en
Chine, soit hors de la Chine, n'aura le droit de pro[)Oser un
avis contraire.
Le vertueux Ou K\>-tou s'étrangla pour donner plus de
force à ses arguments :
Le chant de l'oiseau qui va mourir, est un chant plaintif. Les
avis d'un homme qui va mourir sont excellents.
I. Traduction de F. Schcrzcr.
8 AVÈNEMENT DK KOUANG-SIU
11 fut décrété (3o mai 1879) par les Impératrices que ce
que Ou K'o-lou proposait de décider sur le droit de succes-
sion, ne s'accordait pas avec la règle suivie dans la famille
actuellement régnante ; toutefois le décret ajoutait :
Ou K'o-tou jusqu'à la mort a donné des avis, et montré une
fidélité insigne; il est digne de commisération, que le Tribunal
des Rites délibère pour qu'on lui accorde les honneurs jx)slhu-
mcs assignés par la loi aux olliciers du cinquième rang. ^
Un décret faisait Téloge du souverain défunt et fixait la
durée du deuil :
ÉLOGE DE t'oUNG-TCIIÉ
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamcn, etc., etc.,
au Comte de Rochechouart, etc., etc., etc.
Pé-king, le i4 janvier 1875.
J*ai l'konneur de vous communiquer la teneur d'un décret
paru hier :
« Décret
« L'Empereur étant mort le 5 de cette lune (12 janvier) j'ai
« reçu respectueusement des deux Impératrices ïs'eu-ngan et
« Ts'eu-hi l'ordre de monter sur le Trône. Dans la douleur que
« m'a causée cette cruelle séparation, je me suis prosterné la face
a contre terre, et mes lamentations se sont élevées jusqu'au
« Ciel. L'Empereur défunt, durant les treize années de son
« règne, s'est inspiré des traditions de la dynastie, il a exalté la
ce piété filiale et le sentiment du devoir. Tous les jours, il im-
a plorait le Ciel, et il suivait les exemples donnés par ses An-
« cêtres en s'occupant avec zèle du Gouvernement, et en mani-
a festant son amour pour le peuple.
a 11 choisissait avec discernement les hommes de talent parmi
a ceux qui l'entouraient. Sa politique et ses vœux avaient pour
a but la pacification de l'État et la prospérité de la nation.
I. Go curieux mémoire est traduit en entier, p. 167-185, de Choix
de Documents..., par S. Couvreur. Ho-Lioa fou, 1894*
» Vous lou» qui i^les tic ce moiulc. vous scrcJi en apprenant la
« pcrto de rF^ii[>creiii-, pion;;!» dans l'aniicliiin cl lu désolai ion,
■ cl voire deuil »cra sinci-re! (Juant h moi, je >erse des larnic!i
a de san){ cl le» paroles me ntanqiiciil [lour exprimer ma dou-
■ leur.
« Le Tardium qui m'est iVlin esl bien lourd (ii>ur mes raîliles
( <-|)aules : au»»! \cs ollieieDi eitils cl militaire^ ile la Capitale cl
e des Provinces devronUiU tous me prêter leur coiicours. ariudc
B in'aîder pur leur rraiicliise cl leur e>i]iril de jusIitT. à f;ouvi<r-
« ner so(çeuicul. Le» vice-roi» et ponverneiirs s'inspireront des
a intimes sentiments ; ils aimeront le [leuple et exaui-ernnl aluM
a le vœu sujiri^me du mon prcdi'rcesseur dont l'Ame est au ciel.
« Oui, c'est sur voiis tous que je fonde mes cspérnncM !
■ Quant au deuil, il me faut respecter les dernières volonli?» de
s l'Empereur défunt, cl suivant l'exemple doimé antérieurement,
s je devrais le quitter au bout de 37 jom's. Mais je ne puis me
« résoudre à me soumettre à cette règle, et. jiour bien ruarfjuer
« mes regrets et ma douleur je veux, suivant les rites antiques.
« porter un deuil de trois ans,
a Comme il est dérendii, durant une périiNle de deuil de pro-
a céder aux adonilîons dans les leuiples et il'oifrir des sacrifices,
« je déléguerai des fonctionnaires jwur me remplacer dans ce»
« occasions. J'enjoins aux diverses administrations de se con-
■ ccrter et de tue présenter un rapport b ce sujet.
■ Que tous preiment le deuil en observant les rites Axés et
« que ceci soit connu [lartout, tant dans la capitale, que dans les
■ provinces.
■ Rcs|>cctez ceci, s
Tel est le but de la présente communication.
(Sceau du Tsoung-li Yamen.)'
L'âge du jeune souverain, il est né te 3 août 1872', rendait
une régence nécessaire ; les deux impératrices' ïs'eu-ngan,
I. Traduction de F. Schcrier.
ù. M. Ed. Chiv«nnes. /. c, marque que Kouang-Siii csl né le i^BOÛt
1S7..
3, Voir [, p. i3o. — M. Ed. Cliavnnnos, Sfiiiaiaf polilii/ae et IUli<-
mire, 17 octalire 1^00, donne comme; dûtes de
D^n, le 13 aoâl 183^. pour Ts'cu-hi, le ly novei
lO AVÈNEMENT DE ROUANG-SIU
impératrice de TEst, et Ts'eu-hi, impératrice de TOuest,
étaient proclamées régentes et la comédie était jouée ; Koung
en réalité était régent, en fait, sinon de nom.
RÉGENCE
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yamen, etc., etc.,
etc., au Comte de Rochcchouart, etc.. etc., etc.
Pé-king, le i5 janvier 1876.
J*ai l'honneur de vous donner communication de la teneur
d*un décret paru hier et ainsi conçu :
Décret,
« Les Princes, Ducs, Membres du Grand Conseil, des cinq
tribunaux et des neuf administrations, etc., etc., avant adressé
au Trône un rapport dans lequel ils supplient les deux Impé-
ratrices de gouverner en qualité de Régentes, j*ai présenté res-
pectueusement cette requête aux Impératrices Ts*eu-ngan et
Ts*eu-hi, et j'ai reçu (d'Elles) — respectueusement Tordre
(suivant) :
« Nous avons examiné dans notre grande affliction le rapport
présenté par les Princes, Ducs, etc., etc., etc. Lorsqu'à utrefois,
nous prîmes la Régence, l'Empereur était un enfant et il n'y avait
pas d'autre ressource. Aujourd'hui l'Empereur est en bas âge,
les affaires de l'État sont des plus graves et il est tout à fait im-
possible que les Princes et Ducs n'aient personne à qui ils puis-
sent adresser leurs requêtes, nous ne voyons donc d'autre moyen
que celui d'accéder à votre prière.
Plus tard lorsque l'Empereur appelé a succéder aura terminé
son éducation, nous abandonnerons la Régence (nous enlèverons
le rideau) et il gouvernera par lui-même.
Respectez ceci. »
Je suis profondément reconnaissant aux Impératrices des mar-
ques de bonté qu'Elles viennent de me donner. Mon mérite est
bien petit et le fardeau qui m'est échu est bien lourd jK)ur mes
faibles épaules, aussi viens-je en tremblant en faire peser tout le
poids sur les deux impératrices qui en gouvernant elles-mêmes
me protégeront de leur égide.
Quant à vous, Princes et linuts dignitaires, officiers grands et
petits de la Cour et des Provinces, n^loubiez de ïèle. priHez-moi
votre concours, afin de in'aidcr par votre francliiRC et votre esprit
de justice, à gouverner sagement: ainsi vous eiaucerez le vœu
suprême de mon prMécesscur dont l'Ame est au Ciel, et vous
répondrez aux espérances que le peuple fonde sur vous. S'il en
est ainsi je me considérerai comme grandement favorisé.
Que les Princes, Ducs, et liants Fonctionnaires élaborent de
concert les Statuts et Itèglemeiita de la Régence, et qu'ils me
présentent un rapport minutieux à ce sujet.
Que ceci soit répandu parmi tous, Ii la Cour et dans les Pro-
vinces.
Respectez ceci.
Tel est le but de la présente communication.
(Sceau du Tsoung-li Yamen] '.
Le 16 janvier', le Grand Conseil reçut un décret marquant
(pie parmi les caractires soumis pour choisir le nom du nou-
veau régne (^nien-hao), on avait désigné ceu\ de Kouasg-Siu
^ff- ^^qiii peuvent être traduits par stKcession ylorleuse ou
éclairée. Un correspondant du A'orlh-China IlernlJ' fait
remarquer que les caractères Kouang-Siu paraissent être
tirés d'un document oQicicI de la djnaslie des Soung, par
Tsoui \oung, intilulé o Snppllrput demandant qu'un litre
d'Iionneur soit accordé [à un personnage impérial] ». La
phrase est ainsi ré-digéc : o Kenouveler glorieusement la
grande succession dynastique, a
Un autre décret (lu 13 janvier, publié dans la Cnrc^c du i3,
rappelait l'édil de Tao-Kouang de la 3" lune de la 26'' année
de son règne concernant les noms impériaux. En consé-
quence dans le nom de Tsai-Ticn Éb ^^ le premier caractère
ne sera pas changé, mais pour le second caractère yi[^ , le
t. Tr«duction de Fornand Schcricr.
3. 9 de la 11° lune do la i3° annfo T'uung-Tclié.
3. Â février 1875, p. g3.
la AVÈNEMENT DE KOUANG-SIU
dernier trait sera omis ]J»j^ ; application de cet édit fut faite,
le i5 mai 1875, par Ts'én Yii-ying, gouverneur du Yun-Nan,
qui fit supprimer un trait dans le caractère yfô entrant
dans le nom de deux fonctionnaires de sa circonscription qui
durent employer le caractère y»K à la place.
L'état des esprits dans la Capitale, la tragi comwlie qui
s'y joua et le mécontentement causé par le choix de Kouang-
Siu sont bien décrits dans la lettre suivante (19 janvier 1870)
de notre Chargé d'affaires à Pé-King :
a Cette décision déplaisait aux Princes, aux hauts dignitaires,
et, en général h tout le monde, sauf à rinipératricc-Mcrc, qui
avait rédigé ces décrets, et qui les avait imposés un peu par la
violence, et beaucoup par surprise. Il paraît que le Grand Con-
seil avait résolu de placer sur le Trône le petit-iils du 5' Prince,
adopté par le frère aîné de llien-Foung, mort sans enfants. Ce
jeune Prince, il est âgé de cinq ans. devait être adopté par
l'Empereur ï*oung-Tché, et avoir pour régentes Tlmpératrice
douairière et Tlmpératrice veuve de T'oung-Tché. Quant à la
troisième Impératrice, mère de T*oung-Tché, elle se trouvait
par là écartée du pouvoir, et reléguée dans un coin obscur du
Palais. Cette femme fut-elle avertie, ou simplement eut-elle le
soupçon de cette décision qui mettait fin à son rôle [)olitique ?
Je rignorc; toujours est-il, que, profitant du trouble qui régnait
pendant Tagonie de son fils, elle sortit du Palais. s*en fut direc-
tement chez sa sœur, épouse du 7® Prince, se fit donner Tenfant,
le rapporta elle-même au palais, fit Tacte d'adoption, qui le
rendait fils posthume de l'empereur llien-Foung, et le fit pro-
clamer Empereur par les eunuques, en qualité de frère cadet de
Tempercur T'oung-Tché.
« Les Princes et l'Impératrice douairière refusèrent d'abord
de se soumettre à cette violence ; l' Impératrice-Mère fit alors un
simulacre de suicide : elle se pendit, disant qu'elle ne f>ouvait
survivre à la mort de son époux et de son fils ; un eunuque, dans
le secret de ces simagrées, coupa la corde ; mais, pendant que
ces événements se passaient, les hommes des bannières, inquiets
de ne pas voir proclamer le nouvel Empereur, commençaient à
donner des signes manifestes d'impatience, et, par crainte sans
doute d'une riie qui aurait pu avoir les plus graves conséquences
pour la dynastie, — l'impératrice douairiùrp. femme d'un grand
mérite, et jouissant du respect et de la confiance de tous, se
décida à [M'oposer l'adoption du projet de l'Inipératricc-Mèrc,
mai» avec cette variante que ce serait otlc, et non l'Impéralrice-
Mère. qui servirait de mère au nouvel Empereur. Cette solution
quasi acceptée, les décrets parurent dans la Gazelle. Mais le
trouble ne cessa pas pour cela : la jeune Impératrice, évincée, se
suicida à son tour, en avalant un des bijoux en or qu'elle por-
tait; le 5' Prince déclara que le respect des rîtes ayant disparu
do Pé-king, il ne lui restait qu'à se retirer en Mandchourie, et
enfin, cliose plus singulière, le 7' Prince lui-méiuc manifesta
wn mécontentement en refusant de se rendre à la Cour, et
en demandant un congé de dix jours. On m'a expliqué ce
déplaisir en me disant que, d'après les lois de l'Empire, quand
le souverain n'avait pas d'enfanis et adoptait un de ses neveux,
comme héritier, le véritable père devait, à l'avènenicnt de son
fds, se démettre de toutes ses fondions et dignités, et même
quitter la capitale, parce que ses droits paternels et ses devoirs
de sujet et de fonctionnaire étaient incompatibles, a
Le surnaturel intervenait également :
V On prétend que le jeune Empereur a été soufllcté par le
renard, et que ce même renard, avant pris la forme d'un eunu-
que, a été reprocher à l'Impératrice d'avoir violé les usages et
les traditions pour satisfaire son nmliitinn. On ajoute que les
vieux EuqKreursde la dynastie des Ming.... sortent chaque jour
sous la forme de renards, et enlin que la source du palais d'Été
s'est tarie, d
STATliT nu l'RISCE TCH OUES
Le statut du [H-ro de l'Enipci-cur fut réglé p.ir décret :
Un di'-cret ' des Impératrices, se rap[)Ortantù la prière présen-
tée par le Prince Tcb'ouen ilomandant la permission de se retirer
de tous SCS emplois. Ceci avant été pris en considération de la
, Gatetle dp Pé-ting, 11 janvier 187Û
l4 AVÈNEMENT DE KOt'ANG-SlU
part des princes, des nobles, et des minisires, elles ont acluelle-
mcnl décidé que la requête de Son Altesse serait accordée, et
qu'elle serait autorisée à résigner ses diverses fonctions, mais que
son nom serait encore soumis d'une façon régulière par le Clan
de la Cour impériale*, pour la célébration des sacrifices annuels
aux mausolées de l'Est et de l'Ouest. Il devra également à son
tour, assister aux cérémonies religieuses aux divers temples an-
cestraux, &c., mais sera dispensé de prendre place dans les rangs
de l'assistance pour offrir ses hommages à l'intronisation de Sa
Majesté et au jour de naissance impériale. En récompense de ses
multiples et distingués services passés, il est recommandé qu'il
soit élevé au rang de prince Impérial de premier ordre avec
succession héréditaire perpétuelle du môme degré ; et il est de
plus proposé que, en vue de la grande importance des travaux
maintenant en cours à P'ou-t*o-Yu (le site choisi pour la cons-
truction des mausolées des deux Impératrices), Son Altesse soit
désignée pour continuer sa surveillance de ce côté. Les Impéra-
trices confirment les recommandations proposées ici, et ayant, par
un décret séparé, investi le Prince Powang-na-mo-hou- et le Duc
K'ing-cheou du commandement des Mousquetaires Impériaux^,
autrefois tenu par le Prince, elles enjoignent à Son Altesse, dont
elles apprécient chaudement la tenue longue et pleine de succès
de son commandement, de donner, dans l'avenir, à ses successeurs
dans le commandement, ses avis en toutes choses.
Le cinquième prince, Koung, et le neuvième, Fou*, pro-
I. I, |). i34t noto.
3. Ou Pao-wang, fils de Scng-ko-lin-sin.
3. Chen Ki Ying, farméc de la Plaine do Pé-King. « Cette force, dit
Mayers, Chinese Government^ p. 56, comprenant l'élite des troupes des
Bannières de la Capitale, fut organisée en 1863, à la suite de la désas-
treuse campagne de 18G0, dans le but de pourvoir à la défense future du
gouvernement central. Le nom donné à celle force a été emprunté à fhis-
loirc de la dynastie des Ming, quand, lors de la première introduction
des armes h feu au xv^ siècle, la désignation Chen-ki, ou « mécanisme
divin », fut attribué aux nouveaux engins de guerre... L'instruction de
ces troupes est basée sur les leçons d'exercices à rEuro})éenne données aux
détachements envoyés à Tien-tsin pour étudier sous des instructeurs
anglais en 186a- 1 865 »
!\. Mort 23 mars 1877, après une longue maladie, âgé de 35 ans en-
viron; il était le frère utérin du 7« Prince, Tcirouen, et il avait uije
rï-'s»»-»^^--';»- ■»'■■
: ''-■ •
AVKNEMEM' 1>K KOI ANT.-Sll" ID
filèrent de la circonstance pour se faire octroyer les mêmes
privilèges que leur frère, en sorte qu'aucun oncle de TEm-
pereur ne lui faisait plus de génuflexions, sauf dans quelques
circonstances solennelles.
AVÈNEMENT DE KOUANG-SIU
Enfin la date de ravènement fut [)roclamc par décret* du
26 janvier 1875 :
Toung-Tclic, xui*^ année, 12* lune, 19* jour.
Notre Administration vient de recevoir le décret impérial
suivant :
« Aujourd'hui, le Ministère des Rites a présenté un rapport,
à propos du jour de Notre intronisation et des cérémonies du
décret de proclamation. A la vue de ce rapport. Notre émotion
a redoublé. Mais Nous avons songé que, feu S. M. l'Empereur
Nous transmettant le Irùne de Ses Ancêtres, Nous Nous eiforce-
rons de Nous conformer aux prières (que tous Nous adressent).
a L'année prochaine sera la première année Kouang-Siu.
a Conformément au choix du jour favorable fait par le Bureau
d'Astrologie, les importantes cérémonies de l'intronisation et de
la proclamation publique auront lieu à la 1'® lune, le ao* jour ',
dont les signes sont Wou-wou, entre 5 et 7 heures du matin.
« Que toutes les administrations que cela concerne se prépa-
rent respectueusement, d'après les anciennes règles. »
Respectez cela !
Ce même jour un décret choisissait comme titres pos-
thumes de T'oung-Tché : / Houang-U (canonisation) et
Mou Tsoiuifj Qniao hao, nom de temple).
grande roputalion de douceur; à ravoneincnt de Kouang-Siu, il fut
nomme capitaine -général de la bannière bleue de la division Han-Kiun.
La Gazelle de Pé-King, du 28 mars 1877, renferme un décret relatif à
ses funérailles.
1. La Cour de Péking..., par Maurice Courant. Paris, 1891, p. 106.
3. 25 février.
]6 AVÈNEMENT DE KOUANG-SIV
MORT DE LA VEUVE DE t'oUNG-TCIIÉ
La sœur unique de Ï'oung-Tché, la princesse impériale
Young-ngan mourut peu de temps après son frère en fé-
vrier et un décret du 6 féviier exprime le chagrin des deux
impératrices.
Il semblerait qu'une fatalité — aidée sans doute par des
mains peu scrupuleuses — se soit attachée à ceux qui avaient
approché T'oung-Tché ; après sa sœur, sa femme mourut
le 26 mars 1876, entre trois heures et quatre heures du ma-
tin ; c'est la jeune princesse dont nous avons raconté le ma-
riage le 16 octobre 1872*. Elle n'avait que dix-sept ans ;
chose rare chez une dame mandchoue, elle pouvait lire et
écrire le chinois facilement.
Le Prince Koung au Chargé d'affaires de France.
J*ai rhonneur de vous annoncer la perte que nous venons de
faire en la respectable personne de S. M. l'Impératrice Kia-chouen ',
décédée le 26 de ce mois.
J'étais son proche parent, et ma douleur est immense ; en
outre, je suis chargé de régler Iqs funérailles et le deuil ; je ne
pourrai donc [)as m'occuper pendant quelques jours des autres
aiTaires.
C'est pourquoi j'ai cru devoir vous faire la présente commu-
nication.
Cette mort foudroyante laissait le champ libre à toutes
les suppositions :
a La jeune Impératrice de la Chine.... est morte le a6 de ce
mois, écrit un diplomate (29 mars 1875). Les Chinois ne s'ex-
pliquent pas sur le genre de maladie qui l'a emportée ; ils se
I. Voir 1, p. 453-463.
a. Ce titro avait été conféré à Timpératricc par décret du 36 janvier
1875.
'ir
MOUT i)i: lA vi:i m; di: t oi N(;-T(.iir: i-j
contentent de dire qu'il était convenable qu'elle mourût. Trois
versions circulent dans le peuple sur cette mort ; peut-être
aucune nV^st-elle vraie Les uns disent que, malmenée par sa
belle-mère, et outrée de se voir, contrairement aux lois, réléguée
dans un coin du Palais, sans autorité et même sans égards, cette
jeune princesse s*esl laissée mourir de faim : d'autres prétendent
qu'elle s*est aperçue qu'elle était enceinte, et que, pour éviter
rembarras que n'aurait pas manqué d'amener la naissance d'un
fils posthume de T'oung-Tclié, on l'a empoisonnée. Enfin les
dévoués à la dynastie e\pli(juent ce décès par l'amour conjugal.
L*Impéralrice n'aurait pu s'accoutumer h son veuvage, et le
chagrin d'avoir perdu son époux l'aurait tuée ; inutile d'cnjouter
que cette dernière version sera probablement adoptée. »
Ces deuils répétés font naître de nouvelles appréhensions :
a Les rumeurs, écrit le même diplomate (/| avril 1875), qui
circulent en ville sont mauvaises : on parle de la maladie de
l'Impératrice douairière, de celle qui est plus ou moins raison-
nable et favorable aux étrangers. Si elle venait h mourir, ce
serait très-sérieux ; l'Impératrice de l'Ouest, n'ayant plus de
contrepoids, — verserait du coté des fous et des utopistes, et
toute idée raisonnable serait exclue des conseils de l'État.
Les funérailles de T'oung-Tché eurent lieu le 18 octobre
1875 au cimetière de TEst, Tounjf lin;/, dans le mausolée
Ilonei-ling ; sa femme qui porte le nom de temple de Hiao
Tché repose près de lui \
I. Les étrangers connaissent peu ou point les sépultures de la dynastie
actuelle; ils se contentent de visiter à Nan-king et <i Pé-king les tonil>eaux,
|)opularisés par la pholograpliic et la gravure, des enijM^reurs Ming. Je
crois donc utile de dire quclffucs mots d(?s mausf»Ices des T'siiig.
La dynastie qui règne actuellement sur la Chine a |)our ancêtre Ngaisin
Gioro, « rtiomme portant le surnom de l'or » ; on la rattache générale-
ment à l'ancienne dynastie tartare des Kin, détruite parles Mongols gen-
giskhanides au xiii» siècle, quoiqu'elle desrende, comme les Niu-tchen,
de la tribu des Sou-chen, jadis établis dans le pays de la province mand-
chouriennc actuelle de Kirin. Npaisin (jioro reçut le nom de temple
Tchao-Tsou et le nom posthume de Tse wang. Ses descendants King
CoRDiER. IL — a
l8 AVÈNEMENT DE KOfAXG-SlU
Wang, Tcll'ang wang cl Fou uang (tous curent, en iG36. le titre pos-
thume de n'ang, prince), Taï-Tsou Kao Houang-li (Tien Ming, iBiO-
iGaO), premier empereur, et Taï-Tsoung Wcn Ilouang-ti (16^7-1 6'|3),
second empereur de la dynastie k laquelle il donna, en i636, le nom de
Ta T'sing (Grande Pure), ainsi que lui, Tse wang, sont enterrés en
Mandchourie.
Le regretté Gabriel Devéria, dans le T'oung PaOf vol. III, 1892, et
surtout le professeur de Leyde, J.-J.-M. DeGroot, dans son^grand ouvrage
The religions system of China, III, ont décrit ces tombes d*aprcs les
documents officiels chinois.
Les mausolées mandchouriens sont au nombre de quatre ; les trois
premiers désignés sous le nom de San ling ont été construits à l'exemple
de ceux des empereurs Ming. Tse wang et King wang sont ensevelis dans
le mausolée Yong ling, nom donné à Hing-Ming ling, situé sur une mon-
tagne qui fut désignée, en iG5i, par le titre de Ki-Yun chan, à 10 li au
Nord-Ouest de Hing-King, ancienne capitale de la Mandchourie ; Tch'ang
w^ang (mort en 1682), Fou wang (mort en i()i5), dans le mausolée
Tong-King ling, situé à 120 li au Sud-Est de Moukden, sur une mon-
tagne qui reçut, en i65i, le nom de Tsi-K'ing-chan; Taï-Tsou Kao, au
mausolée Fou ling, sur une montagne qui reçut, en i65i, le nom de
T'ien-Tchou chan, èi 20 li au Nord-Est de Moukden ; enBn, Taï-Tsoung
Wen, au mausolée Tchao ling, à 10 li au Nord-Ouest de Moukden, sur
une montagne qui reçut le nom de Long-Ye chan ; la femme de Taï
Tsoung, lliao Touan, morte en i65i, est enterrée avec lui.
Le neuvième fils de Taï-Tsoung fut l'empereur Chouen-Tché, qui
inaugura la série des princes ensevelis en Chine.
Depuis Chouon-Tché, premier empereur effectif de la dynastie actuelle,
les souverains mandchous ont été enterrés dans le Tché-Li. Les tombes
impériales forment deux groupes : les sépultures orientales (^Toung ling),
plus anciennes, situées à 2^0 milles chinois à l'Ouest de Pé-king. dans la
sous -préfecture (Jcheoit) de Tsoun boa, limitrophe à l'Ouest de la pré-
fecture (Joit)Ac Chouon-Tien (Pé-king) et h l'Est de celle de Young-Ping
(fou), dans les Tchang-Jouei chan (Montagnes de la Félicité rayon-
nante) sur lesquels se trouve la Grande Muraille qui borde le côté Nord
du cimetière.
Les sépultures occidentales (5i ling), commencées en 1729 par Chi-
Tsoung (Yong Tcheng), troisième empereur de la dynastie, située à 280
milles chinois au Sud-Ouest de Pé-king, dans les monts nommés Yong
Ting (monts de la Paix éternelle, par l'empereur K'ien-Loung, sous-pré-
fecture de Yi-Tcheou, sur la route de Pé-king à Pao-Ting fou.
Les Toung ling comprennent huit mausolées : Tchao si ling (tombe
de la mère de Chouen-Tché) ; Hiao ling, le plus central et le plus ancien,
où fut enseveli, en 1668, le premier, Chouen-Tché (166 1) avec deux de
ses concubines; Hiao-Toung iing (tombeau de Hiao Houci, femme du
précédent) ; King ling, tombeau du second empereur, l'illustre K'ang-Hi
(1711) ot K» rcmmci; Yu Ung. tombeau du quatrième cni{icreur K'icn-
Loung (1799) '^^ ^'^ deui femmes; Ting ling, lonibcnu du septième em-
pereur Elicn-Poung (tSOl) el rie sa femme lliaci Ti' (i965); Tiilg-Toung
ling. tombeau di- [liao Tching. inipéolrico, femme de Uicn Koung,
morte en iSSi. ensevelie en i)<8M; Iloiiei ling. tombeau du huitième
empereur T'oung-Tcbi', prédécesseur de Kouang-Siu ot de M femme lliao
Telle, morte la même année que lui, en iSt-jb.
Les Si ling comprerncnt six mau^K'CS : Tai ling, tombeau du Iroi-
BÎËmo empereur Yong-Tclieng, mort en 1735, et do ra femme lliao King 1
T'ai-Tong ling, tombeau de l'impéralrico Hiao Ching; Tch'ang ling.
tombeau du cinqui<;mo empereur. Kia-K'ing. mort en 1810. et de •>
femme Hiao Chou; Tch'ang-Si ling, tombeau do l'impéralrico Hiao
Houo ; Mou ling, tombeau du eiiiime empereur. Tao-Kouang. mort on
iSâo, »vec trois femmes, et le Ma- Toiing ling, tombeau de l'impéralricc
Hiao Tting, morte en i»55, ensevelie en i8r>7.
I^es sépultures des princes, pHnceiscs, concubines non ensevelis dans
les « ling a sont des enclos sé|iar(!s di'signés sous le nom de « Youan
tsîn
n ; a donc,
pénales, (lien
andcliourie qu'en
. clans l.e Tem/ir
Cl.ir
. di,-)iui
CHAPITRE II
CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER. - TÉLÉGRAPHES. —
LIEOU KOUEN-I. — JAPON. — ANNA. — CARISBROOKE. —
ATTENTATS DIVERS
CHANGEMENTS DANS LE COKPS DIPLOMATIQUE
Il y eut cette année 1876 de nombreux changements
dans le corps diplomatique de Pé-King. M. von Holleben,
chargé d'affaires d'Allemagne, fut remplacé par M. von
Brandt qui arriva à Pé-King, le 10 mars. Le ministre des
États-Unis, M. Avery, mourut le 8 novembre 1876 à Pé-
King*; le D''S. Wells Williams*, qui était à la fois secré-
taire de légation et interprète, étant absent, ce fut un jeune
missionnaire de ses amis, le Rév. C. Holcombe, n'ayant
aucune attache officielle et le remplaçant par suite d'un
arrangement particulier, qui se chargea p, /. des affaires de
la légation américaine, juste au moment de la fermeture
de la navigation dans le Nord. M. Avery eut pour successeur
George F. Seward, de Californie, nommé ministre le 7
janvier 1876, qui arriva à Pé-King le 20 avril et fut reçu
le 24 par le Tsoung-li Yamen. Don Tiburcio Faraldo, mi-
nistre d'Espagne, quitta, malade, la capitale, en octobre 1876,
pour aller mourir à Chang-Haï, le 24 novembre suivant ;
le premier secrétaire. Don Pedro de Prat, n'étant pas encore
1. l, p. 484. — La santé de M. Avery était chancelante depuis quel-
que temps. Avant d'aller en Chine, il était rédacteur en chef de l'Over-
iand Monthly,
2. I, p. 285, note.
•c
ti':lkguapiii:s 21
arrivé ', la gérance do la légation d'Espagne fut laissée à un
jeune homme de vingt-quatre ans, M. de Carcer, neveu de
M. de Salamanca, le (inancier bien connu ; le successeur de
Don Tihurcio devait être M. Ojeda, premier secrét^iire de la
légation d'Espagne au Japon. Au mois d'octobre, le ministre
d'Aulriche-Hongrie, M. de Schaefer, arrivait à Pé-King,
pour un séjour temporaire, tandis que le ministre du Dane-
mark, le général Raaslofl partait. Ajoutons enfin que le
chevalier Lorenzo Vignale, consul général d'Italie, mourait,
âgé de quarante-huit ans, à Chang-IIaï, le 25 décembre 1875.
TÉLÉGRAPUES
Le général RaaslofT avait été le négociateur du traité da-
nois du 1 3 juillet i863'. Les intérêts du Danemark étaient
concentrés dans la ligne télégraphique établie par la compa-
gnie danoise, la « Great Northern Telegraph ». Le 18
avril 1871, la ligne de Chang-Haï à IIong-Kong avait été
terminée, et celle de Hong-Kong à Singapore le 3 juin ; la
ligne de Hong-Kong à Saigon fut terminée en juillet ; un
câble télégraphique fut posé entre Chang-Haï et Nagasaki en
août, et entre Nagasaki et Vladivostock en septembre*.
Les Chinois se rendirent compte de Tutilité des lignes té-
légraphiques fort rapidement, malgré le Fourifj-Choui qui
occasionna quelques manifestations hostiles de la part des
populations. Des proclamations d^aulorités locales étaient
lancées pour la protection des câbles sous-marins, par
exemple par le Tao-taï de Ning-Po et Foung Tao-taï, direc-
teur des douanes dans le Kiang-Nan; ce dernier agissant
I. il remonta de Ghang-Haîà Ticn-Tsin, avec sa femme en mai 1876.
a. I. p. 147.
3. La première ligne aérienne de Chine, entre Chang-Haï et Tien-
Tsin, fut construite en i884 ; le 21 août 188/4, la ligne atteignait Pé-King,
traversant les provinces du Tché-li, Chan-Toung et Kiang-Sou, longeant
le canal impérial de Tchen-Kiang à Tien-Tsin.
33 CORPS DIPLOMATIQUE ETRANGER
par ordre du vice-roi de Nan-kîng, lui-même suivant les
instnictions du Tsoung-li Yamen qui avait été saisi d'une
dépôche des ministres étrangers pour la protection des câbles
sous-marins (iSyS).
Pendant son second séjour en Chine, le général Raasloff
eut h régler TafFaire délicate de la ligne Fou-Tchéou-Amoy
qui est clairement expliquée dans une lettre de M. de Ro-
chechouart au Ministre des aflaires étrangères (Pé-King, 7
mars 1875):
Au mois d'octobre dernier, et profitant des menaces de
guerre entre la Chine et le Japon, la Compagnie danoise du
Grcat Northern Telcgrapli avait cherché à obtenir des autorités
du Fou-Kien la concession de la ligne télégraphique de Fou-
tchéou à Amoy. M. de Lano, Consul d'Amérique à Fou-tchéou,
s'était chargé de cette négociation : la Compagnie demandait
pour trente ans l'exploitation de la ligne, qui deviendrait en-
suite la propriété du gouvernement chinois ; celui-ci d'ailleurs
avait la faculté de racheter la concession quand il lui plairait.
Ces conditions furent acceptées en principe, et M. de Lano, ne
doutant pas du résultat final, invita la Compagnie à commencer
immédiatement les travaux. Celle-ci se mit à l'œuvre et, tandis
que ses ouvriers pénétraient dans l'intérieur du pays, M. de
Lano présentait l'acte de concession à la signature des manda-
rins ; mais ceux-ci soulevèrent des objections, et l'acte ne fut pas
signé. D'ailleurs, à mesure que les négociations ouvertes à Pé-
king laissaient pressentir un arrangement pacifique entre la
Chine et le Japon, ils se montraient de moins en moins favo-
rables au projet qu'ils avaient d'abord accueilli. Sur ces entre-
faites, le comité des affaires européennes de la province reçut un
nouveau chef, qui refusa de reconnaître les engagements pris
par son prédécesseur et remit tout en question ; il donna l'ordre
de s'opposer à la continuation des travaux, et fit môme inviter
la Compagnie à détruire les cinquante milles de ligne déjà éta-
blis. Celle-ci suspendit ses travaux pendant quelques jours, et
les autorités chinoises se gardèrent de loucher à la ligne : en-
hardie par cette inaction, la Compagnie fit reprendre les travaux
le 21 janvier, en déclarant qu'elle ne s'arrêterait que devant la
force. Les autorités chinoises ont alors mis leurs menaces à exé-
LIEOU KOUEN-I 33
cution : elles se sont opposées à la continuation des travaux, et
ont lait abattre tes [xiteaux télégrapiiiqiiL-s {Misés ilcpuia leur ulli-
nialuiu. La Compagnie s'est «rrèlée devant cet acte de violence,
et a porté ses plaintes au Ministre de Danemark.
Il faut ajouter que le ^ septembre 1875, les Chinois
attaquèrent l'établissement de la Great Northern Tclegraph
Co., près de Houang Kéou, pendant qu'on travaillai^ à la
construction de la ligne d'Amoy.
En vérité la question était assez complexe : .
La question se résume à ceci : le gouvernement chinois veut
bien tolérer le télégraphe sous-marin, mais il ne veut pas l'au-
toriser ofTiciellemcnt, ni ôtrc rendu responsable des dégitts qui
peuvent survenir du fait des pi>cbeurs chinois. Quant aux lignes
aériennes, le gouvernement chinois n'en veut à aucun prix, à
nioins que ce ne soit lui qui les administre, et le principal em-
pêchement à la création d'une administration chinoise provient
des Européens; — M- llart' entend en faire une branche de ■
l'administration des douanes; — M. tiiqucl ' voudrait en faire
la tète de la sienne ; — M. Viguïer ' opine pour la Compagnie
danoise, et enfin le consul anglais de Fou-lchéou, M. Sinclair',
protège une société anglaise'.
11 est utile également de signaler au début du nouveau règne
un changement notable parmi les fond tonna ires chinois. Le
commandant -en-chef mandchou de Canton, Teh'ang-chan
et son second, le lieutenant général Koiio Le-inin, adressèrent
un Mémoire' au Trône détionçant TAprelé et le manque de
1. 1, p. i65.
a, 1. p. ».5.
3. Viguicr, Seplime-Aiiguste. ni à Linieil, près Paris. 9 juin iSS-; ;
capilainu du port (le Chang-llaî (juin 18O8); morl à Paris, a6 aoùl 1899.
j. Sinclair, Ckarlcs-A., mort iG juillet ■S^'^.
5. Lettre de M. de Rochecltouarl. ut sapra.
6. Gazelle de Pé-King, i5 >oii(«iubro 1876,
2 4 CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
scrupules des fonclionnnîres, en particulier du lao-taï Yu-
Kêng, que le vice-roi des Deux Kouang, Ying-Han, avait
amenés avec lui du Ngan-Houeî. Un Décret, paru dans la
Gazelle du 2 septembre, ordonnait a Ying-Han, accusé d'a-
voir rétabli la loterie Wei Sing, de se rendre à Pé-Kîng,
pour être puni. Lieou Kouen-i, Vice-Roi des deux Kiang
p, /., lui était donné comme successeur et Lieou Ping-
Ichang, trésorier du Kiang -Si, était nommé gouverneur de
cette province ; nous retrouverons plus tard ce dernier, gou-
verneur général du Se-tch'ouen (juin 1886).
Lieou Kouen-î est une figure remarquable de la Chine
contemporaine : né le 21 janvier i83o, dans le Hou-Nan, il
entra dans l'armée en i855, puis passa au civil, devint juge
au Kouang-Si, puis gouverneur de cette province. Chargé par
intérim de la vice-royauté des Deux Kiang, il adressa, le
7 juillet 1875, au Trône, un rapport important sur la dé-
fense des provinces qui lui étaient conûées :
Le 19 de la 3* lune (r4 niai) je quittai le Kiang-Sou, et j'ar-
rivai le 33" jour (18 mai) h Chang-Haï. Le 24* jour (19 mai),
je Gs rinspcction des différents ateliers de farscnal où se fabri-
quent les navires cuirassés, les fusils, les canons, les munitions
de toute espèce, et je constatai qu'il y régnait une grande acti-
vité. La fabrication des canons et des navires se développe et se
perfectionne de jour en jour à l'étranger ; il importe donc, en
présence de l'état précaire des finances de l'Empire, d'adopter
un modèle qui réunisse les conditions voulues de force et de
durée, et pour cela il serait bon d'enjoindre aux Directeurs des
arsenaux du Tché-li et du Fou-Kien de fabriquer avec soin,
chacun selon sa spécialité, des armes perfectionnées et faciles à
manier. Je propose donc que le Vice-Roi Li Houng-tchang et le
Vice-Roi Surintendant des Mers du Sud soient chargés de se
concerter à ce sujet et de prendre les mesures nécessaires.
En quittant Cliang-IIaï, j'ai parcouru les localités où l'on a
élevé de nouveaux forts. J'ai visité les travaux du fort de Wou-
Soung, qui sont presque terminés. Bien que ce point ne soit pas
très important sous le rapport stratégique, il peut protéger les
i.iKi^r roif:n-f 2;)
villes de Soii-tchéou et de Soung-Kiang fou, et il iiii porte de
donner Tordre de terminer au plus vile ces travaux. De Kiang-i
h*icn, où les rives du Yang-tseu se rapprochent et qui est la
clef de ce fleuve à Ou-pi-tsoui, on a établi une ligne de forts
capables de repousser une agression ; à Tendroit nommé Ta-
che-wan le fleuve est très peu-large, et il n'est pas nécessaire d*y
accumuler des forts ; mais, un peu plus bas, il faudra en con-
struire deux ; la position deviendra ainsi formidable.
Au nord de Kiang-i h'ien, à Liou-wen-cha, on construit un
fort qui n'est pas encore terminé. Les autres forts n'ont encore
que leurs fondations ; or, comme ils sont placés juste en face des
forts de la rive méridionale, il est à craindre que, lorsqu'ils lan-
ceront des projectiles, ils ne se causent mutuellement des dom-
mages. Après avoir entretenu P'ông Yù-lin, ancien vice-président
du Ministre de la Guerre, actuellement en congé, j'ai, sur son
avis, fait arrêter les travaux des forts de la rive septentrionale,
que j'ai fait transférer chacun à trois lis au-dessous de sa position
primitive, jusqu'à Chen-in-kiang. De cette façon ils comman-
dent encore les forts de la rive méridionale. Les forts de Tchen-
kiang, situés à Kiao-Ghan, à Siang-Chan et à Fou-tien-miao,
ceux de Ou-loung Chan, situés à i4 lis au-dessous de Kiang-Ning,
et ceux de Cha-tcheo-in sont très-bien armés et dans une excel-
lente position. Les trois forts de Tchen-Kiang forment un trian-
gle d'une importance stratégique de premier ordre ; à l'exception
des batteries qui ont besoin d'être réparées, tout est en très-bon
état. En deçà de Tchen-Fviang, l'endroit appelé Louan-chan-
kouan est très-important par sa position, et on fera bien de le
fortifier, aussitôt que le Gouvernement aura des fonds dispo-
nibles.
En deçà de Kiang-Ning se trouve un fort qui défend la ville,
et que, par suite de sa proximité, il serait convenable de réparer.
Moi, sujet, j'ai vu ce que j'ai dit de mes propres yeux et j'ai
exposé la vérité dans tous ses détails en ce qui concerne les for-
teresses qui bordent le Yang-tseu.
Ëcrit au pinceau vermillon : pris connaissance ^
Nous venons de voir que Licou Kouen-i avait été nommé
I. Pour traduction conforme: Le premier interprèle provisoire
F. SciIKUZER.
a6 CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
gouverneur des Deux Kouang : il passa en décembre 1879
aux Deux Riang ; après avoir été disgracié en octobre 1881,
il fut réinstallé dans sa vice-royauté de Nanking le 22 no-
vembre 1890 et il occupe encore ces hautes fonctions, parti-
culièrement lourdes pendant les derniers événements.
LE JAPON
De nouvelles difficultés faiUirent éclater entre la Chine et
le Japon au sujet d'une ambassade des îles Lieou K'ieou
arrivée à Pé-King en mars iSyS en tributaire; les habitants
de ces îles payaient à la Chine le tribut tous les deux ans. Le
Prince Koung refusa de les placer sous le contrôle du mi-
nistre du Japon ou de laisser ce dernier entrer en relation
avec eux.
Le Japon régla d'un autre coté une vieille affaire d'une
façon peu avantageuse pour lui : la grande île de Sakhalin,
au Nord de Yeso et à l'Est de la côte russe d'Asie, était
depuis longtemps l'objet de discussions entre la Russie, qui
occupait le Nord de l'île, et le Japon, au Sud; ce dernier
pays réclamait un territoire plus vaste que celui qui était
reconnu par sa rivale; des négociations conduites en 1862
par Takenouchi et une convention signée le lo mars 1867
par Koïdé ne changèrent rien à la situation. En 1875, un
délégué japonais, l'amiral Enomoto Takeaki, envoyé à
Saint-Pétersbourg pour reprendre la question, accepta (7 mai
1875), à la surprise et au grand mécontentement de son
gouvernement, l'échange de la partie japonaise de Sakhalin
contre l'archipel presque désert des Kouriles. Les Japonais
avaient obtenu une légère compensation dans une autre di-
rection en occupant les îles Bonin en 1871*.
I. Henri Cordicr, dans V Histoire générale, de La>isse et Rambaud,
XII, p. 82g.
AFFAIRE DE I. A?iNA
La goélette allemande Anna, appartenant à J.-\V, Da-
nieiscn, originaire <le Flessingue, négociant à Amov, quitta,
avecunchargementdc sucre, le lo septembre 1875, cette ville
pour Ticn-Tsin, avec dix hommes d'é(juipage dont deux Euro-
péens seulement : le capitaine et son second, pilote danois, puis
un contremaître, cinq matelots, un cuisinier et son aide, tous
Chinois. En vue de l'embouchure du Min, à Si Yang (Spider
/s/a/iJ) le 33 septembre, l'équipage se révolte et piassacre les
deux Européens ; le cuisinier et son aide, innocents tous les
deux, s'échappent à Amoy et font leur déposition devant M.
Kranel, consul allemand dans celle ville; le navire de guerre
Cyclop, qui se trouvait à Amoy, part h la recherche de VAnna
qu'il retrouve, mais déjà pillée, échouée et abandonnée.
Cet événement qui, malheureusement, avait eu de nom-
breux précédents, causa la plus vive émotion en Allemagne.
Une formidable campagne de presse fut organisée contre la
Chine; la Ga:eUe d'Awjsboarrj, la Gazelle de l'Allemar/ne
du A'ord, le Rekhsanzeiger, publièrent des articles extrême-
ment violents. Le ï3 mars 1876, les corvettes allemandes,
Ja Vinela (20 canons) et la Loaisa (6 canons), qui allaient
relever la Hertha (19 canons) et Y Ariane (6 canons) reçurent
l'ordre de se presser d'arriver à Hong-Kong où ces deux
derniers navires devaient être rendus en avril, ainsi que
le Cyclop (6 canons). Ordre était donné à Kiel d'activer
les ré|)aralions de la canonnière \auli/as (6 canons). On
faisait courir le bniit que l'Allemagne s'allierait avec IWn-
glcterre et la Russie, sans la France, pour détruire la pira-
terie dans les mers de Chine. C'était absurde ; à ce moment
même M. Von Brandt recevait l'ordre de se mettre en rapport
avec le Chargé d'Aflaires de France à Pc-King, en vue de
la revision du traité allemand. Cette agitation sans raison
aS CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
n'étail-ellc pas créée dans le but de nuire à celte revision
même ? Somme toute, il ne s'agissait que d'un crime vul-
gaire et Ton ne pouvait se plaindre que de Tincuric ou de
Tapathie des autorités du Fou-Kicn dans la poursuite des
pirates.
D'autre part, à Saint-Pétersbourg (mars 1876), Lord
Loftus\ ambassadeur d'Angleterre, déclarait au général Le
Flô*, ambassadeur de France, qu'il n'attacbait aucune im-
portance à l'affaire. M .Von Brandt demandait des dommages
et intérêts de 80000 dollars et en obtenait 38 228, ce qui
était déjà un fort joli chiffre.
On peut se demander si déjà le prince de Bismarck ne
cherchait pas un prétexte, trouvé plus tard par l'Empereur
Guillaume H, pour créer un établissement allemand sur la
côte du Céleste Empire. L'Allemagne désirait assurément le
règlement de l'affaire de Y Anna, mais ne désirait-elle pas
davantage tirer quelques coups de canon en Extrême-Orient?
Et le diplomate qui avait heureusement et rapidement ter-
miné cette affaire, ne pouvait-il pas être blâmé de n'avoir
pas laissé le plus petit grief, le plus petit prétexte à invoquer?
CAPTURE DU « CARISBROOKE », 12 JUIN 1876
Le vapeur anglais, Carisbrooke, commandant Scott, se
rendait de Singaporc à Hong-Kong, ayant à bord des passa-
gers à destination de Haï-?3an qu'il se préparait à débarquer
dans cette île, lorsque la canonnière chinoise Peng-chao-haï,
I. Loftus, le très hon. Lord Auguslus William Frederick Spencer,
débuta comme attaché à Berlin, ao juin 1837. Après avoir été nommé
ambassadeur à Berlin (a4 février 1868), il fut transféré à Saint-Péters-
bourg (16 octobre 187 1) ; il prit sa retraite le 9 avril 1879 ^^ ^"^ gouver-
neur de la Nouvelle-Galles du Sud du 3 mai 1879 ^ i^^^*
a. Le Flo, Adolphe- Emmanuel-Charles, né à Lesneven (Finistère),
a novembre i8o4 ; mort au château de Nechoat, près Morlaix, le 16 no-
vembre 1877.
CAI'TIIIE 1)1 « CAUISIiUOOKi: ^) , I li J L 1 N 1875 'Ji)
cai)ltainc Palmcr, avec le commissaire des douanes T. M.
Brown, fit son apparition et intima Tordre au capitaine Scott
de l'accompagner h Canton avec son navire, sous prétexte
qu'il ne devait pas faire relâche dans un port non ouvert par
traité. Le capitaine Scott obéit, mais lorsqu'il se trouva à
proximité des eaux de Hong-Kong, il mit le cap sur cette
colonie anglaise ; immédiatement, le Peng-chao-haï ouvrit le
feu et brisa le gouvernail du Carisbrooke qui, conduit à
Canton, fut poursuivi en vertu des articles 47 et 48 du traité
anglais de Tien-Tsin. Les Anglais arguèrent en faveur du
Carisbrooke que l'article 1 1 de ce même* traité spécifie que
Kioung-tchéou (Ilaï-Nan) est l'un des ports ouverts au
commerce britannique. Les bagages des voyageurs à desti-
nation de Hong-Kong furent même visités à Canton et leurs
propriétaires obligés de payer les droits sur les objets soumis
a des droits de douane, quoiqu'ils ne fussent venus dans un
port chinois que contre leur volonté.
Le tribunal fut compose du Haï-Kouan (Hoppo), deTong
King-sing, agent à Canton de la China Merchants Steam
Nav. Co., de M. Wright, commissaire des douanes, du con-
sul anglais. Sir D. Brooke Robertson*, et de son interprète
M. Gardner*. Le capitaine Scott, poursuivi en vertu de l'ar-
ticle 47 du traite, se défendit d'avoir voulu faire la contre-
bande. Le jugement fut rendu le 22 juin: les fonctionnaires
chinois et le consul anglais ne pouvant se mettre d'accord,
renvoyaient l'affaire devant les Hautes Autorités des deux na-
tions à Pé-King; le Carisbrooke était relAché sous caution.
11 est certain qu'il y avait eu des irrégularités dans la con-
I. Mort 37 mars 1881.
a. Gardner, Christopher Thomas, nommé élève interprète en Chine,
16 juillet 1861 ; il était interprète à Canton depuis avril 187a ; il fut
nommé consul à Rioung-tchéou, 9 novembre 1877. Depuis il a été consul-
général en Corécî p. 1., du i^" février au 20 septembre 1894. Il a pris sa
retraite le i*"" avril 1899.
3o CORPS DIPLOMATIQUE ÉTRANGER
duite du procès qui avait cté jugé à huis clos et dans lequel
le Haï-Kouan, représentant la douane chinoise, était à la
fois juge et partie. D'autre part, la faute, si faute il y avait,
du Carisbrooke, ne méritait certainement pas la confiscation.
Il y eut zèle intempestif de la part des agents anglais des
douanes contre leurs compatriotes du vapeur capturé.
L'affaire du Carisbrooke se termina par une amende de
taels 5 ooo. Elle eut toutefois le bon résultat de faire ouvrir
au commerce étranger, le i*"* avril 1876, Kioung-tchéou,
dans l'île de Haï-Nan, qui aurait du l'être depuis longtemps
en vertu des traités anglais et français de Tien-Tsin (i858);
le port est en réalité Hoi Iléou (Hoi-how) qui a une {X)pu-
lation indigène de 4o 000 habitants.
ATTENTATS DIVERS
Il y eut à cette époque une recrudescence d'attaques
contre les étrangers. Le 19 juin 1876, quatre élèves-inter-
prètes de la Légation d'Angleterre, et M. P. G. von Mol-
lendorff* se rendirent en excursion au Temple Pai Iloua
I. Le jour même où il allait 8*embarquer sur le vapeur Prinz Hein-
rich^ pour rentrer en Europe, M. do Môllendorffesl mort (19 avril 1901)
à Ning-Po, où il était commissaire des douanes impériales maritimes
depuis septembre 1897. Né en i848, à Gôrlilz, il étudia le droit à l'Uni-
versité de Halle, suivant le désir de son père ; mais sa vocation le porte
bientôt vers l'étude des langues orientales, et, faute de place dans le ser-
vice consulaire allemand, il entre dans les douanes chinoises en octobre
1869. Il était, depuis avril 1891, député-commissaire des douanes, et il
occupait à Chang-Haî le poste d' « Assistant Statistical Sccretary » ; il
avait été nommé fonctionnaire civil de t\^ classe le 3 juillet 1898. Pen-
dant quelque temps, il avait quitté le service des douanes où il était
premier assistant, pour entrer, sur la demande du chargé d'affaires d'Al-
lemagne, M. von HoUeben, dans le corps consulaire allemand à Tien-Tsin,
qu'il quitta & la suite de démêlés avec M. v. Brandt. En i88a, il fut
nommé directeur des douanes coréennes et conseiller du roi de Corée,
mais là, il ne put rester. A diverses reprises, il avait fait partie du Conseil
de la North-China Branch of the Royal Asiatic Societj. M. de Môllen-
dorflr a publié un certain nombre de travaux. (JT'oung Pao, 1901, no 3.
San, A une douzaine de lieues h l'Oucsl de P6-kinp. Le len-
demain de leur arrivée, ils furent assaillis par la fuulc.^ cotips
de pierres, M. von MiillcndorfT fut giiévenient blessé a la
tâtc et aux jambes et n'eut la vie sauve qu'en menaçant de
son revolver le bonze en ehef. Quelques jours auparavant, le
D"" S. W. Bushcll, médecin de la légation d'Angleterre et
sa femme, reçurent des pierres dans les rues de la capitale ;
M. Lcnsey, interprète de la légation de Russie, fut jclc h bas
de son pony par une brique qui lui fut lancée dans le dos.
A six ou sept lieuea de Tien-Tsîn, le Rév. M. Barradalc' et
sa femme furent couverts de boue par des villageois. Le sS
aoAt, M. D. M. Henderson*, cbet du service des phares, fut
attaqué par la populace près du pliare placé au promontoire
du Clian-Toung, à l'instigation du lettré Li Wou, trois se-
maines après que M. W. F. Maycrs', interprète de la léga-
tion d'Angleterre à Pc-King, avait porté des secours A la
veuve d'un homme, tué, l'année précédente dans une affaire
semblable, par l'anglais Fawcett.
I. Le Bév. /ohn Smilk Bsrradale. oiorl du typhus. a5 mti 1878,
dans la 33' année, i la London Mission. Tien-Tsin.
1. Uenderaon. David Marr, entré dans le service des douanes, janvier
1869 : ingénieur en chef, octobre 1871 ,
3. I, p 587, noie.
CHAPITRE m
AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
MISSION DE M. DE ROQUETTE
Nous avons vu* que M. Guillaume de Roquette* avait
été envoyé au Se-tch'ouen pour obtenir réparation pour
le meurtre de l'abbé Hue à Kien-Kiang, le 5 septembre
1873. M. de Roquette qui avait quitté Pé-King à la fin de
novembre 187^, arriva à Tchoung-King le 2 mars 1875.
Après de vaines négociations du 2 mars au 6 avril, il partit
pour Tch'eng-tou afin de voir le vice-roi de la province ; le
soir même on dépêchait vers lui le maréchal tartare. M. de
Roquette écrivait à M. de Rochechouart, de Tchoung-King,
le 11 juin 1875 :
« Il est nécessaire... que vous sachiez, qu'aux prières et aux
protestations d*amilié ont succédé les récriminations et les me-
I. I, p. Sag.
3. Guillaume de Roquette, Georges- Emile * né à Bellevue, près Meu-
don, le ag août 1887; attaché à la légation de France à Tanger, le 19
janvier i863 ; autorisé par décret impérial du i4 décembre c863, à
ajouter & son nom de Guillaume, celui de Roquettk, du nom de son
aïeule maternelle ; attaché à Berne, le a juin i864 ; ^ Weimar, le 7 mars
1866 ; secrétaire de 3« classe à Rio-de-Janeiro, le ig janvier 1867 ; che-
valier de la Légion d'honneur, le 11 août i86g ; secrétaire de a° classe à
Londres, le 37 octobre i86g ; à Stockholm, le aa mars 187 1 ; à Tanger,
le 5 mai 1871 ; à Pé-King, le aa janvier 187a ; secrétaire de i""* classe,
à Pé-King, le aa décembre 1876; à Rome, près le roi d'Italie, le 3i
août 1878; envoyé extraordinaire et ministre ]>lénipolentiaire de a<* classe
au Japon, le ao avril 1880; mis en disponibilité, le 3 mars i88a.
\un v>(;i:\h:m" di: m. ih: noiji futi: [\[\
naccs. Trois placards, le dcTnicr fort pcrlidc el fort violent, appe-
lant ouvertenicnl la populalion à exterminer les Etrangers el les
Chrétiens ont été alTichés clans toute la ville, fort énuie de ma
présence, qui coïncidait avec la nouvelle de l'assassinat de
M. Margary au Yun-\an. Enfm, ^voyant que je ne voulais ni ne
pouvais céder, alors que j'étais déjà embarqué et à près d'une
lieue de la ville, le vice- roi a envoyé des délé<^ués me poursuivre
et m'a fait supplier d'accepter un règlement plus avantageux
que je n'avais osé l'espérer, car deux de ses clauses proclament
l'absolue culpabilité du mandarin Koui que le vice-roi el les
négociateurs voulaient sauver à tout prix ».
ARRANGEMENT DE M. DE ROQUETTE
Voici rarrangcment par lequel M. de Roquette obtenait
que les mandarins compromis fussent destitués ou en\oyés
en exil, que deux meurtriers fussent punis de mort, et ime
somme de 4oo ooo francs de compensation pour les perles
matérielles :
Aujourd'hui, après nous être entendus louchant le procès du
meurtre commis à Kien-Kiang^ par Sié Kia-fun el autres coupables
sur la jxîrsonne des deux missionnaires. Hue. prêtre français, et
Tai Min-Kin, prêtre chinois, où le mandarin Koui Ku-h'en
gérait cette sous- préfecture : Nous rédigeons en quatre articles,
comme il suit, le résultat de nos délibérations comnumes et de
nos résolutions. Le tout revêtu de nos signatures pour être con-
servé comme preuve.
Art. I*'. — M. de Roquette, secrétaire d'ambassade, convaincu
de la grave culpabilité du mandarin Koui Ru-h*cn demandait
qu'en conséquence, il fût gravement puni ; mais M*<* Desflèches
venant nous prierd*ap|K)rlcr un adoucissement à la peine méritée,
nous statuons (ju'il sera demandé à l'Empereur de le priver de
sa charge, sans que jamais il ne puisse en avoir aucune. Un
wei-yuen le reconduira dans la province dont il est originaire, et
il y sera placé sous la surveillance du préfet du lieu.
Art. 3. — Les chefs de municipalité, lÀ Yoiien-chou, autrement
dit Li Youen-Kin et vulgairement appelé Li-pa Lao-yé, et Jan
Wen-isian, ont mérité la mort ; mais M*?'' Desflèches ayant prié
CORDIER. 11. — 3
34 AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
qu'on leur fil grâce de la vie, nous statuons d'un commun
accord, qu'ils seront bannis à perpétuité.
Art. 3. — Chen Son-fa, Sié Ria-fun, Ts'ai Tson-chi, Tchen
Tsouan-ls'iuen, seront tous punis d'après la loi. Ainsi Chen Son-
fa sera décapité, et Sié Kia-fun étranglé.
Aux. 4. — Nous statuons qu'il sera accordé pour frais des
sépultures et des tombeaux. Quinze cents Taèls, et en outre pour
la rémission d'une partie de la peine encourue par le mandarin
Roui Ku-h*en, la somme de Trente-huit mille cmq cents Tacts, ç\xi\
seront payés en bon argent, d'après la balance de Tchoung-King.
savoir :
Dix mille Tacts, dans le courant de la 5* lune, après le retour
h Tclioung-King et la conclusion entière de l'affaire, puis trente
mille Tai'ls restant, seront payés :
Dix mille Tai'ls, h la 10* lune de la présente année, eX dix mille
Taëls à la 8* lune de l'an prochain, et dix mille à la 3® lune de
Kouang-Siu.
Signé :
De Roquette, secrétaire d'ambassade,
Yao, tao-taï du Se-Tch'oucn oriental,
ïo, ci-devant tao-taï de la partie est du Koueï-tchéou ,
Et les délégués Lu Li-Ko et P'an.
La i" année de Kouang-Siu, le 29 de la 4* lune *.
I. Pour traduction conforme : G. de Bezaure. — Bczaurc, Georges-
Gaston Servan de, ne le a6 jan>*ier i85a ; élève interprète pour la
langue chinoise, à Péking, i5^ mars 187a ; interprète -chancelier à
Fou-tchéou, a3 mars 1878; inscrit dans la troisième classe des inter-
prètes, 18 septembre 1880; interprèle de seconde classe, interprète-
chancelier h Pé-king, ai février-i5 mars i88a ; vice-consul à Fou-
tchcou, la mai 188a ; interprète do i***^ classe, charge du vice-consulat de
Fou-tchcou, i'-"* mai i884 ; consul honoraire, 3i octobre i885 ; chevalier
de la Légion d'honneur, 37 décembre i885 ; gérant du consulat de Tien-
Tsin du aO juin au i^"" novembre i885 ; chargé du consulat de Canton,
6 avril 188G ; consul de secQnde classe à la même résidence, 37 juin 1887 ;
k Hong-Kong, 7 janvier 1889; consul de i'"« classe, 16 septembre 1890;
gérant du consulat de Tien-Tsin, 37 novembre 1890-10 mai 189a;
consul à Philippopoli (non installé), i^^ septembre 189a ; à Newcastle,
1 5 octobre 1894; consul général, aa avril 1896; gérant du consulat
GAZKTTE DE PÉKING, Q SKPTKMbUE 1875 35
M. de Roquette était de retour à Ilan-Keou, le i" juillet
1875.
La lettre suivante termina enûn une affaire qui avait
donné beaucoup de mal à notre diplomatie et dont le règle-
ment fait honneur à M. de Roquette :
En effet le prince Koung écrivait au comte de Rochechouart
(Pé-king, le i3 septembre 1875) :
Le maréchal Tarlarc du Se-tch*ouen et les autres autorités de
la province ont adressé un rapport au Trône au sujet de Taffaire
de Kien-Kiang dont il expose rinstruction et le règlement.
Le 6 de ce mois» a paru Tordre impérial suivant :
Approuvé. Que le Tribunal compétent prenne connaissance.
Il semblerait qu'un bon vent, auquel n'étaient peut-être pas
étrangères les dinicultcs de la Chine avec T Angleterre, régnût
alors en faveur des missionnaires, témoin cet extrait de la
Gazette de Pé-king du 9 septembre 1876 :
GAZETTE DE PÉ-RING, 9 SEPTEMBRE 1876
Tch'oung-Che, Tcbing-hai, Tchi-ngan, esclaves, adressent
agenouillés un rapport au trône.
Nous avons antérieurement signalé les autorités d'un lieu
soumis aux deux juridictions tartare et chinoise pour avoir man-
qué à leurs devoirs en ne protégeant pas un missionnaire fran-
çais qui a été dévalisé sur la grande route. Dans le délai qui avait
été accordé aux autorités de ce lieu, elles se sont emparées de
plus de la moitié des coupables ainsi que de leur chef, qui, après
jugement, ont été exécutés. Aussi venons-nous prier S. M. de
rendre à ces fonctionnaires les boutons qui leur avaient été enle-
vés. Tel est le but du présent rapport.
Nous, esclaves, avons reconnu, en prenant celte affaire en
général «le Chang-Haï, 28 août iSyO; consul général à Cljang-Uaï, 10
janvier 1898.
M. de Bczaure, qui accompagnait M. de Hoquette comme interprète,
a laisse un récit de son vojage : Le Fleuve Bleu .. Paris, Pion, 187a,
in-ia.
36 AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
main que, dans la 12* lune de Tannée dernière, le lao-taï inté-
rimaire de la douane fit parvenir Tavis suivant :
Le i/i'' jour de la ii* lune, un missionnaire français fut
assailli et dévalisé par des brigands lors de son passage à Ko-
chao-tseu, qui relève du canton de Kouang-ning.
Ce fut alors que mon prédécesseur Fou Sen-ha et autres deman-
dèrent au Trône, à la date du 16 de la i'"* lune de cette année
la dégradation de Mo-ko-to-ko, commandant tartare du Sia-he-
chan et de Paotaï, chef du canton de Kouang-ning. pour les
punir de la négligence apportée par eux dans leurs devoirs de
protection. Ils demandèrent pourtant qu'ils fussent maintenus
dans leurs charges pendant un délai de trois mois, afm de pou-
voir poursuivre vigoureusement et capturer les coupables. Si, à
l'expiration de ces trois mois, leurs recherches avaient été infruc-
tueuses, on proposerait leur destitution immédiate.
Le 9 de la 2* lune, le Conseil de l'Empire reçut l'ordre impé-
rial approuvant ces dispositions.
Conformément à cet ordre, le vice-président du tribunal des
finances, Ïchc-Tcho, faisant fonctions de Maréchal commandant
la Mandchourie et Rong-ten, Préfet de Moukdcn, donnèrent
l'ordre aux autorités mandchoues et chinoises de faire des recher-
ches rigoureuses, de s'emparer des coupables, de les juger et de
les punir. I^e 10 de la 3* lune, nous reçûmes le rapport suivant
de Mo-ko-to-ko et de Paotaï :
« Le 0 et le 17 de la a* lune accompagnés de soldats et de
satellites, nous nous sommes emparés de Gé Ta-tchin, appelé
aussi Ye-lo-ko-la, qui est le chef des brigands incriminés, de
Tchan Ti-fou et des trois autres complices secondaires : Ma Kouo-
lin, Hia Jong-to, Tchen-fa ».
Le II de la 3® lune, nous reçûmes le rapport suivant du tao-
taï de la douane :
a Le 35 delà i^'* lune, à Hoe-tchang, canton voisin de Kouang-
ning, on a arrêté le chef des brigands Kao Tseu-Rouei, aussi
appelé Kao Eur-long, qui a été trouvé porteur d'un pistolet à six
coups. De plus, l'ordre secret a été donné d'arrêter le brigand qui,
lors de l'attaque de l'étranger, a dit son nom: San Fou-youen.
Le 30 de la 6" lune, le chef de police de Ileou-Tchouang,
s'étant assuré le concours des soldats et des satellites de Kouang-
ning, s'est emparé, le G et le 11 de la /j** lune, d'un coupable
nommé Pan In-tsing. Puis, dans un rapport écrit de concert
avec Ma-ko-to-ko et Paotaï, il a annoncé qu'il avait aux mômes
GAZETTE DE PKRING, Q SEPTEMBRE 1876 87
dates arrête deux autres criminels, Wang Fou-nicn et Chou In-
choun.
A chacun de ces rapports reçus par nous se trouve jointe une
note relatant la punition prononcée.
Moi, esclave, et les autres, avons reconnu que tous ces crimi-
nels ont, dans l'interrogatoire subi par eux, avoué être les auteurs
de l'attaque contre un Européen et du vol de sa mule, de son
cheval et de ses effets et bagages. En conséquence nous avons
immédiatement, avec toute la rigueur des lois de l'Empire, con-
danmé les coupables -i mort.
Les Autorités entre les mains desquelles se trouvent ces indi-
vidus ont reçu l'ordre, dans le cas où leurs déclarations no chan-
géraient pas, de les faire exécuter sur la place du marché du
village, et de faire exjwser au bout d'un màt, avec un écriloau,
leurs têtes au lieu même où le crime a été commis, afin d'ins-
pirer une crainte salutaire pour l'avenir.
Quant au pistolet h six coups dont Kao Tseu-Kouci a été trouvé
porteur, il sera remis au chef du canton de Kaïpingqui l'enverra
au tao-taï, afin qu'il soit restitué à son propriétaire.
Les jours et heures des exécutions nous ont été communicjués
postérieurement.
Depuis le 9 de la 2° lune, date à laquelle j'ai reçu Tordre
impérial jusqu'à ce jourd'hui, 9 de la 5™^ lune, il s'est écoule
trois mois. Or comme les autorités fautives ont arrêté dix cou-
pables, nombre qui dépasse la moitié de celui des criminels,
lequel est de i4» comme elles ont capturé le chef, comme, après
avoir montré de la négligence dans l'accomplissement de leur
devoir, elles ont déployé un grand zèle et une louable activité,
nous proposons à l'Empereur de vouloir bien, par un effet de sa
bonté, rendre à Mo-ko-to-ko et Paotai le bouton qui leur a été
enlevé, afin qu'il donne h tous une preuve de son indulgence.
Quant à ceux des coupables qui n'ont pas été pris, ils seront
sans relûche poursuivis de la manière la plus active.
C'est pourquoi, plus de la moitié des coupables avec leur chef
ayant été arrêtés, jugés et exécutés, je soumets à l'approbation des
Impt'ratrices et de l'Empereur les conclusions du présent rapport.
Le Conseil de l'Empire a reçu l'ordre suivant :
Approuvé. Que le tribunal compétent prenne connaissance.
Respectez ceci * .
I. Pour copie conforme : Signé: F. Scherzsr, interprète^, i.
38 AFFAIRES DE MISSIONNAII^ES
Notre chargé d'affaires, le comte de Rochechouart, a
raison de se féliciter de cette preuve des dispositions équita-
bles des fonctionnaires chinois, dans sa lettre au duc Decazes,
de Pé-King, 12 septembre iSyS :
C'est, à mon avis, la meilleure pièce qui ait été publiée depuis
quinze ans. En effet, jamais jusqu'à présont personne n'avait pu
obtenir que les châtiments encourus soit par les mandarins, soit
môme par de simples particuliers, pour sévices contre les mission-
naires ou les Chrétiens, fussent rendus publics, et voilà que tout à
coup et sans aucune pression de ma part, le Lieutenant de l'Em-
pereur en Mandchourie, frère dcTciroung-IIoou, ancien ambassa-
deur h Paris, prend l'initiative spontanée d'adresser un rapport
au trône dans lequel il raconte qu'un missionnaire français avant
et*'» nt*nrnii* o\ Hf'noni'lo pnlro.Nienn-trlinmn'r et ^îo^^kde^ et les
• a.i. iii.ii I» ..\anl j)as" et.' dv'CJU verts, il a destitué
les fonctionnaires coupables de cette négligence : mais qu'ensuite
ces mêmes mandarins ayant essayé de réparer leurs torts, et
l'arrestation de plus de la moitié des coupables (10 sur il\) étant
leur œuvre, il demande à l'Empereur leur grâce...
Si la Gazelle reproduit trois ou quatre autres rapports analo-
gues, nous n'aurons plus aucune affaire de missionnaire ; ce qu'il
y a de plus remarquable, c'est que, contrairement à ce qui se
passe habituellement, la Légation n'a, pour ainsi dire, pas eu à
intervenir dans cette négociation : tout s'est borné à une petite
lettre privée que j'ai écrite à Tch'oung-Ileou.
PROCLAMATION AU FOU-KIE?i
La France n'est pas la seule nation qui obtienne satisfac-
tion.
A la requête du ministre des Etats-Unis, la proclamation
suivante dont nous donnons la traduction fut affichée dans
le Fou-Kicn ; elle témoignait du bon vouloir du gouverne-
ment chinois à l'égard des missionnaires :
Le tao-taï. Président du Bureau spécial du commerce pour
la province du Fou-Kicn, lance la proclamation suivante dans le
but d'instruire le peuple :
PROCLAMATION AU FOU-KIEN Sq
Les missionnaires de chaque nation qui prêchent dans l'inté-
rieur le font en vertu des stipulations du Traité, et comme la
religion sainte de Jésus, appelée aussi christianisme, a pour but
d'exhorter les hommes à pratiquer la vertu et à traiter leur
prochain comme ils voudraient être traités eux-mêmes, il faudra
dès lors, à l'avenir, protéger, tout comme les autres, les mission-
naires et les Chrétiens qui se conformeront à leurs devoirs ; on ne
pourra plus exercer de vexations à leur égard, ni leur causer des
embarras : tout cela est stipulé dans le traité.
Or. dans les sous-préfectures et dans les villages du ressort des
préfectures de Jen, Tien, Chao et de Sin Houa-fou, les notables
et le peuple non clu'étien exigent continuellement des Chrétiens
des cotisations pour les sacrifices aux génies, les constructions de
pagodes, les représentations théâtrales, et, sur le refus de ces
derniers, emploient la violence, leur pillent ou leur brûlent leur
maison et les injurient. J'ai reçu au sujet de ces faits et à deux
reprises des communications du Consul, et, suivant le désir de
ce dernier, j'ai donné l'ordre aux autorités de punir sévèrement
les coupables et de faire en outre une proclamation à ce sujet.
Les étrangers de chaque Empire qui résident à l'intérieur louent
à perpétuité des terres pour y construire leurs églises, et leurs
terres ne sont pas soumises aux impôts ; les étrangers devront
donc, par l'intermédiaire de leur Consul, demander l'enregistre-
ment de l'acte de propriété auprès de l'autorité qui, suivant les
cas, autorisera ou non le transfert. C'est ainsi que l'on devra
procéder dans toute la province. Si les étrangers veulent louer
des maisons pour y établir une église, il leur sera loisible de le
faire dans n'importe quelle ville, faubourg, marché, absolument
comme s'ils voulaient louer une maison destinée soit à l'habita-
tion, soit au commerce. Les voisins des missionnaires ne devront
pas faire courir de faux bruits pour leur causer du tort.
Cette proclamation a |X)ur but de vous faire savoir à tous,
notables, vieillards, soldats et peuple, que les étrangers qui
bâtissent des églises et qui prêchent leur religion le font en vertu
du Traité. Cependant, dans le cas où ils voudraient acheter
secrètement des terrains, vous devrez dénoncer ces faits à l'auto-
rité qui avisera ; mais il ne vous est pas permis de prendre vous-
même une décision et de donner naissance a des complications
fâcheuses en usant de violence. 11 n'est pas possible non plus de
forcer les Chrétiens à contribuer aux frais des sacrifices aux
t\0 AFFAIRES DE MISSIONNAIRES
génies, des conslruclions de pagodes et des représentations
théâtrales.
Vous, notables, soldats et peuple, devrez observer les rîtes vis-
à-vis des missionnaires et des Chrétiens, et Tharmonie régnera
ainsi entre les populations chrétiennes et non chrétiennes. Vous
ne pourrez pas les appeler barbares, appellation qui est en désac-
cord avec le Traité.
Dans quelque préfecture ou sous-préfecture que les étrangers
veuillent habiter, il leur est loisible de le faire, sans que Ton
vienne les molester. Les autorités, ainsi que les notables et le
peuple, devront les traiter avec égards ; en montrant leur désir
de remplir leurs devoirs d'hôte, et en ne manifestant aucun
sentiment de mépris ou d'hostilité, elles arriveront à faire régner
la concorde. Lorsque les Chrétiens auront des procès, ils ne pour-
ront appeler les missionnaires pour les protéger. Dès l'apparition
de cette proclamation, les notables et le peuple devront se con-
former à leurs devoirs, de façon à éviter toute alTaire. Que l'on
arrête immédiatement ceux qui auront la hardiesse de ne pas
tenir compte de mes instructions, et qu'on les punisse sé>ère-
ment.
Que chacun de vous obéisse et tienne compte de cette procla-
mation pubUée dans votre intérêt ^ .
1. Pour traduction conforme : Signé : F. Schbrzer.
rT-r>\^*- ■'.- * - ■ ■• -♦".••*' '-r * ,..•". '-..•*■■ -if ■ ■ :
CHAPITRE IV
L'AFFAIRE MAR6ARY
Le règlement do raffaire Margary * était la portion la
plus lourde de rhéritagc laissé par T'oung-ïché a son suc-
cesseur ^
Le f\ mars 1875, le comte de Derby, ministre des affaires
étrangères, télégraphiait à M. Wade la nouvelle de Tallaque
de la mission dirigée par le colonel Browne et l'assassinat de
Margary, commis, présumait-on, par ordre du gouverneur chi-
nois de Momein ; le 11, M. Wade recevait le télégramme à
Pé-King"et le lendemain il remettait une note au prince Koung ;
celui-ci répondit que le Tsoung-li Yamen donnait immédia-
tement au gouverneur général, Lin Yo-tchao, et au gouver-
neur du Yun-Nan, Ts'ên Yu-ying', Tordre de faire une
enquête et de lui adresser un rapport.
1. I, p. 559, 565. — Le major-général Ilcnry Josluia Margary, R. E.,
père d'Augiistus R. M., mourut soudainement do paralysie le 21 janvier
1876, à Weslon-super-Mare, a>ant que satisfaction n'ait été obtenue pour
le meurtre de son fds.
2. I, p. 567, note. — Chinât n° 3 (1877). — Further Correspon-
dence respecting the Atlack on the Indian Expédition to Western
China and the Murder of Mr. Margary. (In continuation of G. i6<)5.)
Prescnled..., 1877, Lond., in- fol. [P. i832].
3. Du kouang-Si ; Tao taîau Yun-Nan, avril 1866; trésorier au Yun-
Nan, mars 1867; gouverneur du Yun-Nan, 1874 ; en deuil, avril 187O ;
gouverneur du Kouei-tcheou, mai 1879; ^" Fou-Kien, mai 1881 ; gou-
verneur général du Yun-Nan et du Kouei-tcheou, mai i883; mort juin
1889.
4a l'affaire margart
RÉCLAMATIONS DE M. WADE
Le 24 mars, M. Wade remellail au prince Koung un
mémorandum dans lequel il marquait les réclamations qu^il
adressait au gouvernement chinois et indiquait le mode de
procédure à suivre au sujet de l'attaque de la mission indienne
à Teng-Yuè et l'assassinat de Margary :
I. Gomme il importe avant toutes choses qu'une enquête soit
conduite dans cette affaire ainsi que le stipulent les articles XVI
et XVII du Traité deTien-Tsin, on réclame du Prince Koung la
promesse que les autorités du Yuti-Nan recevront des instruc-
tions, afin (|u'aucune pcrsoime officielle ou prl\éc, qui peut être
accusée, soit d'avoir dirigé ou pris part à l'attaque contre les
officiers anglais et autres voyageant avec passe-port à travers
Momein, soit d'avoir pris une part directe dans le meurtre de
M. Margary, ne soit mise en jugement avant l'arrivée du fonc-
tionnaire ou des fonctionnaires anglais qui doivent être envoyés
pour assister à l'enquête.
M. Wade doit être immédiatement pourvu de passeports pour
deux fonctionnaires et leur suite pour se rendre à Momcin, soit
par terre à travers la Chine, soit par la voie de Birmanie, sui-
vant qu'il sera jugé plus commode.
a. M. Wade devra être immédiatement pourvu d'un passe-
port semblable à celui qui lui avait été envoyé en juillet dernier,
pour permettre ime seconde expédition, si le Vice-Roi de l'Inde
jugeait à propos d'en envoyer une, pour entrer au Yun-Nan
par la même route que celle suivie par l'expédition repoussée en
février.
Le Prince Koung écrira officiellement à M. Wade jwur mar-
quer quelles autres mesures ultérieures on propose de prendre
pour assurer la nouvelle expédition contre toute attaque.
3. Le Prince Koung est requis de remettre entre les mains de
M. Wade. ou de lui payer sur sa demande, la somme de i5o 000
taëls, pour être appliquée, en tout, ou partie, à tels objets que le
Secrétaire de Sa Majesté pour les Affaires Ltrangêres et le Secré-
taire de Sa Majesté pour l'Inde décideront, quand ils seront en
possession de tous les détails de l'affaire. Si les Secrétaires d'État
. ""
i. », -TT^y " . " -ji -•* - a.- i-.;
GAZETTE DE PÉKING, IQ JUIN iSyO 43
décidaient que rien de cet argent ne doive être accepte, il sera
rendu au Gouvernement Chinois.
Le i6 avril, le comte de Derby approuve les deux premiers
articles de ce mémorandum ; quant au troisième, le gouver-
nement anglais « ayant entière confiance dans le jugement
de Wade, supposait qu'il avait de bonnes raisons pour
formuler une demande de i5oooo taëls, mais attendrait
d'autres explications avant de donner une opinion définitive
à cet égard ».
Le 3i mars,, les quatre passeports furent remis à Wade,
deux pour les fonctionnaires à destination du Yun-Nan et
deux, dans le cas où imc seconde mission serait envoyée par
le vice-roi de Tlndc, de Birmanie en Chine ou vice-versa.
L'honorable T. G. (jrosvenor, secréUire de la légation
britannique', était désigne pour se rendre au Yun-Nan, avec
E. ColborneBabcr comme interprète; d'autre part, le gouver-
nement chinois, par un décret paru dans la Gazette de Péking
du 19 juin 1875, envoyait le propre frère aîné de Li Houng-
tchang, Li Han-tchang, vice-roi des deux IIou, pour faire une
enquête au sujet de l'affaire Margary.
GAZETTE DE PÉKING, I9 JUIN iSyS
Nous.' les Régentes Impériales, ordonnons h Li Han-tchang '.
Gouverneur-Général des provinces de Hou Rouang, de se rendre
I. Mort le 8 octobre 1886.
3. Ne en 1821; Tao-taï au Kiang-Si. 1863; commissaire des prains,
février i863 ; juge au Kouaiig-Touiig, i863 ; trésorier au Kouang-Tounp,
octobre i863; gouverneur du Hou-Nan, mars i8()5; du Kiang-Sou,
février 18G7; du Tclié-Kiang, janvier 1868; gouverneur général du llou-
Kouang. septembre 1870; du Se-Tch'oucn, janvier 1876; du IIou-
Kouang, octobre 1876; en deuil, 1883 ; directeur général du transport
des grains, octobre 1888; gouverneur général des deux Kouan^, août
1889; en disponibilité, avril 1896, à la joie de ses administrés qu'il pres-
surait, et dénoncé par le gouverneur du Kouang-Toung, Ma P*ei-^ao.
44 L*AFFAIRE MARGARY
en toute hâte, au Yun-Nan pour faire une enquête et arranger
une certaine affaire qui a eu lieu dans cette province ; et nous
donnons l'ordre à Wang Toung-tsicou, pendant l'absence de Li
Han-tchang de son poste de Wou-tch'ang, de remplir temporai-
rement les fonctions de Gouverneur Général du Hou-Kouang,
avec celles de son propre poste de Gouverneur du Hou-Pé.
Respectez ceci !
Si Ton en juge par la lettre suivante adressée par
M^" Cliauvoau, vicaire apostolique du Tibet ^, adressée de
Ta-Tsica Ion, le if) août 1876, au P. Angclo Vaudagna, supé-
rieur des franciscains italiens de llan-Keou, la mission de
MM. Crosvenor ot Babcr ne devait pas s'accomplir sans
rencontrer de grandes diflîcultcs:
On sait dans l'Ouest du Yun-Nan que MM. Grosvcnor et Baber
vont arriver avec des passeports parfaitement en règle du
Tsoung-li Yamen. Mais on sait aussi que des instructions secrètes
du môme tribunal prescrivent aux mandarins de susciter aux
deux commissaires anglais tous les embarras |X)ssibles, et d'exci-
ter quelque part, n'importe où, une sédition populaire, si facile
en Chine, au milieu de laquelle périraient ces deux messieurs,
sans qu'on put connaître les meurtriers et sans (pi'il fût j)Ossil)le
de compromettre les autorités du lieu, qui se hâteraient d'accou-
rir quand tout serait fini ! On regarde le voyage de ces messieurs
comme une entreprise téméraire, souverainement périlleuse, pres-
que désespérée. On s'attend aux derniers malheurs. « J'ajoute :
« Ils seront suivis de bien d'autres ! »
M. Grosvcnor, accompagné de Baber, envoyé par M. Wade,
se rendit le 3 juillet à Han-Kéou où il eut une entrevue avec
Li Ilan-tchang qui lui déclara avoir reçu Tordre de se rendre
au Yun-Nan pour obtenir des renseignements sur la mort de *
Margary ; il n'avait d'ailleurs pas à s'occuper de Tatlaque delà
mission Browne. Grosvcnor retourna donc le i4 juillet à
Chang-llaï où se trouvait Wade qui le retint ainsi que Baber
I. I, p. 61, note.
MKMORWniM DE M. WVDF:, II AOTT 1875 /|5
parce qu'il désirait, avant deles envoyer an Yiin-Nan, obtenir
les renseignements du vice-roi de Tlnde et les comparer à
ceux du Yamen.
MÉMORANDUM DE M. WADE, II AOUT 1876
Les négociations continuaient cependant, et dans un mémo-
randum remis le ii août 1875, à Li Tchoung-tang à Tien-
Tsin, Wadc insistait sur les points suivants qui élargissaient
singulitM'ement le champ de la discussion ; il n'est plus sim-
plement question de réparations pour Tattaque de la mis-
sion lirowne et l'assassinat de Margary? il s'agit également
des relations a\ec les puissances étrangères et de la protection
du ronunerce :
I^reniirremrnl. — Si le Gou\crnciuent Cbiiiois désire s'assurer
liii-mèine cl les puissances étrangères contre le danger de malen-
tendus tels que ceux ([ui sont ci jeu actuellement, il améliorera
l'état présent des relations diplomatiques, en commcneant natu-
rellement, chez lui. C'est dans ce but que j'ai pressé le Prince
Koung de me donner quelque preuve que quelque chose serait
fait en vue de robservalion de l'article IV du Traité. Si l'on
objecte que la minorité du Souverain et la régence de rinq)éra-
trice soni des obstacles à l'accomplissement complet de ces condi-
tions, la ré[)onsc sera que l'amélioralion de la situation dcfy
représentants étrangers a Pé-king est néanmoins parl'aitement
pratique. Gomme dans d'autres capitales dans les([uelles les Léga-
tions Étrangères sont établies, il peut y avoir des rap[)orts avec
les plus hauts fonctionnaires, non en vue d'allaires. Les alîaires
étrangères peuvent être disculées seulement avec le Département
qu'elles concernent, c'est-à-dire le Tsoung-li \amen; mais
comme preuve du sentiment amical et d'une tendance conforme
aux usages étrangers prescrits par le Traité.
Secondement. — Le Gouvernement Chinois fera un cITort
sérieux pour donner eflet aux articles du traité concernant le
commerce dans les ports et dans l'intérieur. Sa manière actuelle
de procéder est gênante à certains points, à d'autres, détruit le
B nu»! :iu*. a vn?- \il i^tc iiiv- me enniètrt «rt xeran^er
iiv .T-uiir mur' rji n. j*fi. ura (?*ti» ivr^'^inre : et nous
:iiniitin> rrrrr ^i uii. "^ 'izur-iwo^i. >^iUiat LVLb>»**n«nf de Li
**iiiiM»i «> '111 :•J)t1^ «î li'âTvrrj.-'Tr »T-nt-îTU tu H^rn-Kouanir.
»•> •:••'?- il r. |.r* I»*-: .:f I'. •ni\mi-^ir tu iii#:«i— IV.
^ i •« ^" Ht i t'tiT^ -u^'.uii** H!r'-:<.^; Y*i\r
'I* .' .1 ^. :• i .•'■-' :.^.-i : iTi-. m 7'hfi hir'f>s*-V- ile
*■ ■■ ^ . ^ •- • ,- li.iî- .1 '■ M ;) --ri lit'
M II* €t«»v' .»*« .•:'* -i^»* •■i■..•••^ ii.r'..in-'Mr'ii *■: r'-*^"l»:- ilu
kU M* »»»». iii»'4ii..i «•»-'*^' -M -M .<!' iKaiili.:"ii> II! "^'."^"l'-r ji».i\
I» i««\M,«ii Vil'. I injv. ••« .il. lut -^'liiii-ii j t.iiii •^. *î. t.tv'iU*
• * *iim .!t iiiîu »i tT .H|ii» 'Ir u»"r;j«-»ll -«* If*. 1 r. ■'■•*î.'- urs.
x'»*"^ l«t U un ' Mil. tîî* «^ lUMI •î"!'^ '». '*»ilr> Il ." L-» -i-^lt»!»»
t\ •'*»»|i»« »u\*M* * ''^ mvi'i'it'»' tu n M, (ui -*' lin-vi •'!:?: i i*-o"'»j-
M (4«>>ii«i I *ii H*-!ii lin h ^'Uil""'*' •' "-lu.»; :•; :"- .;.r'**'»î»>iirs
«'il«»ti\ iti« »i%l»i'»'s< I t|l\ • ;n'~ '%'H' ■•!* lilIlVIli'M ■ .tT". .r'.l'^.'. î^rt'S-
(.«« tiHN'^i** »» '^ ni' 'i%ï :»r il »-iii.'«'»^ iiai:ii?'i-:>. c J ij-Hil».' :
V' ►vo%.iii -I- > .*.;ii;* t H.ii» hkuva ii !:. 'i*t :jnHOQtî>.*^uo a\ec
l » Ha M ;» Jm-Kv ;ii'. ■'«; vk-viorti i*';*r c:»u l i.'r.lr>? J«e >♦:■ rendre
iu \«ni \«ii |>sît .-rivtm" A;*^ irt.'^.'«^vt^'iwii5.s sur Kl morl de *
\1.«< '^.i^ \ '1 •! <v.i»i ..Liilk'*i! V i.M> A <" .<x-u^-<r Jn' TalLuiue do la
i»»v*»»*M lii»\\n.' ^i»v>\i.'ivi. rv*. tîrru d». tK* le 1 4 juillet h
V ''vv»A Uu ^»ô H" ttv^u^Ait \X Akk vlui le retiul ain>i queBaber
parer qu'il déslrail, avant ilelosonïriyrmii Yiin-Nan, nlilciiir
les iTnscij;nenienls du vico-mî do rindc cl id/: coiii|iarcr à
ceux du Yamen.
MÉMOR.V^Dl'M DE M. WADE, Il .VOIT 18/5
Lcsm'gnrinlions conlinnaiont CTjiondant. ot dons un mômo-
randnni iviiiif^k' ii anill \H-î>, à Li 'l'clioung-lang à Ticn-
Ti'in, Wnde insisluil snr les {>oiiils suivants qui élargissaient
sinfridii-iviiu-nl le diainiido la discussion ; il n'est [ilus sîni-
lilfiiionl question de réjKualioiis pour l'attaque de la mis-
sion Hroivne el l'assassinat de Maryarv, il s'af-'it également
des ri'lalinuf :\\i'i' les puissances étrangères et <Ie la jii-otection
liii-iiii''Mie ol li'S [itiissances ('li-nn^'i'ivs ciiiitre le <laiig('r de inalrn-
lendiis tels inn; ceu\ ijiii sont C! jeu acluellemenf . il Rinélinrcra
l'état présent de.s relations diplomatiques, en commençant natu-
rellement, eliez lui. C'est dans ce but que j'ai pressé le Prince
Kounc de me donner quelque preuve que quelque eliose serait
t'ait eu Mte de l'observation de l'article 1\ du Traité. Si l'on
objecte ipie la minorité du Souverain et la régence de l'Inqrt'ra-
trice sont dc^ obstacles à r,iceom|ilissonieTit i-ouiplct d>' ces ciindi-
tions, In ré|ionse sera que ramélioralion de la situation des
représentants étrangers à l'é-kin:.' est néanmoins [larraitenient
pratique. Comme dans d'antres capitales dans les(|ncili's li's Léga-
tions Ètrangi-re» sont établies, il peut y avoir des rapjKirls avec
les plus liauts rond ion naires, nmt en vue d'alFaircs. Les all'ain-s
élraupi-res peuvent être discutét-s seiitenient avec le Dépintement
qu'elles concernent, c'est-à-dire le Tsoung-li ^anien ; mais
comme preuve du sentiment aoiical el d'une tendance conforme
aux uMges étrangers prescrits par le Traité.
Se«MH'™"n(. — Le Gouvernement Clûnois fera un ell'ort
wTieH donner clTcl nm articles du traité cooccrnanl le
JUS les pr-*~-"t dans l'intérieur. Sa tnanièrc actui-lle
4»^C^Sm g^ 'rlHins points, ii <raulrc-, détruit le
±
48 l'affaire margauy
M. Grosvcnor est le fonctionnaire qui se rend au Yun-Nan
pour assister au jugement pour lequel le \ainen a déjà donné
un passe-port et un délégué a élé nommé par le surintendant des
Ports du Nord pour raccompagner dans son voyage. M. Wade
demande maintenant qu on fournisse une escorte jK)ur assurer sa
sécurité. On peut naturellement satisfaire à ce paragraphe. Le
Yamen [litt. ce sera le devoir du Yamen de] notifiera au Gouver-
nement du Yun-Nan de détacher une escorte à rarri>éc de
M. Grosvenor dans la province aûn de l'escorter de point en point
et de le protéger de façon à ce qu'il ne lui arrive aucun danger.
4. Escorte pour la future mission de l'Inde.
Il sera nécessaire que les fonctionnaires de l'Inde sur le point
d'entrer au Yun-Nan par la frontière birmane, donnent, avant de
commencer leur voyage, avis aux fonctionnaires de la frontière
du Yun-Nan de l'époque à laquelle ils arriveront à un point spé-
cifié, aussi bien que du chiffre de leur compagnie et de leur suite.
Les fonctionnaires de la frontière leur accorderont certainement
la protection la plus clïicace. On espère que M. Wade voudra bien
communiquer les remarques ci-dessus au Vice-Roi de l'Inde et
le Yamen écrira en termes pressants au Gouvernement du Yun-
Nan de fournir une escorte à telle époque qu'il sera nécessaire,
afin d'assurer les résultats les plus parfaitement satisfaisants.
5. Le rapport de M. Wade [sur l'attentat du Yun-Nan] sera
immédiatement déjxjsé devant le Trône et un Décret sera pro-
mulgué, &c.
En réponse, il doit être observé que c'est l'habitude en Chine,
dans les cas où des Commissions d'enquête sont tenues, relatives
à des événements dans des provinces qu'aucun Décret ne soit
promulgué publiquement avant que le rapport n'ait été présenté
au Trône annonçant l'accomplissement de l'enquole, et que le
mémoire relatant les particularités de l'enquête soit prêt à être
publié. Dans les cas où les Décrets sont promulgués avant que l'af-
faire soit conclue, ils sont communiqués [par le Grand Conseil]
et jamais ni eux ni les mémoires sur lesquels ils sont basés ne sont
publiés. Dans le cas présent le fait est que le Gouverneur Géné-
ral et le Gouverneur du Yun-Nan avaient reçu par décret l'ordre
de faire des recherches et de s'occuper de l'affaire. En dernier
lieu, par rapport à la longueur de temps qui s'était écoulé sans
résultats apparents, le Gouverneur-Général Li «fut nommé pour
se rendre sur les lieux, faire des recherches et régler l'affaire. Que
le Gouvernement du Yun-Nan ait été ou non dilatoire dans son
RKPONSK DU rSULMi-LI YAMEN, -J'À AOUT 187J 49
action, il apparlicndra en même temps an (jonverneur-Ciéncial
Li de s'en assnrcr et d'agir en conséqnence. Le Yamen propose
maintenant, d'une part, de faire un rapport pour un Décret
ordonnant au Gouverneur-Général et au Gouverneur du \un-
Nan d'employer toute diligence pour s'assurer des faits réels de
l'alTairc et faire un rapport, cl leur interdisant tout nouveau
délai ; d'autre part, de demander en même temps que le
Gouverneur-Général Li reçoive Tordre de partir en toute hâte à
destination du Yun-Nan à seule un que TafTaire soit rapidement
amenée à une conclusion.
6. Qu'un ambassadeur soit envoyé en Angleterre et qu'il se
détourne de sa roule pour visiter Calcutta.
L'idée que des ambassadeurs seraient envoyés de Chine dans
des contrées étrangères a déjà été émise depuis quelque temps,
mais aucun personnage convenable ne s'étant présenté, il n'a pas
été possible de la mettre à exécution immédiate. Eu égard main-
tenant, à l'événement qui a eu lieu au Yun-Nan, un fonctionnaire
pourra, connue démarche préliininairo, élrc envoyé on Angle-
terre à seule (in de cimenter des relations amicales et de décla-
rer que ce qui s'est passé au Yun-Nan était un événement
imprévu du Gouvernement Central [ou Souverain]. Toutefois le
fonctionnaire, envoyé en mission, comme porteur d'une missive
de salutations à Sa Majesté la Reine d'Angleterre de la part de
Sa Majesté l'Empereur de Chine, sera forcé de se rendre directe-
ment en Angleterre et de délivrer sa lettre en personne, en mar-
que de profond respect. De plus, n'importe quels arrangements
qui peuvent être pris, au sujet du commerce de frontière avec le
Yun-Nan, dépassent le but des conditions du traité, relatives aux
ports de la côte. Il faudra examiner les circonstances locales avant
que des négociations ne soient commencées. Ce n'est pas un sujet
sur lequel un fonctionnaire envoyé à l'étranger comme ambas-
sadeur puisse être sulTisamment bien informé. 11 sera nécessaire
d'attendre que l'alTaire du Y un-Nan soit terminée et les circon-
stances locales examinées à fond pour qu'il puisse être délibéré
sur cette question en vue de résultats satisfaisants.
7. Publication du Décret nommant un Envoyé pour se rendre
en Angleterre.
La question de la nomination d'un Envoyé a été traitée d'une
façon explicite dans le paragraphe précédent. Toutefois il faut
ajouter qu'il n'est j)as libre aux serviteurs de S. M. l'Empereur
de faire des suggestions au sujet de ses Décrets.
GORDIBR. IL — 4
5o L^AFFAIRE MAUGARY
Quand le Décret nommant un fonctionnaire aura été reçu, le
Yamen en enverra une copie, faite avec révérence, à M. Wade,
pour son information.
23 août 1875.
ENVOYAS CHNOIS FN ANGLETERRE, 7 SEPTEMBRE 1876
Le 28 août 1875, le prln^^e Koung recul un décret inn>é-
rial nommant \e> envoyés extraordinaires chinoisen Angleterre,
mais il ne j arui (\\>c dar hi Gn:ette dr, 7 sej.len:})ie : r'élail
rnecoiiséfp'c r<('" M''^ • nn-'um (jwur». ra; 1 r*)di '\ • ng-
li Yanicn, un i*^ c ùi.
Décret
m
Le Vire-Président oxpodanl Kouo Sonng-tao. leTao Taï oxi>0'^-
M' M»"" ''il ' r -h
iie.i[>ecie/ cec.
• 1 • 1
•-• crç - r •>! 1-» ^ ri'p
la capitale, porteur de la nouvelle qui m'avait été donnée à
Trhé-lbu, où se trouvait le vire-amiral Rvder, à bord de
! ; ■ Cl ■ -, p I / . f i
»»••■•■» 1. ••v.tè-'i-.iii, .,>.VC.«t>^|./iii Vi .»i de. 11. »i ««Lit*.
Ce uécrel ne fut mis en exé( ulion que plus tard, M. V\ ade,
le 9 octobre, ayant conseillé au grand secrétaire Pao-YCin
d'attendre pour envoyer les deux diplomates chinois en
Angleterre que Taffaire du Yun-Nan fU terminée.
I. Commissairos impériaux.
ati su (i| Cl libre, qn'il .'-laii - . , .,>it;
les Indes avaient 5oooo liiiiuiiit's jin Is a iln^jeti-» sur lu Birma-
nie et le Yun-Nan, et M. Fraser, jiremicr secrélaire de la Léga-
tion britannique a dit publiquement à ma table que M. Wade
f'tail ilécidô à emmener toute sa Léj;alion avec lui, et qu'avant
deux j'iiirs (ceci se passait te il)) nou« saurions à quoi nous en
tenir. Li-s t^hiiiiûa teiinient un langage non moins inquiétant.
lU se moquaient publiquement de M. Wade. et, eux toujours si
réseivés. se livraient vis-à-vis des interprètes des autres Léga-
tions à des appréciations si vertes...
Le a^, j'ai ro;u un billet de Vt. Wade ainsi conçu : i Je ne
pars plus, ut j'envoie M. Grosvenor à Londres. Le matin même
(In jom-où il m'iUrpssait ce billet, il en adressai un semblable
au Viiiiisire des Ktals-Unis. et m' rendait l'ii personne aux Lé^n-
52 L* AFFAIRE MARGART
advienne, nous ne sortirons pas de la ligne de conduite que nous
nous sommes tracée.
Enfin, M. Wadc obtient ce qu'il appelle ses garanties :
d'abord un décret paru dans la Gazette de Péking du a 3
septembre 1876 :
DÉCRET IMPÉRIAL
Le Tsoung-li Yamen. dans un rapport au Trône, prie TEmpe-
reur de publier une explication de la forme des Kdils impériaux
et de décider, après délibération, que les hauts dignitaires des
divers tribunaux et des dilTéren tes administrations entretiendront
des rapports personnels avec les représentants étrangers résidant
à Pé-Ring. Le rapport explicatif de la forme des édits qui nous est
présenté obtient toute notre approbation. Quant aux rapports des
hauts dignitaires des divers tribunaux et des différentes adminis-
trations avec les représentants étrangers, ils s'établiront confor-
mément au projet élaboré au Tsoung-li Yamen.
Respectez ceci * .
Ensuite un mémoire au sujet des relations avec les ministres
étrangers :
RAPPORT DES MEMBRES DU TSOUNG-LI TAMEN AU TRONE ^
Pé-King, le 29 septembre 1875.
Les sujets Yi-Sin (le prince Koung), etc., etc., agenouillés,
présentent un Rapport au Trône contenant l'exposé minutieux
de l'état des relations de la Chine avec les États étrangers.
Nous prions S. M. de rendre public le contenu de ce rapport
afin de bien faire connaître à tous la cordialité des rapports qui
existent entre la Chine et les États étrangers et d'empccher ces
bonnes relations d'être troublées à l'avenir.
Dans 5® lune (juin) de cette année, notre tribunal adressa à
S. M. un rapport pour la prier de choisir et d'entretenir à la
solde de l'État des sujets expérimentés dans les Aflaires étran-
I. Pour traduction conforme: Signé: F. Screrzer, interprète p. 1.
a. Gazette de Pé-King^ Ms., 39 septembre 1875.
RAPPORT DES MEMBRES DU TSOrNG-M YAMEN AU TRONE 53
nr
ères, cic. Nous reçûmes un ordre impérial approuvant nos
conclusions. Plus tard, parut un décret envoyant le Vice-Prési-
dent expeclant Kouo Soun^-lao et le fonctionnaire de a* classe,
intendant expectant pour la province du Tclié-li, Siu Keng-chi^n,
en mission h Tétranger. En présentant au Trône un rapport ten-
dant à faire un choix parmi c^s sujets versés dans la diplomatie,
notre but n'était pas seulement de faciliter rexpédition des
affaires courantes avec les l^tats étrangers, ni de préparer réta-
blissement de rapports avec les pays étrangers par rétablissement
de légations; notre rap|3ort visait à un autre but: nous ne vou-
lions pas que la défiance put se glisser dans nos relations avec
les Ëtats étrangers, et nous voulions éviter toute cause de
désaccord. Or, pour cela, ne faut-il pas que, de part et d'autre,
on connaisse les particularités inhérentes a chaque peuple?
Dans la ô*" année de T'oung-Tché (1868) Tche-Kang et Souen
Kia-kou (les deux envoyés chinois qui accompagnaient M. Bur-
lingame dans sa mission) membres de notre Yamen, furent
envoyés en mission à l'étranger. Lors de leur retour à Pé-King,
ils nous dirent avoir eu des rapjx)rts personnels avec les hauts
dignitaires de chacun des Ministères des États où ils s'étaient
rendus. Les représentants étrangers à Pé-King nous confirmèrent
ce récit, et ajoutèrent qu'ils n'avaient aucun rapport avec les
hauts dignitaires des tribunaux de la capitale, et que, vu
l'absence de toute relation entre ces fonctionnaires et eux, il
n'était pas étonnant que la population n'eut aucune considéra-
tion pour eux.
Si, depuis longtemps, les hauts fonctionnaires des divers tri-
bunaux n'ont jamais eu de relation avec les étrangers, c'est qu'ils
obéissaient aux règles concernant ces relations * . Or la Chine ayant
depuis de longues années des rapports amicaux avec les États
étrangers et envoyant actuellement des ambassades ji l'étranger,
la situation actuelle n'est plus la môme qu'autrefois, et, de
ce qu'on ne peut pas traiter les Envoyés d'après les anciens rites,
on ne doit pas conclure qu'il ne faille pas établir de rapports
[>ersonnels avec eux.
Nous prions l'Empereur de donner l'ordre a notre Yamen et
hauts dignitaires des divers tribunaux et des différentes admini«-
I . c Que les fonctionnaires n'aient pas do relations [avec le« étran-
gers]. » /.i Ki.
Dr iH'lh' I.» » .'ï c('u\ «MI" u (Mil jKis ;Mii; ' c l'ii lit* ra|);K)rts avec
:<l lllll ttXt' I. If. >.
PéniHrcN de la liaiile iiii|K)i'tuticv (|ue iioun uc\oi ^ u.iacLtr *.u
maintien de nos bonnes reJutions a\ec les puissances «'trangères,
nous présenlons à TcAdmen bien\eillant de S. M. «cl expcsé
I^TEnVEUTIOM DC CORPi) DIPLOMATIQUE 55
minutieux, conçu dans le but d'ùcarter toute méfiance et d'aug-
menter la 3(ilendcur de t'Eni})ire. Nous prions les deux lni|>éra-
Irice» el l'Empereur d'examiner et d'appouver ou désapprouver
l^TEnvE^Tlo:1 du cohps diplohatiql'e
Le rapport du Tsoung-U Yamen ne pouvait laisser indilTé-
rent le corps diplooialique étranger accrédité à Pé-king.
M. de Butzov, ministre de Russie, second doyen du corps
diplomatique, écrivit la lettre suivante à M. Wade, le préve-
nant de la démarche qui allait Hve faite par les représentants
étiangei-s auprt"* du ïâouiig-li Yamen, M. Wade « prit très
bien lu chose, el r'["ndît do viv voix h V.. de Kul^nvque,
s'il s\'|;ili a(^i d'une note et no ' d'une visili-, il se ^.:r,iilj -inl
56 l'affaire margauy
En conséquence, le 3o septembre 1870, à trois heures, les
Ministres de Russie, des États-Unis et d'Allemagne, ainsi
que M. de Roquette, représentant M. de Rochechouarl,
retenu au lit à la suite d'une chute de cheval, se rendirent
au Tsoung-li Yamen.
Après avoir échange quelques phrases de poHtesse, M. de
Butzov, en sa qualité de second doyen du corps diplomatique,
s'exprima à peu près en ces termes ' :
« Nous avons appris que VY. EE. avaient présenté au
Trône un placet qui modifiait dans une certaine mesure les
rapports des Légations étrangères avec les autorités chinoises,
et que ce placet avait reçu la sanction impériale. Tout en
rendant justice aux sentiments de bonne amitié que cette pièce
exprimait, nous sommes venus ici pour vous déclarer que
nous ne pouvions admettre dans le présent comme dans le
futur qu'on disposât en dehors de nous de nos propres intérêts,
et que le moins qu'on aurait dû faire eût été de nous prévenir
et de nous consulter avant de prendre une décision dont
nous demeurons profondément surpris. »
Le Ministre Chen, qui suivait avec la plus vive attention
la traduction de M. l'interprète Arendt, se tourna vers ses
deux collègues, les consulta du regard et répondit ces seuls
mots : « Y'ous avez raison. »
M. Wade, auquel M. de Butzov fit part de cette entrevue
tant en son nom qu'en celui de ses collègues, ne sembla pas
attacher grande importance à la démarche collective du corps
diplomatique.
« J'ai causé deux heures avec notre collègue d'Angleterre,
disait le ministre de Russie à la suite de sa visite, et je vous
avoue que je me sens incapable devons rapporter ce qu'il m'a
dit ; ses idées sont si confuses, et les questions qu'il a embrassées
si hétérogènes que j'ai renoncé à les comprendre. Cependant,
I. Rapporl de M. de Roquette à M. de Rochcchouart.
.■jTV ■ • .- f^-t'
I.F.TTni: I>F M. WADK, Q OCTOBUK IcS".") 67
si on venait me dire ({uc M. Wade partira demain, je n'en
éprouverais aucun élonnement. »
A œ sujet, M. de Roclicchouart écrivait à M. IcducDccazes,
Pé-king, le i" octobre 1875:
M. Wade avait dit à l\m de nous que le secret qu*il avait
tenu à garder vis-à-vis de ses collègues provenait de deux causes :
le désir de réserver entièrement à son pays le droit de régler
une alTaire anglaise, et le sentiment qu'il avait de ne pas ôtre
approuve de nous, en introduisant dans ses négociations cer-
taines questions complètement étrangères au meurtre de M. Mar-
gary, telles que la révision des droits du likin. et les prérogatives
du corps diplomatique établi à Pé-Ring.
Comme M. Wade change souvent de plan, nous n'avions pas
attaché plus d'importance à celui-ci qu'à bien d'autres, lorsque
nous apprîmes simplement par la (lazelle Officielle que M. Wade
avait demandé et obtenu pour les représentants étrangers le droit
d'entrer en relations personnelles avec les dilFérents fonctionnaires
qui président aux principales administrations.
iM. Wade se décida enfin à envoyer à ses collègues du corps
diplomatique une lettre identique et confidentielle :
LETTRE DE M. WADE, 9 OCTOBRE 1875
Pe-Ring, 9*** october 1875.
M Y DEAR CoM.EAGUE,
1 acquainted you some days since with my détermination to
send Mr. Grosvenor lo England. 1 bave now rcceived from the
Chinese Government guarantees in my opinion sudicient to
induce me to change my earlicr décision, and 1 bope to Icave this
for Shanghaï on the iith instant for the purpose of despalching
Mr. Gros>enor lo Yùn-Nan.
I bave as yet spoken on this subject only to yourself and such
other of mv colleagues as l was associatcd with in conférence on
the question of Emigration to Cuba, last Mardi when the intel-
ligence of the Vun-\an outrage obligcd me to inform you that I
must for the time ^ithdraw from the work of médiation, and I
I. AFFAIRE MARGART
58
hâve a parlicular reason for ïnlruding mvsoir upon you once
more.
Mv guarantees liavc been more or less the subject of discussion
ever siiicc the beginning of August. Speaking ofcourse, as a Bri-
tish Minister. I shall be correct in describing nhal 1 rcquired
as proof in one forni or olhcr of a bona fide intention to obiierve
more eïaclly tl»e provisi ns ol" Arliclcs IV, IX. and XXVIII of
the Brilish Trcalï of \6bb. Tiiese wcre at Icast mv propositions
in chief.
In siirti a case a« Ibat I bave in liand. an atlack thaï is to say,
on a |ini'lv of lirilisU Oiricers funiished «ith passports. and the
■ iKird'^r oi'oncoflb^'ir niiniber. il iiii,::ht s<-em at firsl sight ihat
•■ ■ ' •-!■ .■, 1' . .-1 -v Hir. „„iv Vrticle lo
. 11.' s<'iil lo rii^'Iaiid. Tb
Mission to Kn^iaiid «bicb nas |niblisli. .1. I
to the pbraseolo^jv einpioved.
il wns to iieutraiizc mnru or liss '
lalter Decree tbat 1 iirged Ihe pil- <
Ibi- înterroiirsr Ir'vnn ''• rc'- '
1.1 II li 1 1' !|« Liii ni', siicli nili'i'''(iiirse
. ,. , ...,i iil M'.ii^. Ixii a (Kii'l nl'lliL- Miiiis-
l.->i..l ,,iivil(.^i-s t<. Hlilch. uiidcr Article IV ol'llie Trcal) of i858
Die lirilish [icprcseiilativc is (?nlillrd,
1 shall reliirn lo ihis Di'crw; prescnllv. bul I licrc bi-g jour
' ■ ■'■ ■< ' '' " l"iii'' t'inl I :islii>(] ''. r il as !iTi timrndf IVir tho sliort-
Priiicc nf kiiti); lius ciitiiiiiiiiiiciili.'d lo iiin .m aullicrilica -
|>y of tl>is Dtxrcv ami oF tlic Mniioiiul of tlie Tsiiti^--li
Il to wbieli tUe Dtcree h a rcpij.
6o l'affaire margary
And now lo rcturii for a moment lo tbe Decrec on nninistcrial
intercourse wliich is reallv wlial lias comniitled me to ihis vcrv
Icnglhy letter. If tlic Yamcn, as I understand it lo liave been
implied, was to blâme for making the public démonstration it
bas donc, of its purpose to aftempt a modification of forms
aflecling intercourse witli foreign Minislcrs, witbout previously
Consulting tbem, it is I, tbe foreign Minisler i^lio, as I hâve
sbewn above. suggestcd ibat démonstration, wbo should be bla-
med rallier Iban Ibe Vamen.
Speaking for mvself 1 sbould cerlainly not bave dcemed it
necessary ibat tbe Cbinese Government, if about to adopt an
improvement in relations tbat bas been frequently pressed on it
(by varions Ministers besides myself) sbould give nie prcvious
notice of ils intention. Il did not occur to me tberefore. 1 admit,
lo warn ibe Yamen tbat before moving in tbis mattcr foreign
Représentatives ougbt to be advised of tbat intention, and 1 lake
tbis opportunity of expressing my regret ibat any proposition
of mine sbould bave committed the Cbinese to a course of action
which my colleagues bave felt obligcd, however mildly, to dcpre-
cate.
I remain
M y dear colleague
Yours ver y truly,
T. Wade.
Notre chargé d'affaires ne crut pas devoir se séparer de ses
collègues dans la circonstance, mais pour bien marquer la
silualion qu'il entendait garder, il envoya sa lettre en anglais
telle qu'elle avait élé rédigée, prouvant ainsi qu'il n'en était
ni le rédacteur, ni même l'inspirateur. Il élait incontestable
d'ailleurs, remarquait un diplomate, que l'altitude de
M. Wade dans celle négocialion n'avait été ni des plus
franches, ni des plus cordiales, et qu'il avait soulevé un
mécontenlement en quelque sorle légitime : rien n'autorisait le
Minisire d'Angleterre à user d'une méfiance que ses rapports
antérieurs avec ses collègues ne justifiaient en aucune façon ;
le meurtre d'un étranger, et à plus forte raison d'un fonc-
tionnaire étranger, devenait de suite une question d'intérêt
LETTRE DE M. DE ROCHEC.IIOUAHT A M. WADE. I I OCTOBRE 1873 Gl
général, et M. Wadc était sur de Tappiii de tous ses collègues
pour Taider, si cela était nécessaire, à obtenir le châtiment
exemplaire des auteurs du guet-apens.
LETTRE DE M. DE ROGHEGHOUART A M. WADE, II OCTOBRE iS'JO
Pé-King, le II octobre 1875.
Mon cher Ministre,
1 just reccived your letter of the gth instant informing me
ibat you liavc obtaincd from the Chinese Government guarantecs
suflicicnt to induce you to change your earlier décision wliich
you had kindly communicatcd to me and to despalch Mr. Gros-
venor to Yun-\an instcad of sending him to London. I liave no
doubt thaï thcse news, when becoining known will contribute
to reniovo llie feeling of anxicty and unccrtainty which lo our
approlïonsion had takcn holcl of tlic l'orcign comninnilvin China.
Whilc thanking you for Ibis communication, ibcre is one part
of vour lolter which 1 cannot leave witliout a rcmark. You
appcar to bc under the impression that the slep taken in com-
mon by my colleagues and myself was intonded to throw blamc
ujx)n the Gbincse for the course adopted by the Yamen. Nothing
of tbis kind was donc, or intendcd ; we only wished to draw
the attention of the Yamen to the facl that there werc certain
questions — arrangements on which to become operativc must
be agreed to by ail foreign représentatives. Our slep thereforc
very far from referring to the past, bore exclusivcly upon the
future, and the Yamen inslead of rccciving a blâme in il. consi-
dercd il in the same friendly manner in which il was made.
I myself as well as my colleagues are fully awarc of the great
and bénéficiai influence common action bas alwavs had in
(]hina, and we consider il an imporlant élément for preserving
friendly relations with ihc Gbincse Government.
I need hardly add that I always bave been and sball be happy
to coopéra te wilh ail my colleagues in this direction.
Recevez, mon cher Ministre, Tassurance de ma haute considé-
ration.
Signé : Rocuechouart,
fia i/. I r .'li
La Gazette de Pc-Kmj, du lo ocloLiv, iv.i.;viiii.*ii uii
autre rapport sur les passepoith étrangcis.
M . Wade quitta Pé-King subitement, ayant décidé le départ
de M. Grosvenor pour le Yun-Nan et celui de M. H. G.
Edwardos^ pour Londres. La veille de son dépari, il eut une
cxplicalion orageuse a\ec ses collègues, MM. de Bulzov,
Avtty et de Braiidt qui se plaignaient d'avoir été tenus en
dehors de toutes les négociations. M. Avery surtout se mon-
trait fort irrité du tort fait aux aiTaires.
« VL Wade, paraît- il, s'est défendu en déclaranî qu'en agis-
sant ainsi il r!'^» ait fait (ju'uscr de son d oit, que c'était une
affaire purenu . l anglaise, et qu'en conséquence il n'avait cru
devoir consulter personne pour la régler. M. de Brandt serait
al(»vs ii'tervrnfï, fai*=innt ob<^<Tvcr quo. -i M. W.»do a> ^if aar'
... ,'1,
(loilC pi. i« i ..V . u. .i.>a ... L
de rejelor !<;> anlns. o Pn?^ u i, > i •
N '
3. M. de Kuchechuuarl au auc Dccazcs, i\'-hLiIl^^ i8 ociobrc lOyO
M. WADE 63
choses qui ne sont pas absuluirient impossibles nous les
faisons quand nous en reconnaissons la nécessilé, et cela
malgré les désagréments qui quelquefois en relombcnl sur
nous; mais, malgré tout notre désir devilcr les complications,
il est un rrrt.tin nombre de prinri|ies nu\ iuels nous ne
.iiang-Haï, M. Wade voulut faire
i '!<:■> l't'tiit de la question :
11N1CAT10:<I DE M. WADE
Ni-'iiication, n-" i8 de 1875'.
I.e S >ii»siiini5 a grand j)laisir de publier pour (]iic l'on siiclip Ji
Chan<,'-Hal. 17 octobre r87r
si.' Yîin.V:,.inrm .
Len obstiicles qui ont loiiL:leiii[j^ ratenu .tl.Ciriisveti.ii A le l»it
que l'on nie savait engagé dans des négociations plus ou moins
relatives à rnlTaire de sa mission ont excitiî d'assez Icgitinies
appréhensions. La communication que je vou.s aî antori^ « Taire.
Ibj calmera, je l'esp're.
I. Traduction.
64 L AFFAIRE MARGARY
Je ne m'étendrais pas davantage sur les négociations dont il
s'agit, si je ne croyais utile de dissiper les inquiétudes qu'un cer-
tain sujet a fait naître. J'apprends que le bruit court que j'ai
signé une Convention dont les clauses auraient les conséquences
les plus importantes pour le commerce anglais. Tel n'est point le
cas. J'ai saisi l'occasion qui se présentait pour insister très sérieu-
sement sur le devoir qui incombait au gouvernement chinois
d'observer plus rigoureusement plusieurs clauses du Traité,
notamment celles relatives à la Taxation de notre commerce,
toutes clauses dont l'inobservance a si souvent excite des plaintes.
Si l'on observait les clauses du Traité — tel qu'il est, — il n'y
aurait évidemment aucune nécessité de faire une Convention.
Mais s'il devenait utile de modifier les stipulations actuelles du
Traité — en ce qui touche le commerce — une Convention serait
indubitablement nécessaire. Or aucune Convention ne pourrait
ôtrc efficace, si elle était négociée par moi ou par quelqu*autre
représentant d'une Puissance agissant seul. Le commerce étran-
ger en Chine est une propriété commune, dont les lois, si on les
veut modifier, et si on les veut efficacer doivent avoir été étu-
diées et acceptées par tous également. En conséquence, ce que je
me suis efforcé d'obtenir dans cet ordre de choses, est un enga-
gement formel de la part du gouvernement chinois que Ton
ferait une enquête sur la question des impôts qui frappent le
commerce étranger, soit dans les ports consulaires, soit au-delà
de leurs limites, et qu'il élaborerait un rapport sur les conclu-
sions duquel on pourrait négocier des changements à apporter
aux stipulations existantes, dans le cas où l'on ne trouverait point
d'autre moyen possible de détruire les abus dont on se^laint. Il
a été pris des engagements qui permettront, je l'espère,
d'atteindre le but désiré.
Vous êtes libre de publier cette dépêche.
Votre obéissant serviteur,
Thomas-Francis Wade.
W. H. Medhurst Esq.
&c., &c., &c.
On ne peut dire que M. Wade eût une bonne presse ; il
fut attaqué violemmenl, en particulier par le Shanghaï
Courier ^ China Gazette] il y était habitué.
MlSSH)^ GROSVKMm
M. W iiiio roiisonlil enlin an ilo|iart ih In mi^^ion angljii?r
.-..miinsÙP (lo lllon, T. C. firosYciior et lic MM. Aillmr
DaM'iiport ', vice cnnsiil à Cliang-llaï cl Balior'.
M. Davonporl, (lûsij^m^ seniciiicnt lo aa nctobvc (mur
im-iidrfi [jart k la mission, étnil, dit Wade, « riiii des rnres
mcndircB du scrvire qui avaient ôludii" le droit con nmnre. o
La Mission quitta Ilan-Kcou le 5 novembre 1875 sur une
jitnqur du IIou-Nan et remonta le ^ ang-tsen à I Iclinng et li
Tclioung-King où elle parvint le 3o diVrndno ; elle pnilil de
relie dernière ville le 3 jan\îer i8y() cl arriva enfin ii ^ nn-
Nan fou dans l'aiirès-midi du 6 mais 1876, Une com|iaru-
tioii de dmize nrcust^s eut lieu dans li' yanien du nié-laï
1. I>avcM|Hirl. Arthur, i5lèïc inlcrprMc à Hong-Kong. 9 juin 1857;
!■ Cliang' IIbï. id avril t858; a'assislint h Ni.'oii-tchoiiDn^. iitmai i»5i).
Arciinipgiia ri'i[ii'>Jilioii dans le Nonl en iftiio. attaclii- k la troupe île
n'-M'MC à Takou clian ; cl r^nmilli; servit il'inlrriiri-lo h ramiral Sîr James
llnpr, comnianclanl ''n chef Ae la nulle. Rrçn la médaille inililaire [>out
«es service». E>en.iant l'hiver de iSii» 61. servi comme intcnirile de Urd
Jiiliit llav, oiltcier de marine le plus aiicleii do grade de l'escadre du
Moril Fui cnvové |>ar l'amiral Ho[ie a Si^o-lrhouang jioHr ouvrir ce ["orl.
atant l'arrivée du consul Meadowi. Fui nomme 1" assistiinl 0 Nii'-ou-
tcliouang. le 3> avril 18O1 ; a' inler|irèlit !i Chang-liaï, janvier iStifi;
iiiliT|>rètc ffliuni fonction de consul i Tclicn-kian);, ao février t865i
interjin-lt k Ilan-kéou, 6 juillet 181)8; faisant fonction de vice-cntisul i
Chaii^'lIaT. 35 juillet 1870. el ilc consul i l^hang-Haï dn m ocloLre
1K71 an 11 février 1871 ; faisant fonclion de 1" inter]ir<'te ï la légalioti
de IV'-KInpt du 7 mai 1871 an i(i avril 1873: v'ice-consid i Canton,
■>:> mai 1S73 (non installe). pulskClian^-llaî. c) ■eplemlirc 187^ : faisant
fi ludion d'assesseur i Cliang-TIuï dn ij janiierau ai octobre i8'i) ; consul
!i Tclié-fou, ^ novemlirc 1877; faisant fonction de cnnsul k Cliang-lia!
du l'T janvier 1877 nu Si mars 1880. Transféra ii Tien-Tsin el k Pi-
Kinp. a'i février 188.1. .\ilmLs h la relraitc 1" octobre 1885.
■>, llalicr, Kiltfiird-Cutburne. mort k Bliamo le iG juin iSiio, âgé de
.i7ans; élËve inlerpréte. 38 juillet 18OG; ani«Unt do i* classe, 3^
aoiU 1871 : en i87<|, il avait été premier interprtlo i Pé-Kingclen i88.'>,
consul général ï Séoul. ^ oir T iiung Pao. I. p. iTl^ .
CUHDIER. It. - 5
66 l'affaire MAUGAnT
Ts'ang en présence de Davenporl et de Baber d'une part, el
de Ting Tao-laï, Tching Tao-laï, ïdrèn \V ei-yoïien, I^'an
Fan-laï, Ts'ang iSié-taï, Soung Tché-fou, de raiilro, le 20
mars. ïing Tao-laï prétendait que les meurlriers de Margary
étaient des montagnards sauvages, voleurs de profession, qui
habitaient les Yé-jen clian el quelcpies Chinois renégats, fuyant
la justice, associés au\ sauvages. Les Anglais au conlrairc sou-
tenaient que leur malheureux compatriote avait été massacré,
non par des sauvages ou des Chinois du pays, mais bien par
ordre de fonctionnaires chinois venus de Momein. Les Hauts
Commissaires chinois, lors du départ de Grosvenor, envoyè-
rent h Pé-King un mémoire dans lequel ils demandaient au
Trône de donner des instructions au Tsoung-li Yamen el au
Ministère des Chûtiments (Haute Cour de justice criminelle)
pour prononcer la sentence contre les individus qu'ils axaient
trouvés coupables, c'est-à-dire les sauvages accusés du
meurtre de Margary et Li Tchen kouo, accusé d'avoir poussé
l(?s habitants de Momein à prendre les armes, (irosvenor
quitta Yun Nan fou le 25 mars 1876 et par voie de Ta-li,
\oung-tcirang, Teng-\ué (Momein, 3 mai), Manwyne,
arriva h Bhamo le 21 mai 187G. Son rapport contradictoire
fut reçu par Wadc le 8 avril.
Le voyage de la mission anglaise nous a valu deux rapj>orts
intéressants au point de vue scientifique : Tundc M. Daven-
port* sur le commerce des régions parcourues; Tautrc extrê-
mement remarquable sur la géographie de TOucst et le Sud-
Ouest de la Chine, par E. C. Baber*.
I. China fiï^ 2 (1877). Yunnan Mission. Report by Mr. Davcnport
on the Trading Capabilities of ihc Counlries traversed hy,.. (in-8).
[G. — I7I'*-]
a. China, n" 3 (1878). Report hy Mr. Baber on thé Route foUowed
by Mr. Orosi'enor's Mission botween Talifu and Momein. IWilh
Ilinerary aiul Mapof Koad froni Yiimian-fu.] l^resenletl..., 1878. Lond.,
in-fol [C. -— 199^1].
RAPPORT DE l.l 1IAX-TCII\XG Cy
M. Wadc eut la satisfaclion de voir ses elTorls récompensés
par sa nomination au ran^r d<* Che\alier Commandeur du
Bain\ faile, lui lélé^rapliiail Lord Derln , le 25 no\embre
« en considération de ses services diplomatiques en général,
et spécialement pour Téncrgie et Tesprilde ressource montrés
par lui pendant les dillicultés avec le Gouvernement chinois
au sujet du Yun-ISan Oulrafje. »
RAPPORT DE LI HAN-TCIIAK(i
Cependant Li Han-lchang comnumiquail le résultat de
son enquête :
Décret^.
lÀ Ilan-tcliang et autres adressent un rapport au Tronc :
Suivant les ordres que nous avons reçus nous avons pris en
main TafFaire du meurtre de M. Marf^ary et après une enquête
sommaire faite sur les circonstances qui ont accompagné ce
crime nous présentons un rapport projX)sant la dégradation des
Ibnctionnaires fautils et leur interrogatoire.
Li Flan-tcliang et autres ont fait par eux-mômcs et par leurs
délégués une en(|uéte dans laquelle ils se sont fait représenter le
dossier conqilet de cette alTaire. Des délégués intelligents ont été
envoyés ])our faire Tinstruction conformément à la justice.
Il résulte des rapports de ces derniers que le pays situé entre
la Uirmanie et la (ihine est peuplé par des tribus sauvages et
est infesté de bandes de brigands ; que lorsque les notables et
que le peuple de T'eng yué eurent entendu parler du prochain
passage d'étrangers sui\isde nombreux soldats, ils postèrent des
individus armés dans le but de se défendre eux-mêmes. Or, M.
Trrueis and Ifesearckes in the Interior of China. Ry E. Gol-
lK)riic lîabor, Chincsc sccrclary of Légation, Peking.
Forme le vol. f, part, i des Supplementary Papevs delà Royal («eog.
Soc. London. Murray, i88:«, in -8.
I. Knighl Commander of llio Most Ilonoiirable Order of the Balh,
K. C n. — La nomination (tarul dans la London Gazette^ du j() no-
vembre 1875.
a. Gazette de Péking, du i3 de la ii^ lune (10 décembre 1875).
G8 L*AFFAinE MARGARY
Margary lors de son voyage du Yun-Nan en Birmanie était muni
d*un passc})ort et fut escorté d'une l'açon satisfaisante par les
soins des autorités locales qui n'eurent à encourir aucun blâme.
Mais lorsqu'il revint de Birmanie au Yun-Xan, il ne montra pas
ce passeport aux autorités locales et ne leur demanda |Xis de lui
donner une escorte, aussi des malfaiteurs, au mépris de la loi.
le voyant ainsi isolé, l'attaquèrent et le mirent à mort.
I^e sous-préfet de Teng-Yué Ting, nommé Wou K'i-liang n'a
pas eu connaissance des dispositions hostiles des notables et du
|)euple de T'eng-Yué, il n'a ni dissuadé, ni arrêté ces derniers,
et a négligé de prendre les précautions voulues ; malgré Tordre
sévère qui lui avait été envoyé par Ts'én \u-ying d'exercer des
[>oursuites et de saisir immédiatement les coupables, il a mis
|)lusieurs mois pour s'emparer des assassins, il a certainement
été fautif.
Le général de Teng-^ ué nommé Tsiang Tsoung-han el dans
le ressort duquel s'est perpétré un aussi grand crime, n'en a pas
été averti et évidemment est répréhensible. Wou R'i-liang,
Tsiang Tsoung-lian seront révoqués el dégradés provisoirement,
puis interrogés sur les deux points suivants, à savoir :
I** S'ils ont entravé l'envoi d'une escorte destinée à proléger
M. Margary :
2° S'ils ont secrètement envoyé des individus dans le but d'as-
sassiner M. Margary.
Lorscjue Li Han-tchang les aura interrogés minutieusement
sur ces deux points, l'alTairc pourra être considérée comme élu-
cidée, et il n'aura pas été permis un seul instant qu'on ait usé
de partialité (à l'égard des coupables).
Uespeclez ceci^
Rapport^.
Les sujets, Li Han-tcliang, Sié Houan, Ts'én Yû-ying, age-
nouillés, adressent un rapport au Trône contenant la date de
leur arrivée au Yun-Nan et un exposé sommaire de ce qui s'est
passé dans cette province : ils concluent à la dégradation el à
l'interrogatoire des fonctionnaires civils et militaires qui ont été
fautifs. Ils soumettent ce rapport à l'examen de S. M.
r. Pour traduction conforme: J.e premier interprète p. i. : F. Sciier
ZEH.
a. Gazette de Péking, i\ de la ii" lune (ii décembre 1870).
Le a3 île la 5' lune ùc la i" année du règne du Kounag Siu
(|p af) juin iSy'i), nous reçûmes l'ordre [m|>énal suivant :
i'ar un ordre daté d'aujourd'hui. Li Kan-tchang t'sl envoyé
au Yun-Nan pour y faire une. enquête, il lui est prescrit <lu se
rendre sans relard dans cette province pour s'j livrer, de con-
cert avec le Vice-Hoi et le (louvemcnr à une cnqui^tc ini|)artialc
sur tes circonxlnnrcs du meurtre de M. Margary.
Uesperlec ceci '.
Nous sujets après avoir annoncé au Trône notre dépari, nous
nous rcndjuies d'étape en étape au but de notre mission.
Le sujet (l.i) lUn-tc)iang arriva au Yun-Nan le i(> de la lo'
lune (i3 novembre).
Le sujet (Sié) llouan* arriva au Yun-Nan postérieure me ni
le ^3 de la io< lune (lo novembre).
Sur la route nous avions commence à recueillir par nnus-
UK^nies et aussi secrèlenu'nl des renseigncuicrils sur cette allure.
Vpri'-s noire arrivée, nous ei'imes des entrevues avec Ts'éii Vii-
viugel de^ rnlreliens sur le» points principaux de celle nlFaire
doni nous nous Times .ipjMirler Inut le dossier, nous fîmes égale-
ment rnm|).-iraitre les meurtriers. Nous envoyâmes d'urgence des
<lélégués iiitelligenls [wur faire luic empiète minutieuse sur ec
rpii s'était |ias>é et nous adresser un rapport.
Nous, sujets, avons rec/>nnu que \1. Margary lors de sou
voyage du Yun-Nan en Birmanie était muni d'un |>asseport
émané du Tsoung-Ii Yamen. et fut escorté d'une façon salisfai-
santc par les soins des autorités locales qui n'eurent à encourir
aucun blAme. Mais lorMpic cet étranger et d'autres revinrent de
Dinnanieau Yun-Nan, ils eurent à traverser un terrîloire oc-
cu|)é par des tribus sauvages alliées à des bandes de brigands
dont les roules étaient infestées. Ce fut alors que le» noiabics et
I. Il raiil HJnutrr : « \i»si. r]uo. lo ^ te|)lGml)rc. lu décrctl fiuîvaiil a
('1r r«..ii :
(■ Que Witu T'ang [Gouvcnioiir gonflai Ju Sc-tch'oucn] donne l'ordre
Il IVi ticeiirésidenl Si^-Hnuan de w rendre avpr tniilo U rapidil^ pot-
silik au Vlln■^BN. pour ailler Li llanUhang dans ce qu'il a à faîrp. slin
qu'un ciiaJjulciir rouipélent lui soil ilonni'. u H. (',,
t. Il t'Iailà la rclrailo depui* igfîtt; TsoUi i ChanglIaM:!] i8.'.», il
dvait, conjoinlcmoiil avre M. Lajr. coniluil les m^gocinlions relatives aux
tarifs; il Tut rnsuilc goiiverncitr^. i. du Kouang-Si, |mi« en lt«i3 mcm.
hro tlu Tfoung-ti Vainen.
•JO I. VFFAIKK MARGAUY
le peuple de T'cng-Yué, entendant dire partout que des étrangers
accom[>agnés de soldats européens allaient entrer dans leur ter-
ritoire, et n*ayaht jamais eu connaissance du caractère cle<» soldats
étrangers, dans la crainte qu'ils ne vinssent chez eux coiniiiettrc
des méfaits réunirent plusieurs individus armés dans le but de
se défendre eux-mêmes. D'un autre côté, les brigands réunis
aux tribus sauvages, attaquèrent sans raison l'étranger et le
tuèrent, d'où surgit cette grave alîaire. Or, cet étranger revenant
de Birmanie au Yun-Nan n'avait pas demandé d'escorte aux au-
torités locales. Cependant le sous-préfet de T'eng Yuc Ting,
Wou K'i-liang, n'ayant pas eu connaissance des dispositions
hostiles des notables et du peuple et n'ayant ni dissuadé ni ar-
rêté ces derniers, a négligé de prendre les préauilions voulues :
malgré l'ordre sévère qu'il avait reyu de ïs'èn Yû-ying d'exercer
des poursuites et de saisir immédiatement les coupables, ce fonc-
tionnaire ayant mis plusieurs mois pour s'emparer des meurtriers,
a donné lieu à des reproches fondés de l'Empire étranger et est
certainement fautif.
Le général p. i. de T'eng-Yué Ting, Tsiang Tsoung-han,
dans le ressort duquel s'est perpétré un aussi grand crime, n'en
ayant pas été averti, est évidemment répréhensible.
Nous croyons devoir prier S. M. de donner l'ordre que le
sous-préfet de T'eng-Yué Ting, Wou K'i-liang, que le général
/). i. de T'eng-Yué Ting, Tsiang Tsoung-han soient tous les
deux destitués et dégradés provisoirement puis interrogés sur Ie,s
deux points suivants, à savoir :
1° S'ils ont entravé l'envoi d'une escorte destinée h proléger
M. Margary ;
3° S'ils ont secrètement envoyé des individus dans le but
d'assassiner M. Margary.
Ensuite on les jugera sévèrement conformément à la loi.
Nous, sujets, dans nos conférences qui se renouvellent tous
les jours, nous trouvant partager la même opinion, nous l'avons
exposée respectueusement dans un rapport au Trône en priant
les Impératrices et l'Empereur de l'examiner.
Le Vice-Roi du Yun-Nan, Lieou Y'o-tchao n'étant pas présent
h son posté, nous n'avons pas pu faire figurer son nom dans
notre rapport*.
I . Pour traduction conforme : Le premier interprète p. i. : F, Scher-
7.ER.
IIVI'POKT l)i: Ll IIW-KII VN(; -yi
A la lecUirc de ce rappori, M. W ado fut pris d'un accès de
raf^'o; il ronconlrail d'ailleurs des diflicullés ailleurs que chez
les Chinois ; il y avait conflit entre lui et le gouvernement
indien qui aurait désire prolitcr des circonstances pour im-
pliquer la Birmanie dans l'attaque de la mission Browne et
se débarrasser du roi Meng-doun* qui reprenant une tradition,
interrompue par les événements, avait cett« année même en-
voyé une ambassade jxirter le tribut à Pé-King.
M. ANade fit une démarche auprès du Tsoung-li Yamen
en vue d'une audience ; il ne donna d'ailleurs pas suite h son
projet, mais pour servir le cas échéant, notre chargé d'af-
faires reçut le 25 décembre 1876 du Ministre des Aflaires
étrangères Tautorisation de s'associer aux démarches de ses
collègues au sujet de l'audience.
Parallèlement à Tenquéte Grosvenor, a>ait été conduite
celle de Li Ilan -Ichang, longue comme on le voit :
Décret^.
Li Jlan-lcliang cl autres adressent un rapport au Trône: dans
ce rapport ils exposent les motifs tendant à la dégradation d'un
iini-sse^ en non activité, à son implication (dans l'alTaire Mar-
gary)' et à son interrogatoire. Li Tchen-kouo autrefois tousse
intérimaire à ^ian-lien ayant été cité. lors de Fenquètc sur Taf-
fairc Margary, dans la déposition suivante :
« Les notables de T'eng Yué ayant appris la nouvelle de l'ar-
« rivée d'étrangers escortés de nombreux soldats, réunirent les
« milices pour assurer leur protection personnelle et en avisèrent
« le dit Tousse. »
Il est de toute nécessité de savoir au juste et sans retard s'il y a
eu ou non quelqu'autre circonstance aggravante.
Vax consé((uence. Li Tchen-kouo est préalablement dégradé,
et Tordre est donné à Li llan-tchang et autres de lui faire subir
1. Mcngdoun Meng mourut \o f'" octobre 1878 el fui remplacé par
son liU Thibau. — Les ambassadeurs birmans, venant do Pé-King, quit-
tèrcnl K-ouei-yang pour la liirmaYiie le 2 avril 187G.
2. Gazette de Péking, du 2^ janvier 1876.
3. Mandarin militaire de 4*^ rang.
■ja I' VFF.VIUE MAUGAUY
un intorrogaloirc conlradicloiremonl avec Tsiang Tsoung-lian,
Isong-ping dégrade, avec Wou R'i-liang, sous-])réfet dégradé :
de celle façon les résultats de rinslruclion ne pourront pas rire
mis en doule.
Que le Tribunal compétent prenne connaissance du présent
décret .
Respectez ceci.
MoUi : l^e rapport mentionné dans ce décret a paru dans la
Gazeiie de Péking, du a5 janvier".
Rapport ^.
Le sujet Li Han-tchang, décoré du bouton de i*** classe, Vice-
Roi du ÎIou -Kouang. conuiiissaire extraordinaire au Yun-Nan.
Le sujet Sié-Uouan, décoré du bouton de i*"* classe, sous-
directeur de Tribunal lionoraire, adjoint au Couunissairc extra-
ordinaire au Vun-Nan : agenouillés, présentent un rapport au
Trône, dans lecjuel ils prient l'Empereur d'ordonner la dégrada-
tion préalable et l'interrogatoire minutieux de l'ancien fon-ssr
intérimaire que, d'après l'enquête, ils présument avoir été l'ins-
tigateur de la résistance opposée à l'entrée des étrangers dans le
territoire (de T'eng-Yué).
On a commencé par l'interrogatoire des coupables dans l'af-
faire du meurtre de Margary. A cet elTet, l'intendant Ting CJie-
ping et le préfet Kiang Si-chun ont été immédiatement délégués
pour, de concert avec le Grand Trésorier et le grand Juge de la
province, interroger avec le plus grand soin chacun des couj)a-
bles. 11 est résulté de l'interrogatoire que, voyant ses bagages
pillés, l'étranger lira un coup de pistolet c[ui tua un des bri-
gands nommé A-gong, que sur le cliamp les malfaiteurs résolu-
rent de tuer l'étranger et le mirent h mort ainsi que quatre de
ses serviteurs, mais jamais ils ne voulurent dire qui leur avait
donné le conseil de tuer Margary. Wou K'i-liang déposa en ces
termes : « En vérité, je n'ai entendu parler de rien de tout c^la,
et je n'y ai pris aucune part. »
Li Tchen-kouo, qui a été désigné dans une dépêche de Wei
To-ma (Thomas Wade). nia les dilTérenls faits qui lui étaient
reprochés et, dans un nouvel interrogatoire, déposa en ces termes :
I. L'interprète: F. Schkkzkk.
3. Gazette de Pékin g, du a5 janvier i87().
« La 13" liiiH- <\i: l'annùc dcrnicrr, les nnlaiiles rte T'fiif;-Yui5
o inant appris l'arrivpc d'iU rangers cseorli'-s |)nr lie nombreux
s si)ldiils, dans la crainte d'i>lrc victimes de qneltiiie mutait,
n réiiiiireiit les milices pour assurer leur prolectioii [lersoniicllc
o el m'en a^isé^ent. »
Ile délai! éveilla le.t soupçonii du sujet Li Ilan-tchang (|ui.
élaiil en ronle ([M)ur le Vun-Xaii) envoya un conimandanl
mililaire de TsiHii kiii tclien appelé Li cliang. Ji T'cng Yiié, pour
y faire une enquête secrète. A son retour, il adressa lu rapport
suivant :
tt Jni Tail une enquête minutieuse de laquelle il ré*idle que
a l'assassinai de Marf^ary est di'i à )a résistance que ce dernier
V op|H)sa au\ malfaiteurs qui voulaient le dévaliser, quant à
0 relui qui a été secrèlement l'instigateur de (tIIc attai|ue des-
« lincc à cnijMk'lier l'étraufier d'entrer sur le terrilolre (de T'eng
« Yué). on cric |>ar les cliemins que c'est Li Tclieu-koim. Co-
ït |H'ndaut ce dernier u'étuil pas présent lors de l'assassinat et ses
« soldais n'ont |mis parlici|>é au meurtre, n
Dims la ;!' lune de cette atiuiV, le sujet Ts'i^u Vù-ying. gou-
verneur de la province, re^nt iiii rapport de Li Telien-kono dans
l.><piel il disait : « Les noiables de T'eng-^ ué m'ont envoyé à
deux, reprises des letlres ollicielles. « Le dit Tiiu-ue ajoutait ;
n J'exercerai sérieusement ma protection et je veillerai sur le
territoire qui m'est confié. « Le gouverneur Ts'èn Yii-ying lui ré-
pondit en lui donnant |N>ur insinictîous « d'exhorter la popula-
tion de l'arrêter et de ne pas lui laisser commcltrc de désordres o.
Mais wtte letlre. étant arrivée à destination |yistérieuremcnl ii
l'allenlal. fut sans elTet. .Vussi Li Tclien-kono, bien qu'il n'ait
(MIS eu l'intcnlion de causer la mort (de Margary) est [lourtant
cou|Hiblc d'avoir conseillé la résistance h l'entrée des étrangers.
Les sujets, après avoir uu'u-ement délibi'Té, ont reconnu tpi'il
était clilltcile de laisser Li 'l'ehen-kouo arguer de sa position
ollicielle et de sa prélendue ignorance pour jiallier sa Taule, aussi
croyent-ils devoir prier S. M. de dégrader pn'alablenient Li
Tiben-kouo. Fou-kiang lionoraire'. Tsau-ktang - e\|)e(-taiil,
taisant rnnctinn de Tou-str h Nan-tien, il'ordonner son inleiro-
galoire ainsi que celui de Wou K'i-liang. sou.s-préi'et dégradé.
. Mandarin mitilairi' do 3' nng.
. Mandarin militaire de j* nng.
•j4 L VI-F.VIUi: MARSVUY
d'ordonner la comparution à jour (ïxv de Tsiang Tsoung-han,
Tsoung-ping ' dégradé. De l'inlerrogatoirc conlradicloire de ces
prévenus, on obtiendra des résultats qui ne pourront pas être
mis en doulc.
Rapport présente respectueusement de concert avec le sujet
Vice-Roi intérimaire du Yun-Nan et du Rouei-tchéou/rs'én Yii-
)iiig. Les sujets prient l'Empereur et les deux Impératrices d'exa-
miner ce rapport et de leur donner leurs instructions^.
Ll HOLNG-TCIIAÎX;, I»LEMPOTE>TI AIRE
Le 28 juillet 1876, uii décret noinninit le Grand secré-
taire Li lloung Ichang, Haut Ministre Plénipotenti.airo, et
lui ordonnait de se rendre sans retard à Yên-t'aï (Tclié-fou)
pour conférer sur toutes les affaires en discussion avec V\ ei
T'o-ma (Thomas Wade) avec pouvoir d'agir salivant les
circonstances. Sir Thomas arriva à Tché-fou le 10 août et Li,
le 18 ; les deux diplomates curent ensemble plusieurs confé-
rences ; renlentc paraissait sufTisammentétablicpour que Li of-
frît un grand banquet le 3o août auquel assistaient quatorze
invités: Sir Thomas Wade ; M. de Jiutzov, Ministre de Rus-
sie ; M. von Brandi, Ministre d' Allemagne ; ITIon. Geo. F.
Seward, Ministre des Étals-Unis; M. de Espana, Ministre
d'Espagne ; le Vicomte Brenier de Monlmorand, Ministre de
France ; le Chevalier de Schaefcr, Ministre d'Autriche- Hon-
grie ; le Vicc-An)iral Ryder, commandant en chef les forces
navales anglaises en Chine ; le contre-amiral Lambert, com
mandant IVscadrc volante anglaise; M. Otal, secrétaire de
la légation d'Espagne ; W. F. Mavers, I^remier interprète
de la légation d' Angleterre ; Siu k'ien chén, ministre de
Chine à Londres; Tong King-sing et Tclian Laï-soun, in-
terprètes.
I . Mandarin militaire de 2^ rang.
1. Pour traduction conforme: Le i*^'' interprète p. 1., F. Scher/.er.
A li) lin (li[ llunqiirl, long King-shig lui le iliscoiir
.iint an nom ilii Vice-Roi :
î tciiam;, TcnK-Fof, 3o i
Je di'-siro inninti'n^
pi.,i
qnil.
int procurés c
s liiite il<> riionncur et du
sniblant ponr prendre pai'l
e |Nii
repas.
J'iii déjà cil le jiliiisir de rencontrer ii plnsienrs reprises In pin-
part dus Ilotes ici préscnls, mais c'ext isolément et dans dos en-
droits ditli'-rcnls que je les ai rencontrés: le plaisir bien pin»
f^rnnd de les voir tous réunis à la Tois et de jouir jiendant pin-
sictirs lii-nrrs de leur agréable compagnie, sans atnir à subir In
contrainte iin'impnscnt les atTaires publifjucs. m'avait été rolïisé
jnsipi
ce joi
■ port (le Yiui-taï (Tclié-fou) le nia/^nilicine as[R'i-t
(lu [lavs cliamie l'iril. et les l'rnjclies brise<i procnrenl la santé an
i-orps. Il convient donc (]ue nos esprits soient en liarnionie avec
les béantes de la nnture et cultivent rainilié et la sincérité, ces
i\vux pins noble» traits dn caracttTC bumnin.
Faisant applicnlion de ce ini^ine principe l\ nos devoirs olli-
l'iels, je sonballe que les Nations ici représentées puissent tou-
jours \ivre en pai\ les unes a\ec les autres, s'aîmant eoinnie ilex
frères: car un ancien Sa<;e de la Cbinc a dit : a Tous ceux ijui
vivent dans l'espaco Iwrné jiar les Quatre Mer» sont frères, n
C'est dans ce senlijneiil que je bois à la santé des bôtcs illustres
([ni m'ont fait l'iionneur de s'asseoir à ma table en ce jour.
Sir T. Wilde ré()ondit n ce trjast (|iii fut isuivi de pbisienrs
.inires portés pnr les divers invilés,
\j: i" sepiciiibn'. Sir Thomas Wado remctlait à Li une
note man]tiunt les roudilions auxquelles la veille dans une
conférenco, il setait déclaré prèl à traiter.
Ces idiorieuses négociations furent eniin terniinées par la
signature à Tchc-foii d'une Convention le i3 septembre
•yC L*AFFAinK MARr.AUY
CONVENTION DE TCIlÉ-FOl *, l'^ SEPTEMBRE 1876'
Arrangement intervenu entre Sir Thomas Wade, K. C. B.,
Envoyé extraordinaire et Ministre Plénipotentiaire de Sa Majesté
Britannique à la Cour de Chine , et Li, Ministre Plénipotentiaire de
Sa Majesté i Empereur de Chine, premier Grand Secrétaire, Gou-
verneur-Général de la Province de Tché-li, de la i*"® classe du 3"
ordre de la noblesse.
La nt^gocialion entre les Minisires sus-nommés lire son ori-
f;ine d'une dépèclic reçue au ])rintenips de l'année actuelle par
Sir Tliomas Wade, du Comte de Derby, principal Secrétaire
d'État pour les AITaires étrangères, en date du i'"'* janvier 1876.
(-ette dépéclie contenait des instructions concernant la solution
de trois (juestions :
I** Un arrangement satisfaisant de l'alTaire du Yun-Nan :
2" 1/exécution lidcle des engagements de l'année dernière au
sujet des rap|)orts entre les Officiers des deux (jouverncmenls ;
3** L'adoption d'un svslème uniCbrme en conformité de l'en-
tente conclue au sujet d(; la rectification des conditions du com-
merce, au mois de septembre 1870 (8" lune de la i""® année du
règne de Kouang-Siu). C'est à cette dépêche que Sir Thomas
Wade s'est référé dans ses discussions sur ces questions avec le
ïsoung-li Yamen, et à laquelle il est considéré superflu de se
référer ici.
Skction 1
Arrangement au sujet de l'ajjaire du Y unS an conclu entre Sir
Thomas Wadk et le Grand Secrétaire Li, etc.
\. — Ln Mémoire sera présenté au Trône (il est indifférent
qu'il soit présenté soit par le Tsoung-li Yamen, soit par le (irand
Secrétaire Li), dans le sens du mémorandum préparé par Sir
I. Traduction.
3. China, n" 3 (1877). Voir p. fii.
— China, n" 'i (1880). — Conespondence respecling the Agrée-
ment between thc Ministcrs ptenipotentiary of the Gos'crnments of
Créai Britain and China signed ai Chefoo on september i3, 1876
(In continuation of « China, n" 3 (1877) »]. Prcsenlcd..., 1880. Lond.,
iii-fol. [C. — 371^).]
Tlinmas Watic. Avonl qno li^ mômoiro ne soit |H('scnl(', !o Icxte
l'Iiinnis en sera nionirô à SirTIifinias Wad<r.
II. — 1^ Mcimiin.' ayant rtt' pirscnli' an Tn'inp cl le dérrol
inijH'rial v r<''|ionilant asaiit iHé rrçii, te Tsoiin^-li ^aiiirn L-uin-
itiiiiil<i<icra à Sir Tlioni'as Wadu di>s copies tlii niéiiiolre et du
ili'iTi'l inijM-rial. ainsi iiiio la cn|)i[' d'une letlri- du Tsomi^-Ii
haïtien aux UouviTiicmenls proviticiaux. leur ciijoi){naiil de tan-
ri'i- iiitc {iriK'Iainalton <|iii ronliendra au long le mémoire et le
ili'iTi'l s us nie ni ion nés. L'objet de la réponse de Sir Thomas
Wade sera alors que {M-mIant deux ans k venir, le Ministio an-
(liais enverra des Oniciers en différents endroit» «le» provinces
pour veiller à ce qtie la pi-oclamation so!t aflîcliée. Mur la demande
du Ministre anglais on dti Consul d'un |)nrt quelcnn(|ne auquel
il aura donné l'instruction d'en i'aire la demande, les (liands
Ollïi'iers di-s ProNinees députeront des Ollicïers eon)|M'-lonts gioiir
arri>mpn^ner aux endriiits<|u'ils auront à surveiller (.vu\ <|iii aii-
III. — Dans le but de servir do base à telles ré<;lemonlations
ijui seront né-cessaires [mur le coinmeirc de frontière entre la
itiiinanie et le Y«n-\an. le méiuoire soumettant rarranf;enienl
pnijelé de l'alîaire du Vun-Nan ronllemlra la requête [|u'un dé-
i-iel inqM-rial soït rendu enj<ii}>nant le (!ouverneur (!énéral et le
(louverneur de rboisir un (Mlieier cnnqN-tent de ran)< élevé [tour
l'ontérer avec les Oflicier.i que ic Gouvcrnenicnl .\n};lais en^e^^a
daii> le Yun-Van et conclure avec eus un arrangement salisfai-
IV. — Le Gouvernement anglais sera libre ])endant cinq ans. à
partir du premier janvier prochain (étant le 1 7' jour de la 11'
lune lie la 3* année du règne de Kouan^-Siu) de stationner des
OlVieiers n Ta-li fou ou à quelque autre endroit convenable dans
le Vuu-Naii, {tour obst-rter les conditions du commerce, à telle lin
qu'ils puissent atnir les informations nécessaires j)our baser les
ré;jli'inenls de commeiTe. quand ceux-ci auront à être discutés,
l'onr ee qui re|;ardera l'investigation et l'arran^enicnt de tnulc
allaire ajant Irait nuv Ofliciers on sujets Anglai-s. ces Ofliciers
seront libres de s'adresser aux autorités de la Province.
L'ouverture du Commerce |K)urra être projMséc par le (!ou-
vernement .Vn^lais comme il le jugera à propos, à une épo<|ue
quelconque dans le laps de ciiiq ans on ii l'expiration du terme
Iks passeports a)ant été obtenus l'année dernière pour une
r
78 l'affaire margary
mission de l'Inde dans le \iin-Nan, le Yice-Roi de l'Inde est
libre d'envoyer celle mission lorscju'il le jngera à propos.
V. — Le montant de rindenmilé à payer pour le compte des
familles et autres personnes tuées dans le Yun-Nan ; |K>ur le
compte des dépenses que l'a flaire du \un-Nan a occasion iu*es:
et pour le compte des réclamations des marchands nii<^lais pro-
venant du fait des Ofliciers du Gouvernement Chinois, jiis(|u'aii
commencement de l'année' présente a été fixée jwr Sir Thomas
Wade, qui a pris sur lui cet acte, à la somme de deux cent mille
taëls payables sur demande.
VI. — Quand l'afTaire sera terminée, une lettre impériale sera
écrite exprimant des regrets pour ce qui s'est passé dans le Yun-
-Nan.
La mission portant la lettre impériale se rendra immédiate-
ment en Angleterre. Sir Thomas Wade sera informe de la com-
position de celle mission pour l'instruction de son Gouvernement.
Le texte de la leltre impériale sera aussi communiqué par le
Tsoung-li Y amen à Sir Thomas Wade.
Section II
Relations (officielles.
Sous ce titre sont comprises les conditions des relations entre
les Grands Officiers dans la Capitale et les Provinces, et entre les
Ofliciers consulaires et les employés officiels chinois dans les
ports ; aussi la conduite de la procédure judiciaire dans les cas
mixtes.
1. — Dans le mémoire du Tsoung-li Y amen du 28 septembre
1875. le Prince koung et les ministres constatèrent que leur
but en le présentant n'avait pas été sinq>leinenl les transactioii>
commerciales ; les missions à l'Klranger et la question des rela-
tions diplomati((ues se trouvaient aussi contenues dans leur
requête.
Pour prévenir des malentendus ultérieurs au sujet des rela-
tions et de la corres|)ondance, l'état actuel des unes et de l'autre
ayant donné sujet de plainte dans la capilale et dans les pro-
Ainces, il est convenu que le T.soung-li Y amen adressera une
circulaire aux Légations invitant les Ueprésentants étrangers à
étudier avec lui notre code d'éli(pielle; afin que les employés
officiels étrangers en Chine, soit dans les ports, soit ailleurs,
soient traités avec la même considération qui leur est montrée
r.()Nvr:>Ti()N dk tciik foi. i."> sf:i»ri:Mnitr i8y() -()
lorscju'ils serxMil dans d'aulros pavs, el qui serait inonln'c aux
Agriils de la (lliine sorvant ainsi dans les pays étrangers.
Le fait (pie la Chine est sur le point d'établir des missions v[
des consulats dans tes pays étrangers rend essentielle une entente
sur ces points.
H. — F.c Traité anglais de i858, art. \VI, établit que les
sujels chinois « qui se rendraient coupables de quelquacte cri-
ce minel envers des sujels anglais seront arrêtés et punis par les
« aulorilés chinoises conformément aux lois de la Chine. »
« Les sujels anglais (pii commeti raient quelque crime en
« Chine seraient jugés et punis par le Consul, ou tout autre fonc-
« tionnaire public autorisé, conformément aux lois de la (îrande-
« Bretagne. »
« La justice sera administrée équitablement et imparliale-
« ment des deux cotés. »
Les mots « fonctionnaires autorisés » sont traduits dans le
texte chinois par « (iouverncmenl anglais ».
Alni de remplir les obligations que lui impose son Traité, le
(iou>ernement Anglais a établi une Cour Suprême à Chang-llaï
avec un code spécial de règlements, (ju'il est maintenant sur le
poini de réviser; le (iouvernemenl (ihinois a établi h Chang-
llaï une Cour mixte, mais rOfficier qui la préside, soit manque
<l<* |)nissance, soit crainle d'im|)opularilé, manque constamment
dVnforcer ses décisions. Il est maintenant entendu que le Tsoung-
li ^ amen écrira une circulaire aux repré.sentants étrangers, im-
médiatement pour étudier avec le Tsoung-li Yamen les mesures
nécessaires pour assurer une administration plus efficace de la
justice dans les ports ouverts au commerce.
IIL — 11 est convenu que toutes les fois qu*un crime sera
commis, attaquant la personne ou la propriété d'un sujet anglais,
soit dans rinlérieur. soit dans les ports ouverts, le Ministre an-
glais sera libre d'envoyer des OITiciers sur les lieux, j)our être
|)résents à renquétc.
Alin de prévenir un malentendu sur ce jK)inl, Sir Thomas
\\ ade écrira une note à l'elTct ci-dessus, note h laquelle le
Tsoung-li Yamen répondra en affirmant que ceci est la marche
il suivre dans Ta venir.
Il est en outre convenu que tant que les lois des deux pays
dilléreronl, il ne ])Ourra exister qu'un principe pour guider les
[H'océdures judiciaires dans les cas mixtes en Chine, savoir : que
le cas est jugé par TOUicier de la nationalité du défendant;
8o i/affaire margary
rCJHicier de la nationalité du plaignant assistant simplement
|>our surveiller la procédure dans l'intérêt de la justice.
Si rOflicier assistant ainsi est mécontent de la manière d*agir,
il sera en son pouvoir de protester en détail. La loi administrée
sera la loi de TOflicier jugeant le cas. Ceci est le sens des mots
llonei fing indiquant ime action combinée dans la procédure judi-
ciaire, dans Fart. XVI du Traité de Tien-Tsin, et ceci est la ligne
qui doit élre suivie respectivement par les Ofticiers de Tune ou
de l'autre nationalité.
Section III
Commerce.
I. — Par rapport à l'étendue en dedans de laquelle confor-
mément aux traités en \igu(»ur, le IJ Kin ne doit pas t^lrc perçu,
dans les ports ouverts, sur les marchandises étrangères. Sir Tho-
mas Wade consent à engager son (jouvernement a permettre
que le terrain loué par les étrangers (appelé concession) dans les
différents ports, soit regardé comme la zone exempte de Li Kin
et, en consé([uence, le Gouvernement chinois permettra que
1-tchang*, dans la province du Hou-Pé, Wou-Hou =*, dans le
Ngan-Iïouei, Wen-Tchéou ^. dans le Tché Kiang et Pé-IIai (Pak-
Hoï) *. dans le Kouang-Toung, soient ajoutés au nombre des
ports ouverts au commerce, et deviennent des postes consulaires.
Le Gouvernement anglais sera en outre libre d'envoyer des Olli-
ciers résider à Tchoung-King pour surveiller l'état du com-
merce anglais dans le Se-tch'ouen. Les négociants anglais ne
seront pas autorisés à résider a Tchoung-King. ou d'y ouvrir des
établissements ou des entrej)ùts, tant que des navires à vapeur
n'auront pas accès à ce port. Quand des navires à vapeur auront
réussi à remonter la rivière jusqu'à ce point, des arrangements
ultérieurs pourront être pris en considération.
Il est en outre proposé, comme mesure de compromis, que,
à certains points sur la rive de la grande Rivière, notamment
Ta Toung et Ngan-Ring, dans la province dp Ngan-Houei. Ho-
1. A été ouvert le \^^ avril 1877.
a. Wou-Hou. sur le Yanff-lseu, entre Kicou-Kiang et Tchen-Kiang;
ouvert le i*"" avril 1877.
3. Sur la rive droite du Ou- Kiang; ouvert en avril 1877.
!\, Sur le golfe du Tong-King ; ouvert en avril 1877.
■{T. ». Tl.F »»---^ .,~^f -^pVit
CONVR^MON l)i: T(.IIi:-K)l . I.) SFPTEMIUU: iSyO 8|
Kcoii, dans le Kiang-Si, Wou suo, Loii Ki k'ooa et Clia-Si, dans
le Hou Koiiang (ces endroits étant des lieux de commerce dans
l'intérieur, dans lesquels les négociants étrangers ne sont pas
légalement autorisés à débarquer ou à embarquer des marchan-
dises, parce que ce ne sont pas des ports ouverts), il sera permis
aux navires à va|>eur de relâcher pour débarquer ou embarquer
des passagers ou des marchandises ; mais dans tous les cas, par le
moyen de navires indigènes seulement, et soumis aux règle-
ments en vigueur qui régissent le commerce indigène.
Les produits accompagnés d*un certificat de demi-taxe pour-
ront être embarqués à ces endroits par les navires à vapeur, mais
ne pourront pas être débarqués par eux pour être vendus.
El, sur tous ces points, excepté dans le cas d'importations ac-
compagnées par un certificat de droit de transit, ou d'exporta-
tions munies de certificats semblables, qui seront individuelle-
ment passés en franchise de JÀ-Kin sur présentation de tels
cerlificals, le Li-Kin sera dûment perçu sur les marchandises
quelles qu'elles soient par les autorités indigènes. Les négociants
étrangers ne seront pas autorisés à résider ou à ouvrir des mai-
sons de commerce ou des enlrepùls sur les points énumérés
comme ports de relâche.
H. — Dans tous les ports ouverts au commerce en vertu d'un
accord antérieur ou jwstérieur, où la zone de colonisation n*a
])as été préalablement déterminée, ce sera le devoir du Consul
anglais, agissant de concert avec ses collègues les Consuls des
autres puissances, d'arriver avec les autorités locales k une en-
tente sur la délimitation de la zone de la colonisation étrangère.
IH. — Pour la question de l'opium. Sir Thomas Wade en-
gagera son gouvernement à sanctionner un arrangement diffé-
rent de celui qui atteint les autres importations. Les négociants^
anglais, lorsque l'opium sera apporté dans le port, seront obligés
d'en faire faire la reconnaissance par les douanes, et de le déposer
en entrepôt, soit dans un magasin, soit dans un ponton, jusqu'au
moment où l'on pourra le vendre. Les importateurs paieront
alors les droits de douane, et les acheteurs paieront le Li-Kin,
afin d'empêcher que les droits ne soient éludés. Le montant du
Li-Kin à percevoir sera décidé par les différents gouvernements
provinciaux et conformément à la position de chacun d'eux.
IV. — Le Gouvernement Chinois consent à ce que les certi-
ficats de droit de transit soient basés sur imc seule règle pour
tous les ports, sans qu'aucune modification ne soit apportée aux
GORDIEK. II — 6
Sa i/affaire maugary
conditions (jui y seront posées : et à ce que, |30ur ce qui est des
importations, la nationalité de la personne qui les possc»dc ou les
transporte, soit indifférente. Les produits indigènes, transportés
d'un centre de l'intérieur à un port d'embaniuement, lorsqu'ils
seront destinés bonajîdeh être embarqués pour un port étranger,
pourront être certifiés dans une convention spéciale par le sujet
anglais intéressé, et exemptés par le paiement du demi-droit, de
toutes les taxes dont ils jMJurraient être frappés en roule (sic).
Si les produits n'étaient pas la propriété d'un sujet anglais, ou
s'ils n'étaient pas transportés à un [X)rt dans un Lut d'exporta-
tion, ils n'auraient aucun droit à l'exemption qui leur serait
assurée par l'exhibition d'un certilicat de droit de transit.
Le Ministre Anj^lais est prêt à s'entendre a>ec le Tsoung-li
Yainen siu* les règles c|ui assureront le (jouvernement Chinois
contre un abus des privilèges attachés aux produits.
Les mots A>/-/i, intérieur, dans la clause de l'article VII des
règlements ajoutés au tarif, concernant le trans[X)rt des inqwr-
tations h l'intérieur, et des produits indigènes achetés à Tinté-
rieur, s'appliquent aussi bien aux |K)ints sur le bord de la mer
et des ri>ières, (|u*aux |)oints de l'intérieur non ouverts au com-
merce étranger; le (.iou>ernement (Ihinois ayant le droit de
prendre des arrangements |)our prévenir les abus.
V. — L'art. \\j\ du Traité de i858 ne prescrit pas de limites
au délai en dedans duquel le drawback sur les droits payés sur
les inqKM'Ialions pourra être réclamé. Le ministre anglais con-
vient d'un délai de trois ans à l'expiration duquel aucun draw-
back ne pourra être réclamé.
\ 1. — Les sli|)ulations précédentes jwrtant que certains jwrls
seront ouverts au commerce étranger et (jue l'on accordera le
débarquement et l'embanjuement des marchandises sur six
points de la grande Hivière, prendront force dans les six mois
après la réception du décret impérial approuvant le mémoire du
(irand Secrétaire Li.
I^a date donnant force aux stipulations concernant l'exemption
de droit de Li h in des inq)ortati()ns dans les concessions (&v///f-
ments) étrangères, et la perception du Li Kin sur l'opium par les
inspecteurs des douanes en même temps que le droit de tarif sur
l'opium sera fixé aussitôt que le Gouvernement anglais sera ar-
rivé à une entente sur ce sujet avec les autres gouvernements
étrangers.
VU. — Le Gouvernement de Hong-Kong s'étant plaint depuis
s 1876 83
tonglciups de l'ingcrancc du croiseur des Dnuanos de Canlon
avec les jonques de commerce di- ci'tle coloiiiu. le ("ouvci'npiiient
Oliiuols consent à la nominalion d'une commission (|iii se cnm-
posern d'un Consul anglais, d'im Oflicicr du (iiiiivernemcnt du
Hon^-Kong et d'im cm|))o\ô ulliciel Cliinois de rang ,ça! aliii
d'établir un spltmc qui i>crnicllc au (ioiivorncmciit Chinois de
proli'gnr la rentrée de ses liroil' do douane sans jMirier préjudice
aux inliTéls de la (Colonie.
Le Gouvernement do Sa Majesté, se pm|>osnnt d'envoyer une
mission d'exploration Tan prochain par la voie de l'é-King à travers
le Kan-Sou et le Kokonor, ou par la voie du Se-lcli'oueti au
T)l>ct, et de là aux Indes, le Tsoung-lî Yamen, ajnnt éf^aid aux
circonstances, donnera, quand le moment sera venu, les passe-
jmrts néivssnircs cl adressera des lettres aux hautes autorités
proïinriales cl au Itésidejit du 'l'iliol.
Si la Mission n'était |K1< envoyée par cette ronte. mais traver-
sait la j'ronljére inilienne pour se rendre an Til>ot, le Tsoung-Ii
^anien, au re^'u d'une communication à cet oITet du ministre
anglais, écrira au Résident dans le Tibet cl le Résident, avec les
Isards convenables aux circonstances, enverra des Ulliciers pour
prendre bon soin de la Mission et les passeports pour ta Mission
s«;ront issus [lar le Tsoung-li Yanien, afni que son i>assage ne
soit jas intercepté.
Kait à Tch'-fou. dans la Province du Chan-Toung, le i3' jour
de septembre de l'aunéc de Noire -Seigneur Mil huit cc-nt soixante
l'rès de deux ans plu■^ lard, le plus important den jour-
naux d'Kxlrème-Oricnt, le Sortit China lleriltl. dans un
aiticio du G juillet rSjS, disait : a Une e\|KTlencc de |)rès
île deu\ ans depuis la jiuliHi-atîon de la Convention de Tclié-
liin n'.i scr\i à prouver, ni la sagesse, ni rutililé do ce docu-
ine)it. Examiné iiu^Kiilialenieiit et mis à l'épreuve de la
raison nrdiiiaiie, il n'est, en fail, guère qu'un amas de
vc'binge sans but... »
I. La Cmivciilion de Tché-fou 3. été ratilicc lo 17 scjitcmliTc ili-,G.
84 L* AFFAIRE MARGARY
Cependant malgré les critiques dentelle a été l'objet, on ne
saurait nier Timportance de la Convention de Tché-fou ; elle
est, on peut dire, la troisième étape de Tllistoire des rela-
tions de l'Europe avec la Chine dans les temps modernes ;
la première marquée par le traité de jNan-King en 1 84 2, la
seconde par les traités de Tien-tsin de i858 et les conven-
tions de Pé King de 1860. En dehors des réparations exigées
j)our Taflaire même du Yun-Nan, les ports de 1-tch'ang,
Wou-IIou, Wcn-tchéuu et Pakhoï étaient ouverts au com-
merce et les Anglais avaient le droit de placer des fonction-
naires a Tchoung-King, point avancé du Haut Yang Iseu ;
de nouveaux avant^iges commerciaux et autres étaient concé-
dés ; mais ce qui, à mon point de vue, fait le principal in-
térêt de la convention, c'est l'établissement d'agents diplo-
matiques chinois dans les pays étrangers. Les résultats obte-
nus par l'installation des légations européennes à Pé-King,
à la suite de la guerre de 18G0, se trouvaient complétés par
la création de postes chinois hors du territoire du Céleste
Empire.
RAPPORT DE LI-HOI:N(î-TCHANG '
Le sujet, Li Houng-tcliang. haut Dignitaire, Envoyé Extraor-
dinaire, Membre du Gmnd Conseil. Vice-Uoi du Tdié-li, Comte
de i"*'* classe, présente à genoux uri rapport au Troue, sur lequel
il prie l'Enipereur de vouloir bien taire connaître sa décision.
Dans la C'' lune de la i^'^ année du règne T'oung-Tclié (juillet
1874). le Ministre d'Angleterre en Chine annonce l'envoi de
l'interprète Margary à la renconln^ de la Conunission envoyée par
(le Couverneur de) l'Inde au Yun-Nan par la voie de Birmanie,
il demande (pour ce dernier) après en avoir conféré avec le
Tsoung-li Yamen, un passeport régulier nmni des sceaux voulus
et l'envoi d'instructions à chaque province située sur son parcours
ainsi qu'au Vice-Roi et au Gouverneur du Yun-Nan. Peu après,
I . Gazette (manuscrite) de Pé-King (traduction), i a septembre 1 876.
H.IPPOBT I>R Ll 1I0U>(:-TCIIA\G 85
le Ministre d'Aiigkicrrc nnnonçn ijue dans la i" lutir (janvier
if^'S), l'iiitcrpri-tc Margary </tait arrivi'- après un long \ojage à
Pin Sin, en Birmanie, oii il avait rencoiilrô te colonel lîrownc
et autres commissaires envoyés par (le (roiiverneur de) l'Inde,
<iu'il allait revenir sur ses pas et rentrer dans le Yun-Nan.
Le 17 de la i" Inné de la i" année du régne de Konang-Sin,
M. Maiffary posait il Mcn-Yunn. sons la juridiction de Tong-Yué
Ting. y Tut massacré. Le i8 de cette lune, le Colonel Brownc et
autres furent attaqués et arrêtés (dans leur marche). — Dans la
5* lune, l'Kmpereur envoya le sujet Li llan-lchang. du Hou-
Kouang, en commission extraordinaire au Yun-Nan pour y faire
une enqui^tc et régler l'aflaire (Margary). de coiicert avec l'ex
Vice-Président du Ministère, Sié-Ilonan. — En même temps, le
Ministre d'AngIcIcrrc désigna et envoya M. Crosvcnor (secrétaire
de Légation) et autres poui* assister an jugement.
Dans la 3' lune de la i" anni^ du règne de Kouang Siu, Li
llan-tcliang et autres, après avoir terminé leur enquête, ré|xin-
dirent par un rapport au Trùne dans lequel il était dit :
L'Interprète Margary a été ni.issacré |>our ainir refusé de céder
aut exigences des brigands qui voulaient le rançonner. Quant
aux divers fonctionnaires qui accom{»)gnaienl M. Margary, s'ils
furent arrêtés dans leur niarclie, ce fut à l'instigation du ciipilaînc
actuellement dégradé. Li Tclien-kouo.
Celte alFuirc intéressant les relations de la (^liineavec les étran-
ger», il est délicat d'apprécier le degré de gravité de son crime.
Aussi avons-nous prié rKni|»ereiir de iloimer l'ordre au Tsoung-
li Yanien de se mettre d'accord avec le ^Ministre de la Justice et
de répondre |>ar un rap|)ort sur ce |>oint.
iNous avons reçu l'onlre suivant : (Ju'il soit fait comme vous le
propose/.
Le Tsoung-li ^alnen lîl faire res|>ecluenscmeiil copie des
dépVhes du Ministre d'Angleterre, des rap|K>rls dn Lî Han-
Icliang et autres et des différents interi'ogatoires et lettres ; ces
copies furent communiquées (au Ministre de la Justice) |X)ur son
information. Les interrogatoires de Li Tclieu-kouo et des autres
coupables pouvant servir de preuves, il était nécessaire d'ap|)ré-
rier avec discernement le degré de gravité du crime de chacun et
d'appliquer la loi chinoise ; — mais ayant reçu une note du Ministre
d'Angleterre ainsi conçue : Considérant que l'enquélc faite par le
Secrétaire est d'accord sur tous les |ioinls avec l'instruction et les
interrogatoires faits jwr le sujet \'ice-Koi du Itou-Kouang. Li
86 l'affaire margart
lian-tcliang, rjui désijj:nenl Li Tchcn-kouo cl autres comiiie les
pnnci|)aux coupables el qui. suivant les lois chinoises, ofTrent des
preuves différentes pour établir leur culpabilité; — considérant
que rinlerprétation des lois anglaises ne permettant pas cïc dire
(|u*on est arrivé à une certitude complète (au sujet des coupables) ;
attendu que si Ton punit le coupable dont il a été parlé plus
haut, l'Angleterre ne peut pas se considérer satisfaite et est fondée
à craindre qu*uiic arrière-pensée puisse subsister dans Tespril des
populations ; — attendu que ce sont des fonctionnaires anglais
qui ont été massacrés ou arrêtés ; — attendu cjue les Ktats euro-
péens ont le res|)ect du droit, que plutôt <jue de récriminer sur
des faits passés, il est préférable d'assurer l'avenir (en en eni|>è-
chant le retour) et je demande l'amnistie pour chacun des c« i-
pables compromis dans l'affaire (du meurtre de M. Margarv) ; —
Moi, sujet, conformément aux ordres de S. M., je me suis rendu
à Tchc-fou [)Our y traiter avec le Ministre d'Angleterre. Les lois
criminelles de la Chine et des nations occidentales étant diffé-
rentes, ainsi (^ue les manières de procéder, il faut donc, dans le
cas actuel, arriver à régler celle affaire en employant des niovens
exceptionnels.
A Teiceplion du G'»néral p. i. de Teng Yué. Tsang Tsoung-
han. et du sous-préfet de Teng Yué, Wou K'i-liang, qui ont été
dégradés et dont il n'est plus niVessaire de parler, le capitaine Li
Tchen-kouo qui est déjà dégradé et les assassins Eur Tong, Oua
La-t'ou, etc., etc., au nombre de ii, pourront-ils devoir à la
clémence impériale et à sa miséricorde exceplionncile la renii.M^
du châtiment du à leurs crimes et |>ourronl-ils, conformément
au désir de rKnvo>é d'Angleterre, être anmisliés? — Je prie Sa
Majesté de prendre une décision sur cette question.
Je considère que l'interprète Margary, qui avait une mission
d*un Kmpire ami, ayant été massacré, alors qu'il {)ortait le pas-
seport qui lui avait été délivré; — que les fonctionnaires qui
l'accompagnaient ayant été attaqués et arrêtés (dans leur marche) ;
— que tous ces faits ont pu altérer les rap[)orts des deux Knipires
et que la Cour, en apprenant la mort de Margary, a dii en éprou-
ver le plus grand regret ; — aussi, je prie S. M. de le faire savoir
à tous, Chinois et Etrangers, afin de dissij>er les doutes qui peu-
vent exister. La Chine et les États étrangers qui depuis longtemps
ont échangé des traités doivent tous, chacun de son côté, les
mettre à exécution.
Dans la (y lune de la i'"'' année du règne Kouang-Siu, le
Tsoting-li Yaiiton a adresNo tiii ra|>[K>i't an Trànc, ci[itii(uaiit les
articles «les 'fraîlés rplatiHi aux Tîtran^'orscïmilaiil dan» l'inléricur
«le la ('hinc. cnjoîgnnnl à rliarpic rimilidiinaire ili- diafjnc pro-
viiicc d'ôtiidiur avec soin l'cspril des traili'^ fl do s'y conronner
avi-c discerni.'iiicnl . Il rsl de mou devoir di- [trier Sa MajrsU' de
donner lordry aux Vice-Unis et (ioiiveiniMirs dobcir resjHtc-
(ucusenieiit au décrel du il de la 9* liinc de l'année dernière.
(lenvojer les ordre» les plus aéviTes aux OfTuicrs sous leur juri-
diction, de se préoceni«'r de satisfaire le désir qu'a le gouverne-
ment chinois d'entretenir la concorde avec les Ktranf^rs. — A
l'avenir, les autorités devront se eonforuter au\ stipulations des
Traités dans leur conduite vis-à-vis des fitran(,'crs munis de pas-
seports et circulant dans l'intérieur et ils devront leur assurer une
protection cilicace. Si jamais, au mépris des Iriiilés. un élran^'
venait à être victime d'injures, de sévices, ou d'nu mi'urlrc. les
Otiiciers supérieurs de la pro» imi- devront faire l'iustruclion. Kn
outre, une proclamation sera afliehée dans cliaque préfecture,
sous-préfecture, canton, alin d'instruire len iiiditidus et leurs
fainilles. et leur faire comprendre les rapports d'amilié (de la
Chine et de l'KtraDffer), i)e façon (pi'à l'avenir ïl ne puisse pins
surgir une ranse de désordre. — Si S, M. voulait bien m'ap-
prouver, le Tso(uif[-li Yamen ferait unii prnclauiation qui serait
eiivovée dans toutes les provinces cl au contenu de laquelle tous
devraient conformer leur conduite, .le prie les Impératrices et
i'KmiR-reur de dé-cider si les diti;5rcnls détails de la solution de
l'alTaire M.irgarv sont ou nnii satisfaisants.
Que S. M. daiitne jue faire con. .ilre sa décision, je in'v con-
formerai.
Uapport pré.senlé re*|)eclueusemeut. Iteçu un di^ret ini|HTial.
Dijà copié (dans la (.'a.vHe)
Li IIoun;*-teliang présente un pliicel au '^M^ue: I^^ Tstiung-ii
Yamen avait déjà, dans In i)" lune de l'année dernière, écrit au
Ministre d'Anglolerre que la (iliiiie avait eniové au Yun-Nan des
fonctionnaires pour y étudier les questions relatives au cocnmerce.
par la frontière du Yun-Naii; mais que l'Angleterre devrait éga-
lement envoyer des oITtciers pour y faire de concert (avec les
cnniuiissair«.-s cliinois) une enquête et après être tombés d'accord
élaborer les rèplcments. Ceci se trouve contenu dans les 8 articles
convenus à Pé-Kîng dans' la 5' lune de cette année.
88
L AFFAIRE MARGARY
Le moment est venu de mettre à exécution l'article concernant
le commerce sur la frontière du Yun-Nan. On augmentera ainsi
la confiance ; et J'affaire du Yun-Nan se trouve avoir une
solution satisfaisante. Je supplie l'Empereur de faire sentir sa
bonté céleste en envoyant Tordre aux Vice-Roi et Gouverneur
du Yun-Nan d'attendre l'arrivée des Commissaires anglais pour
choisir des fonctionnaires expérimentés d'un rang élevt». (]es
derniers se rendront sur la frontière jK)ur y faire de concert (avec
les commissaires anglais) une enquête et y étudier (les conditions
du commerce). Les règlements qui après discussion seront arrê-
tés, feront en temps et lieu l'objet d'un rapport au Trône et mis
à exécution. — Je prie l'Empereur de vouloir bien examiner le
placet présenté resjKMîtueusemenl.
Rapport respectueux.
Reçu l'ordre respectueux (qui déjà a été copié) (dans la
Gazette) * .
Ces documents sont communiqués aux ministres étran-
gers :
I
Le Prince Koung, Président du Tsoung-li Yament à M. le vicomte
de MoNTMORAND, Ministre de France.
Communication officielle
Pé-King, le 36 septembre 1876.
Le 16 septembre de cette année, le Vice-Roi de Tcbé-li, Mi-
nistre Plénipotentiaire de S. M., adressa un rapport au Trùne
sur la solution do l'affaire du Yun-Nan et présenta aussi au Trône
les articles composant l'accord intervenu entre S. Exe. sir Tho-
mas Wade et lui. Je reçus l'ordre impérial suivant :
« Qu'il soit fait ainsi qu'il a été convenu. »
Le Tsoung-li Yameii vous a déjà adressé à ce sujet des com-
munications con tenant la copie des Décrets imjiériaux, il vous a
aussi communiqué dans une lettre le texte des articles de l'accord
(de Li lloung-tchang).
I. Pour traduction conforme: Signé: F. Scuerzer,
Un des arliclcs dïl :
(Suit ta reproduction (lu parngrnplic i <lr l'arliclp 11 <Ip Vac-
coi-d (le air Tlinmas W'ado).
Cet article (lénionU'c la siiiccrité du déiiir qu'a Sa Majenlé de
voir s'culrelrnlr les sciilimcnls d'amitié (((ni unissent la Cliinc
et l'Ktraiigcr). Aussi faut-il étudier les coiidilionsdnng les(iucllcs
on pourrait s'Fn[<?ndre [tour discuter et lixer (les bases d'un twlc)
qui fera ressortir les liens de s^inpatliic <]ui unissent la Chine et
l'tl ranger.
J'ai cru devoir envoyer à Votre Excellence et à ses collègues
copie de cet article afin que vous puissiez vous entendre h ce
.ujcl.
Quand vous vous scrtst concertes (sur l'adoption d'un code
d'éti({uet(e) je vous prierai de me le faire savoir alin que nous
puissions le discuter dans des conférences générales.
Recevez, etc., etc.
(Le sceau du Tsoung-li Yamcn.)'
Le Prince Koisc, Président da Tsoung-li Yamen, à M. le vicomfe
BHKriiER de MoNTMORAND. Mtntstre de France.
Pé-Ring. le 26 septembre 1876.
1^ 16 septembre de cette année, le Vicc-Uoi du Tché-li, Mi-
nistre plénipotentiaire de S. M., adressa un rapport au Trône
sur la solution dcl'atTairedu Vun-Nan : il présenta aussi au Trône
les articles composant l'accord intervenu entre S. Exe. sir Tho-
mas Wade et lui.
Je re(;us de S. M. l'ordre suivant :
a Qu'il soit fait ainsi qu'il a été convenu. »
l,c Tsoung-li Yamen vous a déjà adressé à ce sujet des œm-
niunicatîons contenant la copie des Décrets impériaux, et il vous
a aussi communique dans une lettre le texte des articles de l'accord
(de Li Houng-tchang).
I. Pour traduction confwiDe: Signé; F. Schebieb.
go L AFFAIRE MARGART
Un de ces articles dit :
(Suit la reproduction des paragraphes 3 et 3 de rarticle II de
Faccord de sir Thomas Wade).
Outre la dép(>che que j'ai écrite h sir Thomas Wadc, confor-
mément au texte de cet article ainsi conçu : « Il est inainlenant
entendu que le Tsoung-li Yamen adressera sans délai une cir-
culaire aux Re[)réscntants Étrangers pour assurer une adminis-
tration plus elFicace de la justice dans les ports ouverts au com-
merce », je viens vous demander s*il vous est possible ou non
d'adopter un règlement uniforme qui serait appliqué à Tavenir
dans la conduite des procès entre Étrangers el Chinois. Je ciois
devoir prier Votre Excellence de vouloir bien s'entendre an
préalable à ce sujet avec ses collègues ; je vous prie de inc Taire
savoir ([uand vous serez tombés d'accord sur un règlement satis-
faisant ahn que nous puissions le discuter dans des conférences
générales.
Uecevez» etc., etc.
(Le sceau du Tsoung-li Yamen.) *
III
Le Prince Kolng, Président du Tsoung-li Yamen, à M, le vicomle
BnRMER de Mo.ntmorand, Ministre de France,
COMMUNICATION OFFICIELLE
Pé-Kiiig, le 38 septembre 1876.
Le 16 septembre de cette année le Vice-Roi du Tclié-li, Mi-
nistre plénipotentiaire de S. M., adressa au Trône un rapport sur
la solution de l'afFaire du Yun-\an : il lui présenta aussi les arti-
cles composant l'accord intervenu entre sir Thomas Wade et lui»
Je reçus de S. M. l'ordre impérial suivant :
« Qu'il soit fait ainsi qu'il a été convem. »
Le Tsoung-li Yamen a déjà envoyé à V. Exe. une copie res-
pectueuse des Décrets et celle des articles (de cet accord) : Dans
un de ces articles, il est dit : Par rapport à l'étendue en dedans
de laquelle conformément aux Traités en vigueur, le likin ne
I . Pour traduction conforme : Signé : F. Scherzbr.
9'
doit |kas ùlro perçu dans les jxii'ls ouverts sur les marchnndises
élraii^èrcs. fit Thonias 1^'ade corisont à cngaffcv soit (îniivertie-
iTienl à jxTiiH.'tlri^ (pu? le lorrain np|N<li'^ « concesMnii n dans les
difliirciits |»orls soil regardé comir»! la zone e\enipl<' de [.ikin.
Il csl <lit aussi : a .... (Suit In reproduction du [mrngraplic 3
de iHrtide 111 <le l'aiconl de sir Tlioinas Uade)... » La Chine
n ('■liiWi li's droits iJils de « I.i-kin d [lour subvenir aux exigences
(in biidf^ct dp la pncrrc. A ces di-oils sont snjcts non sonleinent
1rs produits chitiois maïs encore les marcha luiisus étiangèrcs ipii
n'ont (his acfjuilté le 1/3 droit (de transit).
Mais les cninniervants <'tran(>ers disent (juc du moment nu'ds
ont acquitte la lotnlitL' <ies droits qui TrapiM-nt les inurchandises
étrangères, on ne peut imposer h ces dcrnicres les taxes dites
K li-kin a avant leur arrivée aux liarrièros locales : il résultait de
la diïcrucncp des deux manières de voir, des discussions conti-
nuelles. Sir Thomas Madc eoftagca le (!ouvcrnenieiit chinois à
se ((luctTter a\ec les Couvcrncmciits élrant;crs [wur prohiber la
|>e](vplion du li-kin sur les concessions étraugcies et ponr éviter
à l'avenir tout sujet de reinanicnicnl (des l'èglemeiils).
On adoptera nn règlement spécial pour rimpnriatiou de l'opium,
en verlii duquel les droits de douane cl de o Li-kîn » seront
perijus en même temps: quant à l'iniporlance de ces droits, elle
sera lixiT dans cha(|ue province après étude de la question (par
les niilorités provinciales). Les deux |)nra^'ra plies conccrnaitt fa
probihitioii de la perception du e li-kin d sur les marchandises
étraiif^ères dans la znncdes concessions et la perception simultanée
des Droits de Dniiniic et ceux dits a li-kin » ir l'opium, uc
seront définitirs. qu'api-i's vous ftrc concerté avec vos collègues
sur les deux jiaragraphes sus-niciitiounés, vous preniez les
inslrnctinns de votre Gouvernrnienl.
Lorsque les (jouvernemcnts étrangers se seront mis d'accord ii
ce sujet. Votre Kxcelleiice voudra hienavlM-r le Tsiiniig-li Yamen
qui prendra une solution délinilivc de concert (avec les Puis-
sances Ktrangcres). Toiles sont les alTaires dont je voulais vous
entretenir resfKH'tueii sèment.
Agréez, etc., etc.
(Le sceau dn Ts<.ung-li Yamen.) '
I. Pour Iriduclion conrorme: l.c premier irlerprtte p. (.. Signé;
r)3 i/aFFVIRK MAHGiRT
MM. dfî liiilz<>\ et >oii hrandi se montrèrent fort niécon-
leiils «le ce c|iie Sir Tliomas Wade eut introduit clans ?<on
Irailé des questions (réliqiietle et de li-kin. Les taxes de li-
kin étaient d'ailleurs en contradiction avec rartîcle 23 du
troité français do Tien Tsin.
Sir Thomas \\ ade. après les Chinois, fait part ù ses col-
lègues de la signature de la Convention :
LETTRE DE SIK THOMAS WAHE AL VICOMTE BIIEMER DE MOM-
MORAND
Pe-King, september 3o, 1876.
MoNSlK! It LE MiMSTKE ET CUER CoLLÈMJLE,
r found on niv return to IVking last week that tiie Chînese
Text of llie agrecnient between Ihc (irand secretary Li Hung-
changand nnscif, signed al Chefoo on the i3^^ instant, had already
l>een coniinunicaled lo the Représentatives of the Trealy Power^
and thaï copies had been also forwarded to the Provincial Govern-
nienls. As 1 havc» had ihe hononr lo slale lo siich of inv coUea-
gués as are wiliiiu reach, the cnglish text is being printcd al
Shang-llaï and, as soon as I rweive il in this form, it is mv
purpose similariy to coinmunicale copies to ail.
licfore signing ihe Agreeinenl, 1 dcclared iny rcadiiiess (if on
m y arrivai the mémorial and decrees referred to in the Agree-
ment should he immedialely published and the circulars, for
the e\()edilioii of >vhich thcagreement farlher stipulated, imme-
dialely wrillcn) lo telegraph lo my Government Ihat I had taken
upon me to close the Yun-Nan Case. The engagements, above
referred lo, ha\ing been so far salished, 1 bcg to acquaint vou.
Monsieur le Ministre, that I bave ihis dav informed tbc Prince
of Rung ihfit I bave sent the promised message to my Governmenl.
1 avail, etc.
Sij^né : Thomas-Francis AVade.
RÉPONSE DU CORPS DIPLOMATIQUE
A une réunion des Ministres de France, de Russie, des
RÉPONSE DU CORPS DIPLOUATIQtlB 93
Élals-Unia, d'Espagne et d'Allemagne, M. de Butzov pré-
senta lin projet de lettre au Tsoiing-li Yamen qu'il avait ré-
dig<'', ^iii après quelques nindifi cation s proposées par
M. Seward, fut adopté; il fut convenu que cette lettre en
v(née jKir chacun des ministres étrangers serait communi-
quée à Sir Thomas \\'ade par M. de Butzov, sous-doyen du
corps diplomatique, après qu'elle aurait été expédiée au
Tsoung-li ^'amcn. Sir ïliomaa trouva la lettre tout à fait de
son guiU et ne nuisant en aucune manière à son arrangement.
l*e-Kîng, 3°* oclober 187O.
Tlic undcrsigDcd lias the honour to aeknowlcdgc tlie receipt
ol' Your Impérial HîffhncitsandYour Exe. 's despatclies of tlie atitii
and aStli scptpinbor. in A'iiîeh. referring lo several clauses
o( llie ngreenient signril at Cliefoo by tlie l'ieni|)otentiarics of
(^liina and (ji'cal Rrîlain. you invite me a? well as niy collca-
giies tlic Représentatives ol' olliers l'owers tocotisidcr coiijointly
tlii' <pieslion3 referred toand to inforiu vou of tlie resuit of our
délibérations.
Wliilst thanking Y. 1. II. and Y. E.E. for tlie abovc commu-
nications, I beg to inform you ihat it is, in my opinion, advi-
sablc as it would elso be conformable witb tbc cstablislied eus-
loin ofdiploniatlc iiitercourse. ihal \\a sliould Crst of ail consider
and décide whal <|ucslion requirc a setllcnicnt and arc therefore
to bc brouglit under discussion. I hâve consultcd my collcagues
on tliis [loint and. as a complète understanding exisls bolweeii
us regarding thisnay of procédure. I beg to inform Y. 1. II. and
Y. ¥.. E. ibat 1 sliall bc ready wbenever you roaj lliid convcnient
lo eonfer wilh you in view of tlic object abovc sfated and baving
once detcrmined tlic points to bc disciissed to coine witb you to
an understanding on tbc varions questions lliat may become the
.subject of onr délibérations.
In regard, bovvcvcr, lo Ukùi taxes and tbe proposée! références
lo Ibc scierai (lovernmenls I iiiust at once reniark tbat Ibe nego-
rialinn slinuld be pursucd in thcusnal maoner and tbat pcndlng
tbe resuit I cannot consent to ibc abridgement of tbc cxistîng
treatv stipulations.
1 avail. etc.
g4 L^AFFAIRE MARGARY
CIRCULAIRE DE M. nRENIER DE MO^JTMORAND AUX CONSULS
ET VICE-CONSULS DE FRANCE EN CHINE
Pé-King, le t\ octobre 1876.
Monsieur,
L'article 11 de la section III de Tarrangeincnl intervenu le i3
septembre 1876 entre sir Thomas Wade et Li Houng>tchang est
ainsi conçu :
a At ail ports opened to trade whether by carlîer or la ter agrre-
ment, at which no settlemenl arca bas bcen previously defined.
it will be tlie duly of tbe Britisb Consul acting in concert wilh
bis colleagucs tbe Consuls of tbe otber Power», to corne to an
understanding witli tbe autboritics regardiiig tbe définition of
of tbe forcign settlemcnt area. »
Au cas où votre collègue d'Angleterre désirerait vous \oiriiier
avec lui l'étendue deTarcaen question, conformément à la teneur
de l'article ci-dessus, vous voudrez bien lui répondre que vous
n'avez jkis reçu d'instruction ii ce sujet. L'accord n'étant pas
encore complètement établi à cet égard entre les différents Roprt»-
sentants des Puissances étrangères, il est à propos que vous ne
fassiez rien sans m'en avoir préalablement référé.
Recevez, etc.
Signé : V*'' Buknikr de Montmorand.
NOTE DE M. VON DUANDT
'Le Ministre d'Allemagne regrette de ne pas pouvoir en-
trer pour le inonient dans une discussion ayant pour but
d'ainenor des pourparlers avec le Gouvernement chinois au
sujet de quelques jx)ints isolés faisant partie du projet de ré-
vision communiqué par le Cabinet de Berlin aux Cabinets
des puissances signataires avec la Chine, avant que les né-
gociations qu'il [X)ursuit avec le Ïsoung-U Yamcn au sujet
de la revision du traité allemand-chinois ne lui aient donne
la conviction qu'une base satisfaisante pour la revision géné-
rale du traité ait été obtenue.
Le Ministre d' Allemagne en faisant cctlc déclaration est
convaincu que ses collègues ne verront en elle qiie le résul-
tat inévilable de la situation donnée et ne douteront ni du
désir de son fiouvcrncmcnl ni du sien propre de maintenir
inl.-icl le princi]>c de l'identité des intérêts et de l'action
ccininiiino que le Gouvernement allemand regarde comme le
plus ini[>ortant pour les relations entre les puissances signa-
taires et la Chine.
Tixiis points de la convention de Tché-fou appartenaient
an (JuniainGCommiindc la diplomatie étrangère àl'é-King: le
code d'éti(juetle (^/Hplomalir inlerrourse), pi-oci'-dure judi-
ciaire et likin. Le rode d'éliquolte méritait d"élrc étudié au
triple {Kiint de vue de In question de l'audience, des rapports
entre les représentants étrangers et les ministres citinoîs, les
rapports entre les Consuls et les autorités loc^ilcs. Le liliin était
contraire au\ stipulations de notre traité de Tien-Tsin ; l'Alle-
magne qui préparait la revision de son traité n'était nulle-
ment disposée à accepter des clauses qu'elle n'avait pas
discutées cUe-nième. Les ministres de Russie, d'Allemagne,
des Ëtals-Unis, d'Espagne et de France s'étant réunis en
novembre 1876, décidèrent que pour le moment il n'y avait
l»as lieu de s'occuper de l'audience et qu'ils n'entreraient
pas en [>ourparlGrs avec le \amcn sur les tnns points de la
Convention de TcIié-fou.
CHAPITRE V
NOUVEL AN CHINOIS, 1876 - PORTUGAL. — TRAITÉ DE
KANG-HOA. - WEN-SIANG. — M. BRENIER DE MONTMO-
RAND. — AFFAIRE DE NING-KOUO FOU. — CHEMIN D£
FER. — CORPS DIPLOMATIQUE CHINOIS.
NOUVF.L AN CHINOIS, 1876
Le vendredi 4 février 1876, c'est-à-dire le 10^ jour de la
i*"" lune de la 1^ année Koiiang-Siu, la population de Pé-
King, à sa très grande stupéfaction, fut témoin à roccasion
du nouvel an chinois, de la réception solennelle des minis-
tres étrangers par le prince Koung, entouré des hauts fonc-
tionnaires de l'Empire : Ying Kouei, grand secrétaire ad-
joint, président du ministère de l'Intérieur ; Peng Kouei-yù,
vice-président de ce même ministère ; le duc Tsai Ling,
président du ministère des Finances * ; Youen Pao-hêng cl
King Cheng, vice-présidents de ce môme ministère ; Ling
Kouei, président, Kouang-tcho, Mien I, et Siu Toung,
vice-présidents du ministère des Rites ; Kouang-cheou, pré-
sident, le marquis En Sing et Hia T'oung-chan, vice-prési-
dents du ministère de la Guerre ; Chou-Ki, Houang-yii et
Weng T'oung-ho, vice-présidents du ministère delà Justice ;
Li Houng-tsao, président, Ho T'ing Kieu, Kouei-Ts'ing et
I-tchen, vice-présidenls du ministère des Travaux ; Tsao-
Pao, président, Té-Tchoung et Sin-Chou, vice-présidents
I. Devint 18-19 février 1877, président du ministère de rinlcrteur
et grand secrétaire adjoint, à la place de Ying Kouei.
SOIVEL *N CHINOIS. 1876 97
(lu lïiircaii CDionlal ; King lir-n, pi-éskloiil', Tanft ^èn-c^lèll,
lliiiici-Siti et Toiinfî-lloim, iiifiiiltrcfl de \a C.niir tics Oii-
snirs; outro ces vinj<l six fuiiclîoimaiion. il fan! ajinilci' los
iiW'Tiibt'i's du Tsmiiig U Vanicn (pri^sidé [>ai' li' imiirc
KiiLiiii,') : k'B ^'i-ands sec lûl aires Wen-Siang el l'ao-jini,
rli;iiiit'lior do rAcadcniîc Ituii lin, lo grand serrélain-
ailjoiiil, Konei-fèn. pHisiilcnt du minislèrc de la (luerrc,
Ions membres du (irand (Innseil ; Tonng Siuii, pi-^sident dn
minisière <les Finances; Mao Tcli'ang-lii, pi-^sident du mi-
nislère de l'Intérieur ; Tdi'oung-Heou, vice-pi^ésidenl dn
ministèie de rintérieiir; KoiioSounfî-Lio, Taisant fimctions de
\i(i?-pn'sidenl du minisU're de rinlérieur, el Envoyé c\lraiir-
dînaire en (Jrande-Brelagne ; 'IVliVng lin, ^ice pn'sidoni du
ininisièi-e des Travaux, ol seciind lieutenant-^'énéral de ilvn-
darmerio ; Nia Kialiao. \ice-(nx''sid('nl de lu Cmir de Iran;.
mission de In roiresjmndaïue'.
Le('nrpsili|)lomalKpie fui ro(,'U dans l'ordre suivant : 1 ilieii-
rc>du matin, Sir TliomasWadc.tji'ande- Bretagne ; 1 1 li.3o,
M.deltnl-/ov, Knssir;midi, M. Iiolenml>o, KlalsUnis; 13
II. 3(1, \1. ^(ln Brandt, Allemagne; 1 lieui'e, M. de Scliat'fcr,
.\iitriclie; 1 h. 3<>, M. Mori', Japon ; a lieures, D' Elimire,
IVi-oii ; 2 I», 3o, le «tinte de Rochecliouarl, l*'ranre'.
Piinrquo! cette innovation? Affaires de Coi-ée, |)ent-(?tiv!'
On bien comme ccmsétpience dn méniuranduni dn a8 se|v
lenibie 1S75 sur les relalions enli-e les lianis l'onctionnairos
cliinois et les ministres élrangei-s ?
1. Devint à la m£nie dalc. iS-ig fL-vrier 1S77. pn'sideni ilii miiiislôrc
<\<-s Traiaii\ et fui mniplaci- au OnMiral giar Thiiien K'lii>[q>ii >l<!>lnl. h
li) avril i?<78. |>n~.idcnl du lllinisl^^e de la Juatire.
■1. T«u„g reh^ngSr.
'i. M. Mûri, le nouveau ministre jaiKmais, était arrivé k Ti^liéToii. If
II dràemlirc 1875. sur le navire de giiorrc japonais lliirudaï ; il 9e remlil
ï l'i'-Kin[>. par Icrro,
i. yorikChina Herald. 3 mars 187O. p. i8-;,
CoHOiaa. 11. - 7
gS ANNÉE 187G
Les fêles du nouvel an chinois, écril M. de Hochechouart , ont
été signalées celte année par une innovation ; le prince Koiing,
au lieu de nous recevoir, comme il le faisail habit uellenienl en
petit comité, avait convoqué tous les ^ands dignitaires de FEtat.
les Princ<*s exceptés, cl il nous a donné une sorte de réception
de gala. L'Assemblée se composait des membres du Grand Conseil,
des Présidents et Vice-Présidents des scpl ministères, di^ gou-
verneurs de l'Empereur, des Académiciens, du gouverneur
militaire de la ville, des censeurs et de deux chefs de bannière,
en toul\ingt-six, sans compter les membres duTsoung-li Yamen.
Le Prince a été très aimable, et comme depuis que je lui ai
donné un perrocpiet que j'a\ais rapporté de Singaporc, il afTecte
chaque fois que je le vois de faire à propos de cet oiseau un cours
de géographie assez fantaisiste, il n'a pas perdu celte occasion
de montrer ses connaissances à un public aussi lettré.
MIMSTKE POKTIGAIS
Au commencement de 1876 on fil courir le bruit de Ma-
cao, que le gouvernement portugais avait nommé Dom
Lobo d'Avila ?, ministre plénipotentiaire, avec Tordre de se
rendre à Pé-King pour faire ratifier le traité de 1862'. Lne
escorte sulTisanle devait lui être envoyée, en cas de besoin.
Kien de sérieux, d'ailleurs*. Déjà, M. de S. Januario avait eu
cette même pensée, mais, à la suite du scandale causé par
la traite des coolies, les circt)nslances avaient paru peu fa-
vorables.
JAI»0> ET C0R^:E, TK\IïÉ de KANG-IIOA, 2G FÉVRIER 1876
Nous disions^ que ce que n'avaient pu faire en Corée ni
les Français, ni les Américains, les Japonais renlreprirent
avec succès en 1876. Après le règlement des aflaires de For-
1. I, p. i^G^
2. NorthChina Herald, i3 janvier 187G.
3. I, p. 394.
MORT DE WEN-SUNG ^
niosp ot rpiP M, Mon', niinislrc tlii Japon ù IV-Kinp, fut
silr (le la iioiitmlilô de In Cliino, une os(?jidro ji)|)Oti.iis(> coiu-
lu.iiiilfV pur lp gi'nérnl Kunxln lui cliai-pZ-o de frtiro une lU'--
iiiiiiiKtiMtinn jhicifîcjiio SUT les côlos do Coivo; elle nrriva à
Fou siin lo i5 jjinvior 1876 ; le mois suivant, le a(i fi^vrîer',
Kuroda-kiyot.ik.i et Inouyc-Knoru ' pour le Japon, pI Siii-
ll'in H In Jî) syng j>our In ConV, signi'rent i\ Kang-lioa, on
chinois et en ja|>onais, un Irailô' en douze nilicles o\-
trt^meniont imjiortanl par letpiel l'indépendance de la Corfc
élail affirmée et l'ouverture de deux poris au commerre ac-
conléc en pins de Tcliorianp-liang (Fou-san), L'arliele 1"
dit en effet que i< la Corw ôlant un étal indéjteiidanl jouit dfs
méinea droits souverains que le Ja{)on u)'*.
Le grand secrétaire Won-Siang mourut à Pé-King Ip 26
mai iiS7f>'' ; nwc lui disparaissait une grande figure de l'ad-
mtnislriilioii L'Iiiuoise. Il avait paW sou examen de docteur
Isin-clif à iV-Kiufj on jH^îi ; h l'époque des dilTicullés avp<;
la France et FAngleleriv (i85S-i8(>o), il élail vire-président
du ininislèi'c des finances et fut le principal conseiller du
prince Koung. I^ 5 novembre r8(»i, après le coup d'état
qui avait coulé la vie à S^ui-Cliuuen ~, il fui replacé au (irund
I. Vii-umlp Mori Arinori, aMassini; le 1 1 fi-vricr i88ij. Voir 7he t'nr
Kttxt. I. p. lit) SI). Il itail iiri)<iii»irc de katiiisliima.
ï. aO' jour, 3' mois, ij" année Mei-dji.
II. Ministre des atTaires lUrangiTCK en 1871).
'1, llaliGp lp >a maTK 187I). sa* jour. 3* mois. i\' Biniéu Mei-djL
!). China, — Inijioriil Miritime Cuitonis. — lit. Miscelluncoiis Séries:
11" l»|. — Treilties. Re^ittiiliuiis. etc., between Coren ami utiier
I-mvers. 1870-1889... Shsiighaï, iS;)!. in-4.
li. I. |>, 1 1 1. noie ; c'est |>aT erreur que la date de u mort est inarqiiéi:
187S. d'ajirî-s (liles.
7 !■ P 'ï'J-
lOO AXNÉE 1876
Conseil dont il avait été chass«» lors de la fiiile de Hion-Foung:
son avancement est alors rapide: au coniniencenient de 1S62,
il est nommé président de la Cour des Censeurs ; quelques
mois, plus tard, il devient Tiin des ministres de la Miiisou
Inip4*riale, cl président du ministère de la (îuerre, et à l'au-
tomne, président du ministère des Travaux. En iS63, il est
à la léle du Li-fan-youen, bureau de Mongolie ; en i8G4, il
re(;ul le litre honorifique de Premier Tuteur de riiéritier du
trône; en 18C6, il devient président du premier des ministè-
res, celui de Tintérieur, IJPon^ et il entre en 1871, au
grand secrétariat conmie Tun des deux lliep Pan Ta-ifio
(Ihe (grand secrétaire adjoint) ; enfin en 1872, il devenait
(irand-Secrélaire (Ta llio Clicy.
Depuis 1870, il souiïrail d'un asthme qui augmentant d*an
née en année, l'obligea ù demander sa retraite le i3 mars
1874 ; on lui enleva le fardeau de ses princi|>ales Tondions,
ne lui laissant que celui des alTaires étrangères. La mort de
\\ en-Siang fut rapide et inattendue; il était moins îigé, il
n'avait |X)s atteint soixante ans, qiie fatigué:
« Agé et surtout infirme, écrit un diplomate, \\ en-Siang était
retiré oiliciellemciit dos alfaires. mais ses avis étaient toujours
pris et suivis dans les circonstances graves ; ennemi des Euro|Mk»ns
et surtout de la religion chrétienne, il jouissait d*uue grande
réputation dans le parti conservateur chinois et sa mort est une
sorte de deuil puhlic. »
Dès le début de sa maladie, Temperenr envoya à Wen-
Siang du gin-scng pour le réconforter. Le lendemain de sa
mort, la Gazette de Pé-Kinij ('^7 mai) renfermait un décret
faisant son éloge : « Il avait brillé par la pureté et rinté^jri-jtj;
de sa conduite, non moins tpie par l'application assidue de
son intelligence aux intérêts de l'Etat. » En vérité. Ton peut
I. I, l>. io4. — North-China Herald^ 17 juin 1876, p. 585.
; NOiTMomj
dire (le Wcn-Siaiip qu'il fui le hrn« droit do rKmporeiir et
In siigoiise qui inspirait son cœur*.
M. |p viromlc Bronirr de Monlinorand ' qui avait élé
rriNMil gcnérni ù Oianf;-llaîfiit nommé ministre A IV-King,
en remplacement de M. Loiiîs de Geofioy, par décret du 34
avril 1876. Il quitta Paris, le 3 juin, et se rendit en Chine
|iBr le Havre el rAmérique, et il arriva à l*é-King, le i^
septembre 1876.
Noire cliarRÔ d'aflaires, M. de Hocliccliuuiirl avait quitté
la rapitale le au juin au soir après avoir remis le ser\icc à
M. de U<H'piet1c ; relui ci, à son tour, remit le service le i5
septembre à M. Hreuier de Monlmnrnnd ; ce dernier, j^ur le
conseil de ses ciilléf-Mtes, ne demanda pas à présenter ses let~
ti-es lie créance ; il se Imnm à i-endre visite an prince Kunnp;
el aux meiubres ilu Tsonng-lt Vamcn le i(( septcndire à 3
[ . Comme coilHqiiencc Af la mort de Vt'cn Sisnp. Pao Viti
granit tccrilaire (Tu llio Che') •In T'i Jcn Ko, devint ^raiiA m
U'oii Yiiiji Tien, i la |ilR<-a rlit Wcn Sisnf;. lilutairc ilvpuïs te i) jsn-
lier i8-5; cl Ylng K.iuei r.'miilaçB l'a» Yiin comme T'i Jen Ko Ta
Util che; les dcui oulrrii fcraiols secrétaire* cUieril Tm> Twiinglanfi ri
l.i Hoiing-lctiang, qui \k g jamier lI*7J. ctail devenu K'e/i lloua Tirn
Ta /lin Che. k la |ilace clo Joni-I.in.
1. \ii en i8i3. il était Rlii cailet dn p<<nc'ral Antoine- François Brenirr;
en if^iS. le ponvcmemrnt le nrimma commitsairo général. On t'onvova
rnsiiile i San Renin. puis i Scvilli?, 011 ra conduite jicnitant i)ne é|>itlrmio
ili' tliolrra fut remarquée. Il fut nommé «ucrcsaivempnt roninl général i
lUi»iig-IIai. ministre plénipotentiaire de n' classe au CliiM. consul général
en bg^ple l'n tR-u. En 1876. il est nommé miniulre de 1'''' classe k Pé-
king nù il reFtc jusqu'en 1879'. il prend définitivement f» rctriile l'année
'^ni.aiile (i88t>). Il est mnrl le il) lévrier i8gt k Saint-Marccllin (IsJ^^re),
^
*
102 AN.NKK 1876
AFFVIRE DE MNG-KOUO-FOU *
En arrivant à(ihang-Haï an mois d'aoïit 1876, M. Bre-
nior apprit dn snpérienr des Jésnites, le P. Foiicanll *, les
graves événements qui sVlaienl passés le i3 juillet a Nin^r-
Kouo-fon, dans le Ngan-lionei.
La résidence de >iing-kono avail été détruite le 33 février
187G à rinsligation du général Kang Tong-liii, mais le P.
Seckinger^ avait pu faire écrire de Chang-Haï, le i5 mai
187G:
« L'alîaire de Ning-ko fou esl à [)en prés lerînini'»e. Les
mandarins accordent aux missionnaires une indemnité de
I 800 piastres (9000 fr.) et un terrain de 29 arponls de
lerre dans la ville de Ning-ko fou. De plus, une pnirlama
tion fa>oral)le au christianisme sera probableniciit aflichée
dans les bourgs des six soiis-préfeclures*. »
\ Mais le i3 juillet 1876, le prêtre indigène François
llouang Tchc clien, originaire de llai-men, et son caté-
chiste ^ang Che-fou, furent massacrés au village de Ngou-
Ichen wan (Lou tsen), sous-préfecture de Kicn-j)'iiig ;
« quarante chapelles furent incendiées ou démolies, el les
chrétiens pillés, puis traqués, conmiedes bétes fauves, durent
chercher un abri au fond des bois, sur les montagnes »'.
1. Missions catholit/ues, 1876, p. a3a, 3'ii, 4it5, 5i8, 539, 5c)3.
6oi. — Le Pnys de Ai/ig-Ao, par le I^. Ravarv, Ihid.^ pass.
3. Foucault, Auguste, ne h Sablé, le i'*"' mai i8a6; arriva en Chine,
le 8 dôceiiilno 1866; supérieur *lo la mission du Kiang-Nan du 7 février
1873 au 3<) octobre 1876 ; revint en Europe en 1877 » su|»érieurdc Koucn
cl de Nantes; mort à Paris, la septembre i88y.
3. Scckinpcr, Joseph, le véritable fondateur de la mission du .N^n-
Houei ; voir 1, p. 3^1, noie.
/|. Missions catholiques, iS'^O, p. 3.^i.
5. La Mission du Kiang-nan, son histoire, ses œuvres. Paris,
î 1000, in-8, p. i33.
1
PROCUM.tTTON nu TAO-TAÎ HE nH4^<:-)IÛ io3
[rf* p. SccLinper se rendit à Nnii-Kiii^ |miui- obtenir jtis-
tii-o (les àiilorités provinrialea cl arriva ù VVoii-ltoii avec trois
di'léffiiés chinois aprt'S avoir tr^rminé ses négociai ion t>. D'nn-
Ire |iarl le uicrcreili, 3 noill, le 1'. Foiicaiilt rendait visite à
M. Kronierqni, le diiiianrlie suivant, partit pour Nan-Kîng
snr le Tn/inriifin afin d'appuyer par sa présence les revendi-
cations dos missionnaires auprès du vice-roiChen Puo-lclienfr '
qui lui fit lion accueil ; il eut Rvec Clien trois entrevues et se
laissa « circonvenirparles roueries niandnrinales et taxa d'exa-
f;ératiou le récit fulclo de ces exc^s monstrueux. I^s autorités
rlùnoises le constatèrent vite et s'enhardirent d'autant »',
D'aillcursLi Iloung- Ichaug écrivit au vice-roi Chen, chargé
d'instruire le procès : « La l'rance n'est plus qu'une jiuis-
sancc de second ordre; cette alTairc du Ning kouo fou peut
être traitée Hhremeni ; il n'y a rien à craindre de personne ". »
« Les faits ne tartlèrent point à démontrer que le mot li-
hii-iiwnt signifiait « sans égard pour la plus vulgaire é([uilé o.
Les virliuies furent juridiquement vilipendées, des innocents
dfVapilés, (les scélérats et des assassins de maïquo .ibsou»
;ivec honneur. .\ la lin de janvier 1877, eu ])leine ville de
^an King, l'é llouei tsing, autre catéchiste du P. llouang,
. fut décapité pour de soi-disant forfaits*. »
pnor.i,.A%iATio^ ni tao-taÏ de cua^r-haï
\ la suite des affaires de Ning-Kouo fou, M. Brenier de
I, .\r à fou-tclicnu. — Ancien coinroisiairo do l'srscMt do Fou-
lclip.Mi ; il fut rnïOïé i Fornn«e en 187^ (I. p. r.33); en 1861. it avait
élé (.'Uiivcrnpiir du Kiang-Si : en 187^. il roni|ila<,-a Licou Koiicni, comme
lico n>i des dcin Kiang. qu'il eut pour ïucccueiir à >a mort à Nan- Klng,
le 18 diVemtirc 187(1.
1. ArinXin Puiî ouvert. ... par le !■. Louis Gaillard, p. aflî.
3. Ckiniiix el .Vmsi on no ircs. t'ne persécution dans la provinee
de Xiiig-ktt fou. par lo P. Bit™l. Limuges. Bartraii. in S, p. 377.
\. P. (iaillanl. /. c, p. t\-,.
lO.'l AXNKE 1876
MoiilmoraiKhVrivil à Chou Pao-lclion<î, v'uo-roi de \ankinp.
Cihang-IIaï, i5aonl iS-jG, pour lui rappeler les rlîs|N>sition>
bienvcillanles dont il Tavail enlrelenu, les promesses qu'il lui
avait faites de lancer une proclamation en faveur des chré-
tiens. Chen s'exécula de bonne grâce et lit aflichcr la cir-
culaire suivante par le Tao-Taï de Chang-llaï :
1^ i.V article du Traité français est ainsi conçu : <r La reli-
gion chrétienne a\aiit pour objet essentiel d'exhorter les hoinnit*s
à la vertu, les mendires des couunniiions chrélîeniies jouiront
d'une entière smirité jxiur leur personne, leurs propriétés, etc.
Aucune entrave ne sera apportée au droit cpii est reconnu à tout
indi\idu en (Ihine d'embrasser la religion chrétienne et d'en
suivre les pratic|ues.
D'un autre coté, un édit en date du a* jour de la 1 i*^ lune
de la 1 1** année du règne de rEni|)ereur Ilien-Foun«^ ordonne :
« A l'avenir, dans tontes les affaires concernant les chrétiens ou
la religion, les mandarins locaux devront se rendre un compte
exact de la question, et statuer selon la justice. Les chrétiens qui
se conduis<»nt comme il convient, c'cst-à-dirc en honnêtes gens,
étant aussi les Fils de la Chine, ont droit à la même protection
(pie ceux «pii n'ont |X)int embrassé le Christianisme, et ne sau-
raient être molestés parce qu'ils sont chrétiens: et, dans toutes
leurs décisions, les mandarins locaux devront se baser sur la
justice, afin que l'on sache que la protection est accordée aux
gens vertueux ».
Respectez ceci » .
Nous nous sommes conformés à cet énlit depuis lK>n nombre
d'années déjà, ainsi que le prouvent nos archives. Faire le bien
est le fondement de la religion chrétienne; remjïereur K'ang-lli
l'a autorisée et depuis lors, elle n'a jamais usé de moyens diabo-
liques pour |)orlcr préjudice à autrui.
Aujounl'hui, j'apprends que les bruits (pii circulent dans les
endroits soumis a ma juridiction relativement aux hommes en
[lapier*, aux tresses couples, se tourneraient contre les Chrétiens
qu'on accuse, et donneraient naissance à de mauvais projets
contre eux. Si je me reporte au temps passé, je vois que les
I . On prétondait que dos lutins do |)apicr coupaient les nattes dos^
Chinois.
membres Hc In Snrirli: du Ni'niipliar hlniin ont om|ilovc rrs
movi'iis : hommes en pnpier, frosscs et |ilii[nc9 de [>oidpls cou-
jH-es, iiliii (l'nmvcr en troublant les pspril!, ù s'cmiwrrr des
Depuis qncli|iic tcmp des gens »ans aveu font circuler des
Itrnils sur les (restes et les chevcut coupés. Tout le momie en
[lai'le. ninis |>crsonnc ne l'a vn d<<! ses yeux: personne ne s'est
assinv du fall. IVnn aiili-e côté, tous ces bruits ridicules n'ont
i-ien il faire avec la religion rliréticnne. Vous devez donc rester
calmes, paisibles, ne |)oint pri^ler attention ans histoires sans
fondement, ne yiciinl vous efTraver, ne point vous exciter.
Mninlenant. si vous voulez saisir le veni ou l'ombre, c'est-à-
dire créer du désnrdre [tour des motifs qui n'enîsteiit (ws, et
soup(,-iiiiner le [x'uple chrétien, c'est que vous êtes des gens sans
aven, des fauteurs de trouble. L'autorité locale a le devoir de
faire jouir le {H'uple de la tranquillité et de maintenir en cons<--
quence les lions rap{K)rts entre la Chine et l'Ëlran^'er : nous ne
saurions donc ne |>as jmnir les |MTturliateurs. l'artoul. depuis
lon^'lriiips déjà, les é^'lises sont en pah. et on n'a jamais appris
qu'elles nient violé la loi. ni employé des malélices, etc. ; elles
n'en ont que mérité davantage notre protection. On ne doit ui
s<)M|)voiuier les missions, ni les accuser injustement, ni les com-
promellrc, ni les molester, ni les attaquer, ^ous devez donc
olH-ir à l'édit impérial et vous conformer au Traité. Si vous oscx
faire circuler des bruits, attiser les craintes, et qu'on vous
découM'c, vous serez saisis et punis selon la rigueur des lois.
Voire reiwiilir sera tardif, (ieux qui pour un motif d'extorsion
ou autre porteraient de fausses accusations contre les Cbrélicns,
ceni-U seront punis plus sévèrement encore.
D'une part, j'ai ordonné qu'on arrêtât les coquins el qu'on
proté){eât les honnêtes gens, d'autre part je fats la pn''sente pro-
clamation jMiir que le peuple et les soldats soumis à mon auto-
rilé aient a s'v conformer.
J'aime le peuple, je ne crains donc pas de me donner la peine
de lui prodif-uer ces avcrtîssemenU. Obéissez avec respeci, ne
désobéisse/ point '.
. Pi>iir trailiiclion conforme : l'interprète J. A.rë:ii
I06 A>>ÉE 1876
CIRCILAIHF. DE M. BREMEK DE MO>TMORA>'D
En prenant |xissession de siin [>osle, M. Brenier de Monl-
niorand envo\a une rirriilaire aux é\éqiies el aii\ sii|>érieurs
(les différentes missions callioliques en Chine.
Pé-King, le 1 5 septembre 1876.
MoNSKIGNElR,
h* huis aiTi\é hier à IVsKing et mon premier soin est tl*i»n in-
former \ otre Grandeur.
Je suis heureux de revenir dans un pavs que j'ai déjà habitt*
pendant cinq ans et d'y renouer les excellents rapports que j'ai
toujours eus a\ec les Missionnaires dont plusieurs sont pour moi
d'anciens amis. Je mettrai tous mes soins à les prolé»rer de mon
mieux; c'est |)our moi un devoir et je le remplirai a\ec
plaisir: je m*enq)resse, Monseigneur, de vous en donner la ferme
assurance.
Mais, pour (|ue mes efforts soient couronnés de succès, j'ai
besoin du précieux concours de Voire (irandeurel je dois compter
sur l'eflicace coopération de tous \os saints missionnaires. La
Chine traverse en ce moment une crisi» |Kditicpic fomentée jvir
les sociétés secrètes dont le principal but est de créer des embar-
ras au Gouvernement chinois. Notre devoir est certainement de
nous tenir complètement en dehors de ces luttes intestines, mais
nous devons également é\itertout ce qui pourrait fournir l'occa-
sion aux fauteurs de désordres de susciter des troubles dans
l'F^mpire.
Permettez-moi donc. Monseigneur, de compter sur votre entier
dévouement aux intérêts généraux de la France et de votre Mis-
sion et je vous prie, en même temps, de recommander à tous
vos missionnaires d'être encore plus prudents et circonsj>ects que
[)ar le passé.
Veuillez, etc.
Signé : V** BRE>n:R de Montviorand.
P. S. — Par une lettre en date du i3 août dernier à S. E\c.
Chen Pao-lcheng. j'avais |)rié le Vice-Uoi de \anking de lancer
une proclamation en fa\cur de nos missionnaires :
ti:mi
g (]<•■ sonl dos hommes de bien, lui disais-jc, qui neclierrhnit
s fiu'n ami-lioror le prupic et à fairu triompher les vrais priii-
o ripes de la morale. Que V. E. daigne le faire .savoir à Ions ses
« nilmiiiislrésct ix! sera un moyen si'irde rnliner l'irritation (pie
« di' fiiiix bruits, rol))orlés par des gens intérusM's, répandent
« dans le peuple chinois? a
l.v \ iro-Uoi Chen l'no-lehenf; vient d'accomplir une [lartie du
mes désirs en autorisant le Tao-Taï de Chang-llaï à afticher la
priK'hinialion dont j'ai l'honneur d'adresser soùscc pli uneeopie
il \. (!. Je crois iju'après en uvoir pris connaÎMance, elle se
convaincra que rien d'aussi favorable à nos missions n'est sorti
jiisipi'à ce jour d'un Yamen chinois.
CHEMIN DE FER DP. WOV-SOV>T,
\ tii suite d'une <<ina'ssion de ronle rirdiiiniro, la mnisnn
anî.'laisr<lr(;iian--llm, J:.rdine.\lalhrsmi&(:'",é(ablitdnvil
la;:e de \V(ni Sniii-r j'i l'entrée de la rivièiv de Chang-llaï,
jitsrjn'i'i cet le ville, einimii iti kihiinèlres, le preiiiirr chemin
de fer qu'on il il mi diins l'Eiiipirc du Milieu. Le 'io juin
iS-0, cin en inaugurait le premier tronçon de Chang-liaï à
koii Wang. Mais le a-2 aoi^l, Sir T. Wado fit arrêter la lir-
ciilatiiin des Inuii-s Niir la cleniamio de Li Iloimg-tcliaii^'.
Malgiv le sucrés que rencontra auprès des Chinois le nou-
veau mti)cn de tranN|>orl, les funelionnaires qui avaient été
joués se fâchèrent et d'é|iincuses négociuliuiD: furent enla-
luécs ; enfin une convention signée le 'j4 octobre 1876
céda In nouvelle ligne ferrée aux Clûnnis moyennant une
somme d'arpent.
coNVEiTio.^, rï,') fHJTmmF. 1876
Kntre FoLM(i', Tao-Taide S(iii-trbéau.Souiif;-Kiun{{ et Taïlian,
I. Poiing Kiim-Koiiang était originaire du Kouan^-Toiing ; 1
Gazelle de Pé-Aiiig du i8 jtiillcl c( du a «oOil 1878.
108 AWKE 1876
intendant de la Douane de Chan*;-Hai ; Tr.iioi\ bouton bleu clair,
ïao-laïen expectative au Hou-IM: Ciiu.x;, Tao-laï en expectative
pour la première [)lace vacante au Tclié-li, du grade de Fou -lai,
d'une part ;
EtM.MAYRRs, secrétaire-interprète de la Légation d'Angle-
terre, d'autre part;
Ont iHécon>enus les articles suivants au sujet du chemin de
fer de Cliang-IIaï à Wou-Sounj; :
i"^ AiiTicLK. — Son Excellence Li h Tclié-fou a discuté avé»c
S. E. M. Wadc l'alTairedu chemin de fer, alin de sauvegarder lo
droit (ju'a la (lliine d'être seule juge chez elle en cerUiines ma-
tières. Des deux côtés ont été désignés des délégués, ce sont le*
Tao-laï Tchou et (]hung. ([ui conjointement h M. Ma\ers et au
Tao-taïde r4hang-naï, Foung, ont discuté verbalement la solution
adonner. Les articles convenus h Nan-Kins: ont été soumis à
l'approbation de S. K. le \ ice-lloi des deux Kiang ; des deux
cotés on a aj)posé les signatures et chacpie [>arlic a conserve nti
exemplaire de ladonvenlion en double; les Tao-laï délégués ont
soumis également la Ctinvention à Son Exe. Li et an Fou-taîdii
Kiang- Sou ; M. Mayers de son côté a soumis ladite convention à
M. Wade.
2* AiiTicLE. — La Chine accjuiert la propriété du clieniin de
fer, c'est-à-dire des terrains cpi'il occupe, de la voie ferrée, do*
wagons et des machines, etc. La vente une fois o[R»rée, la Société
qui l'administrait n'aura plus rien à voir audit chemin de fer.
3* Article. — Pour fixer le prix du terrain, de la voie ferrée,
des wagons, des machines et des remises, etc., à reinlmurser à
la Compagnie actuelle, le Tao-taï de Chang-Iïaï et le Consul
d'Angleterre choisiront chacun deux experts (pii, après sérieux
examens, lixeront écpiitablement le prix à paver par le (iouxer-
nement chinois, en tenant compte de la dépréciation du matériel
}K*ndant un an, dépréciation basée sur les règlements de la Com-
))agnie à cet elTet.
Y AAticlk. — Le paiement s'opérera en trois versements. ÏjC
jour où le prix aura été convenu, la Chine paiera le tiers de la
sonnuc totale et la Compagnie remettra les titres de j»ronriélé
au Tao-laï de Chang-Haï ; six mois après, le Ciouvernement
chinois paiera le second tiers et, l'année achevée, il versera le
dernier tiers. Le Tao-taï priera le Consul d'Angleterre d*inxiter
la (^.ompagnie à \enir loucher ces trois versements.
5*^ AuTicLE. — Dans le cours d'une année, du i5° jour de la
CIIË\ll>i liK fFM VE wOl-soim: IOI)
CI* Inn4> de la 3* annéf do Kniiang-Siii nu i5' jour du 9* nuiis
(In h 3' niimV ,\c Koiian^-Si», le (;oiivt>rii<>iii('iit Cliiiiois
aiirit [lavi' inli'-grnieiiipiit le |iriK raiivpnu ; Il'h lerraiiis. la voii-
fcrm'. Iv^ wagons, clc, soroiil livn's initiii'-diati'iucnt ou (iouvir-
iM'iiiciil (.lliiiuii.t qui sc-i'n libri- de fuirr marrlii'i' ou d'arrùler !<■
dii'iiiii) lie in- : lu ne ici) no (loin)>a^nti- ii'niiru plus ù s'en iiujuii'--
tiT. Dans l(> rours «le raiiiii^-, c'psl-à-tliri- à gmrlir du i5* jour
di' la ■)' luiK' di< la 3' ann(>i> de kouanfj-Sin. la (lom{)a^ni(t sci'n
libre ilc rHiif marrlior ou do !tu!i|irndro lo dioiniii du ft^ wloii
son bon |)laiiiir ; (juVIk fasw dos liôncticos ou subisse dos ]ierlos,
poiitiaitl <'o lii|M de tcn)))s, les (Illinois n'ont |M)inl à s'en iiiquiô-
tec. Pour c(' qui est dfs r^^lemciits roncornant la sôciirilé
pnbliqiio. W Tao-taî de Oiang-ilal et le Coiisid d'An(-l<>l<Trc li>s
doloi-niinoroiil do (Yiiicort rt l'on s'y rotiroriiiora quand ih srroiil
li' .ViiTici.K. — Li lon^iii'iir do la loio lornV do \\ ou-SolUll,■
il (^haiiii-lliil ost d'environ Irenlo lis ; Jiisrprà l'oxpiralion do
l'iiiinr-o. la Donijuignio aoliiollo iidininistrern o'ito voio; ollo Kora
libiv (II- l'airo lo Iranspnrl dos vnvagrui's. mais ne dot ra rion faire
do ninlrniroanx nYdoinonts do la douane, ni arlioterde nouveaux
torraiiis jtoiir arrondir la viiio arluelle.
7'' \iiTii:i,i:, — Lno indomnilô sora aronrdôo îi la fainillo do
l'individu cpii a ôlo iVraso yar lo (lassaf^e d'un train '.
iS' Aiirii;LK. — ■ On s'en lioridra aux prôsonls articles sans lonr
fairo sutiir d'autres modilicalîons : loiilr l'aiioioiine (.'orres|ioii -
danii- oniro lo Taii-I'al et lo Consul d'Anftlctorrc sera ro({ard«-
conuno lollro morte et l'on ne n'viondra plus sur les ancimini-s
\f Article. — t^ pnWnte (^onvoiilion outre deux nations
ainii-s a |MHir but de sauvo^tarilor les droilsdo la (ibino cbn ollo :
elle o>l avaiilH-^-use [lour la (Ihine ol no Tait |)oint de tort aux
iiô^'cN'iaiitîi olranfprs : o'ost pourquoi elle a oto diri^^oe dan» un
^rand esprit de oonoiliatinn. (^)nand lo (iiinvoriienionl cliinoi»
sera .lovenn |>ropri.'l^iin> diidil oboniin do l'or, ol si l'on voulait
oojisrrniro d'autros li<;nos. on devrait s'ontendro d'nUiri) avee lu
(ionvoniniiont diiiiois; lo prosont rôgb'nionl ne saurait, dans
l.oislosoas. s.-rvirdo proc'-<lont .
ur AiiriixK. — Les ouvriers étran^'ers cl riiijjéniourMuri'ison
ÎIO ANNÉE 1876
soront, apn»s i'aclial «lu chcinin do fer, conservés ou rcnvoM-^
chez eux par les (ùhiiiois, d'après les clauses stipulé<?s dans leur
contrat avec la présente Compagnie. Si on les conserve, iU div
dront recevoir leurs ordres de l'autorité chinoise et ne |x>int agir
de leur propre autorité.
Les articles ci-dessus ont été convenus et revùlus de U
sifi^nature des parties contractantes à Nan-King : à Chang-Haï, ih
seront revêtus du sceau j)our faire foi.
Le 8* jour de la 9* lune de la 2* année de Rouang-Siu (soit le
'2l\ octobre 187C).
Ont signé : Le Ïao-Taï de Cliang-liaî.
Le Tao-Taï en expectative au Hou-IV,
TCHOU.
Le Ïao-Taï en expectative au Tché-li pour la première vacance,
CuUNG.
Le secrétaire-interprète,
Mayehs.
Le prix d'achat du chemin de fer fut fixé à !>85ooo taeU.
La circulatit>n fut rétablie le i*^""" décembre 1876, mais le>
(Chinois avaient décidé la destruction de la ligne : le samedi,
'jio octobre itS77, un |K»n après midi, le dernier train jwrtil
de Chang-llaï pour VVou-Souiig avec douze wagons et 'iw
passagers, et le lundi suivant, cliemin de fer et nialoriel fii
rent remis oiriciellemenl aux Chinois par Tingénieur en chef
Morrison. Pendant sa courte existence, le clicniin de fer
avait porté 187 87G passagers et produit 42 0i/| piastres 03,
sonmie plus cpie suflisante pour couvrir les frais '. Le che-
min de fer, (lénK)nlé, fut transporté à Formose.
COUPS DIPI.OMATIQLE CHINOIS
Après la signature de la conventii)n de Tché-fou, rien
I. North'China Herald, 25 octobre 1877, P* ^^7-
COUPS nlPI^MATIQl'R CHIMIIB I I I
nVinp^iail le dî'|>avl iIds deu\ cnvoyi's oxEraordinairc»
Koiii» et Ijeoii. K<mo Soiinj(-lao, originaiif ilii IKm-Nan,
(-(iinpalriolc pI nnii de Ts'^np Koiin fan, élait un li'lliV' dis-
liiiyiiô, jouissant d'une grande rq>ulalion do probilr ; au
iiiiiiiienl dr sa nimiinalion cummc envnyô ii Londres, il l'iutt,
de|niis niar» 1875, jufîc au l*'oii-Kien ; un décret du 1" dé-
cembre 1S75 le nnmnin, h la place de Vin Tcliao-yon^',
|n>ur remplir les rimclion» de vice-présidenl dn ministère de
lii (inerre el rRp(>ella nn Tsoung-li Vanion. Le 19 septembre
187(1, il fut dôsigné pour faire fonction do vJcc- président du
iiiinist(!i'c des Cérémonies ^ la place de ilouang-lcho, nommé
lliii Tchvnif. directeur de IV-ducalicn (clmncelier littéraire) du
Telle- Kiang.
B S. K. Kouo. écrivait un do nos scrrélaires d'ambassade à
M. lireiiier de Mnntinorand. le 3^ novembre iS7fi, est accnin-
|iiii;iié d'un second envoyé. Licou Si-lioimj;, cl des secrétaires de
Léi;alii'n 'IVIiaii^ Tse-iiioii du grade de Kan-t'aï (Trésorier pro-
\iticiid),'l'n(i-t'Hïeri ei;|>cctati\epour la province do Koueï-trlieou.
el l.i Chon Iclian. de grade de Tchc Trlieou en expectative p.iur
la |lrl>^iJU'e de kiaiig-Soii (bouton de ô° rang) : des interprèles
'!ï--\ling. du grade de Vouyn-AVei-lang en r\|>cclaliïe au minis-
tère lie la (iuerre, snil bouton de 5" rang et Koung-Vi du même
grade an ministère des Finances' : des employés h la ('liancel-
lerie Wang Clinu-tnng du grade de Tcbou-cbe. an ministère de
lu Jusiicc, soit boulJin de Ô' rang, Li Tcbing-men, Tclie-lucn en
e\|Mi'tnli\edans la province de Canton, soit bouton du 7" rang et
l.ouo Clie-cnun, aspirant Tclie-hien. soit du bouton du S' rang.
Ku plus, des diK-teurs, cuisiniers, coiffeurs, domcstiiiues ; eu
I M,
nommé le aS ao,'it 187:1
^. Kuvové extraorili
■ Saint-James, est origina
ire de la" provintv di
d'une soixantaine d'anmS
its el s'est Bci|uis dan
. Il» aiaiuiil accompagni' Bur]îii);Biiic l'ii Eurujieet parlaient l'aniçlaiit
ranniu'iit.
. En ri^aliU'. seplemlirt' iS-b.
n'a ^^NËE r87t)
Il a oi*rîi|i*' «lilT»»r»MiLi pii«i(«»s .itlntinislr.'itifs ea Pro\încH el fut
i»nvovi* pn iHt)7t a i .Anion **n ijnalit** île <-onnniîî*.T^ir»* juiJiiiijiri':
il \':U intime l'Ii.ir:;/' pemlanl i|iiifli|iit»H nuii?» du < Miii^ern^niv^nt dr
rianhin. Sa rimiinih* on m*h rHinontranrPH avant (it^plu. il fut
i|f*<itit.iit' f*f. «w rptini lian.i "«on ^w-^ natal pemijatemiroa «iii jn«
\u rnnmUMHvmiMjt «11» rSy.'). il vint à Pé-kifiiT ïï\*^ le fn^rf ' J*"
T'* i-nj- k nui vlan, '♦on anii et ^«^n prot»?cteur. ancien v 10.*-^"* <lii
Pp Trlu'-li i*t ili* NanLini: ; fut pMi aprè»». m^riiiiié c:t>nimi?.'»airi'
jinliriain* à F*(i«j-h:ht*i>n pi i|ui44{iies mois plus tard, di-^i^iir
ftrnir remplir Ip:* ronrli«»n«* (Ip premier envi>\é ri'inilier du <«mi-
xpmempfifc ïJiinoi- à l'Htranjrpf.
Kom» (fiii est vpufdppiji.s nornbrp <l'ann«v*. emmène cepi'^ndaiil
a\pr lui i1pii\ pu* h tes iVmniPs on ronoi bines. toiite> den\ d'un
cprfain âi:P. 11 jouit [Kirrni ses coni|>atrîo(es d'une réputjtioo
fi'pxtfpmp prohitp, d'imp uTandp fermelpdpraracltTt» pI il rPiraitJe
la :«irnplirih'' ilari* la manipfp île \i\re comme un de^ preniipr*
ripxiiirs d'iHi tVinciiivnnairp piihlir.
r>p "i* Kn\o>p. Lipou Si-honn^i: t*sl un p^r-^uinaire ciMnpIi-li^
Mipnt inconnu pt qui. ju^^iiTà pn**M"'nl. n"a oiviip»» i.|iie des i:raJ«s
inl'pripuridp la rommi-sîon (U^ Châtiments à Pé-Kini:. Il e>l diMir
fjp rnanipres |)pu pn^aLceanlrs pI. bien qu'on le diM» f«»rl instruit,
rriniiti/* quo lui |«>rtp Ip chef «Ip la mi*^sion paraît être sou i>riii-
rijjal lilrp à l'emploi «lorit il \ipnl d'rtre re\èli.i.
^Jiiant aux «iern'laire» ol auln> employa complétant le |mt-
vinnel <1p Tamlfassade. je ne sai* rien à leur sujet
F/ambassurle clii noise quitta rihanir Haï" par le va|¥^iir de
l;i IVnin'^ulaire. le Tnirtinrore, le 2 déceinhiv 187IÎ ; Kouo
était fi(;ri»ni|iaf:né du l)*" llalliday Marartiiev, qui devait
renqilir les rMnrliori> de secrélain* an«:lais, et do Mr. \\ . (\.
Il illier. Le Ministre diin<ii< arriva h Londn.^s, le '22 jaii
\ier 1877.
Sir Thomas Wade avait lui-même quitté Pé Kin*?, leOno
\rmbre iH~(\ et élail arri\é à(!lian«i Haï le iT» |xnir s'i'mlwr
(|uer|K)ur rKunqw ; les résidents et ranprers du frrand port ehi-
iiois lui remirent le 2.H novembre une adn^sse de féliritation^-
f. T^'prig Kouo-ts'iucn.
a. koijo |>artit le 18 <lo la 10*^ lune «le la •!*' année Kouang-Siii.
COH^S I)IPLOM*TI(jL'K CHIKOI3 Il3
Sir Thomas n'élail |><is rentré en Angleterre depiii!) sept ans
et il y avait Ircnlc-cinq ans qn'il travaillait en Chine : il avait
bien gagné son congé'.
1^ D' S. WcUs Williams, secrélaîrc Je la légation des
Ktals-Unis quitta Pé-King le 30 octobre 1876; il était ar-
rive en Chine en i833 : quarunic-irois années de résidence*!
L'année précétiente, le 11 décembre 1875, un décret im-
périal nommait Tcli'én L::n-|)în et Ynnng Wîng, envoyés
extraordinaires en mission anx l'Jtals-L'nis, en Espagne et an
Pérou, c'est-à-dire dans les pays d'émigration. On se rap-
(Mïllcra que Tcb'én avait été commissaire à Cuba en 1873-
i87:'i'. Young Wing était im fonctionnaire provincial que
Ton promut tao taï et qui reçut à cette occasion le Ixtiilon de
Les |>reniiers cléments d'un corps diplomatique chinois
étiiient constitués.
Enfin ])ar un décret impérial du 12 décembre 187O,
Tch'onng-Meoxi' étiiil nommé gouverneur général de Mand-
chouric, à la place de son frère qni venait de mourir; par
suite, il quittait le Tsoung-li ^amen, où il était remplacé
par Ll lloung-lsao, président du ministère des Travaux.
'a i T^ndn». le i janvi
CHAPITRE VI
NOUVEL AN CHINOIS, 1877. - NOUVEAUX PORTS OUVERTS. -
DEUIL DE T'OUNG-TGHÉ. — LETTRES DE CRÉANCE. — FA-
MINE. - CONVENTION D'ÉMIGRATION. — M. DE ES-
PANA.
XOU\EL AN CHINOIS, 1877
Le nouvel an chinois, en 1877, fut m«irqué conmie le pré-
cédent par une innovation :
Un incident d'une certaine im|)ortance ici s*cst passe celle an-
née à Pé-King à roccasioii des visites du premier jour de J*an.
Jusqu'à présent S. A. I. le Prince Koung et les Membres du
Tsoung-li Yameu venaient seuls faire visite aux Minisires étran-
gers et les titulaires des autres ministères. Secrétaires d'Klc'it, ou
chefs de service, s'ahstenaient complètement de remplir cel acte
de courtoisie. — L'année dernière, cependant, deux d'entre eux
vinrent en personne faire leur visite, mais on apprit plus lartl
que c'était par suite d'une erreur qu'ils étaient entrés chez les
Minisires. Les autres hauts mandarins, et seulement quatorze
d'entre eux, — déposèrent simplement leur carie à la |x>rte des
Légations ; quelques-uns de mes collègues en firent lo sujet
d'une plainte au Prince Koung.
Cette année, l'innovation est complète et inattendue î Le
Prince Koung s'est fait accompagner des Membres du Tsoung-li
Yamen et de vingt-six grands dignitaires de la couronne, trente-
cinq persomies en tout. Pendant trois jours nous avons été en
fête, ces mandarins s'étant divisés en trois groupes... Cet cvéne-
auriiil aiii'uiic xi^iiirication, est (Xiim-
^•s jwur les Ëlraiigcrs ' ,
Il sciiibk'r.-ill (ruilleiii's qu'un clian^'cmnit favorable se fût
prtKliiil (I.1US les ilis|iiisilions <ks liiiuts fonctiomiaireH h
IV-^nnl iliîs ('■tiJHifîers cl iiiôiufî des clii-ûtieiis, qu'un décret
rcconim.inde do traiter avec la iiii^irie justice que leurs com-
(latriotes jtnleiis. Il esl vrai que ce d(''cret peut aussi être re-
gtirdt- otiunie la récnuipenso du dcvououicnt uionti'é par les
rtrniif^rrs lors de la faniitie du Clian-Ttiung duiit nous [>ar-
IdiiA plus loin.
Dk.
iT. r" fi'v
rS;-
Lt's MetiiWs du 'r^oui]f--li ^alu.'n ap|iorl('ri-nt ulUcivIlciuonl
au Minisiro ilc Krniice le ilécrel siiivanl |mi'i] diuis la Oii:elle de
P;-Km-j. <Iu i-r.^ricr 1H77,
((ionMdéi'ulioas jiéiiéralcs sur les inondulious cl k s<'-clicrc9se
qui ont rrapjH^ plusieurs prn\iiiccs. sur le devoir qu'ujil les nian-
ilariiis (IVlre lionntlcs cl de rcudrc le peuple lieureux, selon le
d«;siidelE.n]KT(!ur)...
... Le Peuple et les Chrétiens étant également les fils de l'Em-
pereur, je ne Iw ai jamais traités de dcu\ manières. J'ordonne
aux (iénêrHUï-fn-Clicf, aux Vice-Roi«, aux Gouvcnieura de pro-
^ince, aux Gouverneurs des vîUeii (Moukden et Pckiiig) de don-
ner des instructions h leurs subordonnés pour que, dans les
procès entre les Chrétiens et le peuple, ils se confornicnl à la
justice, — qu'Us se contentent de rechercher de quel côté est le
droit, sans établir do dUlinftion entre le peuple et les Chrétiens,
qu'ils donnent une prompte sninlion à ces procès, qu'ils ne
montrent pas la nioindre pirtialilé et ne mettent point de
relard prtjudidabic aux deux parties. Je donne ces instructions
à Ions. Respectez ceci *.
. M. Bninior de Moiiliuornnil au iliic Decaiei. Féking, l'i jan
. Pour IradiKtioD cniirormc, le premier inUrprtIe, p. i., «ig
IlC ANNÉE 1877
OUVERTURE DE NOUVEAUX PORTS AU COMMERCE, l"'' AVRIL 1877
Les Chinois tenaient d'ailleurs loyalement la prome&se
qu'ils avaient faite dans la Convention de ïclié-foii d'ouvrir
de nouveaux ports :
S. A. I. le Prince Koung à S. E. M. le Ministre de France.
Pé-King. le 12 mars 1877.
Nous avons riionneur d(» porter à la connaissance de V. E.
cpic, le Tsoung-li ^amen avant, dans un rapport colkurtif au
Troue, soumis la date du i*'' avril 1877, |)Our rouverture des
quatre nouveaux ports, 1-tciiang, AVou-Hou, Wen-tchêou,
Pakuoï*, cl pro[K)sé d'attendre que des règlements aient été con-
venus a\ant de fixer l'ouverture des six points intermédiaires sur
le Yang-tseu, Sa Majesté, par un rescrit du ii de ce mois « ap-
prouve ce qui a été discuté. Respectez ceci . »
El c'est ce (pie nous croyons devoir transcrire rosj>ectueuse-
ment pour riiilormation de V. E. et de MM. les représentants
des Puissances étrangères -.
DEUIL DE t'oUNG-TCHÉ
Le deuil de renqiereur Ï'oung-Tché devait prendre fin
dans le courant de mai 1877 ; les impératrices reniirenl iwr
décret les fêtes à plus tard.
La Gazette de Pé-Ktn(j, du 28 mars 1877, contenait le
décret suivant des deux Impératrices :
Pé-Ring, 1/4*^ jour de la a*' lune de la 3*^ année Kouang-Siu.
Trois années se sont écoulées connue un instant depuis que
I. Les trois premiers ports furtiil ouverts le i*^"" avril 1877, mais
Paklioi ne fut ouvert que le 2 avril ; le consul anglais hissa son imvîlloii
le i'»" mai 1877.
a. l^our traduction conforme, le premier interprète, p, 1., signé:
J. Arène.
l. DE x'OUNK-TCnÉ
117
feu rEiiipnrcur T'oiing-Tcliô wt allô sur uii draf^on pronilrn sa
plan* Cl) liiiiit. Ijf>i aiinôcs et les mois sVcnulcnt nvcr la rnpidilû
(les ilnls, la 'A-' lune sera In dalc de IVxpirnlioii du deuil et noire
trislesse rsl profonde eiirore. I.es ri'^lex étnl>lics de noire dyiias-
lir M'idi'iil. <|u'à l'exjiir.-ition d'un deuil tni|icrinl. le.s ct'-réiuoiiies
nu rr-llrilnliiius <'i Sa nouvelle MajesLé se priiliqiienl dons l'ordre
normal. Tnul.-fois. I.' cernieil de S. \[. Toung-Tdic n'a pas
encoiv élé mis eu li-rre pour IVaeriiel repos et, si l'on domiait
cours (DIX rélieilatioii.i d'usage, nos cieurs eu seraient alTe-clés.
I)e plus. S. M. Konauff-Stu étnnl rnenre en bas âge. certaines
céréuionies ne sauraient èlrc priiliquées : il faul dune diîlermi-
ner et peser ce qui convient.
A l'exceplion dci grands lc\ers on n'-ceptions générales qui .se
liendroiit coiuuie ù l'ordinaire, les ri'|>as de lin d'année oITerls
aii\ Trinceset Ducs Mongols dans la salle Tchin Irlion-i lien, le
tliéon>rl aux laïuos lors des exorcisn.es daiis la salle r-./.o.my
tclwiifi livn ' el les re|»a!i ofTerls dans la snlle Tue K'-'inn/j h'-< ' —
à la 1" lune, aux l'rinees el Ducs Mongols et nni Knvojés des
jwvs élraiigers seront remis à plus lord.
Pour les autres eémnonies, les ^ aniens cjue cela concerne au-
ront respective meut à se conformer aux précédents de la 3' année
de l'enToung-Tctié. HesiK-ctcis ceci ! ^.
[.'ein|>li)î dons le déiTel dos e\|)ressiijns Wiii kimo che
Irhri) étail j>ro|irc ;i iV'pandre l;i l'onliision el a il .sondtk'rait
résniler C|u"iiii dfs motifs (jui mil iliclé l.i dérision des Im-
jw' rat rues lk'[îentes u étéirévilor, sotis des prétextes plausi-
bles et courtois, louto nnnvelli; dcuianile d'andionce, à celle
(«•casion. di; la pari des ministres étrangers ».
A pn>|ios justement de ceitaincs expressions employées
dans l'Kdit des deux I m jw' rat ri ces, notre premier interprète
II. /.. M. Jnies Arène, écrivail :
« l/e\ pression h Euvovés de l'avs Ëlrangcrs ». en chinois
I. Palais (tu Juilo Milieu, dans la ville r^rvcc.
•^. Pour Iradiiclion canform?, te premier iiilcrprèlo. p. t.. signe;
l i8 ANNÉE 1877
« Wai-kouo-che-lchen », Ionien ne désignant pas absolument
MM. les Minisires Plcnipolenliaires résidant à Pé-King, doit lou-
lefois faire naître des doutes dans Tesprit des lecteurs de la
Gazette de Pé-King.
« L'expression « Wai-Rouo », « Pays Étrangers», s'applique
ordinairement aux Puissances Occidentales ot l'expression « Che-
Iclien», a Envoyé », dans les documents oHiciels chinois, sert
aussi bien à designer le Représentanl d'une Puissance ayant
un traité avec la Chine que l'Envoyé d'un pays tributaire quel-
conque, Corée, Birmanie, ou Annam. D'un autre côté, si l'on
considère que l'Audience impériale accordée en 1878 à MM. les
Ministres étrangers s'est tenue dans celte même salle Tue
Kouang Ko où sont traités d'habitude, à la première lune, les
Princes et Ducs Mongols et les envoyés des pays tribulaires, la
confusion devienl d'aulanl plus facile el un doute regrettable
subsiste. »
LETTRES DE CRÉANCE
M. de Roquellc quitta Pc-King, le 18 avril 1877 pour
rentrer en Euro[)c ; il fut remplacé par le vicomte de La-
vaur de Saintc-Forlunadc, secrélairc de 3' classe*.
La question si intéressante de la remise des lettres de
créance se posa lors de Parrivée à Pé-King du comte Fe
d'Osliani, ministre d'Italie en Chine et au Japon, qui rési-
dait liabituellcment dans ce dernier pays. Une réunion des
ministres étrangers eut lieu le /j juin, et le comte Vq de-
manda à ses collègues a leur opinion sur la conduite qu'il
devait tenir au sujet de ses lettres de créance? ». M. von
I. Laveur do Saiiito-Fortiinade, Ilenri-Frédriic-Marie, vicomte «le,
né le a3 novembre 18.^9; licencié en droit ; iiculcnanl de mobiles, i87(^)-
1871 ; attaché à Buenos- Ayres, 7 mars 1N73; à Madrid, 1 5 décembre
1875; secrétaire de 3*^ classe à Pc-King, a3 août 1877; à Athènes, 1(1 dé-
cembre 1880 ; secrétaire de a<*cla>se à la même légation, 33 janvier 1881;
otTicier d'Académie, 5 juillet i88'i ; secrétaire de i»"^' classe à Tokyo (non
installé), 8 décembre i885; à Rome (Quiriual), i"" mars 1 880 ; envoyé
extraordinaire et ministre pléni|)otentiuiro à Rio-deJaneiro, 39 décembre
1^975 * négocie et signé l'accord commercial entre la France et le Brésil,
relativement aux droits d'entrée sur le café, juin-juillet 1900.
». * 1 • f"
FAMINK IIQ
Brandt dtVlara qu'il avait encr)re on sa |X)sses>ion les lettres
de créance de son prédécesseur, M. \on Relifues, ainsi que
les siennes propres et qu'il les garderait jusqu'à ce qu'il
puisse les présenter personnellement k rEnipcreur. Les re-
présentants de Russie et d'Kspgne, Butzov et de Espana,
furent du même avis. M. Brenier suggéra d'envoyer des co-
pies des lettres au prince Koung et de réserver les originaux
à TEmpercur; il se heurta à l'opposition de ses collègues,
quoique sa proposition fut fort raisonnable.
FAMINE
L'année 1877 fut marquée par une terrible famine qui
désola le Clian Toung ; dans le vicariat de M*^*^ Cosi, la sé-
cheresse s'ajouta à la misère; du mois de septembre 1876
au mois de juillet 1876, il ne tondra pas une goutte de
pluie; des bandes de voleurs détroussaient les passants, pil-
laient les maisons des gens riches, assassinaient les fonc-
tionnaires. L'hiver de 1876-7 fut le plus rigoureux qu'on
eiH vu en Chine depuis i8()i-:>. Euuis des soullrances du
peuple, les missionnaires anglo américains firent circuler pour
sc^courir les malheureux des listes de souscription en léle
desquels s'inscrivirent les minisires étrangers. Le ïsoimg-li
\amen témoigna sa reconnaissance par la lettre suivante
adressée à tous les ministres souscrij)leurs.
Pé-King, le a5 mai 1877(18 de la /j'' lune).
Nous venons d'apprendre piu- les journaux que les Puissances
Etrangères se sont cotisées |)our subvenir aux besoins des locali-
tés du Ghan-Toung éprouvées par la l'arnine. Nous avons été tou-
chés d'un tel acte de charité accompli en dépit des distances et
nous tenons à vous en exprimer ici noire reconnaissance *.
Une letlre semblable fut écrite plus tard pour les secours
I. Pour tratlnclion roiifonnr, lo i'*>* inl<T[>rMc : (i. Dkvkhîa.
îaO ANNÉE 1877
apportés par les étrangers aux malheureux, du Chan-Si et du
Ho-Nan, provinces également dévastées par la famine :
Pé-King, le 1 5 janvier 1879.
Le Prince Koiing et les Membres du Tsoung-li Yaincn au
Ministre de France .
Nos provinces du Chan-Si et du Ho-Nan ont été désolées par
la famine pendant plusieurs années consécutives, ce qui a été
pour Votre Gouvernement une occasion de manifester ses senti-
ments de charité. Grâce à cela des existences ont été préservées
et des appétits satisfrits. Votre Gouvernement nous a prouvé
dans ces circonstances qu'il n'établit pas de distinction de natio-
nalité quand il s'agit d'aider le prochain. Nos relr*ions de bonne
amitié en profitent en s'afiermissant davantage; Nous, Prince et
Ministres, nous ne saurions vous remercier avec trop d'effusion.
Veuillez agréer, etc. '.
Des milliers de malheureux étaient morts [Mandant cette
famine ; Fincurie du gouvernement chinois fut extrême. Le
22 juin 1876, la Gazette de Pé-kiiuj renfermait un décret
ordonnant que des prières fussent dites, pour obtenir de la
pluie, dans les temples de FEtat par FEmpereur, les princes
Toun et Koung.
Les sommes d'argent recueillies par les étrangers s'élevè-
rent à environ 36 000 taëls sur un total de taëls 2G236/|4
fournis par l'administration indigène : à Tché-fou, MM. Cor-
nabé ramassèrent taëls 222^5,73 et le Ilév. John L. Ne-
vius, taëls 7620,02 ; à Tien-Tsin, le Rév. Jonathan A. Lees
réunit taëls 6 5i5,2o'.
1. Pour traduction conformo, sigiic : G. Devéria.
2. Chinay n*> 2 (1878). — Report on the Famine in the Northern
Provinces of China — Wilh a Map. — Prescnled..., 1878. Lond., in-
fol. [G. — 1957].
Renferme un rapport intéressant de W. F. Maycrs, Peking, octobre 3o>
1877.
— China t n® 6 (1878). — Further Papers respecting the Famine
in China, Presenlcd..., 1878. Lond., in-fol. [C. — 2107].
t:o>\i:>TioN i> i:mi(;hati()\ amc f. i:>1'v<;nk lui
CONVENTION d'kmiouation wkc i/kspvgm:
Depuis la mission* envoyer par les (iliinois a (jiba pour
étudier les conditions dans lescjuelles se prodnisiiil l'éinigra-
lion des coolies, des néfi^ocia lions avaient été engagées entre
l'Espagne et le Céleste Kmpire j)onr rtahlir les bases cruiie
convention wp.I*able. (irace au roiironrs <les ministres étran-
gers, une ctinvention fut enlin signée à Pé-King par cinc|
membi,.^ du Yamen, le n/mislre (fKspagiie, Don Clarlos de
Es|wina', le 17 novembre iSj-y. I/arlii le 10 du Irai lé espa-
gnol de iSG/i était abrogé; il était ainsi ronrii :
Les autorités lm[KTiales pennoMront (|iio les snjcis cliinois (|ui
désirent aller et vo\ager aux |K)sscssions e.spa^noics (rontre-iiicr,
signent des contrats à cet eirel avec les sujets espau^nols vi s*(»iri-
barquent seuls ou avec leurs fainilles, dans n'importe (piel
port ouvert de Chine, cl les autorités locales élabiiront lesrèfî;le-
inents nécessaires dans chaque [H)rl, d'accord avec les représen-
tants de S. M. Catholique pour la protection des travailleurs
susmentionnés.
Ne pourront être admis les déserteurs ni c<hi\ cpii auront été
enlevés contre leur gré: si un tel cas se produisait, rantorité
locale préviendrait le Consul Espagnol pour qu'ils soient ra-
menés.
Convention relative à V émigration chinoise dans l'île de Cuba,
17 novembre 1877.
Sa Majesté le Roi d'Espagne et Sa Majesté l'Empereur de la
Cliine, désirant établir sur de nouvelles bases l'émi^ralion des
sujets chinois à Tile de Culm et* éviter loule conq)liralion (pii
pourrait surgir à l'avenir, ont nonnné pour leurs plénij)uten-
tiaires respectifs, à savoir : S. M. le Roi d'Espagne, Ihm Carlos
I. 1, |). 5o8.
3. M. do Ëspafla mourut le 1"^ oclol)nî |S8<». <l«*s snilos <riiiio chulc
de cheval qu*il Ht à Pé-King dans la Moirée du lil» septembre li^f^o.
122 AKJIIGIS 1877
Antonio de Espana, son ministre pléni[)olcnliairc en Chine.
Annam el Siam, grand-croix de l'ordre royal d*Isabelle-la-Ca-
tliolique, chevalier des onJres de Saint-Jean de Jérusalem et du
Lion Néerlandais, etc..
Et S. M. rEmpereiu' de Chine LL. EE. Shcn, Mao, Tung,
Chéng et Ilshia, membres du Tsoung-li yamen.
Lesquels ont convenu de ce (jui suit :
Article r'. — Les hautes parties contractantes par les pré-
sentes conviennent ([u'îi l'avenir Fémigration par contrat des
sujets chinois dont parle l'article X du traité conclu à Tien-Tsin
le 10 (Ktohre i86/| ' reste et demeure abrogé.
La stipulation du susdit article relative à la remise aux auto-
rités de tous ceux qui seront réclamés comme déserteurs, crimi-
nels et prévenus reste seule en vigueur.
Art. a. — Lesdiflicultés aux(|uelles l'application des disjxisi-
tions du dit traité de Tien-Tsin, relatives à l'émigration, avait
donné Heu. avant été écartées, les deux gouvernements renoncent
de part et d'autre à toute indenmilé pécuniaire.
Art. 3. — 11 est convenu entre les hautes parties contractantes
que l'émigration de leurs sujets res[>ectifs, qu'ils soient ou non
accompagnés de leur famille, sera h l'avenir libre et volontaire.
Elles désapprouxent tout acte de violence ou de ruse qui serait
commis dans les ports de la Chine ou partout ailleurs dans le
but d'expatrier des sujets chinois contre leur gré. Les deux gou-
vernements s'engagent l\ |X)ursui\re avec toute la rigueur des
lois toute contravention à la stipulation précédente et à soumettre
aux peines établies par leurs législations respectives les personnes
et les na>ires qui violeraient cette stipulation.
Le gouvernement de S. M. le Roi d'Espagne s'engage envers
celui de la Chine à traiter les sujets chinois qui se trou>ent à
l'île de Cuba ou qui s'y rendront à l'avenir à l'égal des étrangers
de la même catégorie, sujets de la puissance la plus favorisée.
Art. II. — Le gouvernement de Sa Majesté l'Empereur de la
Chine autorisera le départ à leurs frais d'émigrants des deux
sexes |)our l'île de Cuba, de tous las ports de l'Empire ouverts au
connnerce étranger ; il s'engage .1 n'apporter aucune entrave a la
libre émigration de ses sujets et à défendre aux autorités des dits
ports et surtout aux Taotai des douanes de susciter des difllcultés
soit k rafTrétugc soit à la habilitation des navires destinés au
I. I, p. i'i8.
r.ONVF.MiDN I)'KMir.|\ATIO> WKC [/r^pvr.NF 1^3
lransj)orl des passaf^crs cliinois, soii^ i[uol(ju(* p.'nillon (|u'ils na-
vigiicnl, soil aux opérai ions des arniatcurs. ron>i<^i)a(aii-os el
aij;enls, |KHirYU toutefois qu'ils seconfornicnl aux stipulations de
la présente convention.
Aht. 5. — 11 est bien entendu cjue les Tao-laï des Douanes el
les autres autorités chinoises dans Ji-s |X)iis ouverts auront le
droit de s'informer par elles-niènies si rénii^ralion s'elTectueeon-
forménicnl à Fespril et aux termes de la présenic ronventioii.
Les Taolaï des Douanes pré|)«ueront des passe[)orls imprimés
dont ils nmniront tout émij^ranl cpii atn a décidé de s'endjarcpier.
Ces passeports, dûment visés par le (loiistd (rF]spa<^ne dans le
port du départ, seront remis aux Considscliiiuns par les autorités
comj>clenles de Tilc de Cuba, à l'arrixée des navires amenant les
émi^rants.
Le tao-laï de la Douane du jx)rt de départ du navire condui-
sant des émigranls aura en outre le droit de nonuner des Délé-
gués chinois qui, de concerl avec ceux désignés par le Consul
d'Espagne, se rendront à bord des navires en partance pour
s'enquérir si les passagers s'embar(|uent de leur propre gré.
Les passagers qui, au moment du dépari, ne se trouveraient
pas munis des documents nécessaires, devront être immédiate-
ment débarqués.
Toutefois, si, à l'arrivée du na\ire à destination, il se t roux ait
quelque |>assager n*ayanl aucun document, les autorités es|)«'i-
gnoles (X)urront, d'accord avec les Consuls de la Chine, fidopler
à son égard les mesures qu'elles jugeront coiixeuables.
Afin que la visite des délégués susmentionnés puisse a\oir lieu
el s'effectuer d'une manière ellicace, le capitaine et l'armateur
seront tenus de déclarer d'avance l'heure du départ du naxire.
Si le capitaine d'mi naxire conduisant des émigrants ne se
soumettait [)as à celte condition et s'il déclarait avoir rinlention
de partir avant la visite des délégués, le Consul d'Kspagne. après
qu'une communication oUicielle lui aura été faite, dora lui
refuser ses paj)iers de bord et le na>ire sera détenu et traité sui-
vant les lois de son pavs juscpi'à a* «pie toutes les formaliiés
prescrites |)fU' la présente convention SdienI dùinenl aecomplies.
Aht. i). — Le gou\ernemeiil de .S. M. l'Kniperenr i\r la Chine
nommera un Consul général à la Ihnane: il aura aussi le droit
de nonuner des ai'ents consulaires dans toutes les \illes ou \r
gou\erneni»Mït espagnol admet c«u\ des autres nalions.
H est bien entendu (pie ces nominalions se leroul dans les
134 ANNÉE 1877
conditions arrôlocs d'nn commun accord entre les hautes parties
contractantes.
Le gouvernement espagnol accordera aux Consuls chinois les
mêmes prérogalives que celles dont jouissent les Consids des
autres nations résidant à Cuba.
Les autorités de l'île de Cuba accorderont au Consul général,
ainsi (pi*aux Consuls et Vice-Consuls de la Chine, toutes les faci-
liiés compatibles avec IVxercice de leurs fonctions pour les placer
en rapport avec leurs nationaux et les mettre en mesure de
donner à reux-ci la protection à laquelle ils ont droit.
AiiT. 7. — Les sujets chinois pomront quitter à leur gré l'île
de Cuba, si toutefois ils ne se trouvent pas sous le coup de pour-
suites judiciaires.
Kn outre, en \ue de faciliter la circulation et l'établissement
des sujets chinois à Cuba et alin qu'ils jouissent des droits qui
leur sont acquis par l'article 3 de la présente con\ention. le gou-
vernement es|\agnol, conjointement avec le représentant chinois
à Madrid, ou les autorités de la Havane, de concert avec le
Consul (iénéral de Chine, établiront des règlements qui, sans
s'écarter des lois d'ordre public existantes ou qui seraient décré-
tées à l'avenir, assureront aux Chinois le traitement égal aux
étrangers de la même catégorie, sujets de la puissance la plus
favorisée. Les autorités espagnoles devront en outre délivrer aux
sujets chinois un bulletin de circulation pareil à ceux dont sont
munis les autres étrangers.
Art. 8. — Les sujets chinois auront la facidté de recourir aux
tribunaux espagnols pour défendre ou poursuivre leurs droits et
jouiront l\ cet égard des mêmes droits et privilèges <pie les sujets
de la nation la plus favorisée.
Les sujets chinois auront la faculté de se faire accompagner aux
tribunaux par des avocats et par des interprètes espagnols ou
étrangers qui auront, selon la loi espagnole, qualité suflisante
pour être présents aux audiences des tribunaux et qui pourront
être désignés par les (Consuls chinois résidant à l'île de Cuba.
Les plaintes que les sujets chinois résidant actuellement à l'île
de Cuba auraient à présenter au sujet des mauvais traitements
qu'ils prétendraient avoir reçus antérieurement à la date de
l'échange des ratifications de la présente convention, seront exa-
minées par les tribunaux espagnols el jugées équitablement de la
même manière que cela se pratique pour les sujets de la nation
la plus favorisée.
CONVENTION D^KMKiK.VTION A\ KC L'KSPAr.NK l'jT)
Art. 9. — Les autorités compcUMilos de l'île de Cuba el le
Consul général de la Chine h la Havane élahlironl de eonnnnn
accord cl ie plus lût [X)ssil)le les refiles ([ue les éniiyrés chinois
réjiidant actuel iemcnt à Cuba el ceux qui y arriveront à l'avenir
devront observer |)Our obtenir un cerli(iealcon^latanl leur inscrip-
tion sur un rejçislre tenu par les Consuls chinois. Ces derni(MS
]<*ur délivreront un certificat d*innnalriculation qui sera \isé par
le coinniissairc de|>olice ou toute autre autorité conqK'ten te dans
le district, ville ou plantation de Tarrondissenient où Témigré
établira sa résidence.
Les autorités cubaines communiqueront aux Consuls chinois
des renseignements détaillés concernant \v nombre el le nom des
sujets chinois qui se trouvent dans les dill'érenles localités de Tile
et leur faciliteront les mo>ens de s'assurer per^onnelleinenl de
IVlat des Chinois enf^agés connue Iraxailleurs an\ planlations.
Anr. 10. — Le trans[K)rt des éinigranls ne pourra s'ell'erluer
que par les navires qui se conformeront aux stipulations de la
présente con\ention, ainsi qu'aux conditions d'aménagement,
approvisionnement el salubrité exigées par h's lois de leur pays.
Anr. II. — Le gouvernement de S. M. le Koi d'Kspagne, dé
frîrant donner au gouvernement de S. M. rLnq)erenr de la Chine
une preuve d'amitié el de bon \ouloir. s'engage à ra[)atrier à ses
frais, aussitôt que la présente convention sera ratifiée, les per-
sonnes qui ont l'ait autrefois en Chine leurs études littéraires
ainsi que celles d'un rang olliciel et les indi>iduN appartenant à
des familles de cette catégorie (pii pourraient se trouver actuelle-
niciit a nie de Cuba. (aC rapatri(*ment s'ell'ectuera sur les rensei-
gneiiieiils fournis p<ir les agents consulaires chinois et dûment
vérifiées j>ar les autorités espagnoles.
Seront également rapatriés les \ieillards empêchés par l'âge de
travailler et qui demanderaient à rentrer en Chine, ainsi que les
orphelines chinoises non mariées qui désireraient retourner dans
leur |>ays.
Akt. 12. — Le gouxernement espagnol obligera les patrons
des émigrés chinois dont les contrats sont échus el ()ui, aux
termes de ceux-ci, ont droit au ra[>atriement, à renq)lir les obli-
gations cpi'ils ont contractées en > ers ces émigrés.
Quant à ceux (|ui auraient rempli tous leurs engagciiients
mais qui, n*avant [)as droit au rapalriemenl aux frais de leurs
patrons, sont dénués des moyens d'y subxenir eux-mêmes, les
autorités locales, d'accord avec les Consuls chinois à Cuba, adop-
laf) A>'NKF. 1877
tcront los inesuros ([ii'ils jugeront nocossalrcs jKDur les ra-
patrier.
Les éinigiés, résidant acluellenieiit à l'île de Cuba et dont les
contrats seraient expirés, recevront aussitôt que la présente coii-
\enlion sera mise en >igueur un certificat dans leipiel il sera
constaté (pi'ils ont rempli leurs engagements ; ils entreront |)ar le
l'ait dans la jouissance de tous les avaniages assurés aux autres
(Illinois par le règlement mentionné dans Tarlicle 7 dv la pré-
sente convention et seront libres, soit de rester dans l'île de (iuba,
soit de la (juitler.
,\uT. i3. — Ia*s autorités de l'île de (luba poiuTont, si les
circonstances l'exigent et malgré le règlement dont il a élé fait
mention, s'opposer à la circulation et résidence des sujets clii-
nois dans toutes localités où elles le jugeraient coinenable, si par
des raisons spéciales elles trouvaient que raccunudation d'indi-
vidus dans les susdites localités pouvait être nuisible à l'ordre
public. Dans ce cas, les autorités locales observeront envers les
sujets cliinois les mêmes règles qu'envers les autres étrangers i*l
feront part au Consul de Cbiiie de la décision qu'elles auraient
prises.
Art. i/|. — Les jom'ualiers, qui ont encore des obligations à
renq)lir aux termes de leur contrat, devront en tous cas remplir
ces obligations, mais jouiront quant aux certificats, etc., des
a>antages (pii sont accordés à leurs compatriotes nouvellement
débanpiés ou qui auront terminé leur engagement.
De nu* me, tous les sujets cbinois. (pii pourraient se trouver
détenus dans les dépôts du gouvernement dans l'île de Cuba,
seront mis (mi liberté aussitôt que la présente convention sera en
>igueur ; ils seront munis des documents que le règlement aura
établis et traités à l'égal des autres Cbinois.
Seront exceptés de la clause qui précède tous ceux qui se trou-
veraient dans les prisons du gouvernement sous le coup d'une
condanmation ou d'une accusation.
Art. iT). — Le gouvernement de S. M. le Roid'Espagne et le
gouvernement de Sa Majesté TKnqxîreur de laCliine conviennent
que si Tua d'eux jugeait [)ar la suite convenable d'apporter des
modifications à quelques-unes des clauses de la présente conven-
tion ou de les annuler, des négociations ne pourront être ouvertes
à cet elFet qu'au moins un an après la notification par Tune des
hautes parties contractantes de son désir d'y procéder.
Il est aussi entendu que, si à l'avenir le gouvernement cbinois
CONVENTION D ÉMIGKATIOX AVEC L ESPAliNK 1^7
accordait ù toulc autre puissance d<'s a\nnla^M>s non-ineiitioiiiiés
dans la présenlc convonlion au sujet de réinip^raliou de sujeU
chinois, ces avantages seront de fait acquis au ^'ou\erneinent
espagnol.
Art. i6. — La présente Convention sera ratiliée et les ralili-
calions seront échangées à Pé-King dans le délai de huit mois ou
plus tôt, si faire se pourra.
Fait à Pé-King en douhle ex[)édilion en langues espagnole,
française et chinoise, dont les copies collationnécs et trouvées
conformes, les Plénipotentiaires respectifs ont signé et apjiosé le
sceau de leurs armes le dix-sept novembre mil huit cent soixante
cl dix-sept.
Sceau et Signatures.
Les articles 3, 5, 7, Sot ii do la Convention semblaient
justifier la joie que témoignèrent les Chinois a[)ri;s la signa-
ture ; l'article 6 était agréable à TEspagne. <« Il est vrai
ainsi, écrit un diplomate an sujet do la Convention, que les
hMes habituels de ceux qui négocient à Pé-king étaient chan-
gés, en ce sens que l'Espagne n'a point d'intérêts en Chine
et que la Chine en a de très importants à (Jnba. »
Le prince Koung s'empressa de remercier les diplomates
étrangers de leur concours :
IV-Kiiig, le 17 novembre 1877'.
Grâce au concours qu'ont bien voulu nous |>riHer les R(»pré--
scntants étrangers à Pé-Ring dans l'alfaire de Cuba, nous >eii<)ns
d'arnMer définitivement les termes d'une Convention (|ui a été
signéi; aujoui*d*hui {mr M. d'Kspana et nous pour faire foi.
Nous remercions les Ministres étrangers de s'ètn^ intéressés à
cette question et nousa\ons riiomieur de \ons faire tenir ci joint
une copie de la susdite convention.
J*esj)ère que V. E. voudra bi(Mi inibnner le (louvernement
français afin qu'il invite son (Consul général à la Havane à prêter
assistance dans le sens de cette (iOnvention au (k)nsul général
que nous enverrons résider à Cuba. Nous espérons (pie vou<i le
I. Lettre du prince Koung au uiinislro de l'Vance.
laS ANNÉE 1877
ferez pour resserrer encore davantage les Jiens d*amilié qui nous
unissent.
Veuillez agréer, etc. *.
Les ratîQcalions furent écliangées Tannée suivante et le
prince Koung en fit part au corps diplomatique auquel fu-
rent remis des exemplaires imprimés du texte chinois de la
Convention.
Le Prince Roung au Ministre de France. 12 décembre 1878.
Grâce il Tassistance (jue nous ont prêtée les Légations étran-
gères à l'occasion de Témigralion chinoise à la Havane, nous
avions arrêté, signé et scellé, M. de Espana et nous, les termes
d'une convention dont nous vous avons comnmniqué le texte en
date du 17 novembre 1877. Nous avons ensuite soumis cette
Convention à nos Gouvernements respectifs ; elle a été revêtue
du sanctionnement de l'Empereur.
Le C décembre 1878, notre Yamen a reçu ampliation de cette
sanction en vertu de laquelle le texte chinois a été revêtu du sceau
impérial.
De son côté, M. de Espana avait obtenu ratification, signature
et sceau de son souverain sur les textes espagnol et français de
ladite Convention.
Nous avons donc pu procéder à l'échange de ces ratifications,
et, dans le procès->erbal rédigé à cette occasion en chinois et en
langue étrangère, il a été bien entendu que cette convention de
1877 serait perpétuellement respectée.
Nous avons l'honneur de transmettre ci-joint à V. Exe. un
exemplaire imprimé de cette Convention (texte chinois) contenant
le procès-verbal de la ratification par les deux Gouvernements.
J'espère que V. Exe. voudra bien prier le Gouvernement fran-
çais d'inviter son Consul à Cuba à prendre en considération les
dits règlements, lorsqu'il se présentera une affaire intéressant l'émi-
gration chinoise et à aider à leur exécution ; ce sera nous donner
une marque d'amitié. Tel est ce que nous espérons vivement.
Veuillez agréer, etc. *.
1. Pour traduction conforme, signé : G. Devbria.
'j. Pour traduction conforme, signé : G. Devékia.
rr*Tr=- -■ ,,
M. BREMKH A M. WADDIXÎTON l^Ç)
M. DE ESI»A>A
M. de Espana élnit 1111 homme crime activité déhordanlc ;
|)erson nage agité, fébrile, broniiloii même, s'alta(|iianljila fois
à Ions les problèmes sans se pi'é(M'on|jer des inconvénients de
ce rôle de touchc-à-loul ; jamais on ne vit diplomate pins
mobile, courant les mers avec phis de facilité, nn jour à
l*é-King, quelque temps après à Une, surgissant de manière
imprévue à llong-kong et à Cliang-llaï, il aurait facilement
bix»uillé les caries entre la France et TEspagne, sans la
sagesse de nos agents : la question de Témigration réglée,
c'est TAnnam qui le préoccupe ainsi qu'en témoigne la let-
tre très intéressante suixante ; nous \errons d'ailleurs M. de
Ës|Kiria se montrer Tun des diplomates les plus acharnés à
contrecarrer en Indo-Cdiine les projets de cette Franc<» (pii eut
le tort de i-endre, à Pé-King, trop de services àdes ingrats, aussi
bien étrangers que (chinois : témoin M. d'EuIenbourg [xuir
la signature du traité allemand, M. de Esimna pour la (pie^-
lion de l'émigration, le marquis TsV'Ug pour le règlement
de Tattaire de kouldja, pour ne citer (pie ceux là. « ('diacun
|M)urs4)i et Dieu pour tous >», doit être la devise des dipl<)-
niates dans ce pays lointain de Chine où les intérêts se ja-
lousent les uns les autres, au la c<>urs<* aux concT>sions est
effrénée, où le succès de Tun est considéré connue la défaite
de l'autre, où l'appui donné à un allié, qui le lendemain se
révélera un adversaire, n'est qu'une arme l'ournicr à un concur-
rent, parfois à un ennemi.
H. DREMKR A M. WADOINGTON, MINlSTHE DES AKF\UIES
ÉTIUNGKIIES
Pé-Kiiig. le a déreiiibre 187S.
Monsieur lk Ministre.
Monsieur de Espana était à Honi^kong depuis (pn^IqiH' temps
GoRDiER. It — y
r3o ANNÉE 1877
et s(» dis|)Osnil li sVnibarqucr pour lliu' sur \\i\o canouniiMV ospa-
gnolo El Mnrqnpsdel Oi/rru, lorsqu'il a reçu un Irlr^raunne do sou
îi^ouvoruouiout, riuvitant. tous soins cessant, à se rendre à IV-
King. |)our ratifier sa convenlion de Tannée dernière.
Monsieur de Espaùa est arrivé ici avant-hier et en repartira
probablement le 5 de ce mois, afin de])roriler du dernier vajieur
qui doit venir à Tien-Tsin, avant la icrmeluro conq)lèle de la
rivière. Je ne pense pas (ju'il éprouve le moindre retard, car le
j^ouvernemenl chinois est depuis longtem])s désireux de ratifier
une convention qu'il regarde comme lui étant favorable.
J'ai vu déjà deux fois Monsieur de Kspana et hier encore il est
venu m'ap|)orler un volumineux dossier, relatif à TalTairc du
Znmlmnga. Votre Excellence sait déjà (pie le capitaine de ce
navire espagnol, avant été accusé de faire de la coiil rebande à
llaî-phong, s'est vu interdit l'entrét» de tous les ports du Tong-
King et de l'Annam. Si j'en crois les pièces qui ont pass4» sous
mes veux, il serait actuellement didicile aux autorités annamites
et françaises de prouver le fait de contrebande reproché au capi-
taine du Znmbixtga, les témoins seraient morts, rapatriés ou dis-
persés, et je crois que les agents français occupant la douane de
ilaï-phong euss(»nt peut-être mieux fait de régler celle allai re.
movennant l'amende de cinq cents piastres qu'ollVait de paver la
maison consignalaire du Zamhongn.
Quoi ([u'il en soit, mon collègue m'avant exprimé le désir de
se rendre à llué, eu (ptitlant Pé-King afin de demander des expli-
cati(tns au roi d'Annam, au sujet du traitement inlligé à son
navire, et in'a\ant, h cette occasion, demandé mon avis sur les
faits qui s'étaient passés au Tong-King, je ne lui ai pas caché
(|ue, selon moi, le fait de contrebande semblait prouvé par le
refus du capitaine, refus constaté, de subir la contre-\isite or-
donnée luir la douane. Que, d'un autre C(Mé, la maison consi-
gnataire en oUrant de payer une amende de cin(| cents piastres.
<jui est la plus forte somme im|>osée en pareille (KTurence, me
semblait démontrer également (pi'elle avouait le fait reproché à
son capitaine. J'ai ajouté que les alTaires de (ioehinchine et du
Tong-King ne me regardaient que très indirectement ; mais que,
puisqu'il me faisait riioiineur de demander mon avis, j'avouais
franchement que je préférerais, à sa place, aller à Hué, avec une
entrée en matières difFércntc de celle d'un cas de contrebande
plus ou moins prouvé,
Monsieur de Espana est andalous de naissance et de caractère.
M. IIHKMKU \ M. \VAhl>IN(;TO\ I .'^
Il aimo \v hniil : il sait d'ailloiirs (|ii(*, (Icxaiit I(*n c'Iiainhn's (>s|)a-
^»iu»l('S. relit» croisade (Mil re|)ris<» eu favtMir (1*1111 iia\in' de roin-
nicrco et du pavillon dv sa nation, fora hicn dans Ir pavsa^^c
|xuir nio servir d'une expression triviale, el je erois, en ronsé
qiienro, qu'il [M*rsislcra dans son intention d'aller faire dn tapa^^e
il Hué; d autant plus qu'il est appelé à se rendre, en Mars ou
Avril, il Madrid. j>oiireon l'ère r a\ee 'IVirt^n Lan-pin, le Ministre
de Chine au\ Klals-Unis el en Ks|)a^ne, el (pii doit se trouver
vers celle éjwxpie dans ce dernier pa>s.
De Hué, Monsieur de Ks[>iina a l'intention de se rendre à
Manille, où il a, dil-il, ii s'enlendre avec le gouverneur des Phi-
lippines, au sujet des îles So-lo, etc. Puis il re\iendra en (ihine
pour s'occuper des C(M>lies el c'esl 'IVIié-lou, (pii doit être, dil-il.
le ceiiire des o|M*ralions de réini<;ralion des coolies. Il sail le
\ico-roi do Canton mal disposé et les hahitanis du Sud plus dil-
licilosii jLjouxerner que ceux du Noril. Il faut d'ailleurs n'con-
nuilre que les habitants du Chan-Touni; s|)<Vialeinent éini,i;reiit
volontiers, et l'ont de meilleurs travailleurs (pie les Cantonais.
l/(>ssoi fait |)ar la Hussie à Vladivostock en (»st la preuve et on
assure que celle année seulement, par suite de la famini*. plus
de acx}rK>o hahitanis du Chan-Tounf>:ont émii^réen Mandchourie.
MonsitMir de Espana ajoute ipi'il ne |KM'm(»tlra à aucune maison
espaii;no]e de faire de rémi^ralion el (pie le seul et uni(pi<» a*;eiil
sera celui de la Coin|>agnie (pii s*(*st fornii'e à la Havane, pour
réiiii<;ratioii des coolies (M (pii, sous |hmi. établira une li^ne de
va|»ours faisant le service dinvl entre la Chine et Cuba. Ce»»
vapeurs seront ('^i^alement charirés de porter les lettres des Chi-
nois éini^runls et de leurs fainill(*s et de rapatrier immédiatement
ceux que leur santé ou tout autre motif séri<Mi\ empêcheraient
de séjourner davantai;e dans la reine des Vnlilles. Il faut es|)érer
que ces projets el (M*s proiness(»s seront lidMemeiit tenus.
Veuille/, etc.
Siirné : N •*' Rrk.mkk ih: MnNiMnKwi).
P. S. — J'oubliais de dire à Notre Kxcellence (pie M. d'Ks-
|>ariadit s\^tre assuré le(*oncours du liouverneur anulais de llon»:-
Kon*^. Toutefois, ji» crois savoir (pie ce dernier lui a senleiiKMil
déclaré (pie si. Lord Salishm'v apr('s avoir eu cnimaissaiice i\v la
(À)nvenlioii Kspano Chinoise, lui faisait savoir (piil l'appron
vuit, il se conformerait aux oiuhvs ([ue son •gouvernement lui
ferait |>ar\euir. Je suis d'autant plus porté à croire à r(>\a(litude
l3a ANNÉE 1877
de ce renseignement que M. d'Espaila l'avoue iui-môine el qu'il
fait en même temps grand bruit d'une leçon qu'il aurait donnée
au Gouverneur en question, qui, dans un dîner auquel assistait
M. d'Espaiia en uniforme, aurait porté la sanlé des trois grands
Empereurs de l'Asie : l'Empereur de Russie. l'Impératrice des
Indes et l'Empereur de la Chine — sans y ajouter celle de S. M.
le roi d'Espagne. M. d'Espana se serait levé immédiatement et
aurait porté la santé de son souverain et de la Reine d'Angle-
terre.
Signé : Bremer.
CHAPITRE Vil
LE MARQUIS TSENG. — DISGRACE DE LIEOU. — LI FOUNG-
PAO.- VICARIAT APOSTOLIQUE DU KAN-SOU.- AUGUSTINS
ESPAGNOLS. — DÉPART DE M. BRENIER DE MONTMORAND.
- M. PATENOTRE. —LÉGATION D'ITALIE. — ARMEMENTS
DE LI HOUNG-TCHANG. ~ M. BOURÉE.
LE MARQriS TS^^.NG
De nombreux clianfremenls eurent lieu dans le corps di-
ploinatique chinois en 1878. Le '21 février 1878, un décret
accrédita le ministre de Chine en Angleterre égalemeni au-
près du gouvernement français. Il fut reçu le (i mai 1878
|)ar le Président de la République. Mais Kouo ne devait pas
occuper longtemps ses nouvelles fonctions: il assista avec toute
sa Légation à Tinauguralion pluvieuse de l'Exposition
universelle, le i**"" mai 1878. Kouo, esprit éclairé, était d'une
«rrande courtoisie, d'un commerce sur, et il est certainement
Fun des hauts fonctionnaires chinois rpie j'ai connus a>ec
lequel j'ai eu les plus agréables relations. I)esser\i par
sou collègue, le second ministre, Lieou, il fut rappelé quoi-
que originaire du pays de Ts'éng, le Ilou-Nan. Rentré dans
son pays, Kouo subit sa disgrâce avec beaucoup de dignité,
prit sa retraite en 1879' ^* mourut en 1887.
Au mois d'août 1878, le (ils aîné du célèbre Ts'éng
Kouo-fan', Ts'éng Ki-lseu ^ remplaça Kinio. Le nouveau
I. II arriva à Chang-llaï, par Winad)!', \v 3O niarî» 187»).
3. I, p. 3o5 et Vi<>.
3. Son p<>ro était mort le \'i mars 187'^; sa mcTc mourut lo a3 srp-
ï3/l DE FÉVRIER 1 878 A JUIN 1 880
ministre, né dans le district de Siang-U'ian*?, préfecliirp {\o
Tchang-Cha [ lloii-Nan|, avait quarante et un ans, savait
passablement l'anglais, él^iil intelligent, aimable et hospita-
lier, et sans aucun doute il eut fait une excellente carrière
en Europe, si, malheureusement, il n'avait pas écouté les
avis de conseillers étrangers, funestes ix)ur lui aussi bien
que pour son pays. C'est grâce h ces conseils, plus encore
qu'a Tobstinalion de'IVéng', que la question du Tong-King
a conduit à une guerre, facilement évitable, avec la France.
Le Prince Koung au Ministre de France.
Pé-Ring, le 36 août 1878.
Le 20 de ce mois, j*ai reçu respectueusement le décret imptTial
suivant :
« Ts'ênc. Ki-tseu, Marquis (de i"classe)dc Y-Yong, directtMir
surnuméraire dequatrièmc et cinquième classe, décoré de la plume
de paon de 3** classe, est envové eu Angleterre et en France eonmie
Ministre de Chine. Kouo Soung-tao revient à Pé-King reprendre
ses fonctions. Respectez ceci. »
C'est avec respect que je prends copie du présent décret pour
l'information de V. E.
Veuillez, etc., etc. '^.
Ts'éng était accompagné dans son ambassade d'un nom-
breux personnel ; il quittai Chang-Haï le 22 novembre 1878.
LÉGATION DE Ts'ÊNG, I9 >OVEMHRE 1878
Secrétaires :
Tchen Ynnn-ki, secrétaire d'ambassade de a® classe ; secrcHaire
honoraire de ministère, tao-taï honoraire.
tcmbre 187I, dans la capitale du Hou-Nan, au moment où, ajant ter-
miné la période du deuil paternel, il allait se mettre en route pour
PéKing.
I . Nous le dcsCgncrons par le litre de Marquis, réquivalent du second
degré do la noblesse chinoise qui avait été accordé à son père [X>ur ses
actions d'éclat.
a. Pour traduction conforme, signé : Devêria.
_V*T--V"T»7''^'e: .-f
Léon Han-tsing, secrtHairr cianiha^HSiKlr de y clause, ins|x*cteiir
honoraire clos canaux, aspirant lao-taj, préirl snp|)Irant.
Interprètes :
Tso Ping-long, înlerprèle de 3* classe pour la lanf^ue anglaise,
globuiéde 5*" classe, élève-assistant à la Cour des Censeurs.
Tcheng Tche-ing, interprèle de 3'" classe pour la langue an-
glaise, sous-préfet suppléant de la province du Kiang-Sou.
Lien-hing, interprète de 3^ classe pour la langue française,
secrétaire surnuméraire du Grand Conseil.
Attachés à TAmbassade :
Yang Wen-houei, attaché surnuméraire au (irand Conseil.
Ts'ao Kin-yong, aspirant sous-préfet.
Li Koiiei-tcWao. aspirant de sous-préfecture.
Sieou Jen-k'u*, aspirant sous-préfet. •
Tseng Aïen-teoii, médecin, sous-préfet honoraire.
Li Pin-lin, sous-préfet honoraire et surmunéraire.
Wang Kouo-tclie, attaché à la direction des prisons.
Attachés militaires :
Ting Houo-jong, chef de bataillon hors cadre.
\\ ang Xan-lîm, capitaine hors cadre.
Wang Chi-tchen, sous-lieutenant de marine.
Ma Teng-tien (sujet anglais), instructeur d'artillerie.
Divers :
Yang-lcheou, élève-dessinateur, sous-préfet honoraire de 3"
classe.
Siê Sien-jt*n^ élève-ingénieur, sous-préfet honoraire.
Wang Che-cheon, élève-ingénieur *.
DISGRACE DE LIEOU SI-IIOINO
Iji collègue de Kouo Soung-lao, Li<'ou, fonctionnaire de
3* classe, secrétaire surnuméraire de 5" raii«r, envové en An-
glclerre comme ministre adjoint, avait été, par dérTcl du 3o
avril 1877, désigné [)Our remplir les fimctions de ministre rie
I . Liste rrmniic par le i>riiicc koung.
(r
n
136 DK FÉVniER 1878 A Jl'IN 1 8S0
Chine on Alloniagno \ iM. von Brandi, alors 0( cu[)é à Po-Kin
de la révision du Irailé allemand, mit quo celle noniinaliun
était faite pour contrecarrer ses projets à Berlin; il n'en élait
rien ; on voulait tout simplement débarrasser Kono de ce
personnage obtus, jaloux et acariàlre. L'année suivante, on
le rappela en môme temps que Kouo et on lui doima Li
Foung-pao comme successeur.
u F0lNr,-P\0
Le Prince Koung au Ministre de France.
Pc-King. le ^7 août 1878.
Le aT) courant, j'ai reçu avec respect le décret impérial sui-
vant :
« Li Fou.Nc.-PAO est décoré du globule de seconde classe et chargé
d'alTaires de la Légation de (ihinc en Allemagne.
Licou Si-houng revient prendre ses fonctions h Pé-Ring.
Uespectez ceci. »
C'est avec respect que je prends copie du présent décret pour
en donner connaissance à Votre Excellence.
Agréez, etc., etc. '.
Li Foung-pao était du Kiang-Sou et une créature de Li
Houng-lchang. il avait été directeur de Tarsenal de Kao-
tchang Miao'* et il était venu en Europe en 1877 comme
Fun des directeurs de la première mission envoyée par l'ar-
senal de Fou-tchéou, poste qu'il occupait lorsqu'il fut ap[x*lé
à Berlin. C'était le type du Chinois gras, et la propreté fut
toujours le moindre de ses soucis ; il éUit commun, peu
lettré dans le sens chinois du mot, mais il était avide de
s'instruire et connaissait les sciences européennes beaucoup
mieux que la plupart de ses compatriotes ; en outre, il
1. Lieou remit ses lettres de créance à Berlin le 36 novembre 1^77.
9. Pour traduction conforme, sign^ : G. Devéria.
3. L p. a'iS-ç). — Il mourut le (> août 1887, dans une pelilc île, près
Chang-Ilai, où il s'était retiré.
Mr.AHiVT APOSIOLK^IF. lU KVN-Snl. 'A } .IMN iS-S 1^7
étiiit lorl inlolligrni, sans v\vc (Irjxmrvn criin bon «rn» sens
praliqne ; il fui nomnio tihilairo do ranihassaclo rio.lierlin,
on mai 1879, oX les f<randos aiïairos inchistriollr^s ([iril
traita dans celle capilale ne fnrenl pas élrangries à sa dis-
grâce en i8S5. Il commanda en Allemajjfnc des cuirassés, et
ses «*n\ieu\ prélendirent qu'il n'éUul pas sorti les mains nettes
de ses marches. Attaché à la persoime de Li à son relour en
Chine, son prolectcur, menacé lui-même à ré|>oque, ne put
le défendre plus longtemps contre les censeurs, et le décret
suivant |)anit dans la Ga:cll(* fie Pé hinff du '.12 novembre
1880.
Li Foung-pao, fond ion iia ire décoré du Innilon de deuxiriiie
rang et dignitaire du troisième degré honoraire dans nne des
rriurs .secondaires de Pé-King, j)orté snr le tabloan des futurs
Tao-lai de la douane maritime, étant d'un caractère vil et cor-
rompu, quoique habile à se |)OUsser par l'intrigur. Nous a été
dénoncé à ]>lusieurs re[)rises. Nous ordonnons (piil soit privé de
Ifuites SCS dignités et le déclarons impropre ii exercer aucunes
fonctions ultérieures. — Ucspect à ceci !
Les nouveaux agents chinois allaient avoir à traiter la ((ues
lion délicate de la revision des traités avec la (ibine, et au
mois d'octobre 1878, ils reçurent une circulaire du Tsoung-
ii Yamen ayant pour objet de préciser le j)oiut de vue auipiel
la Chine entendait se placer pour discuter avec les puissan-
ces intéressées.
VlCililAT APOSTOUQIK Ul K\N-SOr, 1> 1 .MIN 1878.
Par bref du ru juin 187S, Léon \111 <*réa au Kan-Sou
un nouveau vicariat a[)ostolique cpii fut coudé au\ mission-
naires Ixilges de la Congrégation de Scheut\eld-lez Ihuvel-
les, et un prêtre hollandais de celte société, M. Ferdinand
Ilamer, qui résidait en Mongolie de|)uis i8()r), en fut
chargé, avec le titre d'évéque de Tréiuithe in puriilms in/i
l38 DE FÉVUIKU 1878 A JUIN 1880
delinm. Lo moment élait mal choisi pour olahlir une
mission au Kan-Son, avant que cette proNincc^ reprise par
Tso, ne fut complètement pacifiée. Mais ce qui fu! plus sin-
gulier encore, c'est que la Propa«^an(le négligea de préve-
nir de cette création d'un nouveau vicariat apostolique, la
France dont le représenlant à Pé-King devait munir de pas
seports Pévéque et ses compagnons.
Pé-King, le i5 oclobre 1878.
' MoNsiEiR LE Ministre,
La mission belgcde Mongolie m*a député ces jours-ci. Monsieur
Ferdinand-Hubert llainer. \icaire ajK)sloliquc, chargé, m'ii-t-il
dit, parle Saint-Siège de rAdininistration spirituelle de la pro-
vince du Kan-Sou. Il venait solliciter de moi six passeports pour
lui et les cinq missionnaires désignés |>our aller évangéliser cetlt^
province (|ui est loin, cependant, d'être encore pacifiée et où les
insurgés existent en grand nombre. Je me suis donc vu dans la
nécessité de différer ma réponse juscju'à ce que j'aie consulté le
Tsoiing-li Yamen à ce sujet.
En effet, l'article 8 de notre traité de 18^8 s'exprime ainsi :
« fjcs agents français en Chine ne délivreront de passeports à
« leurs nationaux que pour les lieux où les rebelles ne seront
« pas établis, dans le moment où le passeport sera demandé. »
Or, l<î \ice-roi Tso. le vaincpieur du Turkestan et qui est gou-
verneur-général de toutes ces provinces, m'a fait prier à plusieurs
reprises de ne ]>as délivrer de passeports pour la province du
(^Jien-Si où cependant les rebelles sont bien plus nombreux qm?
dans la province du Kati-Sou.
A cette occasion, peut-être, me sera-l-il jK*rinis de demander
respectueusement à Votre Excellence, si elle ne jugeait pas op-
portun, de prier le Saint-Siège de ne pas établir de nouvelles
missions en Chine, avant de s'être entendu préalablement av(»c
le gouvernement français. Kome n'est pas toujours tenue exacte-
ment au courant de ce qui se passe dans certaines parties de la
Chine et les missionnaires, désirant évangéliser le plus [)ossihle,
lui cachent parfois les dangers (pi'il peut ) avoir pour leur sécu-
rité, à aller s'établir dans telle ou telle province. Mais comme
c*est nous, en définitive, qui supporterons la res[K)nsabililé de cet
i^'.i 1 • t,
vi:fi!siiMi.NS i:si'\ci\oi.s i3f)
c\rr> (II* /Me. il m'a srniblc» (|iril (*sl dr mon devoir (l'a<lre.ss«*r
ivs obspr\alioiis à Vofro K\n'llt'n(T.
\oiiiilez agréer. Monsieur le Minisire, etc., etc.
Signé : V^" Biie.meii dk MoNTMoiiwn.
Mi*' llamer arriva an Kan-S(»ii on février 1879 ; il ne pa-
raît pas a\oir reçu bon arcneil si j'en jnj^e par une lettre
qu'il adressa an Cliarj^é crairairesde Franre, de Lan-tcliéou,
le 2'J jnin 1879. Le malheureux prélat a été une des victi-
mes des événements de i9"0o'.
Al GUSTIMENS ESPACiNOLS
Le même fait se pnxluisil Tannée suixante (1879) lors((ue
M. l\Ttenotreétiiit Chargé d'Airaires. Deux pères augustiniens
espajfnols, Elias Siiarez et Augustin Villanueva, lurent en
Aovésde Manille pour lon<ler une nouxelle mission dans la
partie M^plentrionalc du llou-nan, et ils demandèrent par
rinteriiiédiaire du P. Vaudagna, procureur des Franciscains
iUiliens à Ilan-Kcou, des passejK»rts à M. Hlancheton, noirci
consul. M. Blanchcton fit ressortir le danger qu'il y avait
[M)ur eux à aller dans celte province, rel'usi les passeports et
en référa h Pé-Ring. Voyant les dillicullés de la situation au
mois d'août 1879, les Augustiniens décidèrent d'aller s'établir
dans la partie du Ilou-.Nan^, administrée par M""" Semprini,
vicaire a{)Ostolique franciscain. Ils pensaient que, dans ces
conditions, la Légation ne refuserait plus de leur donner des
jKisseporls « en s'abstenant toutefois d'y mentionner le lieu
de leur future destination [K)ur ne pas éveiller la suspicion
I. Né à Niraèpur, le ru aoùl 18 |o.
1. Le vicariat a|K>stoliquo ilii Ilon-Naii avait été dntouhlé lo ii) sep-
tembre 1879; lo Sud était rcsl<^ aux Fhtcs mineurs cl le Nord ("ut cnnlié
aux Augiislins.
l/40 DE FÊVniEU 1878 A Jl IN 1880
des autorités chinoises ». M. Pateiioire ne se prêta pas à ret
arrangement ; le Tsoung-li ^ amen ne devait pas apposer sa
signature sur une pièce dont il ne pouvait soupçonner IVm
ploi.
Les augustiniens espagnols, découragés par MM . Blanclielon
et Patenoire, approuvés par le Département, s'adressèrent
pour les passeports à la Légation d'Espagne ; le Chargé d'Af-
faires, M. Ossa, les leur délivra, mais les nouveaux mission-
naires furent mal accueillis au Ilou Nan et obligés de s'en
aller. Sans être découragés, ils fcappèn^nt à la porte du con
sid d'Angleterre à Han Kéou, M. Chaloner Alabaster, qui les
renvoya à notre agent, M. Fernand Scherzer. Celui-ci ayant
reçu un ap|:)el fort peu convenable du pro-vicaire, le P.
Cuadilla, mort depuis à Ta-Kou, écrivit à F^é-King et notre
ministre, M. Bouréc (12 juillet 1880), approuva et explicpia
la conduite de M. Patenôtrc, et approuvé par le Département,
il décida qu'on ne s'occuperait plus des augustiniens.
Le P. Suarez, rappelé à Manille, était mort; la province
de Hou-Nan était phis calme; après la paix entre la France
et la Chine, le P. F. S. de la Torre se rendit à Pé-Ring, et
déclinant la protection que lui offrait le ministre d'Espagne,
M. de Alba Salcedo, il écrivit le i.'i juillet i885, à notre mi
nistre, M. Patenôtre, pour obtenir des passeports pom* lui,
provicaire apostoliipie, et cinq conq)agnons. Les circons-
tances étant changées, le ministre de France accéda à leur
demande.
DÉPART DE M. BREMER DE MONTMORAND
Cependant M. 15 renier songeait à prendre une retraite bien
gagnée et M. Patenôtre devait venir à Pé-King comme Chargé
d'Affaires, ayant visité l'Inde avant de rejoindre son poste.
M. Brenier de Montmorand se décida à partir, et, désireux de
ne pas retarder son retour en France, le i*** avril 1879, il
M. P\TKNOTHK 1^1
reniil le service à M. le vironile de Pelite\ille *, dcuxiènie
sciTelairo d'ambassade.
I^ déjMrlde M. Brenier el Kabsence de Sir T. Wade, fai-
Stiiciit de Don Juan Federiro Ebnore, ministre dn IVrou,
le doyen du corps diplomatique à Pé King.
M. PATENÔTHE
M. Palenotre' s'était embarqué le 24 décembre 1878 et ar-
rivait à Calcutta le 29 janvier suivant, puis il lit escale à
Rangoun, Maulmein et Malacca, touclia à Sin*:apour le '1
mars, d'où il se rendit h Siam, puis à llon^''-knni5 : il était h
Clian^-llaï le G avril, où il rencontra M. Brenier (pii sVm-
barqua le 12 sur IMm/f/yr. M. PAtenùlre quitta Cban«r Haï
I. Peliteville, Charles-Guillaume Gaultier, vicomh* do, iic \o 'S mai
iS'i"; altacluî à Saint-P<Herslioiirp. 10 niai 18G7; à VioniiP. i.| octobre
1868; M*cr^>tairc (le 3*^ classe à ('onslantiiiople, u juin iS~\\ à Londres,
3i décembre 187') : secrétaire de -t' classe à Pé-King, 3 mai 1878 ; secré-
taire de a* classe à Constantinople, '.ut uvril i88u; à Londres. iG mars
i88'Ji ; secrétaire de i»"« classe, i^**" octobre 188*^1 ; consul général à Bev-
routli, 3 février 1886.
3. Patenùtre, Jules, ne le »o avril 18 '|5; licencié vu lettres; ancien
élève de l'École normale su|)i''rieure ; professeur de 1 l.'niversité. i8(i7-
187 1 ; attaché à .Vlliènes, ;«5 juin i87'< : à Téhéran, -«5 octobre 187^;
attaché |>ayé h la direction politique, i'*'* septembre 187.') ; rédacteur
adjoint, faisant fonctions de deuxième secrétaire. Ii Buenos .\)'re<, 1 5 sep-
tembre 187H; rédacteur à la direction politif|ue, î»5 décembre 1877;
•ecn'rtaire de première clas*ie à Pé-King, 7 décembre 1878: chargé d'af-
faires en Chine, 3oa\ril i87<j; envoyé extraordinaire et ministre pléni-
|»r>lentiaire à Stockholm, lO octobre 1880: envoyé extraordinain^ et
ministre pléiii|M>tentiaire à Pé-King, r:i s<>pteiiibre i883: chargé d'une
mission s|iécialc en Annam et au Tong-king, a\ril 188 '1 ; en flis)K>iiibitité,
lu juin i88(); chargé «h* travaux particulier^, i*^*" no\embn; i88(); pré-
sident de la déléiration françaist* à la commission internationale des t^vré-
néi'S et délégué du Ciouvernemcnt français à la (louunission franco-
espagnole des chemins de fer des Pyrénées. ?o rlécembre 1887; en\o\é
Cl traord inaire et ministre plénipotentiaire à Tanger, i**^ décend)re 1888;
à Washington. l'^aoùl i8()i ; ambassadeur à ^^ asbingtori. m.*) mars i8i)3 ;
à Madrid, 1 '1 octobre 181J7.
l/|2 DE FÉVRIER 1878 A JUIN 1880
le i3 avTil pour Tion-Tsin el, \o :>.(), il arriva à IV-Kiiifr (»n
M. clo IVlilovillo lui remit losorvice.
M. Palonôtrc avait à renicltro la Icllro onirirlle desliiiro h
notifiorà i'Emporour de Chine réiovation de M. Jules (irévy
à la Présidence de la Flépublique.
Après un retard involontaire, dii h un deuil privé, le
prince Koung reçut notre chargé d'affaires, qui décrit ainsi
une audience (7 mai) dans sa lettre à M. VVaddington, mi
nistre des Affaires Étrangères, 8 mai i^'Q.
« L'F^nvoyé européen. Ministre ou Chargé d'affaires, est re(;u
dans une sorte de kioscjue, d'aspect plus ([uc modeste; h peint»
en a-t-il franchi le seuil, ([ue le Prince Koung le fait asseoir à sa
gauche, devant une table chargée de sucreries, autour de la(|uelle
prennent place les membres du Tsoung-li A amen. La scène a
plutôt le caractère d'un lunch (jue d'une réception oITicielle. Dans
ces conditions, la remise de la lettre Présidentielle devait éln»
forcément déjx)uillée de toute espèce de solennité. Le Prince s'est
néanuioins levé pour prendre le sachet qui la renfermait ; il en a
immédiatement tiré la lettre, dont il a rompu le cachet et (pi'il
a fait mine de parcourir — curiosité quelque {)eu enfantine,
puisque Son Altesse ne sait pas un mot de français. Une traduc-
tion apportée jKir M. Devéria circulait en même temps parmi les
membres du Tsoung-li ^amen, (|ui en prenaient connaissance, —
sans (|uilter jkhu* cela leurs bùtonnels d'ivoire. Le Prince Koung,
après s'être décidé à replacer dans son envelo[)|)e la lettre adressée
à son Sou>erain, s'est tourné Acrs moi, en médisant qu'il aurait
l'honneur de la transmettre h son auguste destinataire.
Le prince koung mit peu d'empressement a rendre* la \i
site de notre Chargé d'AlTaires ; au sujet de la lettre annon-
(;ant la nomination de M. Grévy à la présidence de la Hé-
publiquc. il envoya la conmiunication suivante :
Pé-King, le (5 juillet 1871).
Le 7 mai dernier, V. Kxc. est venue au Tsoung-li \amen nous
remettre une lettre du Président de la République Française.
L'ayant fait parvenir à la Cour, nous eu avons reçu la réponse ;
■■n ••■^•■"
M. PATKNoihr: iii3
tic»sirant vous la faire tenir, je eoinple me rendre à la Légation
de France avec les membres dn ^amen, le 8. à 'j lienre>.
JVs|M're cjue \ . Exe. pourra nous recevoir, el ]<• la prie
d'agréer, etc. * .
M. Paleiiolre écrivail le g juillet 1879 : « J'ai romercié
Son Allessi', en lui faisant savoir, toutefois, que la Chine
avant un Ministre i\ Paris, il était conforme aux traditions
diplomatiques que la ré|K)nse en question fût remise par le
Mar(juis ïsVng ».
La situation élait d'ailleurs assez délicate pour Al. Pale-
nolre, car les cliar«rés d'alTaires ne pouvaient prétendre à une
audience iin[x*riale, non |)arce qu'ils étaient en Ciliine, mais
parce que c'est la re/irle cou un une de tous les pnys. Il n'y
avait pas, d'autre pnrl, de [m'cédent à Pé King.
et Je n'ai pu retrouver, dit-il, dans les Arcliives de la Léjjjalion
trace de ce qui avait été l'ail piir M. de Rocliechouart, lors de la
nomination de M. ïliiers. Lors(pie M. le Marérlial de Mac-Malion
fut appelé ù la Présidence d«» la Hépuhlicpie, M. de Geofrov —
qui. en sa qualité <le Ministre Plénipotentiaire, avait le droit de
reincllre directement au Souverain la lettre anto«:;raplie dn Clhef
de rËtat — prévoyant des dillicullés de la part du (iouverne-
ment Chinois, ju*;ea préférable d'éluder la question et se contenta
de notifier par «Vrit au Tsomii^^li ^amen la décision de TAssem-
blée Nationale. Le Prince ivouni; répondit naturellement dans
la nic^me forme. Aucun des Keprésenlanls accrédités à Pé-King
ii*a eu depuis à faire de notification semblable. »
L<.» Ministère approuva la ct)nduite de notre Chargé d" Af-
lîiii*es el la ré|)onse du (louvernemenl chinois tut nMuise par
le Marquis Ts'éng au Président de la République, suixant
l'usage, en audience prircc, le 1 5 octobre 1^^791 Ts'éng
s'était embarqué exprès de Londres pauv remettre la lettre.
I. Traduction conrorinr. sï^mk* : (î. l)i VKiti
l/|4 DE FKVBIER 1878 A JUIN 1880
LÉGATION I)' ITALIE
En 1879, riUilio qui n'avail alors qu'un soul roprosonUnt
pour la Cliinc et le Japon, accrédita à Pc King un agoni
s|3écial avec le lilre de minislro résidonl, AI. de Luca, (pii
arriva à Chang-Haï, peu de temps avant le départ de Al. Bre
nier. Il descendit h Pé-King à la Légation dWllemagne et
s\»nquit d'un terrain pour s'y établir. 11 s'adressa dans ce
but aux Lazaristes, ricbes propriétaires fonciers, qui avaient
déjà cédé des terrains à M. Hart, pour l'botel des Douanes el
à la Belgique, pour l'installation de sa légation.
M. de Luca se beurta à un refus poli, le Pape n'avail-il
pas déclaré h Rome à M^*'' Delaplace : ISullo modo debes ar/cre
cum pseudo-rcyis flaliae minislro.
Par suite de la Convention de Tcbé-fou d'épineuses né-
gociations étaient engagées par le corps diplomatique* tout
entier au sujet des réformes à apjxirter dans les taxes pré-
levées à l'intérieur de l'empire (novend)re 1879)*.
ARMEMENTS DE Ll HOU?i(J-TCHANG
En décembre 1879, Li Houng-tcbang avait engagé les
services de M. von Hanneken** connue aide de camp, el lui
1. Il ôlait alors com{M)sé (Je T. F. WaiJe (Grande -Bretagne), M. von
Brandt (Allemagne), (t. F. Seward (filais-Unis), J. H. FerguM)n (l*a>s-
Bas), J. F. Elmore (Pérou), Fenl. de I^iica (llali<>), llofîer de llollonlels
(Autriche- Hongrie) et des chargés d^alTaires A. Koyander (Russie, repré-
sentant le Danemark), Ramon Gulierrez v Ossa (Espagne). J. Palenôlre
(France), Hub. Serruvs (Belgique).
a. China ^ n" 3 (i88r«). — Corrospondence respfctinif the Af^rec-
ment belween the Ministers Plenipotentiavy of the Cos'ernmentsS of
Great iiritain and China, signed at Chefoo, septemlier i3, i87r».
[In continuation of China, n" u (1880).] Presented..., i88'«. Lond.. in-
fol. (C. — SSi/)].
3. Un de nos olHciers écrivait au sujcl de M. v. llannekcn, âgé alors
•f^TTTTP? -- ^
V-
AUMi:\ii:>Ts in: i.i moi N(;-t(.ii vx; l 'ii»
(Ifiiiaiula do lui soiiniollro un plan do rcVir^rimisaiion
«le rarmro rhinoise sur la hase du s\st(*iuo du soniiv
cïhli^aloiro. A la fin do la nirinc annén, Li iii \(Miir <rAn»rlc*-
lerre quatre canonnièros qui se montrrronl inférieures à ce
qu'on en attendait, quoiqu'elles fussent d'un modèle non
veau ; d'autres commandes, d'au moins trente millions de
francs, doAaîenl être faites à la maison Armslronp: en iSSo.
Kn no\eml)i*e 1879, le cr)mmandant Kournier, venu avec le
Lynx \}onv prendre la station criiiver à Tien-Tsin, lit ^isite
nu vice-roî avec lequel il établit des relations assez conliales
|Knir que Li lui offrit le commandement en chef de la nia-
riiie chinoise. Fournier déclina cette otl're flatteuse pour lui,
aussi bien que |K)ur un de ses ollicriers, mais il pro|K)sa les
services de M. Paul Mignard, lieutenant de vaisseau démis
sionnaire, crumne inspecteur «général de la marine militaire
IHiiir les ports de la Chine septentrionale, cpii furent af^réés
(mars 1880).
Un autre lieutenant de vaisseau français, conmiandant
d'un [)aquolH)t des Messageries depuis quin/c ans, M. (iaii-
vaîn, fui engagé l'année suivante (1S81) pour trois ans jwiur
sVni ployer à créer dans le golfe du IV Tché-li une école
navale professionnelle où s'instruiraient les olliciers et les
malclols destinés à counuanderou à armer les hatiments de
la flotte chinoise du ^ord^
cl*i*nviron a'i ans (i-^ d^'^ccuibro '«^^TO) : « iH *^^^\ ''!?* <t'>iii lioiilciiunl-
g^'uéral rl(! l'aniK'^o allcmaiiclo, ollicior (li>liii^ii<'', vi raulcnr il'iiii ouvrage
inililsim mit le si('go di* Met/. f|iii n S(>r\i tU*. ha^ic an |)lai(l«i>(>r «le \\^
Lacliaud, «laii» le |>roc<>R llu/aiiir. Il csl sorti Ao rKcole iniiilairc coinnio
«iflicicr J*artîllcrin el a fait un nUi^o dans rinraiili'ric o{ ilans la ra\alori«*;
c'est à Btïrlin qu'il a élé pn^rafrô pur l'auibussaili' chinoise, sans dmilc à
la (icmandr* du gouxcrncnionl alItMnaihl. d
I. M. <iauvaiii donna >a démission on avril iiSiS't; on lui drnnia uni-
întlumnîlé d'une annéo do Irailomcnl, ({ui étail «lo Tufls jixi par iniis,
el TaeU kmk» |M»ur ses frai»» de vovafro. — Xurth-China llrruld,
April 3a, 1S82.
CuRDIEH. Il — 10
l/|4 DE FÉVRIER 1878 A JLÏX 1880
LÉGAT10>' d'iTALIE
En 1879, rilalio qui n'avait alors qu'un seul rcprc'sontanl
pour la Chine et le Japon, accrédita à IV Kin^»- un a^^ent
spécial avec le tilre de ministre résidenl, M. de Luca, (pii
arriva à Cliang-Haï, peu de temps avant le départ de M. lire
nier. 11 descendit à Pé-King à la Légation d'Allemagne et
s'enquit d'un terrain pour s'y établir. Il s'adressa dans ce
but aux Lazaristes, riches propriétaires fonciers, (pii avaient
d(!Jà cédé des terrains à M. Ilart, pour Tbotel des Douanes et
à la Belgique, pour Tinstallalion de sa légation.
M. de Luca se beurta à un refus poli, le Pape n'avait-il
pas déclaré à Rome h M**"" Delaplace : ISulla modo dehes nijcrc
cum pseudo-refjis flaliae ministro.
Par suite de la Convention de Tcbé-fou d'épineuses né-
gociations étaient engagées par le corps di|)lomatique' tout
entier au sujet des réformes à apporter dans les taxes pré-
levées à Tintérieur de Tempire (novembre I879)^
ARMEMENTS DE U HOUNG-TCHANG
Kn décembre 1879, Li Houng-tcbang avait engagé les
services de M. von llanneken*^ connue aide de camp, et lui
I. Il 6tail alors coin{)osë rjc T. F. Wa«lc (GRinde-Brelagnc), M. von
Brandt (Allemagne), G. F. SewanI (États-Unis), J. H. Fer^iison (l^a}**-
Bas), J. F. Elmore (IVroii), Fcnl. de Luca (Italie), llofîer de llollenfi'ls
(Autriche- Hongrie) et des chargés d'affaires A. Koyander (Russie, repré-
sentant le Danemark). Ramnn Gnlierrez v Ossa (Espagne). J. Palenolre
(Franco), Hub. Serruvs (Belgicpie).
a. CVi/wff, n" 3 (188*»). — Corrpspondence respectif! g the Agace-
ment betiveen the Ministers Plenipotentiary of the Co\'erninents of
Great Britain and China, signed at Chefoo, sopteniher i3, 1870.
[In continuation of China, n" 'à (1880).] Presented. . . , i88m. Lond., in-
fol. (C. — 3395].
3. Un de nos otBciers écrivait au sujet de M. v. llannckcn, âgé alors
AUMrMKNTS HK 1,1 Il(»r\(;-T('ll V NT. I '\î}
tlfiiKiiKlii do lui soiiinoUro un plan do rénrganisatioii
lit* rarinoc rliinoiso sur la base du .svslrino du servh'o
(ililiffatoiro. \ la fin do la mémo anuoo, Li fil \onir dWnglo-
lorrc quatre canonnières qui se nionlivrenl inforiouros à ce
qu'on en attendait, quoiqu'elles fussent d'un modèle nou-
\cau : d'autres commandes, d'au moins trente millions de
francs, devaîenl èlre faites à la maison Arinstronf; en iS8o.
En novembre 1879, le commandant Fournier, venu avec le
A-v/Li; pour prendre la slatinn d'bivor à Tien Tsin, fit visile
au \ice-rr»i avec lequel il élablit des relations assez cordiab'S
[»nur que Li lui olfrit le commandement on cbef de la ma-
rine cbinr»iso. Fournier déclina cette ollro flatteuse pour lui,
aussi bien que pour un de ses (»fliciers, mais il pro|x)sa les
services de M. Paul Mignard, lieutenant de vaisseau démis
sionnnire, conwnc ins|)ectour «rénéral do la marine militaire
|>i>iir les ports de la Chine sej)lentri(malo, (]ui furent agréés
(mars 1880).
L'n autre lieutenant de vaisseau français, conmiandant
d'un i>aquel)Ol des Messageries depuis quin/e ans, \T. (iau-
vain, fut engagé Tannée suivante (iSSi) pour trois ans pom*
sVniplojer à créer dans le golfe du Pe T<*lié li une éccilc
navale professionnelle ou s'instruiraient les olliciors et les
matelots destinés h commander ou à armer les bàlimonts lU*
la flotte? chinoise du Nord'.
d*on'*iron ti'i ans (im drccinhrc iS7()) : a |ll cslj fils d'un lioutciianl-
gcnOral de l*ariu(« atleiiiaiult*. ntTicIcr dislin^MÔ. vi l'niili-iir d'un ou\r.ig«'
mîlîlaîrc sur le siègo de Met/, (|ni a :ii'r\i do hase iiu |ilald<i><T di- \\*'
fiacliaud, dans le [)roc4*s l^i/.aiii(f. Il est sorti do l'I^'ole niilltain' riirunic
ullicier d'artillerie et a fait un sta^'(3 dans l'infanltTio ol dans la cavalorio:
cV"! à Berlin qu'il a ôlé t*tif:a^à par raiul)ass<ido cliinoiso. "«ans doute à
la tieniande du (j^ouvcrnenicnl ailoniand. »
I. M. (îau\ain donna sa diMuission vw avril iiSSit ; on lui donna uni;
iiulcinnité d'une année de Irai Ionien t. (|ui otuil cic TaoU Tioi) par mois.
el Tacl« unx} |M»ur ses fraU do voyago. — Xnrih-Cftifut I/cntUi.
April aa, 1882.
CuHDlER. li — 10
CHAPITRE Mil
TRAITÉ ALLEMAND. - TRAITÉS AMÉRICAINS
Dès TrU' (le 1872, le traité négocié î\ Tion-Tsin, le 2 sop
toTiibro 18G1 par le comie d'Enlenhoiirg avait été déiioneé ;
ce n'était qn'iine simple mesure de conservation. Mais en
1876, alors cpie la Chine n'avait pas encore réglé raffaire
Margary, les circonstances paruivnt favorables au gouverne
ment impérial pour commencer les négociations, et après
s'être assuré le concours de la plupart des grandes puis
sances, rAllemagne réclama également les bons ollices de la
1^'rance par la noie suivante du prince de Hohenlolie, son
aud>assadeur à Paris :
AMIUSSAHE IMPKUIAl.E D'ALLEMAGNE EN FKANCE
NOTE VERBALE
Depuis nombre d'années, les diverses puissances européennes
(pii ont conclu des traités de comnierco avec la Cliine, onl pris
en considération la révision <le ces traités. Des l'été 1872, le
(îouverneuient Allemand a informé le (îouvcrneiueiit Chinois
de son intention de se prévaloir du droit de révision prévu par
Tarliele 71 du traité du 2 septembre 18G1.
L'ouverture des négociations ayant été retardée pour diiïéren-
les causes, le ministre dWlleniagne à Pé-king n'a revu (pie tout
récennncnt les instructions niVessaires à cet effet. Le Couverne-
menl Allemand se place au point de vue (pi'il s'agit, d'une part
v\iuv»vi)r, iMi'iiUMi: u' m.i.km v»;m r\ m\NM: \ 'i\)
(i'iiis|)irer au (îouvcrmMutMil (lliinois la ronviction (in'oii lU'
lui (leiiiande pas dt» nouxraux sacriliccs, cl d'aulne pari. (1<* In»
(Iciiionlror que, malgré la diverf^iMicc (IrcTrlaliisiiiIrrôls, les piils-
sîuiccs euro[)éenncs sont unies eu ce cpii coucerue la (pieslion
principale.
I^ Gouvcrncnienl Allemand fera ahsiracliou de luule récla-
mation non basée sur un fait? ainsi cpie de celles (|ui u'niit
aucune chance d'èlre accueillies par le (îouxeriienienl (ihinnis.
On évitera éj^aleuient de l'aire des [)r()|)Osi lions de nature à pro-
v(K|ucr des demandes de réciprocité ipii |M)urraient être •lènanles
soit pour rAllema^nu', soit pour une des autres puissances con-
tractanles. Nous nous ahslieiidrons, ]ku* exemple, de Ibruuiier des
demandes [>our rabaissement du tarif, ou pour un droit absolu
d'établissement des élraui^ers à l'intérieur ou pour re.\[)loitation
dos mines par des étrangers.
Kn bornant nos réclamations strictement au domaine com-
mercial, en évitant d'intnKluire dès à préseid des (pieslions
avant une |X>rtéc politique et sur les(pielle.s l'identité d'inléréls
n'est jKis encore établie parmi les puissances, nous cro\ons con-
tribuer |)our notre part à une ré\ision plus |)ronq)ie.
Malgré ce projjjranune restreint nous espérons arriver à un ré-
sultat utile |X)ur toutes les puissances contractantes, si nous
réussissons h procurer au conunerce étranger (piebpies ports
nouveaux et (pieh|ues \oies iiavi«;ables vers l'intérieur, à assiner
l'emploi des droits de tonnafj;e pour des travaux utiles à la navi-
gation, mais surtout si nous pou\ons arriver à faire mettre lin à
l'arbitraire qui ré«;it actuellement la percepliou des droits dits
Likin, et qni sont considérés par les conunerçauts connue l'obs-
lacle princijial contre le développiMuenl tlu commerce extéri«'ur
de la Chine.
Nfuis essaierons é,!4:alemenl d'obtenir (pielqnes une> des con
cessions faites à 1' Anp»leterre en iSImj. 11 est \rai qnr celle con-
vention additionnelle', (|ui ne fui pas ratifiée. sli|)nlail pour la
Cihiiie des axantaires considérables par rapport à la j)erce[)lion
des droits Likin.
Ouehiue mofle>le cpie puissr être \v résultat «le nos néi:oii.ilion<.
il constituerait un jiroirrès réel, parce «pie la \«>i»' >e trouxrrail
ainsi ou>erte |H»ur la ré\isioii des Traités des autres piils>anres.
I. (]oiiveiiliuii Alcuck. — \nir I, p. Mti)
I.)0 THVITK \LLEM\ND — TIIMTICS VMKKICAINS
Nous croyons servir les inlérôls solidaires de toutes les puis-
sances contractantes, en traitant isolément aNcc la (Ihine. Les
autres puissances, pourront, en procédant suhséqueniment et
cliacune séparément à la révision des traités respeclifs, obtenir
|)etit à petit des avantages que leCîouvernement (Chinois ne sera
guère disposé à accorder en première instance. Mais nous a>ons
rcs[X)ir que toutes Iva puissances intéressées à ce résultat ulté-
rieur voudront donner expression au sentiment de solidarité, en
faisant appuyer a Pé-king le négociateur allemand par leurs re-
présentanls respectifs.
Après avoir, dans une phase précédente de la question, acquis
la conviction que les Gouvernements de la (îrande Bretagne, de
rAutriclie-Ilongric, de la Russie et <les Ktats-Unis partagent la
manière de >oir qui vient d'être exposée, le Gouvernement Alle-
mand s'adresse aujourd'hui à toutes les puissances contractantes,
en les priant de l'informer si elles sont dis]X)sées h faire donner
leur appui et leurs bons conseils au Ministre d'Allemagne à
Pé-king dans les négociations qu'il va entamer en vue de la révi-
sion du traité actuellement existant entre rAlieinagne et la
Chine.
Le Gouvernement Impérial ne doute pas que Pattitude du
Gouvernement Français correspondra aux bons rapports des
deux Gouvernements.
Paris, le 23 mars 187G.
Rien dans le projet nllemnnd n^étail contraire aux idées
générales de notre politique en Chine, il est d'ailleurs de
Pintérèl des puissances étrangères de se montrer unies autant
que j>ossiblc dans PExtrrme Orient, en consécpuMire d<'s
instructions furent données à notre Chargé d'Allaircs à
Pé King, M. de Rochechouarl, do prêter ses bons oIVrcs
au ministre d'Allemagne, M. v. Brandt. L*aide de la France
était d'ailleurs presque indispensable. L'article ^|0 de notre
traité de Ticn-Tsin de 1808 * a une importance ca|)ilale ; il
n'est inséré dans aucun aulre traité, et il empêchait toute
négociation sans le concours de notre paNs.
I. I, p. 30
i.i: MiMMUi. in> AiiAiiiis II i; vN«;i.i{i.> i ,) i
I.K MIMSTUE 1>KS VIKAIUKS ÉTUA.\(;Î:HES A M. I)K «oCHl-CHor \UT
Versailles, le 7 avril 187O.
MONSIELU,
M. rAinbassadeur (rVIleinai^me ii/a aiinoiuv riiitention où se
trouverait le (jouveriicnieiil impérial (l*eiilanier avec la (lliiiie
lies négociai ions dont l'objet serait d'arriver à faire nimlilier dans
un sens profitable à toutes les Puissances Européennes les sti-
pulations du hailé de i8()i. Se fondant sur le caractère d'intérêt
général (pie présenteraient les déinarclies dont M. de Brandtdoit
être char<^é auprès du 'J'sounf,'-li Yanien, le Cabinet de lk*rlin
désirerait <pie son représent(uit fut appuvé par les dillérenls
chefs de Mission .accrédités à Pé kiiii;. L(; Prince de lloluMilolie
m'a remis à cet ellet une note Ncrbale «pie vous trouverez ci-an-
nexéc en copie et où vous verrez (pie leCîouverneiuent Allenuuid
croit pouvoir compter sur le concours cpie 1' Vn;;Ielerre, l'.Vutri-
clic-IIonj;rie, la Kussie et 1(îs Etats-Lnis seraient disposés à lui
fournir eu celte occasion. Je n'ai pour ma [>art aucune objection
à faire aux idées f^énérales exprimées dans ce document et je ne
puis (jue vous engager à prêtera M. de Brandt vos bons ollices
pour l'aider à réaliser le programme tracé ])ar son (iouverne-
nient.
La clause du Traité de Tien-Tsin (jui nous rés(îrvc le Iraite-
iiient de la nation la plus favorisée nous assure elfecliNeuKMit
notre [wrt dans le bénéfice des conclussions nouvelles (pii vien-
draient à être accordées par le (iouvernement Chinois et la mo-
dération même des demandes ipie le Ministre d'AIIemairne a
mission d(> lui soumettre doit écarter j)Our ni»u^ U)i\\o (-niint«*
de comj)lications embarrassantes, .le m:' [)rop()s(> t<)ul«'fois, après
a\oir mùremeiil examiné li' pr()j(4 (jui nous a été commuiiiipié
dans s*)n ensemble, de \ous adresser nous le timbre de la Direc-
tion des Consulats et ailaires comuKM'ciales des indicalioiiN |»liis
précises î>ur 1rs p lints |):irliculiers au ^ujel descpiels nous pour-
rions avoir d:»s observatioiii de détail à présenter.
llecevez...
L)\-uitre pari, M. v. I^randl rrrui, au ('nniuicnrenicnl
d'iivril 1870, l'ordre de se Mietln* en ra]>pnrl avec le (lliar«ré
(l'An'airos de Tranœ en vue de la révision ilu traité.
l ;')•;» TRVITK ALLEMAND — TH VITES WIKUICAI.NS
La note fin prince de llohenlolie recul la répctnso sni
vante :
NOTE VERBALE, 12 avril 187G
Le (îoiivernciiienl français reconnaît l'avantage <|ne peuvent
présenter les négociations cpic le Gouvernement Allemand pro-
pose d'ouvrir a Pé-king, à l'elTet de provocpier la révision du
traité conclu en 1861 entre le Représentant du Zollverein et le
Céleste Empire et d'obtenir des concessions dont toutes les jniis-
sances seraient appelées a profiter. Les vues exposées dans la note
verbale de Son Altesse le Prince de ilolienlolie sont en com-
plète harmonie avec cet^sprit de solidarité dont la France s'est
inspirée toutes les l'ois ([u'elle a eu l'occasion de s'associer à des
tentatives ayant pour objet d'étendre en Chine et au Japon la
situation faite aux Ltrangcrs. Le Gouvernement français est,
par suite, tout disposé, en ce qui le concerne, à concourir à une
œuvre de progrès pacifique dont la poursuite est le principal
objet de sa politique générale en Chine. Le Chargé d'Affaires de
France appuiera donc les démarches présentes de M. de !5rantlt
et recommandera de concert avec se^ collègues, au ïsoung-li
Yamen, l'adoption du programme tracé par le Gouvernement
lm|)érial. Des instructions conçues dans cet esprit ont été en-
voyées par le courrier du 7 Avril à M. le Comte de l\oche-
chouart.
Si les arrangements projetés doivent avoir pour effet d'accroî -
Ire les privilèges dont jouissent les étrangers de toute nationalilé
en Chine et d'ajouter, en leur faveur, des garanties nou> elles à
celles que le Traité de Tien -Tsin a déjà stipulées, le Goiiverne-
ment français s'estimera heureux d'avoir aidé, pour sa part, à
atteindre un résultat conforme aux intérêts collectifs de toutes les
Puissances maritimes.
Paris, le 13 avril 1876.
M. de Brandt adressa, en mai 187G, au Ciouverneiiient.
chinois, un nieinorandnni dans lecpiel il exposait ses deside
rata, jmîu nombreux d'ailleurs et peu inq)ortants :
« Les réformes (pi'il réclame, écrit un diplomate, poi't(Mit sur
les droits de transit, sur la juridiction des cours mixtes, sur les
délais accordés au ciibolage [)our le payement des droits de ton-
MIMoliWDI M ir),S
iit'ige, sur roi'i^^aiiisalion dos drawhacks cl des dorks. sur lomor-
lurc d'un plus ^raiid nombre de jmhIs, soil sur la rôle, soil sur
Ui Yang-tseu, que, nolauuiient il voudrait voir ouvert jusqu'à
l-trliaiig, ville située sur la frontière du Ilou-Pé et au-desNUs
de lacjuelle coiumcnccnl ])res([ue imniédiatenient les rapides
iiifranehissubles. »
Kntro tenq»s, sir T. A\ ade signai! la con vent ion de Trlir-
fon (l'y sepL iNyO) (|ni entraînait des pourparlers difliriles
a^ec les dilTérenles |niissanr(»s, en particulier sur co cpii était
œlulif an llh'n, douanes inléri<'ures. V co sujet, le ])rinre
Koniig adressa la lettre suivante à tons les ministres élran-
gei*s :
l'j dérend)re 187G.
Dans un prémient entreliiui avec le Tsf)unijf-Ii ^aulen soit au
sujet de la non-perce|)tion du fJLin sur les marchandises dcr
provenance étrau'îere vendues par des néijjociants étrangers dans
les limites des Concessions étran';ères de Cliang-llaï. soil au
sujet des certificats de réexporlation (Drawbacks) >alables pour
une p<Ti(Mle de trente-six mois et de la date où ces mesures
seraient mises en pratique, S. E. M. le nûiustre d'Allemagne
nous avait déclaré s'être concerté avec N otre Kxcellent'e.
AuT. 1*^^'. — Dans les limites des (concessions Ktranj^ères de
Clianf|;-IIaï, on ne perce>ra plus la taxe du likin. (Juaut aux
ports autres que Clian^-llaï anciennement ou récenun(?nt ouverts
au Commerce et où des concessions |>our tous les étrangers n'ont
point encore été établies, on attendra qu'après une entente préa-
lable, des limites aient été déterminées |K)ur fixer ré|)ocpie à la-
quelle la perception du likin sur les marcliandiscs étran^èrcrs ces-
sera d'avoir lieu dans les dites limites.
Dans les limites établies des concessions élraiip:ères de Cliau;:-
llt'iï, et à dater du i'"' jour de la T" lune delà troisième année
Kouan^ Siu, la taxe du likin ne sera plus perçue sur les mar-
chandises de |)roxenance étran-^ère parraitemenl aut lient iipie.
soil que le né|^ociant étranj^er les vende à un étraiii^er. soil cpi'il
les vende à un né<^ociant indifrène.
AuT. :i. — Période penilant la<pjelle les cerlilicals de réexpor-
tation seront valables. — A dater du premier jour de la i" lune
l')\ TU VITE \LLEMAM) THAITKS AMKUICAINS
(le la Imisic'MHî ann('o Koiian*; Siu, tout négociant l'Iraniror (|ni
vondrail ré-cxiu'dior dos Miarcliandis4.^s de provonaru-o ('Irangrn'
parraitcincnl unllienllquc, pourra, à la condition (|uc l'cndjidlagc
priniiliC suhsislc, ([ue la marchandise |)riniilivc soit la nirnic cl
(|uVlle n*ail subi ni modification, ni snhslitntion. ponrra, disons-
nons, pendant une période de trente-six mois, s'étcndant du jour
d'enlrée dans 1(» j)orl de la marcliandise jiis(pi'au jour de sa ré-
exportation, adresser des demandes de certilicals de ré-e\[)orla -
tinn (drawhacks) ou encore en réclamer le montant à sa
convenance.
Toutelois, les certificats de ré-e\portation délivrés antérieure-
ment au r*^ 'y)\iv tl(? la première lune de la .Vannée de kouan*;-
Siu sans limite de date, ne |M)urront être emj)lovés (pie connue
verscnuMils pour droits de douane ; le montant n\m sera pas
remboursé.
Les deux artich^s ci-d(»ssus ont été connnuni(ju(;s à MM. les
Ministnvs étrangers, aux Intendants du Commerce du Nord et
du Sud (Li 1louu,i<-tclian{^ et (ihen Pao-tclieuij). pour (pie ce>.
hautes autorités les lassent mettre en vigueur et j'ai riioimeur
de les |)orter à la connaissance de V. Excellence'.
M. le viconito hrenier de Moiitinoraïul répondit au
Tsonng-li-Yauieii.
P(>-King, iSdtVembrc i87().
J'ai eu Thonneur de rec(^>oir la I)é|K>che de V. A. I.et de V . V.
K. I*^ en dat(; du I3 courant, nrannonçant (jue, en consé([U(Mi(('
d'une entente sur\c-nue entre le Ministre d'Allemagne et vous, vous
a\ez envoyé des instructions aux autorités com|>étenles |)ortant
cpTà partir du i3 févri(»r |)rochain, la percepti(.>n de l'impôt du
Hkln sur les importations élrangen^s à Cliang-Ilaï sera discou-
tinu(V et «pi'à j)artir delà même date les drawbacks seront rache-
tables comptant et pourront être obtenus pendant trois ans après
l'importation des marchandises, etc., etc.
En réponse, j*ai Tbonneur d'informer V. A. I. et V. \. E. K.
que je regarde les arrangenuMils faits comme entièrement satis-
faisants en ce (jui concerne les drawbacks. Pour ce (|ui est de
l'abandon de la ])erception du droit de likin sur les marchand i-
I. Pour traduction conforme, le i*"" inlorprctc/;. i. (signé) : Aiti-xt.
I II IM \ I I M I .).)
si'N rlraiigm's à (iliann-llaï, jr ne [mis (|ii(> dr^Iarcr «jnc je le
roiisiilèn» rniiiiiio mu» iiicMirc n>nl\)rint.* aux t'Iaiiscs drs Trailrs
i*\istanls. Xraiiiiioins, rrlativcniciil aux drnils île [jLin ni «^riir-
ral, il est de mon dovoir dVxprimcr rcs|K)ir quo \ous j)ournv
hioiitùl almiulomior colle taxe parloiil et donner ainsi pN'ine
vijîucur à çvs clauses.
Si^né : V*' BHKNn:ii dk Montmoiiand.
Lv. malin dn i''"" décemhn; J«Sy(), M. de l)raiult, niinislre
dWlioma^ne, écrixail an Tstunif^ li ^ameii (|ue :
« Si dans les ([uaranle liuil heures, le (iou\erneinent (Ihinois
V n'avait pas :
« I", alTranclii les inarcliaiidis<>s allemandes importées en
V Chine de la taxe dn Li-hin dans le ra\«»n des concessions
a étrangères de (Ihaiif^-llaï;
a a**, le\é l'inlerdiclion de lexporlalion des sa|)è(pie*> dans
V l'inléi'ieur du pa>s, décrélée [)ar le Tao-taï de Tien-Tsin, à la
« demande des hancpies chinoises:
a 3", cnlin, accordéaux né;^ociants allemands le droit dVchan-
« gor contre de Targent comptant ou contre le ])ai(Mnent de iiou-
« xeaux droits de douane, les drawhacks ou certilicals de ré-
cf exportation, — après trente mois de la date de leur déli-
« vrancc * ,
« Il chargerait le chef des l'orces maritimes allemandes en
« Chine du soin de faire respecter le traité allemand; el. dans
« ce hut, une lois les (piarante-hnit heure> expirées, il s«* reii-
« (Irait de sa personne à Oliang Haï. 11 priait, en consétpience
« le Tsoung-li Yainen de lui préparer des pa>s<'-|)<)rts aiin qu'il
a pût st» rendre par terre de Tien-Tsin à (Ihani; llaï.^i. cninmr
0 c'était ju'ohahle. il trouvait la ri\ière l\'rmée par les |.'lac«*s à
« son arrivée dans la première de ces villes. »
I Le Goiivorneiii<*nt cliiiiois avait soiitcini. liien (pic ce «iniil lui <>ùl
toujours été contesté, (|iio c'était h lui dr fixer le délai apn^^ l«>(|iirl lo
dra\vl)ack< ne piMirrairiil plus être réclamé*» eu I'u\eur (le> iiiarcliaMtlix's
iiii[M>rlécs cl on reuiplaceiuenl jIo cell«»s ré-ex|M)rlé(îs el avant |»!»}é les
droib. Trente mois était Tusii^^e adopté juHprulois. l.a Clonxenliou de
Tclié-fou avait tixé un tenue de irais ans après leipul cm certilicals de
rc-ex|K>r talion, uu ilrawiiacks, ne |»ourraient [tlus être réclainéii.
!.")(» TIWITK \IJ.rM\M> — TIUITKS AMKIU^.\I^S
Il fani îiNoïKM* ([uc M. v. Brandi avait lion <1(* se inonlnM*
pou salisfail des tergiversalkms des Cliiiiois cl surtoul de
rim|M)lilossc du prince Koung :
« Fatigué de cet étal de choses, dit un diploiuale, M. de
Hraudt écrivit peu de temps aupara>anl, au Prince Kounj^ pour,
lui demander une entrevue. Le Prince répondit à celle demande
sur sa C(uie de visite et sans même la mcllre sons cnvohtppe. :
« (pi'il ne trailait pas les alFaires chez lui et (jue si le Minisire
(TMIemap^ne a>ait (piel(|ue chose de pressé à lui connnuni(pH*r,
il devait s'adresser au Tsoung-li Yamen, rpii lui en référerail. »
<' Le Minisire d'Allemagne, blessé avec raison de ce procédé
un peu trop sans gène. |)rit la carie du Prince, la mit sous envc-
lopj)e avec ces simples mots écrits sur la sienne : « V. A. L
ignore sans doule ce (jui a été écrit sur sa carte et j'ai en consé-
quence l'honneur de la lui renvoyer. »
a Le même soir, M. de Brandi, reçut du l*rince une lellre
1res polie lui disant (pi'il le reccNrait avec plaisir le samedi
•À décembre à a heures de l'après-midi au Tsoung-li Yamen. »
\jV I*'^ à onze heures du malin, Koung l'aisjiil dire au
Ministre tf Allemagne qu'il élail malade et ne pouvail le
recevoir. D'où ullimalum de M. de Brandi.
W. v. Brandi (il ses |)ré|>aralirîs de départ, ne croyant pa>
(pie le Yamen céderait ; il fut retenu j)ar les Chinois au
moment do j)artir :
/i décembre 1870.
M. de Brandt est revenu hier soir à (i h. du Tsoung-li
Yamen, après Irois heures et demie de séance; nous l'attendions
chez M. de Butzov, notre doyen, et voici ce qu'il noiis a ra-
conté :
V A mon arrivw au Yamen, où je m'étais rendu à :i heures
|K>ur faire mes adieux h Leurs excellences, on m'a reçu avec un
déjeuner meilleur que d'habitude. Pendant vingt-cin(| minutes
nous avons parlé de la pluie et du beau temps, sans dire un mot
de PalTaire qui nous préoccupait tous. Au l)oul de ce temps, ne
voyant rien venir, je dis à Leurs Excellences que je ne voulais
pas occuper leur temps davantage cl je me levai pour prendre
N ISITK \l ^ VMI.N i;)7
r»)ii«:r. Tous 1rs Moiiihrrs du Ts()Uiip:-li ^;llll^ll iiraccompamir-
riMil jiisqiru la |x>ii(*. Là, jo nu» nMonrnai, cl, m'adicssaiil à
(Ilioii, ji» le priai de ne jias oublier de m'envoYer mes passeports
le soir môme, allendn (pie je partais le lendemain malin pour
Tien-Tsin et Chang-llaï. A ces mots, (.lien devint vert |)omme
(«iV) et me dit en lrend>lant : « Me parle/ pas do partir sans
avoir notre réponse et ne pourrions-nous pas causer amicalement
de celle alFaire? n
— « Nolonliers I). ré|>ondis-je. Nous rentrons el on se rassied
autour de la lable.
tt Clien prend alors la parole et dit : « l^e Prince Koung con-
sent au premier |K)inl de vos demandes, le Likin. Quant au se-
cond |X)inl, nous avons déjà donné des ordres à Tien-Tsin, en
onvovant des remontrances au Tao-laï. Pour le troisième |)oinl.
nous consentons également. Mais pour le likin, comme il faut
que nous en référions au Vice-Koi de Nanking, cela ne {K)urra
guère être mis en vigueur avant le i"' a\ril prochain. D'ailleurs
nous voulons faire ces mêmes avantages à toutes les Puissanc(»s
qui ont des traités a\cc la (^liine et, comme nous comptons en
informer vos collègues, nous vous demandons un |>cu de
temps. »
M. de Hrandl. — «Je le veux bien, mais je ne puis vous don-
ner que jusqu'à la lin de l'annéfî cbinoise, c'est-à-<lire juf^qu'en
février prochain, cl, si vous ne consentez pas, rien n'esl arrangé,
et je pars. »
Chen. — « Ne |)arlez pas de |)artir: vous savez bien que nous
ne \o permettrions pas. a
Ui-dessus, on se si»para et M. de Brandt reste ! -— ('/est un
»ucct»» évidemment, mais le jeu est dangereux et il ne serait.
je crois, ni sage ni prudent de le reconuoencer souvent'.
Le l 'i décembre iSyO, le Ministre d' MIeniagne présenta
011 (louvernenient chinois un nienioranduin (mi cpiator/.e
articles {Mnir arriver à trouver une base du traité allemand
chinois.
Au mois d'avril i^^^yy, M. von Brandt ayant en vain jus
qu*alors essayé de faire iurepter ses articles par le (jiouver
nenient chinois, adopta une nouvelle tarticpie :
I. Lettre do M. Ureiiier. p'»" déccinlirc* iS-jti, un duc l)eca/o».
ir>S XnvlTK XM.r.MAM) TUXITKS XMKRH VIN:^
V H ne parle plus do révinion, écril un (li|)loinale, l\ nM'il 1^77.
et refuse, nu rontraire, loul cnirelien à ce sujet: mais, en re-
>anclie, il fait connaître les instructions qu'il a reçues île Berlin
et qui rinvilent à exiger la stricte exécution du traite qui existe
déjà entre les deux Empires. 11 a fait, dans ce but. des recher-
ches minutieuses au sujet des infractions commises par les
autorités chinoises de Tintérieur au traité en (piestion et la liste
en est longue. »
I.e Yanion ré|>ond au sujet du li-hin :
LE TSOl>'G-U YAMEN Ml MINISTRE d'aI.LEMAOE
Pé-King, le 8 juin 1877.
Le II avril de cette année nous avons reçu de V. E. une
dépèche relative au mode de perception des droits de Douane
sur les marchandises étrangères.
Votre Gouvernement désire, d'accord avec les autn^s puissan-
ces étrangères, élaborer un règlement dans lequel il serait ipies-
tion des inconvénients de la perception du Li-kin (décimes
extraordinaires). V. E. nous dit la satisfaction qu'elle éprouvera
vraiment d'une entente générale sur ce |)oint.
La perception des droits de douanes et les prélèvements du
ÏÂ'U'm intéressent le budget du Gou>ernemcnt de la Chine.
(^uanl au projet que nous ex|)rimc V. E., dans sa dépêche,
d'entrer en conférence avec ses collègues et le (ioiivernement
(Illinois en vue de régler cette question des |KM'ceplions de droits
et des prélèvements de décimes additionnels (en dehors des droits
d'entrée et de sortie) sur les marchandises entrant dans l'iulé
rieur sans avoir préalablement acquitté le demi-droit (de tran-
sit) ; — le (jouvernement Chinois y adhère et attend, pour en-
trer en conférence, que V. E. ait fait connaître au Tsoung-li
Yamen comment et sur quelles bases il sera procédé à cette dis-
cussion '
Agréez, etc.
M. V. Brandi rentrait à Pé-King le 3 juillet, après nue
1. Pour traduction cou forme, signé: G. Dkvéria.
i.i riiii: 1)1. M. 1)1 KKwm i.xk
al>M'!i(<', 1*1, le jour nivMiM', il .idn'^s.iil 1,» Idlrr siii\;mlr ly
M. hrcnuM- (le MoDlinoniiid :
IV Kin-^:, lo.*^ jnlIliM 1S77.
M«).\SIKMV I-K MlMSTIlK KT CIIKIl (loi.LKCIK,
liPS n(»«^<">rial ions, qiio d'ortlnMli» mon liant (iouvornoinonl. j'ai
onlannVs iwvc le (ion\crnoinont (Ihinois an snjol de la ré\ision
du Irailé allemand chinois de i8()i, néf^oeiations (|ni continneni
encore, onl porlé nalnrellemenl aussi sur In question du /i-At/i.
A plus d'une reprise, j'ai élé à nu^me de déclarer au Tsounp-li
^amen que, loul en protestant de la manière la plus formelle
contre l'étal de choses actuel, le (îouvernemenl Allemand préfé-
rorail un arrang(*ment général, conclu entre toutes les l^iissances
signataires des traités et la (Ihine, à une (lonvenlion entre les
deux Puissances, (pii par cette raison même ne serait a|)|)licahle
on première ligne (pi'aux administrés ainsi (pi'aux marchandises
allemandes.
Le Tsoung-li ^amen, après une résistance assez longU(\ fai-
sant enlin droit à mes réclaïuations, s'est <léclaré prêt à entrer
l'u |K)ur|)arIers avec les représentants d<» toutes les puissances
signataires nu sujet d'un règlement général de la question de la
taxation des marchandises étrangères, les droits d'entrée et de
si>rlic exceptés.
En ayant l'honneur de transmettre ci-joint à Votre Excellence
une copi(î du texte chinois de la note par la([uelle le Tsoung-li
^amen m'a informé de cette décision, j'ose esj)érer. Monsieur le
Ministre et cher (lollègue, cpie vos instructions vous permel-
Iroiit de vous joindre à ces négociatioiiN dont l'importance ne
saurait échaj)|M»r à votre haute sagacité.
Plusieurs des représentants accrédités à Pé-king. ainsi (jue le
Directeur général des Douanes, dont le c«)ncours serait jiroha-
hlement nécessaire au gouvernement chinois étant ahsents. il
est prohahhf que les négociations au sujet de cette (piestion ne
|)Ourr(mt être rej)rises utilement <[ue vers h» mois de Novend)re
de cotte nmiée.
(i'est donc vers cette épocpie ipie j*es|>4're |xïu>oir compter sur
le concours «pie Votre K\cell(»n<'e n hien nouIu m'olTrir si gra-
cieus<»nient il y a (juelque tenq>s.
Je saisis ceitt» occasion. Monsieur le Ministre et cher ('iOllègu<',
l(>0 TUAITK ALLEMAND — TRAITl'lS AMKHI(:\I\S
pour renoiivol(»r à Votre Excell(Mice, r.issiiraiico tlo ma liaulo
considérai ion.
Sig^no : Non nuANUT.
Au mois (roclohre 1877, nolro ministro osl aiiloriso à par-
lici[)or h la conlrroiice sur le Li Lin, sos inslrudions ^riié-
ralns olaiil (rappuyor les nrf^ocialions de l'Envoyc' allemand.
Je ne suivrai pas celle afl'aire faslidieuse dans loules ses
|)liases ; re cjue j'en dis (»sl suflisant |)our monlrer le lemps
perdu, (jualre ans, pour loucher à un hut cpii paraissait
proche en mars 187(1.
TIl.VITK ALLEMAND, 3l MAIVS 1 88o '
Enfin le 3i mars 1880 (îti" jour, 2*" mois, G** année
Konan^ Siu) M. Max Auguste Seipio von Brandi, minislie
de Chine, signa avec Chén Kouei fcMm el Tchinfr Lien,
membres du Tsoun«f-li ^amen, une convention suppléuien-
laire pour assurer Texéculion plus parfaite du traité du
VL septembre 1861, en dix articles relatifs au commerce et
à la navigation ; la coiivenlion était accompagnée de neuf
stipulations explicatives. Je ne comprends pas qu'il ait fallu
autant de ■ temps et d'aussi épineuses négociations pour
arriver à un ré^sullal facile à obtenir en apparence, — les con-
cessions accordées par les Chinois n'offrant rien de [)arlicu-
lierement im|)ortant :
« Les pourparlers engagés depuis plusieurs années entre l(»s
cabinets de Berlin et dePé-king. écrit un diplomate (avril 1880);
pour la révision du traité de 1861, viennent enfin d'aboutir.
Lne convention additiouiiclle. dont le texte n'est pîis encore
connu, mais qui, si j'en crois M. de Brandt. ne porterait que sur
les questions commerciales d'une importance secondaire, a été
I. China, n" a (1881). — Despatch from Sir John Walsham,
fiart., lier Majesty's Chargé d'affaires at Berlin, inclosinf^ Copy
of a supplementary Convention hetn'Ceti Germnnyand China, signed
at Pekingy March 3i, 1880; with Documents relating thereto. Pro-
sentcil..., 1881. Loiid.. iii-f»)!.. pp. 7 fC. — ^q'iS].
TRAITKS AMKUICAINS ■ MI';M< )U \ NDT M ANT.I.AIS ( 1 8So) I () I
si'j:nns il y a dciiv ou trois jours, |3ar lo Miuislro d'AIleuiatî^no
a\oc le Tsouug-li-Yamon. Ce docunicnl, rodigo ou nUemand v\ (mi
chiuois, est en ce moment à l'impression et doit être 1res pro-
chainement communique aux légations. »
Les rcitifications do cette Convention supplémentaire
furent échangées le i6 septembre 1881.
TRAITKS AMERICAINS. MKMORA?ÎDUM ANGLAIS (1880).
Imitant l'exemple de TEspagnc pour Cuba, les Ktats-Unis
signèrent, en chinois et en anglais, avec la Chine, à Pé-King,
un traité en quatre articles pour régler l'émigration des
Chinois dans le premier de ces pays, le 17 novembre 1880.
Les Ktats-Unis étaient représentés par James B. Angell, de
Michigan, John F. Swill, de Californie et William lïenry
Trescol, de la Caroline du Sud, la Chine par Pao Tsiun et
Li lloung-tsao, membres du Conseil Privé. Le mémo jour,
les mêmes plénipot^^ntiaires signèrent un traité supplémen-
taire en quatre articles relatif aux relations commerciales et
à la procédure judiciaire. Ces deux traités furent ratifiés à
Pé-King le 19 juillet 1881.
Plus tard, le 17 mars 189^, une nouvelle Convention,
en six articles, relative à l'émigration fut signée à Washing-
ton, par Yang Yii, Ministre do Chine, et Walter Q. Gres-
ham. Secrétaire d'État ; les ratifications en furent échangées
à Washington, le 7 décembre 189^1.
Le 10 décembre 1880, un mémorandum fut rédigé pour
bien établir les relations personnelles et les rapports oHiciels
entre les fonctionnaires du service consulaire anglais v\ les
autorités provinciales cbinoises *.
1. Trefl /l'es, etc., heUveen Great liritain and China; and beUvoen
China and Foreign Powers ; and Orders in CounciL Unies, Hegn-
lations^ Acts of Parliamcnty Dficreos, and Notifications affecting
British Inlerests in China, — in force on the isl January, i^<)<>. —
By Sir Edward llcrtslel, K. C. B. Loiidoii, Harrisoii, 189O. Q vol.iii-8.
pp. V-43I, 4^3 2i 7O8.
COKDIER. ' 11. --- Il
CHAPITRE IX
L'AFFAIRE DE KOULDJA
Avant que les cvéncmonls actuels n'aient relégué au so-
CDnd plan les questions qui agitèrent le règne de Kouang-
Siu, quatre grosses alTaires, depuis vingt-cinq ans, ont occupé
Fattention et troublé de terrible manière la quiétude habi-
tuelle des boninies d'Etat chinois ; deux fois ceux ci évitèrent
la guerre : après Tassassinai de Margary et lors de la dénon-
ciation du traité de 1879, avec la Russie, relatif h Kouldja ;
ils eurent la guerre avec la France pour la possession du
Tong-King et avec le Japon pour l'influence en Corée.
L'aflaire Margary fut réglée par la Convention de Tché-fou ;
l'occupation de kouldja par les Russes amena de longs pour-
parlers que nous allons rappeler cl de délicates négociations
que nous devons retracer, mais il nous faut auparavant in
diquer la cause d'une prise de possession temporaire par les
troupes du tsar de la partie de l'Empire chinois située au
Nord des T'icn-Chan.
CONQUÊTE DES t'iEN-CHAII
Eu 175g, l'empereur K'ien-Loung annexa à son empire le
Non! et le Sud des T'ien-Chan et le nouveau territoire, Sin
K'unuj, fut divisé en Tien (]han Pc Loii (route Nord) et
Tien Clian IS'an Lou (roule Sud); dès 176a (27* année K'ien
Loung), un gouverneur militaire fui chargé d'administrer la
CONCLU iViK nr.s T'ii:\-r.ii\N i(».^
ir^^Mon ; une nouvelle villo forlifiro, Honeï yuan, fiil oonslruile
(1764) pivsdc rancieii Kouldja et des colons mandchous \
furent ins(all(^s ; plus lard un grand nombre de (Chinois du
Kan-Sou et du Chen-Si voisins vinrent s'y élablir. La popu-
lation se compose de Chinois musulmans, désignés sous le
nom de Ilouei Min (sujets musulmans) ou, par leurs voisins
turks, de Dounganes ou Tounganes, et de colons musulmans
de Kachgarie, apjKîIés ïarantchis *, de langue lurke, d'ori-
gine lurkc ou ouïgour. L*administration est confiée h im
gouverneur général, /// Tsiany Klun,a\QC trois sous-gouver-
neurs militaires, Ts\in tsan Ta Tchen, à lli, Tarbagataï et
Yarkand ; les chefs locaux sont désignés sous le nom de hetjs,
répartis en cinq classes qui varient du troisième au septième
degré de la hiérarchie chinoise ; les gouverneurs locaux sont
désignés sous le nom de Haklm Dey, et les sous gouverneurs
sous celui de Ichhhan Bcy,
La religion musulmane, qui avait |>énétré dans le ïurkestan
dès l'époque des Souï (58 1 618) et des T'ang (618-907)
sous le nom de Secte fleurie (^llon mon), n'avait pas lardé à
y remplacer complètement le bouddhisme mongol. Aussi,
dès la fin de la dynastie mongole, dans ce pays qui avait été
attribué au second fils de Tchinguiz-Khan, Djagalaï, vil-(»n
détruire les chrétientés florissantes et en particulier la mis-
sion d'Ili-bâliq (i3/|2). Vers la fin des Miny, un descendant
du Prophète à la vingt-sixième génération, Mahmoud
(Makhdoum), vint s'établir à fcachgar et fut reconnu comme
chef par tous les princes de la contrée. Ce fut alors que les
Eleuthcs (Kalmouks ou Mongols occidentaux) commencèrent
à dominer dans les T'ien-chan. Les tribus mongoles for-
maient quatre oïrats ((1*011 nous avons fait t^leuthe par l'in-
termédiaire du chinois) : dans TUi, les Tchoros, qui sont
1. Taran, millet, qui fait croUrc le millet, feranler.
iG4 l'affaire DK KOLI.DJA
les Dzoungares ; les Dourbot, sur rirlych ; les Tourgoulcs,
dans le Tarbagalaï ; les Kochols, dans le pays d'Onrouuilsi.
Sous le règne de K'ang Hi, un chef tel loro, TErdcni Baha-
dour K*()ng-Taïchi, fds d'Abouda Ablaï Taïchi, fortement
établi au ISord des T'ien-chan, avait essayé de reconstituer
Taile gauche mongole (Dzoungares) en attaquant les princ^es
musulmans : le khan de Kachgar, Ism«aël, fut envoyé pri-
sonnier à lii et l'administration de son pays fut confiée, sous
la suzeraineté des Kalmouks (Eleuthes), à Hazral Afak
(lïidayat Allah), descendant du grand prêtre musulman
Makhdoum Azam,qui créa la dynastie des Khodjas(iG78).
fcVmg-Taïchi étant mort en i6G5, son second fils, Galdan
Boushtou, allait continuer son œuvre lorsque K'ang-Hi
réussit à arrêter sa puissance naissante. Les Eleuthes mena-
çaient de s'avancer jusqu'au Kou-kou Nor, mais leur route
était barrée par les k'alkhas. Les K\alkhas descendaient de
Geressandsa Jclaïr K*ong-Taï-chi, fils de Dayan Khan, qui
avait été Khakaan de 1470 à i5/i4 ot qui, lui-même, avait
pour ancêtre K'oubilaï. Ces k^alkhas servaient d'Etat-tiimpon
entre les Eleuthes et la Chine ; leur écrasement pouvait
amener l'envahissement du Céleste Empire; aussi K'ang-lïi
n'hésita-t-il pas à se porter à leur secours dès qu'il eut ré-
duit les dernières révoltes intérieures.
Galdan, campé sur l'Orkhon avec son armée, chassait les
k'alkhas devant lui ; à la suite de quelques succès des Chi-
nois, il fit k l'empereur (en 1C90) une soumission plus appa-
rente que réelle. La guerre recommença en 1696 : K'ang Ili
s'avança jusqu'au Keroulen et mit Galdan en fuite. L'année
suivante, l'empereur reprit la campagne, mais les ambassa-
deurs ennemis le vinrent trouver sur les bords du Houang-ho
dans le pays des Ordos. fc'ang lii accordait un délai de
soixante dix jours pour la soumission de Galdan, lorsqu'il
apprit que celui-ci venait de mourir (1697). ^^ mort de
Galdan avait laissé sans grand chef effectif la nation des
(o.NQi KTi; i)i:s t'ikn cnw \(\')
Elciilhes ; ses neveux, fils de son frère aiiié Senj^lie, Tsewnn*^^
Arablan et Chereng Duruhik, assuraienl raveiiir de la dy
nnslic ; le pouvoir resta dans la famille du premier et il fui
exercé tour à tour par ses petits fils Baïan Adshanel Dardslia,
puis par le petit-fils de Chereng Donduk, Tawatsi, qui fut
le dixième souverain des Eleulhes. En lySii, un des chefs
éleuthes, \moursana, étant entré en lutte h la suite des
fautes d'Adshan, qui avait remplacé comme huitième souve-
rain son père Galdan Chereng (-{• i7.V^>)? fils de Tsewang
Arabt^m (j 1727), un lama ncmimé Torgui essaya de s'emparer
du [Kuivoir, mais fut tué. Tawatsi fit appel à Tempereur de
la Chine, qui intervint en sa faveur, mais laivssa la vi<* à son
adversaire. Amoursana, craignant de voir Tawaisi servir un
jour d'instrument contre lui, gêné par le contrôle des fonc-
tionnaires chinois, leva en 1705 Tétendard de la révolle.
Deux frères musulmans, descendants de llazrat A(ak, qui
avaient longtemps servi d'otages aux (Chinois, Bourhan ed-
Din (Boronilou) et K'odzichân (Houo-tsitchan), désignés
sous les noms de Grand et de Petit Khodja, avaient été remis
en liberté en 1705. Tandis que Taîné était à Kachgar, le
second se rendait à Yarkand. Bourhàn ed-Din embrassa le
parti d* Amoursana qui, battu par le général chinois Tchao
Houei, fut obligé de fuir en Sibérie, 011 il mourut de la petite
vérole. Bourhan ed-Din se réfugia chez son frère, cpii refusa
de le li>rer aux Chinois. C'était recouuuc^ncer une nouvelle
guerre. Malgré leur bravoure et une résislance opiniâtre, les
Khcnlja, défaits, se réfugièreni dans le Badak'chan. Lq sultan
de ce pays lit l'un prisonnier el tua l'autre dans une bataille
livrée à la petite armée fidèle qui les sui\aif. Lorsque Tchao -
Houei les réclama, on lui livra la tète du Pelil Khodja et le
cadavre du Grand KluMlja'.
C'est alors que le pays fut annexé.
I. Histoire générale... LavisscclIlambatiJ... Henri Cordicr. /?rt.ç.sz/w.
106 l/.\FFAIRE l)K KOlLnJA
DJinANGUIR
L*annoxion des T'ien-Chan par l'cmperoiir K'ien-Loiing
no devait pas arrêter les rcvolt<»s dans ce pays. Le choix de
mauvais adminislraleurs causa un nouveau et terrible seule
vement ; Pi-Tsing, gouverneur d'Ili, crut pouvoir réprimer
un mouvement h la tête duquel se mit Djihanghir, fils de
Saadet Ali Sarimsak (Sa Mou ko) et petit -fils du grand
Khodja, Bourhân ed-Din. D'abord malheureux, Djihanghir
réussit à obtenir un grand succès en octobre i825. Les quatre
grandes villes du T'ien-Chan Nan-Lou, Kacligar, Yangi
llissar, Yarkand et Khotan, tombèrent quelque temps après
aux mains des rebelles. Tao-Kouang s'aperçut enfin qu'il
était temps d'agir : il mit Tch'ang-Ling à la tète de ses
troupes, qu'il concentra avec les vivres à Aksou. Cette ville
faillit tomber entre les mains de Djihanghir, mais en 1827,
les Chinois reprennent Toffensive ; à la suite de combats heu-
reux, Kachgar retombe entre leurs mains, ainsi que les trois
autres villes de rOuest dont nous venons de parler. Djihanghir,
en fuite, se décida à repasser la frontière à la suite d'une
ruse du général Tch'ang-Ling. Attaqué à K'artié Kai,
Djihanghir fut hattu, fait prisonnier (1828), envoyé à Pé-
King et mis à mort ^ de la plus barbare manière.
D'autre part, la fondation d'Orenbourg par les Russes,
l'exploration du Syr-Darîa par Batiakov, la fondation près de
l'embouchure de ce fleuve de Kazalinsk (i8/|8), les en*orts
de Perovsky, les entreprises des Cosaques contre le khanat
de Khokand, devaient forcément entraîner les Russes dans la
vallée de Tlli.
Le 25 juillet i85i, les Russes s'implantaient à Kouldja par
un traité de conunerce signé par le colonel Kovaleski :
1. Henri Cordier, dans V Histoire générale.
iHvm': (oMMLHci M. i)[: koi i,i).r\ iC?-
TRAITÉ COMMERCIAL DE KOL'LDJA, 25 JLII.LET iS^I
Le plénipolcnliairc (le S. M. l'Empereur de toules les llnssies
et les pléni|X)tentiaires de S. M. le bogdoklian du Ta-Tsinj;,
savoir : le gouverneur général de Tlli et d'autres provinces, ainsi
que son adjoint, ont, après avoir conféré ensemble, conclu dans
la ville d'Ili (Kouldja), en faveur des sujets des deux empires,
un traité de commerce cpii établit un trafic dar^s les villes d'ili
(Rouldja) et de Tarbagalaï (Tcbougoutcliak). Ce traité se com-
pose des articles qui suivent :
Art. r*'. — Le présent traité de commerce, conclu dans l'in-
térêt des deux puissances, en (émoif;nant de leur sollicitude pour
le maintien de la paix ainsi (jue j)onrle bion-élre do leurs sujets,
doit resserrer encore davantage les liens d'amitié qui unisstMil
les deux puissances.
Art. 2. — Les marcbands des deux empires feront entre eux
le commerce d*écbange et régleront les prix librement et à leur
gré. Il sera nommé, pour surveiller les affaires des suj(»ts russes,
un consul de la part de la Ihissie, et pour les affaires des com-
merçants chinois, un fonctionnaire de l'administration supé-
rieure de rili. En cas de collision entre les sujets de l'une et de
l'autre puissance, chacun de ces agents décidera selon toule jus-
tice les alTaires de ses nationaux.
Art. 3. — Ce commerce étant ouvert en considération (h*
iamitic mutuelle des deux puissances, ne sera passible de part
ni d'autre d'aucun droit quelconcpie.
Art. /i. — Les marchands russes allant soit h lli (Kouldja),
soit à Tarbagalaï (Tchou^outchak), seront accompniînés d'un
syndic (Karavan-bascha). Lorsiprune caravane allant à lli arri-
vera au piquet chinois de Horo-Khoudjir, et (pie celle destinée
pour ïarlwigataï (Tchou';oulrhak) atteindra le j)reinier picjuet
chinois, le syndic |)résentera à l'officier de garde le billet de son
gouvernement. Ledit officier, après a>oir pris note du nombre
d'hommes, de b(»sliaux et de charges de marcliandis(»s, laissera
|)as$er la caravane en la faisant escorter, de piquet en piipiel, par
un officier et des soldats. Pendant la marche, toute >e\jitioii ou
offense sera interdite aux soldats comme aux marchands.
Art. 5. — Pour faciliter le service des escortes d'oniciers et
de soldats, les marchands russes seront obligés, en vertu du pré-
lOS l'aFKAIHE T)K KOrLDJV
sent traité, de suivre la route des corps de garde, tant en allant
qu'à leur retour.
Art. 6. — Si, pendant que les caravanes russes suivront leur
route en dehors de la ligne des corj)s de garde chinois, les ban-
des de pillards des aoùls extérieurs (Kirghises) commettaient des
actes de brigandage, d'agression ou d'autres crimes, le gouver-
nement chinois n'aura point à intervenir dans l'enquête à la-
quelle cela donnerait lieu. Lorsque la caravane sera arrivée
sur territoire chinois, de même que pendant le séjour dans les
factoreries où les marchandises seront dc|)Osées, les marchands
russes devront garder et défendre eux-mêmes leur propriété ; ils
seront tenus de surveiller avec encore plus de soin leur bétail au
pAturage. Si, contre toute attente, quelque chose venait h se
perdre, il en sera iuimédiatement donné avis au fonctionnaire
chinois, qui, conjointement avec le consul russe, poursuivra
avec toute la diligence possible les tracées de l'objet perdu. Si ces
traces étaient découvertes dans des villages de sujets chinois et
que le voleur fût saisi, il devra être jugé sans retard et sévè-
rement. Si l'on retrouvait quelques-unes des choses volées, elles
seront restituées à qui il appartient.
Art. 7. — En cas de brouillcrics, de contestations ou autres
incidents de peu d'importance entre les sujets respectifs, le con-
sul russe et le fonctionnaire chinois dont il a été fait mention
plus haut, apporteront tous leurs soins h la décision de l'affaire.
Mais si, contre toute attente, il se présentait une affaire criminelle
ou un cas important en général, il sera procédé conformément
aux règles actuellement en vigueur sur la frontière de Riakhta.
Art. 8. — Les marchands russes arriveront chaque ann(»e
avec leurs marchandises, depuis le !i5 mars jusqu'au 10 décem-
bre (de notre st\le, ou, d'après le calendrier chinois, depuis le
jour Tçing-ming jusqu'au jour ïong-tchi); passé cette dernière
date, l'arrivée des caravanes cessera. Si toutefois les marchan-
dises importées pendant cette période (huit mois et demi)
n'étaient pas vendues, il sera loisible aux marchands de rester
plus longtemps en Chine pour achever la vente, après quoi le
consul prendra soin de leur départ. Il est entendu de plus (|ue
les marchands russes n'obtiendront une escorte d'ofliciers et de
soldats, ni pour aller ni pour leur retour, s'ils n'ont j>our le
moins vingt chameaux avec des marchandises. Au reste, si un
marchand ou le consul russe avait besoin, |)our une affaire quel-
conque, d'ex[)édier un exprès, il en aura la faculté.
TUAITK (OMMKIU I M. IH. K(H I DJ \ I (><)
Mais pour que I(» servicodrs oKiciors et soldais ioiiriiissanl l'rs-
corle ne devienne pas Irop onéreux, il n'y aura cpie deux fois |)ar
mois (le ces expéditions extraordinaires hors de la ligne des corps
de garde.
Art. 9. — Les marcliands russes et chinois pourront se voir
lihrement |)our alTaires de conunerce; mais les sujets russes se
trouvant dans la factorerie sous la surveillance du consul russe,
no pourront circuler dans les fauhourgs et les rues (^ue nnmis
d*un pfTmis du consul ; sans ce permis ils ne pourront ]>as sortir
de Tenceinte. Quiconque sortira sans permis sera reconduit chez,
le consul, qui procédera contre lui connue de droit.
Art. 10. — Si un criminel appartenant à l'un des deux em-
pires se réfugiait dans l'autre, il n'y sera pas toléré; mais de part
cl d'aulre les autorités locahw prendront les mesures les plus sé-
vères et les informations les plus exactes pour rechercher ses traces.
Il y aura extradition réciproque de transfuges de cette espèce.
Art. II. — Comme il est à prévoir que les marchands russes
qui viendront en Chine pour ailaires de connnerce auront avec
eux des montures et des hôtes de somme, il sera assigné à leur
usage, près de la ville d*lli, des places sur les hords de la rivière
lli, et près de la vil h» de Tarhagataï, des lieux où il y a de l'eau
et de l'herbe. Dans ces pâturages, les marchands russes confie-
ront leurs bestiaux h la garde de leurs gens, qui veilleront à ce
que les terres labourées et les cimetières ne puissent dans aucun
cas être foulés. Les contrevenants seront amenés devant le consul
pour être punis.
Art. 12. — Dans rechange de marchandises entre les com-
merçante des deux empires il ne; sera rien livré à crédit de |>«ut
ni d'autre. Si, malgré cet article, quelqu'un livrait sa marchan-
dise à crédit, les fonctionnaires russes et chinois n'auront point
à intervenir et n'admettront aucune plainte, quand même il y
en aurait.
Art. i3, — Comme les marchands russes arrivant en Chine
]X>ur affaires de commerce doivent nécessairement avoir des em-
placements jK>ur leurs factoreries, h» gouvernement chinois leur
assignera, dans les deux \illes de commerce dlli et de Tarha-
gataï, des terrains près des bazars, afin (|ue les sujets russes
puissent y construire à leurs frais des maisons (riiahitation et des
magasins d'entrep<»t jwur leurs marchandises.
Art. 1^. — Le gouvernement chinois ne s'inter|Kisera en aucun
cas lorsque les sujets russes célébreront dans leurs factoreries le
l'O L AFF\mE DE ROULDJA
service divin selon le rilc de leur religion. Pour le cas où quel-
(lu'nndes sujets russes en Chine viendrait à mourir «H lli ou h Tar-
bagataï, le gouvernement chinois assignera hors de l'enceinte de
chacune de ces villes un terrain >ague pour servir de cimetière.
Art. i5. — Si les marchands russes amènent à lli ou à Tar-
bagataï des moutons pour les y échanger, les autorités locales
prendront pour compte du gouvernement deux moutons sur dix»
et livreront en échange de chaque moulon une pièce de toile
(da-ba, de la mesure légale) ; le reste du bétail et toute autre
marchandise seront échangés entre les marchands des deux em-
pires au prix convenu de gré à gré, et le gouvernement chinois
ne s'en mêlera d'aucune façon.
A UT. i6. — La correspondance oflicielle ordinaire entre les
deux empires se fera, de la part du gouvernement russe, |>ar
l'entremise de l'administration supérieure de la Sibérie occiden-
tale et sous le cachet de celte administration, et de la part du
gou\crncment chinois, par Tentrcmise et sous le cachet de l'admi-
nistration supérieure de l'Ili.
A HT. 17. — Le présent traité sera revêtu des signatures et
cachets des pléni|X)tentiaires respectifs, il en sera dressé, du côté
de la l\ussie, quatre exemplaires en langue russe, signés par le
pléni|x>lentiaire de la Russie, et du côté de la Chine, quatre
exenq)laires en langue mantchoue, signés par le plénipotentiaire
chinois et son adjoint. Les plénipotentiaires res|K>ctif8 garderont
chacun un exemplaire en langue russe et un exemplaire en
langue manichoue, pour la mise à exécution du traité et p<iur
ser>ir de règle constante. Un exemplaire russe et un exemplaire
mantchou seront envoyés au Sénat dirigeant de Russie, et un
exemplaire dans l'une et Tautrc langue au tribunal chinois des
relations extérieures, pour y être scellés et gardés après l'échange
des ratifications du traité.
Tous les articles ci-dessus du présent traité conclu |>ar lt3s plé-
nipotentiaires respectifs de la Russie et de la Chine sont signés
et munis de cachets.
Le vingt-cinq Juillet de Tan mil huit cent cinquante et un.
vingt-sixième année du règne de Sa Majesté Impériale rEin[>e-
reur et Autocrate de toutes les Russies.
Signé :
(L. S.) Le colonel au corps des ingénieurs des minas, Rovalevskt.
(L. S.) I-CUAN.
BOUYAKTAI.
Y \K(H It Mi:<. I - I
Ce Iraitcî a rie présenté au Sénat dirijrranl de Hnssir. ol par
ordre de Sa Majesté THnipercur il y a été apposé le sceau de
Tempirc en signe de confirmation.
Saint-Pétersbourg, le i3 novembre i85i.
(L. S.)
\AKOLH HEG
La mort de Djilinnghir n'avait donné rpie (pielqnos années
de répit an\ gouvornours chinois ; en i8/|G, un des Khodja,
Katti Torah, avec ses frères, s'empara do Karligar, mais lut
bientôt battu et chassé par les Chinois à Kok Kohat ; eniS^y ,
révolte d'un autre kho^ja. VVali Khan, et de Kichik khan,
son frère, mais ce n'est cpic deux ans [)his tard qu'il réussit
h quitter khokand ; il s'empara successivement de kachgar,
d'Arloch et de Yangi-Ilissar. Profitant de h\ rébellion des
musulmans dans le kan-Sou, le fils de Djihanghir, Bou/.ourk
khan, se révoh^i contre les autorités chinoises, aidé |mr un
soldat de fortune, Yakoub Beg.
Mohammed Yakoub, fils d'Ismet Onlla, naquit vers 1820
h Pskcnt, dans le khanat de khokand, et il fut élevé chez.
un boucher de cette ville qui avait é|M)Usé sa more en
secondes noces. Ayant perdu ses parents, il fut mené à
khokand et patronné par leHak'im beg de cette ville, karim
kachka ; après la mort de celui-ci, il passa au servi(!e du
Ilak'im de Tachkcnt qui prit sa sœur pour feu une. Yakoub
monta en grade et devint capitaine, puis beg; le /|-i() mars
i852, il lutta à Ak-Gerik, près du fort d'Aral, coiitre le
major Engman qui le mit en fuite avec ses partisans. Son
chef Bouzourk, adonné à tous les vices, ne tarda pas a être
déposé jKir lui (i86fi). Les Dounganes avaient pris le fort de
Yarkand, à Tautomne de i8G3. (le ne fut que l'année sui
vante que commence la guerre; d'année en année, Yakoub,
homme intelligent et énergitpie, remporte de nouveaux
succès: hiver de i864-i865, prise de kachgar; printemps
I-JQ L AFFAIRE DE ROULDJA
do i8()5, prise de Yarkand ; janvier iSli-, prise de Kliolan ;
été et aiilomne de 1867, prise dWkson, de Kou Iche, etc. :
janvier 1869, prise de Sarikol, etc. Les Russes ne pouvaient
voir celle puissance nouvelle s'établir au cœur de TAsie cen-
trale : la prise (27 juin i865) de la seconde ville du khanal
de Khokand, ïaclikent, par* le col. Tcliernaïev, après une
première attaque malheureuse (2 octobre 186/1) et malgré
les ordres de Fempereur Alexandre II, et la création du Gou-
vernement du Turkeslan, avec cette ville pour capitale, leur
créaient des intérêts considérables.
Pendant quelque temps, Yakoub fut le souverain redouté
d'un véritable empire dont la capitale était Yarkand. L^\n-
gleterre envoya en mission spéciale près de lui en 1870 et
1873, Sir Douglas T. Forsyth ; en 1872, le colonel russe
d'étal-major Baron Kaulbars signait avec lui un traité de
commerce.
Le 4 juillet 187 1, la Russie occupait Ili, c'est-à-dire le
pays nord des T'ien-Chan.
Voici, au point de vue chinois, Thistorique delà question :
MÉMOmE DU TSOUiNG-Ll Y AMEN, 20 JUILLET 1880
Le Tsoung-Ii Yamen, le 20 juillet 1880, remit conliden-
tiellement à Sir Thomas Wade et à M. Bourée, un résumé
des différentes phases par lesquelles avait passé la question
de rili, afin que ces deux ministres puissent se rendre compte
de la situation de la Chine ; en voici le début :
Nous avons déjà fait savoir à V. E. par une dépêche qu'en
témoignage des bons sentiments dont la France est animée envers
la Chine, la Cour nous avait communiqué le texte d'un décret
graciant le ministre Tch'oung [FleouJ.
Voici plus de 300 ans que la Russie et la Chine sont liées
d'amitié, sans* qu'il y ait jamais eu le moindre désaccord entre
elles.
MKMOFIU: 1)1 TS<U nj;-m > amin i-.S
Trironniî-Heoii cvsl criminel, car les néirocialious ([u'il a du
|x>iii'suivre rolativenuMil à la restitution de Tlli ne sont rien
moins cjue satisfaisantes sur ])eaucoup de points. A cette occa-
sion, des appréciations erronées se sont dernièrement donné
carric>rc au dehors. Oai^nant les conséquences qui |X)urraient
s'en suivre, nous croyons devoir faire à V. E. un récit détaillé et
complet de tout ce qui se rapporte à cette aflairedejmis son origine.
L*lli constitue un de nos points stratégiques les plus inipor-
lanls au INord-Ouest.
Sous le règne de TEmpennir T\)ung-Tclié, la rébellion mu-
sulmane s'emparait de la nouvelle frontière (l)zoungarie) ; au
mois de février 186G. aucune ville de l'Ili n'était plus en notre
possession .
Le a8 Août 1871, alors que la (^liine n'avait [)as encore rectui-
vré ce qu'elle avait ainsi perdu, l'interprète russe Len/.v nous
adressa inopinément une note disant en (piel(|ues mots ({ue le
Gouverneur de la Pro\ince des Sept lUnlèrcs s'était enq)aré de la
ville d'IIi, le /| juillet. M. Vlangaly, Ministre de Russie, ajoutait
que la (iliine devait envoyer un liant fonctionnaire à lli |)our se
la faire remettre.
D'une part, notre Yamen remercia (la Légation russe) : d'autre
part nous inforniAmes la Cour, (lelle-ci rendit un décret donnant
Tordre au manVlial Jong d'aller l\ lli s'occuj)er de la récu|H'ra-
tion de ce territoire. Nous avons entreteiui plusieurs fois de ces
faits M. Vlangaly. Celui-ci pensait en résumé que, vu rinsufli-
sancc des forces militaires chinoises, il était didicile de ré[X)ndre
que la ^élro^ession de l'Ili ne serait pas suivie de troubles sur la
frontière. Le Ministre de Russie nous dit aussi qu'après (|ue le
maréchal Jong serait arrivé au but de sa mission et ({u'il aurait
ivglé d'une manière satisfaisante avec le (îouverneur Ko (KauH-
maun) les dilférents |)oints dont il avait h s'occuper, ce haut
fonctionnaire restituerait l'Ili et retournerait aussitôt après en
Russie. INous reçûmes en outre une lettre nous entretenant de la
désignation du haut fonctionnaire Bogolavsky connue second
négociateur russe |K)ur traiter avec le maréchal Jong ; cette
missive nous [larlait aussi de l'entente toute amical<> qui existait
entre eux .
I*e ao juillet 1872, notre Yamen remettait ci M. Vlangaly * une
I. I, p. Sas. — Lo fçrnéral (it'orge Vlangaly. qui avait été consul
^néral à Belgrade (1862), a été niinistro Ji; Uussio (en reuiplaceuient de
I -j/j L*AFFAIBK DK KOLLDJV
note dans laquelle nous disions ({ue la Chine n'oublierait jamais
ce qu'elle devait de reconnaissance h la Russie, pour n'avoir pas
cliercli^î à spéculer sur les frais d'expédition cl d'occupation de
son armée, ni sur les perles subies parlout par son commerce.
Nous ajoulions que rien ne s*bppo$ail à ce que tous les points
reslés en suspens fussent réglés équiiablemenl de telle sorte (|ue
chacun y trouvât avantage sans qu'il en résultat d'inconvénient
pour |>ersonne.
Peu de temps après, M. Vlangaly examinant avec nous la ma-
nière dont on procéderait, arrêta que d'une [>arton rétrocéderait
1*1 li. et que d'autre part on préparerait successivement des solu-
tions |)Ossibles |K)ur toutes les autres afl'aires. Nous en instruisîmes
le maréchal Jong pour sa gouverne.
Le 'JÔ septembre 1872, M. Bogolavsky * étant arrivé h Pé-king
M. Léon do Ballioiizck), de i863 & 1878 ; à la retraite pendant plusieurs
années, il a été succcssivomenl adjoint du ministre des aflTaires étrangères,
1883; ambassadeur h Rome. 1891-97; ensuite membre du Conseil de
TEmpiro.
I. Au sujet de la mis-sion Bogolavsky, un diplomate écrivait de Pc-
Xing, le ai octobre 187a :
« Kacligar et la Dzoungarie étant limitrophes du Khokand, il est arrivé
au milieu* do ces troubles que des tribus Kirghiz campées des doux côlés
do la frontière ont fait dos incursions les unes chez les autres, co qui a
obligé les Russes à entrer dans le pays révolté cl à en occuper amicalo-
menl une partie en attendant que le Gouvernement chinois soit en état
d'y restaurer son autorité.
« Celui-ci, il y a huit mois. (Il marcher un corps de a 000 hommes on
priant les Russes de mettre lin à leur occupation et de la laisser faire la
^Ktlice chez lui. Là-dessus, on a envoyé do Saint- Pétersl)ourg le général
Rogolavsky pour s'entendre sur les lieux avec le commandant chinois ot
lui faire la remise des territoires en question, après avoir constata «pril
avait dos forces sufiisantos pour s'y maintenir et y maintenir Tordre.
Naturellement, il a constaté lo contraire, ce qui d'ailleurs est assez pro-
bable, et à la suite de son inspection, il a reçu Tordre de pousser jus({u*à
Pé-king [)our y exposer l'état des choses.
(c Lo général Bogolavsky a été présenté au prince Roung par M. Vlan-
galy. Après quoi ils ont eu ensemble une conférence avec les mandarins
du Tsoung-li Yamon. La mauvaise humeur que le général Rogolavsky
n*a pas dissimulée à la suite do cette entrevue, montre qu'il n'a pas réussi
à convaincre ceux-ci de Tavantâge qu'il y aurait pour la Chine à laisser
SOS voisins administrer ses intérêts dans TRi. R est reparti pour Saint-
Pétersbourg par Chang-llai, TIsthme et Constanlinople, laissant à M.
MKMoini: i)L 'i><uN(;-i,i y\mkn i-,)
vint avec M. Vlan*;al> l'aire une \Wiio an ^alnen. Nons Inl dîmes
(jue les tron|K*s russes, depuis si lnn<>ten)[)s f|n'elles oernpaient
rrii, de\aieiil èlre bien fatiguées et que» leurs Irais d'enlrelieii
avaient dû être très coiisidéraMes. Les deux [)ersonna>;(\s russes
répliquèrent que la d6|>onse n'était qu'une chose luut à fait aeees-
soirc et qu'ils allaient faire savoir à leur Gouvernement qu'a|)rès
la rétrocession de l'Ili entre les mains du niaréclial Jong, on
pourrait être assuré que la domination de la Chine sur celte pro-
vince ne serait plus ébranlée. Nous informâmes la (iOur de ces
choses.
Dans un entretien que nous avons eu le a3 octobre avec Son
F]xrellcnce M. Vlangaly, nous lui fîmes remarquer (pie puisqu'on
ne devait nous livrer l'Ili que dans un avenir indéterminé, celait
a)mnie si on ne nous le rendait [tas, (ju'on ])ouvait dè.s lors et
sans plus tarder passer à l'examen des autres ailaires dont nous
avons à nous occu[>er.
S. E. M. Vlangaly nous ré[K'ta que la Russie ne voulait pas
s*emparer indûment d'un territoire chinois.
Le même jour, on discuta de nouveau la manière de |)rocéder,
quant à la rétrcxression de l'Ili d'une part et l'examen de toutes
les autres questions d'autre part.
Un proc4>s-verbaI de cette conversation fut rédij^é et conunu-
niqué au Général Vlangalv jxmr qu'il l'examinAt : le 3i octobre,
il nous envoya h son tour une note dans laquelle il disait qu'il
fallait s'occuper de la rétrocession de l'Ili parallMemeni avec
toules les autres affaires.
Plus tard, le i4 janvier 1876, nous envoyâmes à M. de Butzov.
Ministre de Russie, une dépêche |K)ur ré|K)ndre à la demande
qu'il nous adressait, d'introduire dans la révision de la conven-
tion du commerce par terre, un article relatif au transi)ort du
thé [)ar la passe de Ria-\u-Kouan ; nous lui disions qu'il fallait
attendre que nous : eussions repris Ouroumtsi et (|ue l'Ili nous
eût été restitué ; que c'était d'ailleurs au \ ice-Roi Tso qu'il appar-
tenait dc5*occu|)cr du réfi^lenient de celte allaire et qu'ainsi il n'y
VUngaly le soin de continuer ses démonstrations. C('iui-ci a encore une
fois vu WcnSiang avant-hier. « Il n'y a rien à tirer, nra-l-il dit, de ct's
g»Mis-lù. C*ost pure «piestion (ramour-propre. Ils sa\(;nt liien qu'ils ne
seront jamais capables de reprendre 1 lli, mais ils s'entêtent à repouss4T
tout arrangement, alin, comme on dit en chinois, de nv pas perdre ta
face. »
I-() l/\FF\IUK DK KOIF.DJV
avait pas à la ralUiclier à la convention ri'^issanl le transit par
terre ' .
Tso tsoung-t'ang
Copendanl Ja Cliino, débarrassée des musulmans du Yun-
Nan par la prise de Ta-li, avait pu diriger toutes ses forces
vers le Nord-Ouest. Tso Tsounjç t'ang, vice roi du Kan-Sou et
du Clien-Si en 18(57, fat nommé généralissime des troupes
en\oyées contre Kacligar.
Tso, comme Ts'éng Kouo-fan sous les ordres duquel il
servit, était originaire de la province de IIou-Nan, où il
naquit en 1812 à Siang-yin. En i832, il passa l'examen de
Kiu-jcn (licencié), mais il n'atteignit jamais au grade de
docteur, aussi lorsqu'il fut plus tard nommé Grand Secré
taire (Ta-Hio C/m?), les lettrés firent-ils la remarque qu'il
était, depuis Tavènement de la dynastie actuelle, le seul
homme qui, simple licencié, fût arrivé à une aussi haute
position. Tso prit une part active h la guerre des T'aï Ping,
et devenu en mai i863, gouverneur-général du Tché Kiang
et du Fou-Kien, il fut le fondateur de Tarsenal de Fou-
tchéou.
Tso était un petit homme gras et jovial, aux traits gros-
siers et aux petits yeux brillants de malice toujours en mou-
vement. 11 était soldat dans Tâme, sévère jx)ur ses troupes,
cruel, voire féroce ; honnête d'ailleurs, vivant simplement et
employant son argent à acheter des canons pour son armée».
Tel l'a connu le comte Bêla Széchenyi à cette époque (1877
1880).
Tso mit le siège, en 187 1, devant Sou-tchéou, dans le
Kan-Sou, qui tomba entre ses mains au mois d'octobre 1873 :
I. Voir la suite do ce mémoire, p. 187, 192, 3i4.
lUPPORT DE TSO TSOl .\(i-T \N(; KT DE KI.N ClIOUEN I "J^
RAPPORT DE TSO TSOL'NOT^ANG ET OE KIN ClIOUEN '
« La ville de doiixirme classe Son-Tclicou osl reprise.
« Los principaux chefs rebelles ont élo tués jusqu'au dernier.
a Nous adressons à T Empereur une liste de propositions ten-
dant à récompenser ses servileurs qui se sont distingués.
a Les Mahométans révoltés après avoir été débusqués du fau-
bourg oriental de la ville se retirèrent au cœur de la place où
acculés il résistaient encore.
« Au mois d'octobre, Tso Tsoung-l'ang et Sin Tcban-piao, à
la télé de leurs troupes arrivèrent devant Sou-lcbéou. L'armée
fut divisée en plusieurs colonnes. Du G au lo octobre beaucoup
de rebelles périrent. On demanda du renfort à Licou Kin-t'a*ig.
Le 34 octobre, Kin-Cbouen lança les colonnes d'assaut. Filles
bivouaquèrent sur les rempart.s. L'ennemi subit des pertc^s
sérieuses. Un de leurs chefs nonuné Masçcu sachant d'avance
que son crime le destinait à une mort certaine vint demander
merci. Le 4 novembre Tso Tsoung-tang le fit compiraître devant
lui et le II novembre ses crimes lui furent émumcrés ainsi (|ue
ceux de Ma Young-fou et autres. Masçeu fut ensuite mis à mort
avec ses complices.
« Kin-Chouen, Soung-Teigne, Sin Tchan-piao, Licou Kin-
t'ang mirent en même temps h mort tous les prisonniers (pi'ils
avaient faits parmi les troupes musulmanes battant la campagne.
« Toutes nos colonnes après avoir pénétré dans la ville pas-
sèrent au fil de Tépée tous les musulmans natifs de Sou-Tchéou.
Leur crime était impardonnable car la ville de Sou-tchéou n'a
été reprise qu'après être restée dix ans entre leurs mains.
« Tso Tsoung-t'ang et Kin-Chouen en faisant disparaître les
principaux chefs de la rébellion ont été les instruments de la
vengeance céleste et font l'objet de l'admiration des hommes.
« Tso Tsoung-t'ang a payé de sa personne et donné l'exemple
h ses lieutenants. Une place bien fortifiée et bien défendue n'a
pu résister à sa valeur grAce h ses moyens lactiques et straté-
giques. Tso Tsoung-t'ang a bien mérité de nous.
a Rin-Chouen mérite également d'être largement récompensé.
« Tso Tsoung-t'ang est nommé Vice Grand Secrétaire du (îrand
I. Décret delà Gazette de Pé Kinff, du i5 décembre 1873.
CORDIEH. II. — 1!1
17^ L*AKFA1UE DK KOlLDJi
(ionscil do l'Kinpiro et pronui nolilc lirréditairo do Iroisic'nu»
classe. »
Après s'être avancé jusqu'à Hanii(lin de 187^), le manque
d'argent et de vivres relarda les oi^ératlons de ïso jusfju'en
avril iSyl), époque à laquelle il s'axanra au delà de la (jrandt>
Muraille, et s\»ni|jara d'Ourounilsi, Ti-Hoa et Manas. A la
prise de cette dernière \ill<» assiégée par kin-Cliouen depuis
l(î *x septembre 1876 et prise le lO novenïbre 1876 après
imc héroïque défense, Tso reninivela' les atrocités commises
à \un-\an f(»u, et s'attira une protestation indignée du
général kaufliuann, gouvernein* général du Turkeslan russe.
LETTRE DU Oi^îNÉllAL KA1;FF!«A>N A TSO TSOUNG-t'aNG
En ma qualité de représentant au Turkcstan d'un Empereur
grand, juste et humain, je m'adresse à vous, très honorable Tso
Tsoung-l*ang. à votre titre de général en chef de l'armée d'une»
grande puissance amie et je crois devoir attirer votre attention
sur la manière dont la guerre est faite [>ar les troupes impériales
du lk>gdokhan dans le territoire situé à l'Ouest de (joutcliène
dont la population se compose principalement de Dounganes.
Vous savez, très-honorable Tso Tsoung-t'ang, que le détache
ment qui est commandé par le tsiang-kiuu Kin a assiégé pendant
deux mois fautomne dernier la ville de Manas.
Plusieurs assauts livrés par les troupes chinoises ont été re-
pousses et la population de celte ville, son chef à la léte, n'ont
caj/itulé qu'à la suite de ia promesse faite par le tsiang-kiun qu'on
leur accorderait une amnistie complète.
Le chef du détachement en question n'a pas tenu sa ])aroI(*
d'honnôte guerrier et plus de i 000 Dounganes, ainsi ipie des
femmes et des enfants, ont été traîtreusement massacrés après
l'occupation de Manas par les trou|)es chinoises.
Pareille manière d'agir, aussi cruelle que j)oriide, n'est pas
digne du chef de l'armée d'mie grande puissance et ne peut que
produire une impression des plus désavantageuses sur l'esprit des
populations que le gouvernement chinois se propose de soumettre
I. Gazette de Pé-King^ a5 janvier 1^77.
FIN m: I.\ HKHri.l.lnN NilMI.MWi: I-f)
h sa loi ; des cruaiilt's aussi torrihlcs no |)Ou\(miI avoir pour résultat
(lirpct que la dépopulation complMcdu ])aYset seront certainement
très-nuisibles aux inlérôts du f:;ouvernemcnl chinois lui-même.
En conséquence, je considère comme un devoir de vous prier,
très-honorable Tso Tsoung-l'ang, de vouloir bien porter une
attention sérieuse sur les atrocités que se permettent d'accomplir
vos subordonnés et de prendre des mesures pour qu'elles ne se
renouvellent pas. car jwireille manière d*agir ne |)cut certaine-
ment pas entrer dans les vues du gouvernement.
Le devoir du soldat consiste a lutter avec Tenncmi qui le
combat les armes à la main et non pas à tuer des habitants dés-
armés, des femmes et des enfants.
Je me suis adressé directement h vous, étant |)ersuadé que,
partageant mon opinion, vous ne permettrez jias à des chefs de
détachement de jeter une ombre défavorable sur la gloire et la
célébrité que vous avez si justement ao{uises parmi les généraux
du gouvernement chinois.
J'espère, très-honorable Tso Tsoung-t'ang. qu'en votre ({ualité
de haut fonctionnaire ayant une grande autorité et jouissant de
la pleine confiance de votre gouvernement, vous trouverez les
moyens d'arrôter un mal aussi contraire aux lois de Dieu, et à
celles de l'humanité.
FIX DE lA RÉnELLION MUSULMANE
Tso marchait contre Yakoub lorsque celui-ci mourut h
Korla, miné par la fatigue, après une maladie de treize jours,
devenu prcscjue fou, le ag mai 1877 *. Son corps fut trans-
porté à Kachgar où il fut inhumé. L'œuvre de Yakoub Unis-
sait avec lui : les Chinois contre lesquels ses successeurs ne
|K>uvaient lutter, s'emparèrent successivement de la capitale
de Témir, Aksou,le 19 octobre iS77,de Yarkand, le 21 dé-
cembre, de Kachgar, sans combat, le 26 décembre, et enfin
de khotan, le /| janvier 1878.
I. Kashgaria... by A. N. Kuropatkin... Translatrd froni tho Riissian
by Walter E. Gowan... Calcutta, i88a, in 8.
— The Ufe of Yakoub Beg... by D. C. Boulgcr... Loiidon. W. 11.
AlIcD. 1878, in-8.
i8o
h AFK.VIIIR l)K KOI LDJ\
Tso tinnoiira à la Cour ses >i('l()iros cl on l'en réeonipensail
magnifiquement.
Dkciœt ' rendu sur un ra|)|)orl du Vice -Roi Tso, de Kin
Cnoi EN et de Lieoi Tikn (envoyé par r(»urrier de i 5!00 lis
par jour avec drapeau rouge) - relatif à la prise» de ((uatre
villes dans TOuesl cl h la suppression de la rébellion dans le
Turkestan chinois.
Dès l'année dcrnitTC, quatre des places rorlcs du Turkestan
chinois oriental étaient prises. — Aussit(H après ces victoires
Licou Kin-t'ang lit ses plans pour s'emparer des cpiatre places
l'orliliées restant à prendre dans TOuesl du Turkestan.
Il envoya d'aI)orcl d*Aksou le général Yu llou-ngen à Barjouk
Manarhash avec des troupes régulières, marchant h découvert,
il lit partir en même temps de Oush, le général llouang Wan -
p*UDg avec des troupes dont la marche devait être dissinndée
jusqu'au moment fixé pour Tattaque de Ivachgar. Lieou Kin-t\ing
s'établit fortement à Barjouk Manarhash. Ses troupes qui s'étaient
mises en marche rapidement le ig décembre, reprenaient |x>sses-
sion de Yarkand le ai suivant. Le a^, précipitant davantage leur
marche, elles entraient dans Y'angi llissar cl faisaient rentrer
ainsi sous notre domination les musulmans k Turban.
Poussant plus en avant, elles arrivaient le aC décend)re de\aiit
Kachgar. Le général Yu Ilou-ngen se trouvait dans le voisinai^c
de cette place déjà depuis le 17. On attaqua de deux cotés à la
fois.
Le pseudo-général rebelle Wang Yang lin et ses band(»s furent
exterminées. Trois ou quatre mille honunes de cavalerie et d'in-
fanterie musulmanes venus à leur secours eurent h c(>nd)attre le
général Yu llou-ngen : ils furent dis[x>rsés ; la ville fut ouverte.
- Yu Hou -ngen disposa une partie de ses troupes de nutnière
à cou|)er la retraite à l'ennemi, puis il lança des colonnes à sa
|X)ursuite. Ces rebelles furent mis hors de combat.
Le chef rebelle Yu Siao-hou fut fait prisoimier ; un aulrechef
1. Cazclte de Pé Kifi*{, «lu iT» mars 1878.
2. Le (lra|>cau ruiigc désigne les courriers aniionçanl le succès définitif
d'une expédition et la capture du cli<'f d'une insurrection.
A la réce[»tion de ces courriers, rKm[>oreur, <{uelle que soit l'heure,
doit inimédiatenienl réunir >on conseil.
FIN nr. I,\ IIKHI.LMON MISII.MVM: \^\
iiomiiK* Lan Te-kiii trouva la mort, lui cl ses handos sur K» iliaiiij»
de bataille.
L'infanterie du général Siao Yuan-Iiong comhallil conjointe
nient avec les troupes du général Houang Wan-p'ung ; le [)scudo-
général en chef Ma-yuan fut fait prisonnier vivant et Je pseudo-
général rebelle Po J en-long fut tué. Toutes leurs bandes sont
anéanties. Lieoii Kin-t'ang lilécorclicr vifs et lentement le rebelle
musulman lvir\g Siang-in et son (ils, Yu Siao-liou, Ma- Yuan ;
leur tête fut ex|K)sée.En dehors de ceux-ci. onze cents prisonniers
faits à Kachgar furent décapités. Kachgar est donc complètement
délivrée des reb<îlles.
T-iC général Toung Fou-siang conduisit à manilie forcé(» ses
troupes sur Khotan : du 3 au f\ janvier, ce fut une succession de
combats et de soumissions, Khotan est débarrassée des rebelles.
Voici dix ans que les Pourouths s'élanl révoltés, le nuisulman
King Siang-in s'empara [>ar la force de Ivachgar : il rongea pro-
gressivement les huft villes qui constituent le Turkestan cbinois,
puis Tourfan, Ouroumtsi furent comprises dans ce désastre.
Voici dix ans que nous sommes les instruments célestes de la
punition de ces relxîlles. — Nous avions contié au Vice-I\oi Tso.
le soin d*agir comme commissaire impérial dans les limites des
nouvelles frontières (Turkestan et l)zomigarie). (l'est lui (|ui
conçut le plan d'o[)érer d'aboitl en Dzoungarie. 11 prit donc Ou-
roumtsi comme étant le point le plus im|)ort<int ; de là, il marcha
sur Manas. Il put ensuite avancer sur Tourfan par les diverses
roules dont ces places lui )i\raient la clef du Turkestan. Bientôt
s*avançanl dans l'Ouest, il en fut de Tinsurrection comme d'un
bambou qui, une fois fendu, éclate et se brise dans toute son
étendue.
Les huit villes du Turkestan nous sont rendu<»s et nous le
(levons à la protection du Ciel et à la sainte intercession de nos
aïeux.
(Suivent les récompenses, f\'\ pages.)
I^ Vice-Roi Tso est fait duc de a' classe; Licou Kin t'iing est
fait Iiaron ' .
IiC Turkestan (ihinois élait débarrassé de la rébellion :
I. Pour traduction conforme, signé : (1. 1)lvi.iiia.
i8a i/affairk de koildjv
le chef insiirgr Po Yon-hoii cl d'aiilrcs rehelles se réfiigièreiil
sur le lerriloire russe.
« I^a Cour ordonna immcdialement au Prince Koung et aux
membres du Tsoung-li Yamen de rap|)eler à M. de Bulzov que
le traité ne permettait pas de donner asile aux rebelles et de le
prier, en conséquence, d'aviser le Gouvernement russe, afin que
Po Yen-bou et les autres insurgés fussent livrés à la Cliine et que
Tamitié qui unit les deux Gouvernements reçut par là une nou-
velle consécration. Cette question donna lieu à plusieurs entre-
tiens ^ »
I. Mémoire du Yamen du ao juillet 1880.
ri'
CHAPn KE X
L'AFFAIRE DE KOULDJA
(.Suite).
MISSlOxN DE TCU'OING-IIEOI;
L'ancien ambassiidour en France, Tciroung-Hoou, alors
gouverneur-général de Féng-l'ien(Mandclioiirie) fui désigné,
au mois de juin 1878, pour aller en Russie renii)lir les
fonctions de ministre plénipolenliaire et traiter de la reslifu-
tion de Kouidja à son gouvernement ; avis de celle nomina-
tion fut donné aux légations étrangères par le priiice Koung :
Pé-king, le 34 août 1878.
Le 19 de ce mois, j'ai reçu avec respect le décret imj)érial
suivant :
Tch'oung IIeoi;, décoré de la phitne de paon à double œil et
du globule iU* prcniiÎTe classe, Tuteur dv. 3** classe du prince
liérilier du Trône, Membre du Cons<»il des AITaires élranj^'ères,
vice-présîdenl de gauche du Ministère de rinlérienr.déjà nommé
Ministre de Chine près la Cour de Russie, sera notre plénipo-
tentiaire.
Veuillez agréer, etc. K
Tch'oung-Heou aurait voulu prendre avec lui c<nume
interprète M. Devéria qui lui avait rendu de grands services
lors de sa première mission en Europe, mais il était im|)os-
1. Pour traduction conforme, signé: (j. Dlvékia.
i8/| i/afkaihk i»k koti.djv
sible, pour dos raisons faciles à comprendre, (|ue notre
uiinislre se séparai du principal fonctionnaire de sa lé«?ation.
L'accueil fait h Sainl-Pctersboiug a la nouvelle de la
nomination de Tch'oung-IIcou ne fui pas sans réserve :
« Aussitôt que le Cabinet de St. Pétcrsbourg fui informé par
son Chargé d*AlTaircs h Péking de la nomination d'un ministre
chinois, avant pour mission d'installer dans la capitale russe une
Légation permanente, il s'empressa de faire ressortir les anciennes
relations amicales qui unissent les deux pays ; on déclara que
l'on considérait la présence d'un ministre chinois h la Cour du
Tsar comme une nouvelle manjue de ces bonnes relations.
La (chancellerie impériale, pourtant, au milieu de ces paroles
engageantes, empreintes de l'esprit le plus conciliant, ne manipia
pas de faire sentir au Gouvernement chinois que, d'après les.
traitée, il n'avait pas le droit d'entretenir une Légation en Russie.
Cette restriction inattendue, sans doute, donna h réfléchir <iux
membres du Tsoung-H Yamcn et ils en viennent à se demander
quel était le ton qu'il convenait de prendre devant une réponse
011 perçait si peu d'empressement. Ce fut Tch'oung-IIeou, celui-là
même dont on discutait l'envoi à St. Pétersbourg qui prit la ])ar()Ie
et déclara, ce qui prouve son esprit de conciliation, cpie le meil-
leur côté de prendre cette réponse était de la regarder comnu»
une acceptation pure et simple. 11 eut soin toutefois de faire Re-
marquer qu'il convenait de lui conférer le titre de PiénipoliMv
tiaire, titre qui donnait à sa mission un caractère spécial et la
rend conforme au droit qu'a tout Pays d'envoyer des Ambassa-
deurs s'occupanl d'Alfaires... La principale raison,... qui a décidé
le gouvernement chinois h envoyer près la grande Cour du iNord
un Plénipotentiaire a été son désir de régler définitivement la
question de l'Ili*.
Voici quelles furent les instructions données à Tcb'oung-
lleou :
Ce hîiut fonctionnaire re(;ul une lettre de créance aux termes
de laquelle il devait dans l'intérêt de nos relations communes
I. Lettre de M. Brcnicr de Montmorand à M. Waddinglon, Pé-King,
9 septembre 1878.
MISSION i)K Tciroi Ni; iii;oi iSf)
faire un Iraito cl nogocicr la rclrocessioii de l'ili. ainni que la
roniise durel)olle Po Yen-liou ; desinslruclionslui furent ilonnées
|)ar la Cour lui recommandant d'user de la plus grande pru-
dence, de ne rien faire sans consulter le Palais ou sans prévenir
le Tsoung-li Yamen. Lors des audiences de con«j;é (jui furent
accordées à Tch'oung-Ueou, Leurs Majestés les Impératrices <^t
TEnipcreur lui réitérèrent les mêmes recommandations. De plus,
enfm, le Prince Ivoung et les membres du Tsoimg-Ii Yamen lui
dirent que Pairaire qu'il était chargé de régler était de la plus
haute im[X)rlance, et qu'il fallait tenir le Tsoung-li Yamen au
courant de ses négociations.
Le 3i décembre 1878, Tch'oung-lleou arrivait en Russie. Au
mois de mars, il eut une conférence sur la question de Tlli avec
le Ministre des Affaires étrangères Ko (Gortchakov). Pour ce <pii
est du remboursement des dépenses occasionnées par l'occupation
de rili en notre lieu et place, la Russie en admit le [)rincipe,
seulement avant de donner une ré[)ons(ï défmitive, elle voulut
qu'une entente s'établit à cet égard entre le Ministère de la
(juerre et celui des Finances. C'est |)oslérieurem(Mit à cela que
nous rcvùmes de Tch'oung-lleou une lettre disant que la Russie
consentait à rendre l'Ili. Notre représentant nous envoyait du
même coup un a|>erçu de ce qui s'était passé enire lui et MM.
Gortchakov et JUitzov au cours de leurs entretiens qui avaient
[ïorté sur trois points principaux :
i** Commerce. — a" Frontière. — 3" Indenmités.
Nous nous cmpressAmes d'en informer la Cour.
Peu de jours après, une nouvelle lettre de Tch'oung-lleou nous
disant que comme indenmité, il était conveim d'une soimne de
cinq millions de roubles.
Qu'en ce qui touche le commerce, la Russie réclamait l'ouver-
ture d'un débouché commercial à kia-yu-kouan.
Quant aux routes commerciales, la Russie désirait ([ue le com-
merce de Han-kéou put se faire jwir Lan-tchéou, llau-lchong et
Tché-ta et qu'on put avoir descomnumic^tionsà travers les routes
du Sud cl du Nord des Monts (iélestes. Elle demandait aussi
qu'on y ajoutât les routes de Niplchou et de Ivobdo.
Enfm pour ce qui est des frontières, la Russie en désirait la
rectification et voulait une ligne passant par ili, Kachgar et Tar-
bagalai; elle désirait de plus retenir une enclave de la partie Sud
de rili.
Les 6 et a3 juillet, les i4, 18 et 27 Août, nous avons télégra-
l8() L AFFAIRE DE ROULDJA
pliio h Tciroung-llcoii pour lui dire qu'il fallait s'en Icnir aux
iiuiitcs niarqucos autrefois en rouge, sur Ja carie, vl qu'il était
ou ne peut plus dinîcile de consentir à ce que l'ili fut réduit dans
sa partie méridionale, car l'enclave désirée, contenant les monts
Ko-teng et la rivière Tekkes, ce serait réduire l'Ui de sept dixièmes
et rendre illusoire la rétrocession de cette province. On ne pou-
vait du reste moditier arbitrairement ainsi un tracé qui avait été
déterminé en i864» à la suite d'un accord que l'on s'était solen-
nollement promis de respecter h l'avenir. Nous lui disions encore
dans ces différents télégranunes qu'il ne fallait pas perdre de vue
ce ([ui concernait le rebelle Po Ycn-hou et qu'en matière com-
merciale, moins il concéderait et plus facile deviendrait notre
contrôle. Nous lui avons dit ainsi qu'il fallait faire disparaître le
passage suivant : « à moins que le propriétaire des marcbandises
n'ait pas été mis au courant. » Le 8 juillet enfm, nous avons
écrit à Tcli'oung-IIcou qu'il ne devait pas revenir en Chine, sans
en avoir demande et obtenu la permission expresse de la Cour.
Le aS juillet nous avons écrit à Tciroung-Heou qu'on ne pou-
vait absolument pas consentir au morcellement de l'Ili.
Une réponse télégraphique de Tch'oung-Hcou nous parvint le
1 3 septembre ; elle nous disait que les termes de la Convention
se trouvant arrêtas, il était dilTicile d*en rouvrir la discussion ;
(|ue pour ce qui était de Po Yen-hou, il n'y avait rien à tenter.
Le 3o septembre, nouveau télégramme, dans lequel Tch'oung-
Heou nous disait que le aS du même mois, il s'était rendu sur
kîs bords de la Mer Noire, pour procéder à la signature de la
Convention.
Le II octobre enfin, Tch'oung-Hcou nous donnait par le télé-
graphe la nouvelle qu'en date du a octobre, il avait conclu une
convention sur les bords de la Mer Noire.
Dans un télégramme du a octobre qu'il nous expédiait des
bords de la Mer Noire, Tch*oung-Heou nous disait qu'il avait fait
deux articles séparés de la clause concernant la conservation par
les Russes de leurs propriétés en Ui, après la rétrocession de cette
province ; et de la clause accordant aux Russes le droit de navi-
gation jusqu'à Pctune.
Tciroung-Heou a introduit ces deux points dans la Convention
sans prendre l'avis du Yamen. Il en fut de même pour ce qui a
irait au commerce ; ne pouvant se pénétrer de nos instructions,
il n'a pas tenu compte des modifications que nous lui recom-
mandions. La concession de la roule de Niptchou cl rétablisse-
ment de Consulats, de maisons de commerce et (l'enlrej)ôls dans
des localités non ouvertes au counnerce, constituent des clauses
auxquelles depuis plusieurs armées notre Yamen avait déclaré m;
pouvoir pas souscrire. Tch'oung-IIcou les a néanmoins intro-
duites dans la Convention. De même aussi pour le déplacement
de notre ligne de frontière du côté derili/rarbagataïet Kacli^ar;
à maintes reprises, nous avions dit h Tciroung-lleou, par le té-
légraphe, qu'on ne pouvait absolument pas l'accorder. 11 n'a été
tenu aucun compte de nos recommandations.
La Cour fut ciactement mise au courant de ces choses *.
Tch'oung-Hcou s'embarqua a Chang-Haï sur le paquebot
des Messageries VAva, le 8 novenibrn 1878. Kn j)assant h
Paris où se trouvait Ts'êng, il y eut eniro les deux diplo-
mates quelques ditlicullés pour la [)réséance qui ilnaleinent
fut reconnue à Ïclfoung-Hcou.
LES FILS DE YAKOCJn
Les Russes ne connaissaient pas encore h; rap|)orl dt^ Tso
à rEnîi>ercur relatif aux quatre (ils de Vakoub, car les didî-
cultcs de Tch'oung-Heou eussent été plus grandes encore. :
Le fils d*un homme qui, par ses actes de rébellion, aura mé-
rité d'être écorché vif, — s* il na pris aucune part au crime de son
père, ne sera point puni de mort : il sera remis entre les mains
du Surintendant du Palais et condamné à la castration : il sera
envoyé ensuite dans la province de Sakhalin ou autres lieux pour
V devenir l'esclave d\in fonctionnaire militaire.
S'il a moins de onze ans, il restera en prison jusqu'au jour où
il sera en Age de subir la peine édictée par la loi.
Ahmed K.ouli (lils aîné de Yakoub) ayant quatorze ans révo-
lus, sera dirige sur Pé-king, dès que le Ministère de la Justice
aura donne des ordres à cet elTet. Ses frères seront soumis au
même châtiment, cpiand ils auront atteint leur onzième année ^.
1. Mémorandum du Yamcn du 20 juillet 1880, suite, voir p. 176,
19a, aii.
a. Gazette de Pé-King, 17 juin 1879.
iS8
l. VFF\IRE DE KOrM)J\
Los roj)ivsonlalions énergiques de» la lliissie amenèrent nn«^
ronimiilalion de la terrible peine el les enfants de» ^akonh
furent condamnes à l'emprisonnement dans une province*
éloignée.
THAITK DE IJVADIA, OCTOHHE 1879
TcliVmng Fleoii fut reçu en audience le 8/20 janvier 1879
poin* remettre ses lettres de créance ; il réclamait le rang
(Tainhassadein*, tandis que ses lettres ne lui donnaient cpie
celui d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire ; en
conséquence, il fut traité en « l\eprésentant » de l'empereur
de Chine.
Un traité en dix-huit articles fut signé à Li\adia |>ar
Tch'oung lleou, d'une part, MM de (iiers et de Butzov, dr
l'autre. Voici l'analyse des principales causes: 1. La Russie
rendra l'Ili, à l'exception de la portion Sud Ouest, dans la
direction de la rivière Tckkes ; IL Amnistie aux habitants
d'ili, maliométans ou non ; IIL Les habitants d'Ili sont libres
de rester dans le pays ou d'émigrer en territoire russe ri
devenir sujets russes ; IV. Les sujets russes qui pourraient
avoir acheté des propriétés dans l'Ili, apivs cpie le pays aura
été rendu, en conserven)nt le contrôle ; V. Les fonctionnaires
chargés du transfert se réuniront dans la ville d'Ili et agiront
suivant les ordres du gouverneur général «lu Chen-Si et du
Kan-Sou * et du gouverneur général du Turkestan*. Quand
le traité aura été approuvé par l'empereur de la Chine, le
gouverneur général du Clien-Si et du Kan Sou enverra un
fonctionnaire î\Tachkent pour prévenir le gouverneur général
du Turkcstan qui, dans une période de deux mois, devra
efleclucr le transfert de l'Ili ; VI. L'empereur de la Chine
paiera 5 millions de roubles à la Russie dans l'année qui
suivra l'échange du traité comme frais d'occupation depuis
I. Tso Tsoiingrang.
a. Général Rautîmann.
TiiAiTK ru: Livvniv i8()
1871 r( indoinnitr nu\ marrhands russes pour leurs porlos :
VU. Après rpio l'Ili aura rlé repris par la ('Jiin(\ l'Oiiesl «le
rili (îl le voisinage do la rivière Tekkes ser(»iil rendus à la
*Kiissio, afin que ceux rpii deviennenl sujets russes puissent
s'y établir; la fronliore séparant les deux pa>s est ainsi
délimitée :
La fronlitTc des deux pays commencera h la montfign(»
Piehclicntao ' et suivra la rivière Gorchos juscprà Tendroil
où elle se jette dans la rivière IJi. Elle suivra alors la rivière lli
dans une direction Sud jusrpi'au mont Wou tsoung tan, à TEst
du village Kouo li clia-t'eli. Elle suivra la ligne de raîledes mon
lagncs Akburtasli juscpiVi Tendrciit où la rivière lli se divise
au Nord, et de là a TEsl. Le mont lia la k'ai et l«»mont (lli'a
pu-cira-leii appartiendront à la lUissie. Suivant la rivière Tek-
kes, la fnmtière suivra de nouveau la ligne de» laite de la mon
tagne Akburtash à la passe kouo-keli su ta vvan. De là >ers le
Sud au mont Ai sb ko b^isb, el alors dans une direction Sud-
Ouest le long des monts suivants des T'ien Clian : lia- Ici -
Lo-tao, Kban lien ka-li *, Sa Ici ya-seb ka cliierb le-liu-kV>-
kouo, et Kara Tekke à la passif* du mont PanyokVb.
La frontière de Tancien kbokand, maintenant la province
russe de Fcrganah, est limitro[)be de la frontière cbinoise d(»
kacligar, etc., et les limites sont fixées de la manière suivante :
Du sommet de la montagne Suyok (dont la passe appar
tient à la Rus.sie), vers le Sud le long de In a la-kouo leli el
le pied de la passe Sa 00-yester jus(piVi mi (*bemin entre les
deux stations de Yecbing et Nakola Ciralal. De là à la ri
vière Cb'i ki lo pan à FEsl de la station Irkosbt'ang, el al(»rs
au Sud au mont Malitarbar ^.
VIII. Modification de la frontière de Tarbagataï fixée par
le i*' el le 2' article du traité de iSO/i ; 1\. Des l>ornes fron-
I. Pinchcn, carte de Scliu)-ler.
3. Khan-Tcngri (Scliu)lcr).
3. Presque tous ces noms sont méconnaissalilcs on chinois.
IÇ)0 L AFFAIRE DE ROL LDJA
lièrcs seront placc^cs quand les limites auront été fixées:
X. Suivant Tancien traité, la Russie avait des consuls A
Ui, Tarbagalai, Kacligar et Kouroun. Elle aura en plus de
ceux-ci la liberté de placer des consuls h la passe de Kia vu,
Kobdo, Ouliasoutaï, Ilami, Tourfan, Ourounilsi et Kouchlen«r.
Klle pourra nommer deux consuls en tout pour ces quatre
derniers points. Le consul nissc de Kia yii kouan contrôlera
le commerce russe passant par le Kan-Sou et le Chen-Si,
suivant les termes du traité de Pé-King de 1860; XI. Traite-
ment des réciproques ; XII. Les sujets russes sont autorisés
à faire le commerce en Mongolie sans payer de droits ;
XIII. Des boutiques et des magasins pourront (Hre construits
par les Russes dans les endroits où se trouvent des consuls
ainsi qu'à Kalgan ; XIV. Les marchands russes apportant des
marchandises par terre de Russie en Chine sont autorisés à
passer par kalgan et la passe de Kia-yii à Tien-Tsin et à Ilan-
Kéou, et à les vendre aussi à Kalgan, Kia-yii, Tang-tchéou, Si-
ngan et Han-tchong fou; ou ils peuvent prendre des mar-
chandises de CCS endroits pour les vendre k Tintérieur, comme
ils choisiront. Les négociants russes aciietant des marchan-
dises dans les villes et ports ci-dessus, ou ailleurs dans Tin-
térieur, ont aussi la liberté de transporter leurs marchandises
par les routes ci-dessus par Kalgan et la passe de Kia-yii en
Russie ; XV. Ce traité, en c^ qui concerne le commerce,
pourra être revisé cinq ans après rechange des ratifications:
XVI. Une réduction des droits sur le thé de qualité inférieure
sera décidée [>ar le Tsoung-li Yamen, de concert avec le plé-
nipotentiaire russe à Pé-King, dans l'espace d'un an après
l'échange des ratifications; XVIl. Bétail traversant la fron-
tière ; XVIII. Les ratifications devront être échangées {\
Saint-Pétersbourg dans l'espace d'un an. Ce traité signé à
deux exemplaires en mandchou, chinois, russe et français*.
I. Le traité de Livadia n'ajrant |)as été promulgué, j'ai été obligé {KHir
faire ce résumé de me servir d'une traduction anglaise, inédite je crois.
I)IS(;k\(:i' I)i: ii.ii oi ng-iikoi Kii
Il faut (|uo T(*li'(Hinfr-llo()u ail rl<' IVapix* (raliéiialion nicii
laie pour avoir signé un traité pareil ; même vaincue, apiès
une lutte acharnée, la Chine n'aurait jamais aerordé à la
Russie les avantages quVIleohtenait par le traité de Livadia.
Non seulement le Pe Lou était ahandonné ii la Ilussic, mais
aussi les passes, entre autres celle de Mouzarte, par laquelle
traverse la route militaire de K'ien-Loimg, conduisant de
kouldja h Aksou, qui commandent le Nan-Lou. Mais ce qui
était cependant plus grave aux yeux des Chinois, c'étaient les
privilèges commerciaux et la liherté de circidation en Chine
concédée aux Kusses.
Après avoir expédié son télégramme daté de la Mer
Noire, Tch'oung-Ueou n'attendit pas en Russie qu'un décret
vint Tauloriser à se mettre en route pour la Chine. Il était
extrêmement superstitieux et on raconte qu'mie sonnére lui
avait pivdil avant son dé|>arl de Chine qu'il mourrait s'il
restait au delà d'un certain tenq)s en Kurope. 11 arriva à
Cliang-llaï au conmiencement do décend)re 1879 et il se
rendit par terre à Pé King, où il parvint le 3 janvier 1880.
La veille paraissait un décret le destituant et déférant son
cas au jugement du ministre du Personnel.
DISGRACE DE TCh'oUNG MEOL
DÉCHET *
Le Président de gauche de la Cour des Censeurs, Tciroung-
Ileou, qui avait été envo>é |)ar nous en mission a l'étranger.
s'est pt»rmis de se mettre en roule et de rentrer à Pé-King sans
avoir attendu nos ordres. Que d'abord un hlAme doublement
sévère lui soit infligé au Ministère du Personnel aucpiel est dé-
féré son cas, que ses euqilois soient en même temps déclarés \a-
cants; — cl qu'il tittendc le verdict dudit Ministère; ijue les
faite par sir T. Wado, sur le texte chinois. Outre le traité, des règlenierils
coocemant le commerce par terre entre la Russie et la Cliin(> furent signés.
1. Gazette de Pé-King^ a janvier 1880.
IQa L AFFAIRE DE ROULDJA
Membres de la Grande Chancellerie Impériale, les Six Minis-
tères, les Neuf Cours, l'Académie des Han-l^in, la Direction de
rinstruction Publicjue, la (!lour Métropolitaine des Censeurs, la
Cour Provinciale des Censeurs, nous adressent un rapport col-
lectif impartial sur les articles de la Convention élaborée et sur
les Memorandn que nous a fait parvenir, à différentes reprises,
le ïsoung-li Yamcn ^
Le Yamcn ' prétondait que :
Nombre de stipulations de ja Convention que Tcli'oung-lleou
avait néfçociéc étant contraires aux instructions qu'il avait re-
çues de la Cour, ce document fut soiunis à l'examen d'un grand
conseil composé des Princes, des hauts fonctionnaires, des grands
chanceliers, des douze ministres et des neufs présidents de Cour.
Les concessions que fait cette convention — quant aux frontiè-
res, au trans|K)rtdes marchandises, à l'ouverture du Turkestan el
de la Dzoungaric au commerce, au transport des marchandises,
à travers ces régions jusqu'à llan-Kéou, à la navigation jusipi'à
Petune — ont, à Tunanimitc, été reconnus préjudiciables et
inadmissibles. Quant à Tch'oung-Heou qui n'a pas su se confor-
mer aux instructions de la Cour, qui n'a tenu dans ces négocia-
lions aucun compte des télégrammes cl des lettres du Tsoung-li
Yamcn, qui n'a agi qu'à sa guise et qui est revenu à Pé-King sans
avoir obtenu préalablement l'autorisation qu'il était également
tenu de demander, il a été reconnu coupable et sur la demande
du Conseil, privé de ses emplois par le Ministère du Personnel.
En outre, un décret ordonna au Ministère de la Justice de statuer
sur son crime.
Un diplomate faisait la remarque suivante :
« Le Gouvernement chinois se serait montré beaucoup moins
froissé de l'abandon définitif d'une portion de l'IIi que du refus
qu'aurait fait le Gouvernement Russe de lui livrer l'ancien chef
Toungani, Po Yen-hou, actuellement réfugié sur son territoire.
L'es|KHX5 de protection dont le promoteur de l'insurrection du
Chen-Si serait l'objet de la part de la Russie, aurait fortement
I. Pour traduction conforme, signé : G. Dev^:ria.
a. Mémoire du ao juillet 1880; voir p. 176, 187, ai/|.
-si-"'.-':'
iiulisposr In (loiir de IV-Kin«^ vl elle ne pardomierîlil pas l\ son
né^^ocitilcur de n'avoir pu trion)|)lier sur ce j>oinl des résista nces
du (.labinet de Sl.-lVlersboiirg. »
En réalité, les [>oiirsiiilcs dirigées ronire TchNning Heoii
éUiienl le triomphe de la réaction ; elles créaient une situa-
tion qni pouvait donner des incpiiétudes aux agents étran-
gers accrédités près de la cour de Pé-King et devait provo-
quer une démarche en fa\eur du malheureux ambassadeur
chinois.
«Les |)Oursuilcs dirigées aujourd'hui contre Tcb*oung-IIeou.
écrit M. Palenôlre, à M. VVaddington, Pé-Ring. 8 Février 1880,
peuvent donc être considérées comme une sorte de manifestalion
du jjarli anti-européen, contre la politique du Tsoung-Ii Yanien.
Celle situation devait naturellement éveiller Tattention du Corps
diplomatique et elle a provoc|ué dans ces derniers temps un
échange de pourparlers assez fréquent entre les chefs de mission
présents à Pé-King. Dans une réunion récente, Sir Thomas
Wadc, envisageant les consé<[uences fAcheuses que pourrait avoir
la condamnation de Tch'oung-lleou et l'impression désastreuse
qu'elle ne manquerait pas de produire en Europe, a proposé à
ses collègues de tenter, en sa faveur, ime démarche collective
auprès du Gouvernement Chinois. Cette ingérence, plus ou
moins directe de la diplomatie étrangère, dans les ailaires de la
Chine, n'était pas sans danger dans les circonstances actuelles :
elle pouvait achever de compromettre celui cpi'on voulait sauver
cl rendre plus difficile encore la position du Prince koung. Le
Ministre d'Allemagne en lit Tobservalion et j'avoue (|ue je
n'étais pas éloigné de partager ses liésitations. Sir Thomas ré-
pliqua que l'opinion publique en Angleterre lui reprocherait son
abstention, quelque motivée qu'elle put être el que, de toute
façon, il était résolu à intervenir. Le représentant des Etats-Lnis
obéissant h des préoccu))ations du même ordre, déclara se rallier
à Topinion du ministre anglais. Il inqH>rtait, avant tout, de ne
j>as rompre l'accord unanime (pii est ici notre seule sau\egard(»
vis-à-vis du Gouvernement chinois, — nous nous décidâmes donc
M. de Brandi et moi à sni>re rexenq)le de Sir Tbomas Wade
el de M. Seward, — le chargé d'alfaires de Hussie restant natu-
rellement en dehors d'une ué<j;ocialion à laquelle il ne lui était
CoRDICK. II. — lU
I()4 L AFFAIRE DR KOILDJA
pas possible de prendre part, sans 6lre soupçonné de l'avoir pro-
voquée. Comme nous différions, néanmoins, d'avis sur l'argu-
mentation ia plus propre à faire impression sur le Gou>crnemenl
Chinois, il fut convenu que chacun de nous resterait libre
d'adopter la rédaction qu'il préférerait, mais que nous nous com-
muniquerions réciproquement nos notes, avant de les envoyer
au Tsoung-li Yamcn...
Dans sa note :
Le Ministre d'Angleterre, après avoir posé en principe qu'il
n'entend nullement contester à la Chine le droit de régler,
comme il lui plait, les questions qui touchent à son administra-
tion intérieure, ajoute qu'il croit néanmoins de son devoir de la
mettre en garde contre des mesures qui auraient pour eflel de
blesser le sentiment public dans les pays étrangers. Faisant
allusion aux rigueurs draconiennes déployées en i858 contre un
négociateur chinois, en butte aux mêmes accusalions que
Tciroung-Iïcou, il appelle Tatlention du gouvernement imi^érial
sur les conséquences d'une condamnation capitale, dont la nou-
velle ne manquerait pas d'être accueillie avec une extrême sévé-
rité par les Cabinets européens.
M. Sewarda cru pouvoir aller plus loin encore ; sa note est un
véritable plaidoyer en faveur de l'Ambassadeur chinois ; les pour-
suites, dirigées contre ce mandarin, y sont dénoncées comme ins-
pirées par le parti hostile aux étrangers et comme pouvant avoir
les plus regrettables conséquences, au |)oint de vue des relations
internationales du Céleste Empire.
Le Ministre d'Allemagne s'est borné h signaler au Tsoung-li
Y amen les rumeurs fâcheuses qui courent en ce moment dans
le public et qui sembleraient l'indice de tendances peu favorables
au maintien de la politique inaugurée par la Chine dans ces der-
nières années ; il a exprimé en même temps l'espoir que les
ImjK»ratrices Régentes aviseraient aux moyens de mettre une
prompte un aux dilTicultés de la situation présente.
Voici la note * de notre chargé d'aflaires au prince Koung
1. Les notes des ministres étrangers furent envoyées au Yanion le
6 février 1880.
-*rv
Disr.nAci: DE Tcii ()i:n(J -iiEoi iq;)
et aux monihros du Ts<>un«i[ li Yaincri ; la noir est coiiriK?
dans un esprit analogue à celle de M. von Brandt.
Pé-Ring, le G février 1880.
Monseigneur,
Messieurs,
Depuis que des relations régulières se sont établies entre nous
et la Chine, notre constant espoir a toujours été de voir se res-
serrer et s*a(Termir les liens d'amitié qui existent actuellement
entre le Céleste Empire et les Puissances Occidentales. En admet-
tant, comme elle Ta fait dans ces dernières années, le princi|)e
de réciprixîité en matière de représentation diplomatique, la Cour
de Pé-King semblait s'être placée au rnômc point de vue et avoir
compris les avantages d'une entente plus intime avec des gou-
vernements qui, tout en obéissant aux principes d'une ci>ilisa-
tion différente, n'ont jamais manqué de témoigner lems synqw-
thics pour la dynastie des Tsing. Nous nous étions plu de notre
côté, h considérer la présence d'envoyés chinois dans les princi-
pales capitales de l'Europe, comme un gage de ces dispositions
favorables et l'accueil empressé fait en toutes circonstances aux
ambassadeurs de S. M. I. est une preuve suflisante que les Puis-
sances ne se sont point montrées insensibles à cette marque de
bon vouloir.
Il nous était permis d'espérer que quehpics-uns des hauts
fonctionnaires que la Cour Impériale avait jugés dignes d'assez
de conGance pour représenter leur pays à l'étranger, [wurraient
être un jour appelés à faire partie des conseils de l'Empire, et
qu'après avoir contribué h faire mieux connaître la Chine aux
Gouvernements eurojMH?ns, ils pourraient plus lard contribuer à
donner au Gouvernement Chinois une notion plus complète de
l'Europe et travailler dans un intérêt commun à dissiper de re-
grettables malentendus.
Les événements paraissent malheureusement démentir en par-
tic ces espérances. Les divers personnages que la Cour de
Pé-King a jusi|u*ici accrédités auprès des nations étrangères, sem-
blent devoir, à leur retour, rester, [X)ur une cause ou |)our une
autre, en dehors des allaires publicpies et perdre ainsi l'occasion
de mettre au service du Trône, l'expérience ac(piise par leur
séjour au dehors.
\\\() i/aFFAIUK 1)K kolldjx
Les décrets insérés les 3 el 38 janvier dans la Gazette de Pé-
h'iiKjj — si nous en avons Lien compris la ]X)rtée el s'il faut tenir
compte surtout des commentaires dont ils sont l'objet . — au-
raient pour ciTct de rendre plus précaire que janiais la situation
des représentants de la Chine, et de diminuer par suite leiu-
autorité auprès des Gouvernements étrangers, au grand détri-
ment des intérêts généraux qu'ils sont appelés h sauvegarder.
Convaincu que rien n'est plus contraire aux intentions du Ciou-
vernement inq)érial, j*ai cru de mon devoir de l'aviser de l'in-
terprétation qui pourrait, peut-être, être donnée en Europe à
des mesures, dont la rumeur publique dénature certainement
la signification, mais qui méritent néanmoins de fixer notre
attention.
V. A. I. ne se méprendra pas sur la pensée tout amicale qui
rn'a dicté cette démarche et je serais heureux qu'elle voulut bien
y voir une preuve nouvelle du sincère désir dont je suis animé,
de maintenir intacts les bons ra|)|K)rts qui unissent nos deux
gouvernements.
Veuillez...
Signé : Patenôtke.
Le Vamcn répondit :
Pé-King, le 16 février 1880.
Nous avons Thon neuf de vous accuser réception de la lettre
que nous a adressée Votre Excellence h l'occasion des affaires
sino-russes et des délibérations qui ont eu lieu relativement au
haut fonctionnaire Tch'oung.
Nous sommejs confus des marques de sollicitude que nous
donne V. Exe. dans cette circonstance, sollicitude qui nous
prouve combien vous prenez à cœur tout ce qui serait de nature
à influer en bien ou en mal sur la prospérité de nos relations
d'amitié.
Nous ne saurions taire combien de tels sentiments d'amitié
nous agréent.
Quant h ce dont on s'est occupé ces derniers temps, bien qu'on
n'ait encore rien décidé, il faut espérer que la solution qu'on at-
tend sera h la satisfaction de tous, telle (jue les temps et les cir-
constances la comportent. En cela, nous sommes du môme sen-
rr.H\N«. K.lM-l ni m. Mi"
tiiiiciil que \ . Kxc, ot reconnaissants dr s«'s inan|ues crinUMÔl.
nous la prions d'aj^réor. etc. '.
TCHAX; TCIII T OUNC.
Parmi roux qui se iiionlrrrcnt \v plus acharnés h la périr
(le ce malheureux TcIToiuifr lleou, se trouvait Tchang Tclii
l'oung^, sous-lccleur à l'Académie llan Lin (juin 1880), né
en i835 ou 1887 a Nan |>'i, dans le Tché li. Juge au Kouang
Toung(mars i8()5), puis trésorier au Kiang-Sou (mai i8(>S),
Tchang, homme fort intelligent et lettré distingué, sVsl ton
jours montré fort hostile aux étrangers, (pioi «[u'on en ait
dit. On pourra juger de son étal d*es|)rit par la supplicpie
dont voici la fin, qu*il adressa au Ironie en dtH3(;mbre 1870,
quelques mois après le massacre de Tien Tsin :
« Nous supplions donc le gouvernement de montrer une re-
crudescence de vigueur. Il agira ainsi suivant le v(lmi du |)4Mq)le.
Ou*on rompe toute relation avec ces démons malfaisants ! Ou*on
cesse de pactiser avec ces renards. (^)u'on se débarrasse d'abord
des Barbares a l'intérieur. On avisera ensuite aux niovens de les
arriMer à Textérieur. Qu'on forme une ligue |)our défendre les
approches du territoire, qu'on réjwre les forteresses des |)orts,
qu'on arriHe la circulation des navires des Barbares! Nos troujK\s
sont innombrables. Ia»s collines et les lliuives se lèveront contn»
nos ennemis et quand ces vils ins<rtes, (piand ces jeteurs de
maléfices seront exterminés, le Soleil et la Lime resplendiront
de nouveau dans tout leur éclat. On aura la\é la tache qui pol-
lue rRnq)ire; satislacti<»n sera donnée au iVuA et à l'indignation
du |)eu)>le. Le déshonneur de deux KinjMMeurs sera vengé, l'hu-
miliation de deux règnes réparée. la joie éclatera dans rKnq)ire.
1^» Trùnc .sera glorifié '?
Mais la grande fortune politicpie de Tchang, alors sous
1. Pour traduction conforme, sifrnè ; Di.xkkia.
2. Frcrc de Tchang Tchi-wa II, mort juillet iN<)«S; l'oii-l'aï clu llo-Naii.
piiiN Min-Tclié Tsong-lou.
3. Inédit.
IQ'^ l'affaire de kouldja
leclenrà rAc^demic des Han-Lin', date du rapport violent
qu'il adressa au trône, dénonçant le traite signé à Livadia
parTch'oung-IIeou ; ce mémoire, véritable acte d'accusation,
est écrit avec une grande éloquence et il est bon de recon-
naître que ses réclamations, au point de vue chinois, étaient
parfaitement justes * :
A Tcxception des plus étourdissantes bévues dans les dix-huit
articles du nouveau traité, je ne parlerai pas du traité : Par une
route de terre commerciale de Kia Yu Kouan directement h llan
Keou. via les villes de Si-ngan et Han-ichong, les points vulné-
rables du Kan-Sou et du Chen-Si et les parties en amont de
Tching et Tch*ou (Hou-Pé, etc.) sont tous menacés. Des lieux
de commerce, augmentant chaque jour de nombre, se propage-
ront comme de mauvaises herbes, les nouvelles circuleront par-
tout et quoique notre frontière sera gardée, nous aurons perdu
le vrai cœur de la nation. Ceci est la prcnifère concession à re-
fuser.
Les provinces mandchoqriennes sont le berceau de la famille
impériale et la ville de Petuné ' est le centre de la province de
Kirin. Si Votre Majesté autorise Tapproche de vaisseaux russes,
la concession équivaut à ouvrir toute la Mandchourie aux Russes.
Ils seront alors tout près de Pé-King, notre frontière du nord
(littéralement la tête et les épaules) sera sans défense et . exposée
et nous nous serons volontairement retirés à 3 000 li h l'ouest de
Soui Fen ^ sans aucune raison. La navigation dans nos fleuves
intérieurs a été depuis de longues années recherchée en vain par
les puissances étranjçères, et si nous accordons ce privilège à la
Russie, les autres Etats seront guidés dans leurs demandes par
cet exemple. Ceci est la seconde concession à refuser.
Quand notre gouvernement n'insiste pas sur le paiement des
droits, c'est comme une mesure de soulagement pour les com-
merçants. Mais si en Dzoungarie, en Kachgarie, et dans toute la
I. Cke Fou ; il y en a cinq : deux mandchous et trois chinois,
a. Traduit de l'anglais; la traduction anglaise du rapport entier a été
publiée dans le North-China Herald, 18 mai cl i^*"* juin i88o.
3. N.-O. de Kirin.
4. Petite rivière se jettant dans la Baie de Pierre -le -Grand, on face et
& l'Ouest de Vladivostock.
KM VN<; TCin-T ni N<; !()()
Mongolie, les Russes sont aulorisésà l'aire lecoimneree sans j)aver
aucun droit, les marchands chinois seront réduits ii la mendicité
avec le temps. Ceci est une petite considération en com[)araison
de ce qui suivra. Les faibles et misérables Mongols existeront
seulement pour être les victimes des évadions russes et la grande
dépense qui Vésultcra de la soumission de la Nouvelle Frontière^
aura été perdue pour le seulbénélice des Russes. El, en outre, les
établissements de commerce ({u*ils ont ouverts à Ralgan ^ et
autres villes dans l'intérieur s'étendront graduellement de tous
côtés, de telle façon que, au début des hostilités, leurs comiiui-
nications seront complètes d'un bout à l'autre, loooolien
dedans de nos frontières. Ceci est la troisième concession à re-
fuser.
Les dépendances de la Mongolie intérieure et extérieure sont
les boulevards de la Chine. Le désert de (iobi ', d'une étendue
de loooo H est une barrière mise parle (^iel contre les Russes,
et s'ils cherchent à envahir nos frontières, ils la trouveront, tout
le long de nos limites septentrionales, diflicile et contrariante.
Mais si les Russes sont autorisés à sé<luire par des avantages pécu-
niaires les Mongols qui sont déjîi à leur servic<* comme courriers
et employés dans les stations postales de Mongolie, et qu(^ la
guerre vienne à éclater un jour, les Russes auront une parfaite
et simple communication par lettre, leur Conmiissariat et leur
Trésorerie ne seront pas gênés; par leur influence, ils souille-
ront la rébellion dans nos Ëtals tributaires, et nos tribus agiront
comme guides russes. Ceci est la quatrième concession h refusiT.
Le Traité énumère trente-six barrières par les([uelles les Russes
ont le droit de passer la frontière. Klles comprennent une ligne
beaucoup trop longue: nous rendant également impossible d'exa-
miner les caravanes de commerce en temps de paix ou de r(*|)ousser
une armée d'invasion en temps de guerre. Ceci est la cin^juième
concession à refuser.
Il n'y a pas de loi qui permette à un marchand, de quelque
nationalité qu'il soit, à jKirler des armes. Qu'est-ce que peut
signilier alors une déclaration du traité, faite sans la moindre
raison, qucf chaque Russe peut porter un fusil? A l'entrée sou-
daine d'une bande d'une centaine ou d'un millier de Russes, (pii
I. Sin-Kiang.
a. Trliang kia kVoii.
3. Cha Mo.
9.(H) LAFFVIKE UK KOtLDJV
sera capable de distinguer les soldais des niarcliaiids ? Ceci esl la
sixième concession à refuser.
Dans toutes les clauses visant le commerce et les droits, les
Russes obtiennent, d'une façon délournée, quelque avanta«:e ;
les autres pays espéreront des privilèges semblables, et feront des
demandes similaires et le revenu de la douane de Ilan-keou mon-
trera cliaquc année un déficit de millions de taëls. (^eci est la
septième concession à refuser.
Quoique, dans la troisième année T'oung-Tcbé (i80/|-i^^'>).
les frontières du Nouvel Etat (^Sin-Kiang) ont été définies p«u*
traité, les Russes désirent maintenant annexer du terrain dans
l'intérieur de ces limites et de couper nos communications avec
la plus méridionale des huit villes du Turkeslan'. La portion
Nord du Territoire Nouveau (^Sin-Kiang^ est stérile et aride, mais
les villes du Sud sont riches et populeuses. Nous luttons pour
un désert pierreux, et abandonnons un sol fertile. Nous luttons
pour une fausse gloire et nous nous heurtons à une vraie cala-
mité. Ceci est la huitièn^e concession h refuser.
Nous allons autoriser les Russes à installer des Consuls à Ili,
Tarbagatai, Robdo, Ouliasout'aï, Kachgar, Ouroumtsi, Koutché,
Hami, Tourfan, Kia Yu Kouan, etc., et leur donnons ainsi le
contrôle de la frontière nord-ouest et de la totalité du Territoire
Nouveau. Avec les fonctionnaires étrangers viennent les commer-
çants étrangers, et avec les commerçants étrangers viennent les
soldats étrangers. Ils usurperont notre autorité et notre influence
pour commencer, et avec le temps, nos invités seront devenus
nos hôtes. Il arrivera que les fonctfonnaires seront Russes, et que
nous n'aurons pas de fonctionnaires ; que les soldats seront russes
et que nous n'aurons pas de soldats. Par ime loi reconnue dans
tout j>ays, les côtes et les frontières de Chine sont les seuls endroits
où les consuls des États Étrangers sont autorisés à résider. Mais
des villes comme Ouliasout'aï, Kobdo, Ouroumtsi, Routché.
Hami et Kia Yu Rouan sont en deçà de nos frontières, et avec
chaque pays, suivant l'exemple donné par la Russie, tout l'inté-
rieur des dix-huit provinces de la Chine sera inondé de fonction-
naires étrangers. Ceci est la neuvième concession a réfuser.
En autorisant les Russes à nous rendre ili, pendant qu'ils s'at-
tachent encore fièrement à trois côtés des j>asses montagneuses,
1. Kachgar, K'arachar, Koutché, A.ksou. Khotan, Hami, Och et
Yarkaiid.
Mil \\(; iciii r oi N(. Hïi
à Inirs barri«Tos iiilrriciircs cl cxtérieun'^, et (ItMiitMircnl sur \vs
liniiloiirs (|ui <loniliioiit les plaines, nous perdons les elel's dn
|>ays. Hctrnnciiez de Tlli, la partie à Tonesl de la rivière Koksou
et au nord de Kocrlnnanlou. et il ne restera pas dV*lendue de
terrain pour labourer, pas de pâturage pour faire |)aitn* nos trou-
|)4*au\ et il ne restera ri<>n de la richesse du pays. Kin-lin^-se
aussi, qui a été longtemps un niarclié connnercial russe ne doit
|Vis nous revenir, et deviendra (>ar Irailé, une |)ossession russe.
Ainsi la longue route princijMile de TKst (e'esl à dire la Chine
propre) h l'IIi, devra |>asser à travers un nid de tinsses et le pays
sera sans un dél)ouché. Aussi ]m*u cpril y a d'hahilants laissés
dans celle contrée, eux aussi seront chassés jKir les llusses. le
pays sera abandonné et nous aurons jeté 3800000 Uiëls d*argenl
utile |)Our rentrer en jx)ssession d'un lli sans défenses naturelh's.
sans ressources nialérielles, sans |)opulation. et sans un délM>uché.
El pour quel bien P Ceci est la dixième concession à refuser.
Devenu gouverneur du Chan-Si (^janvier iiSS'.?), puis f:ou
vcmcur général des deux Kouang (août iS<S'|) et enlin des
deux Hou (8 août 1889), Tcliang reslera toujours ullra-
conservateur ; il a ét^rit récennnent*:
« Dernièrement une revue anglaise se nio<piail des Chinois en
disant : « Ceux-ci ne veulent pas que la Chine de\ienne un em-
pire puissant en changeant ses vieilles métluMles », et on donnait
connue raison de cette déraisonnable conduite leur excessif atta-
chement à la doctrine deConfucius. Mais en disant cela, la lUnne
Si* trompait; car nos Quatre Classi(|ues (jue les Kuropéens ont
traduits ne contiennent (pie la doctrine t(*lle «pielle lein* a été
expli(|uée par quehpie lettré vulgaire, ou par <pi(*l(pie maitre
dV»cole de village ; en S(»rle <|ue le journaliste anglais, ne connai^-
sant |)as la doctrine deConfucius, est a|irèstoul assez excusabh*...
Kn xérité, la doctrine de Confucius dévelopjM' grandement la
culture (intellectuelle et morale) de ses adeptes ; elle façonne et
reslreint Forlemenl leurs imenrs au ino\en des rites: elle pres-
crit de re|)asser les connaissances de ranti(|uité tout en apprenant
les choses nouvelles; elle aide le ciel (et la terre) dans la [u-o-
I. K'iuon Hio-plon (Kxliortutioiis à l'Etude), trudiiil par h; P. Jérùiiio
Tobar. Shanghaï, 1898. p. i3.
:uri L VFFMHE I)K KOIJLDJ V
duel ion ol le développcnicnl des êtres cl pénètre jnsciu'au fond
l*intime nature des choses. Quant au gou>erneinent enseigné par
Confucius, il se réduit à faire respecter ceux cpii sont dignes de
respect et à faire aimer ses proches : il enrichit d'abord le peuple,
puis il s'occupe de son éducation ; il cultive les vertus propres au
temps de la paix et fait des préparatifs pour la guerre ; il acco-
mode enfin son enseignement aux besoins du temps présent.
Kn un mot, Confucius, par ses vertus, s'est joint aux mille saints,
il égale les cent rois, il forme une troisième puissance avec le
Ciel et la Terre et coopère ainsi à la transformation de toutes
choses. »
MISE EN JUGEMENT DE TCn^OUNG-HEO!'
Ordre est donné à la Haute Cour constituée de fixer la peine
méritée par Tch'oung-Heou :
Nous ordonnons au Prince Toun de prendre part aux Conseils
qui se réuniront pour statuer sur le cas de Tch'oung-Heou et de
nous adresser un rapport.
Respectez ceci '.
Second décret du même jour ^ :
Tch'oung-Heou ayant pris sur lui de revenir a Pé-King sans
avoir attendu nos ordres a été dégradé, arrêté et mis en juge-
ment au Ministore de la Justice, chargé de statuer sur son crime.
Ce Ministère, vu la gravité du cas de Tch'oung-Heou, nous a
exprimé le désir d'être assisté d'un Conseil composé de Princes
et de hauts fonctionnaires.
Le Ministère de la Justice et le (Conseil assesseur nous ont fait
parvenir chacun un rapport établissant que Tch'oung-Heou,
chargé d'une mission à l'étranger, a, dans les allaires qu'il a
traitées, enfreint les instructions qu'il avait reçues et outrepassé
ses pouvoirs.
Ge cas étant très grave, nous ordonnons aux Princes de i'"'' et
de 2^ rang, aux grands olliciers de la Présence, au Prince et aux
I
I. Gazette de Pé-King, du 17 février 1880. — Décret des deux Impé-
ratrices.
3. Gazette de Pé-King, du 17 février 1880.
DKl.UHT I)i:S DF.l \ IMPKHA lUIClIS rî()3
Minislrcs membres du Tsoim';-li Yameîi. à la grande (lliancel-
leric, aux six Minislères, à la (lour des (ienseiirs de se réunir en
Conseil pour fixer la peine à laquelle doit èlre condamné
ïcli'onng-IIeoii.
RcspecU»/ C4îci * .
NOMINATION DU MAligUlS Ts'f^M; "
D'antre pari la Chine décrèlc Tenvoi en Russie, du Mar
c|uis Ts'èng, niinislrc à Paris, pour reniellrc une lettre de
rEmpercur au Tsar, et lui expliquer, dit le Mémoire du
Yamen déjà cité, « de point en point, en vue d'alTirnier leurs
bonnes relations, ce qu'il y a d'impraticable et de fôcheux
dans les différentes clauses du traité précédemment négocié ».
DÉCRET DES DEl^X IMPÉRATRICES
Nous avons précédemment ordonné que l'on soumette aux
Princes de i" et de 2* rang, aux Ministres de la Présence, an\
membres du Conseil Privé, au Prince et Ministres du Tsoung-li
Yamcn, aux Six Ministères, aux Neufs Cours, aux Grands Chan-
celiers, aux Président de la Cour des Censeurs, ailn qu'ils les exa-
minent de nouveau :
I* Les rapports adressés à la Cour jmr la Grande Cliancellerie,
les Six Ministères, les Neul'CiOurs. TAcadémie, les Censeurs mé-
tropolitains et provinciaux, et dans lesquels, |K)ur se conformer
cî nos ordres, ces administrations ex|)osaient leur manière devoir
sur les articles du Traité et autres affaires négociées parTciroung-
Ileou.
a" Les rap|X)rts et notes que nous avaient fait parvenir à dif-
férentes reprises des fonctionnaires de rang supérieur ou infé-
rieur.
Nous avons aussi ordonné au Prince Toun de prendre part
aux délibérations du (Conseil (ainsi formé).
En consécpience de ces ordres, les Princes et liants fondioii-
I. Pour tradiiclion conforme, signe : Devêkia.
a. Gazette de Pé-Kîng, du 17 février 1880.
*.()'l L \KF\IRK DE ROI LDJ \
Maires oui délibéré en conseil et nous ont adressé leur rapport :
le Prince ïoun nous a fait tenir une note séparée.
Tous ces rapports expriment la même manière de voir :
Tciroung-lleou avait reçu de la Cour Tordre de se rendre à
l'étranger ; dans le Traité et autres afTaires qu'il a négociées, il
a, sur certains points, enfreint nos instructions et outrepassé ses
|)Ouvoirs.
Mais, comme d'autre part, il y a beaucoup de clioses imprati-
cables dans ce dont nous entretiennent les rap|K)rls à nous
adressés par les fonctioimaires de la capitale et des provinces,
nous ordonnons à Tseng Ki-tseu, Manjuis de Y-Yong, Vici»-lVé
sident de la Cour de (iassalion, d'aller négocier de nouveau les
))oints à trailcr en vue d'un accord satisfaisant et pour alTermir
les relations internationales K
RAPPORT DE WEN-YU, MINISTRE OE LA JUSTICE*
Tch'oung- Hcou était un personnage considcrablo, et le
Ministre de la justice, Wen-yu, n'était jjps sans appréhen-
sion sur la responsabilité qu'il courait et les vengeances qu'il
pouvait attirer sur lui, aussi cherclia-t-il à s'abriter derrière
quelques collègues :
Le recueil de nos lois ne contenant rien d'applicable au cas
très grave (de Tcb'oung-Heou), je m'agenouille et prie la (^our
de déléguer des J^rinces et de bauts fonctionnaires pour s'ocxuper
conjointement avec moi de ce procès et donner ainsi à la procé-
dure le caractère sérieux qu'elle com])orte.
Conformément à un décret, en date du iG de la la*' lune de
l'année dernière, ordonnant de statuer sévèrement dans TalTairc
de Tcli'oung-IIeou, coupable d'avoir enfreint les règlements, le
Ministère du Personnel décida sa destitution. La Cour, jugeant
celte pMiie insulTisante, ordonna que Tcb'oung-Ileou fut arrêté et
conduit au Ministère de la Justice, cliargé de statuer sur son crime.
Kn vertu de ce déîcret, Tcb'oung-Heou nous a été amené [>ar
des soldats de la bannière tartare à laquelle il appartient, et nous
a\ons aussitôt désigné des fonctionnaires ix)ur procéder à son
1. Pour tradiiclioii conforme, signé : Devéria.
a. (îazclte de Pé-King, 27 février ii<8o.
Il\r»l»OUT I>K WK>-Vl , MIMSTIU: hi: I-\ .n STICK -^O.)
inlcrro«;aloiro. Il a n''|>on(ln (\\n\ jus(|u'iri, los ronciionnaii-rs cii-
>o\r*s iMi mission h INHranfîor s'rlaiciil toujours mis m roule |x>iir
Pr-Kîng après a\oir simplomonl salué à ^^[enoux ' lo rappori (pi'ils
o\[M*diaienl en ni^mc temps h laCiOur ([X)urrenilre rompt (mIo leur
Mission et annoncer leur retour) ; qu(» son erreur avait été de
s'autoriser de ce précédent pour partir dans les mêmes conditions.
Tch*oung-Ilcou. en sa qualité de haut fonctionnaire, avait revu
de la Cour une mission importante ; au Heu d'attendre respec-
tueusement que la Cour ait fait connaître si elle approuvait la
manière dont il s'en était ac(piitté, il prit sur lui de revenir à
Pé-King, se mettant ainsi dans un cas très-grave.
Pour me conformer au décret dans lequel il est dit cpie sa des-
titution est une j>einc trop légère, j'ai recherché dans nos lois
quelleétait celle qui s'approprierait le mieux au cas de Tch'oung-
lleou. Je n'ai rien trouvé qui s'y rapportât spécialement.
La 8" année du règne de Ilien-Koung, Ki-Yiug avait commis
le môme crime que Ïch'oung-Ileou, c'est-à-dire (pie lui aussi
avait pris sur lui seul de revenir à Pé-King avant d'en avoir reçu
l'autorisation. Un décret sj)écial enjoignit aux Princes et aux
liauts fonctionnaires de se réunir en Conseil et de faire connaître
leur verdict h la Cour.
En plus de ce précédent, j'ai pu constater que toutes les fois
qu'il s'est agi d'un crime commis par de hauts fonctionnaires,
leur peine a toujours été déterminée par un Conseil conqx)sé de
IVînccs, de hauts fonctionnaires, de grands (4hanceliers, etc., etc.
Or, considérant d'une part, <pie le cas de Tciroimg-lleou, qui
est haut fonctionnaire, est au Ministère de la Justice; considé-
rant, d'autre part, (|ue le cas en question n'est prévu par aucune
do nos lois, je me vois obligé de prier la Cour d'adjoindre au
Ministère de la Justice un Conseil composé de Princes et de hauts
fonctionnaires, chargé de statuer sur le sort de Tch'oung-Heou.
Son cas étant extrêmement grave, je n'ai pas osé prendre sur
moi seul de le jnger ; j'explique resjMH'lueusemeiit ici pounpioi
je demande l'assistance d'un (Conseil.
Uéponsc sera faite au rapport ci-dessus '.
1. Tontes les fois (|u*un fonctionnaire chinois expédie une pièce ofli-
ciollo H la Cour, réliipicltc exige qu'il fasse le simuincrc ri'uno remise
|tcrsonnelle à rEnijicrenr et se |)rostcrne «lovant le dotunient destiné h son
îioiiverain.
2. Pour traduction conforme, signé: (î. Dkvkria.
i
.1. f
2oC) l'affaiue de koildja
La Cliine n'était pas sans inquiétude au sujet de la con-
damnation probable de Tcb'oung-IIeou, ainsi quVn témoi-
gne le décret impérial suivant^ dans lequel le Gouverne-
ment fait appel aux capacités:
Les temps étant devenus durs et les circonstances malheu-
reuses, j'ai le plus grand besoin du concours de tous les talents
supérieurs. Maintes fois déjà, j*ai ordonné aux Vice-Rois et gou-
verneurs provinciaux de me faire connaître les talents de cha-
cun, afin de pouvoir, à un moment donné, recourir à leurs
services. Mais j*ai lieu de craindre que la plus grande partie des
hommes doués de capacités extraordinaires et de facultés supé-
rieures ne soit encore dans Tomhre. Les Vice-Rois et les Gou-
verneurs, ne pouvant qu'incomplètement voir et s'informer, n'ont
pas encore été à même de me les désigner d'une façon suflisante,
et comme il importé que des recherches soient faites sur une plus
grande échelle, j'ordonne aux membres de la Grande Chancel-
lerie, aux Six Ministères, aux Neuf Cours, aux Maréchaux, Vice-
Rois et Gouverneurs de toutes provinces, aux ex-généraux P'éng
Vû-lin et Yang Pao-pin de redoubler de zelc dans les mômes
investigations. Que les hommes de science et de génie, que ceux
qui peuvent répondre aux besoins du Gouvernement, que les
hommes dont l'activité égale la vigilance, que les fonctionnaires
expérimentés, que les stratégistes d'un talent supérieur, que ceux
(|ui sont capables de commander en chef des troupes, que les
gens de bravoure propres au combat, que ceux qui peuvent être
employés comme lieutenants, que ceux qui sont versés dans les
choses concernant à la fois la Chine et les étrangers, que ceux
cpii savent parler et écrire les langues étrangères, qui s'entendent
en matière de génie maritime, qui sont versés en mathématiques,
qui sont capables de nous approvisionner d'armes, que ceux qui
ont l'expérience des choses navales; que tous, civils ou militaires,
anciens fonctionnaires ou simples particuliers, que tous me soient
désignés d'une manière précise par ceux qui les auront remar-
qués. Je veux qu'on y mette la plus grande impartialité et qu'on
se garde de me recommander, pour faire nomhre, des hommes
qui ne seraient pas tels qu'on me les aurait annoncés ; qu'on se
garde également de croire qu'on en serait quitte en me répon-
I. Gazette de Pé-King, a mars 1880.
- *T ^i,-^ -.
'"i »'
f:OM)\ M NATION DK TCII <n Nd-IIKOI
').(}'
(lanl qu'on n'a personne h me <J('sifi;nor. De la sorte, les (jualiles
(le chncun seront mises en lumière el l'on pourra > a\oir recouis
en temps ordinaire, aussi bien que dans les cas urgents. Ainsi se
trouvera réalise le désir cpi'a la Cour d'être (înlourée d'hommes
dç lalenl.
Que le présent décret soit publié dans tout l'Empire.
Respectez ceci.
AUTRES DÉCRETS
I. — Lieou kin-t'ang *, Président de la (iOur de Transmission.
est nommé administrateur adjoint des atlaires militaires dans le
Turkestan et la Dzoungaric.
Respectez ceci.
II. — Le Tao-taï (Chef de Circuit) VVouTa-lcireng, Président
de Cour honoraire, a l'ordre de se rendre dans le Kirin pour
assister le Général el Gouverneur militaire Ming-ngan dans toutes
les alTaires dont il a à s'occuper.
Respectez ceci *.
CO?IDAMîîATION DE TCII OUNG-HEOU
Enfin la condamnation à mort avec sursis fut prononcée
contre rinfortuné Tch'oung-Heou' :
Che-to, Prince de Li, et autres nous rapportent qu'après s'être
réunis en Conseil, ils ont examiné le cas de Tch'oung-lleou, ex-
Président de la Cour des Censeurs. Ils proposent, en vertu des
lois naissant la matière, que ledit Tch'oung- licou, soit condamné
à la décapitation avec sursis.
Nous ordonnons qu'il soit fait ainsi ({u'il est pro[)osé. Le Mi-
nistère de la Justice est chargé de l'exécution du présent décret.
Respectez ceci *.
I. Ancion lieutenant du Vice-Roi Tso, chargô de diriger l'cxpédilioii
qui, en 1877, a abouti à la reprise du Turkestan; voir p. i8u.
3. Pour traduction conforme : signé: G. Dkvékia.
3. Gnzetle de Pé-King, 3 mars 1880. — Décret des Impératrices.
4. Pour traduction conforme, signé : (>. Dfv^kia.
O.oH l'affaire de KOliLDJA
La condamnalion h mort de Tch'oung-llooii pouvait oire
considoréo comme une >ictoire du parti a titi -européen et des
désordres pouvaient en résulter; une rupture entre la Russie
et la Chine était à craindre; les intérêts étrangers seraient
peut-être mis en péril; il était nécessaire de parer à toute
éventualité. Les légations décidèrent cpic deux canonnières
resteraient en station à Tien-Tsin. Comme les bâtiments
anf^lais et russe ancrés dans le Pei-ho devaient, dès la dé-
bâcle des glaces, rallier Chang-Ilaï, sur la demande de ses
collègues, notre chargé d'affaires invita le commandant, du
Lynx, mouillé à Tien-Tsin, à différer son départ jusqu'à
l'arrivée de la canonnière allemande mouillée à Tché-fou.
En outre, il fut décidé que les forces navales de France,
d'Angleterre, d'Allemagne et des Ktats-Unis, seraient con-
centrées î\ Chang-Uaï pour que leur présence mette la cour
de Pé-King en garde contre des insinuations funestes qui
[)ourraient lui être suggérées par l'ignorance et la présomp-
tion de quelques-uns de ses conseillers et, qu'en cas d'urgence,
les ministres étrangers puissent s'entendre avec les comman-
dants des escadres pour une action commune.
Le 8 juin 1880, le ministre des affaires étrangères écri-
vait de Paris à notre ministre à Pé-King, M. Bourée :
Le Secrétaire d'FUat russe a récemment donné au Chargé d'Af-
faires de la République à St. Pétcrsbourg des indications assez
détaillées sur l'altitude que le Cabinet Impérial entend observer
en présence des dilïîcultés auxquelles a donné lieu la condamna-
tion de Tclfoung-lleou. D'après les indications fournies par
M. de Cicrs, le gouvernement russe, tout en considérant comme
injustifiables la rupture du traité de Livadia et le chAtiuient in-
fligé à son négociateur, n'a pas l'intention, pour le moment du
moins, de relever cette provocation. 11 se contentera de renforcer
ses garnisons dans le territoire contesté de Kouldja et de garder
la défensive sur les autres points de la frontière asiatique de
TKmpirc qu'il regarderait comme menacés en cas d'hostilités avec
la Chine ; il écoutera les propositions qui lui seront faites par le
CONDAMWTION DK HIIOl NC-IIKOl 2(>f)
Mar(|iiis Ts'cng el s'cIVorccra de prolonger la discussion. M. de
Gicrs paraît compter qno le temps aj)aisera les passions excitées
par les derniers événements et il considère l'arrivée an pouvoir
d'un cabinet libéral en Angleterre, connue une circonstance
favorable qui permettra à raction des Puissances européennes de
s'exercer elTicac^mcnt auprès du gouvernement chinois dans le
sens du maintien de la paix.
CORDIËII. 11. — l'i
I
CHAPITRE \I
L'AFFAIRE DE KOULDJA
Les Chinois purent se rendre compte de bonne heure
que, seules, la France et TAnglelerre étaient sérieusement en
faveur de la paix et disposées à les aider pour la maintenir, en
cherchant à modérer les exigences des ims, en j>crsuadant
aux autres d'entrer dans la voie des concessions. La France
ne pouvait oublier la chaude alerte de 1870 et craignait de
voir la Russie se lancer dans une aventure d'une certaine
durée qui pouvait entraver sa liberté d'action sur les bords de
la Baltique ; et cependant, la France pouvait redouter, et
l'événement a prouvé qu'elle aurait eu raison, de voir
la Chine, libre du coté de l'Asie Centrale, ingrate, se retour-
ner contre la puissance qui l'avait aidée à sortir de ses diffi-
cultés et essayer de lui arracher le Ïong-King. L'Angleterre
guettait le gros morceau qu'était l'Egypte et préparant de
longue date une occupation, cpie nous ne sûmes empêcher,
elle pouvait craindre que pendant qu'elle était immobiUsée
ailleurs, la Russie eût les coudées trop franches en Chine :
en cela, elle n'avait pas tort, la guerre du Transvaal au
moment où la crise de l'année dernière éclatait, a certaine-
ment empêché l'Angleterre de prendre dans le règlement des
affaires d'Extrême-Orient la part que ses antécédents laissaient
entrevoir qu'elle réclamerait et Ta condamnée à ne jouer
dans le Céleste Empire qu'un rôle secondaire alors qu'elle
T^" -^"^^^i^''.'=l' i*"-'^' " ■ - ■
i,\riMiu. i»r. KOI i.Df V ') i î
a>uit tenu jusqu'alors la preuilèro place, koung el Ll étaient
Irop éclairés pour ne pas voir le danger de la situation et
nVlre pas disposés à entrer dans la voie des concessions,
mais ils avaient à lutter contre le parti réactionnaire dirigé
par le victorieux ïso Tsoung-t'ang et par la bande des cen-
seurs au milieu de laquelle se distinguait Tcliang Tclii-
toung. Le Japon désirait se faire payer sa neutralité. Inouyé
fut envoyé a Pé-King en juin 1880. D'après un journal
japonais, le cabinet du Mikado proposerait au ïsoung-li
Yamen le partage de Tarchipel des Lieou K'iéou, et pro-
mettrait, en échange de cette combinaison, sa neutralité bien-
veillante à la Chine, dans le cas où elle viendrait à engager
la guerre avec la Russie.
M. Von Brandt, non content des lauriers qu'il avait rem-
portés avec la revision du traité allemand, poussait ouverte-
ment à la guerre : « Eh ! mon Dieu, nous pécherons bien
quelque chose dans Toau trouble. » L'Allemagne, au fond,
aurait été satisfaite de voir la Russie aux prises avec les diffi-
cultés. M. Koyander, chargé d'affaires de la Russie, était
d'humeur non moins belliqueuse, mais, heureusement pour
la paix, son gouvernement ne partageait pas ses idées. La
Russie prévoyant des éventualités qui, depuis, lui ont fait
chercher une alhance à l'Ouest de l'Europe, désirait non
moins que la France, réserver sa liberté d'action dans la
Baltique, elle n'était d'ailleurs pas prête pour une guicrre
asiatique. En octobre 1880, lorsque j'étais à Saint-Péters-
bourg, on donnait les chiffres suivants comme étant ceux des
forces russes en Asie :
Sibérie Orientale, hommes combattants, 12781, c'est à-
dire 1 1 généraux, 62 officiers supérieurs, 000 ofliciers subal-
ternes, 747 sous-officiers, et 11 03 1 soldats, phis i() pièces
de canon; cosaques, 2 9^7, c'est-à-dire 27 officiers supé-
rieurs, 118 ofliciers subalternes, 199 sous-officiers et 2093
soldats, plus 2 batteries de 8 pièces de canon ; il faut ajouter
212 L AFFAlIir. DE KOILDJA
encore 6008 cosaques de 1* Amour et du Transbaikal dispo-
nibles.
Sibérie occidentale, Comballanls, 11 721, c'esl-à-dire
8 généraux, ^7 officiers su j>érieurs, 227 officiers suballernes,
760 sous-officiers el 10 689 soldais, plus i balleriedeS pièces;
cosaques, i 3^7, c'est à-dire 8 officiers supérieurs, 27 officiers
suballernes, 84 sous-officiers, et 1228 soldats; il faut ajou-
ter encore 5554 cosaques sibériens disponibles: toutes ces
troupes se trouvaient dans la province de Semipalatinsk, à
Texception d'un bataillon en garnison à Margliilan.
Tarkestan, Combattants (artillerie, infanterie, génie),
3o38o, c'csl-à-dirc i3 généraux, 1 35 officiers supérieurs,
810 officiers subalternes, 2 /|53 sous-officiers et 26 969 sol-
dats, plus 70 pièces de canon ; cosaques, 7 823, c'est-à-dire
45 officiers su|)érieurs, 217 officiers subalternes, 467 sous-
officiers et 7 094 soldats ; ces 7 823 cosaques comprenaient
65oo cavaliers el 1 323 artilleurs avec 2 batteries à cbcval
de 6 pièces ; il faut ajouter 7 ii5 recrues disponibles et, en
cas de besoin, 10 000 cosaques d'Orenbourg.
Koaldja, en septembre 1880, il y avait à Kouldja 7 à
8000 bomnies comprenant une brigade de 4 bataillons de
tirailleurs, 3 bataillons frontière, la 2® brigade d'artillerie du
Turkestan, la 5° batterie des cosaques d'Orcnbourg et un
demi- bataillon du génie.
A mon liumble avis, ces troupes, munies d'armes d*un
modèle arriéré, auraient été insuffisantes pour écraser l'armée
victorieuse de Tso, ou tout au moins il eût fallu des ren-
forts, des troupes mieux outillées et un assez long temps pour
obtenir le succès.
Un placet avait été remis le 1 5 juin 1880, par le ministre
d'Angleterre, au palais, pour solliciter, au nom de la Reine,
de la clémence impériale, la grâce de Tcli'oung-IIeou ; le mi-
nistre de France fut autorisé à faire une démarche semblable
au nom du président de la République ; en conséquence, le
c.furK l'UovisoiHK m: icn'oi \(i-ni:<n ru,S
26 juin, M. Bonrée, ministro de l^VaFicc, rlall invité à se
rendre au Yamen pour y rerevoir ronfidenliolloiuent commu-
nication des décrets suivants, rendus par les impératrices, en
réponse à la demande officielle de grâce dont elles ét^iient
saisies. Sur la demande des ministres chinois, M. Bouréc
télégraphiait Paris que le marquis Ts'éng, après avoir annoncé
secrètement aux cabinets français et anglais la grâce provi-
soire de Tch'oung-lleou, en ratifierait le sens à Saint-Pé-
tersbourg et se prévaudrait de cette satisfaction donnée aux
susceptibilités russes pour demander la reprise des négocia-
tions au sujet de l'Ili.
GRACE PROVISOIRE DE TCh'oLNG-UEOU, 26 Jl IN 1880
Le 19' jour de la 5" luno de la (V' année du règne de Konang-
Siu (26 juin 1880) le (îrand Conseil de FEnipirc a ou rhonneur
de recevoir le décret suivant :
Attendu que Tch*oung-neou n'a pas agi suivant ses instruc-
tions et qu*il a outrepassé ses pouvoirs lors de sa mission en
Russie ; attendu d'autre part que le Traité qu'il a négocié con-
tient beaucoup de points qu'on no saurait approuver ; vu ces
motifs, Tch'oung-Iloou a mérité la scnttMice qu'a prononcée la
Haute-Cour appelée ^à le juger, c'ost-à-<liro lu peine do la déca-
pitation avec sursis.
Or, il nous revient qu'une opinion prévaut d'après laquelle la
condamnation de Tcli'oung-lioou, à l'oncontre do nos intentions,
atteindrait le gouvenionient russe. Voici plus de doux cents ans
que la Chine et la Russie enlrotionnont dos relations amicales.
Notre plus sincère désir est qu'elles no cessent jamais d'être ce
qu'elles ont été dans le passé.
Tch'oung-lleou n'a [ms claironiont ox|X)sé an (louvcrnonient
russe les choses dont la concession était incoinpatihlo avec les
instructions (pi'il avait reçues do nons lors d(^ son envoi à l'étran-
ger. S'étant montré trop [30u résor>é dans ses négociations, il est
seul responsable du châtiment qu'il a encouru et Son Souverain
Ta puni conformément aux statuts do l'Einjjiro.
Ce fait d'un sujet chinois jugé conformément aux lois de son
pays ne saurait d'aucune manière affecter le Gouvornomont Russe.
2l:\ i/a11 AIlll l)i; KOM.DJA
Cependant, comme il se pourrait que ceux dont les rapports
ont circulé ne se soient pas rendu un compte exact de ce qu'a
fait le Gouvernement chinois, comme d'autre part leur méprise
pourrait faire naître des suspicions qui ne manqueraient pas de
compromettre les relations d'amitié que nous entretenons avec la
Russie, Nous décidons que la sentence qui condamne Tcli'oun^-
Heou à la peine de mort avec sursis ne sera provisoirement pas
exécutée, mais que toutefois Tdi'ounfç-IIeou sera maintenu en
prison jusqu'à ce qu'on sache, après l'arrivée de Ts'éng Ri-tseu.
comment les choses auront tourné, Nous rendrons alors un
nouveau décret .
Qiie Ts'éng Ki-lseu, aussitôt qu'il aura connaissance du présent
document, fasse donc savoir au (jouverncment Russe que [)our
le moment Tch'oung-lleou ne sera pas décapité et qu'en cela se
trouve la preuve des sentiments amicaux qui lient la Chine à la
Russie.
Quant à ces négociations, le marquis Ts'éng devra les mener
à bonne fin dans le sens de nos instructions antérieures.
Respectez ceci.
Le vendredi 16 juillet, M. Devéria, interprète delà léga-
tion, fut convoqué au Yamcn, où il fut reçu par Chen cl
Wang, qui lui déclarèrent qu'ils enverraient à Sir Thomas
Wade et à M. Bouréc seuls un historique de leurs difficultés
avec la Russie. Le Yamcn remit en effet, le ao juillet 1880,
le mémoire dont nous avons déjà donné le commencement et
des extraits et dont voici la fin\-
En résumé, l'ili est un territoire dépendant du Céleste Em-
pire, la Russie l'a pris et gardé au lieu et [)lace de la Chine.
Dans les entretiens fréquents qu'eurent avec nous MM. Ylan-
galy et de Butzov, il ne seuiblait pas que la Russie eut l'inten-
tion de s'en emparer indûment, ni ipie la Chine eut celle de ne
pas se montrer recoimaissante de ce qui s'était passé.
Dans l'accomplissement de sa mission, Tch'oung-lleou n'a
fidèlement exécuté les ordres de la Cour ni dans les questions
de frontières, ni dans les questions commerciales. De plus
Tch'oung-lleou, malgré les reconmiandations réitérées du
I. Noir p. 17G, 187, i(j2.
<;(>nin).N 7 1,)
Yamcn, a loiil conrlii sans on n'Irrrr à nous. Kiiiin, il est
revenu à IV-Kin;; sans v être autorisé. D'une pari, la (lonr lui
a Icnioif^né combien elle le clésa])|)rouYail ; d'autre part elle a
envoyé en Russie le Marquis de Ts'èng pour reprendre les nép;o-
ciations du Traité. Telle est la garantie de bonne amitié qu'ollrc
à la Russie le (îouvernement chinois.
De |>eur que les fausses interprétations (pii circulent au dehors
sur notre conduite ne nous rendent suspects h la Russie, la (^our
a voulu prouver (pi'elle désirait le maintien, comme par le
pasMs des rap|>orls (Pamitié existant entre les deux (louvernc-
ments. A cet elTet eUe a rendu im décret Taisant remise à
Tch'oun«;-lïeou de sa peine. Dans ce lait se trou\e l'expression
indubitablement sincère des intentions de la Cour de Chine ^
M. kojaiuler, rhar^ré de la lé^^^ition de Russie, on Tabsencc
de M. de Rut/.()v, ne cessait de s'étendre sur les arnuMiients
de la Chine, sur les accpiisitions d'en*rins perfectionnés et
de munitions de toutes sortes en quantité considérable.
D'ailleurs, en juillet i8So, les Russes réunissiiient dans les
mers d'Exlrème-Orient nnc xéri table armée navale, comman-
dée [)ar im amiral ayant deux contre-amiraux sous ses ordres,
et .«4C rom[K)sant de : quatre vaisseaux cuirassés, trois croi-
seurs à grande vitesse, trois corvettes, six canonnières et
avisos, quatre grands va[)eurs de la marine volontaire, plus
un nombre considérable de torpilleurs.
c;ouno>'
L*alarme était extrêmement grande en Chine; Li Iloung-
tcliang nîsolut de faire appel aux lumières d'un vieil ami,
conjpagnon des heures difliciles, (iordon, le héros de la
guerre des T'ai 1^'ing.
Gordon était en route pour Calcutta où il allait remplir des
fonctions auprès du vice roi de l'Inde, lorsqu'il rocjut l'invi-
tation pressante de Li llcmng-tchang de \enir à Tien-Tsin.
i. Pour traduction coiifonuo, signé : (î. Di.vékia.
•il G i/aff\iki: di: koii.djv
Gordon accourut à Tappel de Li, qui le conjura de se rendre
à Pé-King pour faire entendre à la cour la voix de la vérité.
Gordon, se faisant précéder par de nombreuses lettres por-
tées par des courriers, arriva à Pé-King le 28 juillet 1880.
Il se mit immédiatement en rapports directs avec les mi-
nistres chinois et voici ce qu'il leur dit en substance :
« La guerre est devenue la conséquence fatale des fautes que
vous avez accumulées depuis plusieurs mois. Elle est désormais
imminente et avant cinq uanle-six jours les Russes seront en mar-
che sur Pé-King ; (ces cinquante-six jours se rapportent à la pé-
riode de temps utilisable encore par des troupes, avant que les
glaces du Péi Ho ne soient venues rendre les opérations mili-
taires impossibles). Il faut dés aujourd'hui, et sans perdre une
heure se préparer à cette éventualité en évacuant le Trésor, les
archives, tout Tapparcil gouvernemental et en transportant
l'Empereur dans une résidence de l'intérieur où sa sécurité ne
soit pas compromise. En même temps, aûn de ne pas encourir
des responsabilités de la nature la plus lourde \is-a-vis des
Représentants des Puissances amies, il convient d'aviser les
Chefs de Missions établies à Pé-King que vous ne pouvez plus ré-
pondre de leur sécurité, afin qu'ils aient le temps, eux et leur per-
sonnel, aussi bien que les Agents fixés à Tien-Tsin de se replier
sur un point choisi, de telle sorte qu'ils n'aient pas à craindre le
contre-coup des désordres que la guerre, une guerre désastreuse,
entraînera à sa suite. »
Gordon adressa ensuite aux ministres d'Angleterre et de
France la lettre « très confidentielle » suivante :
Pé-King, le 29 juillet 1880.
Excellences,
Quoique je n'ai aucun locns slandi pour vous adresser, j'ai
l'honneur de vous faire savoir que j'ai vu trois grands officiers
du ïsoung-li Yamen aujourd'hui, que ces ministres savent les
dangers auxquels la Chine est exposée et que la Chine est prèle
à faire des concessions :
1° De céder 11 i complètement à la Russie :
COIIDUN 'WJ
T' 1)(; soumet Iro à l'arliitragc d'iino [)uissaii(M* amie la somme
(|iii doit èlro payée |>our les |)i*é|)aralirs de guerre de la Russie ;
3" Do satisfaire aux réclaïualiuus de la Russie, eu taut que les
négociants dudit pays ont soulVcrt du l'ait des autorités chinoises;
4'* D*envo}er Tciroung-IIcou à Tien-Tsin pour allaire (un
prclexte seulement pour le libérer).
Serait-il possible. Excellences, d'écrire une lettre dans tel sens
au Gouvernement chinois, cpi'il nous reconnaîtrait h»s termes
des concessions qu*il est prêta olTrir, et (pie V.V. K.K. au reçu
de cette communication, soient à menu* de transmettre les con-
cessions indiquées au Gouvernement russe, h Saint-Pétersbourg.
Signé : Gohdon.
Gordon s'embarqua à Tion-Tsin le 1 1 août 1880, son rôle
étant terminé ; sa présence, toutefois, n'avait pas été inutile
pour ouvrir les yeux aux Chinois.
Un télégramme du marquis Ts'éng acheva d'éclairer le gou-
vernement im[)érial.
I^es membres du Tsoung-li Yamen au ministre dv France en
Chine.
IV-King, l'A août 1880.
Nous avons reçu du M'" Ts'éng un télégramme daté de Saint-
Pétersbourg, dans lequel il nous dit ce qui suit :
« Je m'occupe en ce moment de ce qui est relatif aux négo-
ciations et je \ous prie criutercéder auprès de la Cour, eu faveur
de Tcb'oung-lleou. »
La Grande Chancellerie de TEnq^ire a reçu aujourd'hui com-
munication d'un décret dont nous avons Thonueur de >ous en-
voyer copie.
Nous comptons aller causer avec Votre Excellence le l'i à
4 heures ; nous espérons que vous pourrez nous recevoir.
Veuillez... *.
Le décret, envoyé par le fanion, ordonnait la mise en
>erlc de Tcli'oi
rcment obtenue.
liberté de Tciroung-IIeou. La grâce entière élait donc enliè-
I. Pour traduction conforme, signé : G. Dl-véiua..
2i8 i/ah viKi: i)i: koii.djv
GKACE DÉFIMTUE HE TClfoiNG IIEOL, I'2 AOLT 1 88o
Le 13 août, la grande Chancellerie de TEnipire a reçu com-
munication du DÉCRET suivant :
Par un décret précédent, Tch'oung-FIcou condamné â la peine
capitale avec sursis, était provisoirement grAcié, mais devait être
maintenu en prison ; ordre était donne à Ts'éng Ri-tscu de s'oc-
cuper activement des négociations relatives au Traité.
Le Tsoung-li Yamen vient de nous annoncer qu'il a reçu un
télégramme dans lequel le M'* Ts*ông s'occupant des négociations,
le supplie d'intercéder en faveur de Tch'oung-Heou.
INous ordonnons que par un eflel extraordinaire de noire clé-
mence, Tch'oung-Heou soit mis en liberté et que les administra-
lions compétentes soient informées de la présente décision.
Respectez ceci * . '
Des qu'ils eurent appris la grâc^î définitive de Tch'oung
Heou, les njinislrcs russes déclarèrent à renvoyé chinois que
rien ne s'opposait plus à la remise de ses lettres de créance.
L'accueil fait au marquis Ts'êng fut courtois et aimable et le
tsar invita le diplomate chinois à entamer avec le ministre
des Aflaircs étrangères les négociations qu'il avait mission de
suivre à Saint-Pétersbourg. Le prince (Jortschakov désigna
MM. de Jomini et de Giers pour se mettre en rapports avec
ranibassadeur du Céleste Empire.
A la grande consternation de Ts'èng, on hii déclara tout
d'abord qu'on ne reviendrait pas sur des points du traité de
Livadia, qui, aux yeux des Russes, étaient formellement et
définitivement réglés ; qu'au surplus, c'était à Pé-King que
seraient bientôt tranchées les questions pendantes entre les
deux gouvernements, mais les sentiments pacifiques prédo-
minèrent; M. de Bulzov, cpii allait partir pour Pé-king, fui
retenu à Saint-Pétersbourg et la Russie, qui avait notifié à
i. Pour traduction conforme, signé : G. Devékia.
r;u\<i: di:flmtim: ih: n n oi \(;-m:<n n f)
TsV'iif,' que les TH^gorialions devaient èhe doses à Sainl-
Pétorsbour^ avant le 9 novembre, recula ce terme jus(ju'à la
fin de décembre.
La situation de Ts'èng était d'ailleurs rendue plus didicile
encore par les tiraillements dont il était l'objet: Li Iloung-
tchang rinvitait à se hât^r et à se montrer coulant dans les
détails; Chen Kouei feun lui* télégraphiait le contraire et lui
mandait qu'il n'avait à tenir compte ([ue de ses avis à lui,
Chen. CnicUe énigme que ne pouvaient aider Ts'éng à ré-
soudre, (îiquel et Macarlnev qui se trou\ aient |)rès de lui.
M. Bouréc(Pé-King, i3 août i88o)écrivait au président du
Conseil, Ministre des Affaires étrangères, M. de Freycinel :
« Il me paraîtrait très souhaitable que les bons olTices dv notre
ambassade à Pétersbourg vinssent en aide aux efforts du M'"*
T*sèng dans la tùchc de conciliation et d'apaisement qui lui a été
confiée.
Le conseil avait déjà été donné ou fut suivi.
On ne fut pas peu surpris dans les légations de voir quel-
ques jours après paraître dans la Gazelle de Pékiinj un
décret*, difficile à expliquer dans les circonstances.
Dans la situation critique où nous nous trouvons, nous avions
u maintes reprises ordonné aux membres du (lonscil privé de
nous assister et d'employer tons leurs efforts à prévenir les moin-
dres retards dans l'expédition des atVaires. Uécenunent, les mem-
bres de ce Conseil ont fait preuve de né«:li^ence dans la ma-
nière dont il» se sont accpiitlés de ce devoir; ils sont ^railn(Mlt
dans l'impossibilité d'excuser leur conduite ; aussi ordonnons -
nous aux administrations compétentes de statuer sur leur cas.
Ues[K*ctcz ceci '.
I. Chon Kouci-fouii, incnibro «lu grand (loiisoil ot du Tsouiig-li Ya-
mcn. Ministre de la guerre* mort le 3o jan\ier T(S8i, \eille du prcniKT
joiïT de la nouvclto année chinoise.
a. 19 août 1880.
3. Puur traduction coiiforuie, ï>igué : (j. Dkvéuia.
'j'U) I. AFKAïui: i»i: KOI r.i>j\
Quelle pouvait être la raison de ce décret, si inconséquent
en apparence, au lendemain de la grâce de Tch'oung-Heou ?
Pourquoi ce blâme aux membres du Conseil privé ? Six des
membres de cette assemblée faisaient partie du Tsoung-li
Yamen. Etait-ce donc une revanche du septième prince cl des
censeurs, c'est-à-dire du parti ultra-réactionnaire, contre la
politique libérale du prince Koung et de ses collègues ? Peul-
elre au contraire n'était-ce qu'une feinte de ce même Koung
pour se dérober de la sorte à des négociations impopulaires
avec la Russie ?
Rien ne peut donner une meilleure idée des vues de TAl-
lemagne sur la question que la lettre suivante adressée à
M. Barthélémy Saint-Hilaire, ministre desAJDTaires étrangères,
par notre ambassadeur à Berlin, le comte de Saint- Vallier
(il novembre 1880).
Au mois de juin dernier, votre prédécesseur, M. de Freycinel,
m*avait déjà invité à l'instruire des vues de la Chancellerie im-
périale sur le différend russo-chinois ; j'en avais entretenu le
Prince de Hohcnlohe et le Prince de Bismarck lui-même et
j'avais pu constater chez eux une intention arrêtée de se tenir
soigneusement à l'écart de tout pourparler relatif à cette ques-
tion ; non seulement ils avaient formellement décline la sug-
gestion anglaise d'olfrir aux deux parties les bons offices de l'Eu-
rope, mais ils avaient manifesté la pensée que toute tentative
d'immixtion de l'Europe et surtout de l'Empire allemand dans
ce débat aurait pour cITct de blesser l'orgueil de la Russie, d'ex-
citer ses déiiances et de la pousser plus encore dans la voie des
résolutions violentes.
La manière de voir du Cabinet de Berlin est demeurée la
même depuis cette époque et le Comte de Limburg-Slirum m'a
tenu hier un langage analogue à celui que les Princes de Bis-
marck cl de Hohenlohe m'avaient fait entendre il y a cinq mois.
Le Ministre iiilériinaire sait, m'a-t-il dit, que. dans la pensée
du Chancelier, les chances de solution pacifique seraient fort
amoindries si l'Allemagne semblait s'intéresser à la question ;
la Russie, (jui n'a réclamé les bons offices de personne, entend
traiter cette affaire seule à seule avec son voisin asiatique comme
» ■
f;TiA{:i: dm imtin r. in: irii m n<;-iii or vtctl
un débat particulier absolument élran^er à tonte conférenee
européenne ; elle a fort mal aecueilli une olTre timidement l'aile
par l'Angleterre ; elle accueillerait plus mal encore uiïe su«;ges-
lion allemande ; une complète abstention est donc regardée
comme indispensable par le Cabinet de Berlin (]ui ne sedissinude
pas cependant les fûcbeuses conséquences (praurait [)our le com-
merce européen en général, pour le commerce allemand en par-
ticulier, une guerre entre la Russie et la (Miine ; cette dernière a
déjà laissé entendre qu'elle délivrerait des lettres de marque, «î
qui serait un grand danger, car des corsaires chinois ne seraient
pas autre chose que des pirates (pii, sous le prétexte de surveil-
ler les bâtiments neutres, les pilleraient et les brûleraient ; les
Puissances européennes, en cas de guerre russo-chinoise, seront
donc forcées d'envoyer de nombreux navires de guerre dans
rOccan Pacifique afin d'y protéger par eux-mêmes leur com-
merce. Ce sera une coûteuse et regrettable extrémité, mais nous
n'aurons pas d'autre ressource à notre disposition, n'avant aucun
moyen d'empêcher la rupture si elle doit se produire entre les
deux plus grandes Puissances de l'Asie ; le comte de Lindnug a
terminé en me disant qu'il y avait encore lieu d'espérer que les
choses ne prendront pas celle tournure et (pi'il voit un indice
favorable dans la prorogation du Traité de Livadia.
Voici d'autre part ce qu'écrivait à I^iris, le général Chanzy,
notre ambassadeur à Saint Pélcrsbonrg (i i nov. 1880):
D'après ce que [le marquis Ts'éng] a bien voulu me dire, le
Tsoung-li Yamen voulant affirmer son désir de conciliation, ad-
mettrait en principe la notification du Traité de Livadia. tout
en demandant qu'on tînt compte dans un article additionnel des
objections qu'il avait présentées et qui, sans rien changer h l'es-
prit ou à la portée du Traité, garantissaient ce|)endant des inté-
rêts qu'il ne pouvait abandonner. C'est évidenunent un grand
point obtenu, et qui ne [X'ut que faciliter l'arrangemenl définitif
que les deux puissances {)araissenl également désirer. Il send)le
que la grande difliculté qui subsiste encore soit la prétention de
la Russie de se faire indemniser d'une façon ou d'une autre des
frais auxquels l'ont entraînée ses préparatifs mililaires aussi
bien sur ses frontières que dans la mer du Japon.
Je viens de voir le Baron Joiuini sortant d'un long entretien
^aa LAFFAIHE DE KOL'LDJV
avec le Marquis Ts*eng. On y avait surloiil discuté cette question
des indemnités. « Les Puissances euiopéennes, aurait dit l'am-
bassadeur chinois, ne réclameront certainement pas à la Turquie
les frais de la démonstration navale dans l'Adriatique. Ëtait-il
plus juste pour la Russie de soulever une pareille prétention à
l'endroit de la Chine. »
« L'Europe, d'après le Baron Jomini. a décidé elle-même cette
démonstration ; elle n'y a été amenée que par son désir de hâter
la solution de l'afiaire du Monténégro, et d'établir aux yeux de
la Turquie sa résolution d'assurer l'exécution du traité de Ber-
lin. Elle n'a donc à demander à la Porte que la solution des
questions encore pendantes. Il n'en est pas de même |K)ur la
Céline, qui, dans un conflit personnel avec la Russie, a élé la pre-
mière à provoquer une rupture et à donnei^ l'exemple d'arme-
menls, forçant ainsi cette dernière h assurer la défense de ses
droits et de ses intérêts, aussi bien que de sa sécurité, par des
préparatifs constituant pour elle des sacrifices dont elle deman-
dait aujourd'hui à être indemnisée. »
CIIAIMTUK XII
L'AFFAIRE DE KOULDJA
(/•m.)
Eniln le marquis Ts'cnfr ronssissîiil à signer à Saint-
Pétersbourg le 12 février 1881 un Irailé qui rendait à la
Chine la plus grande partie du Pe Lou, > compris Kouidja
et la passe de Mouzarte et modifiait les règlements commer-
ciaux :
TRAITÉ DE SAlNT-PÉTEUSIïOl RO, 12 (2^) FÉVRIER 1881 *
Sa Majesté l'Emporcur ol Autocrate de toutes les Uussies et Sa
Majesté TEnipereur de la (Ihine. désirant régler (pichpies ques-
tions de frontière cl de conuuorcc louchant aux inlérèlsdes dcu\
Empires, afin de cimenter les rapports dauiilié entre les deuv
|)ays, ont nommé pour leurs plénijx)lentiaires, à relfet d'établir
un accord sur ces questions :
Sa Majesté rEmpercur dv. toutes les Russies :
Son sc*crétaire d'étal Nicolas de (mers, sénateur, consoillrr
privé actuel, dirigeant le Ministère Impérial des AiVaires Étran-
gères, et
Son envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire près
I. China^ n*» i (1882). — Despaich from Mr. Hyndham, lier
Majesiy's charf^é d'affaires at Sl-Petershurgfi, inchsing copy of a
Treaty heUveen Russia and China ^ signed at St-Prlersburgh, Fe-
bruary I3. i88i ; with Documents reiatingtherelo, l'rcscntctl... i8Sa.
Lond., in-fol. [C. — 3i3'j]. — Traité ij/3/4 février 1881. — Le traité
a été ratifié à Pc-king, le i5 mai 1881.
3 24 i/aFFAIUE DK K()i:U)JA
Sa Majesté rEinpcMcur do la Cliine. Euiiènc de Ikxzov, conseil-
ler d'étal acluol ;
el Sa Majesté rKmpereiir de la Chine :
Ts'eng, nianjuis de Neyoïiij:, vice-président de la haute cour
de justice, Son envoyé extraordinaire el ministre plénipoten-
tiaire j)rès Sa Majesté TF^mpereur de toutes les Russies, muni de
pouvoirs spéciaux pour sif^ner le présent Traité en qualité d'am-
ha ssadeu r v. \ t raord i n a i r(^ .
Les susdits plénipotentiaires, munis de pleins pouvoirs qui ont
été lrou>és sulïisants, sont convenus des stipulations suivantes :
Article premikh. — Sa Majesté l'Empereur de toutes les
Hussies consent au rétahlissement de l'autorité du gouvernement
chinois dans le pays d'ili, temporairement occupé, depuis 187 1,
par les armées russes.
La Russie reste en possession de la partie occidentale de ce
pays, dans les limites indicpiées à l'article 7 du présent Traité.
Art. 3. — Sa Majesté l'Empereur de la Chine s'engage à
décréter les mesures propres à mettre les hahitants du pays d'ili,
ù quelque race et h quelque religion qu'ils appartiennent, à
l'abri de toute poursuite, dans leurs biens ou dans leurs per-
sonnes, pour actes commis durant ou après les troubles qui ont
eu lieu dans ce pays.
Une proclamation conforme h cet engagement sera adressée
par les autorités chinoises, au nom de Sa Majesté l'Empereur de
la Chine, à la population du pays d'Ui, avant la remise de ce
pays aux dites autorités.
Art. 3. — Les habitants du pays d'Ili seront libres de rester
sur les lieux de leur résidence actuelle, comme sujets chinois ou
d'émigHT en Russie et d'adopter la sujétion ruSvSe. Ils seront
appelés à se prononcer à ce sujet avant le rétablissement de l'au-
torité chinoise dans le pays d'Ili, et un délai d'un an. à partir
du jour de la remise du pays aux autorités chinoises, sera accordé
à ceux (|ui témoigneront le désir d'émigrer en Russie. Les auto-
rités chinoises n'opposeront aucune entrave à leur émigration et
à l'exportation de leur propriété mobilière.
Art. /|. - Les sujets russes possédant des terrains dans le
pavs d'Ili conserveront leurs droits de propriété, même après le
rétablissement de l'autorité du gouvernement chinois dans cepiiys.
(]etle disposition n'est pas applicable aux habituants du pays
d'Ili (pii adopteront la sujétion russe, lors du rétablissement de
l'autorité chinoise dans ce pays.
" ■ »"#:
Tii.viTi: Di: s\i>T-iM;ri:usi{()rr{r. qij
\jCs sujets russes dont les terrains sont silui^n en dehors des
cnî[)Iacenienls tilïectés aux factoreries russes, en vertu de l'îu'-
ticle i3 du traité de Kouldja de iSf)!, devront acquitter les
niî^mcs impùts et contrihutions (|uc les sujets clnnois.
AuT. 5. — Les deux gouvernements délégueront h Roiddja
des commissaires qui procéderont à la remise d*une part, et h la
reprise de Tautre, de Tadministration de la province d'Ili, et qui
seront chargés, en général, de l'exécution des stipulations du
présent Traité se rapportant au rétablissement, dans ce pays, de
l'autorité du gouvernement chinois.
Les dits commissiiires rempliront leur mandat, en se confor-
mant à Tentente qui sera établie quant au mode de remise d'une
|Mrt et de reprise de l'autre, de l'administration du pays d'Ili.
entre le gouverneur-général du Turkestan et le gouverneur-géné-
ral des provinces du Chen-si et du Kan-Sou, chargés par les
deux gouvernement<î de la haute direction de cette allaire.
La remise de l'administration du pays d'Ili doit être terminée
dans un délai de trois mois ou plus toi. si faire se peut, à dater
du jour de l'arrivée à Tachkent du fonctionnaire qui sera délé-
gué par le gouverneur-général du (Ihen-si et du Kan-Sou
auprès du gouverneur-général du Turkestan, pour lui notifier la
ratification et la promulgation du présent Traité par Sa Majesté
l'Empereur de la Chine.
Art. VL — Le gouvernement de Sa Majesté rEmjx»reur de
la Chine ^iera au gouvernement russe la souune de neuf mil-
lions de roubles mélalliques destinée : à couvrir les frais occasion-
Dcs par roccupation du pays d'Ili par les troupes russes depuis
1871, à satisfaire toutes les réclamations |H»cuniaircs auxquelles
ont donné lieu, jusqu'aujourd'hui, les perles que les sujets
russes ont subies dans leurs biens pillés sur territoire chinois, et
à fournir des secours aux familles des sujets russes tués dans les
attaques armées, dont ils ont été victimes sm- territoire chinois
La somme sus-mentionnée de neuf millions de roubles métal-
licpies sera versée, dans le terme de deux ans à partir du jour
de l'échange des ralilications du présent Traité, suivant l'ordre
et les conditions convenus entre les deux gouvernements dans le
Protocole spécial annexé au présent Traité.
Art. 7. — La partie occidentale du pays d'Ili est incorporée
à la Russie, pour servir de lieu d'établissement aux habitants de
ce pays qui adopteront la sujétion russe, et ([ui, par ce fait,
auront dû abandonner les terrains qu'ils > j)ossédaient.
CORDIEK. IL — i5
QSïG l'affaire de kouldja
La fronti(*re entre les possessions de la Russie et la province
cbinoisc* d'Ili suivra, en parlant des montagnes B<^djin-taou, le
cours de la rivière Kliorgos, jusqu'à l'endroit où celle-ci se jette
dans la rivière Ili et. traversant cette dernière, se dirigera au
sud, vers les montagnes Ouzoun-laou, en laissant à l'ouest le
village de Koldjat. A partir de ce point, elle suivra, en se diri-
geant au sud, le tracé fixé par le protocole signé à Tchougou-
tchak en ï864.
Aux. 8. — Une partie de la ligne frontière, fixée par le pro-
tocole signé à Tcliougoutcliak en i864, à l'est du lac Zaïsan,
ayant été trouvée défcctueu84\ les deux gouvernements nonnne-
ront des commissaires qui modifieront, d'un connnun accord,
l'ancien tracé, de manière à écarter les défectuosités signalées et
à établir une séparation efficaces entre les tribus Kirghises sou-
mises aux deux Empires.
Il sera donne au nouveau tracé, en tant que possible, une
direction intermédiaire entre l'ancienne frontière et une ligne
droite se dirigeant des monts kouïtoun vers les monts Saour.
en traversant le Tcherny-lrtycli.
Art. 9. — Des commissaires seront nonmiés par les deux
parties contractantes, pour procéder h la pose de poteaux d<»
démarcation, tant sur le tracé i\\6 par les articles précédents 7
et 8, que sur les parties de la frontière où il n'a pas encore été
posé de jx)leaux. L'époque et le lieu de réunion de ces commis-
saires seront fixés par une entente entre les deux gouverne-
ments.
Les deux gouvernements nommeront également des commis-
saires pour examiner la frontière et pour |K)ser des poteaux de
démarcation entre la pro>ince russe de Ferganah et la partie
occidentale de la province chinoise de Kacbgar. Ces commis-
saires prendront pour base de leurs travaux la frontière existante.
Art. 10. — Le droit reconnu au gouvernement russe, par
les traités, de nommer des consuls à Ili, à Tarbagataï, à Kachgar
et h Ourga, est étendu, dès h présent, aux villes de Sou-tchéoii
(Kia-Yû-Rouan) etde Tourfan. Dans les villes suivantes : Kobdo,
Ouliasoutaï, Hami. Ouroumlsi et Goutchen, le gouvernement
russe établira des consulats au fur et h mesure du dévelopj>ement
du commerce et après entente avec le gouvernement chinois.
Les consuls de Sou-tchéou (fvia-\ il- Rouan) et de Tourfan
exerceront les fonctions consulaires dans les districts voisins, où
les intérêts des sujets russes réclameront leur présence.
I.
TU\iTi: 1)1 : SAiNT-riiTHUsnoi iir. '>.-2']
Los disjiosi lions contenues dans les articles 5 et (i du traité
conclu à Pé-Kin«^. en i8()o, ol relatives à la concession de terrains
pour les maisons des consulats, pour les cimetières et pour les
pAlurages, s'appliqueront également aux villes de Sou-tcliéou
(Kia-yû- Rouan) et de Tourfan. Les autorités locales aideront
les consuls à trouver des habitations provisoires juscju'au moment
où les maisons des consulats seront construites.'
Les consuls russes en Mongolie et dans les arrondissements
situés sur les deux versants du Ti'en-Chan se serviront, pour
leurs \oyages et pour l'envoi de leur correspondance, des insti-
tutions postales du gouvernemcnl, contormément aux stipula-
lions de l'article ii du traité de Tien-Tsin et de l'article la du
traite de Pé-Ring. Les autorités chinoises, auxquelles ils s'adres-
seront h ces lins, leur prêteront aide et assistance.
La ville de Tourfan n'étant pas une localité ouverte au com-
merce étranger, le droit d'y établir un consulat ne saurait (Mre
invoqué comme précédent pour obtenir mi droit analogue |)ar
rapport aux ports de la Chine, aux provinces intérieures et à la
Mandchourie.
Art. II. — Les consuls russes en (Ihine conmiuniqueront,
pour affaires de service, soit avec les autorités locales de la
ville de leur ré.sidence, soit avec les autorités supérieures de
rarrondisscmcut ou de la province, suivant que les intérêts qui
leur sont respectivement confiés, l'importance des affaires a traiter
cl leur prompte expédition l'exigeront. La correspondance entre
eux se fera sous forme de lettres oflicielles. Quant aux règles
d'étiquette à observer lors de leurs entrevues et, en général,
dans leurs relations, elles seront basées sur les égards que se
doivent réciproquement les fonctionnaires de deux puissances
amies.
Toutes les affaires qui surgiront sur territoire chinois, au
sujet de transactions commerciales ou autres, entre les ressortis-
sants des deux états, seront examinées et réglées, d'un comnmn
accord, par les consuls et les autorités chinoises.
Dans les litiges en matière de commerce, les deux parties
pourront terminer leurs différends a l'amiable, au moyen d'ar-
bitres choisis de part et d'autre. Si l'entente ne s'établit pas par
cette voie, l'affaire sera examinée et réglée par les autorités des
deux états.
Les engagements contractés par écrit, entre sujets russes et
chinois, relativement à des commandes de marchandises, au
3 38 i/affaiiik dk rouldja
transport de celles-ci, à la location de l)onti(jnes, de maisons el
(raulres enjplacenients, ou relatifs à d'autres transactions du
même genre, peuvent être présentés h la légalisation des consulats
et des administrations supérieures locales cpii sont tenus de
légaliser les documents qui leur sont présentés. En cas de non-
exécution des engagements contractés, le consul et les autorités
chinoises aviseront aux mesures capables d'assurer l'exécution de
ces obligations.
Art. 13. — Les sujets russes sont autorisés à faire, comme
par le passe'*, le commerce en franchise de; droits dans la Mongo-
lie soumise à la Chine, tant dans les localités et les aïmaks où il
SI» trouve une administration chinoise, (pic dans ceux où il n'en
existe point.
Les sujets russes jouiront également de la faculté de faire le
commerce en franchise de droits, dans les villes el autres loca-
lités des provinces d'Ili, de Tarbagataï, de Kachgar, d'Ouroumtsi
et autres, situées sur les versants nord et sud de la chaîne des
T'ien-Chan, jusqu'à la Grande Muraille. Cette imnuHiité sera
abrogée, lors^jue le développement du commerce nécessitera
l'établissement d'un tarif douanier, conformément a une entente
à survenir entre les deux gouvernements.
IjCs sujets russes pourront importer dans les susdites provinces
de la (ihine, cl en exporter, toute espèce de produits, de quelque
provenance» qu'ils soient. Ils pourront faire des achats et des
ventes, soit au comptant, soit par voie d'échange ; ils auront le
droit d'elFecluer leurs |)aiemenl8 en marchandises de toute esptVc.
AuT. i3. — Dans les localités où le gouvernement russe aura
le droit d'établir des consulats, ainsi que dans la ville de Ralgan.
les sujets russes pourront construire des maisons, des boutiques,
des magasins et d'autres bâtiments, sur les terrains (pi'ils
acquerront par voie d'achat, ou (|ui leur seront concédés par les
autorités locales, conformément h ce qui a été établi j)our l'Ili
el le Tarbagataï, par l'article i3 du traité de Kouldja de 1801.
Le.s privilèges accordés aux sujets russes, dans la ville de
Kalgan, où il n'y aura pas de consulat, constituent une excc|>-
tion qui ne saurait être étendue à aucune autre localité des pro-
>inces intérieures.
Art. 14. — Les négociants russes qui voudront expédier de
Russie, par voie de terre, des marchandises dans les pro>inces
intérieures de la Chine, pourront, connue autrefois, les diriger
par h»s >illes de Kalgan el de Toung-tchéou, sur le j>ort de Tien-
THAITK DK SAINT l'Kmir^HOlIK; 'V.U)
Tsin, et de là, sur danlrcs porls ol marclirs iiiloricurs. ol Ips
vendre dans ces dilTérenles localités.
Les marchands se ser> iront de cette même voie pour e\[)orler
on Russie des marchandises achetées, t^mt dans les villes et [)orts
susnommés, que sur les marchés intérieurs.
Ils auronl également le droit de se rendre, |)our affaires dv
commerce, à Sou-tchéou (Ria-yu-Kouan). [)oint terminal des
caravanes russes, cl ils y jouiront de tous les droits accordés au
commerce russe h Tien-ïsin.
Aht. i5. — Le commerce par voi(^ de terre, exercé par
les sujets russes dans les provinces intérieures et exlériemes de
la Chine, sera réj^ji par le règlement annexé au j)résenl Traité.
Les stipulations conunerciales du présent Traité, ainsi (pie le
llèglemenl qui lui sert de C()nq)lément, pourront èlre revisés
après un intervalle de dix ans révolus, à parlir du jour de
réchange des ratifications du Traité ; mais si, dans le conranl dv
six mois a>ant l'expiration de ce terme, aucune des parties con-
tractantes ne manifeste le désir de procéder à la roision, h's
stipulations commerciales, ainsi (jne le Règlement, resteront en
vigueur pour un nouveau terme de dix ans.
Le commerce par voie de mer des sujets russi\s en (lliine sera
soumis aux règlements généraux, étahlis pour le comment»
maritime étranger en CJiine.
S'il devient néce^^saire d'apporter des modilications à ces
ri*glemcnts. les deux gouvernements étahliront une entenle h ce
sujet.
Aht. i6. — Si le développement du commerce russe par >oie
de terre provocpie la nécessité de l'étahlissement, pour les mar
chundises d*ex|K)rtation et d'inqx)rlation en Chine, d'un tarif
douanier, plus en rapport, que les tarifs actu(»llemenl en vigueur,
avec les ncT^j^sités de ce conunerce. les gouvernements russe el
chinois prociKieronl à une entente à ce sujet, en adoptant, |)()ur
base de la fixation des droits d'entrée et de sortie, le taux de
cinq pour ctmt de la valeur des marchandises.
Jusc|u*à l'établissement de ce tarif, les droits d'exporlation,
prélevés sur qiiehpies esjMVes de thés de qualités inférieures,
actuellement imposés au taux établi pour le tiié dv (pialilé
supérieure, seront diminués proportionnellement à leur valeur.
H .sera procédé h la fixation de ces droits, pour chaipie espèce de
thé, par une entente entre le gouvernement chinois et l'envové
de Rus.sie h Pé-King, dans le ternie d'un an. au plus ta ni. à
aSo l'affaire de kouldja
parlir du jour de l'échange des ratifications du présent Traité.
Art. 17. — Des diverji^ences d'opinion s'élanl produites jus-
qu'ici dans l'application de l'article 10 du traite conclu à Pé-
King, en 1860, il est établi par les présentes, que» les stipula-
tions de l'article susdit, relati>es aux répétitions à exercer, en
cas de vol et de détournement de bétail au delà de la frontière,
seront, à l'avenir, interprétées dans ce sens, que lors de la
découverte d'individus coupables de vol ou de détournement de
bétail, ils seront condamnés à payer la valeur réelle du bétail
qu'ils n'auront pas restitué. 11 est entendu qu'en cas d'insolva-
bilité des individus coupables de vol de bétail, l'indemnité à
payer ne saurait être mise à la charge des autorités locales.
Les autorités frontières des deux états poursuivront, selon
toute la rigueur de^s lois de leur pays, les individus coupables de
détournement ou de vol de bétail, et devront prendre les
mesures qui dépendront d'elles pour la restitution, à qui de
droit, du bétail détourné ou qui aurait passé la frontière.
Les traces du bétail détourné ou qui aurait passé la frontière
peuvent être indiquées non-seulement aux gardiens des postes
frontières, mais aussi aux anciens des villages les plus proches.
Art. 18. — Les stipidations du traité conclu à Aïgoun le
16 mai i858 concernant les droits de sujets des deux empirer de
naviguer sur l'Amour, sur le Soungari et sur l'Ousouri, et de
faire le commerce avec les populations des localités riveraines,
sont et demeurent confirmées.
Les deux gouvernements procéderont à l'établissement d'une
entente concernant le mode d'application des dites stipulations.
Art. 19. — Les dispositions des anciens traités entre la Russie
et la Chine, non modifiées par le présent Traité, restent en
pleine vigueur.
Art. 20. — Le présent Traité, après avoir été ratifié par les
deux Empereurs, sera promulgué dans chaque empire, pour la
connaissance et la gouverne de chacun. L'échange des ratifica-
tions aura lieu à Saint-Pétersbourg, dans le délai de six mois à
compter du jour de la signature du Traité.
Ayant arrêté les articles ci-dessus, les plénipotentiaires des
deux parties contractantes ont signé et scellé de leurs sceaux
deux exemplaires du |)résent Traité, en langues russe, chinoist»
et française. Des trois textes, dûment confrontés et trouvés con-
cordants, le texte français fera foi pour l'interprétation du pré-
sent Traité.
■**• .».•■■ '•
imioiocom: '>,'^i
Fait à Saiiit-IVlei>l)()ur«;, le douzo l'ÔMicr mil Iniit-ctMil
qnalre-vin«^l-un.
(Signé :) Nicolas do (jieus.
(L. S.) (Si^no :) Tskn(;.
(Signé :) Kugène Butzov (L. S.)
(L. S.)
PKOTfMlOLE '
En vertu do l'articlo (» du Trailo signé aujourd'hui par los
plénipolonliairos dos gouvornciuonis russo ot rliiuois. le gouvor-
nemonl chinois paiera au gouxornouionl russo hi souuno do
neuf mittions de roubles métallitjurs, doslinoe à couvrir hvs frais do
l'occupation d'IIi par \i)s troupos russes, et à satisiain; diverses
réclamations pécuniaires des sujets russes, (lotte sounuedoit être
payée dans le délai de deu\ ans à compter du jour de l'écliange
des ratifications du Traité.
Désirant préciser le mode de paiement de la somme précitée»,
les soussignés sont convenus d(» ce cpii suit :
Le gouvernement chinois \ersera l'écpiivalenl de la souuno de
neuf millions de rouhles métallirpios en livri's sterling, soit un
million quatre cent trente et un mille six cent soixante ijuatrc lirres
sterling deux shillings, cliez MM. Baring frères et (1'" à Lonthes.
on six parts égales de deux cent Irente-huit mille six cent-dix
li>res sterling treize shillings huit [>ence ciiacune, moins hs
frais de banque d* usage qui seront occasionnés par le transfert
de ces paiements à Londres.
Los versements s(Tont échelonnes à (juatre mois de distani:e
l'un de fautre. le premier do\ant étreeiroctué (piatre mois après
l'échange des ratifications du Traité signé aujourd'hui, et le der-
nier au terme de deux ans résolus après cet ériiauge.
Le prenant proUxrole aura la morne force ot \alourquo s'il était
inséré mol à mot dans le Traite signé aujourd'hui.
En foi de «pioi h*s plénipotentiaires dos deux gouvornemonts
ont signé le présent Protocole et v ont apposé leurs sceaux.
Fait à Sainl-Péterslx)urg. le douze fé>rier mil huit coul (pialro-
vingl-un.
(Signé:) Nicolas doCiiKRs.
(L. S.) (Signe :) Tsr.Nti.
(Signé:) Eugène Brxzov. (L. S.)
(L. S.)
32 L'AFF\inE DE KOLLDJA
2.>2
REGLEMENT POIH LE COMMERCE PAR VOIE DE TERRE
\rticle i*^'. — In coininerce de libre écliaii'^e el en fraii-
cliis<î de droib, entre snjels russes et chinois, esl autorisa'' sur une
zone liinilrophc s'élendant des deux cotés de la frontière à la
dislance de cinquante versles (cent //). Chacun des deux gou-
vernements se reserve de surveiller ce commerce confonnénient
à ses règlements frontières.
Art. 3. — Les sujets russes, se rendant pour afTairesde com-
merce en Mongolie et dans les districts situés sur les versants
nord el sud des T'ien-Chan, j)euvent franchir la frontière seule-
ment en certains point.s, énumérés dans la Liste annexée au pré-
sent Règlement.
Ils doivent être munis, par les autorites russes, de permis en
langue russe et chinoise, avec traduction mongole et tatare. I^e
nom du propriétaire de la marchandise ou du chef de la cara-
vane, la spécification des marchandises, le nombre des colis et
celui du bétail peuvent être indiqués, en langue mongole ou la-
lare, dans le texte chinois de ces {Hormis.
A leur entrée sur territoire chinois, les marchands sont tenus
de présenter leurs permis au poste chinois le plus proche de la
frontière, où, après >érirication, le permis devra être visé par le
chef du poste.
Les autorités chinoises ont le droit d'arrêter les marchands qui
auraient franchi la frontière sans permis, el de les remettre entre
les mains des autorités russes les plus proc^hes de la frontière, ou
au consul russe compétent, pour qu'une pimition sévère leur soit
infligée.
En cas de perle du permis, le propriétaire est tenu d'en aviser
le consul russe le plus proche, pour s'en faire délivrer un nou-
veau, et d'en informer les autorilés locales pour obtenir un cer-
tificat lcnq)oraire lui permettant de conlinuer sa route.
Les marchandises importées en Mongolie et dans les arron-
dissements situés sur les versants des Tien-chan. qui n'y auraient
[K)inl été vendues, peuvent être dirigées sur les villes de T'ien-
Tsin et de Sou-tchéou (Kia-yû-Kouan), pour y être vendues,
ou |M)ur être e\[)édiées plus loin en Chine.
Pour le prélèvement des droits sur ces marchandises, pour la
délivrance dca permis de transport et j)our les autres formalités
RKGLEMKNT POIR LK COMMEHCi: PAU VOIi: Di: TKRIIK •iX\
de douane, il sera |)roc('d(3 conforiiiémonl aux disposilions ci-
dessous détaillées.
Art. 3. — Les marchands russes (jui cxjMVlienl des mar-
chandises de Kiakhta el du pays 'de \erlchinsk à Tien-Tsin,
sonl tenus de le^ faire passtT par Kal^an, l)ouid)a el Tounir-
Ichéou. I*a mc^me voie sera prise par les marchandises dirigées
sur Tien-Tsin. de la frontière russe, par Kohdo el Kouëi-houa-
tclicn.
Les marchands doivent cire munis de permis d<î transj>ort
délivras par les autorités russes, dûment >isés par les autorités
chinoises compétentes, el portant indication, en lanj^ues russe et
chinoise, du nom du propriétaire (\q:^ marcliandises, du nomhre
des colis et du f^enre de la marcliandise qu'ils contiennent.
Les fonctionnaires des douanes cliinoises situées sur la roule
suivie par les marchandises, j)rocéderonl. sans retard, à la vérili-
cation du nombre des colis et à la Msite des marchandises (pi'ils
laisseront passer, après avoir apposé le >isa sur le permis.
Les colis ouverts durant la visite douanière seront refermés par
les soins do la douane, qui marcjuera sur le [)ermis le nondire
des colis ouvcrU.
La visite douanière ne doit pas durer plus de deux heures.
Les permis devront être présentés, dans un délai de six mois,
à la douane de Tien-Tsin, pour être annulée. Si le [)ropriélaire
des marchandises trouve ce délai insuilisant. il est tenu d'en in-
forincr, en temps et lieu, les autorités chinoises.
En cas de perte du permis, le marchand est tenu d'en aviser
les autorités qui le lui ont délivré, pour obtenir un du[)ricata. et
de déclarer à cet effet le numéro el la date; du permis é^aré. La
douane la plus proche, située sur sî» roule, après a\oir conslalé
l'exactitude de la déclaration du marchand, lui délivre un certi-
lîcai provisoire, avec lequel les marchandises peuvent être diri-
gées plus loin.
Une déclaration inexacte de la quantité des marchandises, s'il
est prouvé qu'elle a été faite a\ec rinlenlion de dissinndiM- des
ventes opérées en route, ou d'échapper au paiement i\vs droits.
entraîne, pour le marchand, l'application des peines étahlii's dans
Tarlicle 8 du présent Règlement.
Art. 4' — Les marchands russes qui désireraient rendre à
kalgan une jwirtie quelconque des marchandises importées de
Russie, doi\ent en faire la déclaration à ranlorilé locale dans \v.
délai de cinq jours. Celle-ci. après ac(]uittement parle marchand
23^1 l'affaire de kouldja
ck's droits cliinporlalion enlicrs, lui délivre un permis de venle
des marchandises.
Art. 5. — Les marchandises imporl43es de Russie par voie de
lerrc, par les marchands russes, à Tien-ïsin. y acquitteront un
droit d'importation équivalent aux deux tiers des droits établis
par le tarif.
Les marchandises importées de RuSvSie h Sou-tchéou (Kia-Yû-
Kouan) paieront, dans cette ville, les mêmes droits et seront
soumises aux mêmes règlements qu'à Tieii-Tsin.
Art. 6. — Si les marchandises laissées à Kalgan et qui y ont
acquitté les droits d'entrée, n'y sont point vendues, leur proprié-
taire pourra les expédier à Toung-tchéou, ou à Tien-Tsin, et la
douane, sans percevoir de nouveaux droits, restituera au mar-
chand un tiers du droit d'entrée payé h Kalgan, en faisant une
annotation correspondante sur le permis délivré en ce cas par la
douane de Kalgan.
Les négociante russes peuvent expédier sur les marchés de
l'intérieur les marchandises laissées à Kalgan et qui y ont €ic([uitté
les droits d'entrée, en se conformant aux conditions générales
établies pour le commerce étranger en Chine, après acquittement
d'un droit de transit (i. e. la moitié des droits spécitiés dans le
tarif). Il sera délivré pour ces marchandises un permis de trans-
port qui doit être exhibé à toutes les douanes et barrières siluc'*es
sur la route. Les marchandises non accompagnées de ce permis
auront a accpiitter les droits aux douanes qu'elles traverseront et
\v U kin aux barrières.
\rt. 7. — Les marchandises importées de Hussie à Sou-lchéon
(Kia-yû-Kouan) peuvent être expédiées sur les marchés de l'in-
térieur, aux conditions stipulées dans l'article c) du présent Rè-
glement, pour les marchandises expédiées de Tien-Tsin en desti-
nation des marchés de l'intérieur.
Art. 8. — S'il était constaté, lors de la visite douanière des
marchandises importées de Russie h Tien-Tsin que les marchan-
dises spécifiées tlans le permis ont été retirées des colis et rem-
plactKîs par d'autres, ou bien que leur quantité (déduction faite
de ce qui en aura été laissé à Kalgan) est inférieure au chiffre
indicpié dans le permis, toutes les marchandises présenté(îs à la
\isite seront conliscpiées par la douane.
Il est entendu que les colis avariés en route et qui, par suite de
cela, auront subi un réemballage, ne seront pas sujets à confis-
cation, si toutefois le fait d'avarie a été dûment déclaré h la
RKC.LKMKNT l'OlUl lA'. COMMKIU:!: PVU VOIK I)i: TKURK '^S'i
douane Ja plus proche el si colle dernière, après conslalation de
IVlat intact de la marchandise priinili\enienl expédiée, a fa il
une annotation cx>rrcs[)ondanle sur Je permis.
Seront sujettes à conliscalion les marchandises doni il sera
constaté qu'une partie a été vendue en chemin.
Si les marchandises ont élé lransportéc»s par des voies délour-
nécs, afin de les soustraire aux visitcîs des douanes établies sur la
route indiquée à l'article 3, le propriétaire en s(Ta passible d'une
amende égale au droit d'importalion entier.
Si l'infraction aux règlements susmentionnés a été commise à
l'insu et sans la participation du propriétaire de la marchandise,
\vïT les voituricrs, les douanes, en fixant l'amende, prendront
celle circonstance en considération. Coliv dis|)osilion se rapporte
excJusivement aux l(Kalilés tra>ersées par le connnerce russe par
voie de terre, et ne saurait être a[)pliquée à des cas analogues
qui se produiraient dans les ports et dans l'intérieur des pro-
vinces.
En cas de confiscation des marchandises, le négociant a ledr(»it
de libérer celles-ci moyennant le versement d'une somme étpii-
valentc à leur valeur, dûment déterminée par une entente a>ec
les autorités chinoises.
AiiT. 9. — A l'exportation de Tien-Tsin. par mer, en destina-
tion de quelque autre port chinois, ouvert par les traités au
ronnnercc étranger, des marchandises importées de Kussie par
voie de terre, la douane de Tien-Tsin [)rélève sur ces marchan-
dises un tiers des droite) entiers iixés par le tarif, en sus des deux
tiers déjà perçus. Aucun droit ne sera prélevé sur ces marchan-
<lLses dans les autres ports.
Les inarchandis<»s exportées de Tien-Tsin, ou des autres ports,
en destination des marchés intérieurs, s<*ront frappées du droit
de transit (i. e, la moitié des droits spécifiés dans h; tarif) fl'après
les dis|)ositions générales établies pour le connnerce étranger.
Anx. 10. — Les marchandises chinoises, exportées de Tien-Tsin
en Russie par les marchands russt\s, doivent être dirigées sur
Ralgan par la voie indiquée à l'article 3.
Il sera prélevé sur ces marchandises, h leur sortie, des droits
d'exportation entiers. Toutefois, \c» marchandises de réimporta-
tion achetées à Tien-Tsin, ainsi que celles achetées dans un autre
|K)rt, cl ex|)édiées, en transit, à Tien-Tsin, pour exportation «mi
Russie, étant accom|>agn(H»s d'un reçu de la douane constatant le
paiement des droits de sortie, nvn seront pas frappées une seconde
'2
36 l'affaiue de kouldja
l'ois, el lo (leiTii-droiidc roiiiiporlalion (droit côlicr) versé à Ticn-
Tsin, sora rcslilué au marcliand. si les marchandises qui auront
accjuitlc ce droit sont exporlées en Russie dans le délai d'un an
après le versement de ce droit.
Le consul de lUissie délivre, pour le transport des marchan-
dises en Russie, un permis portant indication» en langues russe
el chinoise, du nom du propriétaire de la marchandise, du
nombre des colis et des marchandises qu'ils contiennent. Ces
permis seront visés par la douane du port et devront accompa-
gner les marchandises, |K)ur être exhibés lors de la visite de
celles-ci aux douanes établies sur la route.
On se conformera aux règles détaillées à l'article 3 quant au
délai dans lequel le |)ermis doit être présenté à la douane |)our
être annulé, el ])our les cas de perte du permis.
Les marchandises doivent suivre la voie indiquée à l'article 3
el ne devront pas être vendues en roule : l'infraction à celte règle
entraînera, pour le marchand, l'application des pénalilés indi-
(juées à l'article 8. La visite des marchandises aux douanes situées
sur la route se fera conformément aux règles indiquées à l'ar-
ticle 3.
Les marchandises chinoises que les marchands russes achèteront
à Sou-tchéou (Kia-vù-Kouan) ou qu'ils y amèneront des marchés
de J'inlérieur en destination de la Russie, auront à acquitter, h
leur exportation de Sou-tchéou en Russie, les droits fixés |)our
les marchandises exporlées de Tien-Tsin, et seront soumises aux
règlements établis pour ce port.
AriT. II. — J^es marchandises achetées à Toung-tchéou auront
à accpiitter, à leur exportation en Russie par voie de terre, les
droits de sortie entiers, selon le tarif.
Les marchandises achetées à Kalgan accpiilleront dans cette
ville, à leur exportation en Russie, un droilé(piivalentà la moi-
tié des droits s])écirié8 dans le tarif.
Quant aux marchandises achetées par les négociant russes sur
les marchés intérieurs (»l importées à Toung-tchéou el Kalgan.
pour être exporlées de là en Russie, elles seront, en outre, frap|HM\s
tle droits de transit, conformément aux règles générales établies
|)onr le commerce étranger sm- les marchés intérieurs.
Les douanes locales des villes ci-de^ssus énumérées, après avoir
prélevé les droits, délivreront au marchand un permis pour le
transjKM't des marchandises. P«)ur les marchandises exporlées de
Toung-tchéou, ce permis sera délivré jKir la douane de Douuba,
H KC. LE MU NT I»(M H l.\ COMMKIU.K. I'\U NOIK DF. TI.UnK 'J.l^":
i
i\ lnc|iiollo so l'oronl la (Iciii.'iihIc do (•(» piMini^^, îiinsi (jiic lo vor
s4Miioii1 dos droits (|n(' los rnarcliaiidisos aiinuil à a('(|iiiMrr. Il
s<Ta ("ail moiilion dans lo porinis do la dofonsodo \oiidro los mar-
chandises on ronlo.
Les ri'j^Ies délailloos à Tarticle 3. rolati\os aux permis, à la
\isilc dc»s marcliandis(*s. elc so rap|)ortenl oralement aux mar-
cliandises ex|X)rlét*s des localilés onuniorées dans le prosonl
article.
AiiT. \'À. — ÏjOs marcliaiidises de provenance élranj^ore ex-
portcV»s en destination de la Russie, par \oie de torix», de Tien-
Tsin, de Tounf^-lchoou, de kalf^an et do Sou-tclioou (Kia-v'ï-
konan). n'auront pas do droits à acipiillor, si lo marcliand
profJuil un reçu de la douane accusant paiement dos droits d'im-
|iorlalion et de transit sur ces marchandises. Si elles n'ont ao(piitto
i(ue les droits dVnlroe, la douane compotonte réclamera, ov\
outre, du négociant, le \oi-s(Mnent du droit do transit fixe par le
tarif.
Art. i3. — Les marchandises im|)orloes on (Ihino par les
marchands russes, ou exportées par eux. ac<piittoronl los <lroits
de douane, selon lo tarif f2;onéral établi pour le commerce étran-
^r en Chine, et s<»lon le tarif additionnel étahli on i8()3 pour
le commerce russe.
I^ics marchandises non énumérées dans l'un ou Tautre de ces
tarifs .seront iin|>osi''(*s d'un droit de ciiu| [>our cent ad \aIorem.
.\rt. i4- — Seront admis, en franchise de droits, à rini|>or-
lation et à re\j)ortation. les articles sui\ants : L*or et l'arf^ont en
lingots. La monnaie étrangère, l^es farines de toute es[KVo. Le
sagou. Les biscuits. Les \iandos et les légumes en cons<*rves. L<»
fromage. \a}. beurre. I-.es pnxluits de confiserie. Les vêtements
étrangers. Les objets do joaillerie. L'arg<Milerie. Los|)arfumsot les
savons de toute espèce. Le charbon do bois. Le l)ois de chaulTage.
Ia*s bougies de fabrication étrangère. Lo tabac et los cigares
étrangers. Les vins. La bière. Lt»s boissons s|)irituousos. Los pro-
visions cl ustensiles do ménage, omplovés dans les maisons et sur
les navires. Le bagage des \o\ageurs. Les fournitures iU^" chan-
cellerie. Les articles do tapisserie. Lacoulellorie. Les médicaments
étrangers. La verroterie et los objets en cristal.
l-iOS articles ci-<h»ssus énumérées passeront on franchise de droits,
à leur enlnV et à leur sortie par \oie do terre ; mais s'ils sont
e\|HHliés, d<»s \ilh*s et dos ports mentioimés dans lo pn'»sonl Rè-
glement, sur los marchés intérieui*s, ils sc*ront frappés d'un droit
2 38 i/affaire de rouldja
(le transit au taux de deux cl demi pour cent ad valorem. Seronl.
toutefois, exempts du paiement de ce droit : le bagage des voya-
geurs, Tor et l'argent en lingots et la monnaie étrangère.
Art. i5. — Sont prohibés tant pour Timportation que pour
l'exportation , et sont sujets à confiscation dans le cas de trans|K)rt
en contrebande, les articles suivants :
La poudre. Les munitions d'artillerie. Les canons. Les fusils,
les carabines, les pistolets et toutes les armes k feu. Les engins
et munitions de guerre. Le sel. L'opium.
Les sujets russes se rendant en Chine pourront avoir, chacun
pour leur défense personnelle, un fusil ou un pistolet, ce dont
mention devra être faite dans le permis dont ils seront porteurs.
L'importation, par les sujets russes, du sal[>etre, du soufre et
du plomb, n'est admise que sur une autorisation spéciale des
autorités chinoises et ces articles ne pourront (>tre vendus qu'aux
sujets chinois qui auront reçu un permis d'achat spécial.
L'exportation du riz et de la monnaie de cuivre chinoise est
prohibée. Par contre, l'importation du riz et de toutes les céréales
est autorisée en franchise de droits.
Art. i6. — Il est interdit aux négociants russes de transporter
les marchandises appartenant à des commerçants chinois, en les
faissant passer pour leur propriété.
Art. 17. — Les autorités chinoises auront le droit de prendre
telles mesures qui seront nécessaires, contre le commerce de
contrebande.
(Signé :) Nicolas de Giers.
(L. S.)
(Signé :) Tseng.
(L. S.)
(Signé:) Eugène Butzov*.
(L. S.)
I. Bulzov, Eugène, consul à Tion-Tsin, i86a-i865; à tlakodalé,
1866-1873 ; chargé d'aflaircs cl consul général au Japon, 1878 ; ministre
à Pé-King, 1874-1884; à Athènes, 1884-91; à Téhéran, 1891-96; à
Stockholm, depuis 1896.
ANNFAi: A \. AUTICLK J. DL HKGI.KMKNT
'JM)
Atinr.it' i) Idrllrli' 'J (la licfjli'fncnt jjour le conuncrce par roic
de terre.
I.ISTK DI'.S POINTS-FRONTIÈRES, PAR LESQLKLS LES SUJETS RISSES, SE
RENDANT EN CHINE POUR AFFAIRES DE COMMERCE, POURRONT PASSER.
Postes russes.
1. Slaro-Tsouroukliaïlouïsky.
2. Tsagaii Oloïovskv.
3. Klioutclievskv.
4. Kouloussoulaïcvsky.
5. Tchassoulclioïovsky.
6. DourouI«^ouï('vsky.
7. Tokhlorak}.
f). Achinginsky.
10. Menlzinsky.
1 1 . Charagolsky.
la. Roudarinskv.
i3. kiaklila.
i/|. BoLsiîsky.
i5. Jolloiirinsky.
16. Kharatsaïsky.
17. Khamneïsky.
10. Klioulclievskoï.
19. Kliaiis^hiiisk) .
20. Okinsky.
ai.
aa.
a3.
Postes chinois,
Kliouboltclijikhou.
Tzorinlou.
MookglK»tlz(»<Jîlic.
Ouliaiilou.
Dorolok.
Kll0^i1l(^>narassoll.
kliouraisa.
Haïandar^a.
Aciîinga.
Mindxa.
Ouïalga.
koiidara.
Kiakhla.
Kliara-klioiitclijir.
1VIijirg!i(*ley.
Oriokho.
Iroklchilain.
Ouïonlel.
Hyltys.
T/aï-gooI .
Tchjiiilclijilik.
louslyl.
Souok.
a4. Tsagan-obo.
a5. Bourgassoulaï.
aC. Khabar-oussou.
37. Bakhiy.
a8. Kaplagaï.
29. La |)assc Kok-sou.
3o Khorgos.
3i. La passe Uèdol.
3a. La passe» Tcrokly.
33. La passe Tourougarle.
3/|. La passe Souïok.
35. Irkccbtam.
La présente Liste des |X)inls do passage pourra Htq modifiée
par nue entente entre lVn\oyéde linssieà IV'-Kinget le Ministère
des AlFaires Etrangères de (ihine, d'ap^^s les données relatives
aux avantages de ces points qui leur seront fournies par les
a/io l'affaire de rouloja
consuls do Russie ol par les autorités front ièros cliinoiscs. Ces
ntodificalions porteront sur Texclusion de certains points ciui
seront reconnus superflus, ou sur leur remplacement par d'antres,
plus nécessaires au mouvement du commerce'.
(Signé :) Nicolas de Gieus.
(L. S.)
(Signé :) Tseng.
(L. S.)
(Signé :) Eugène Butzov.
(L. S.)
Le traité signé par le marquis ï'seng h Saint-Pétersbourg
eut pour résultat de rendre la Chine arrogante ; elle se mil h
chercher h faire naître des complic^itions ; le revirement des
laisses avait étonné les Chinois; ils attribuèrent à rinlimi-
dation ce qui n'était qu'intérêt et longanimité et, sans tran-
sition, ils passèrent de Tcpouvante et de la panique h la
jactance la plus insensée. Le retour du bouillant Tso à Pé-
King, à la fin de février 1881, n'était pas fait pour calmer les
esprits ; il fut reçu avec une grande solennité. On faisait
courir le bruit que Timpératrice régente allait mourir et Ton
disait qu'un décret était préparé à reflet de faire de Tso
Tsoung-t'ang un vice-empereur à coté du 7^ prince, régent
nominal. Les inquiétudes de Li lloung-tchang, toujours en
éveil, furent augmentées en voyant grandir Pinfluence de ce
nouveau et formidable rival.
Tso tenait de bruyants propos au Tsoung-li Yamen :
Si on voulait tenir compte de ses avis, il serait aisé de débar-
rasser la Chine de ces intrus malfaisants, dont la pn'îsencc cons-
titue pour TEnipirc une dilTiculté capitale et un danger. Il ne
s'agirait que de le vouloir et de s'aflrancliir de scrupules pusilla-
nimes... La Chine est un grand pays puissant et riche ; il a dt*s
armes en quantité et des liomme.s plus (pi'il ne lui en faut ;
l'arrangement avec la Russie a été une lâcheté ; il faut prendre
sa revanche contre les étrangers d'où qu'ils soient venus cl en
finir une bonne fois avec eux.
1. Voirie recueil de Traités avec la (iîhinc, publié en i88i), à Saint-
Pélorsbourg, jwir le Minislrro des A.(Taires élrangèr<fs.
CHAPITRE XIII
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 : MARQUIS TSENG. - LA
FRANCE AU T0N6-KIN6. - L'ÉVÊQUE D'ADRAN ET GIA-
L0N6. - LA RESTAURATION ET CHAI6NEAU. — CONQUÊTE
DE LA BASSE-COCHINCHINE. — TRAITÉ DE SAIGON, 1862.
— EXPLORATION DU ME-KONG. — JEAN DUPUIS. —
FRANCIS GARNIER. — TRAITÉS DE SAIGON, 1874. — COM-
MUNICATION DU TRAITÉ A LA CHINE.
A la fin de 1880, la France employait ses bons offices h
Pé-King et à Saint-Pétersbourg pour aplanir les dinicultés qui
avaient surgi, par suite de l'occupa tion prolongée de kouldja
par les troupes du tsar, entre la Cbine et la Russie, lorsque
le plénipotentiaire chinois, le marquis Ts'êng, rédigea une
lettre qui transformait la question annamite en une question
chinoise, longue, fertile en incidents et qui ne fut résolue
qu'après une guerre, coûteuse à la fois pour la bourse des
contribuables et, parfois, pour Tamour-propre de la France.
Après de nombreuses péripéties, des fautes faciles à éviter,
Tavantage nous est resté, grâce à un homme politique, dont
la ténacité et le patriotisme clairvoyant eurent raison de l'hos-
tilité que sa |)ersonne avait soulevée et de l'impopularité avec
laquelle son entreprise était regardée par la grande masse de
la nation, Jules Ferry, qui a donné à la France le Tong-King
ainsi que la Tunisie, joyaux de Tempire colonial que la
République a construit en un quart de siècle.
LETTRE DU MAHQUIS Ts'ÊNG
Le 10 novembre 1880, le marquis Ts'êng adressait la lettre
■ ./
letthf: du marquis tsV.nc 2^3
suivante îi M. Bartliclcinv Saiiil llilairc, ininislrc des Aflaires
étrangères :
Sainl-Pélersbourg, le lo novembre 1880.
Monsieur le Ministre,
J'ai l*honncur d'informer V. E. qu'à la suite des bruits qui
avaient couru sur certaines causes de nature h créer un conflit
entre le Gouvernement Français et le Prince du Tong-King, j'ai
eu le a5 janvier une entrevue avec M. de Freycinet. au Minis-
tère des Aflaires Étrangères. Et. après avoir fait connaitre à
S. E., lors de cet entretien, les liens de vassalité qui unissent le
Tong-Ring à la Chine, je lui ai demandé s'il y avait réellement
des causes de celte nature. S. E. a déclaré que de pareilles causes
n'existaient point et cette assurance a pu calmer mes appréhen-
sions sur ce sujet.
Mais d'après des informations plus récentes, il parait que le
Gouvernement Français aurait l'intention d'envoyer ou déjà
expédié des troupes au Ïong-King. ce qui m'a fait renaître des
appréhensions. J'ai donc l'honneur de prier V. E. de vouloir
bien m'informer si ces informations sont authentiques et si,
depuis l'entretien que j'ai eu avec M. de Freycinet, les intentions
du Gouvernement français ont subi quelque changement.
J'espère que V. E. voudra bien me faire connaître comme
son prédécesseur les vues de votre Gouvernement relatives à la
question du Tong-King, car je n'ai pas besoin de déclarer à
V. E. que le Gouvernement Chinois ne saurait regarder avec
indiflérencc des opérations qui tendraient à changer la situation
politique d'un pays limitrophe comme le royaume du Toii;;-
king, dont le prince a reçu jusqu'à présent son investiture de
l'Empereur de Chine.
Comme je suis occupé à des négociations avec le Gouverne-
ment Russe, je n'ai pu à mon regret présenter mes félicitations
à V. E. le jour de votre entrée au Ministère. Dès que je serai
arrivé à un arrangement à Pétersbourg, je m'empresserai de
venir à Paris pour présenter mes devoirs à V. E. ï'our le mo-
ment, je dois prier V. E. de vouloir bien me donner une ré-
ponse à la note que j'ai T honneur de lui adresser.
aVi l'affaire Dl TONG-EINT.
LA FRANCE AL TO!«G-kI>G
Il nous semble que Topinion publique avait au début sin-
gulièrenient diminué Timporlance de notre action au Tong-
king. Il ne s'agissait pas d'une aventure surgissant par hasard ;
il ne s'agissait pas d'un projet appartenant en propre à un
ministère, voire à la République, mais bien d'une grande
pensée conçue il y a plus de cent ans, dont la réalisation avait
été retardée |>ar suite d'événements malheureux, mais qui a
été reprise par tous les régimes qui ont gouverné la France.
L'idée d'un grand établissement colonial sur la côte de Tlndo-
Chine, mise en avant sous Louis XVI, ajournée, mais non
abandonnée par Napoléon P*", ressaisie sous Louis XVIII, a
reçu un commencement d'exécution sous le règne de Napo-
léon III. La troisième République a complété une œuvre
à laquelle ont pris part aussi bien les conservateurs, puis-
que le traité de 187^ a été négocié par les agents de
M. le duc de Broglie, que les républicains. Nous nous
trouvons donc en présence d'une grande politique colo-
niale, propre non pas h un groupe, non pas à un parti, mais
à la France entière: nous voudrions essayer de retracer les
phases principales de cette politique nationale avant d'abor-
der le récit des luttes et des négociations qui en ont assuré le
triomphe.
La Compagnie des Indes orientales, créée en i664, donna
au commerce français, dans PExlrème-Orient, un débouché
qu'il n'avait pas eu jusqu'alors. Les Portugais, les Hollandais
et les Anglais nous avaient d'ailleurs devancés. Dès i684, la
Compagnie des Indes orientales envoyait au Tong-King un
agent nommé Le Chappclier qui trouva les habitants bien
disposés pour les EiiropiMMis el clablil un ronipl«)ir dans \o
pays. Deux années |>lus lard, un autre agent de la Compa-
gnie, nommé Vcrrcl, se rendit à son tour en (Jocliinchine
pour choisir un emplacement favorable à la création d'un
comptoir.
Il se décida pour Pou lo-Condor. Malheureusement, la série
des guerres qui affligèrent la fin du règne de Louis XIV arrêta
tous les projets d'établissement qu'avaient pu avoir les Fran-
çais. Plus lard, les rapports de différents «autres agents furent
également favorables à un établissement, soit à Poulo-Condor,
soit en un autre point de la Cochinchine, mais on |)eut con
sidérer le voyage de Pierre Poivre à la Cochinchine en 17/19
et 1760 comme le vrai point de départ de nos relations avec
ce pays.
Son voyage à bord du Mnchault est extrêmement intéres-
sant. Poivre avait pour but d'ouvrir un commerce à la Cochin-
chine, d'y établir un comptoir et de se procurer, par la voie
de Manille ou des places voisines, des plants de noix muscade
cl de girofle qui devaient être tous portés aux îles de France
et de Bourbon. Vers la même époque, un missionnaire de la
Société des Missions étrangères, Charles Thomas de Saint
Phallc, fournissait à Dupleix les renseignements les plus
précis sur le Tong-King.
Deux occasions d'assurer d'une manière sérieuse l'influence
françaisedansT Indo-Chine nous avaient déjà été fournies : Tune
sons Louis XIV, par le ministre du roi de Siam, Constance
Phaulkon, dont la chute et la mort, h la révolution de 1688,
amena la ruine de notre crédit; l'autre nous avait été indi-
quée p«ir Dupleix qui, en 1750-1752, cherchait par une
alliance avec le roi de Pégou a nous assurer la possession des
bouches de l'Irawadi. Une troisième occasion allait nous être
fournie par une révolution qui éclata en 1 77/1 en Cochinchine.
Un nommé Nguyên van-Nhac et ses frères, réfugiés dans les
montagnes Tay-So'n à la suite d'un vol, avaient réuni autour
3^6 l'affaire du tong-ring
d'eux des bandits et des mécontents à l'aide destjuels ils
levèrent l'étendard de la révolte.
l'évêque d'adran et gia-long
Le dernier choua (maire du Palais) de la Cochinchine,
Duê-Tong ou Hué-vu'o'ng, avait été chassé de ses Etats et mis à
mort par les rebelles Tay-son en 1 776 ; son neveu Nguyên-Ânh,
plus t^rd Gia-long, réfugié à Saigon, s'était décidé, sur le con-
seil d'un missionnaire français, Pigneaude Behaine*, évêquc in
partihus d'Xdran^ à implorer le secours de la France pour ren-
trer dans ses Etats. Il envoya le prélat, muni de pleins pouvoirs
et accompagné de l'héritier présomptif du trône, le prince Canh ,
à Pondichéry, dont le gouverneur, n'ayant pas à sa disposition
de troupes pour faire une expédition, engagea l'évêque d'Adran
à passer en France. Pigneau de Béhaine fut bicA reçu à Ver-
sailles. On lui promit un secours de i 65o hommes, de l'ar-
tillerie, des armes, quatre frégates et deux ou trois bâtiments
de transport nécessaires à l'expédition. Par un traité signé à
Versailles, le 28 novembre 1787, le roi de la Cochinchine
cédait à la France la propriété absolue et la souveraineté de
l'île, formant le port principal de la Cochinchine, appelé
« Hoï-nan » et par les Européens « Touron », ainsi que
Poulo-Condor, en échange des secours que Louis XVI pro-
mettait d'envoyer.
TRAITÉ ENTRE LE ROY ET LE ROY DE LA COCniTfCHIIfE
Nguten-Anh, Roy de la Cochinchine, ayant été dépouillé de
SCS Étals, cl se trouvant dans la nécessité d'employer la force
des armes pour les recouvrer, a envoyé en France le Sieur
Pierre- Joseph-Georges Pigkeau de Beuaine, évèque d'Adran,
1. Pir.NF.Au DE Béhaiihe, Pierre- Jospph-Gcorges^ ne au bourg d'Ori
gny en Thiérache (Aisne), le a novembre 1 74 1 •
•- .-r-- -1..-.' T^
TIVAITK KNTHK Li: UOY KT l.i: \\n\ DK I, V COClIINCmM: 'l!\-j
dans la vuo ilc réclamer le secours et l'assislaiice do S. M. le
Hoi T. C ; cl Sadilo Majesté étant convaincue de la justice de
la cause de ce Prince, et voulant lui donner une nianjue sifjna-
lée de son amitié comme de son amour pour la justice, s'est
déterminée à accueillir favorablement la demande faite en son
nom. Kn conséquence Elle a aulorisé le sieur Comte de Moid
niorin, Maréchal de ses cam[>s et armées. Chevalier de sc\s ordres
cl de la Toison d'or, son Conseiller en tous ses conseils. Ministre
et Secrélaire d'Klal de ses commandements et finances, aïant le
Département des alTain^s étrangères, à discuter et arrêter avec
ledit sieur évècpie d' \dran la nature, l'étendue et les conditions
des secours à fournir, et les deux Plénipolentiaires, après s'èlre
lé|Li;ilimés, savoir : le Comte de Monlmorin en conmiunicpianl
son plein pouvoir, et Tévéque d'Adran en pnKluisiuit le faraud
sceau du royaume de la C^ochinchine, ainsi cpiune délibération du
grand («onscil dudit rovaumc, sont convenus des points et arli
des suivants :
Article phkmiku. — Le Ro> Très-cbrétien promet et s'engage
de seconder de la manière la plus ellicace les efforts tpie le Hov
de la Cocliinchinc est résolu de faire pour rentrer dans la pos.s(»s-
sion cl jouissance de ses filais.
\ht. 3. — Pour cet elTct Sa Majesté Très-chrétienne en>erni
incessamment sur les cotes de la Cochincliine à ses frais (pialre
fré«i;ales avec un corps de Iroujws de douze cenls hommes d'in-
fanterie, deux cenls hommes d'artillerie et de deux cent cin-
quante CalTres. Ces troupes seront munies de tout leur attirail
de guerre et nommément d'une artillerie compétente; de cam-
pagne.
Art. 3. — Le Roy de la Cm'hinchine, dans l'attente du ser-
vice important (|uo le Iloy Très-cbrétien est disposé à lui rendre;,
lui cwle cvenluellement ainsi <pi'à la couronne de France, la
propriété absolue et la souveraineté de l'île formant le, port prin-
cipal de la Cocbinchine aj)pelé liol-nwi (»t par les Kuro|)éens
Toaron ; cl celle propriété et souveraineté seront immutabl(;ment
acquises dès l'instant où les troupes françaises auront occupé l'île
susmentionnée.
Art. 4. — Il e^t convenu en outre <pie le Roy Très-chré-
lien aura concurremment avec celui de la Cocbinchine la pro-
priété du port susdit et (pie les Français pourront fain^ sui- le
continent tous les établissements cpi'ils juv:er()iit utiles tant pour
leur navigation et leur conunerce, (pie pour j^arder et caréner
3^8 l'affaire dl tong-ring
leurs vaisseaux et pour on consiruîre. Quant à la police du port,
elle sera réglée sur les lieux par une convention particulière.
Art. 5. — Le Roy Trcs-chrétien aura aussi la propriété et la
souveraineté de Pulo-Condor.
Art. 6. — Les sujets du Roy Très-chrétien jouiront d'une en-
tière liberté de commerce dans tous les États du Roy de la Go-
chinchine, à l'exclusion de toutes les autres nations européennes.
Ils pourront pour cet effet aller, venir et séjourner librement,
sans obstacle et sans payer aucun droit quelconque pour leurs
personnes, à condition toutefois qu'ils seront munis d'un passe-
port du commandant de l'île de Hoi-nan. Ils pourront importer
toutes les marchandises d'Europe et des autres parties du monde,
à l'exception de celles qui seront défendues par les lois du pays ; ils
pourront également emporter toutes les denrées et marchandises
du pais et des pais voisins sans aucune exception ; ils ne paieront
d'autres droits d* entrée et de sortie que ceux qu'acquittent actuel-
lement les naturels du pais, et ces droits ne pourront être haus-
sés en aucun cas et sous quelque dénomination que ce puisse
être. Il est convenu, de plus, qu'aucun bâtiment étranger, soit
marchand, soit de guerre, ne sera admis dans les États du Roy
de la Cochinchine que sous pavillon français et avec un passe-
port français.
Art. 7. — Le gouvernement cochinchinois accordera aux su-
jets du Roy Très-chrétien la protection la plus efficace pour la
liberté et la sûreté tant de leurs personnes que de leurs effets, et
en cas de difficulté ou de contestation, il leur fera rendre la
justice la plus exacte et la plus prompte.
Art. 8. — Dans le cas où le Roy Très-chrétien serait attaqué
ou menacé par quelque puissance que ce puisse être, relative-
ment à la jouissance des îles de Hoi-nan et de Pulo-Condor et
dans le cas où Sa Majesté Très-chrétienne serait en guerre avec
quelque puissance soit européenne, soit asiatique, le Roy de la
Cochinchine s'engage à lui donner des ressources en soldats,' ma-
telots. vi\Tes, vaisseaux et galères. Ces secours seront fournis
trois mois après la réquisition ; mais ils ne pourront pas être
emploies au delà des îles Moluques et de la Sonde et du détroit
de Malacca. Quant à leur entretien, il sera à la charge du Sou-
verain qui les fournira.
Art. 9. — En échange de l'engagement énoncé dans l'article
précédent, le Roy Très-chrétien s'oblige d'assister le Roy de la
Cochinchine lorsqu'il sera troublé dans la possession de ses États.
TRAITK ENTHE LE HOY ET LE UOY DK L\ COCIIINCIIINE 3^|()
Ces secours s<»ront j)roporlioiinos à la nrcossilé des circonsttinn^s,
cependant ils ne pourront en aucun cas excéder ceux énoncés
dans Tarticle deuxième du présent Ira lié.
Art. io. — Le présent traité sera ratifié par les deux souve-
rains contractants, et les ratifications seront échangées dans l'es-
pace d*un an ou plus tôt si faire se peut.
En foi de quoi, Nous, Plénipotentiaires, avons signé le présent
traité et y avons fait apposer le cachet de nos armes.
Fait à Versailles, le vingt-huit novemhrc mil sept cent quatre-
vingt-sept.
Le Comte de Montmohin.
(L. S.) y P. J. (î., évéque d'Adran.
Articlk séparé
Dans la vue de prévenir toul<»s difTicultés et mésenfendus rela-
tivement aux établissements que le Roy Très-chrétien est aulo-
risé à faire sur le continent pour Futilité de la navigation et du
commerce, il est convenu avec le lloy de la Cochinchine que ces
mêmes élablissement^s seront et ap]>artiendronl en toute pro-
priété à Sa Majesté Tres-chrétieime et que la juridiction, la ])0-
licc, la garde et tous aclrs d'autorité sans exception s*y exerceront
prîvalivement en son nom.
Pour prévenir les abus auxquels les établissements mentionnés
ci-dessus pourraient donner lieu, il est convenu expressément
que l'on n'y recevra aucun Cochinchinois poursuivi pour crime,
et que ceux qui pourraient s'y être introduits seront extradés h
la première réquisition du gouvernement. Il est convenu égale-
ment que tous les Français transfuges seront extradés à la pre-
mière réquisition du commandant de lloi-nan ou de celui de
Pulo-Condor.
Le présent article séparé aura la même force et valeur que s'il
était inséré mot à mot dans le présent Traité.
En foi de quoi. Nous, Plénipotentiaires, avons signé le présent
article séparé et y avons fait apposer le cachet de nos armes.
Fait à Versailles, le 38 novembre 1787.
Le comte de Montmorin.
(L. S.) j P. J. G., évéque d'Adran.
25o l'affaihk du to>g-ring
Déclaration de l'kvèque d'Adran
Quoique dans la convention si^^née aujourd'hui, il ne soit fait
aucune mention des frais (ju'occasionneront les ctahlissenieiits
que Sa Majesté Tr^s-ch rétien ne jwurra former soit dans les îles
de Iloi-nan et Pulo-Condor, soit sur le continent du royaume
de Cochinchine, le soussigné, en vertu de Tautorisation dont il
est muni, déclare que le l\oy de la Cocluncliine prendra à s;i
charge, soit par fourniture en nature, soit en argent, d'après les
évaluations qui en seront faites, les premiers frais de rétablisse-
ment à former pour la sûreté et la protection, tels que fortifica-
tions, casernes, hôpitaux, magasins, bAtiments militaires et
logement de Commandant.
En foi de quoi j'ai signé la présente; déclaration et y ai ap|X>sé
le cachet de mes armes, avec promesse d'en procurer la ratifica-
tion de la part du Roy de la Cochinchine.
A Versailles, le 28 novembre 1787.
(L. S.) •]- P. J. G., cvèque d'Adran.
L'cvéquc d'Adran repassa à Pondichéry, dont le gouver-
neur, rirlandais comte de Conway, devait connmandcr l'cxpc-
dition projetée. L'Anglais John Barrow raconte qu'à l'arrivée
du prélat dans la colonie, Conway avait pour maîtresse M°* de
Vienne, la femme d'un de ses aides de camp. L'cvèque d'Adran
fit des visites aux femmes des différents fonctionnaires de Pon-
dichéry à Tcxceplion de M'"° de Vienne qui, fort irrilcc d'être
traitée de la sorte, fit retarder l'envoi des troupes en Cochin-
chine. D'autre part, ce qui est plus vraisemblable, le gouverneur
était peu favorable à l'expédition parce qu'il ne la considérait
pas comme avantageuse à la France et que les instructions
qu'il avait reçues directement de France le laissaient juge de
la situation. Quoi qu'il en soit, le traité de Versailles ne reçut
pas son exécution ; les projets de l'évêcpie avortèrent et, au
lieu d'un secours important qu'on lui avait promis, le prélat
n'obtint que l'escorte de la frégate la Méduse, pour deux
navires de commerce armés et équipés à ses frais. Néanmoins,
LA HKSTALRATIO.N KT Cil VH.N KAl T,li
rovèquc d'Adran ôtail accompagné d'un certain ncmibrc d'of
ficiers français, dont le concours no contribua pas peu à
permettre à Nguyen-Anh de remonter sur le trùne de ses
pères. Parmi ces officiers se trouvaient quel(|ues ingcnieius
distingués qui construisirent les citadelles de Saigon et do
Hanoï et fortifièrent la rivière de Hu^. En 1801, Ngu>en-Anli
fil la conquête du Tong King, en 27 jours, et ayant ainsi
réuni sous son sceptre tonte la partie orientale de TTndo
Chine, il prit le nom de Gia-Long, sous lequel il est plus
connu dans l'histoire. Ce prince témoigna ti)ujours la plus
grande bienveillance aux Français, mais il exprima à diffé
rentes reprises la satisfaction que Ini causait la non-exécution
du traité de Versailles. Il redoutait fort les Anglais, et il
craignait que, s'il eiH accordé à la France les possessions
jadis promises, il n'attirât sur lui la colère de la nation
puissante, maîtresse des Indes, qui méditait déjà la conquête
de la Birmanie.
La chute de la royauté, les événements de la Révolution, les
guerres de l'empire ne permirent pas à la France de s'oc-
cuper de l'Annam. Ce n'est pas que, parmi les innombrables
projets que forma Napoléon il ne s'en trouve peut-être pas
un relatif à ce royaume, car un mémoire ayant été écrit le
2 frimaire an X par le citoyen Cossigny, pour faire ressortir
l'importance du choix d'un évêque en remplacement de
Pigneau de Behaine, mort le 9 octobre 1799, Bonaparte,
alors premier consul, écrivit en marge de ce document, con-
servé aux archives des colonies : « Renvové au ministre de
la marine pour me faire connaître son opinion sur ce mé-
moire. Paris, le 29 frimaire an X. »
LA RESTAURATIO-N ET CHAIC.NEAÎI
Le gouvernement de la Restauration reprit la tradition
de Louis XVI et chercha à renouveler avec les pays de
303 L AKFAIUE DU TONG-KING
r Extrême-Orient les relations brisées brusquement à la fin
du siècle dernier.
De la brillante pléiade d'officiers français qui, appelés par
révoque d'Adran, avaient aidé Gia-long k remonter sur le
trône de ses pères, deux seulement, au commencement de
la Restauration, avaient, survécu et étaient restés à la cour du
souverain qui leur devait son trône: Philippe Vanieret Jean-
Baptiste Chaigneau.
Chaigneau « appartenait, dit son fils*, à une honorable
famille de la Bretagne. Son père, chevalier de Saint-Louis,
avait été capitaine de brûlot et commandant de vaisseau de
la Compagnie des Indes. Un de ses frères, Etienne, officier
de marine, embarqué sur la corvette française la Bacchante,
fut tué, le 6 messidor an II, dans un combat contre la fré-
gate anglaise VEndyrnion. Il avait encore en France deux
frères, qui ont occupé, sous le premier Empire, des grades
élevés dans l'armée de terre; un beau-frère, M. de Rosières,
ancien commissaire général ordonnateur de la marine sous
l'empereur Napoléon I*"^ ; tous trois étaient décorés de la croix
de la Légion d'honneur. M. Chaigneau avait, de plus, deux
sœurs, dont l'une était veuve, avec une fille. Parmi ses
alliés, il avait encore le vicomte de Chateaubriand, l'une des
illustrations du siècle. »
Chaigneau « s'embarqua^, à l'âge de douze ans, comme
volontaire, dans la marine royale, sur la flûte le Necker, qui
fut prise par le vaisseau anglais le Petit- Annibal. Conduit à
Sainte-Hélène comme prisonnier de guerre, M. Chaigneau y
resta quelques mois, et fut ramené en France par le parle-
mentaire le Petit-Sévère y de Nantes. Il s'embarqua de nouveau
sur la frégate YArielle, puis sur la frégate la Subtile, avec
I. Souvenirs de Hué, par Michel Dû'c Chaigneau. Paris, 1867, in-8,
p. aa8.
a. L. c, p. 16.
*'"«a ^■'■
LA UESTALRATION ET CIIAIGNEAL 253
laquelle il fit dans Tlnde une station de plus de quarante-trois
mois » Au retour de celte station, Chaigneau « élait
parti de France, en 1791, sur le vaisseau la Flavie, com-
mandé par M. Magon de la Villaumont, qui devait faire un
voyage autour du monde, ayant pour but principal la re-
cherche de La Pérouse; mais par suite des événements poli
tiques, la Flavie n'ayant pu poursuivre son voyage, fut
désarmée à Macao. »
C'est de Macao que Chaigneau se rendit en Cochinchine
et offrit ses services à Gia-long qui les accepta. Lorsque
ce prince eut réuni sous un môme sceptre la Cochinchine et
le Tong-king, Chaigneau acheta à un kilomètre de Hué une
habitation: il s'était marié, avait été élevé à la dignité de
grand mandarin et il paraissait devoir terminer ses jours
dans ce pays d'Annam oii s'était passée la plus grande partie
de sa vie. quand le Duc de Richelieu, ministre des Affaires
étrangères, lui adressa la lettre suivante :
Paris, ce 17 septembre 1817.
Monsieur, M. de La Bissachèrc * m*a instruit des événcmenls
qui vous ont conduit dans les Étals de TEmpercur de Cochin-
chine ainsi que de la considération que vous avez obtenue de ce
Prince par le mérite de vos qualités personnelles: je sais en ou-
Ire que, demeuré conslaminenl dévoué à votre souverain et atta-
ché à votre patrie, vous ne désirez rien la ni que l'occasion de
faire preuve de ces sentiments honorables. CVsl dans cette per-
suasion que je n'hésite point à réclamer le concours de votre zèle
dans une conjoncture où il peut être utile à la France. Quelques-
uns de nos armateurs ont fait ou se proposent de faire des expé-
ditions, pour le Tonquin et la Cochinchine. Le gouvernement a
encouragé ces essais, surtout dans respérance qu'ils pourraient
nous conduire à fonder dans ces pays un connnerce permanent.
Vous pouvez. M., vous associer à ces vues bienfaisantes du gou-
I . Pierre Jacques Lemonnicr do la Bissachèrc, missionnaire au Tong-
K.ing, des missions étrangères de Paris; député au séminaire de Paris par
la mission de Cochinchine en 1807: -|- à Paris, le i^r mars i83o.
254 l'affaire du tong-king
Ycrncmcnl, d'al)ord en favorisanl de tous les moyens que vous
donne votre position actuelle les premières entreprises de nos
armateurs, et ensuite en m*adre,ssant les informations propres
à m 'éclairer sur ce qu'il y a do mieux à faire pour parvenir au Lut
qu'il voudrait atteindre, c'esi-à-dirc l'établissement d'un com-
merce régulier et permanent avec le pays où vous résidez.
Ces informations. M., dcvroient présenter un exposé de la
situation du pays considérée spécialement sous les trois points de
vue suivants :
1° Quels seroienl les moyens de protection et de sûreté pour
notre commerce dans ce pays, tels que son gouvernement, sa
|)olice, les mœurs des habitants, leurs usages en fait de com-
merce ?
2" Seroit-il nécessaire de lui donner une organisation particu-
lière, vu les circonstances propres au pays et quelle devroit être
cette organisation ?
3° Quels sont les échanges qui peuvent constituer un com-
merce permanent soit en le supposant direct, soit en le combinant
avec le commerce de l'Inde et de la Chine?
Les notions que nous avons sur ces pays sont trop incertaines
pour que j'ajoute aucun développement aux deux dernières
questions. Quant à la première, vous n'ignorez pas. M., qu'il a
existé entre la France et le gouvernement de Cochinchine des
rapports assez intimes dont M. l'évoque d'Adran a été l'inter-
médiaire et qui dévoient nous procurer les moyens de faire le
commerce de cette contrée avec avantage et sûreté. Les événe-
ments survenus depuis, tant en Europe qu'en Asie, ont changé
totalement l'état des choses, et il n'y a plus à penser aux arran-
gements projetés à cette époque, mais on peut supposer que
l'esprit de bienveillance qui avôit rapproché les deux gouver-
nements, a continué de subsister, et que celui de Cochinchine
nous a conservé des dispositions favorables. Il y auroit. M., à
pressentir ces dispositions et à reconnoltre jusqu'où elles pour-
roient s'étendre. Rien n'empêchera que vous n'entriez en expli-
cation à ce sujet si votre position vous met à même de le faire,
mais alors il faudrait considérer quelles espèces de concessions
sont réellement nécessaires pour l'établissement de notre com-
merce et borner les explications à ces points en écartant toute vue
qui aboutiroit à des intentions politiques, attendu que le gou-
vernement de S. M. ne se propose rien autre chose que de faci-
liter au commerce la nouvelle voie qu'il paroit vouloir s'ouvrir.
1 ■ « !
LA RESTAVRATION ET CIIAir.NKVl 'îGf)
Cviic dopoclio VOUS sera iTiiiis(\ M., par M. Mcnlollo (jui di-
rige une expédition Faite par la maison Uppcnnan Mandrol. Je
le recommande Iv votre intérî^l particulier.
M. Meniolle est neveu de M. Tévôque d*Adran ; les souvenii-s
honorables que son oncle a laissés en Cocliincliine doivent lui
procurer dans ce pays un accueil plus favorable qu'à toute autre ;
peut-être cette circonstance, bien ménagée, esl-elle propre à
assurer le succès de son entreprise et par suite des vues du gou-
vernement. Vous en jugerez, M., et je vous invite à lui donner
dans cette intention tous les avis que vous croirez convenables
cl qu'il est d'ailleurs très disposé à suivre.
Recevez, M., etc.
C'était le début de nouvelles relations avec TAnnam.
En 1817, deux expéditions faites par des maisons de com-
merce françaises ne furent pas très heureuses, mais une troi-
sième, composée des deux trois-mâls le Larose et le Henri,
réussit complètement. La vue de ces bâtiments inspira ou
raviva dans Tàme de Chaigncau le désir de revoir son pays
natal; d'ailleurs le gouvernement français réclamait son con-
cours; il pensa que l'occasion était favorable ix)ur donner à
la France les renseignements qu'elle demandait, et pour re-
voir sa famille. 11 obtint, non sans regret, du vieux Gia-long
un congé et il s'embarqua au mois do novembre 181 9. Les
documents que j'ai pubhés ' disent quel fut le résultat de ce
voyage. En 1820, Chaigneau était nommé consul.
« Louis, par la grûce de Dieu, roi de France et de Navarre,
à tous ceux qui ces pn'»sentes lettres verront, salut.
« Ayant jugé convenable d'établir un consul dans les États de
la Cochinchine, pour veiller à la sûreté des personnes et des pro-
priétés de ceux de nos sujets qui y feront le commerce; et étant
informé de l'intelligence, probité, zèle et fidélité à notre service
du sieur J.-B, Chaigncau, oflicier de la marine et mandarin co-
chinchinois, qui, en outre, a une connaissance exacte des nurui-s
1. Le Consulat de France à Hué sous la liesiauraiion... par
Henri Gordier. Paris. i884> in -8.
256 l'affaire du tong-king
et usages de ces pays, par la longue résidence qu'il y a faite,
nous avons fait choix de sa personne, et nous Tavons nommé et
constitué, et, par ces présentes, signées de notre main, nous le
nommons et constituons notre consul dans tous les États de la
Gochinchine, pour, en cette qualité, exercer avec l'autorité né-
cessaire les fonctions attachées à cet olTice, conformément aux
lois, édits et ordonnances du royaume.
« Ordonnons à tous navigateurs, commerçants et autres, nos
sujets, de le reconnaître et de lui ol)éir en tout ce qu'il leur
conmiandera à raison de ladite charge de consul dont il nous a
plu de le revêtir.
« En foi de quoi nous avons fait mettre notre sceau à ces pré-
sentes.
« Donné à Paris, le douzième jour du mois d'octobre de l'an
de grâce mil huit cent vingt, et de notre règne le vingt-sixième.
« Louis. »
Chaigneau, à son retour à Hué, trouva Gia-long mort de-
puis quelque temps (26 janvier 1820). Son fils, Minh-mang,
n'avait pas les mêmes idées. Ghaigneau ne put obtenir de
lui aucun avantage pour la France et il quitta Hué le i5 no-
vembre 1824 pour Saigon 011 il tomba gravement malade;
il partit de cette ville le 21 mars 1826 pour aller s'embar-
quer à Singapore sur le brick le Courrier de la Paix qui le
ramena en France. Le vice-consulat de Eugène-Louis Ghai-
gneau, neveu de Ghaigneau, fut également éphémère.
La révolution de Juillet changea d'ailleurs le cours de
notre politique coloniale, et le gouvernement de Louis-
Philippe n'intervint en Gochinchine qu'accidentellement.
Les massacres de missionnaires ordonnés par Minh-Mang
(mort le 21 janvier 18^1), remplacé par son fils Thiêu-Tri,
forcèrent le commandant Fa vin-Lé vêque, de VHéroïne (26
février i843), le contre-amiral Gécille(i 844) et le comman-
dant Lapierre(i5 avril 18^7) à agir vigoureusement à dif-
férentes reprises; mais il fallait une occasion et un prétexte
pour nous faire prendre pied définitivement dans un pays où
nos efforts presque séculaires étaient restés sans succès.
• i ^
TRMTK DK SAÏC.ON. T) JUIN iSOî 'i.^y
CONQlî^.TE DE LA nASSE-COCIIÎNCIIINE
Thieû-Tri, furieux do la dcslniction de sa flotte par le
commandant Lapierre, était mort de Ip fièvre le f\ novembre
i8/i7 et son fils Iloang Nliàm (Tu-Duc) lui succéda.
Ce fut à Napoléon III qu'incomba la mission de continuer
l'œuvre de Louis XVI. Le i6 septembre 1856, le comman-
dant Lelieur de Ville-sur- Arec, sur le Câlinât, puis notre
consul h Chan^'-IIaï, M. de Monti^ny, envoyé extraordinaire
le 23 janvier 1857, ne purent obtenir d'être reçus h Hué.
Un édit fiât rendu le 21 mars i8r>i, pour mettre à mort les
prêtres européens et indigènes; Augustin Schœlïïcr, le i*"^ mai
i85i; Jean-Louis Bonnard, le i^*" mai 1862, des Missions
étrangères fiirent martyrisés. Le 20 juillet 1807, Tévéque
Jose-Maria Diaz étiiit exécuté ; les persécutions redoublaient;
le prétexte était bon. D'autre part, les armements pour l'ex-
pédition de Chine nous fournissaient Tocc^sion et nous faci-
litaient une action prompte en Cochinchine. Les victoires
des amiraux Rigault de Cenouilly (Tourane, i*"" septembre
i858; Saigon, 18 février 1859), Charner (Ki-Hoa, 25 fé
vrier 1861), Page (My-Tbo), i3 avril 1861), Bonard (Bien
Hoa, 9 décembre 186 1), amenaient la conclusion d'un traité
signé à Saigon le 5 juin 1862 par les représentants de TAn
nam, de la I^Vance et de FKspagne notre alliée, traité qui
nous assurait la [X)ssession des trois provinces méridionales
de Gia-Dinh (Saigon), Dinli Tuong (My-Tlio), Bien-lloaet
de l'île de Poulo-Condor.
TRAITÉ DE SAÏGON, 5 JlIN 18G2
Traita de paix et d amitié conclu à Saïtjon, le 5 juin ISO'2,
entre la France et rEspatjne, if une part, et le royaume
(VAnnam, d'autre part.
Lourds Majestés Nai»olkon III, Eniporour d(s français. Isv-
CoRDiiiR. 11. — 17
358 L*AFFAIRK DU TONC-klNG
nELLE H, Reine d'Espagne, el Tu-Duc, Roi d'Annani. désirant
vivement que Taccord le plus ])aiTait règne désormais entre les
trois nations de France, d'Espagne el d'Annam ; voulant aussi
que jamais l'amitié ni la paix ne soient rompues entre elles; h
CCS causes :
Nous, Louis-Adolplie BoNARD, Contre-Amiral, Commandant en
Chef le corps expéditionnaire Franco-Espagnol en Cochincliine,
Ministre Plénipotentiaire de S. M. l'Empereur des Français,
commandeur des ordres inqjériaux de la Légion d'honneur et de
Saint-Stanislas de Russie, commandeur de Saint-Grégoire-le-
(irand, de Rome, et chevalier de l'ordre royal de Charles 111
d'Espagne;
Don-Carlos P\lanca-Gutieures, Colonel commandant général
du corps expéditionnaire Espagnol en Cochinchinc, commandeur
de l'ordre royal américain d'ïsahelle la Catholique, et de l'ordre
impérial de la I-iégion d'honneur, chevalier des ordres royaux et
militaires de Saint-Ferdinand et Saint-Herménégilde, Ministre
Plénipotentiaire de S. M. C. Dona-lsahelle II, Reine des Es-
pagnes,
Et nous. PiiANE Tanh-Cian, Vicc-Grand-Censcur du Royaume
d'Annam, Ministre Président du Trihunal des Rites, Envoyé
Plénipotentiaire de S. M. Tu-Duc, assisté de Lam Gien-Tièp,
Ministre Président du trihunal de la guerre. Envoyé Plénipo-
ti'ntiaire de S. M. Tu-Duc;
Tous munis de pleins et entiers pouvoirs pour traiter de la
paix et agir selon notre conscience» et volonté, nous sommes réu-
nis, et après avoir échangé nos lettres de créance, que nous
avons trouvées en honnc et duc forme, nous sonnnes convenus,
d'un conmiun accord, de chacun des articles qui suivent et qui
comj)osent le présent Traité de paix et d'amitié :
Article premier. — Il y aura dorénavant paix jMîrj>étuelle en-
tre l'Empereur des Français et la Reine d'Espagno, d'une part,
et le Roi d*Annam, de l'autre. L'amitié sera complète et égale-
ment perpétuelle entre les sujet.s des trois nations, en quelque
lieu qu'ils se trouvent.
Art. a. — Les sujets des deux nations de France et d'Espagne
pourront exercer le culte chrétien dans le Royaume d'Annam,
et les sujets de ce Royaume, sans distinction, qui désireront
emhrasser la religion chrétienne, le pourront lihrement et sans
contrainte, mais on ne forcera pas à se faire chrétiens ceux qui
n'en auront pas le désir.
, / .■
Tn\iTK i)K s\ï(;()N, r> JiiN iHC)?. 'j'yç)
Art. 3. — Les trois |)ro>iiicos coniplèlcs do Bien-Iloa, de
Gin-Dlnh el de Dinli-Tuong (M\tlio), ainsi (|iie Tile de Poulo-
Condor, sont cédées enlièremciit par ce traité en loule souverai-
neté h S. M. rEinpereur des Krançais. En outre, les commer-
çants Français pourront librement commercer el circuler sur des
Mtimcnls quels qu'ils soient, dans le grand fleu>e du Cambodge
el dans tous les bras de ce fleuve ; il en sera de même pour les
bâtiments de guerre français envoyés en surveillance dans ce
même fleuve ou dans ses affluents.
;\rt. /|. — La paix étant laite, si une nation étrangère vou-
lait, soil en usant de provocation, soit par un Traité, se faire
céder une partie du territoire annamite, le Uoi d'Annam pré-
viendra par un Envoyé l'Empereur des Franç^iis, alîn de lui
soumettre le cas qui se pressente, en laissant à l'Empereur j)leine
liberté de venir en aide ou non au Rovaume d'Annam : mais si,
dans ledit Traité avec la nation étrangère, il est (piestion de
cession de territoire, cette cession ne pourra être sanctionnée
qu'avec le consentement de l'Empereur des Français.
Art. 5. — Les sujets de l'Empire de France et du Royîinme
d'Espagne pourront librement commercer dans les trois j)orts de
Tourane, de Balat et de Quang-An. Les sujets annamites |)our-
ronl également librement commercer dans les ports de France
et d'Espagne, en se conformant toutefois à la règle des droits
établis.
Si un pays étranger fait du commerce avec le Royaume d'An-
nam, les sujets de ce pays étranger ne pourront pas jouir d'une
protection plus grande que ceux de France ou d'Espagne, et si
cedit pays étranger obtient un avantage dans le Royaume d'An-
nam, ce ne pourra jamais être un avantage plus considérable
que ceux accordés à la France ou à l'Espagne.
Art. g. — La paix étant faite, s'il y a à traiter quelque alTaire
importante, les trois Souverains pourront envoyer des représen-
tants pour traiter ces affaires dans une des trois capital<»s. Si,
sans affaire im|)ortant<», l'un des trois Souverains désirait en\oyer
des félicitations aux autres, il pourra également envoyer un
représentant. Le bâtiment de l'envoyé français ou espagnol
mouillera dans le port de Tourane, et l'envové ira de là à Hué,
par terre où il sera reçu par le Roi d'Annam.
Art. 7. — La |>aix étant faite, l'inimitié disparaît entièrement :
c'est j>ourquoi l'Empereur des Français accorde ime anmistie
générale aux sujets, soil militaires, soit civils, du Royaume d'An-
•>
>.C)0 L*AFFAIUK I>L TONC-KING
iiaiii, conjproinis diuis la f^uorre, cl loiirs proprirlrs socjncstnVs
leur seront rendues. Le Hoi d'Annani accorde également une
anniistie générale à ceux de ses sujets (|ui se sont soumis à l'au-
torité Française, et son amnistie s'étend sur eux et sur leurs
familles.
Aux. 8. — Le Roi d'Annani devra payer à titre d'indenuiité,
dans un laps de dix ans. la sonmie de quatre millions de dollars.
(^)uatre cent mille dollars seront, en conséquence, remis chaque
année au représentant de l'Empereur des Français, à Saigon.
Cette sonuue est di»stinée h indemniser la France et l'Espagne
de leurs dépenses de guerre. Les cent mille ligatures déj«^ payées
seront déduites de cette somme. Le Royaume d'Aimam n'ayant
pas de dollars, le dollar sera représenté par une valeur de
soixante et douze centièmes de taél.
AiiT. 9. — Si quelque brigand, pirate ou fauteur de troubles,
amiamite, commet quelque brigandage ou désordre sur le terri-
toire franç^iis, ou si quelque sujet européen, coupable de quelque
délit, s'enfuit sur le territoire annamite, aussitôt que l'autorité
française aura donné connaissance du fait h l'autorité annamite,
celle-ci devra faire ses edorts pour s'emparer du coupable, afin
de le li\rer à l'autorité française. Il en .sera de même en ce qui
concerne les brigands, pirates ou fauteui's de troubles annamites
qui, après s'être rendus coupables de délit.s, s'enfuiraient sur le
territoire français.
AuT. 10. — Les habitants des trois provinces de Vinh-Long,
dWn'Gian et de Ha-Tien [MDurront librement connnercer dans les
trois pro>iiices françaises, en se soumettant aux droits en vigueur;
mais les convois de troupes, d'armes, de munitions ou de vivres
entre l(»s trois susdites provinces devront se faire exclusivement
par mer. («ependant l'Empertnir des Français permet à ces
convois d'entrer dans le (Limb<Klge par la passe de Mytho dite
(iua-Tieù, à la condition toutefois (pie les autorités annamites eu
préviendront h ravancc le représentai nt d(î rEm|KTeur, qui leur
(era délivrer un laisser-passer. Si ccîlte formalité était négligée,
et qu'un envoi pareil entrât sans un ])ermis, ledit convoi et ce
qui le compose sera de bonne prise, et les objets saisis seront
détruits.
AiiT. II. — La citadelle de Vinh-Long sera gardée juscju'à
nouvel ordre par les trou])es françaises, sans empêcher pourtant
en aucune façon l'action des mandarins annamites. Cette cita-
delle sera rendue au I\oi d'Annani aussitôt (pi'il aura mis iin à
i:\i»L<»u\TU>\ 1)1 Mr>Ko>r. 'iC)i
la rébellion qui oxislc aiijoiird'liui par ses ordres dans les pro-
vinces de Gia-l)inh et de Dinli-Tnong, et lorsque les chefs de ces
rébellions seront partis et le pays tranquille et soumis comme il
convient h un pays en paix.
Art. 13. — Ce Traité étant conclu entre les trois nations, et
les ministres plénipotentiaires desdites trois nations Tayant sif^né
et revêtu de leurs sceaux, ils en rendront compte, chacun à son
Souverain ; et, h partir d'aujourd'hui, jour de la signature, dans
l'intervalle d'un an, les trois Souverains ayant examiné et ratifié
ledit Traité, l'échange des ratifications aura lieu dans la capiUde
du l\oyaume d'Annam.
En foi de quoi, les Plénipotentiaires res|)ectifs susnommés ont
signé le présent Traité et y ont apposé leurs cachets.
.\ Saigon, l'an i86q, le 5 juin.
Tu-Duc, lo*" année, 5'' mois, f)' jour.
BoNARO. Carlos Pai.anca-Gutieures.
(Cachet et signatures des plénipotentiaires annamites.)'
En même temps, un traité signé avec le Cambodge (ratifié
en i864) substituait notre protectorat sur ce pays à Tin-
(luence qu'exerçaient l'Annam et Siam. Les intrigues et la
mauvaise foi de Tu Duc obligèrent, en juin 1867, l'amiral
de la Grandière à annexer à nos possessions les trois provinces
occidentales de la Basse-Cochinchine : Vinli-Long ('jo juin),
Chaudoc (22 juin) et Ila-Tien (2^ jnin). Notre colonie de
la Basse Cochinchine était définitivement fondée.
EXPLORATION DU ME-KONG
La possession de Saïgon devait fatalement nous conduire
à explorer le grand lleuve qui arrose la péninsule indo-
chinoise sous le nom de Me-Kong et le Sud de la Chine sous
le nom de Lan-tsan-kiang. Francis Garnier^, sous le pseu-
I. Les ratifications ont été échangées ti Hué, le i '1 avril i863.
a. Cîarnier, Marie-Joseph- Francoiti, dit Fnincisy né à Sainl-Kticnne,
lo a5 juillet 1839.
aOn l'affaire du tong-king
donymc de G. Francis, avait lanœ une brochure faisant
ressortir l'importance de cette grande voie déjà explorée par
notre compatriote Henri Mouhot*. Dès i865, le marquis de
Chasseloup-Laubat, ministre de la marine, et président de
la Société de Géographie, annonçait son intention d'orga-
niser une mission scientifique en Indo-Chine; au mois de
décembre de la même année, Tamiral de la Grandière en
offrait le commandement au capitaine de frégate Doudart
de Lagrée^ La commission d'exploration fut définitivement
constituéc'le i'*" juin 1866. Le lieutenant de vaisseau Francis
Garnier, inspecteur des affaires indigènes, en faisait partie.
L'expédition quitta Saigon le 5 juin 1866; elle visita les
ruines d'Angkor, qu'elle laissait le 5 juillet pour se rendre h
Siem-reap; le 16 septembre, elle était à Bassac, se rendait
dans l'ancienne capitale Vieng-chan, puis à Luang Prabang;
elle répara le tombeau de Mouhot et pénétra dans le Yun-Nan
après avoir constaté la non-navigabilité du Me-Kong. On
sait que de nouveaux voyages ont fait prévaloir d'autres
idées. Garnier à deux reprises se sépara de l'expédition
principale, descendit le Ho-ti Kiang, a partir de Yucn-
Kiang en novembre 1867, jusqu'à ce qu'il fut arrête par les
rapides; il devinait la future route du Tong-King. A gauche,
il se rendait à Ta-li, capitale du sultan musulman Tou-
Wen-sieou^, où Sladen* l'avait précédé, mais il fut obligé
de revenir en arrière. La mission arrivait le 16 janvier 1868
à Tong-tchouen ; c'est là que Lagrée, épuisé par son long
I. Mouhot, Alexandre-Henri, ne à Montbéliard, le i5 mai 1826;
mort à Luang Prabang, octobre 1861. Quand Doudart de Lagrcc passa
dans celte ville, il fît élever un monument à notre compatriote. — Tra-
vels in the Central Paris of /ndo-China.,. London, Murray, i864,
2 vol. in-8.
a. Doudart de Lagrée, Ernest- Marc- Louis-de-Gonzague, né le 3i
mars i8a3, à Saint- Vincent-dc-Morcuze, canton de Touvet (Isère).
3. 1, p. 553.
4. I, p. 55o-i.
>4'
■ * "■• r-"" ~ •
JKAN DM'IIS aC)3
séjour au Cauibodgc et on Cochinchinc, non moins que par
le dur voyage qu'il venait d'accomplir, mourut le 12 mars.
Oarnier ramena Texpédition au Kiang, où il s'embarqua ; il
arriva à Chang-Haï le 12 juin 1868, et à Saigon le 29 du
même mois. Ainsi se termina ce voyage mémorable', si con
sidérable au point de vue géographique, et qui devait avoir
une importance énorme au point de vue politique "*.
JEAN DUPUIS
Si la voie du Me-Kong ét«ût momentanément écartée, h
la suite de Texploralion de Doudart de Lagrée, le projet
d'établir une route du Yun-Nan à la mer n'était pas aban-
donné, et l'idée de Francis Garnier de la chercher par le
fleuve qu'il avait rencontré à Yuen-Kiang était venue égale-
ment à un autre Français qui devait le premier la mettre à
exécution : Jean Du puis*.
Dupuis, en 186 1, remonta le Yang-tseu avec l'expédition
anglaise chargée d'ouvrir au commerce étranger les trois
ports du fleuve désignés par les traités et il arriva à Han-
Kcou le II mars 1861, où il s'établit. Sur un rapport de Li
llan-tchang, il fut autorisé à établir dans cette ville un déj>ot
d'armes sous la sauvegarde du vice-roi des deux Hou; il
allait partir pour le Yun-Nan, lorsque la mission de Lagrée,
décapitée de son chef, passa à Ilan-Kéou. Dupuis partit de
ce jK)rt le 18 septembre 1868, se rendit h Si-ngan et à llan-
tchong, dansleChen-Si, àTchoung-King dans le Se-tch'ouen,
cl enfin à Yun-Nan fou, alors assiégé par les rebelles mu-
I. Voyage d'exploration en Indo-Chine... publié... sous la direc-
tion de,.. Francis Garnior. Paris, Hachette, 1878, a vol. iii-.'|.
— Explorations et missions de Doudart de /.agrée... mis en
ordre par M. A.-B. de Villcmercuil. Paris, i883, iii-'i.
a. Henri Cordior, Histoire générale do La visse et Rambaud, XI, p.
754-755.
3. Né à Saint- Just-la-Pcnduo (Loire), 8 décembre 1839.
u64 l'affaire m tong-king
siilmans. Dupiiis obtint des liants fonctionnaires de la pro-
vince des conimandes importantes d'armes el rentra à Ilan-
Kéou le 21 mai 18G9.
Le 10 octobre 1870, Dnpuis quittait de nouveau son port
d'attacbe et arrivait à Yun-Nan-fou le 3 1 janvier 1 87 1 avec
l'intention d'explorer le Tong-King. 11 se rendit 5 Mong-tseu
avec une escorte fournie par le marécbal Ma, continua jusqu'à
Man-hao, s'y embarqua sur le Fleuve Rouge, passa a Lao-
Kay, où il vit le chef des Pavillons-Noirs, Lieou Yen-fou, et
descendit jusqu'à l'endroit où est établi aujourd'hui le pi»sle
de Yen-baï, où il s'assura que la navigation n'offrait plus de
difficultés jusqu'à la mer. 11 retourna ensuite au Yun-Nan,
où il obtint des autorités les pouvoirs pour transporter des
armes à travers le Tong-King jusqu'à la Chine, pour écraser
l'insurrection musulmane, et pour ouvrir la nouvelle voie
commerciale, en la protégeant contre les bandits et les pirates
par des postes établis selon la nécessité des lieux, moyennant :
1° une certaine somme d'argent; 2** l'argent étant rare dans
la province épuisée par la guerre, 10 000 piculs d'étain soit
600000 kilogrammes*, calculés à forfait, sur le pied de
100 francs lepicul. Kn outre, il avait commission de vendre
pour le compte des mandarins, à valoir sur les frais de l'ex-
pédition, 12000 piculs de cuivre. Dupuis quitta Yun-Nan
fou le 9 octobre 1871, et rentra à Ilan-Kéou le i5 dé-
cembre.
En réalité, ni Dupuis ni Garnicr n'avaient découvert la
route du Fleuve Rouge, car elle était fort bien connue des Chi-
nois et des missionnaires d-aulrefois; Si l'on jette les yeux
sur une ancienne carie du Tong-King, on remarquera un grand
fleuve, nommé Fou-liang Kiangquise jette dans la mer par des
bouches nombreuses ; en remontant vers la Chine, le cours
I. h's oi'igines d(* la question du Tong-Kin, par Jean Dupuis.
Paris, Challamcl, 1896, a vol. in-ia.
(1*0011 prend les noms (le Li-liona Kianj^, Li liona l'an et Ilo li-
Kiang. Le Fou-liang Kianj^ reçoit plusieurs alïlucnls dont
Tun de droite, le Li sien Kiang, qui prend le nom de He ho,
ou Ilac-ho, rivière noire, Tautre de gauche, le Tsin ho, ri-
vière claire. Le fleuve du Tong-King est désigné aujourd'hui
sous le nom chinois de lloung-Kiang, rivière rouge, et
annamite de S'ong-Koy. Du \un-Nan, il y a deux roules
j)Our se rendre au Tong-King, Tune par la rive gauche, Tautre
par la rive droite du fleuve, celle ci grande et plate, tandis
que la première est diflicilc à cause des sentiers étroits de la
montagne. Los deux routes se rejoignent à Hach-hac-huyon,
entre Houng hoa et Ha-noï.
FRANCIS GARNIEU
Au commencement de 187*2, le contre-amiral Dupré, nUns
gouverneur de la Basse Cochinchine, demanda aux autorités
annamites d'envoyer des ambassadeurs h Saigon, pour
donner des explications au sujet dos mauvais traitements
infligés aux chrétiens et il les menaça, en cas de refus, do
faire lui-même par la force, exécuter le traité. 11 fut avorli
que deux ambassadeurs seraient bientôt nommés, mais trois
mois après, les ministres de Tu- Duc annoncèrent à l'amiral
que le Surintendant du Conmiercc, Tun dos envoyés choisis,
était très malade et que l'ambassade serait reculée à caus(» do
ce fait. Pressé de nouveau par l'amiral Dupré, le (iouvcrno-
ment annamite répliqua enfin qu'il avait choisi comme re-
présentant à Saïgon un homme qui ne pourrait manquer d'otro
agréable au gouverneur, car il n'était autre que le haut com
missaire royal Li, de Quang Yen, qui avait eu déjà des rela-
tions avec les autorités françaises. Naturellement, le dépari
de Li fut aussi remis.
D'iiutropart, en février 1873, Dupuisel son associé, Krnost
Millot, obtinrent du ministre de la marine, que Taxiso a va-
366
L AFFAIUE DU TO.NG-RING
peur Bouraync, commandant Sencz, les protégerait pour se
rendre au Tong-King, d'où ils devaient passer au Yun-Nan,
[)our aller exécuter le marché qui leur avait été confié par les
autorités chinoises. Dupuis arriva à Yun-Nan fou le 16 mars
1873, deux mois après que Ta-li s'était rendu aux autorités
impériales; il redescendit à Hanoï ^, où pendant son absence.
Millot avait eu des difficultés avec les Annamites. Au mois
d'août 1873, Tu-Duc envoya deux agents à l'amiral Dupré
pour lui dire que Dupuis refusait de quitter le Tong-King ;
il priait le Gouverneur de la Cochinchine d'envoyer un na-
\ire de guerre pour aider les Annamites à expulser de leur
territoire cet audacieux Français.
11 est évident qu'alors la première idée de l'expédition
dirigée ensuite au Ïong-King avait été suggérée à l'amiral
Dupré et qu'il envoya chercher Garnier.
Quel qu'ait été alors le but réel du Gouverneur de la
Cochinchine, le résultat semble en avoir été que, par le^
Annamites, l'expédition préparée par l'amiral pouvait être
considérée comme étant envoyée à leur requête pour expulser
Dupuis; par Dupuis, elle pouvait être regardée comme une
aide tardive ])our lui-mcme.
L'amiral Dupré rappela de Chang-Haï, où il revenait d'une
exploration du haut Yang tseu, Francis Garnier, qui quitta
(lélinitivement la Chine le i5 septembre 1873. L'expédition
devait rétablir iordrc au Tong-King, mais de quelle manière,
personne ne le savait. Dupuis devait-il être expulsé comme
un malfaiteur? devait-on soutenir les Annamites? devait-on
au contraire s'emparer d'une partie de leurs possessions ?
chacun l'ignorait. L'ordre devait être rétabli. La vérité est
que l'amiral Dupré, sous des apparences extrêmement éner-
giques, était un homme d'un caractère irrésolu et il ne savait
pas exactement ce qu'il voulait.
I. Il arriva le 3o avril 1873.
•-- ïj'-';
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FRANCIS (JAUMKU :i(>7
Nous ne raconterons pas encore une fois Tépopée de celle
poignée d'hommes qui fil, en un mois, la conquête du Délia
du Tong-King. Carnier arriva a Hanoï le 5 novembre 1870,
s'emparait de la citadelle le 20; Hai-du'o'ng, Ninh biuli,
Nam-dinh, tombaient entre nos mains le /|, le 5, le 10 dé-
cembre. Mais Torage s'amoncelait derrière nos braves com-
|ialriotcs ; les Pavillons-Noirs, appelés par les Annamites,
descendaient le Fleuve Rouge, et Garnier périssait dans une
embuscade, le dimanche 21 décembre 1873. Le commandant
Esme/, qui remplaçait Garnier dans le commandement,
signait avec deux envoyés de Tu Duc, Tran-dinh-tuc, et
Nguyén-trong-hiep, une convention qui sauvegardait notre
situation et stipulait que les garnisons françaises seraient
maintenues dans les citadelles jusqu'à la ratification d'un
traité définitif. Malheureusement, un commissaire, M. Phi
lastre, était envoyé au Tong-King ; le 6 février 187/1, il
signait une nouvelle convention, qui ordonnait Tévacuation
du Fleuve Rouge : le drapeau français, arraché et mis en
pièces à Hanoï rendu aux Annamites, Dupuis expulsé, le
seul souvenir laissé des efforts de Garnier et de Dupuis était
des villages incendiés, des chrétiens matyrisés et quarante
hommes, à peine en sécuritt», tenant garnison à Ilaï-phong,
avec M. Rheinart*, successeur de M. Philastre*.
I. Rheinart, Pierre- Paul ^ capitaine d'iiifaiileric de marine, inspecleur
des aflaires indigènes, no le i**'' novembre i84o.
a. A Narrative of the Ilecent Events in Tong-King, by Henri Cor-
dier... Shanghaï, 1875. gr. in-8.
— Pétition adressée à MM. les Députés. Mémoire et Documents
à l'appui de la pétition présentée à l'Assemblée nationale, l^ar
M. J. Dupuis. Paris, juin 1876, br. in-4.
— Histoire de l'Intervention française au Tong-King de 1872 à
1874. Par F. Romanet du Caillaud. Paris, Challanicl, 1880, iii-8.
— Les Français au Tonkin^ 1787-1888, par llippol^lo (îauticr.
Paris, 1884 « in-ia.
— Henri Cordicr, Bibliotheca SinicOy col. 157-161, i^qi-i^qS.
Le ij mars i^'jfi, rainiral Kranlz signait à Saigon un
Irai le dont voici le texte :
TRAITÉ DE SAIGON, l5 MARS 187/1
Traite de paix et d alliance conclu à Saigon, le i5 mars 187 4?
entre la France et le lioyaume d'Annani\
S. Vj\i\ le Président de la République Franyaisc et S. M. le
Uoi de l'AiMiaui, voulant unir leurs deux pays par les liens d'une
amitié durable, ont résolu de conclure un traité de paix et d'al-
liance reniplaçiint celui du 5 juin 186a, et ils ont en consé-
(pience nommé leurs plénipotentiaires à cet effet, savoir :
S. Exe. le Président de la République Française; le Contre-
Amiral DupKK, gouverneur et commandant en clief de la Basse-
("ochincliine, Grand-OIFicier de l'ordre national de la Légion
d'Honneur, officier de l'Instruction Publique, etc., etc.;
Et S. M. le Roi de l'Aimam : Le Tuan, Ministre de la Justice,
premier Ambassadeur, et Nguyen Van-Tuong, premier conseiller
du Ministre des Rites, deuxième Ambassadeur, qui. après com-
munication de leurs pouvoirs respectifs, trouvés en bonne et due
l'orme, sont con\enus des articles suivants :
VuTicLK PHEMiER. — Il y aura paix, amitié et alliance perpé-
tuelles entre la France et le royaume d'Annam.
Aht. a. — S. Exe. le Président de la République Franç«iise.
recoimaissant la souveraineté du Roi de l'Annam et son entière
indépendance \is-à-visde toute puissance étrangère, quelle qu'elle
soil, lui promet aide et assistance et s'engage à lui donner, sur
s«i demande, et gratuitement, rapj)ui nécessaire |)Our maintenir
dans ses États l'ordre et la tranquillité, [)Our le défendre contre
toute attaque, et pour détruire la piraterie qui désole une partie
des côtes du royaume.
Art. 3. — En reconnaissance de cette protection. Sa Majesté
le Roi de PAnnam s'engage à conformer sa politique extérieure
à celle de la France et à ne rien cbanger h. ses relations diplo-
matiques actuelles.
Cet engagement politique ne s'étend pas aux traités de conn-
I. Les ratifications ont clé échangées à Hue-Saigon, le a6 août 1875.
TUAITK I)K SAÏr.ON. I ,") M A US 187^1 '^()()
mrrco. Mais, dans aucun ras. Sa Majcsio lo Uoi de rViniani no
|M)urra Faire avec une nation, (|iiell(» (jn'elle soif, de Irailé d<'
connnerce en désaccord avec celui conclu eidre la France ef le
Rovaumo d*Annam, cl sans en avoir préalablement înCoriné le
Gouvernenicnt Français.
AiiT. 4. — S. Exe. le Président de la République Française
s*engaf(e h faire h Sa Majesté le Hoi dWnnam don gratuit :
1° De cinq bâtiments à vapeur d'une force réunie de cin(|
renU chevaux, en parfait état, ainsi que leurs chaudières et ma-
chines, armés et é(piij)és, conformément aux |)ri>scriptions du
rèfçlcment d'armement;
2° De cent canons de sept h seize centimètres de dianuire ap-
provisionnés à deux cents coups par pièce;
3" De mille fusils h tabatière et de cinq cent mille carloii-
clies;
Ces bâtiments et armes seront rendus en Cochinchine et livrés
dans le délai maximum d'un an à partir de la date de l'échange
des ratifica lions.
S. Exe. le Président de la Hé|)ublique Française promet en
outre de mettre à la disposition du Uoi des instructeurs militai-
re et marins en nombre sulïisant pour reconstituer son armée et
sa flotte; 3° des iufjjénieurs et chefs d'ateliers capables de dirig;er
les travaux qu'il plaira à Sa Majesté de faire entreprendre ; des
hommes ex[K»rls en matière de finances ])our organisiT le .service
dos îm[M)ls et des douanes dans le royaume ; des profess(Mirs |your
fonder un collège a liiy». 11 promet en outre de fournir au Hoi
les bâtiments de guerre, les armes et les munitions ([ue Sa Ma-
jesté jugera nécessaires à son ser>ice.
La réinunération équil(^le des services ainsi rendus sera fixée
d'un. commun accord entre les Hautes Parties (Contractantes.
Aht. 5. — S. M. le Hoi de l'Annam recoimaît la |)leine et
entière sou>eraineté de la France sur tout le territoire actuelle-
ment occu|x^ par elle et com|)ris entre les frontières sui\anles :
A Test, la mer de Chine et le Royaume d'Annam (|)ro>ince
de Hiiih-Tliûan) ;
A l'ouest, le golfe de Si a m ;
Au sud, la mer de Chine ;
Au nord, le Royaume du Cand)odge et le Royamne d'Annam
(province de Rinh-Thùan).
I*es onze tombetiux de la famille Pham situés siu- le territoire
des villages de Tannien Dong et de Tanquan-Dong (pro\ince
p,-0 L AFFAIRE DU TONG-KING
(le Saigon) el les trois lombes de la iaiiiiih' Hô, situées sur les
territoires des Nilla^ijes de Linli-Cliun Ta> et de Tan Ma> (pro-
vince de Bien-lioa) ne pourront être ouverts, creus<»s, violés ni
détruits.
Il sera assigné un lot de terrain de cent niaos d'étendue aux
tombes de la famille Pbam et un lot d'égale étendue h celloa de
la famille Ho. Les revenus de ces terres seront consacrés à l'en-
tretien des toml)es et t^ la subsistance des familles chargées de
leur conservation. Les terres seront exemptes d'impôts et les
boinmes de ces familles seront également exempts des iui|)ôls
jK'rsonnels, du service militaire et des corvées.
A HT. G. — Il est fait remise au Uoi par la France de tout ce
(pii lui reste dû de l'ancienne indemnité de guerre.
Aht. 7. — S. M. s'engage formellement à rembourser, par
l'entremise du (Jouvernement Français le restant de l'indemnité
due à l'Espagne s'élevant à un million de dollars (à 0.72 de taël
l(» dollar), et à affecter à ce remboursement la moitié du revenu
n(»t i\c^ douanes des ports ouverts au commerce Européen el
Américain, (piel (pi'en soit d'ailleurs le produit. Le montant en
sera v(»i*sé chaque année au Trésor public de Saigon, chargé d'eu
faire la remise au (rouvernement espagnol, d'en tirer reçu et de
transmettre ce reçu au Gouvernement Annamite.
Aht. 8. — S. Exe. le Président de la République Française
et S. M. le Roi accordent une amnistie générale, pleine et entière,
a\ec levée de tous séquestres mis sur les biens, à ceux de leurs
sujets r(»sj)cctifs (pii, juscpi'à la conclusion du traité et au])ara-
Aant, se sont compromis pour le service de l'autre Partie Con-
tractante.
AuT. 9. — S. M. le Roi de TAnnam, reconnaissant que ^a
religion catholique enseigne aux hommes à faire le bien, révo-
(pie et annule toutes les prohibitions portét^s contre cette reli-
gion et accorde à tous ses sujets la |X*rmission de l'embrasser et
de la pratiquer librement.
En conséquence, les chrétiens du Royaume d'Annam pourront
se réunir dans les églises en nombre illimité pour les exercices
de leur culte. Ils ne seront plus obligés, sous aucun prétexte, h
des actes contraires à leur religion, ni soumis à des recensements
particuliers. Ils seront admis à tous les concours et aux emplois
publics sans être tenus |X)ur cela à aucun acte prohibé [)ar la
religion .
S. M. s'engage à faire détruire les registres de dénombrement
TIUITK l)i: SAUÎON, iT) M MIS I«S-'| ^71
dos rlin'Iions fails <lo|)iiis ((ninzo ans of à los Irnilor, (|iianl an\
rorriist'inonls ol iinpôls, cxacloinoiil coiimio Ions sos aniros snjcis.
Elle sVn«(af^e on ontro à rononvolor la dolonso, si siii^oin^Mif por-
tée |>ar elle, (reniplovor dans le lan<j[ago ou dans los ocrifs dos
termes injurieux pour la religion of à faire corri^'or los arlirlos
du Thap Dieu dans lesquels de seudilablos termes sont emplo>és.
IjOs évt^ques et missionnaires pourront librement entrer dans
le royaume et circider dans leurs diocèses avec un passeport du
gouverneur de la Coeliinchine visé par le Minisire des Rites ou
par le fçou\erneur de la province, ils pourront prêcher en tous
lieux la doctrine catholique. Ils ne seront soumis à aucune sin-
veillance particulière et l(»s villages ne s<»ront plus tenus de di»-
clarer aux mandarins ni leur arrivée, ni leur présence, ni leur
dé|>art.
Les prêtres annamites exerceront librement, connue les mis-
sionnaires, leur ministère. Si leur conduilc est reprohonsiblo, ol
sî, aux termes de la loi, la faute par eux commise est passible do
la [)eine du bâton ou du rotin» cette jMîine sera conmuiéo en une
punition équivalente.
Les évêcpies, les missiomiaîres et les préIres annamites auront
le droit d'acheler et de louer des terres et dos maisons, de bAlir
des églises, hôpitaux, écoles, orphelinats et tous auti*es édifices
destinés au service de leur culte.
Les biens enlevés aux chrétiens pour fait de religion, qui se
trouvent encore sous séquestre, leur seront restitués.
Toutes les dispositions précédentes .sans exception s*appliquont
aux missionnaires espagnols aussi bien qu'aux français.
Un édit royal, publié aussitôt apr('»s l'échange des ratifications,
proclamera dans toutes les communes la liberté accordée pin*
S. M. aux chrétiens de sou royaume.
Art. îo. — Le gouvernement annamite aura la faculté d'ou-
vrir à Saigon un collège placé sous la surveillance du directeur
de rintérieur et dans lequel rien de contraire a la morale et à
l'exercice de Tautorité française ne jx)urra être enseigné. Le culte
V sera entièrement libre.
En cas de contravention, le professeur qui aura enfreint ces
prescriptions sera renvoyé dans son pays, et mémo, si la gravité
du cas l'exige, le collège pourra être fermé.
Art. 1 1. — Le Gouvernement Annamite s'engage h ou>rir nu
commerce les ports de Thin-Naï dans la province dv Binh-Dinh,
de Ninh-ila!. dans la province de llaï-l)u'6ng, la ville de Hanoï
rî-ySi 1. AFFAIHE DU TONG-KINfi
vl le ])assaf;o par le ileiive du Miï-llà. depuis la mer jusqu'au
Yun-Nau.
Une convention additionnelle au traité, ayant même force que
lui, fixera les conditions auxquelles ce connnerce |)ourra être exercé.
Le port de Niidi-llaï, celui de Hanoï et le transit par le fleuve
seront ouverts aussiUH après l'échange des ratiiications et même
plus toi si faire se peut; celui de Ïliin-Naï un an après.
D'autres portas ou rivières pourront être idlérieurement ou-
\erts au commerce, si le nombre et l'importance des relations
établies montrent l'utilité de celte mesure.
VuT. 13. — Les sujets Français ou Aimamiles de la France et
les Ktranf^ers en général pourront, en respectant les lois du pavs,
s'établir, posséder, et se li\rer librement à tout(^ opérations
commerciales et induslri(»lles dans les villes ci-dessus désignées.
Le Gouvernemenl de S. M. mettra à leur disposition les terrains
nécessaires à leur établissement.
Ils |>ourronl de même naviguer et commercer entre la mer et
la province du Yun-Nan et par la voie du Nhi-llà, moyennant
l'acquiltemenl des droits fixés, et à la condition de s'interdire
toul trafic sur les rives du fleuve entre la mer et Hanoï et eiitiv
llîuioï et la frontière de Chine.
Ils jx)urront librement choisir et engager à leur service des coin-
j>radors, interprètes, écrivains, ouvriers, bateliers et domestiquivs.
AuT. i3. La France nommera dans chacun des ports ou-
verts au commerce un Consul ou \gent assisté d'une force sulTi-
sante dont le chilTre ne devra [kis dépasser le nombre de cent
hommes, jH)ur assurer sa sécurité et faire respecter son autorité,
jMMir faire la police des étrangers juscju'i\ ce que toute crainte à
ce sujet soit dissipée par l'établissement des bons rapj>orts (jue ne
p<Mil maïupier de faire naître la lo>ale exécution du traité.
\rt. i4- — !-•<•» sujets du Hoi pourront, de leur côté, libnv
ment voyager, résider, posséder et commercer en France et dans
les colonies françaises en se conformant aux lois, l'our as.surer
leur protection, S. M. aura la faculté de faire résider des agents
dans les ports ou villes dont elle fera choix.
Art. î5. — Lorsc[ue des sujets Français, Européens ou Co-
chinchinoîs ou d'autres étrangers désireront s'établir dans un
d(\s lieux ci-dessus spécifiés, ils devront se faire inscrire chez le
Hésident français qui en avisera l'autorité locale.
Les sujets Annamites voulant s'ét<iblir en territoire français
seront soumis aux mêmes dis[)ositions.
TRAiTi': Di: SAÏciON. i5 MAiis iH^J 2-3
Los Français ou Klran^M»rs (jui voiidroiil >ovaj,'or dans l'iriU*-
rirur du pays, no pourront lo fairo que s'ils sont munis d'un
passe-|X)rl délivré par un ap^ent français cl avec lo conscnlenionl
et le visa des autorités annaniit^^s. Tout commerce leur sera in-
terdit sous peine de confiscation de leurs marchandises.
Celle faculté de voyager pouvant présenter des dangers dans
Tétai actuel du pays, les Ktrangers n'en jouiront qu'après que
le Gouvernement annamite, d'accord avec le représentant de la
France a Hué, jugera le pays suilisamment calmé.
Si des voyageurs français doivent parcourir le pays en qualité
de savants, déclaration en sera également faite; ils jouiront h ce
litre de la protection du Gouvernement qui leur délivrera les
passe-ports nécessaires, les aidera dans Taccom plissement de leur
mission et facilitera leui*s études.
Art. 16. — Toutes contestations entre Français ou entre
Français et Etrangers seront jugées par lo Résident Français.
Lorsque des sujets Français ou Étrangers auront quelque con-
testation avec des Annamites ou quelque plainte ou réclamation
à formuler, ils devronl d'abord exposer l'airaire au llésident qui
s'efforcera de l'arranger à l'amiable.
Si Tarrangoment est impossible, le Résident requerra l'assis-
tance d'un juge annamite commissionné à cet effet, et tous doux,
après avoir examiné l'affaire conjointement, statueront d'après
les règles de Téquité.
Il en sera de même en cas de contestation d'un Aimamite avec
un Français ou un Étranger : le premier s'adressera au Magis-
trat qui, s'il ne peut concilier les parties, requerra l'assistance
du Résident Français et jugera avec lui.
Mais toutes les contestations entre Français ou enlre Français
et Étrangers .seront jugétîs par le Résident Français seul.
Art, 17. — Les crimes et délits commis par des Français ou
des Étrangers sur le territoire de l'Annam seront connus et jugés
h Saigon par les tribunaux compétents. Sur la ré([uisition du
Résident Français, les autorités locales feront tous leurs efforts
pour arrêter le ou les coupables et les lui livrer.
Si uu crime ou délit est commis sur le territoire Français
par un sujet de Sa Majesté, le Consul ou Agent de Sa Majesté
devra être ofTiciellcmenl informé des |>oursuites dirigées contre
l'accusé et mis en mesure de s'assurer ([ue toutes les formes légabvs
sont bien observées.
Art. 18. — Si quelque malfaiteur coupable do désordres ou
CORDIEK. 11 — 18
Si'y/l i/affaire du tong-kinc
hrip^aiidap^os sur \o territoire Krançais so rrfuf^ic sur Ir territoire
Annamite, l'aiitorilé locale s'elTorcera, dès qu'il lui en aur.! été
donné avis, de s'emparer du fugitif et de le rendre aux aulo-
rit^^s françaises.
Il en sera de mt^me si des voleurs, pirates ou criminels quel-
conques sujets du lloi se réfugient sur le territoire Français : ils
devront être poursuivis aussitôt qu'avis en sera donné, ol, si faire
se |)eut, arrêtés et livres aux autorités de leur Pays.
Art. 19. — En cas de décès d'un sujet français ou étranger
sur le territoire annamite, ou d'un sujet annamite sur le terri-
toire franç^iis, les biens du décédé seront remis a ses héritiers;
en leur absence ou à leur défaut, au Résident qui sera chargé de
les faire parvenir aux ayants-droit.
Art. 30. — Pour assurer et faciliter l'exécution des clauses cl
sti])ulations du présent traité, un an après sa signature, S. Exe.
le Président de la République Française nommera un Résident
ayant le rang de Ministre auprès de Sa Majesté le Roi de l'An-
nam. Le Résident sera chargé de maintenir les relations ami-
cales entre les Hautes Parties Contractantes et de veiller h la
consciencieuse exécution des articles du traité.
Le rang de cet Envoyé, les hoimeurs et prérogatives auxquels
il a droit seront ultérieurement réglés d'un commun accord et
sur le pied d'une parfaite réciprocité entre les Hautes Parties
Contractantes.
S. M. le Roi de l'Annam aura la faculté de nommer des Ré^
sidents h Paris et à Saigon.
Les dépenses de toute espèce, occasionnées par le st'jour de ces
Résidents auprès du (ionvernemenl allié, seront supportées |>ar
le Gouvernement de chacun d'eux.
Art. 31. — Ce traité remplace le traité de 1862 et le Gou-
vernement Français se charge d'obtenir l'assentiment du Gou-
vernement Espagnol. Dans le cas où l'Espagne n'accepterait j>as
ces modifications au traité de i80^, le présent traité n'aurait
d'elfet qu'entre la France et l'Annam, et les ancieni)es stipula-
tions concernant l'Espagne continueraient à être exécutoires. I^
France, dans ce cas, se chargerait du remboursement de l'in-
demnité espagnole et se substituerait à l'Espagne, comme créan-
cière de l'Annam, pour être remboursée conformément aux dis-
|)ositions de l'article 7 du présent traité.
Art. m. — Le présent traité est fait h perpétuité. Il sera
ratifié et les rat iiicat ions en seront écliangé<»s à Hué dans le délai
TUAITK DE COMMERCE. 3l AOl. T l8-/|
'â~'J
(1*1111 ail (*l moins, si fairo sr pnil. 11 s(Ma public* o( mis on vi-
f^iienr aussitôt que cet échan'ço aura on lion.
Eu foi de quoi les Pléni|)olculiairos rospocliCs oui sif^iic lo piv-
seut traité et y ont apposé leurs cachets.
Fait à Saigon, au palais du Gouvernement de la Cochincliine
française, en quatre expéditions, le Dimanche, quinzième jour
du mois de Mars de Tan de grûce 187/1, correspondant nu ^iugl-
scplièmc jour du premier mois de la >ingt-septiènic année de
Tu-Duc.
C. Am'' Dupré.Le Tuan et Nguyen-van TijVng.
Le traite de 187/1 n'était pas un point de départ; il n'était
que le résultat d'opinions contradictoires; il ne marquait pas
nettement notre suzeraineté; il nous apportait toutes les dif
ficultés d'un protectorat qui n'était pas clairement stipulé,
sans nous en donner les avantages; nous acceptions les res-
ponsabilités, sans obtenir le bénéfice de la situation acquise.
Ce traité {X)rtait en lui les germes de toutes nos dillicultés
futures et il ne fait guère honneur h la clairvoyance de notre
ministre des affaires étrangères, le duc de lîroglie, qui sVst,
dans la circonstance, montré aussi pusillanime que le marquis
de Mouslier lors du traité avec le Siam en 1867.
TRAITÉ DE COMMERCE, 3l AOUT 187/1
Comme complément «au traité du i5 mars 1874, un traité
de commerce* fut conclu à Saigon le 3i août 187/1 par
Tamiral Kranlzet Nguyen van TuVng et Nguyen UmgDoan;
il comprend 29 articles avec les clauses additionnelles sui
vantes :
Afin d*évilcr les dillicultés dans rinterprélalion de quel([ues
passages des nouveaux Iraités, les |)léni|)otenliair(?s des deux
hautes parties contractantes sont convenus d'ajouler au préseul
I, Voir le texte dans le Recueil de M. de Clcrcq, \l, p. 327.
a 7^ l'affaire du TONr.-KiNr.
Irailé un arliclo addilioiniol (jni sera coiisidrré roiniiio on faisant
parlio inlégranlo.
Arlicle additionnel. — 11 esl en tondu que la ville inenio de
Hanoï esl ouverte au commerce étranger et qu'il ^ aura dans
cetle ville un consul avec son escorte, une douane, et <jue les
Européens pourront y avoir des magasins et des maisons d'Iiabi-
lalion aussi bien qu'à Ninli-Haï et a Thi-Naï.
Si par la suite on reconnaissait (jue la douane de Hanoï est
inutile et que celle de Ninli-Haï suflit, la douane de Hanoï |X)ur-
rait être supprimée, mais il y aurait toujours dans cette ville
un consul et son escorte, et les Européens continueraient à >
a>oir des magasins et des maisons d'habitation.
Li*s terrains nécessaires pour bi\tir les habitations des consuls
et de leurs escortes seront cédés gratuitement au (iou> ornement
Français par le gouvernement annamite.
L'étendue de ces terrains sera dans chacune des >illes ou j)orls
ouverts, de 5 maus, mesure Annamite (environ 3 hectares et
demi). Les terrains nécessaires aux Européens pour élever leurs
maisons d'habitation ou leurs magasins s(TOiit achetés par eux
aux propriétaires; les consuls et les autorités annamites inter-
>i(»ndront dans ces achats, de façon à ce que tout se passe avec
é(|uité. Les magasins et les habitations des conmierçants seront
aussi rapprochés que j)ossible de la demeure des consuls.
A Niidi-Haï, le consul et son escorte coiUinueront à occuper
les forts, tant que cela sera jugé nécessaire |x>ur assurer la police
et la sécurité du commerce. 11 habitera plus tard sur le terrain
de 5 maus qui lui aura été concédé.
On respectera les pagodes et les sépultures, et les Européens
ne pourront acheter h»s terrains sur lesquels il existe des habita-
tions, qu'avec le consentement des propriétaires et en payant
une juste indenuiité. • ^ *
l-.es commerçants Européens payeront l'impôt foncier d'apriîs
les tarifs en usage dans la localité où ils habiteront, mais ils ne
payeront aucun autre impôt.
A Saigon, le trente et un août mil huit cent soixante-qua-
torze.
Signé : Kiiantz, etc., etc.
Convention annexe au traité de commerce du 3i août 1874-
Le contre-amiral krant/, commandant en chef la division na-
TUVITK I>r, COMMK.KCi:, 3l \Ol 1 l«S7'| 3
/ • ' / y
\alr dos iiiits iIc (lliinc et du .I;ij)()ii, i^oiixtMMUMir |».'ir intérim ri
coiniii«tn<lant ou clirf en CiOrliiiirliine. coiiiiiuiiidciir d(* l'ordre
national do la Lrgion d'iionncnr, etc., muni dos pleins pouNoirs
de S>ii Kxcollonco le Président de la Képublique iVanvaise.
El le haut fonctionnaire \«(uven Van Tu'o'n»;, niinislre de la
justice, décoré du titre <le Ki \i Bu, nnuii des pleins |M)u>oirs
de Sa Majesté le roi <rAnnani, sont conveiuis d*a|)|M)rler au
traité de commerce, signé le 3i aoùl 187^, les modifications
suivantes :
« Est et demeure supprimé le dernier paragraphe de l'article m
du susdit traité ainsi con<;u :
« Il est entendu (pie les marchandises im|)ortées ou exjKirlées
par les hAtimenls (lliinois ou appartenant à TAnnam, seront sou-
misi*» aux mêmes interdictions, et (pie celles importé(»s ou expor-
teurs sous pavillon (ihinois s(*ront soumis(»s au mêmes droits «pie
les marchandisi*s imjM")rté(»s ou exj)ort(Vs sous pa\illon Kur«»|>éen
ou Américain (ce (pie l'on entend, dans ces deux traités, |)ar
pavillon iMrangiT). Mais ces droits s(»ront |)er(;us séparément par
les mandarins Annamites du s(»rvice de la douane, et versés dan^
une caisse spéciale, à Tentièrc dis|)ositioii du gouvernement An-
namite. »
Ledit |)aragraphc supprimé est remplacé j)ar le texte suivant :
« H est entendu que les marchandises importcVs de TétrangiM-
dans les ports ouverts, ou exportées des jwrts ouverts h l'étranger
par des bâtiments Chinois ou apjiart^'nant à TAnnam, seront sou-
mises aux mêmes interdictions et aux mém(»s droits que celles
im|)ortces de l'étranger ou exjiorté(îs à l'étranger sous tout autn»
|>avillon; et cpie ces droits seront jxtçus [hw les mémc^ emplové^
et versés dans les mêmes caisses ([ue ceux [H»rçus sur l(»s mar-
chandises importées de l'étranger ou exportéi*s à l'étranger sous
* leç. pavillons dits étrangers. »
La présente convention siTa raltfichée au traité du lU août 187'!,
lors de réchang(; di\s act(\s de ratiiication et en fera partie inté-
grante.
En foi de quoi les pléni[)otentiaires ont signé aujourd'hui
33 novembre 187/i, c()rr(»spondant au i5'' jour du lo*' mois de la
27* année de Tu Duc.
Signé : (^ontrc^-amiral Kiuntz, etc., etc.
Ce traité de coinnierce fut sanctionné par une loi du
378 i/aKFAIRE du TONG-KINT.
6 juillet 1875, cl lV<?hange des riilificalions eut lieu h 11 né,
le 26 août 1875 avec rainiral Victor Duperré, nommé gou-
verneur et commandant en chef de la Cocliinchine le 3o sej)-
tembre 1874, en remplacement de Tamiral Kranlz.
Communication du traité fut faite immédiatement au Con-
sulat Général de France à Chang-llaï :
a Saigon, le 3 septembre 1875.
« Monsieur le Consli^jénér al, — J'ai l'Iionneur de vous în-
(f former que Técliangc des ralifications du traité de commerce
« conclu entre la France et le Royaume d'Annani, leSi août 1874.
i< a eu lieu à Hué le 36 du mois dernier, et que, de concert avec
« le Gouvernement annamite, nous avons fixé au i5 Septembre
« courant Fouverturc au commerce étranger des ports de llai-
« Phonget de Hanoï, dans le Tong-Ring. Je vous prie de vouloir
« bien porter c<îlte nouvelle importante h la connaissance des
a négociants de la place de Chang^lai ; et veuillez, en môme temps,
« M. le Consid-Général, annoncer que vous tiendrez à la dispo-
« sition des navires marchands qui se rendront au Tong-King, des
« cartes récemment exécutées dont je vous addresse un certain
« nombre. Ces cartes devront être délivrées gratuitement.
a Vous recevrez également quelques exemplaires d'un règle-
ment qui a été préparé pour le port de llaï-Phong.
« Agréez, etc.
« Le C. Amiral, Gouverneur Gommandanl-en-Chef,
« (Signé) Duperré. »
COMMUIflCATIOÎI DU TRAITE A LA CHINE
D'autre part, notre chargé d'affaires à Pé-king, M. de
Rochechouart, communiquait en 1875 au gouverhement
chinois le texte du traité de 187^ et faisait ressortir qu'à la
France désormais incombait le soin de sauvegarder les in-
térêts de TAn-Nam; il entamait également des négociations
pour rouverlure du Fleuve Rouge au commerce français :
COMMUMCATK» IH TIl \ H É A I. V (IIINK :*-,{)
Ij'Ure de M. de Rochechmarl au Prince lùmtnj.
MoXSKIGNKlIl,
J'ai rhoniiciir de vous adresser ci-joinl une co|)ie du Irailé
conclu entre le (îouvern^Mueul fraiirais el S. M. le Roi de TAn-
nain le i5 mars 187/i. (le Irailé, après avoir été approuvé par
r.\ssend>lée a été déflnili>enienl ratifié à Hué le i4 avril der-
nier.
Voire Altesse Impériale verra fpie dorénavant c'est à la France
qu'il appartient de >eiller à la sécurité el à l'indépendance de
S. M. Tu-Duc et le ji^ouvernement cliinois comprendra, je n'en
doute pas, combien il est nécessaire» pour le maintien des hoimes
relations qui existent entre la Krance et la (Ihine de donner les
ordres les plus sé>eres aux autorités du Ynn-Nan pour les en;;a-
fçer, non s(ndemenl à enq)éclier de nou>elles bandes cbinoisi»^
d'entrer dans le royaume d'Aimam, mais même à rap[)eler celles
cjui s'y livrent actuellement à toutes sortes de sé>ices.
l^e Ciouvernement Français est décidé h r(»m[)lir les eiip;ag(»-
ments qu'il a contractés \is-a-vis du roi Tu-Duc et à assurer la
tranquillité dans les états de ce souverain. Son premier soin sera
donc de disperser cl de détruire ces bandes cpii entretiennent le
trouble el la guerre civile, et il serait à désirer, je le réj)ète, cjue
V olre Altesse Impériale prît les mesures nécessaires pour faciliter
celle lâche dont la province du Yun-Nan, si troublée elle aussi,
ne peul que profiler.
Il est un second point sur lequel je désire également appeler
l'allenlion de Votre Altesse Impériale, je veux parler de l'ouver-
ture à la "Navigation du Fleuve Rouge ou So'ng-Koy depuis son
embouchure jusqu'îiux frontières de la Chine. Il n'existe dans les
traités de Tien-Tsin el de Pé-King aucune clause relative à cette
évenlualitc qu'on ne pouvait pas prévoir h l'épocpie où ils furent
conclus, mais aujourd'hui qu'elle se présente elle doit être réglée
et il faut le faire de suite afin d'empêcher des complications qui
ne manqueraient pas de s<» produire dès le début. Le GouveriK^
nient français a longtenq)s réfléchi avant de conclure ce traité <»t
s'esl parfaitement rendu conq)te et de ses charges et de ses avan-
tages el il est aussi décidé à remplir ses engagements (ju'à us(m-
de ses privilèges, aussi ai-je été chargé de m'entendre avec Votre
Ailcssc Impériale sur ces deux questions : r' la suppression i\v:r>
aSo l'affaire nu tonc.-king
bandos chinoises qui désolonl l'Annam; ^^ romorliirc (Vwn point
du Yun-Nan où nos bîîtinionts puissoni atlorrir cl se livrer aux
transactions commerciales régulières. Je ne doule pas que A Olre
Altesse Impériale ne comprenne elle aussi la nécessité de régler
d'une façon pratique œs deux questions et ne préfère l'établisse-
ment de rapporb réguliers à un état de troidrle qui pourrait avoir
les conséquences les plus graves en forçant le roi d'Annam h
prendre des résolutions énergiques pour sauvegarder la sécurité
de ses étals et la pros|)crité de son commerce.
Je saisis, etc., etc.
Signé : Rociiecuol art.
Pé-King, le 34* mai 1875.
Le Prince Koiing, dans sa réponse an Comte de Roche-
chouart, constate qu'en elTet rien ne marque dans les traités
que le Yun-Nan doive être ouvert au commerce étranger;
que les troupes chinoises entrées au Tong-King ont été a[)-
pelées par le gouvernement de ce pays, depuis longtemps
vassal de la Chine, [K)ur supprimer le brigandage; aucune
protestation d'ailleurs contre le traité de 187/1.
Pé-King, le i5 juin iSyS.
J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m*écrire
à la date du 26 mai, et dans laquelle vous me faisiez [>art de la
ratification du traité entre l'Annam et la France. En me don-
nant communication de ce traité, vous exprimiez le désir de voir
le gouvernement chinois envoyer des ordres précis aux autorilés
du Yun-Nan, leur enjoignant d'empêcher les bandes chinoises
d'entrer sur le territoire annamite, et de rappeler les bandes qui
s'y sont introduites, a De cette façon, dites- vous, nos bonnes
relations seront maintenues et aflcrmies. »
Vous m'entretenez également de la communication qui existe
entre TAnnam et la Chine par le moyen du So'ng-Roy, qui,
après avoir traversé le Tong-Ring, pénètre dans la province du
Yun-Nan. Ce point, me dites-vous, ne se trouve pas indiqué
dans le traité parce qu'on ne pouvait prévoir alors la situation
I. Lire a5.
COMMUNICATION DU TRMTl': A I. V CHINK îS I
artiM'Ih»; niais inalntoiinnt cjiu* rollo qncslioii sp pnVsriitr il iin-
porto qu'elle soil réglée dans le plus bref délai. Le j;ou\ernenienl
français vous a cliarfçé de vous entendre avec nous sur ces deux
questions : ï" ranéanlisseiuent des bandes cliinoises qui désolent
i'Annam : a" l'ouverture d'un port du Yun-Nan où vos steamers
puissent atterrir et se livrer à des transactions commerciales ré-
gulières.
Dans la ii* lune de la la* année du rej^ne de T*oung-ïclié.
j'ai reçu une lettre de M. de Geofroy contenant la copie d'une
lettre adressée par ce dernier au gouverneur du Yun-i\an, dans
laquelle il était question des avantages que recueillerait le com-
merce de l'ouverture de cette province. J'ai répondu h M. de
Geofroy que le Yun-Nan n*élail pas ouvert au commerce* étran-
ger, et j'ai écrit au gouverneur de cette province de conlornuT
sa conduite aux stipulations du traité. Maintenant que votre
gouvernement réclame l'ouverture d'un port sur le So'ng-Koy,
je suis obligé de répondre également que le Yun-Nan est. fermé
au commerce étranger, et que dès lors, dans votre traité, ni dans
celui d'aucune autre nation, il ne saurait y avoir de stipulation
relative à Touverturc d'un port de commerce dans le Yun-Nan.
L'Annam est la contrée appelée également Yué-Nan ; elle a
été* tributaire de la Cliine, et les liabitants de la frontière cbi-
noîsc ont eu de tout temps avec les habitants des états tributaires
voisins des rapports commerciaux dont la nature varie suivant
les provinces. Il est nécessaire que j'envoie une dépêche pour
ordonner une enquête au Y^un-Nan à ce sujet ; dès que la réponse
me sera parvenue, nous nous occuperons de délibérer sur cette
aiïaire.
D'un autre coté. l'Annam était jadis infesté de brigands, et
son gouvernement a, à plusieurs reprises, demandé du secours
à la Chine. La Chine ne pouvait refuser aide et protection à un
pays tributaire, aussi envoya-l-elle des trouj>es pour poursui>re
ces brigands; les troupes qui se trouvent dans l'Annam y sont
donc sur la demande du gouvernement annamite, et dans \v but
de protéger la frontière; ce but, une fois atteint, leur présence
sur le territoire annamite n'avait plus de raison d'être et on les
a rappelées.
Dans le douzième mois de la la" année du règne de T'oung-
I. C'est une erreur de traduction ; lire : « elle est depuis longtemps. »
:j82 l'affaiui: du xoNfi-KiNc;
Tché, et dans le troisième mois de l'année dernière, j'ai écrit à
M. de Geofroy que, dans un rapport présenté par le gouverneur
du Yun-Nan, il était dit que, sur la frontière qui sépare le Yun-
Nan de TAnnain, le chef de brip^ands Ilouanf^ Tsoung-yn * et
plusieurs autres troublaient profondément l'Annam qu'ils vou-
laient bouleverser de fond en comble, (ju'il avait envoyé des
troupes pour s'op|)oser a celte dévastation, et que le plan de
campafîne avait été très bien exécuté; il priait le Tsoung-li
Yamen d'écrire aux Consuls français résidant dans l'Annam pour
leur dire que les troupes du Yun-.Nan qui ont passé la frontière
n'ont j>as d'autre destination que d'arrêter les dévastations de^
brigands, et qu'ils n'ont rien à voir avec les troupes françaises.
L'Empereur donna l'ordre au Tsoung-li Yamen de se confor-
mer à ce rapport.
La Chine a envoyé des trou|)es dans l'Annam, sur la demande
du gouvernement de ce pays, et dans le but de détruire le bri-
gandage. Les soldâtes chinois, qui se trouvent sur la frontière du
Yu.n-Nan, sont là dans le but de protéger l'Aimam contre les
attaques des brigands, et, en même temps, d'assurer la sécurit<'î
du Yun-Nan. Quant aux bandes qui passent la frontière, les
autorités provinciales ne jxîuvent les laisser faire sans manquer
à leur devoir : elles doivent les |)Oursuivre et les punir.^ Après ce
que vous nous avez dit, nous nous croyons tenu d'écrire de nou-
vefiu au Gouverneur du Yun-Nan pour l'engager à arrêter sévè-
rement les bandes qui tenteraient de pénétrer dans l'Annam.
Tel est le but de la présente communication spéciale*.
En réponse à une demande que fit M. de Rochechouart, le
'l août 1875, pour obtenir Touverturc au commerce de Man-
ILio, sur le Fleuve Rouge, au Yun-Nan, notre Chargé d'Af-
faires reçut la réponse suivante du Prince Koung :
Pé^King, le 6 septembre 1875.
J'ai reçH la dépVhe que vous m'avez écrite à la date du [\ août
et dans laquelle vous me disiez :
« Je viens de recevoir Tordre de mon Gouvernement de de-
1. Voir L p. a35-a3().
2. Pour traduction conforme: le i*''' interprète p. j. , F. Scherzeb.
'♦>-«*jVJ".-«:7.S^t- \-
COMMIMCATION Dl TUVIIK \ I, \ (IIINK u8.'^
V iunui\vr r<)UNortnn' dans la pioviiiro du Vnii-\aii d'iiii iioii-
« veau |X)rl do coininorn; à Man-Hao sur les bords du So'u';-
« Kov. »
Dans le courant du mois do mai, j'ai reçu la dé|)eclie dans
laquelle vous nronlrcleniez de rélablissemenl dans le Yun-Nan
d'un port sur les bords du fleuve, où les bateaux puissent al-
lerrir.
J'ai répondu à cette déptVbe que le Yun-Nan n*élaif pas ouvert
au commerce, que, devant voire désir, je crovais devoir écrire
aux autorités du Yun-Nan h ce sujet et que dès l'arrivée de leur
réponse, je m'empress<Tais de refiler celle affaire.
Maintenant ([ue voire (îouvernement veut l'ouverture d'un
nou\eau port de commerce, je dois vous faire observer ([ue la
province du Yun-INan est très éloignée de Pé-King, qu'il est ur-
^nt d'aviser aux moyens de régler tout ce (pii toucbe aux fron-
tières de cette j)rovincc et que dès lors je ne puis rien préjuger
ni décider.
S. Exe. Li [Han-tchang] ayant été envoyé par S. M. pour pro-
céder à une enquête sur l'affaire Margary et la régler, il lui sera
possible dès que ce règlement aura eu lieu, de faire une en(|uèle
sur la situation des dillerenls [K)ints de la province et des fron-
tières, d'étudier et de régler cette question. J'écris à S. Exe. Li
de faire immédiatement après le règl(Mnent de l'aflaire Margary
une enquête minutieuse sur la possibilité de donner suite (à votre
projet). Dès que j'aurai feçu la ré|K)ns(î de ce fonctionnaire, je
m'empresserai de vous la communiquer.
Telle est la communication que j'ai cru devoir vous envoyer
en ré[X)nsc.
(Le sceau du Tsoung-li Y'amen ^)
La réponse était dilatoire; la Chine était dans la période
aiguë de ses négociations avec T Angleterre au sujet du meurtre
(le Margary. M. de Rochechouart [)()uvait écrire le lo sep
lembre 1876, au Duc Decazes :
;V mon avis, le gouvernement chinois attend le résultat de ses
négociations avec M. Wade |K)ur prendre un(» décision, et je
1. Traduction certifiée conforme : le i*""" interprète />. i., F. Sciierzek.
a 84 i/affaiuk du tong-ring
ne doute pas un instant que s'il accorde rouverlure de la roule
de Bliamo, il n'ouvre également le Son^-Roy.
M. Harl est venu nie voir hier, el, dans la conversation, il
m'a demandé si, le cas échéant, le gouvernement français accor-
derait aux croisières de la Douane le droit de passage dans les
eaux annamites, c'est-à-dire si le gouvernement chinois pourrait
faire venir de Canton dans le So'ng-Koy chinois ses petites ca-
nonnières.
(yét^iit se bercer d'illusions; la Chine ne cherchait qu'à
gagner du temps; elle avait assez d'une affaire à la fois. On
n'a pas remarque et admire avec quelle rare habileté, elle a
joué les hommes d'Etat d'Occident ; elle a pris son temps
pour régler successivement ses différends avec l'Angleterre
(Margary), la Russie (Kouidja) et la France (Tong-King) et
les diplomates européens ont, sans s'en douter, attendu qu(»
la Chine, malgré les menaces ou l'emploi des armes, ait
choisi son heure pour mettre fin à des difficultés qu'elle a fait
durer tout le temps qu'elle a désiré.
CHAPITRE XIV
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 (Suite).
MISSION DE M. DE KEHGARADEG, 1 876- 1 877
Le ï8 juillet 1876, Tamiral Viclor I)u|>orré adressait au
Ministre de France à Pé-king une demande de renseigne-
ments sur le sud du Yun-Nan et le priait de solliciter du
Tsoung-li Yamendes lettres de recommandation et des passe
ports pour M. de Kergaradec, consul à Ila-noï', et quinze
soldats -ou marins (pii devaient l'accompagner dans une mis-
sion d'exploration dans le So'ng-Koy et le Yun-Nan méri-
dional cpic l'amiral désirait confier a ce fonctionnaire.
M. Brenier en référa à Paris, car il craignait d'essuyer un
refus : la Chine sachant que sa responsabilité était engagée
dès qu'elle avait remis des passeports, — l'aflaire Margary
lui avait servi de leçon, — et que son autorité dans le Sud
I. Kergaradec. AUxnndrc-CamiUe-Jnles- Marie Le Jumeau, comte
de, n<5 le i*"" janvier i84i; ^l*'ve à l'École navale, i*""" octobre 1857;
aspirant de a' classe, i"" août 1859 ; de i""*" classe, i''»" septembre i8(îi ;
enseigne do vaisseau, i*''* septembre i8()3 ; lieutenant de vaisseau, 7 mars
1868; attaché & Tétat-major du ministre de la marine, a juin 187/1 ;
chargé du consulat de France à Hanoï, 16 mai 1875*, administrateur
principal des affairos indig6nes, i^r janvier i88a ; capitaine do frégate,
i3 avril i883; en mission à ilué, i3 avril i883 ; consul de i''^' classe et
commissaire du gouvernement è Hang-Kok, 5 juillet i883 ; consul général
et chargé d'affaires, 5 août 1887; consul général & Moscou, 5 janvier
1891 ; mort a octobre 189^1, à Berlin, où il était de passage.
286 l'affaire du tong-kinc
tlu Yun-iSan n'était que nominale; ollo avait roconimenl re-
fusé il M. Butzov des passeports pour des voyageurs russes
se rendant au Tibet avec sept cosaques en mission scien-
tiFique.
M. Brcnier ayant néanmoins fait une demande, il arriva
ce qu'il avait prévu; le Yamen refusa les passeports de M. de
Kergaradec; sur Tinsistancc de notre ministre, ils finirent
toutefois par Hrc accordés.
LE PRINCE KOUNG ET LES MEMBRES DU TSOLNGLl YAMEN AU
VICE-ROI DU YUN-TSAN
LfC i4* jour de la g*' lune, nous avons reçu une lettre de M. le
V^ Brenicr de Montmorand, ministre de France, nous annon-
çant que M. le Capitaine de Kergaradec, consul par intérim a
lla-noî, au Sud du Yun-Nan, se proposait d'aller par eau exa-
miner les conditions de navigabilité de la Rivière l\ouge, de
Lao-Kay à Man-bao et à Mong-tseu, la lettre ajoutait : Lao-Ka>
est sur la frontière de TAnnam et de la Chine ; le capitaine de
Kergaradec doit avoir une escorte de quinze matelots, et je prie
Vos Excellences de donner des lettres de recommandation, si
l'état troublé des lieux ne vous permet pas d'accorder des passe-
ports, etc.
Nous, Prince cl Grands Dignitaires, considérant que M. le Ca-
pitaine de Kergaradec, qui se rend au Yun-Nan, ne connaît ni
la contrée ni les habitants ; que M. Brcnier de Montmorand a
insisté vivement auprès de nous, nous donnons la présente lettre
qui vous sera remise par M. de Kergaradec en personne. Nous
désirons que Votre Excellence, quand M. de Kergaradec sera
arrivé au Yun-Nan, ordonne aux autorités sous ses ordres de lui
acx^order, selon notre désir, leur bienveillante protection, et V. E.
nous sera agréable ; C'est très important. Nous présentons nos
complimentas à Votre Excellence.
(Suivent les noms du Prince et des Membres du Tsoung-li
Yamen.)
19* jour de la 9*" lune (4 novembre 1876) *.
1. Pour traduction conforme : le i»"" interprète p. 1., signé : J. Arène.
«j: i ^■:r~\nv*r-
TUIBl T .W.NAMITK 'jS'J
M. (le Korgaradoc sr mil on roiilr dr Hanoï, lo 9.1\ im
venihrc 1876, accoinj)a<2^né de douze soldats d'infanUM'io de
marine, coniniandos par un sorgonl, el il arriva à Lao-kav,
le i"*" janvier après un voyage de quarante jours ; revenu à
Ila-noï, sans avoir pénétré au Yun-Nan, il en reparlil le
18 février, et plus heureux que la première fois, il entra eu
Chine, passa à Man-hao, remonta h Mong-lseu, et visita les
mines de Ko-kieou. M. de Kergaradec était de retour à Ila-noï
le 18 avril, après un vojagc de deux mois. 11 résumait ainsi
son rapport :
Au point de vue politique, la paix est partout rétablie. Le
Yun-Nan est parfaitement tranquille, l^es pro\inces annamites
du haut du fleuve le sont également ; seulement, la présence des
drapeaux noirs, formant à Lao-Kfiv un |)etil Rtat, indépendant
de fait, rend le passîige incertain et dangereux. Diui autre coté,
la navigation, facile juscpi'au pied des rapides, est possible juscpi'à
la frontière de (]hine, c'est-à-dire jusiju'à Lao-Kay pour dos ba-
teaux h va[M»ur d*un trt»s faible tirant d*eau et d'une construction
s[M?ciale. Mais au-dessus de ce |)oint, les rapides deviennent troj)
difliciles |H>ur qu'on puisse espérer de les faire jamais franchir h
des bateaux h vapeur. A Man-Hao s'arrête toute navigation du
fleuve. Quant au conmierce, il sendile qu'on se soit singulière-
ment exagéré, non pas certes les ressources naturelles du Yun-
Nan, mais le mouvement auquel elles pourraient actuellement
«lonner lieu... *.
TniBUT ANWAMITF, 1877
Les Annamites dans leurs relations avec la Chine tenaient
le traité de 1874 comme non avenu. Kn 1877, ils envoyèrent
PVi Wen i, avec une mission, porter le tribut ordinaire* à
Pé-king. La mission annamite passa la frontière le 18 sep-
1. Rapport sur la reconnaissance du fleuve du Tonkiuy par M. do
Kergaradec... Paris, 1877, in-8. — (Exl. de la Revue mari finie et
coloniale.)
a. Eu 1873, le tribut annamite avait passé la frontière le U7 avril.
388 l'affaire du TOXG-KING
lombrc; elle qui It^ la capitale de la Chine au mois craoûl,
et à son passage à Kouei-lin, le 19 janvier 1878, son chef
fil la déclaration suivante à To'u Tsoung-ing, gouverneur du
Kouang-Si :
Il nous a fait savoir qu'ayant eu la faveur d'ôlrc reçu à la
Cour, Votre Majesté a daigné accorder, connue une faveur à
son roi une lettre patente, du satin, de la pelleterie et d'autres
objets qu'il était chargé d'emporter respectueusement dans son
pays pour les remettre à son maître, conune la marque d'une
faveur dont un petit Ktat n'est pas ordinairement l'objet. Il a
ajouté qu'il avait fait bon voyage, et il remercie du fond du
cœur la Cour Céleste de la miséricorde avec laquelle elle traite
les hommes venus de loin * .
M. Deschancl remarque*: « En 1877, M. de Kcrgaradec
avait eu soin de demander aux ambassadeurs annamites,
avant leur départ, si, une fois arrivés à Pé-king, ils iraient
voir le ministre de France. Ils répondirent qu'ils avaient
reçu des instructions à cet égard; qu'une fois leur mission
remplie, ils feraient celle visite, mais seulement après avoir
obtenu l'agrément des mandarins chinois chargés de les
recevoir. »
Les envoyés annamites ne mirent pas le pied à la légation
(le France h Pé-king : la conclusion est facile h tirer.
RÉVOLTE DE LI VAÎ^G-Ts'aÏ (1878)
Plus grave encore fut de laisser TAnnam demander Tinter-
venlion de la Chine pour supprimer les rébellions de sa
frontière. Vers la fin de seplembre 1878, un général de bri-
gade chinois, Li Yang-ts'aï (Ly Yung-lchoï), originaire de
1. Gazette de Pé-King, 20 mars 1878, Irad. G. Devéria, p. 7^,
iielations de la Chine avec l'Anna m. — Livre jaune , 1874» décembre
187a, p. 76.
2. Revue pol. et litt., 2 juin i883, p. 680.
« «~
RÉVOLTK DE LI YANG-Ts'aÏ qS()
Lin-Clian irieii, mc^conlenl tic iio pas obtenir l'avaiicoinenl
auquel il avait droit, réalisa sa fortune, qui était considérable,
leva des troupes, et envabit IWnnam avec quelques milliers
d'Iiommes. De Tsin-tchéou, duKouâng-Toung, il passa dans
la province du Kouang-Si, puis sur le Icrritoirc des tribus
autochtones semi-indépendantes et pénétra dans le Tong-
King; il s'empara d'une place appelée Tsieou-Lô, et de
là, attaqua le chef- lieu de la province tongkinoisc de Lang-
S'on. Le 8 octobre, les troupes auxiliaires cbinoises ayant
repris de force Tsieou-Lô, obligèrent Li Yang-ts'aï à battre
en retraite. Ln décret impérial qui avait destitué Li \ang-
Is'ai, ordonnait en même temps à Lieou Kouen-I, gouverneur
des deux Kouang et à Vang Tcliong-ya, ancien gouverneur
du Kouang-Si, d'envoyer des troupes pour barrer le passage
au rebelle. Le général Fcung Tseu-ts'aï recevait également
l'ordre spécial de passer la frontière avec un corps d'armée
pour aller lui livrer bataille. Le chef rebelle fut cerné et pris
sur la montagne Long-leng, près de la préfecture de Tcbo-
yén. Un décret impérial du 1 1 décembre 1879, parlant des
troupes chinoises, dit « qu'elles s'acquittèrent promptemenl
et avec succès de la tâche qui leur était dévolue; elles s'em-
parèrent du coupable vivant, force reste donc ainsi aux lois
de la Chine; de plus, le calme est du même coup rétabli
chez ceux que notre investiture rend nos vassaux » . Li Yang-
ts'aï fut amené à Kouei-lin, capitale du Rouang-Si, où il fut
interrogé le ï3 novembre : un décret du 19 décembre 1879
le condamna à être décapité dans cette ville le 27 de la
II® lune (8 janvier 1880) et décida « que sa tète sera en-
voyée en Annam (Viêt-nam) pour y être ex[)osée aux veux
de tous et montrer de quelle peine est puni un crime pareil
au sien ».
Dans son rapport au Trône (/| janvier 1880) le gouverneur
du Kouang-Si, Tchang Chou-cheun, faisait cette remar(|ue*
très caractéristique : « Son crime n'est digne d'aucune in-
GoRoiER. II — 19
390 i/affaire du tong-king
(Inlgoncc, mats, considrranl fjiio lA ^ang-ls'al a ou pour
llicAlre (le sa révollo, le lonitoire d'un vassal inresli par
nous, son cas est difîérenl de celui de rebelles qui auraienl
I rouble le territoire cbinois. »
Le ministre de la Marine, au sujet de l'envoi de la tête de
Li Yang-ls'aiau Tong-King (!^crivait à M. Le Myre de Vilers,
gouverneur de la Cochincbine (21 fcWrier 1880):
L'événement est sans doute fort regrettable, mais il n'est pas
plus grave que l'inlervenlion militaire chinoise que nous avons
tolérée et dont il n'est, à vrai dire, que la conséquence...
Je crois toutefois que vous pou>ez saisir cette occasion pour
l'aire remarquer au Gouvernement d'Annam que l'intervention
chinoise sollicitée par lui a porté une atteinte grave aux droits
qui résultent pour nous des traités de 1874 et constitue de sa part
une violation des engagements qu'il avait pris vis-à-vis de nous.
GOUVERNEURS DE LA COCIIlNCHrNE
L'amiral Victor Duperré, gouverneur de la Cochincbine,
avait sur les aflaires du Tong-King des idées personnelles;
il aurait volontiers abandonné le pays et l'aurait replace sous
la suzeraineté de Pé-King; il ne considérait Tenvoi du tribut
au Fils du Ciel que comme un simple acte de courtoisie,
n'ayant, pour ainsi dire, qu'une importance purement bisto-
rif|ue. Cette ])olitiquedevîiit naturellement trouver de la résis-
tance de la part de la Marine où l'on méditait des entreprises ra-
dicales. 11 y a toujours eu malheureusement pour nous dualité
dans la politique des amiraux gouverneurs de la Cochincbine
et celle de nos ministres en Chine; les premiers faisaient à
r Anna m des concessions impoli tiques, telle que la licence
d'envoyer un ambassadeur à Pé-King, ce qui contrecarrait
singuli^remcnt notre Légation dans la c^ipitale de l'Empire
chinois. Il serait injuste de ne pas reconnaître que semblable
rivalité avec le gouvernement de l'Inde britannique a gêné
Sir Thomas Wade pour le règlement de Taffaire Margary.
■•fn- 4^.cr •*-'•■.•- -■
(iOrVERNELIlS DE LV COCU IN CHINE 301
Le conlro-amiral LafonI \ nomnir fronvoriiour ol coin
mandant en chef de la Cocliincliine le 5 juillet 1877, entré
en fonctions le 16 octobre suivant, pas plus que son prédé-
cesseur, ne paraît avoir eu un sentiment exact du pays qu'il
était appelé à administrer; et, pas plus que Dupcrrc ne s'in-
quiétait des rapports de Hué avec Pé-King, il ne parut se
troubler des efforts de Tu-Duc pour renouer des relations
avec le Siam.
Le i3 mai 1879, M. Le Myre de Vilers* était nommé
gouverneur de la Cochincbine; la nomination d'un fonction-
naire civil marquait la fin de la politique préconisée par les
derniers amiraux dont Tignorance des affaires chinoises au-
rait pu porter un coup fatal à notre influence dans TAnnam.
M. Le Myre de Vilers arriva à Saigon, le 5 juillet 1879, et
il prenait le service le surlendemain. Le gouverneur de la
Cochinchine était accompagné d'un fonctionnaire des Affaires
Étrangères, M. Raindre, second secrétaire d'ambassade, dont
les talents de diplomate devaient lui être fort utiles pour les
relations de son chef avec la Légation de Pé-King.
I. Lafont, Louis- Charles-GeorgeS'Jules, né lo a5 avril i8a5, à Fori-
, de-France (Martinique).
a. Le Myre do Vilers» Charles- Marie, né le 17 février i833 ; élève
à rÉcole navale, i^^ octobre 1849; aspirant do a* classe, i^'' août i85i ;
aspirant de i**^ classe, i'^'' septembre i853 ; enseigne de vaisseau, 3 fé-
vrier i855 ; chevalier de la Légion d*honncur, i3 août 1869 ; démission-
naire, 8 mai 1861 ; sous-préfet do Joigny, !<'■* mars i863 ; de Bergerac.
3o octobre 1867 * préfot d'Alger, 11 novembre 1869 ; admis à servir avec
son ancien grade, i3 septembre 1870 ; lieutenant de vaisseau, 8 décembre
1870; officier do la Légion d'honneur, a6 janvier 1871 ; licencié, 16 fé-
vrier 1871 ; préfet do la Haute- Vienne, a6 mai 1873 ; directeur général
des affaires civiles et fînanciëres de l'Algérie, conseiller d'État, a a février
1877; gouverneur de la Cochinchine, ministre plénipotentiaire près la
cour de Hué, i3 mai 1879; commandeur de la Légion d'honneur, i4
juillet i88a ; admis à faire valoir ses droits à la retraite, a5 mai i883 ;
ministre plénipotentiaire de i'*'' classe, chargé des fonctions do résident
général à Madagascar, 9 mars 1886 ; grand officier do la Légion d'hon-
neur, aa août 1888; député de la Cochinchine, la décembre 1889; en
disponibilité, la décembre 1889; ^inhassadeur honoraire, la fév. 1896.
3f)a L AFFAIRK DU TONG-KINH
RAPPORT DE M, RAINDRE, 1879
M. Raindrc* fut envoyé on mission près de M. Rheinîirt à
Hué, par M. Le Myrc de Vilers à la fin de juillet 1879. A.
son retour h Saïg^on il rédigea (19 août 1879) un rap[X)rl
qui, écrit le gouvernc^ur de la Cochincliine', « fait ressortir
rim]>ortance de deux questions sur lesquelles mon attention
s'était déjà portée : l'absence de communications directes
entre le Koi et notre (chargé dWflaires et la tendance de la
(^our de Hué à chercher dans ses anciennes relations avec
la Chine un moyen dYchap[)er h notre prépondérance ex-
clusive ».
M. Raindrc se mettait en rapport a\ec notre Légation de
Chine et y adressait à notre Chargé d'Affaires, M. Pate-
notre, un véritable mémoire dans lequel il marquait claire-
ment la situation au Tong-King:
Saigon, le novembre 1879.
Monsieur le Chargé d'Affaires.
Permettez-moi, comme entrée en matières, de vous présenter
h grands traits notre situation en Indo-Chinc, telle qu'elle mVst
I. Uaindrc. (iaston^ né le 10 janvier i848; licencié en droit, élève à
l'Ecole navale, du i''"* octobre 186/1 au 7 décembre i865; attaché à la
direction des coiisiilals, ^ juin 1870; élève-consul, i***" avril 1876; à Bu-
carest, 3o septembre 1875 : gérant du consulat de France au Caire, puis
de l'agence et consulat général en Egypte, i3 novembre 1 876-1 a décembre
1878 ; attoché payé à la direction politique h la disposition de l'agent et
consul général en Egypte, ai novembre 1877; secrétaire de 3 <> classe
(hors cadre) à la disposition du gouverneur général de la Cochinchine,
U7 mai 1879 ; chevalier de la Légion d'honneur, ta juillet 1880; rédac-
teur à la direction politique, 18 septembre 1880; chargé par intérim de
l'agence et consulat général en Egypte du a5 septembre i88a au 5 no-
vembre i883; conseiller d'aml>assade & Berlin, l\ novembre i883 ; secré-
taire de la conférence africaine de Berlin, 1 884 -85 ; officier de la Légion
d'honneur, 3 janvier 1888; chargé des fonctions de ministre résident de
France à Luxembourg. 10 décembre 1890; etc.., directeur des Affaires
politiques, a3 dcc., 1898.
a. Lettre de Saigon, a4 août 1879, ^" ministre de la marine.
llVPPOUT IH: M. HVINDUK 'J\)'^
ajjpariio depuis mon arrivcV à Saigon, (lola ni'rnl rainera pour
aiijourd'lnii à èlrc un peu lonf^, mais je n'aurai plus ainsi à re-
venir sur tout ce cpii concerne le passé.
Ainsi cpie vous le savez, nos relations avec l' Annani soni ré-
glées par deux Traités, Tun [xilitique, du i5 mars i8-/|, l'autre
commercial, du 3i août de la même aimée. Kiil-on pu obtenir
à cette épcKpie des conditions plus favorables cpic celles inscrites
dans ces con\enlions? Au commencement de 187^1, à la suite de
rex|xVlilion de M. (jarnier, les Annamites étaient épouvantés
d(»s résultats inouïs obtenus par une poij;née de Français, et ce
coup de force a\ait ravivé le souvenir de notre supériorité qui,
depuis la conquête des protinces méridionales, était allé s'alî'ai-
blissant. L'iieure semblait donc propice pour demander iM'aucoup
et assurer délinitivemenl notre position en ExtrémcvOrient ;
bien des gens allirment (pi'on pouvait le faire et (pie l'amiral
Dupré a été conduit, par un trop vif désir de conclure, à concé-
der plus qu'il n'était nécessaire. Je n'ai point qualité pour me
prononcer à cet égard, mais ce qui est certain, c'est (pi'une lois
la convention signée, il .semble que tout le monde se soit donné
le mot jMMir en abandonner, sous un prétexte et sous une forme
quelconque, ce qu'elle contenait de meilleur, et j'ajouterai que
c'ivt parfois dans les milieux mêmes où on a abandonné le plus
que j*ai entendu critiquer comme insuHisant l'acte de 187/1.
Dès 1875, on entrait dans la voie des concessions : l'Angleterre
réclamait : 1° contre la clause du traité qui a pour objet de con-
sacrer la juridiction de nos consuls sur tous les Kuropéens vi\
Annam ; 3° contre les droits dilTérentiels prévus à l'avantage des
produits inqK>rlés du j)ort de Saigon dans les ports Armamites.
On a voulu alors donner une satisfaction au Gouvernement Bri-
tannique et on a cbercbé un terrain de conciliation. (]onuTient
les cboses se sont -elles passées à Paris, h cette époque, je l'ignore ;
mais je ne puis oublier que, d'une part, le Ministère des Alfaires
Étrangères a dii se sentir moins attaclié à un Traité ])olitique
conclu en debors de son action par un Gouverneur de Cocbin-
cliine, et que, d'autre part, les sentiments coloniaux du Ministère
de la Marine ont dû lui rendre bien s<^nsible celle de.s réclama-
tions qui visait le port de Saigon. Quoi qu'il en soit, on a tenu
ferme |)0ur les droits dilTérentiels, et on a abandonné, par voie
d'interprétation, ce droit exclusif de juridiction (pii était la ca-
ractiTistique du protectorat plus ou moins déguisé conféré à la
France par le Traité du i5 mars. Les Anglais, après avoir forcé
aQ/i l'affaire du tong-ring
la porte, n'ont rien fait pour ) passer, mais d'autres onl aussitôt
marqué leur désir de profiter de la brèche. Ce sont, d'abord, les
Allemands qui ont annoncé leur intention d'établir des Consuls
au Tong-King, ensuite les Espagnols qui ont entendu conclure
une Convention consulaire et commerciale avec l'Annam. Ces
derniers sont les plus avanc43s ; leur plénipotentiaire est, à l'heure
qu'il est, h Hué, où il négocie son Traité. Nous attendons de ses
nouvelles, et, s'il réussit, nous verrons dans un avenir prochain
(lotter un pavillon consulaire étranger là où le pavillon français
seul a eu jusqu'à présent droit de cité.
En môme temps qu'à Paris, nous renoncions à exercer en
Annam toute influence exclusive, ici, l'Amiral-Gouverneur aban-
donnait provisoirement le droit de naviguer sous pavillon mar-
chand sur le Fleuve Rouge, en attendant le jour où le Yun-i\an
serait ouvert. Il laissait, ensuite, entamer le principe posé par
l'art, a du Traité du 3i août, relativement à l'interdiction des
droits accessoires ou supplémentaires sur le commerce et la navi-
gation.
Enfin, ce qui est plus grave, les Gouverneurs se laissaient arra-
cher, au moins dans la pratique, une interprétation abusive des
art. II et III du Traité du i5 mars et s'écartaient gravement de
la ligne de conduite si nettement indiquée et d'après laquelle
nous dcvionstendre à isoler l'Annam de tous ses voisins, médiate
ou immédiats, c'est-à-dire Siam et la Chine. On ne sait trop
comment expliquer la complaisance des Amiraux à laisser renouer
les rapports entre la Cour de Hué et la Cour de Bangkok et à
[permettre que le Gouvernement Annamite se fasse contre nous
une arme de ses anciennes relations avec le Gouvernement
chinois.
En ce qui concerne le royaume de Siam, il me suffira de si-
gnaler la faute commise l'année dernière par le Gouverneur,
— avec une précipitation singulière et sur la foi d'une supercherie
annamite, — en autorisant le roi Tu-Duc à envoyer une am-
bassadc à Bang-kok. Heureusement, la Cour de Siam a demandé
notre avis avant de répondre à cette démarche, et peut-être les
Annamites, dont nous n'a>ons guère à nous louer en ce moment,
en seront-ils pour leurs frais d'ambassade et recevront-ils à cette
occai^ion une leçon très méritée.
La question se pose plus grave du côté de la Chine : l'art. H
du Traité du i5 mars établit en principe l'indépendance de
l'Annam. Cette clause a-t-ellc été insérée au Traité au seul profit
;.-. .. i», ^^
■ '"•.'r" ■» .'■" -
UVriH)UT DK M. UAINDUi: 'ÀiJ'ô
dos Aimaiinlps? Pour ma part, je serais peu disposé à le croire
et telle semble avoir élé, cfailleiirs, tout d'abord ro])inioii du
Gouvernement Français. Nous a>ons, en eflel, notifié les traités
de 187/1 h Pé-Kinf^, et nous avons insisté |)our que la (*our de
Hué lasse une notilîcatîon semblable, impliquant la rupture <les
liens de vassalité qui la rattacbaient à la Chine. Je n'ai rien
trouvé dans nos Archives qui me fasse suj)])oser que nous avons
réussi à cette é|KKpie. Depuis, les (îouverneurs de la Cochinchine
|>araissent avoir abandonné ce point de \ue et s*élre laissé per-
suader de comprendre le Traité comme suit : l'art. 3 ne procla-
merait rindé|)endance de l'Annam qu'au profit du seul (îouver-
nement de Hué qui resterait libre de donner sur ce |X)int au
Traité le sens qu'il considérerait comme le plus conforme à ses
intérêts. D'autre part, le 55 1®' de l'art. Hl. malgré sa forme iui-
pérative. aurait le caractère d'un enfçagement bilatéral et devrait
être entendu en ce sens, qu'en nous donnant le droit d'interdire
à l'Annam de rien changer à ses relations, il aurait en même
temps consacré implicitement l'état de choses existant a>ant 187^1
et permis h la Cour de Hué de nous opposer, comme autant de
droits acquis, tous ses précédents diplomatiques.
On a trouvé bon dès lors que la Cour de Hué continuât à se
considérer comme vassale de la Chine et à lui envover des A m-
bassadeurs, de sorte qu'un beau jour, quand des troubles ont
éclaté au Tonp-King, c'est une armée chinoise qui est entrée
dans la province pour battre les rebelles sous les yeux de nos
garnisons de Ha-\oï et de Haï-Phong, j)endant que les canon-
nières chinoises faisaient la police des côtes et brûlaient des
villages et dc»s jonques en vue des navires de notre station du
Tong-King.
Un semblable état de choses est ruineux pour notre influence:
doit-on et [>eut-on v remédier ? Je crois (pie oui. Le (îouverneur
semble disposé à accepter cette opinion, mais s(»ra-t-elle aussi
facile à faire partager à Paris et à Pé-King ? Sur ce dernier
|>oînt, je serais très heureux d'avoir votre avis. La prise de Li
Yung-tchoy va probablement faire rentrer en Chine les trouj>es
impériales ; le terrain sera ainsi déblayé ; ne jugerez- vous pas
opportun que nous prissions nos mesures pour qu'il ne nous fût
plus jamais disputé ?
Je ne saurais, d'ailleurs, niercpi'il faut s'attendre à trouver le
Gouvernement Annamite peu dis|)Osé à nous doimer des garan-
ties de ce coté. On a fort bien compris à Hué que le voisin du
3f)C l'affaihe du tonc-king
Sud csl aujonrcl'lnii \c srnl vraimon! rodonlablo : c'osi, do plus,
relui dont l'action est la plus désastreuse au |X)inl de vue des
lettrés et des classes dirigeantes, dont les prévarications et les
abus seraient tout au moins fort menacé*» par le triomphe de
notre influence. Aussi la Cour et les Mandarins s'attachent-ils à
conserver au dehors un point d'appui contre nous, et. en l'état
présent des choses, ce n'est guère que sur la (]hine cpi*ils peuvent
tenter d'étayer quelque résistance.
Je pasvse h une question sur laquelle j'aurai peut-être l'occa-
sion de revenir dans mes conversations épistolaires avec vous.
L'ouverture du Yun-Nan donnerait aux ports du Tong-King un
développement incalculable ; elle ferait dévier une partie impor-
tante du conmierce de la Chine vers des établissements qui,
malgré nos fautes, garderont encore, pendant quelque temps du
moins, comme une attache française. Croiricz-vous le moment
propice pour reprendre des négociations c'i Pé-Ring, eh vue d'ol>-
tenir l'ouverture au commerce européen d'un point de la fron-
tière situé sur le Fleuve Rouge? Si des pourparlers devaient
avoir aujourd'hui quelque chance d'aboutir, le Gouverneur de la
Cochinchine serait certainement disposé à réveiller la question,
et une action combinée entraînerait peut-être, de ce côté, des
résultats importants. Ces résultats eussent été sans doute plus
désirables encore à une autre époque, ne fut-ce que |>our nous
amener h ne rien abandonner dans ces pays des avantages poli-
tiques si péniblement conquis ; mais à quoi bon des regrets ré-
trosf>ectifs ?
Peut-être, en obligeant l'Annam à se dégager de la suzeraineté
chinoise, rendrions-nous plus diflficile le succès de négociations
pour l'ouverture du Yun-Nan. Dans rallernative. la question
politique ne serait-elle pas la plus urgente ? L'autre viendra fata-
lement h maturité dans un avenir quelconcjue, alors surtout que
nous ne serons pas les seuls intéressés.
Signé : Raindre.
ATTITUDE DE l'aNNAM
L'Annam cherchait par tous les moyens possibles h
échappera la Franco et, dans ce but, il s'efTorçait de nouer
des relations avec ses voisins et avec les puissances euro-
r y»» «r^Tlfi -■ ',*?.•■" ■•'■■:
ATTITlDi: I)K LAN.WM 2C)'J
péonnos. Nous a>oiis vu que Tu Dik* ii\ail onv(>>r en 1S77
lo tribut a Pé-King; il fit ensuite clos avances au Siani. Le
Siain, lri\s correctenicnl, exprima à Taniiral Lafout, alors gou-
verneur de la Codiincliine, le désir de savoir si à raison des
conventions qui liaient rAnnaiu vis-à-\is de la France, nous
nVlèverions pas d'objections h ce que le gouverneintMil de
Bang-Kok envoyAl une and}assade à Ilué pour répondre à
une démarcbc analogue dont le roi Tu-Duc avait pris ré-
cemment Tiniliative. L'amiral Lafont, tout en demandant les
instructions au gouvernement iVanijais au sujet de Tinterpré-
lalion à donner à l'article .3 du traité de 187^1 déclarait cju'il
ne voyait personnellement aucun inconvénient au rélablis-
semenl des relations directes enire le Siam et TAnnam. M. Le
Myre de Vilers se montra d'un avis totalement opposé et,
sans redouter un danger (pielconque, pour la sécurité de noire
colonie par suite d'un ra})prochementenlre les deux royaumes
asiatiques, il trouvait nécessaire d'arrêter l(»s \elléilésd'éman
cipation de Tu-Duc désireux de restreindre aulant (pfil
était en son pouvoir les eflcts d'un traité que lui avaient
im|K)sé SCS défaites.
Le ministre de la Marine écrivait au gouverneur le 9 sep-
tembre 1879:
M. Waddington |)onse, coininc moi, qu'il n*\ a ])as lien de
prendre ombrage d'un fait qui ne porle pas direclenieiil atteinte
à l'influence prépondérante <pie les traités de 187/i nous ont
assurée. Toutefois, il est d'avis qu'il > a lieu d'écarter par avance
toute occasion d'intervention du gouvernement siamois dans les
AlTaires de l'Annani dont, seuls, nous devons connaître, et pour
Icscpielles notre compétence exclusive a été consacrée par la Con-
vention précitée.
En réponse à la lettre que lui adressait M. Le Myre de
Vilers le 20 septend>re, et dans laquelle le gouverneur ex-
posait les vues que j'indique plus liant, le ministre de la
Marine répondait le 5 novendjre 1879:
'J[)H l'affaire du toisg-king
La politique annamite, enserrée par le traité de 1874. clierelie
à éeliapper auv conséquences de sa situation dépendante vis-à-vLs
de nous, en renouant les liens qui l'unissaient aux autres puis-
sances de rExtrénie-Orient. 11 ne peut entrer dans nos vues el
nos intérêts d'encourager ces tentatives par noire laisser-aller et,
puisque le Gouvernement Siamois nous a demandé si nous voyons
des objections à celte reprise de rap|)orLs, je pense que nous
devons en profiler j)our allirmer de nouveau notre situation pré-
pondérante sur l'Annam en déconseillant au cabinet de Bangkok
l'envoi d'une Ambassade Siamoise à Hué.
[/attitude correcte du gouvernement siamois évita toute
dilTicullé; r/esl par notre intennédiairc qu'il envoie ses ca-
deaux au roi d'Annain :
Paris, le 38 février 188a.
Monsieur le Gouveriseur *,
Par lettre en date du /| janvier dernier, vous m'avez fait
connaître que le Gouvernement de Siam, désireux de se délier
des obligations qu'il a conlraclces vis-à-vis du gouvernement
annamite par la réception des présents portés par l'ambassade de
1879, sollicite notre concours pour faire parvenir à son tour, à
Sa Majesté Tu-Duc par notre intermédiaire et à ses frais, st»s
présents el une lettre autographe du Uoi.
Kn nous choisissant pour intermédiaire, le gouvernement sia-
mois se conforme aux traités conclus en 1874, qui interdisent
à l'Annam d'entretenir des relations directes avec toute autre
puissance que la France.
Je ne puis que vous féliciter d'avoir réussi à amener la Cour
de Bangkok à employer notre intermédiaire auprès du Gouver-
nement de Hué, et à renoncer définitivement h la reprise de re-
lations interrompues entre les deux pays depuis i83o.
Ainsi que voiis le dites, cette solution vient terminer très favo-
rablement pour nos intérêts la ligne de conduite que vous vous
étiez vous-même tracée dans la lettre adressée par vous au Dé-
jiartement le 19 mai 1880.
I. Lettre du minibtrc de la marine k M. Le Myre de \ ilers.
•ff j(^^^»ti«r7»-T ^v
L esi'A(;nk a()()
LES I»lISSA?if:ES ErROPEE>\ES
La qneslion était [)his grave avec les puissances euro
péennes.
Nous eûmes le plus grand tort h la suite du traité du
i5 mai 187/1 d'écouter les criailleries du gouvernement an-
glais et, en cédant aux réclamations de ce pays, en ce qui
concerne rinlerdiclion au gouvernement annamite de rien
changer h Félat de ses relations avec les puissances étrangères
(Article 16 du traité), nous amoindrissions encore les eflels
d'une convention déjà défectueuse, et nous renoncions taci-
tement au principe du protectorat.
Vers le mois d'août 1878, le Chargé d'Affaires d'Alle-
magne faisait part à la France de l'intention de son gouver-
nement d'établir des consuls au Tong-King, à Ilaï-phong
notamment. Le précédent créé pour TAnglelerre ne nous
permettait pas de refuser la demande de l'Allemagne.
l'espagne
Avec l'Espagne, l'affaire se compliqua. L'Kspagne envoya
une mission spéciale, dirigée par le colonel Ordonez, chargée
de signer un traité avec l'Annam :
Le Colonel Ordoîïcz, écrit M. Le Mvrc de Vilers', s'est em-
barque à Singa|)ore sur l'aviso espagnol Marque: del Dnero qui
est venu mouiller le 19 août en rade de Saigon. Le personnel de
la mission de M. Ordonez se compose d'un attaché an Ministère
des Affaires Ktrangères et de deux officiers de Marine. J'ai fait le
meilleur accueil à l'envoyé, à son persoimel et à l'Klat-inajor dr
l'aviso. M. Ordoîiez a témoigné d'ailleurs très visiblement do son
désir de se faire bien venir, non seulemonl au palais du (jou-
vernement, mais encore dans la colonie. C'est ainsi que, dès le
I. Au ministre de la marine, Saigon, a'i août 1879.
3oO l/\FFAmE DU T()\G-K!NG
l(Mi(lomain de sou arri>oe, il a fuit des visites à tous les prinei-
paiiv fonction iiaires de Saigon.
Los intentions que le plénipotentiaire espagnol m'a exprimées
sont les suivantes : il comptait passer quatre mois en Indo-C^liine,
el prendre, [x»ndant ce temps, la direction provisoire du Consulat
d'Ksj)agne à Saigon, conliéc en ce moment au consul d'Italie en
l'absence d'un titulaire. De Saigon considéré conmie son j)oinl
d'allache, l'agent espagnol voulait se rendre successivement à
îlué pour négocier le traité de conunerce qui forme l'objet prin-
cipal de sa mission, à Bangkok el à Pbnom-Penli j)our saluer les
souverains de Siam et du Cambodge el leur |>orler des préiK»nt.s.
On déclara à M. Ordoncz qu'il trouverait auprès des auto
rilés le concours nécessaire pour signer un traité avec r\n-
naui. M. Ordoncz expliquait ainsi les motifs de sa mission
et les raisons pour lesquelles TEspagnc désirait conclure une
convention commerciale avec TAnnam : « Le jeune roi
Alphonse aurait été flatté de la visite des ambassadeurs de
Tu-Duc à Madrid et il Ta témoigne, paraît-il, en leur faisant
un accueil hors de })roportion avec leur importance cl celle
d(r leur souverain, il com|)lc le reconnaître encore par d(»
riches présents dont M. Ordonez est porteur pour la cour de
Ilué. D'autre part, M. Martinez Campos a été vivement sol-
li<'ilé par les Cubains, ses anciens administrés, de trouver
des travailleurs asiatiques pour remplacer les nègres (jui font
maintenant défaut à Cuba, et le président du Conseil aurait
cru que la conclusion d'un traité autorisant les Annamites à
s'expatrier, donnerait à la colonie les coolies qu'elle réclame;
ce résultat paraît toutefois fort douteux quand on connaît le
caractère des indigènes. »
Mais à CCS motifs s\ijoutait peut-être le souvenir de la
campagne de 1860 faite avec la France el le désir de ne pas
laisser entièrement prescrire l'influence acquise alors.
Le 27 janvier 1880, un traite était signé à Hué entre
l'Espagne et l'Annam.
En ce qui concernait le voyage au Cambodge, on fil ob-
l'kspa(;m: 3oi
server à M. Ordonez qu'il présenlerail de grands incon\é-
nienls cl qu'il élail diilicile à la France de Tauloriser. D'aulre
pari, en juin 1880, M. de Freyci net chargea noire ambassa-
deur à Madrid d'appeler l'atlenlion du gouvernemeni espagnol
sur les objections que devaient nécessairernenl rencontrer les
dém.archcs de M. Ordonez. Le 2 juillet, le ministre de la
Marine pouvait écrire au gouverneur de la Cochinchine que
le Marquis del Pazzo de la Merced avait accepté la déclara-
tion de noire ambassadeur el la décision du gouvernement
de la Cochinchine.
La lettre suivante clol Fincidenl, qui n'a été rendu im-
portant que par l'excès de zèle de l'envoyé espagnol.
En effet le vicomte de Bresson, Chargé d'Affaires de France
h Madrid, écrivait (Madrid, i/| août i88o)au Président du
Consôil, Ministre des Affaires étrangères :
J'ai rappelé à M. le Ministre d'Ktal que» dans son entretien
avec M. rAniiral Jaurès* au commencenieiit de juin, il a\ail paru
adnicttre complètement la légitimité des motifs in\o(piés par
M. le Gouverneur de la Cochinchine [K)ur s'opposer au voyage
do M. le Colonel Ordofiez à la Cour du lloi du (Cambodge, el
qu'en conséquence le (îouvernement de la République avait lieu
d'espérer que des instructions avaient été envoyées dans ce sens
au plénipotentiaire espagnol.
M. Elduayen m'a répondu qu'il n'avait rien h retirer des assu-
rances qu'il avait données à ce sujet h M. l'Amiral Jaurès, et
qu'en effet, [)eu de jours après avoir traité la question avec lui,
il avait adressé lui-même une lettre particulière à M. le Colonel
Oitloriez, jK)ur l'inviter à renoncera son projet. 11 avait dit que,
pour sa part, il n'avait jamais attaché d'inqx>rtance à cette vi-
site qui, en tout étal de cause, ne doail avoir d'autre caractère
que celui d'une démarche de pure courtoisie vis-à-vis du roi
Norodom, el (pie par suite, il n'avait éprouvé aucune diilicullé à
acquiescer à notre désir de ne pas la voir se réaliser. Enfin M. le
Ministre d'État a ajouté que la mission du Colonel Ordonez se
trouvant terminée par la signature du Traité avec l'Annam, il
I. Ambassadeur de France à Madrid, depuis le 12 d<?cembre 1878.
303 l'affaire du TONG-RINfi
avait reçu l'ordre do revenir en Espagne dès qu'il aurait échangé
les ralilications et que, selon toute apparence, il devait ôlre
actuellement en route pour rentrer en Europe.
PROJET d'ambassade ANIIÏAMITE
A la fin do 1877, le roi Tu-Duc avait envoyé une ambas-
sade en France qui fut bien accueillie et dont les membres,
revenus de Paris à Saïgon, sur VAveyron, le 2 septembre
1878, témoignèrent de la satisfaction qu'ils avaient éprouvée
de la réception qui leur avait été faite dans la capitale de la
France.
Syus le prétexte de complimenter M. Grévy de l'élection
qui l'avait placé à la lèl<î du Gouvernement français, Tu-Duc
fit prévenir le gouverneur de la Cochinchinc par son mi-
nistre des Aflaires étrangères de son désir d'envoyer une
nouvelle ambassade en France. Le prétexte indiqué ne ca-
cliait-il pas l'intention d'échapper aussi souvent que possible
*
à la tutelle de nos Agents ?
Ces entrevues solennelles ' conviennent, en effet, aux hommes
politiques de l'Annam à divers points de vue. Us espèrent y
trouver un moyen de régler en une fois certaines questions gé-
nérales touchant à leurs relations avec nous, et cela en prenant
tout au plus de ces engagements de principe sur lesquels ils excel-
lent a revenir dans la pratique; ils croient également être, sur
ce terrain, h l'abri des discussions précises sur des faits particuliers
où leurs torts sont trop visibles ; ils sup|)osent enfin qu'ils trou-
veront plus faciles et plus confiants des hommes qui n'ont pas
toujoui's sous les yeux le s[)ectaclc de leur politique tortueuse
et décevante.
LETTRE DU MINISTRE ANNAMITE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Ilné, le 5 octobre 1879.
Le Ministre des Affaires Étrangères du nom de famille Nguyèn,
I. Lettre de M. Le Myre do Vilors, h Tamiral Janréguibcrry, iniiiieire
de la marine, Saïgon, ai octobre 1^79. — Livre jaune ^ p. ia5.
-%^m* ^^iWfthS ?-^ £ r '
LETTRE DU MIMSTUE ANNAMITE DES AFFAIUES ÉTRANfiKRES '^o'S
a riioimour d'adresser la présente lelln* res|)erlneuse \\ Son K\-
cellence M. le Gou>eriieur de la (loeliiiK'hiiie Française.
Alors que Monsieur Philastre, chargé d'affaires de France a
Hué, était encore ici, il m*a informé de l'abdication de Tex-eni-
pereur des Français* et de raveneinent de son successeur: celte
nouvelle m'a été confirmée par M. Uhcinart, Chargé d'affaires
actuel.
J'ai fait part de cet avènement à mon Souverain qui, pour
témoigner manifestement ses senliments de cordialité, a décidé
qu'une ambassade partirait pour Paris l'année prochaine, afin de
pn»senler ses félicitations au nouveau souverain et donner ainsi
un éclatant témoignage de sincère amitié.
Sa Majesté fait parvenir \ ce sujet une lettre à Sa Majesté
l'Kmpereur des Français^.
J'ai l'honneur de prier votre Excellence, aussitôt qu'il aura
été statué sur la date à laquelle l'Ambassade |)ourra se mettre en
route, de vouloir bien m'en informer.
Conformément aux ordres de mon Souverain, la Dépêche de
Sa Majesté est scellée et recouverte d'une cnveIop|)e sur la(|uelle
une adresse très lisible a été écrite, la dite dépêche est en outre
renfermée dans une boîte et elle parviendra h votre Excellence
[jar l'interimnliaire du Couverneur du Binh-Thuan à qui elle a
été envoyée.
J'ai adressé une lettre à Monsieur le Chargé d'affaires de France
h Hué, jK)ur lui faire part de l'envoi de la iy*|H^clie de Sa Ma-
jesté.
C'est aussi j)our faire part de cet envoi h Votre Excellence que
^*'ai riionneur de lui adresser la présente lettre, La priant de vou-
oir bien se charger de faire parvenir avec sûreté à son adresse la
dé|>êche précitée», et l'envoi terminé, de m'honorer d'une réj)onse,
afin d'être fixé.
Tel est mon désir.
30* jour 8' mois, 33* année de Tt-Dic
(5 octobre 1879).
I. Le Président do la République, maréchal de Mac-Mahon, qui donna
sa démission, le 3o janvier 1879.
a. M. Jules Grév).
3o4 i/affaire du to.ng-king
LETTRE DU ROI TU-DUC AU PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Ilué, le 5 octobre 1879.
Sa Majeslo l'Empereur d'Anna m a l'honneur d'adresser la
présente dépêche à Sa Majesté l'Empereur des Français, La priant
de l'examiner de son Palais.
Notre Ministre des AITaires étrangères nous a informé que
Monsieur Philaslre, ex-chargé d'alTaires de France à Hué, lui
avait annoncé l'abdication de l'ex-Emjwreur et l'avènement de
Votre Majestc : celte nouvelle nous a été confirmée par Monsieur
Uheinart, Chargé d'affaires actuel.
L'intimité réciproque des deux Gouvernements étant une chose
sacrée (religion) il faut pour la maintenir être pénétre de sincé-
rité et de confiance en se faisant parfois des visites de réciprocité
pour donner plus de témoignage aux bons rapports.
Un traité de paix a été conclu entre les deux nations il n'y a
guère plus de dix années, mais des liens d'amitié dataient déjà
depuis près d'un siècle. Des navires, des armes nous ont été gra-
cieusement donnés. Tout cela prouve indubitablement de l'amitié
et le désir de nous être utile (nous secourir).
Indépendamment décela, les récentes nouvelles que nous ont
ap|X)rtées nos Ambassadeurs (l'échange des présents) n'ont fait
qu'ajouter aux senliments d'intimité ; aussi, quoique séparé par
les inei-s de plusieurs milliers de lieues, notre souvenir d'un seul
jour est égal h trois automnes.
Maintenant que votre Majesté est sur le trône, nous ne dou-
tons pas un seul instant qu'Elle fera, en toutes circonstances,
tous ses efforts pour maintenir une cordiale amitié, en la rendant
plus vivifiante encore.
Nous venons de décider qu'une ambassade de courtoisie se
rendrait Tannée prochaine à Paris pour féliciter votre Majesté,
afin de manifester les sentiments de cordialité dont nous sommes
animés et témoigner de notre éternel attachement.
Nous ne cessons de former des vœux pour la prospérité et la
jouissance de la France, de même que nous comptons sur l'irré-
vocable bonté de cœur de Votre Majesté pour la prospérité et le
bonheur commun des deux nations.
Les elTorts de \ otre Majesté en ces diverses circonstances cou-
M. PATKNOTRE A PK-KING 3o5
Iribueronl h la porptHuollo harinonir dos deux nations, co qui est
do la plus haute importance.
Tel est mon fervent désir.
Nous adressons les présentes dépèches à Votre Maj(*sté La priant
de vouloir bien en prendre clairement connaissance.
Pour ce qui concerne le départ de l'ambassade, je prie Votre
Majesté de vouloir bien me faire connaître l'époque convenable
à laquelle elle pourra partir d'ici.
33* année de Tu-Duc, 8* mois, 20* jour
(5 octobre 1879).
M. Le Myre de Vilers, dans sa lettre au Ministre Anna-
mite, évita de préjuger Taccueil qui serait fait par le Gou-
vernement de la République au projet du roi Tu-Duc.
M. PATENÔTRE A PÉ-KING
Pendant ce temps, la Légation de France à Pé-King restait
dans rignorancc la plus complète de ce qui se passait dans
TAnnam. Les journaux de Chang-Haï annonçaient comme
imminentes l'occupation du Tong-King par les Français et
la nomination de Tamiral Charles Duperré comme futur
commandant en chef chargé de s'entendre avec M. Le Myre
de Vilers.
M. Patenôtrc se plaint amèrement de la situation qui lui
est faite à Pé-King, à M. Waddington, ministre de^ Affaires
Étrangères (28 février 1880) :
J'ai déjà pris la liberté de signaler à plusieurs reprises les sérieux
inconvénients, résultant de l'ignorance où Ton est presque toujours
à Pé-King de la ligne |X)litique suivie par le Département des Co-
lonies, vis-à-vis de l'A nnam. J'ai montré les contradictions inévi-
tables qui en sont la cons('îquence, — l'envoi en Chine, par exemple.,
d'une ambassade annamite, considérée à Saigon comme sans im-
portance, alors que la Légation la dénonçait comme un acte de
vassalité parfaitement caractérisé. — les trou[)es impériales, laissiVs
libres de faire la police du Tong-King, alors que M. de Ro-
chechouart était invité par le Département à notifier au Tsoung-li
CoRDiRR. II. — ao
3o0 i/aFFAIRE DL TOXG-RING
Yamcn notre forme résolnlioii « de ne pas reconnaître à d'autres
(juW nous-mcnies le droit de rétablir i ordre » dans les états de Tu
Duc. J'ai rappelé à ce propos que M. Brenîer de Monlmorand,
tout en constatant l 'opportun iU'î qu'il y aurait à demander des
explications catégoriques au Cabinet de Pé-King pour la viola-
tion de la frontière annamite, avait cru devoir s'abstenir de toute
démarche de ce genre, vu la presque certitude où il était de
n'être point soutenu dans ses réclamations par rx\dministration
Coloniale. J'ai dû, pour les mêmes raisons, — ainsi que je l'ai
écrit à Votre Excellence, laisser passer sans protestations les dilTé-
rents décrets, insérés récenmient à la Gazette de Pé-King et
destinés à réveiller le souvenir d'une suzeraineté, dont le traité
du i5 mars 187/1. avait précisément pour objet d'eflacer les der-
niers vestiges.
J'ajoutais que notre inaction prolongée ne pouvait manquer
d'encourager la Chine dans une voie de revendic<ition où elle no
rencontrait aucun obsliicle et qu'il était assez naturel qu'elle eût
quelque peine à croire à la réalité d'un protectorat qui, jusipi'ici,
ne s'était alTirmé que dans des protocoles. Un incident, qu'il
convient de réduire à de justes proportions, mais sur lequel je
crois néanmoins utile d'appeler l'attention de Votre Excellence,
semblerait prouver que, dans cet ordre d'idées, les illusions du
Ciouvernement Impérial sont peut-être plus grandes encore qu'on
ne le suppose.
Le 19 février, le coi*ps diplomatique s'était rendu au Tsoung-li
Vamen, j>oin' présenter ses compliments au Prince Koung, à
l'occasion du jour de Tan chinois. Au moment où nous prenions
congé de Son Altesse, un des membres du Yamen s'approcha de
M. Devéria et le pria de différer son départ de quelques instants,
en ajoutant qu'on avait une communication à lui faire ; la même
prière fut adressée à M. Arendt, premier interprète de la Léga-
tion d'Allemagne. M. Arendt et M. Devéria ayant été conduits à
la salle ordinaire des Conférences, un des Secrétaires du Yamen
(ils étaient alors au nombre de quatre) remit à l'interprète alle-
mand un pli sans suscription en lui disant : <c Voici la note
Yçrbale que vous nous avez demandée. » M. Arendt semblait
ignorer ce dont il s'agissait : il prit la pièce qu'on lui tendait et
se mit en devoir de la parcourir. Un des autres mandarins, se
tournant alors vers M. Devéria, lui dit à haute voix : « Les
journaux parlent de vos projets sur le Tong-King. Avez-vous lu
l'article qui a paru récemment dans le Chen-Pao ?» H lui pré-
M. PATKNÔTRE A PK-MNG 807
sentait on m<>nie loinps un papior sur locpiol étaient Iranscrilos
quelques lignes, dont je donne ci-après la traduction :
« Le Chen-Pao du 2* jour de la 13" lune (i3 janvier 1880)
public les détails suivante, extraits d'un journal français :
« La France désire l'ouverlurc du Song-Koy à la navigation ;
ce fleuve est en communication avec le Yun-Nan.
a Le Gouvernement Annamite n*y a pas encore consenti, mais
la France l'y contraindra certainement. Si la France n'obtenait
pas ce qu'elle désire, les deux Etats cesseraient d'être d'accord et
une guerre ne manquerait pas de s'ensuivre. »
M. Devéria, assez surpris de voir la conversation s'engager sur
ce terrain, en présence de l'interprète allemand, répondit qu'il
ignorait ce qui avait pu motiver l'article mentionné par le
Chen Pao, que le rédacteur de cette note était vraisemblablement
assez mal renseigné, puisqu'il paraissait ne pas savoir que la libre
navigation du Song-Kov était sjx^ciiiée dans notre traité avec
TAnnam, que l'acte de 1874 ayant été communiqué olïiciellemenl
au gouvernement chinois, le Tsoung-li Yamen devait, d'ailleurs,
être depuis longtemps fixé à cet égard, et qu'il ne comprenait
pas trop pourquoi une semblable question lui était posée. »
Le Secrétaire chinois répondit d'un ton assez embarrassé « que
« cet article avait été signalé à l'attention du Yamen par le
« D' Martin (Directeur du Collège de Pé-King) et qu'en raison
a des liens de vassalité qui rattachaient l'Annam à la Chine, le
« Grouvemement Impérial ne pouvait manquer de s'intéresser à
« ce qui concernait le Tong-King. »
Le premier Interprète de la Légation jugea prudent de couper
court à vine discussion qui s'ouvrait dans des conditions aussi
délicates et se contenta de renvoyer encore une fois son interlo-
cuteur au traité de 1874. L'entretien en resta là et M. Devéria
partit avec M. Arendt sans qu'un seul mot fût échangé entre eux
au sujet de cet incident.
Mais le fardeau des affaires de Chine allait passer sur les
épaules de M. Bourée qui arrivait avec un plan arrôlé <\
Paris.
CHAPITRE XV
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6
(Suite.)
M. Bourée était arrivé à Pé-King le 12 juin 1880*; avant
son départ, à la fin du ministère Waddington, un plan de
conduite lui avait été tracé par la direction politique. Il
était convenu que, dès que les circonstances le permettraient,
une démonstration aurait lieu à l'entrée de la rivière de
Hué, au moment où la Chine était occupée ailleurs (affaire
de Kouldja), qu'un envoyé se rerrdrait à la cour de Tu-Duc
et que par un coup de main, la vallée du Fleuve-Rouge
serait occupée par nos troupes au nom de TAnnam. L'ordre,
rétabli par la France, au Tong-King, rendrait dorénavant
inutile le recours du souverain de Hué à la Chine : c'était le
plan de Tamiral Jaurcguiberry, ministre de la Marine.
iM. Waddington se retirait le 27 décembre 1879 et était
remplacé par M. de Freycinct.
M. DE FREYCINET.
Le nouveau ministre des affaires étrangères, M. de Frey-
cinet, écrivait en janvier 1880 à M. Patenôtre :
a 11 faut surtout, disait-il en substance, ne rien faire qui puisse
nous exposer à un conflit avec lo Céleste Empire, car si le fait
I . Voir p. i46.
» «■
(lovait se produire, la somme des dangers el des sacrifices aux-
quels nous pourrions être entraînés, dépasserait tellement les
avantages qu*il y aurait h attendre de notre entreprise, au Tong-
King, que le plus sage serait peut-être d*y renoncer tout à fait. »
Cependant, M. de Freycinet ne tardait pas à se rallier
aux idées de l^amiral Jaiiréguiberry auquel il écrivait :
Paris, le 26 juillet 1880.
D'après l'étude de nouveaux documents sur le Tong-Ring, je
crois que votre première idée d'occupation de ce pays était plus
juste que c^lle d'une simple police des embouchures du fleuve,
à laquelle s'est rallié le Conseil des Ministres. A mon sens, il
faudrait en revenir à la pensée d'une véritable expédition al>ou-
tissant à une solide occupation du fleuve jusque dans sa partie
supérieure. D'après les derniers témoignages qui m'ont été four-
nis, 3 000 hommes suiïiraient, et l'on serait largement rémunéré
des frais par le produit de la douane sur les ports de commerc*»
sur le fleuve. Il n'y aurait aucune complication à redouter du
côté de la Chine, qui peut-être même verrait volontiers qu'on la
soulageât de la police intermittente qu'elle fait actuellement aux
embouchures pour protég^er son commerce de Canton *.
M. Bourée, en passant à Saigon, vit M. Le Myrc de Vi-
lers, qui avait d'ailleurs ses idées personnelles sur la poli-
tique à suivre au Tong-King ; il était partisan de l'annexion
de portions successives de territoire, mais non d'une conquête
en bloc. Ce plan a admirablement réussi aux Russes en
Transcaspie, mais dans cette région, rien ne pouvait contre-
carrer les projets de Tenvahisseur, tandis que dans TAnnam,
nous avions à craindre, nous avions même subi, l'ingérence
de puissances étrangères.
NOUVEAU TRIBUT ANNAMITE, 1880-I
Le roi Tu-Duc continuait à resserrer de plus en plus ses
I. Livre jaune. Affaire du Tonkin, 187!, décembre i88a, p. i56.
3lO L AFFAIUE DU TONG-KI.NG
liens de vassalité envers la Chine et nous avons vu que
malgré nos efforts, il avait envoyé le tribut en 1877; en
1880, il écrit au Gouverneur du Kouang-Si pour savoir à
quelle époque le tribut devra franchir la frontière.
Tchang Chou-Cheng*, gouverneur de la province du Kouang-
Si (récemment nommé Vice-roi du Kounng-Si et du Kouang-
Toung), s'agenouille pour rapporter à la Cour que le roi de Viet-
nam (Cochinchine), devait faire parvenir son tribut l'année du
cycle Iling-se', demande qu'on lui fasse savoir à quelle époque
ce tribut devra franchir la frontière. En conséquence de cette
démarche, Tchang Chou-Cheng lève les yeux vers Leurs Majestés
en leur demandant des instructions :
Moi, Tchang Chou-Cheng, j'ai reçu du roi Nguyén-phuoc-thi '
(Tu-Duc) une missive*, dans laquelle ce prince me dit qu'à
l'époque à laquelle il doit faire parvenir (à Pé-King) le tribut
réglementaire tombe la septième année du règne de l'Empereur
Kouang-Siu, c'est-à-dire l'année du cycle Iling-se, que les règle-
ments lui imposent de choisir des fonctionnaires assistanls ^ , i^ur
apporter respectueusement les objets déterminés par l'Etiquette ;
désireux de savoir en quel mois et quel jour, il leur sera permis
de franchir la frontière, il me demande une réponse à la teneur
de laquelle il se conformera.
Telle est la communication que m'a faite ce prince.
Les règlements établissent que tous les quatre ans, le Viet-
Nam (la Cochinchine) doit apporter son tribut ; c'est l'année
prochaine que tombe cette échéance, aussi le roi attend-il des
instructions. Je me fais un devoir de rapporter ces faits à la Cour
en lui demandant h quelle époque, l'année prochaine, elle vou-
I. Gazette de Pé-King, 5 mai 1880.
3. L*année du cycle Hing-so ne commencera que le 3o janvier 1881.
3. Nom sous lequel Tu Duc a reçu de la Chine son investiture h Hue
en i849'
4. La forme de correspondance dont s'est servi le roi Tu-Duc, en écri-
vant au gouverneur du Kouang-Si, est employée en Chine par un inférieur
vis-à-vis de son supérieur. La communication que doit lui adresser le
gouverneur et à laquelle il est fait allusion plus loin, Tchao //ouei, est
usitée dans la correspondance d'égal à égal.
5. Terme sous lequel le gouvernement chinois désigne d'une manière
générale les ministres dos États vassaux.
.m)i;m:\l tuiiu t xnnvmitk .'^ii
cira bien perincltre auv ronctioiuiairc^ do ce roNaiiinc d'rntror à
Pc-King. Do la sorte je pourrai délermiiicr la date h laquelle ils
devront passer la frontière et en donner communication * au
roi, pour sa gouverne.
C'est conjointement avec Yu-Kouan, vice-roi intérimaire des
deux Kôuang, que nous venons nous adresser respectueusement
à la Cour et conformément aux Rites le présent rapport auquel
nous annexons la copie de la lettre originale que m'a écrite le
dit roi, afin que Vos Majestés daignent y jeter les yeux.
Nous supplions Leurs Majestés les Impératrices etTEmpercur d(î
vouloir bien prendre en considération notre respectueuse requête.
Les Membres du Conseil Privé ont reçu le décret suivant :
« Nous ordonnons qu'il soit adressé une communication au dit
roi, en lui enjoignant d'observer ce qui s'est pratiqué jusqu'ici ^,
quant à l'époque fixée pour le passage de la frontière.
Respectez ceci '.
Le ministre de la marine et des colonies, se rendant compte
do rimportance de cette démarche, écrivait (5 juin 1880)
au gouverneur de la Cochinchine :
« J'estime que nous devons faire tous nos efforb pour détour-
ner indirectement le Gouvernement annamite de son projet :
dans ce but, vous inviterez M. Rheinart à représenter à la Cour
de Hue que la France, sans y opposer d'objection formelle, ver-
rait d'un mauvais œil l'envoi d'une mission à Pé-King. 11 est très
probable que si notre Chargé d'Affaires s'exprime en ce sens avec
l'énergie et la prudence nécessaires, les Ministres de Tu-Duc
réfléchiront plus mûrement à la démarche qu'ils méditent et
mettront, dans son exécution, des lenteurs et des délais qui ne
peuvent que tourner à notre avantage, en nous permettant de
gagner le moment où nous pourrons nous occuper sérieusement
de la revision des traités de 1874- »
M. Le Myre de Vilcrs se procurait les lettres que les cn-
I. Tchao Iloueit forme de correspondance usitée d'égal à égal.
a. En 1873, le tribut annamite a passe la frontière le 37 avril; en
1877, >^ ^*^ passée le 18 septembre.
3. Pour traduction certifiée conforme : le i^c interprète de la légation,
signé : G. Devéria.
3
12 L AFFAIRE DU TONG-MNG
voyes annamites étaient chargés de porter à TEmpereur de
Chine :
Saigon, le i5 Octobre 1880.
J'ai rhonneiirde vous adresser ci-joint, copie de deux lettres
écrites par le Roi d*Annam à TEmpereiir de Chine, à qui elles
doivent être présentées par une ambassade en route pour Pé-King.
INous pouvons constater en lisant ces pièces que la cour de
Hué tourne ses regards et ses espérances du côté de la Chine et
que le Roi Tu-Duc attend de son suzerain, le Céleste Empereur,
la baute protection demandée par les ci rscon stances pour le pré-
sent et dans Tavenir. Je crois devoir signaler ce fait h l'attention
spéciale du Département.
Par Tarticle III du traité du i5 Mars 1874. le Roi d'Annani
s'est engagé à ne rien changer aux relations diplomatiques exis-
tantes. L'envoi des ambassades triennales étant un usage ancien,
nous n'avions pas eu à nous occuper d'un acte politique, qui
n'avait rien d'inquiétant pour nous.
Mais dans l'article II du même traité, en prometliint notre pro-
tection, nous avons reconnu l'entière indépendance de notre
protégé vis-à-vis de toute Puissance étrangère. Tout acte de vas-
salité est une violation de cet article, qui lie le souverain d'An-
nam envers nous.
Les lettres otTicielles portées par les ambassadeurs me semblent
porter atteinte au traité, car elles présentent un caractère de
reconnaissance de la suzeraineté de la Chine; de plus, l'interven-
tion à laquelle elles font appel, pourrait nous créer de graves
difficultés. Une armée chinoise a été chargée l'année dernière de
réprimer une insurrection au Tong-R'ing et je vous ai rendu
compte, dans mes dépèches antérieures, des complications qui
pouvaient en résulter.
Il me parait donc nécessaire, M. le Ministre, de soumettre ces
considérations et ces documents à votre haute appréciation, afin
que le gouvernement français puisse faire connaître ses intentions.
Peut-être y aurait-il lieu de prévoir les mesures qu'il faudrait
prendre pour éviter l'envoi futur de semblables ambassades qui
sont la négation de notre Protectorat.
Voici le texte du Mémoire adressé par le roi d'Annam à
PEmpereur de Chine :
I"^."
(iVZKTTE 1)K IM:M>«;, 'iJ DKr.r.MllU!: i8So ^I.*^
GAZETTE DE PERING, 25 DÉCEMBRE 1880
JouAN Fou-cheii*, roi d'Annam, se prosterne humblement ol
adresse le mcmoirc suivant à l'Empereur au sujet de IVinoi
prochain du Tribut et des préparatifs qui sont respectueusement
faits pour réunir les caisses qui doivent les contenir,
V. M. a toujours daigné accorder rinvestitûre des grâces par-
ticulières aux souverains de mon pays qui depuis longtemps fait
partie des royaumes tributaires de la Chine, ^ous avons reçu autre-
fois Tordre impérial d'apjwrter le tribut, une fois tous les quatre
ans : c'est une règle établie pour T éternité: aussi lorsque l'époque
d'offrir ce tribut arrive nous devons respectueusement nous con-
former aux règlements.
Comme Tannée prochaine est Tépoque fixée pour offrir le tri-
but, j'ai écrit le 8 du i*"" mois de la 6'" année de kouang-Siu
(17 février 1880) au Gouverneur de la province du Rouang-Si, en
le priant de vouloir bien faire part h V. M. de ma comnumicalion.
J'ai reçu dans la suite l'avis que les passes de la frontière (chi-
noise) seraient ouvertes le i" du 9*^ mois de celte année (4 octo-
bre 1880).
Ayant appris la volonté de V. M. je me suis respectueusement
inclinée.
Les montagnes et les cours d'eau de TAnnam sont immobiles
et reçoivent les ordres de Votre Dynastie; tous les royaumes tribu-
taires ne demandent qu'à aller vous offrir tribut continuellement.
L'époque du tribut étant arrivée, j'éprouve le plus vif désir de
me conformer aux règlements et d'aller >ous l'offrir, afin que
V. M. daigne s'ajjercevoir de la sincérité de mon respect et de mon
obéissance t et pour que mon humble pays puisse mettre au jour
les sentiments de respectueuse amitié qu'il a pour elle.
Je me suis conformé avec respect aux régies que doivent suivre
les princes vassaux et, de loin, j'ai les yeux fixés sur Votre Cour.
Je remets diligemment les objets du tribut de 1881 âmes minis-
tres Jouan-chou et autres qui iront les offrir et j'attends hum-
blement que V. M. daigne les recevoir.
Outre que j'adresse ce mémoire à V. M. je premls la lil3erté
de lui présenter un placet. J'attends avec respect les ordres de
V. M. et espère qu'elle voudra bien y jeter les regards.
I. Nom chinois de Tu-Duc.
?nf\ r/AFFMRK DU TONC-KINC.
J'envoie trois de mes Ofliciers, les nommés Joiian-chou, ïclien
Tcliing-lien et Jouan-lchouan, cl présente la liste suivante des
objets composant le tribut :
2 dents d*éléphant.
2 cornes de rhinocéros.
45 livres de noix d'arec.
45 livres de graines de Paradis.
600 onces de Sou-cliiang (parfum provenant d'un arbre rési-
neux).
3oo onc«s de bois d'aloès.
100 pièces de satin indigène.
100 pièces de soie indigène.
100 pièces de taffetas indigène.
100 pièces de toile indigène.
Les Membres du Conseil Privé ont reçu un Décret acquiesçant
à ce Mémoire * .
Le ministre de France écrivait (Pé-King, 27 décembre
1880) :
« Des renseignements que je tiens d'ime source confidentielle
mais sûre, m'autorisent d'ailleurs à penser que le roi Tu-Duc ne
s'est pas borné à des démonstrations purement platoniques et que
la mission de ses ambassadeurs ne se rapporte pas uniquement h
des questions de cérémonial et d'étiquette. Il me revient, on
effet, qu'outre le mémoire publié dans les journaux officiels, il
en existe un autre d'une nature très-confidentielle, destiné à sol-
liciter l'appui matériel de la Chine contre les vues envahissantes
que l'on nous attribue, dont ferait foi la campagne ouverte
depuis plusieurs mois dans la presse française, et qui mettrait en
péril l'intégrité de l'Annam. »
Le ministre de la Marine et des Colonies télégraphiait
tardivement le 28 décembre 1880 au Gouvernement de la
Cochinchine :
Exercer pression sur cour Ilué pour empêcher départ ambas-
sade pour Chine.
I. Pour traduction conforme : le i*"* interprète/?, i., P. Ristblhueber.
— Livre jaune f p. 180-181.
Uien ne put arrêter Tambassade annamite. M. Ikuin'e
(Pé-King, 12 juillet 1881) en annonça l'arrivée dans la
capitale de la Chine « sans grand bruit » le 3ojuin 1881.
Elle avait franchi la frontière du Kouang-Si le [\ octobre
1880, mettant neuf mois pour faire le voyage ; elle se com-
posait de Jouan-chou, Jouan-tchouan, Tchen Tching-lien,
de huit officiers subalternes et neuf gens de service.
LE MARQUIS TS'ÊNG
Nous avons lu au commencement du récit de cette affaire'
la lettre adressée, le 10 novembre 1880, par le marquis
Ts'êng à M. Barthélémy Saint-Hilaire*, ministre des Affaires
étrangères.
Le ministre des Affaires étrangères écrivit (Paris, 26 no-
vembre 1880) à M. Bourée :
J*ai reçu du M'*Ts'éng une communication dont je crois devoir
vous adresser la copie sous ce pli. Elle est relative aux rapports
de la France avec le royaume d'Annam et annonce, au sujet des
prétentions de la Chine à la suzeraineté de ce dernier état, une
théorie qu'il nous est impossible d'admettre, vous le savez.
Notre traité du i5 mars 1874 avec le Roi d'Annam, en pro-
mettant à ce souverain notre Protection, a reconnu son entière
indépendance vis-à-vis de toute Puissance étrangère. Tout acte
de vassalité de sa part, toute prétention à la suzeraineté de TAn-
nam de la part d'une tierce Puissance serait donc en contradic-
tion directe avec notre Traité, et, par conséquent, avec les droits
en découlant pour nous.
Cette observation me parait d'autant plus opportune que le
Ministre de la Marine vient de recevoir du Gouverneur de la
Cochinchine le texte de deux lettres adressées à l'Empereur de la
Chine par le roi Tu-Duc, destinées à être présentées à la Cour
de Pé-King par une solennelle ambassade annamite, et contenant
I. Voir p. 242.
a. M. Barthélémy- Saint Ililairo avait remplacé M. do Freycinel, le
a3 septembre 1880, comme minisire des aflaircs étrangères.
3i() l'affaiui: du tong-mnc.
dos expressions qui impliquent de la part du Roi, noire protégé,
en dépit de ses obligations formelles envers nous, la reconnais-
sance des prétendues prérogatives du Céleste Empire... *.
D'accord avec Tamiral Cloué, ministre de la Marine,
M. Barthélémy Saint-IIilairc fit celte réponse au marquis
Ts'êng.
Paris, le 27 décembre 1880.
Monsieur le Ministre, vous m'avez fait rhonneur de ni*écriro
de St. Pétersbourg sous la date du 10 Novembre pour me
demander des renseignements sur l'état actuel des rapports de
la France avec le Ïong-King et vous avez bien voulu me rappeler
les termes d'une conversation qui a eu lieu, sur le même sujet,
entre mon prédécesseur et vous dans les premiers jours de Tan-
née courante,
Nos rapports avec le Tong-King sont réglés par le Traité conclu
le i5 Mars 1874, entre la République Française et l'empire
d'Annam, dont le Tong-King, vous ne l'ignorez pas est une dépen-
dance.
En vertu de l'art. 3 de cet acte solennel, la France a reconnu
l'entière indépendance du souverain de l'Annam vis-à-vis de
toute puissance étrangère, quelle qu'elle soit, lui a promis aide
et assistance et s'est engagée à lui donner tout l'appui nécessaire
pour maintenir dans ses états l'ordre et la tranquillité; enfin
pour le défendre contre toute attaque. Je dois ajouter que le
même traité a placé sous la protection de la France les intérêts
européens en Annam.
L'acte dont je viens d'indiquer les principales clauses a été
communiqué en son temps aux différents Gouvernements qu'il
pouvait intéresser. La Cour de Chine en particulier en a reçu
notification par l'entremise de la Légation de France à Pé-Ring ;
les relations du Gouvernement de la République avec l'Annam
et ses différentes provinces se trouvent depuis lors définies avec
une précision suffisante et je ne doute pas que M. de Freycinel à
l'entretien amical de qui vous vous êtes référé, ne vous ait donné
avant moi, des explications parfaitement concordantes avec le
texte du traité qui détermine les droits et les obligations de la
I. Livre jaune^ p. 161.
"♦;
l.V. MARQUIS TS l':N(i 'Air
France. Je ne fais pas dillicullé de vous assurera mon tour ((ue
le (jouvernement de la République a l'inlenlion de se conlbr-
mer aux stipulations du Traité de 1874 et de remplir les obli-
gations qui peuvent en découler pour lui.
Il comprend sans peine Tintérètque la Cour de Pé-Ring attaclie,
comme nous-mêmes, au maintien du bon ordre dans une con-
trée voisine de la frontière du Céleste Empire, et il appliquera
tous ses eiîorts à empêcher qu'aucune difiiculté ou aucun malen-
tendu ne s'élève de ce chef entre la France et le Gouvernement
Impérial Chinois ' .
A la suite d'une conversation du marquis Ts'êng avec le
général Chanzy, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg,
M. Barthélémy Saint Hilaire, ministre des Aflaires étran-
gères, écrivait (Paris, 21 janvier 1881) à ce dernier :
Je constate, d'ailleurs, avec satisfaction que le Manjuis Ts'èng
est convenu des avantages que doit assurer à la Chine elle-niême
le maintien du bon ordre sur sa frontière méridionale, grâce k
la sécurité que l'exercice du Protectorat français est destiné à
garantir dans la péninsule annamite.
L'heure des résolutions énergiques est proche, l'amiral
Cloué, ministre de la Marine et des Colonies, adresse la lettre
suivante à M. le Myre de Vilers, gouverneur de la Cochin-
chine :
Paris. 3i avril 1881.
Monsieur le Gouverneur,
Le moment est venu, vous le savez, d'introduire dans nos re-
lations avec la cour de Hué les modifications importantes qu'a
eues en vue le Parlement lorsqu'il a mis à la dis|)osition du
Département les crédits nécessaires à cette intervention.
Les récentes corresjK)ndances de M. le Gouverneur p. i. de la
Cochinchine apportent chaque jour de nouvelles preuves de la
mauvaise volonté avec laquelle le Gouvernement annamite ac-
cueille sans cesse nos nTÏamations justifiées et basées sur les
termes des traités de 1874. Il convient donc de couper court au\
I. Livre jaune t p. i64-i65
3i8 l'affaire du toxg-king
(lifTicullés nouvelles qui poinraient surgir de ce chef, en plaçant
la cour de Hué plus directement et plus complètement sous
notre influence.
I/établissement d'un protectorat nettement défmi me parait
devoir être l'objectif principal que nous devons nous efforcer
d'atteindre : le règlement définitif de la question des relations
extérieures de la cour de Hué en sera la conséquence naturelle,
c'est-à-dire qu'à l'avenir ces relations devront être exclusivement
et expressément soumises à notre contrôle et à notre intermé-
diaire. Il est nécessaire, en effet, d'éviter le retour des incidents
qui se sont produits lors de l'envoi à Pé-King d'une ambassade
annamite, de la tentative qui a été faite par le cabinet de Ma-
drid pour accréditer auprès du roi Tu-Duc un représentant, etc.
De plus, le Gouvernement Espagnol étant complètement désin-
téressé par suite du paiement par anticipation des dettes de
l'Annam, le produit des Douanes pourra nous être totalement
acquis au Tong-King. Il y aura également lieu de se préoccuper
de la mesure dans laquelle l'administration générale du pays
j)Ourra ôtre placée sous le haut contrôle d'agents commissionnés
par le gouvernement français. En un mot il conviendra que la
cour de Hué soit tenue de remplir vis-à-vis de nous toutes les
obligations d'une puissance vassale envers son Suzerain.
Je vous communique ci-joint une lettre dans laquelle M. le
Ministre des Affaires Étrangères exprime le désir de connaître
votre avis sur la marche générale à suivre pour arriver plus
facilement au but que nous poursuivons. Je ne puis, par suite,
que vous prier de me faire parvenir un plan ex(X)sant les modi-
iications que vous croirez utiles d'introduire dans nos relations
avec l'Annam.
Je m'empresserai de m'entendrc avec M. le Ministre des
Affaires étrangères sur la ligne de conduite qu'il conviendra
d'adopter, de manière à préparer des instructions précises qui
vous permettront d'appliquer en toute connaissance de cause les
nouveaux principes qui régiront notre protectorat.
LE MINISTRE D^ESPAGNE
Un nouvel incident espagnol surgit tout à coup. Don Ti-
burcio Rodriguez notifie à M. Bourcc qu'il est nommé
ministre plénipotentiaire en Chine, Siam et Amiam.
Li: MiMSTiiK I)*i:spa(;m: .Ski
LKGACION DE KSI>A5i\
CHINA, 8IAM Y ANNAM
Sliang-liaï, le 9 juillel 1881.
Monsieur le Ministre,
J'ai rhonneur d'informer Votre Excellence que Sa Majesté le
roi d'Espagne, mon Auguste Souverain, ayant daigne me nom-
mer son Ministre plénipotentiaire en (lliine, Siam et Annam, je
viens de prendre, à mon arrivée d'Europe, la gestion de la Lé-
gation d'Espagne, M. Agar ayant pour tant cesse dans ses fonc-
tions de Chargé d'Affaires.
Je me félicite des excellents rapports olTiciels qui heureuse-
ment existent entre nos deux pa}s, et dans l'espoir que Votre
Excellence voudra me prêter sa hienveillante coojXTation pour
ceux que j'aurai à entretenir avec Elle, je saisis avec empresse-
ment cette occasion [X)ur vous offrir. Monsieur le Ministre, les
assurances de ma considération la plus distinguée.
Signé : Tihurcio Rodriglez.
Son Excellence M. A. Bourée,
Ministre plénipotentiaire de France.
M. Bourée n'élève pas d'objection, mais il prévient du
fait le gouverneur intérimaire de la Cochinchine*.
Notre ambassade à Madrid fut chargée d'interroger le
gouvernement espagnol au sujet de la mission de M. Rodri-
guez en Annam.
Notre Chargé d'Affaires à Madrid, le vicomte de Bresson,
écrivait à M. Barthélémy Saint-Hilaire, ministre des Affaires
étrangères de Madrid, le il\ octobre 1881 :
a M. le Ministre d'État [Marquis de la Vega de Armijo] s'est
trouvé en mesure de m'autoriser à adresser le \l\ de ce mois à
Votre Excellence le télégramme dans Iwjuelje lui annonçais (]ue
I. M. Le Mjre de Vilers était parti le 4 mars 1881 pour la France,
en mission ; rintérim du gouvernement avait été fait par le général de
brigade d*infanterie de marine, de Trentinian, jusqu'au 3i octobre 1881,
époque du retour de M. Le Myre de Vilem.
3^0 l'affaire du tong-king
le rcpivsenlant espagnol on Chine n'avait ni la mission, ni Tin-
lenlion de se rendre à Iliié. — Je sais en outre que des ordres
ont été donnés au môme moment à M. Rodriguez pour le con-
firmer dans le projet de limiter son voyage à une visite à
Bangkok. Il n*y a donc plus à redouter aujourd'hui aucune des
ditïicultés auxquelles aurait pu donner lieu l'arrivée inopinée
du Ministre d'Espagne k la Cour du roi Tu-Duc. Mais la ques-
tion se trouvant posée par suite de notre intervention, M. le
Ministre d'État n'a pas cru pouvoir abandonner tout-à-coup la
thèse qu'il avait précédemment soutenue avec moi, à savoir qu'il
ne voit dans le traité de 1874 aucun article qui interdise à l'Es-
pagne de se faire représenter à Hué, et qu'il ne peut de son
propre mouvement aliéner un droit qui lui parait exister pour
son Gouvernement, bien qu'il n'ait* pas été exercé depuis 1874.
Quant à l'assentiment de son prédécesseur, M. Ulloa, au traité
de 1874. formulé dans une lettre du i*"* juin de la même année
à M. de Yernouillet. M. de la Vega de Armijo soutient qu'il
n'a été précisément accordé (jue parce que la renonciation de
l'Espagne au droit d'avoir une représentation diplomatique en
Annam ne résultait nullement des dispositions de cet acte inter-
national. Il a ajouté d'ailleurs que M. Ulloa avait donné cette
approbation sans consulter les Gortès, ce qui constituait une
irrégularité qui pourrait avoir des conséquences graves jwur cet
homme d'Étal s'il vivait encore. J'ai fait observer à M. Vega do
Armijo que c'était là un détail d'ordre intérieur dans lecjuel
nous n'avions pas à entrer et qui ne pouvait avoir aucun poids
à nos yeux pour infirmer la signature de M. Ulloa. — M. le
Ministre d'État a répété aussi que le fait relevé par M. Bourée à
l'égard de M. Rodriguez n'était pas une innovation, car de tout
temps les Ministres d'Espagne en Chine avaient été nmnis do
lettres de créance qui les accréditaient à la fois à Siam et en
Annam, môme depuis 1874. Tel était, parait-il, le cas des deux
agents qui ont précédé M. Rodriguez à Péking, MM. Faraldo et
Espana, à l'égard desquels nous n'avions élevé cependant aucune
réclamation.
En résumé, malgré les réserves que M. le Ministre d'État a
cru de son devoir de formuler |K)ur dégager sa responsabilité,
je ne \w.nso pas qu'en prestance de l'espiVe de vélo que j'ai nette-
ment prononcé au nom du Gouvernement français, il puisse
sérieusement entrer dans les intentions du cabinet de Madrid de
revendiquer au sujet de sa représentation en Annam un pré-
) .
DÉCLARATION UK LA CHINE 32 1
tondu droit qui restera sans doute |)our l'avenir à l'étal de
Icltre-morle, ainsi que cela a eu lieu depuis 1874.
L'effet de notre démarche ne tarda pas à se faire sentir à
Pé-King et le 28 novembre 1881, M. Bourée, alors k Chang-
Haï, put écrire au ministre des Affaires étrangères :
Depuis huit jours, M. Rodrigucz est en possession d*un télé-
gramme de son gouvernement qui lui défend de se rendre à
Hué jusqu'à nouvel ordre. Ce fait seul m*a prouvé très claire-
ment que le Cabinet de Madrid avait été saisi de notre réclama-
tion. Je n'en ai pas moins demandé h M. Rodrigucz s'il savait
à quoi attribuer un aussi étrange malentendu. Son explication
a été fort simple et je la crois parfaitement sincère. Bien avant
nos traités de 1874 avec l'Annam et depuis l'installation môme
d'un agent diplomatique espagnol en Chine, le représentant de
Sa Majesté Catholique près la Cour de Péking, a toujours porté
le titre de « Ministre en Chine, en Annam et à Siam ». Celte
désignation a été conservée par une pure inadvertance, quand
la Direction du Protocole à Madrid a préparé les lettres de
créance de M. Rodrigucz : on aurait recopié, dans un bureau
mal renseigné, de vieilles formules qui n'étaient plus de saison.
De là l'imbroglio que Votre Excellence connaît et qui évidem-
ment n'aura pas d'autre suite.
DéCLARATION DE LA CHINE
Le 29 septembre 1881, le ministre des Affaires étran-
gères transmettait à M. Bourée la lettre du marquis Ts'èng
(24 sept.) dont l'objet était de faire savoir que le gouverne-
ment chinois ne reconnaissait pas le traité conclu en 18'] li
entre la République française et le roi d' Annam.
Dans la séance du 21 juillet 1881, fut discuté à la Cham-
bre des Députés le projet de loi portant ouverture d'un
crédit supplémentaire de 2 ijoo 000 francs au ministre de la
Marine et des Colonies, sur l'exercice 1881, pour le ren-
forcement des forces navales au Tong-King, qui, malgré une
vive opposition de M. George Périn, fut adopté par Sgo vo-
tants contre 82.
GoRDiBR. II. — ai
CHAPITRE XVI
MORT DE LIMPÉAATRICE DE L'EST (1881). - TRAITÉ BRÉ-
SILIEN. — DISGRÂCE DE TSO. — LE P. 6RIMÂUD
MORT DE L^IMPÉRATRICE DE L^EST
L'impératrice de TEst, Ts'eii-ngan * , mourut le 9 avril
1881, presque subitement, dans sa quarante-cinquième
année ; cette mort était due sans doute à une maladie de
cœur, mais l'amour du scandale fit courir le bruit de la
nialadie et de la grossesse de l'impératrice de TOuest, d'où
émotion mortelle chez l'impératrice de l'Est; le mot de
|>oison l'ut même prononcé; il n'avait rien de surprenant
dans cette cour qui rappelait Byzance par beaucoup de
cotés*.
Le Prince Koung fit part de la mort de Ts'eu-ngan à
M. Bourée par la lettre suivante:
Le II avril 1881.
(i3 de la 3* lune de la 7* année Kouang Siu).
Le 9 avril (11 de la 3* lune) la Chancellerie Impériale a eu
riionneur de recevoir le Décret suivant dont nous crevons de-
voir donner communication à Votre Excellence :
I. I, p. i3o; IL p' 9-
9. Sur le titre canonique de Timpératrice, voir la Gazette de Pé-King,
19 avril 1881.
'."■ *" ■ -
MOUT DE 1/ IMPÉRATRICE DE l'eST 3a3
« Depuis que nous avons recuoilli riiéritago do lEmpiiv,
l'Impératrice défiiiilc Nous a Irailr comme si nous avions été
son propre fils ; aussi notre reconnaissance pour Elle est si
grande cpie nous ne pouvons l'exprimer avec assez de force.
Voilà sept années que nous sommes sur le Trône : nous nous
sommes toujours efforcé d*élre agréable et d'obéir à notre Mère
et nous aimons h croire que nous ne lui avons jamais donné
que de la satisfaction. Elle paraissait jouir d'une parfaite santé
et s'occupait activement des Affaires de l'État : nous nous en
réjouissions dans notre cœur et espérions qu'Elle parviendrait à
im âge fort avancé. Tout à coup, le 7 avril elle fut prise d'une
légère indisposition. Nous lui donnâmes aussitôt les soins que
nécessitait son état et nous n'avions aucun doute quant h son
prompt rétablissement. Malheureusement, le 8, le mal s'ag-
grava, les humeurs remontèrent à la gorge, la roijpiration fut
obstruée et le danger apparût. Vers onze heures du soir. Elle
expira (^mol à moi elle fut transportée vers la contrée lointaine
dans le char du Génie). Nous sommes plongé dans la plus pro-
fonde désolation : quel plus grand malheur pouvait nous ar-
river !
Nous avons reçu avec respect les dernières volontés de l'Im-
pératrice défunte : Elle veut que nous ne portions que pendant
vingt-sept jours les vêtements de deuil. Mais il nous serait par
trop pénible de nous rendre à un tel désir. Nous porterons les
habits de grand deuil pendant cent jours et les habits de demi-
deuil pendant vingt-sept mois, et en agissant ainsi nous ne ma-
nifestons que bien faiblement tout le chagrin que nous éprou-
vons.
Notre mère nous recommande de surmonter notre douleur
afin de ne pas laisser péricliter les affaires de l'Ëtat, tout en
continuant h l'Impératrice qui nous élève et prend soin de nous
les égards qui lui sont dus.
Nous ne pouvons pas ne pas nous conformer à ces volontés
dernières et nous tâcherons de prendre sur nous afin de ne pas
nous laisser abattre par le chagrin.
Pour tout ce qui est relatif aux funérailles, nous chargeons
les princes Toun Ts'ing-wang, et Koung Ts'ing-wang, le lieilô
Yi-kouang, le Grand Chambellan Ting-tcho, le Grand Chance-
lier Pao-tiun, le Président et Vice-Chancelier Ling-Kouei, les
Présidents Ngcn-tchang et Wang T'oung-ho de prendre avec dili-
gence et le plus grand soin les dispositions nécessaires en se
33^ MOUT DE l'impératrice DK i/eST
conformant aux coulumcs (Hal)lios et en recliercliant les précé-
dents. Apr(îs s'être consultés, ils devront sans relard nous adres-
ser un rapport.
Que ceci soit connu de tous dans la capitale et dans les pro-
vinces.
Respectez ceci * .
L'Impératrice de TEstqui était morte au mois d'avril 1881
fut transférée au Mausolée impérial le 19 de la 9*^ lune (3i oc-
tobre). M. Bourée écrivait (Pé-King, 16 novembre 188 1) :
La 8(»niaine dernière, un décret impérial en a prescrit la
translation dans la sépulture ordinaire des souverains de la dy-
nastie des Tsing. — Des que cet ordre eut été rendu, les Léga-
tions furent olîiciellement informées du jour où la cérémonie
aurait lieu et les chefs de mission furent priés d'inviter les
membres de leur personnel, aussi bien que leurs nationaux
respectifs, h ne point se trouver sur le parcours du cortège,
quand le catafalque sortirait du Palais pour traverser la ville.
LE BRESIL
Le Brésil qui n'avait pas encore de traité avec la Chine
envoya comme plénipotentiaire M. Eduardo Callado qui
arrriva à Hong-Kong le 28 mai 1880, avec l'amiral daMota,
sur la corvette brésilienne Vital cVOUveira\ de IIong-Kong,
il remontait à Chang-IIaY sur l'/lra, accompagné, comme
interprète, de M. Arnold Vissière', aujourd'hui mon col-
1. Pour traduction conforme: le i^^ interprète p. i. de la légation,
signé : P. RisTKLnuFBF.R.
2. Vissière, Arnold^Jacques-Antoine, no le a août i858; élève di-
plômé de rÉcolo des langues orientales, 25 novembre 1879 ; élève-inler-
prMe (hors cadres) détaché à la mission hréailienne en Chine, 16 janvier
1880; interprète-adjoint à Pé-King, ai février i88a ; second interprète.
10 mars i883; interprète de seconde classe, le»" mai i884 ; premier in-
terprète de la légation, a8 mai 1886 ; interprète de première classe, 9
novembre 1887; consul de seconde classe, la mars 189^1; gérant du
TUAITK IJnr.SlI.IKN, ;) MF'TrMUlU: iSSo '^»^)
lègue à rKcole clos Langues Orientales, dont cVuit les
débuis en Chine.
TRAITÉ BRÉSILIEN, 5 SEPTEMBRE 1 88o
Le 5 septembre 1880, sans avoir voulu demander de con-
seils, M. Callado signait en chinois et en français avec Li
Iloung-lchang, un traité d'amitié, de commerce et de na-
vigation, en quinze articles, trahissant une rare inexpérience
des afTaires de Chine et plaçant les consuls ou les agents
consulaires dans une situation d'infériorité des plus marquées.
Je note quelques-uns des articles avec les remarques qu'ils
suggérèrent à un diplomate de Pé-King:
Art. IH. — Chacune des Hautes Parties conlraclanlos pourra
nommer dans les ports et villes de l'intérieur ouverts au com-
merce, où ses inlérôLs rexigeronl, un Consul Général, des (ion-
suls, Vice-Consuls et Agents Consulaires.
(iCux-çi ireutreront pas en fonctions avant davoir reçu Vexe-
qualnr du gouvernement du pays où ils devront résider.
Ces consuls ne pourront être choisis parmi les commerçants ; ils
devront être de véritables fonctionnaires et il leur sera défendu
de faire le Commerce.
Dans les ports où il n*aura pas été nonnné de Consul, on
pourra charger un consul étranger d'en remplir les fonctions,
pourvu que celui-ci ne soit pas un commerçante Les autorités lo-
consulat deXion-Tsin, 5 avril 1897-33 mai 1898 ; consul de première classe
h Canton (non installé), 10 février 1899; secrétaire- interprète h Paris,
16 octobre 1899; professeur à TËcolc des langues orienlalos vivantes.
I. Ceci constitue une innovation des plus regrettables. Pourquoi avoir
reconnu ainsi au gouvernement chinois la faculté très dangereuse de re-
pousser des agents que le Brésil aurait juge dignes do le représenter ? Et
pourquoi avoir admis cette distinction entre les agents de carrière et les
négociants commissionnés ? C'est avoir limité ses choix d'une façon cm-
l>arrassante et n'estil pas à craindre d'autre part que le gouvernement
chinois n'jf trouve un motif tout au moins un prétexte |>our créer plus
tard des tracasseries aux agents dos autres puissances qui auraient été
désignés parmi des commerçants ?
3a6
l'impédatdice I
calps il défaut do consuls, avisernnl an moyen d'assur
sujets des deux Ëtats le bénéfice du présent traité...
Lei Consuls ne devront pas soutenir les prétentions des c
i;<mis quand elles sont vexatoires et offensantes pour les aaloriU» ou
kabilanls de la localité ' .
Si le Consul se conduit d'une façon illégale, texequatur peut
lai être retiré^ suivant l'usage général.
Art. IV. — Il sera permis aux sujets Brésiliens de se rendre
dans l'inlcrieiir de k Chine et d'y voyager pourvu qu'ils soient
munis d'un passe-porl délivré, sur la demande du Consul, par le
Tao-tatde la Douane'...
Abt. IX, — ]a» Brésiliens en Clnnc qm auront quelque
sujet de plainte contre des Chinois devront exposer leurs griefs
au Consul Brésilien qui. après s'être rendu compte de l'afTaîrc.
s'efforcera de l'arranger i l'amiable.
De même, si des Chinois ont quelque sujet de plainlc contre
des Brésiliens, en Chine, le Consul Brésilien devra les écouter
et s'efforcer d'arriver h un arrangemcnl amiable. Si le Consul
ne peut les concilier, le différend devra être jugé, en toute équité,
L'-ciQVEMEKT par [autorité dont dépendra l'acci;së, sans considérer
si Caccusaleur est Brésilien ou Chinois '.
t . Qui donc >era le jugo du caracltre vctatoiro ou offensant des pré-
tentions indignes d'élre ippu^fcs f
a. Ceci csl on ne peut plus dangereux ; comment rBul-il entendre le
mot illégal ? Est-ce suivant la loi chinoise ou suivant U loi brésiljennt^ ?
et \k encore quel sera le juge P 11 est d'ailleurs intolérable en viirilri qu'un
gouvernement tel que le gouvernement chinois puisse iSlre admis i pro-
noncer, sous le prétexte le plus futile s'il lo juge bon. la déchi'ance d'un
agent étranger réf^u librement institué par les autorites de son pajis.
3. En vertu do l'art. 7 de notre Traité (Tirn-Tsin), les Français qui
voyagent dans l'intérieur doivenl bien ausil èlrc munis de passeports.
Mais les titres qui leur sont délivrés sont fioiirais : ils émanent de nos
■gcnla et sont seulement fisèx par les autorités chinoises. Ici, il s'agît
pour loi Brésiliens d'élro nanlis de titres chinois,
!t . Ceci constitue encore une concession imprudente, si l'on tient
compte surtout de ce fait que lo défendeur sera presque toujours un
Chinois de la mauvaise Toi duquel l'étranger aura eu k se plaindre. La
présente clause met donc la Brcnilicn i la discrétion des tribunaux chi-
nois dont on cnnnail Tesprit, 11 eût Fallu se ménager les garanties que
nous lions eu lo soin Aa stipuler en Faveur de nos nationaux deman-
deurs, par lo dernier paragraphe de notre art. i5.
TIIAITK hUKSII.lM.N, ',\ OCTOHIlK 1 88 1 ^'2'J
Co traité ne fut pas ratifié par le gouvernement brésilien.
M. Callado revint brusquement à Tien-Tsin au mois d'avril
1881, sous le prétexte d'ajouter à son traité une clause ana-
logue à celle du dernier traité américain sur Topium.
TRAITÉ BRÉSILIEN, 3 OCTOBRE 1881
Un nouveau traité en 17 articles fut signé au Tai-Wang-
Miao, à Tien-Tsin, le 3 octobre 1881 (11® jour, 8** lune,
7* année Kouang-Siu) par M. Ëduardo Callado et Li lloung-
tchang.
« La résistance opposée par le Cabinet de Rio en cette ocoi-
sion aux vues de son représentant en Chine, les changements
cpi*il a fait introduire dans celles des clauses qui avaient soulevé
de justes critiques, prouvent que Ton a tenu compte des obser-
vations qui s'étaient attachées à l'œuvre des négocialeurs brési-
liens et, dans l'instrument défmitif, plusieurs des concessions
qu'on devait regretter de voir faites aux Chinois ont été sensi-
blement atténuées. Quelques passages ont également reçu une
nouvelle rédaction plus favorable aux intérêts brésiliens.
« L'article I a subi une modificiition de forme qui substitue
h « tous les droits, avantages et privilèges concédés aux sujets
de toutes les autres nations », la garantie de « tous les droits,
avantages et privilèges concédés aux sujets de la nation la plus
favorisée ».
« L'excquatur est toujours nécessaire pour qu'un Consul de
l'une des deux Parties Contractantes puisse exercer ses fonctions
sur un point du territoire de l'autre, mais il e^t spécifié désor-
mais que la délivrance de cet Exequatur se fera gratuitement
(Art. III).
« Le mode «de juridiction qui soumet tout procès, civil ou
criminel, entre Chinois et Brésiliens en Chine a la décision des
autorités dont dépend le défendeur ou l'accusé, demeure con-
sacré dans le nouveau Traité ; toutefois, — et c'est en cela que
consiste la modiGcation la plus importante qui y ait été intro-
duite, — les arrestations de sujets chinois coupables, dans les
résidences, les magasins ou les navires de Commerce des sujets
brésiliens en Chine ne pourront plus se faire sans que le Consul
SaS MORT DE l'impératrice DE l'eST
du Brésil en ail olo prévenu officiellemenl par les autorités lo-
cales et sans rintervenlion de sa police, qui devra agir de con-
cert avec la police chinoise (Art. X)*.
En échange des changements apportés au Traité à la de-
mande du Gouvernement du Brésil, celui-ci à l'exemple des
États-Unis, quelques mois. auparavant, consentit à la prohi-
bition absolue du transport et du commerce de l'opium par
les sujets de l'un des deux pays sur tout le territoire de
l'autre; les Anglais se montrèrent ennuyés de cette clause
des traités qui paraissait un bMme à leur adresse :
Art. XIV. — Les Hautes Parties contractantes sont convenues
d'interdire aux sujets de chacune d'elles l'importation de l'opium
dans les ports de l'autre ouverts au commerce, cl le transport
de l'opium d'un port à l'autre de l'autre pays, soit pour leur
propre compte, soit pour le compte de sujets ou citoyens de
toute autre nation, aussi bien dans les navires appartenant aux
sujeU des deux Hautes Parties Contractantes, que dans des na-
vires appartenant à sujets ou citoyens d'une tierce nation.
11 ne sera pas permis non plus aux sujets de l'une des Hautes
Parties Contractantes de se livrer au commerce de l'opium, dans
les ports de l'autre ouverts au commerce.
La clause de la nation la plus favorisée ne pourra être invo-
quée contre les dispositions de cet article.
L'ancien article XIV devient l'article XV ; et l'article XV
ancien devient l'article XVL
Art. XVI. — Si, par la suite, les ^Hautes Parties Contrac-
tantes désirent apporter quelques modifications aux stipulations
de ce Traité, elles auront, après un laps de temps de dix an-
nées, à dater du jour de l'échange des ratifications, h ouvrir des
négociations dans ce but.
La notification ofTiciellc des modifications qu'on désirera pro-
poser sera toujours faite six mois à l'avance.
Si pareille notification n'est point faite, le Traite restera en
vigueur.
1. Lettre de M. Bource au Dcpartemenl, Pc-King, 35 juin i88a.
,^ ■
1)IS(;h\(:e de tso 3n()
Enfin le dernier aiiicle (Wll) est relatif aux ratifications
qui devront être échangées dans le plus bref délai possible
soit à Chang-Haï, soit àTien-tsin.
Les ratifications furent échangées a Chang-IIaï le 3 juin
1882 (18* jour, ii^lune, 8*^ année Kouang-Siu) par M. Eduardo
Callado et Tang, Comniissaire et Trésorier du Kiang-Sou et
un procès-verbal fut dressé en six exemplaires, 3ont deux en
Portugais, deux en Chinois et deux en Français.
Le traité brésilien est malgré tout, même avec ses atté-
nuations, le plus mauvais qu'on eût signé jusqu'alors avec
la Chine; l'expérience de ses prédécesseurs n'avait nulle-
ment servi à M. Callado, personnage infatué de son mérite,
qui devait tristement terminer à Rome sa carrière diplo-
matique.
DISGRACE DE TSO
En novembre 1881, Tso Tsoung-t'ang, qui avait fatigué
tout le monde à la Cour par ses violences, fut disgracié, mais
au lieu de le faire rentrer dans la vie privée, on l'envoya à
Nan-King remplacer Lieou Kouen-i dont Li Houng-lchang,
plus puissant que jamais, avait deux mois auparavant ré-
clamé la destitution pour le punir d'avoir manqué aux enga-
gements pris envers lui, quand il s'était agi de recommander
à la Cour la constniction de chemins de fer en Chine. En
effet, le général Lieou Ming-tchouan ayant adressé au Trône
un mémoire pour demander Tinstallalion des chemins de
fer, un décret impérial avait, le 3 décembre 1880, chargé
Li de faire un rapport à ce sujet. Li s'était réconcilié avec
Tso et c'est lui qui avait fait nommer ce dernier à Nan-King.
Le nouveau vice-roi des deux Kiang quitta Pé-king, le 9 dé-
cembre 188 1, pour se rendre par terre au IIou-Man puis à
Nan-King où il arriva le 22® jour de la 12^ lune. On avait
d'abord offert la vice-royauté des Liang-Kiang à Ts'êng
33o MORT DE l'impératrice DE l'eST
Kouo-ls'iuaen, successeur de Tso dans le gouvernement du
Chen-Kan, qui avait donné sa démission à cause de sa mau-
vaise santé et avait été remplacé dans ce dernier poste par
T'an Tchoung-lin (i5 octobre), fou-taï de Tché-Kiang. La
mauvaise santé de Ts'êng persistant, celui-ci obtint sa re-
traite (décret, i6 octobre 1881) et Ton fit appel aux services
de Tso. Le conquérant de la Kachgarie qui, depuis quelque
temps demandait des congés, qui lui étaient d'ailleurs accor-
dés, pour rétablir ses forces, se trouva guéri instantanément
lorsqu'on Teût nommé à Nan-King.
LE p. GRIMAUD
Il se passa une histoire singulière dans le Kouang-Toung :
une rixe éclata dans un village de celte province entre païens
et chrétiens et l'on s'empressa d'accuser à Canton le mission-
naire du pays, le P. Grimaud*, d'avoir pris part à la lutte
et même d'avoir fourni un canon à ses ouailles ! Malgré les
poursuites dont le P. Grimaud fut l'objet, le vice roi des
Deux Kouang fut obligé de reconnaître la fausseté des accu-
sations dirigées contre lui.
I. Grimaud, As^it-AdolpheAimé^ du diocèse de Gap ; Missions étr.
de Paris; part le i5 février 1870.
ft>
CHAPITRE XVII
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6
(Suite.)
M. Gambctta avait été nommé le i4 novembre 1881, mi-
nistre des Affaires étrangères, en remplacement de M. Bar-
thélémy Saint-IIilaire ; pendant son court passage aux af-
faires*, il eut k reprendre les négociations ' avec le marquis
Ts'êng :
Paris, i" janvier 1882.
Je me suis fait représenter dernièrement une lettre que vous
avez adressée, sous la date du 34 septembre 1881, à M. Barthé-
lémy Saint-Hilaire , mon prédécesseur au Département des
Affaires étrangères, en réponse à sa communication du 37 Dé-
cembre 1880, concernant les affaires de la Colonie française de
Cochinchine. Vous développiez dans cette lettre différentes con-
sidérations relatives à la situation internationale de TEmpire
d'Annam, et j*ai regretté de constater une certaine différence
entre vos appréciations à cet égard et celles que M. Barthélémy
Saint-Hilaire vous avait exposées au nom du Gouvernement de
la République. Je croirais inopportun d'engager ici une discus-
sion de principe; je préRîre me borner à mentionner que la
communication qui vous a été transmise à la date du 27 dé-
1. 11 fui remplace le 3o janvier 1882, par M. de Freycinel.
a. Ministère des affaires étrangères. — Documenls diplomatiques. — ^
Affaires du To.nkin. Première partie, i874'décembre i88a. Paris, i883,
in-fol.
— Deuxième partie, décembre i883-i883. Paris, i883, in-fol.
33 n l'affaiue du tong-king
ceinbre 1880, contient l'indication exacte des faits auxquels le
Gouvernement français a le devoir de se tenir.
Il est toutefois un point dans votre lettre que je ne saurais
laisser passer sans une observation particulière. Le Gouverne-
ncinent Impérial cbinois, écriviez-vous, ne peut pas reconnaître
le traité de 1874 conclu entre la France et TÂnnam. Or, ce
traité qui règle précisément nos rapjK)rts avec TAnnani, a été
olïiciellement comrtiuniquc au Gouvernement Chinois, le 35 Mai
1870, par le Comte de Rocliechouart, Chargé d'aflairesdc Franco
à Pé-King, et dans la réponse en date du i5 juin suivant, que le
Prince Koung a envoyée à M. de Rocliechouart. il n*a été élevé
aucune objection contre la conclusion du traité, ni contre aucune
de ses clauses; TAnnam est mentionné simplement comme
ayant été autrefois' un pays tributaire de la Chine, ce qui ne
présente, à vrai dire, qu'un intérêt historique.
Vous comprendrez sans peine que, dans ces conditions, il
nous soit malaisé d'admettre que le Gouvernement chinois
vienne contester aujourd'hui un traité existant et déjà entré
dans la période d'application ^epuis près de huit années; nous
ne saurions nous arrêter en tout cas h une réclamation aussi
tardive, et le Gouvernement de la République hésite d'autant
moins à revendiquer l'entière liberté de se^ actevS en ce qui con-
cerne l'exécution de ses conventions avec l'Annam, qu'il ne
nourrit, ainsi que M. de Freycinet et M. Barthélémy Saint-
Flilairc vous en ont successivement donné l'assurance, aucun
dessein qui puisse porter ombrage à la Chine ou qui soit préju-
diciable à ses intérêts *.
Copie de cette lettre fut envoyée à Pé-King à M. Bourée
(/i janvier 1882).
LA CIIl>'E ET l'aNNAM
En réalit-é, quels étaient les droits de la Chine sur TAn-
nam?
La légende annamite fait remonter Porigine de ses rois à
im parent de Pempereur de la Chine. Placés Pun à côté de
1. Voir p. a8i, l'erreur d'un traducteur.
3. Livre jaune, p. 195-6.
,; •■i-i,^-' ■.. : .y: . ;■
LA CIMNK KT i/aNNAM 33S
Taiilre, le Célcstc-Einpire cl son voisin moins puissant,
TAnnam, ont élc en relations constantes depuis un temps
immémorial. Ces relations ont été de natures diverses. Nous
voyons les deux pays, tantôt s'en voyant des ambassades
réciproques, tantôt en guerre ; parfois l'Annam, victorieux
de la Chine, repousse l'envahisseur dans son pays, tantôt
lui-même, vaincu, est réduit en province chinoise. Finale-
ment, l'Annam accepte une sorte d'investiture de son for-
midable voisin cjui donne à ce dernier une supériorité hono-
rifique sur son faible adversaire.
Voici en quelques lignes Thistoire des principales relations
de la Chine avec l'Annam, dont les limites n'ont pas tou-
jours été aussi nettement définies qu'elles le sont aujourd'hui.
Il est convenu, en effet, actuellement que l'empire d'An-
nam se compose de trois parties : le Tong-King au nord, Pé-
ky, ou Bac-ky; la Cochinchine ou Annam proprement dit au
centre, Hué-ky ; et, au sud, la basse Cochinchine ou Cochin-
chine française, Nam-ky. En réalité, l'Annam était jadis le
pays que nous appelons aujourd'hui le Tong-King, qui s*est
étendu à certaines époques de l'histoire jusqu'à Canton.
L'Annam s'est trouvé cinq fois réduit en province chi-
noise : de m avant J.-C. à Sg après J.-C. ; de 4^ à i86 ;
pour la troisième fois, de 226 à 54o, pendant une période
de trois cent quatorze années ; une quatrième fois, pendant
trois cent trente-six ans, de 6o3 à 989 ; la Chine s'empare
une dernière fois de l'Annam en i/joy, et cette occu{)ation
dure une vingtaine d'années.
Ces différentes conquêtes de l'Annam par la Chine n'ont
pas été sans laisser dans le pays une trace profonde. Dès
l'année 186 de notre ère, la littérature chinoise était intro-
duite dans l'Annam et les préceptes de Confucius y étaient
enseignés, mais c'est surtout à ré|)oque de leur dernière do-
mination que les Chinois, sur lesquels régnait alors la dy-
nastie des Ming, imposèrent aux vaincus un grand nombre
33& l'affaire du TO^G-(l^G
de leurs coutumes : le tatouage, en usage dans l'Annam, fut
défendu ; les femmes furent obligées de porter des vêtements
courts k manches larges et les hommes de porter les che-
veux longs. On n'ignore pas que l'usage de se raser le haut
de la tête et de réunir les clieveuï en une longue tresse qui
tombe dans le dos ne date, chez les Chinois, que de la con-
quête tartarc au milieu du xvii' siùcle.
Les Chinois établirent une nouvelle administration, intro-
duisirent les cinq livres canoniques et les quatre livres classi-
ques de Confucius et de ses disciples, el construisirent des
écoles dans lesquelles on enseigna les caractères chinais.
A différentes reprises, des aventuriers ou des descendants
d'anciennes familles régnantes secouÈrenl le joug chinois et
régnèrent sur TAnnam, tantôt sous le nom de princes, tan-
Uil sous le nom de rois ou d'empereurs. Depuis le x' siècle
de notre ère, on ne compte pas moins de six dynasties qui
ont gouverné ce pays : i' les Dinli (968); 2° les Le anté-
rieurs (980); 3" les Ly postérieurs (loio); li" les TrAn
(1225); i>° les -Lé postérieurs (1428), et 6° les 'Ngiiyen
(1802). Celte dernière dynastie est celle qui a été fondée par
Gia-Long après qu'il eut réuni le Tong-King à l'Annam.
Elle a donne depuis lui les souverains : Ming-Mang, Tliiëu-
Tri, Tu-Duc, jusqu'à leur successeur actuel, Thanh Thaï.
Les différentes dynasties chinoises ont accordé aux princes
annamites, depuis plusieurs siècles, une investiture qui n'a
d'ailleurs jamais eu un effet pratique sérieux, car elle n'im-
pliquait pas de concessions mutuelles, d'alliance offensive ou
défensive, mais simplement la remise d'un sceau au chef de
la dynastie, sceau dont le souverain de l'Annam ne faisait
usage que dans sa correspondance avec le Fils du Cict, l'en-,
voi d'ambassades, et le payement d'un tribut de médiocre
importance.
Cette investiture et ce tribut laissent subsister entièrement
la souveraineté de l'Annam, ainsi que nous avons déjà eu
-^ - r- •^^j-h»:t' • I"
LA rilINK ET i/aNNAM 333
ailleurs Toccasion de le démonlrcrV En ofîel, « dans une
alliance enlre deux pays de force inégale, quand rallié infé-
rieur se réserve la souveraineté ou le droit de gouverner lui-
même, il doit être, dit Vatlel, regardé comme indépendant.
Le payement d'un tribut, qui enlève de la dignité au pays
qui le paye, n'enlève rien à la souveraineté de ce pays ».
Dans le cas présent, l'Annam rentre bien dans la catégorie
des États souverains; car depuis i^oy, c'est-à-dire depuis
l'occupation des Ming, la Chine n'est jamais intervenue dans
les affaires intérieures du royaume : la succession au trône,
l'administration, la promulgation des lois, se sont faites sans
que la Chine fût consultée.
Quand la Chine a été en guerre avec des puissances euro-
péennes, en 184 2 et en 1860, nous ne Tavons pas vue re-
quérir l'aide des troupes de son soi-disant vassal. Si, à des
reprises différentes, dans les dernières années, les Chinois
ont fait passer à leurs troupes la frontière annamite, moins
à la suite d'un appel de Tu-Duc que dans leur intérêt pro-
pre : en i86/|, ils poursuivaient les débris des rebelles Taï-
pings, devenus Pavillons jaunes et Pavillons noirs pour les
écraser; en 1879, ils pourchassaient Li Yang-ts'sai, qui avait
levé l'étendard de la révolte dans le Kouang-Si. Admettons
qu'il y avait là l'acte d'un suzerain appelé par un vassal à
son secours, et non le fait d'une puissance qui, sachant
qu'on n'aura pas la force de la repousser, pénètre chez son
voisin pour se faire justice elle-même.
Cet argument que prétendait fournir la Chine à l'appui de
ses prétentions retourne contre elle, car, si le simple fait
d'une invasion d'un territoire constitue une suzeraineté ou
une prise de possession de ce territoire, l'histoire nous four-
nit plusieurs exemples de l'invasion du territoire chinois par
les Annamites et, pour n'en citer qu'un : au xv" siècle, nous
I. Cercle Saint-Simon, décembre i88a.
336 l'affaire du tong-king
rappellerons que le roi d'Annani, Le Thanh-Tong, fil une
campagne contre les Bat-Ba-Tuc-Phu, tribus sauvages tribu-
taires de la Chine, qui furent plus tard incorporées à la Bir-
manie, et que le Céleste-Empire ne put empêcher la cam-
pagne du souverain annamite.
D'ailleurs, il est impossible de traiter de la soi-disant sou-
veraineté de la Chine sur TAnnam sans traiter également
des prétendus droits qu'elle a sur les autres pays de Tlndo-
Chine, pays qui, comme TAnnam, ont reçu du Céleste-Em-
pire l'investiture et le sceau. Ainsi Siam a reçu l'investiture
trois fois sous les empereurs Kang-Hi, K'ien-Loung et Kia-
K'ing, en 1678, 1786 et 1810. En 1780, le Laos eut à
payer le tribut tous les cinq ans ; le tribut fut renouvelé avec
l'investiture et le sceau en 1790. Quant à la Birmanie,
elle paya le tribut en 1751 ; en 1790, le sceau cl Tin-
vestilure lui ayant été accordés, elle eut à payer le tribut
tous les dix ans. Quelle a été la politique de la Chine
vis-à-vis de ces puissances et en particulier vis-à-vis de
la Birmanie, sa voisine, comme l'Annam ? Elle a laissé
l'Angleterre s'emparer successivement de l'Assam, de l'Ara-
kan, du Pégou, du Tenasserim, la Birmanie restant de la
sorte isolée du reste du monde, sans qu'une protestation se
soit fait entendre de la cour de Pé-King. Bien plus, les Chinois
laissant sans secours les Birmans, qui, depuis 1875, récla-
maient leur aide contre les Anglais, ont laissé ceux-ci détrôner
le roi Thibau en 1886 ! Si de la Birmanie nous passons au
Ltios, nous verrons que la Chine, malgré l'investiture qu'elle
lui avait accordée, ne s'est nullement préoccupée du partage
de ce pays, jadis indépendant, en 1829, entre la Birmanie,
le Siam et l'Annam. Enfin, en 1879, puis en 1882, le
royaume de Siam a refusé catégoriquement de répondre aux
LA CHINE KT i/aNNAM SSy
avances des envoyés du Fils du Ciel. Ainsi donc une poli-
tique bonne pour TAnnam ne Test plus ni pour le Siam ni
pour la Birmanie : deux poids, deux mesures ; absence com-
plète de logique.
♦ *
Nous avons vu que la Chine n^était jamais intervenue en-
tre les différents pays de Tlndo-Chine, ni dans leurs rela-
tions entre eux, ni dans leurs relations avec l'Angleterre.
Nous pouvons ajouter que jusqu'en 1880 la Chine n'avait
nullement songé à protester contre notre action diplomatique
ou militaire en Annam. Ni le traité de 1787 avec Gia-Long,
ni la nomination d'un consul de France à Hué sous
Louis XVIII, ni les divers exploits de nos marins sous le
règne de Louis-Philippe pour punir les autorités annamites
du massacre des missionnaires espagnols, n'ont amené l'in-
tervention de la Chine. Enfm, l'occupation de la basse Co-
chinchine, résultant de la guerre de 1860 et du traité de
Saïgon de 1862, n'est-elle pas aujourd'hui un fait acquis ?
Enfin, le dernier traité de 18714, conséquence de l'expédi-
tion de Garnier, n'avait été à aucune époque l'objet d'une
réclamation de la cour de Péking à la cour de Hué. Tu-Duc
lui-même n'a songé à faire part de ce traité à la Chine que
six ans plus tard, lorsque, se sentant trop faible pour résister
à la France, il demanda du secours à son puissant voisin.
Il ne nous suffit pas de montrer l'inanité des prétentions
delà Chine au point de vue chinois même et au point de
vue du droit des gens : l'attitude même de son prétendu
vassal montre que la Chine n'a jamais eu de véritable suze-
raineté, qu'il n'y a jamais eu entre les deux pays que des
relations traditionnelles.
CoRDiKR. II. — a a
En clFet, tioiis avons drjà v« que Tii-Diic avait attendu
six ans pour faire part du traité do iHyi h la Chine, et cela,
non pas par devoir, mai» simplement pour demander du
secniirs. Le droit de suzerainet<^ implique voix délih^ralive
dans le choix du prince, et dans aucun temps la Chine n'a
(■té consultée lorsqu'il s'est agi do i;égler la succession au
trône d'Aniiam. L'investiture même (^tail considérée comme
rliose si {H'u importante, que les princes cochînchinois ne la
demandaient souvent qu'au hout de trois ans, de cinq ans
et même |)lus, de règne.
Tu'Duc, qui a rw^u l'investiture à Hué au lieu de Hanoï,
était disposé à s'en passer si les envoyés chinois ne venaient
pas jusqu'à sa capitale.
Ce fameux sceau que ta Chine remettait au clief de cha-
que nouvelle dynastie, quel usage en faisait le souverain
annamite PII s'en servait par courtoisie, dans sa correspon-
dance avec la Chine exclusivement ; mais pour tous ses au-
tres actes, et en particulier pour ses actes avec les puissances
étrangères, il se servait du grand sceau dont nous donnons
la reproduction ci-contre, dans lequel il prenait un titre
égal h celui de l'empereur de la Chine. Le sceau porte en
ell'et les cJiractères : Ta nam lloang ti Tclie si, c"est-à-din? :
n Le grand sceau des einpcreui's du Grand-Sud, » Les
commissaires imjiértaux annamites ne se considèrent pas
non plus comme inférieur.^ i^ leurs collègues de Chine, ainsi
qu'on en pourra juger par le sceau que nous reproduisons
également ci-contre et qui porte les caractères : Kin che la
lelien Knuan fang, qui veulent dire ; « Sceau du ministre
envoyé impérial. »
Enfin, les Annamites se sont eux-mêmes chargés de dis-
siper nos derniers doutes sur la nature de leurs relations avec
la Chine. Dans le cours d'une conversation entre l'amiral
Dupré et les ambassadeurs annamites en 1874, à Saigon,
l'amiral remarqua que, suivant les annales de leur pays,
,.K ,:»INK Kl- r.\NN,M 33(1
TAnnam avait éti- [vm^iiit lr)iiglom|is sniis la |ir()tc<lif'ii do
1.1 Chine, le mol prùlevliun iiiipiiquiiiil, siii>ant l'interpréta-
tion annamite du terme, le droit absolument despotique d'un
père sur son fds. Los ambassadeurs annamites protestèrent
6ncrgiqnemcnt contre cette inlcrprélation et déclarèrent que
la cour de Hué n'avait jamaiti reconnu la suzeraineté de la
Chine. L'amiral leur rappela les tributs envoyés à Pé-King ;
les ambassadeurs répondirent que l'Annam, étant beaucoup
plus petit que la Chine, sa voisine, avait été envahi fréquem-
ment par les armées chinoises et obligé de ae soumettre con-
tre sa volonté ; qu'à des intervalles irréguliers et éloignés,
les Annamites avaient envoyé des présents à Pé-kïng pour
s'éviter des ennuis, mais qu'ils n'avaient jamais commis
34o l'affaiiik liv T^)^^.-l.l^Il
d'acte qui pût être inlprj)rctô cfiniinc une reconnaissance de
leur soumission.
C'est exaclcnient la d<Tinitinn que donne Vottel de l'filal
tributaire : « Il n\ a [>as plus de difliciilté à l'égard des
l'^tats triliulitircs, car, bien qii'un tribut payé h une puissance
Sceau J'un tafoyi Impérial anaimitc.
étrangère diminue quelque chose de la dignité de ces États,
élaiit un aveu de leur faiblesse, il laisse subsister entière-
ment leur souveraineté. L'usage de payer li-ibut était autre-
fois très fréquent ; les plus faibles se rachetaient par là des
\exations du plus fort, en se ménageant à ce prix sa ]»ro-
leclion, sans cesser d'être souverains. »
\.\ ( IIINR II I. \NN \M .'V| I
Mais, nous dirai on, puisque celle soi disant suzeraineté
n'esl qiie platonique, qu'elle n'est qu'une tradition sans im-
portance pratique, pourquoi tout en traitant directement
avec TAnnani et en lui imposant notre protectorat, ne pas
laisser à la Chine la légère satisfaction de voir reconnaître
la coutume? Simplement parce que d'un privilège purement
honorifique, la Chine prétendait faire un droit absolu et que,
s'appuyant sur une fiction, elle aurait voulu obtenir une
suzeraineté réelle. Comme Ta fort bien dit le marquis Tseng,
dans une conversation reproduite par le Temps, du 28 juin
t883 : « La question à débattre à Chang-Haï comme h Paris
est celle des droits de suzeraineté de la Chine sur TAnnam,
et c'est de l'accord qui interviendra entre les deux gouver-
nements sur ce premier point que dépendra l'issue de toutes
les négociations ultérieures. »
Or, nous venons d'examiner quelle était la valeur de la
soi-disant suzeraineté de la Chine, quelles étaient les pré-
tentions chimériques du Céleste-Empire. La base même des
négociations du marquis Ts'éng n'existait pas. C'est ce que
nous voulions démontrer ^
La lettre de Ts'éng était son œuvre personnelle, moins
toutefois que celle de conseillers étrangers qu'il avait près de
lui. Au mois de janvier 1882, ni FAngleterre, ni l'Alle-
magne ne poussaient le diplomate chinois. M. de Brandt ré-
pétait à satiété à M. Bourée que non seulement son gouver-
nement verrait sans déplaisir la France aller au Tong-King,
mais qu'il apjielait même de tous ses vœux une expédition
destinée à ouvrir au commerce allemand de nouveaux et
précieux débouchés, en laissant à d'autres les difficidlés et
les frais d'une entreprise profitable pour tous. Li Iloung-
tchang lui-même n'apportait pas dans les négociations, l'âpreté
I. Le conflit entre la France et la Chine... par Henri Cordier.
Paris, i883, br. in-8.
de Ts'ông en qui, il rodniitnit avec raison un rival. Toule-
iois, il ne Tallait plus se l>erccr d'illusions : l'cntcnto était
nouée entre la cour de liné et celle de Pé-King dans une
pensée de résistance contre nous ; toute la contrée oii nous
voulions nous établir élait envahie par les forces chinoises.
LES fAVlLI.ONS NOIRS
Deux Français, MM. Gourtin et Villcroi, en route ponr le
\un-Nan, insultés an sortir de Bao-lul, le 8 octobre, furent
attaqués [wr les Pavillons Noirs le lîi octobre au petit fort
de Lu, situé sur la rive gauche du fleuve en face de Ngoi
Nu, à 4o milles environ de Lao-kay, et un Matai.-^ à leur
service fut blessé ; obligés de redescendre le fleuve, les
voyageurs arrivèrent le 17 h Iloung Iloa, où précisément le
Chef des Pavillons Noirs venait d'arriver avec une trou[)c
assez nombreuse pour assister à une fôle en l'honneur du
roi ; insultés là encore, ils furent obligés de fuir Jusqu'à
l'emboucbure de la Rivière Noire d'où ils expédièrent leur
blessé h lia noï.
J'ai demandé au Tliuonjt-Bac, r-crivait nu (Joiivernenr notre
cliargi'^ d'allaires o Ibié, le 'i\ dér. i88i,... quelle diVision avait
été prise iTlallvetiient aux « Pavillons Noirs ». Il m'a ré|>ondu
qu'on fiUnit éerire, [tour dire de les renvover. mais que le délai
lixn [lar nous était trop court, qu'il fiillait deux mois, au
moins, pour régler a'tte niïaîi'e. 11 a l'dli-epris ensuiti; de justi-
fier In pn'-sence de ces bandes au Ton^'-King. di.snnl que depuis
lon;{lemp.s bien avant le traité, il v avait des rebelles dans eelte
région. Ses explications furent aussi vagues, aussi confuses
qu'ininlellifjiblcs.
Plus tard, M. Rbcinart disait encore (Hue, ^ janvier
Les stalistiqui-s de la Douane, et la ci
des tarifs douaniers de Luu Viidi-phuor. nous permettraient
.^•:.:=*^ V —iF. ..-,
IIS l'WIM.oNs NOIhS
Vi?^
rl\'>tal)lir à pou prrs \v relovt» dos sommos indùnion! porçiios |>ar
co chof do hando. avec los noms dos coinincrçanls qui ont ï)a>ô.
Si nous desirons oniharrassor lo Gouvernement annamite, nous
pourrions le mcllre en demeure de rembourser ces sonimes. on
faisant valoir que Luu Vinh-phuoc était fonctionnaire anna-
mite.
Dans une entrevue de M. Rheinarl avec le Thuong Bâo,
celui-ci vient à prendre ouvertement la défense des Pavillons
Noirs * :
Le Thuonf;-Bi\c « représenle d'abord Luu Vinli-pbuoc et sa
Ihinde connue étani de trop mince valeur pour que nous nous
imafi^inions devoir inlervenir : l'autorité annamite saurait vik*.
si nous lo soidiaifious, les faire disparaître. H contesta ensuite
qu'il V oui jamais eu de droits perçus sur les marchandises par ces
pens : ce sont les commerçants, prétend-on, qui ont imafçinécos
fables auxquelles on ne doit pas ajouter foi. Peu hj>ou le discours
changea. Luu Vinh-phuoc ayant rendu des services et fait sa
soumission avait été chargé de garder le haut du fleuve sans cesse
ex|K)sé, sans s(»cours, aux incursions de bandes de brigands. Si
on le chassait, le pays serait sans défense contre eux : que devien-
draient aussi c(« « Pavillons Noirs» débandés et pourchassés ; ils
susciteraient des désordres dont nous serions la cause première,
dont nous aurions en quelque sorte la responsabilité. Luu Vinh-
phuoc n'a jamais pu se permettre de nous insulter, et, enfin,
pourquoi nous im|)oser inutilement de grosses déj>enses. Le
traité nous oblige à secourir l'A nnam en cas de besoin, et ce|M»n-
dant on no nous a jamais adressé aucune demande pour nous
causer de dérangements que Ton peut éviter.
Vu mois de février 1882, il est question d'envoyer en
France une ambassade dont le chef serait le Tong-Doc de
Binli-Dinh, ancien Tham-Bien du Thuong Bac, puis Tuan
Phn, au Quang-Binh ; le second ambassadeur serait le bien
Ly trân. A ce sujet, M. Hheinart écrivait au Gouverneur
(Hue, 18 février 1882): « J'espère que l'on demeurera
rigoureusement fidèle à la résolution adoptée, de ne laisser
I. M. Rhoinart an Gouvcrnour, 12 avril 1883.
344 I^FKArBE W T<.>.;-M>r.
partir une ambassade, qu'après que le Chargé d'AHaircs au-
rait été reçu en audience privée, et que Ton se serait en-
gagé à en accorder désormais, quand il serait nécessaire. »
Il n'y avait pas qu'en Chine que se débattait la question de
l'audience.
Au sujet de cette ambassade, notre chargé d'Aflaires à Hué
écrivait au gouverneur (Hué, i3 avril i88a):
D'npnV les bruits que j'ai pu recueillir, un évôcjue espagnol,
des missions du Tong-Klng. aurait vivement conseillé, il v a
quelque temps, cet en^oi d'une ambassade avec mission de se
rendre à Madrid: il aurait ofTert un de ses missionnaires pour
accompagner les .\nibas3adeurs en Espagne, et leur servir d'in-
forprète. Nous savions, depuis longtemps, que les missionnaires
espagnols sont hostiles au développement de notre influence au
Tong-King, nous devons donc nous attendre à les voir se ranger
contre nous ot prendre parti pour l'Annam. Ils disposent d un
peu plus de moitié des Chrétiens tonkinois. On m'a dit que l'am-
bassade se rendrait au Japon et dans presque foute.s les capitales
de l'Europe; je doute que l'on ait récllemenlce projet. Lelrailé,
en tout cas, nous permet de nous opposer à des démarches de ce
genre, et j'espère que nous ne tolérerions pas un tel mépris de
nos droits.
LB COMMASDAMT RIVIKHE A HA-BOÏ
Dans la lettre suivante, M. le Mjredc Vilers indique les
raisons qui l'obligent à doubler la garnison de Hanoï et il
donne au commandant Rivière', chef de la division navale,
les instructions nécessaires pour la mission qui lui est con-
fiée, n Le i8 janvier, k une heure de l'apiès-niidi, une circu-
laire du gouverneur prévient le commandant Rivière que
son départ est contremandé par une dépêche de M. Gou-
geard, ministre de la marine, qui prescrit de ne rien entre-
1. Riviôre, Henri- /.aurent. né h Parie, le li juillet 1837; enlr^ i
l'Écde ntvalo en i8A3 ; ■«pîrint. i8t5: (>nscigne do vaiMeiii. i8^ ;
lieutenant do vaitseiu, i856; capitaine de frcgalo. 1870; CB|ntaine de
vaiMoau, 1880. — 11 avait quitlti la t'rmncc le 16 octobre 1881.
LE nOMMWDKNT lUVII.RK V II \-\OÏ S'jÔ
prendre avant Farrivéc de l'amiral Pierre, nommé comman-
dant supérieur des forces de terre et de mer. Le i"*" février,
on apprend à Saigon la chute du ministère Gambetta,
M. Gougeard suit le premier ministre dans sa retraite V »
Saigon, 17 janvier 1882*.
A la suite de Tattaque dont ont été victimes MM. Courtin et Vil-
leroi, voyageurs Français munis de passeports régidicrs, j*ai du
faire des représentations au Gouvernement Annamite et l'engager
à expulser de son territoire le^ mercenaires chinois à sa solde
connus sous le nom de « Pavillons Noirs ». Sans repousser ma
demande, la Cour de Hué, sous le prétexte que ces irréguliers lui
avaient rendu des services, mais en réalité par impuissance, n'a
pu me donner satisfaction ; elle s'est contentée de me répondre
qu'elle éloignerait ces bandes.
D'un autre côté, j'apprends que Luu Vinh-phuoc vient de se
rendre en Chine, salué sur son passage comme un chef d'ar-
mée, et emportant des sommes considérables destinées sans aucun
doute, à recruter de nouveaux soldats. En même temps, des
saisies opérées par les Douanes ont prouvé qu'il se faisait un
approvisionnement considérable d'armes h tir rapide et de nui-
nitions de guerre.
Dans ces conditions, il me parait nécessaire de mettre nos
troupes à l'abri d'une surprise et j'ai décidé que la garnison
de Hanoï serait doublée.
Vous voudrez bien donner des instructions pour que le « Drac »
appareille Jeudi soir et porte au Tong-King deux compagnies de
renfort.
Je désire que vous présidiez à cette opération. Vous connaissez,
mon cher Commandant, les vues du Gouvernement de la Répu-
blique, il ne veut à aucun prix faire, à 4 mille lieues de la
France, une guerre de conquête qui entraînerait le pays dans de
graves complications.
C'est politiquement, pacifiquement, administrait vement que
I. fsC commandant Rivière et Vexpédition du Tonkin, par Charles
Bande de Maurcetcj, avec une proface de Alexandre Dumas Bis. Paris,
Paul Ollendorff, i884. gr. in-i8; voir p. 107.
a. M. Le Myre de Vilers au commandant Rivière. — Livre jaune ^
p. aoa.
w*
isdcvo
(•tendre ri a
r nnlro iiiHiii
s pn-nons. aiiji
I Ton^-kiiift et
n cas d'obso-
r ùïiler celle
r loger
on Annam : aussi la iii<rsiirp c
elle eflson tic llo ment |)rt:\enliv
Vous devrcï donc n'avoir recours ù la frtr<
hie ncccsaîté. cl je compte sur ^otre priidcn
éventualité peu prniinblc d'ailleurs.
Nous n'avons pas à Ilunol le casernement n
4*10 hommes. Vous aurez à créer une installation provisoire: je
vous ixt^inniandc de la faire aussi salubrc <]uc j»ossiblc, car
avant tout il Faut ména^'cr la vie et la sanU- de nos soldats,
C^omme vous le savez, des Douanes intérieures ont été placi'-e»
|wir les Pavillons Noirs sur le cours du Snng-Koy et de sesamuenis.
rorilrairemenl ann traili'-s. Vous aiu-e/ à surveiller le Fleu^e, et je
ccinsidére ooiume très utile d'établir lui poste fortilié à l'emlMiu-
cliurc de la Rivière Claire. Vous fereu étudier le projet |>ar l'olli-
cier du génie que je mets à votre disposition et vous conimeii
cerez les travaux lnr$(|ue vous jugerez pouvoir le faire sans sortir
du programme |>acifique que je vous ai inditpié.
incontestable ment les autorités annamites auxquelles nous
nous adresserons pour obtenir la cession du terrain, feront de»
oWrvations . demanderont à en référer h liué et cherclierout à
f-nf^ner du temps ; von» |>assi*rez outre, torsqut
jKiraltra venu. J'ai, du l'esté, tout lieu de c
renconlriTcz aucune opjiosition sérieuse. Vm
aucun rapport direct ou indirect avec les l'nv
nous ce sont des pirates et vous les traiterez t
mettent sur votre mute: seulement comme
montrer uiéuuger de la vie humaine, au liei
les armes, vous les e\pédierîeï à Saïgor
l'nulo-Condnr.
Dans le cas peu |)robablc où vous
imjKViales chinoises, vous éviterez soif{neusein
il est possible que votre présence seule provoque un mouve-
ment insurrectiomiet de la |»arl de la population : vous aurez
^'rand soin de ne pas vous y as.socier sans m'en avoir référé.
L(-s fonds nécessaires à ta première installation seront mis à
votre disposition par M. le Chef du st!r\ice adminisiratir; ulté-
rieurement, je prendrai les mesures m'ces.saires pour que les Ira-
vaux d'établissement soicrit payés sur les Douanes.
Si vous aviez lM\soin de forces supplémentaires, votis m'en
ferlez la demande et j'y satisferais Immédiatcmeut.
; le moment v
10US devons umis
au lieu de It-s pas.ser ]>ar
I et je les ferais interner à
rencontrericE des troupes
••T?'n?r?'
J-F. COMMVM)\>T UIVIKUK V II \-\OÏ 3^|7
Jr no crois pas dovoir vous cloiincr dinslruclions plus dolail-
Ires, elles ne feraient que vous entraver» car probablenienl il se
produira des incidents cl des nc^cessités que je ne puis prévoir,
mais je compte sur votre patriotisme et votre sa^^esse pour ne
pas engager le Gouvernement de la République dans une voie
qu'il ne veut pas suivre.
Toute ma pensée peut se résumer en cette phrase : évitez les
coups de fusil, ils ne serviraient à rien qu'à nous créer des
embarras.
L^amiral Jaurégiiiberry, ministre de la Marine, donna
son approbation à ces instructions (Paris, /j mars 1882) et
ajoutait dans sa lettre au gouverneur de la Cochincliine :
« J'ai tout lieu d'espérer que M. Rivière saura faire face à
la situation délicate que nous crée au Ïong-King la présence
de nombreuses bandes armées qui occupent ce pays sous
divers pavillons. » De son côté, M. de Freycinet, ministre
des Affaires étrangères, écrivait à son collègue de la Marine
(16 mars 1882) qu'il ne pouvait qu'approuver les ordres
écrits de M. Le Myrc de Vilcrs. D'ailleurs, le gouvernement
français était déterminé à donner un caractère plus accentué
h notre protectorat sur le royaume d'Annam.
Enfin, Rivière quitte Ha-noï le 25 mars en qualité de
commandant supérieur avec le Drac et le Vrimaaguet, por-
tant deux compagnies d'infanterie de marine, commandées
par le chef de bataillon Chanu, vingt tirailleurs annamites,
M. Dupommier, capitaine du génie, trente marins du Tilsill
sous les ordres du lieutenant de vaisseau Thesmar, quelques
artilleurs et le D"^ Maget. En arrivant, Rivière trouvait
M. Berthe de Villers, deux compagnies et trois canons'.
Notre consul, à Ila-noï, écrivait le 16 avril au gouver-
neur :
L'arrivée de nos troupes a produit un grand effet dans le
pays. Les mand(^rins de Hanoï surtout ont été très émus.
1. Baudo de Maurcelej, p. isi.
3.^8 l'akf*ire Dr TOic-iiNr.
Malji^'' Ira asrtiiranrcs loiilr» pac)lH|iies ((lie leur a <lniiiiéi>( div
iton arrivée M. le Commandaol Rivîùrt?, iln ont commeiicé aus-
sîlàt à mellrc U cilailelle en état (If défcniic ot nous en odI
interdit l'entrée, sauf pour les ^iKites oUicielles. qui doivent t^tre
clia([uc fois l'objet d'un aerord spécial : encore le l'ong-Uoc.
Gouverneur général de tia-noî el Ninii-Binli. rcluse-t'il de les
rendre en personne, ne voulant plus sortir un seul instant de la
place qui lui est conltée. Tous les soldats en eon^é ont été rap-
[lelés; d'autres arrivent dw provinces voisini-s et on ortlonnc
jiarloul de nouvelles le>éi'S. Entiu. sauf rap])el aux Chinois, qui
serait luie pi'ovocalion trop directe à notre endroit, le» autorilt'-s
de lla-nol rassemblent toutes les forces à leur dîs|)Osition. Quant
h la population, rlli- n'a pas cessé de nous téinoi'cner de la bien-
veillance, mais, eu général, on croit peu n la pix. Il ne m'est
pas possible de vous le cacher. M. le Gouverneur, je pense moi-
mémo que les circonstances amèneront fatalement la rupture
que nous aurions voulu éviter.
De Hué, le m^mc jour, i6 avril, notre chargé d'Aflaires
écrivait au gouverneur :
Cet envoi de troupes a causé ici une grande émotion : on se
demande <|uels sont nos projets, on rrnint que nous reprelttons
d'avoir rendu les quatre provinces dont les citadelles avaient été
enlevées en 1873 par M. Garnier, et que nous nous disposions
à les reprendre- S. M. est, dit-on, en proie à une ^ande agita-
tion, qui se traduit |>ar de généreuses distributions de coups de
rotins à ses femmes innocentes, victimes de la |Kiiitique.
Les mandarins (le Ha-n<)ï accumulant soldats et munitions
dans la citadelle qu'ils entouraient de nouvelles fort ifK») lions,
le danger pouvait devenir grand pour la petite armée fran-
(;a'tsc. Les mêmes causes engendrent les mêmes effets, ol ce
qui provoqna la prise de la citadelle do Ha-noï par Francis
Garnier en iSyS, devait forcer Kivière à l'action en 1S83.
Voyant ses remontrances restées sans effet, liivière se décide
à adresser l'ultimatum suivant au Tong-Doc' :
1. Livre jaune, f. ija.
>;. i' 'r^ ^f^'^TT-T .*-
LE COMMANDANT IIIVJKUK A II \-\OÏ 3^0
Hanoï, le tô OMil i88:j.
Monsieur le Gouverneur,
D^s mon arrivée, je vous ai fait dire ot je vous ai écrit dans
quelles intentions la France envoyait des troupes à Hanoï. Elle
voulait être en situation meilleure |)our protéger ses nationaux
et SCS voyageurs contre les Drapeaux Noirs. Il n*y avait dans cet
acte rien que d*amical et de conforme avec son alliance avec le
Gouvernement Annamite.
Comment avez-vous répondu h mes communications? Par la
défiance et par l'hostilité.
Le lendemain môme de notre arrivée, vous faisiez fermer
devant nos ofiiciers, qui la traversaient librement la veille, les
portes de la citadelle. Dans la visite que je vous ai faite, je récla-
mais avec courtoisie contre cette mesure et néanmoins vous y
persévériez.
Vous ne m*avez pas rendu la visite que je vous ai faite.
Vous avez commencé immédiatement des travaux de défense
et vous les avez poussés plus vivement chaque jour de la façon la
moins déguisée et la plus apparente à nos yeux.
\ deux reprises et a quelques jours de distance, quand le
Quan-an et le Tuan-Phu m*ont fait visite, je les ai priés de vous
dire que je ne voyais pas avec satisfaction ces travaux de la cita-
delle.
C'était un avertissement amical que je vous donnais. Vous
n'en avez pas tenu compté et les travaux ont été continués avec
plus d'activité que jamais.
Cet étal de choses. Monsieur le Gouverneur, ne peut pas se
prolonger. La citadelle serait désormais pour nos troupes un
danger qui doit disparaître.
Or, écoutez maintenant ce que je vais vous dire.
La proposition que je vais vous faire est un moyen de conci-
liation pour que le différend actuel ne s'aggrave pas entre les
deux gouvernements.
Je vous propose, aux conditions que je vais dire, de me rendre
la citadelle.
Dans ce but, aujourd'hui, et aussitôt avoir reçu cette lettre,
vous donnerez à vos trou|)es l'ordre d'évacuer la citadelle après
y avoir déposé leurs armes et d'en ouvrir les portes : et [x)ur
gage que ces ordres seront exécutés, vous vous remettrez de
votre personne entre mes mains, ainsi que le Tuan-Phu , le
35o l'affaike dv tung-king
Qiian-bo. le- Quan-an. le Dl-Doc, le ChAnli Unh-binli et le
Plio Lànli-binli à huit lieures pr^ises du malin.
Le délai oat court, mais il y a aKsoz longtemps que vous pouVFi
prï'Yoir toutes les conséquences de ce qui se passe pour que vous
n'en soyez pas l'tonnc.
Je vous attendrai donc chez moi à huit heures du matin. Mes
soldais prendront alors, de voire aveu et sans] qu'aucune r^is-
taiicc leur soit opposée, possession do la citadelle.
Je me réserve de prendre dans la citadelle les dispositions qui
me parallroiit convenables pour la rendre désormais hors d'état
de nuire à nos troupes.
Mais api-fy avoir pris ces dÎ3|>osilioiis, ce qui nécessitera u»
espace de trois jours, je m'engage h vous remettre la citadelle
avec ses ma^'asins, établissements et logements, ainsi que la [>Jus
grande |)artie de son enceinte.
Itien ne sera changé dan.i l'administration intérieure de la
province, qui continuera à appartenir au gouvernement de
S. M. ic Koi d'Annam.
La. citadelle seule sans ces.ser de vous appartenir, aura cessé
d'être pour nous un sujet de défiance.
Si vous accepte! ces conditions, la bonne harmonie sera réta-
blie enli-e nous et votre arrivée à huit lieui'es au Consulat prou-
vera que vous voulez la paix et )a concorde.
Mais si à huit heures précises vous n'êtes pas venu vous-même
au Consulat avec tous les niandarins ci-di<ssu3 déitommés pour
me l'aire savoir que vous avez accepté mes conditions, l'attaque
de la citadelle par mes trou|)es commencera immédiatement.
Le Tong-Doc n'ayant rien répondu h cet ultimatum, Tat-
laque de la citadelle par les troupes françaises commença :
PRISE DE LA CITADELLE DE HA-\OÏ
Hanoï, le 35 avril iSSi'.
Monsieur le Gouvehneuh.
Ainsi que ma lettre du 10-18 avril vous le Taisait pressentir,
I. Lollrp i)u ommindaiit Rivière i M. Le Mjmde Mlors. — Livre
jnune. p a^i. — Voir le TB|)porl ik- Riiif-rc au ministre He la marine.
PRISE DE I.V CITVDELI.K DE II \-N()ï 35 1
j*ai dû prendre la citadelle de Hanoï, delà ne pouvait pas dnrei-.
Je vous envoie ma lettre au Tong-Dor, cpii nous mettra provi-
s<ii rement au courant.
A 8 heures i5, la « Fanfare », la « Massue » et la « Cara-
bine » ont commencé lo bombardement. A lo heures ^5, on a
donné l'assaut par escalade et en attaquant directement les port(\s
Nord cl Est et à 1 1 heures i5 la citadelle était prise. Nous avons
quatre blessés, non grièvement, dont Monsieur le Chef de Ba-
taillon de Villers (contusion d'un biscaïen au genou). J'ai fait
aussitôt prendre les douanes à Kergaradec.
Je pense que nous pourrons laisser l'administration civile auv
mandarins. J'ai négocié et négocié [X)ur cela. Il y aura tout
profit pour nous et aucune peine. Je crois que notre occupation
au Tong-king doit se résumer en une occupation militaire. On
tourne doucement la vis et l'argent, comme l'innuence, nous
restent acquis. Je m'empresse de rendre la citadelle inoffensive
à l'avenir. J'ai fait jeter dès aujourd'hui la moitié de ses canons
dans les foss<'»s. Demain on fera le reste, sauter les portes, et des
brèches. Notre concession fortifiée, et je vais y aviser, en com-
nninication par eau, avec Haï-Phong, est notre seul |)oint d'oc-
cu[)atioii vrai. Tout au plus un l>on petit blockhaus dans la cita-
delle, avec un cliemin libre qui la relie à la concession. Av<»c
un poste sur la rivière Claire, la navigation du lieu ve Rouge est
déjà assurée. On verra après. J'attends vos ordres.
Quand Rivière entra dans la citadelle, le Tong-Doc s'était
• pendu. Les mesures prises par le Commandant furent com-
plètement approuvées par le gouverneur de la Cochinchine
et le Ministre de la Marine.
Paris, le 30 juin 1883.
Monsieur le Gouverneur,
Votre lettre du 37 Avril dernier concernant l'étal de nos rela-
tions avec r Anna m faisait prévoir les événements qui se sont
produits depuis lors au Tong-king et dont m'informe votre dé-
|KVhe du 2 Mai, conlirmative du télégramme du i*' du même
mois. La facilité du succès m'était démontrée par les événements
précédents et j'applaudis à la vigueur et à l'entrain avec lequel
cette affaire a été menée.
353
Ce qui me prrâccupc est la ficiiaéc au devant de laquelle,
d'ailleurs, *ou3 allez vous-in^nic : la nécessite de rendre no*
SUCCÈS efTicBce» en bornant notre occupation.
Comme vous le dites : o La seule éventualité qui me paraît a
redouter serait de trop nous étendre; en disséminant noa forces,
nous les rendrions inedicaces et nous nous exposerions à des
échecs de détail qui ruineraient notre prestige, s
Votre préoccupation est sage et je donne ma pleine adhésion
il l'intention que vous manifestez de faire administrer provisoi-
rement la province de Hanoï au nom du roi Tu-Duc. eu ne
conservant en nos mains que la haute jiolice et la gestion de»
Douanes. Cette attitude est d'ailleurs conforme au Traité de r 874-
Vous vous pro|)osez d'assurer la libre navigation du Song-Koy
cl de Icnir en res|M!ct les « Pavillons Noirs » en créant un poste
fortifié au confluent de la rivière Claire. L'rmplaccmcnL est bien
choisi : en nous établissant sur quelques {raints où nous con-
centrerons nos ressources militaires et où nous pourrons faire
rayonner notre action, nous arriverons au but sans exagérer nos
elTcctifs. Vous pensez que les fonds trouvés dans la citadelle suf-
firont & payer les frais de cet établissement.
Vous prévoyez, en outre, que l'ouverture du port de Nam-
Diub vous procurera une augmentation de droits d'environ
100000 piastres et qu'aucun crédit ne vous sera nécessaire. Je
prends acte avec plaisir de cette double déclaration.
Le Couvernemcnt de Hué peut se convaincre à cette heure
que nous sommes décidés à faire respecter les traités et à em-
ployer les moyens nécessaires pour les exécuter; en un mol k
assurer la libre navigation du Song-Koy que ce gouvernement se
montrait impuissante garantir, si, toutefois, il Icdésirait. Main-
tenant il s'a|)crvoit que les mesures dilatoires ne sauraient pré-
valoir contre notre ferme volonté.
Je donne donc mon approbation aux premières mesures que
J'approu^e également les nouvelles instructions (lar vous
données le 3 Mai h M. le (îonimandant Rivière et la recomman-
dation que vous lui adresKez d'éviter des complications inutiles,
l'état de l'Rluropu ' ne permettant pas a la Krancc de s'engager
dans des entreprises longues et coùteus)*».
1. Alexandrie fui bombarda en juiMel i88a.
"^T^Z ^r-*»''./'
■V >>i
PUISE DE L\ r.lTVDEI.LE DE IIA-NOÏ 353
Je conslalc avec plaisir que sagenieul vous ne voulez rien
laisser h l'aventure cl à l'enlraînemenl du succès, et que votre
politique tracée par votre dépi^che du 5 Mai est conforme à
celle du Déparlcincnl : a Profiter du terrain acquis par notre
acte de vigueur pour asseoir d'une manière plus complète notre
autorité et notre influence dans le bassin du Song-Koy, sans
avoir recours à l'occupation cfliDctive du pays. »
Nos relations avec la cour de Hué, pouvait écrire M. Le
Myre de Vilcrs au ministre de la Marine, le ii juin 1882,
trop tendues à la suite de la prise de la citadelle, ont été
maintenues grâce à la modération dans le succès de M. le
commandant de la station navale, à la prudence de notre
chargé d^Vflaires et au désir de S. M. le roi Tu -Duc de con-
server la paix pendant la fin de son règne.
Le marquis Ts'êng s'émut de la nouvelle, parvenue h
Paris, de la prise de la citadelle de Hanoï, et présenta par
écrit et de vive voix à M. de Freycinet des observations
fondées sur le prétendu droit de suzeraineté de la Chine sur
TAnnam ; il demandait même le rappel de nos troupes du
Tong-King (6 mai 1882). M. de Freycinet lui ré|)ondit
(3i mai) « que le gouvernement de la République, soucieux
de faire respecter un acte qu'il a signé, avait donné aux
autorités coloniales en Cochinchine l'ordre d'assurer l'exé-
cution du traité conclu entre la France et Fempire annamite
en 1874 ».
Le 9 mai, les ministres du Tsoung-li Yamen se rendirent
a Pé-King à notre légation, pour avoir des renseignements
sur ce qui se passait au Tong-King, et demander à notre
ministre d'aviser le gouvernement français pour « rappeler
que l'Annam est placé sous la suzeraineté de la Chine el
pour demander que le fait soit ainsi constaté ».
Suivant une habitude trop répandue dans notre pays, les
diverses administrations ne se concertaient pas entre elles,
aussi l'action manquait elle d'unité.
CORDIER. II. — u3
M. Bouriîc, ministre de Franco en Chine, écrivait à M, de
Freycinet, président du conseil, ministre des AiTaircs étran-
gères h Paris.
P(^-King. le a6juin i88a.
Je continue d'tHre sons nouvelle aucune de ce qui se passe au
Tnnfî-King aulrenienl que jtar quelques rares eDrres|ion<lances
jiu])liiVs dans les journaux de Cliang-llo!. Le Ion nous en est d'ail-
Irurs. tri'n s\iniialliiqiie. J'ai écrit la semaine dernière k M. Le
M\re dcVilers pour faire ressortir à ses veux les évidents incon-
vénients qu'il ) a à laisser ainsi la Lé^^ation démunie de toute
informalion sur les (événements qui l'iniércsscnt à un si haut
di'frré, et au sujet des(|uels je puis, d'un instant à l'autre, avoir
à n'pondre, comme je me suis trouvé dans le cas de le faire, il des
inter|)ellations qui ne devraient jamais me prendre au dépourvu.
Je serais reconnaissant k votre Excellence de vouloir bien insister
auprès de son collègue. M. l'amiral Jauréj^iberry pour que
.M. le Gouverneur de la Cocliincliine reçoive des instructions
dans ce sens. De mon càté je ne manquerai pas de faire tenir à
M. Le Mvrc de Vîlers. tous les renseignements se rapportant aux
aiïaircs de l'Annam que je parviendrais à recueillir et qui me
paraîtraient de nature à l'intéresser.
J'ai reçu hier de M. l'amiral Mejer. acluellement au JB|K>n,
un télégramme m'annongant qu'il venait d'être invité à envoyer
deux des navires de sa division à Ilalphong. Le Commandant
de noire station navale n'est pas plus nu courant que moi-même
de ce qui a pu provoquer celte décision et il me demande si j'ai
entendu jiarler de v l'apiiarition d'une escadrille de canonnières
chinoises dans le golfe du Tong-King ». Les journaux chinois
aiaient il y a trois semaines, [>arlé de quelque chose de sembla-
hle. mais je n'y avais attaché aucune importance. La commu-
uiealioii de l'Amiral me lit supposer que nous nous trouvions
en pr<''sencc d'une manifestation plus sérieuse que je ne t'avais
]H'nsé. Je me suis hâté de demander des éclairci.sseuients au
Yamcn. Les Minbtrcs m'ont donné l'assurance formelle ■ que
« cette nouvelle était dénuée de tout fondement et qu'aucun
« ofiicier général, ni aucun bâtiment de guerre chinois, n'avait
d été envoyé dans cette direction ».
Par contre, des troupes [nipériales en assez grand nombre,
auraient été échelumiées tout le long de k frontière sur If terri-
toire annamiU.
PRISE DE LA CITADELLE DE IIA-NOÏ 355
« Ces dispositions ont éié prisos, a-l-il (Ho cJil à mon proniier
« inlcrprète, uniquement en \ue d'interdire J'accès du lerri-
« toire chinois aux bandes des insurgés qui parcourent les dis-
« Iricls seplenlrionaux du Tonkin et que vous poursuivez vous-
« même : mais elles ne sauraient avoir aucune influence sur
a rien de ce qui a trait à notre police fluviale du Song-RoY-
« Du reste, ont ajouté en terminant, les membres du Yamen,
nous avons chargé le Marquis Tseng de traiter cette aflaire à
Paris, et c'est pourquoi nous avons évité d'y revenir dans nos
entretiens avec M. Bourée. »
Voici la réponse du gouverneur de la Cochinchinc à la
lettre de notre ministre à Pé-King :
Saigon, le 8 juillet 1882.
Monsieur le Mlmstre,
J*ai rhonneur de vous accuser réception de votre dépêche,
en date du 9 juin, et de la lettre particulière que vous avez bien
voulu me comnniniquer.
Notre situation au Tong-King est aqssi bonne que possible et
nos relations avec la Cour de Hué sont devenues plus cordiales
qu'elles ne l'ont jamais ét^.
La prise de la citadelle d'Hanoï n'a été qu'un incident fA-
chcux causé par la maladresse et le zèle intempestif du Tong
Doc ; le Gouvernement Annamite l'a reconnu lui-même et a,
depuis, par de judicieuses instructions données à des gouver-
neurs de province, prévenu le retour de semblables nécessités.
Mes instructions du 1 et i4 Janvier sont tellement catégori-
ques que je ne crois pas avoir h me préoccuper des observations
que peut présenter la Cour de Pé-king ; M. le Ministre des Af-
faires étrangères a d'ailleurs prévenu M. le Marquis de Ts'êng
que les réclamations de Son Gouvernement ne |X)urraient être
accueillies et que nous gardions notre liberté d'action.
Veuillez agréer. Monsieur le Ministre, les assurances de ma
haute considération.
Le Gouverneur :
Le Myke de Vilers.
Le Minisirc do In Alurlnc sfrnl)lc parlager la manière de
\ftir de M. Boui-éc :
l'aris. le G Septembre i88a.
Monsieur le GouveuNEun.
M. Ip Miliisirc di's AITnircs Ëlrangères m'ayanl fait pari dor-
iiUTeiiirnt d'une dé|ii'clii' de iioire con<iul k Canton, qui si|;na-
l.iit li< hruit île l'eiMoi de caiioimii'res chinoises dans les eaux
du Tonkiti. j'ai fuit coniinilre il mon collègue les doutes que
ririns])ii'nil n- reiisei finement.
Sur res l'iilrol'uites. M. Diiclerc' recevait de notre Ministre en
Cliine la lettre du a(i Jnin, dnnt une copie est d-joînte, et de
laquelle il résulte que In nouvelle en question a ^té efToctive-
iiieiil répandue dans l'Exlréme-Urieiit. \\aa, lonK[ue M. Ilourée.
avisi' par M. le (Îonlre-Aiiiirnl Mevei-, a inlerrO'^'é à ce sujet le
Tso»g-li Vainen, les membres du Conseil des AtTaires étranp'Te»
lui ont formel lenie ni d/rlaré (|u 'aucun bAlimenl de ftiierre eliiuois
n'aiait reçu l'onlre de se rendre diuis le f,'olfe du Tonkin.
Comme vous le verren. notre ministre en Chine signale les
a\aiila^es qu'il y aurait h ce que la légation fût tenue, par
vous, .tu courant des principinis événements du Tonquin. IX*
son cAlé. M. liourée si- pro|K)se de vous faire parvenir toul(-s les
inliirinations si' rapportant an\ aiïaires de l'.Vmiam et qui se-
raient de nature à vous intéresser.
I,e aiTvîce ne |ieul, en elTel, cpie pagner à l'échange de ces
ccimminiications réciproi]ues, entre le (iouvenieur de Cocliin-
ctiine d'une pari, et le Ministre de France, ainsi que le Contre-
\niiral, Conunandunt en Chef de la Division des Mers de
Cliitie. d'autre pari.
J'ai l'hoiHieur de vous prier, en con »!'■<( nenee de vouloir bien
éclian^'cr. avec M. lîourée el avec M. le Conlre-.\niiral Mever.
des eoMununiralîons aussi fréquentes que les circonstances vous
|t:u'nitr(>nt l'eviger, |K)ur les tenir au eonrant des faits les pins
inqiortnnts qui se produlsenl au Tong-kin);. J'i'-cris. en m^me
tenq». à M. le Contre- Amiral Commaiidanl en (Uief la division
de Chine, pour qu'il ne manque |ias non pins de vous fournir,
dans le mf^me ordre d'idtVs. les indications qu'il pourrait re-
cueillir el qu'il croirait devoir vous intéresser.
I. M. DiKlcrcnvail reniptacé \t. do Frejcinet. le 7 août 188a.
'^ »,
PRisi: i>i: L\ Cl r\i)i:ij,i: i>i; iix-noï l\:)-j
Il y avait une grande ditTérence entre le langage tc^nu par
Ts'èng à Paris, cl celui du Tscmng-li Yamen à Pé-king. Le
Ministre de la Marine écrivait à M. Le Myrc de Vilers :
Paris, le 29 Scplenibrc 1883.
MONSIKUR LE (ÎOUVERNKUR,
J'allais saisir M. le Ministre des Affaires Elrangères du projet
de conveiilion additionnelle au traité de 187^1 a\ec TAnninn
joint à votre coniniunication du vt Juillet dernier, lors(pi(» m'est
parvenu \olre télégramme ainsi conçu :
a Ne déposez |>as convention au Parlement, situation chan-
gée. »
Depuis lors, vos deux lettres des 6, 7 et i3 Août dernier,
m'ont fait connaître le revirement complet qui s'est produit
dans votre esprit au sujet des AITaires du Tong-King et de la
politique h suivre avec la Cour de Hué. J'ai peine à m'expliquer,
je l'avoue, en m'en tenant aux termes de vos dernières corres-
pondances, les causes qui ont pu produire une modiiicalion
aussi complète de votre attitude. De vos comnuuiications anté-
rieures, de celles de notre chargé d'alTaircs h Hué, il résultait ce
fait que la prise de la citadelle d'Hanoï avait produit sur S. M.
Tu-Duc et sur son entourage un effet considérable et dont il
était important de profiter immédiatement. Se soumettant au
fait accompli, le Gouvernement annamite avait désavoué ceux
de ses agents dont la résistance avait motivé de notre part cet
acte d'énergie et les avait remplacés par des (iionnuissaires plus
raisonnables et manifestement sympathiques à notre iiiHuence.
Tout en prévoyant la nécessité d'un(î action plus énergique de
notre [>arl contre les chinois du pavillon noir et en manifestant
quelque doute sur les ouvertures de soumission laites par leur
chef, vous considériez comme possible d'asseoir d'une manière
plus complète notre autorité cl notre influence sur le bassin du
Song Roy sans avoir recours à l'occupation elTective. \jO soin de
Fadministration et de la distribution de la Justice devait rester
contié aux mandarins annamites : nous ne nous réservions que
la haute jwlice sur toute la région et la gérance directe des
Douanes en tenant le^ autorités annamites au courant de nos
0|)érations. Vous estimiez que, pour prendre dans le pays celle
altitude plus accentuée et plus conforme à nos intérêts et à notre
tlignitâ. vous possédîo/ dos ressources siifIJsnnips en hoiiinies et
<Mi argent.
Enfin, vous exprimiez l'avis qu'il convenait de profiler de
l'émotion profonde produite sur la cour de IKiî' pour obtenir
ih S. M, Tu-Diic la signature d'un traité additionnel plaçant
netlement l'Aniiani sons notre protectorat. Cette disposition me
paraissait enipninler un caractère particulier d'urgence à l'inci-
dent fâcheux qui a eu pour dénouement l'exécution du fermier
d'optutn. Nai Dxonf;. tïe chinois étant un sujet anglais do Sin-
pa[>ore. le Gouvernement Lrilanniquc pouvait prollter de l'in-
suflisann; du traité de 1874 ]«>ur demander directement salis-
faction au Gouvernement de Hué et nieltre ainsi <>ii érliec noire
situation vis-à-vis de t'Annani.
dette politique, si nettement nccusi'-o et il laquelle j'avais
nilliéré en donnant mon approbation aux instructions par Toa«
adressées en ce sons à M. Riieinart el h M. le Commandant
RivitVe, se trouve aujourd'hui presque complèlement infirmée.
D'une pari, prenant texU; des événements survenus en Ègvpte
et de mes recommandations de ne nous engager dans aucune
complication nouvelle, vous limitez noire action au Tonkin à
l'occupation de la pagode rovale d'ilnnol et à la gérance directe
des i>oiiane5 ; de l'autre, vous êtes d'avis de n'ap]>orfer aucune
amélioration au traité de 1874 dont l'insumsance vous paraissait
si nettement démontrée.
Quels sont les incidents locanx qui ont molivé ces cliange-
menls i" J'en cherche en vain la trace dans votre correspondance.
Je ne saurais, en cITet, considérer (.■omuie sérieusement menaçant
l'article du Chen pao, Gaxelte de Chang-llal. (|uc vous a adressé
noire consul général et dans lequel on jirélc à la Chine des in-
tentions hostiles à notre endroit. Déjà, on avait fait courir le
hrnit que le Céleste Kmpirc avait envoyé ou se disposait à en-
voyer des caîlonni^res dans le Tong-King pour nous en expulser,
vérification faite, ces nouvelles ont l'Ié reconnues dénuées de
fondement. Nous .sommes bien n^ohis, d'autre part, à re|Xiuss<T
énergique ment, le traité de 187^ on main, l'intervention de la
Chine dans les alTaires de r.\nnam, el j'ai lieu de penser cpie
cette attitude bien nette de noire |»art, sulTira à faire disparaître
toute démonstration sérieuse de ce cAté. Quant aux affaires
d'Kgvpte, elles sont maintenant entrées dans une phase qui ne
|)rut avoir nucuiie lulluencc directe sur notre jmlilique au Tong-
K.ing et vis-à-vis de l'.^unam. A moins de diflicultés que je ne
connais pas, je no vois fj^uorc, je le répète, les raisons qui ont
pu vous conduire à modilier la ligne politique par vous-nn^nie
tracée cl que j*avais acceptée dans la mesure de prudence et de
réserve dont vous ne devez jamais vous départir.
J'aime à penser que vous trouverez l'occasion de renouer a\ec
l'Annam les négociations nécessaires pour apporter au traité du
i5 mars 1874 des modifications qui nous assurent, sans con-
teste, le protectorat de ce pays et une action prépondérante dans
le Tong-Ring.
P. S. La Oé|)éche télégraphique que vous m'avez adressi»e le
24 de ce mois et à laquelle je réponds spécialement ne me [)a -
raît pas de nature à modifier la ligne de conduite que j'ai tracée
plus haut.
Un revirement, en cflct, s'était produit dans l'esprit des
conseillers de Tu-Duc, probablement sous l'influence des
nouvelles de Chine : on faisait courir le bruit que 5oo hom-
mes de Tarmée chinoise avaient débarqué à Pak-hoi et qu'un
vice-roi hostile était nommé à Canton. Il fallait absolument
mettre un terme à la situation qui nous était faite au Tong-
King, aussi M. Duclerc, ministre des Aflaires étrangères,
écrivait-il le i4 novembre 1882 à Tamiral Jauréguiberry :
Le résultat que voua avez en vue n'est pas. quant à présent,
l'exercice de la souveraineté sur cette province, mais rétablisse-
ment d'un protectorat complet, avec prélèvement d'une partie
des impôts en vue de diminuer les charges de notre occupa-
tion.
Vous proposez à cet elTet d'envoyer à Hué un Envoyé extraor-
dinaire qui recevrait pour mission de représenter au Gouverne-
ment annamite l'impossibilité où il se trouve de maintenir
l'ordre dans le Tong-Ring, et qui s'efibrccrait de lui faire ac-
cepter formellement notre protectorat. Nous nous engagerions,
de notre côté, à rétablir l'ordre dans la province vassale sur
laquelle l'Annam n'exerce en ce moment qu'une souveraineté
nominale.
Une double démonstration militaire appuierait, h Hué et
même au Tong-Ring, les démarches de notre Représentant,
3Co LAKF.UI.K DU T.INU-KISC
laiiflis ((lie noire Miiiislrc « Pt'-King s'nppliqiirrait n tli'-sinlcres-
scr le Tsoung-li Yamen de la question.
Je donne, en ce qui inc cnnccrno, ma pleine approbation au
projet que vohs avez bien voulu in'exposer. Je désirerais toute-
lois connajtre. en temps, utile, la teneur des dispositions fon-
teiitionuelles ([uc vous proposez d'ajouter au traité de i8yA,
atin d'en examiner les termes de concert avec vous.
Je suis tout pr<>l à me joindre h vous h l'eirct de demander
aux Clianilires les crédits nécessaires pour subvenir aux frais
d'expédition el d'occHpalion, et je ne doute pas »|iic le Parle-
ment ne rnnsenle nist-meut !i U[ie déiH-nM' annuelle de lo niil-
lioiis. qui |)arail irnilleurs detoir être couverte, dans un avenir
prncliain, par les ressources des contrées sur lesquelles nous au-
rons étendu notre protectorat.
Mais «ne dépôchc de M. liouréc annonce le rappel des
troupes chinoises du T<ing-Kin(< :
Cliang-IIaî. 5 Décembre i88a.
La puerre avec la Chine semblait inévitable ; je crois niaînle-
nnnl ipic le danger est écartt^ : après une résistance opiniAtrr. le
GonverneiDenl ciiinois consent à rappeler ses troupes du Tong-
King, L'ordre de reirailc a élé expédié par courrier rapide au
Kouang-Si et an Yun-Nan. En allemtanf. il est urgent de télt--
griipbier en Codiinchïne, afin de prévenir l'ouverture des liostï-
lités conti-e les lroiq>es im|M''riales. Nous sommes convenus que
jM'ndatil le liélai nécessaire pour exéciiler les instructions de l'é-
Kiug. la res[mnsabililé d'aucun des deux Gouvernements ne
serait engagt'C par une collision.
Je discute et je lous soumetirai hienlàt les bases d'un arran-
gement pour l'ouverture du Yun-Nan.
M. Ducicrc s'empreasc d'annoncer à notre agent qu'il
donne l'ordre d'éviter tout conflit armé ;
Paris, le 6 Décembre i88a.
\)m le reçu de voire télégramme d'hier, le Ministre de In
r de la Cochinchine h domu
s d'attaque k repousser, on
gage au Tong-King aucune action contre les troupes chin
ivilé le r.<i
s pour qu<
puisi; in: i,v ( i r\i)i i,i,i: di: iiv-\oï []C)i
M. Le M)re de Vilors vicnl de répoiidn» (juc cellivs-d paraisNont
s'être retirées sur la frontière, el <nraiiciin eii^a«^'emeiil iw sem-
ble possible. Il envoie néanmoins des inslructions au conitnan-
danl des forces françaises au Tong-King.
Enfin un nouveau léicgramme de noire agent à Pé-Kiiig
annonçait l'envoi d'un projet de Convention :
Cliang-llaï, le 39 Décembre 1883.
Le prochain courrier portera un projet de convention com-
biné avec le Vice-l\oi du IV Tclié-li el agréé par le Tsoung-li
Yamen ; ouverture du Yun-Nan ; reconnaissance de la protec-
tion française au Tong-King sauf sur une zone à délimiter sui-
vant la frontière chinoise ; garantie réciproque de cet état de
choses contre toute entreprise extérieure. Des télégrammes re-
présentent nos préparatifs pour le Tong-King comme hostiles à
la Chine. Si vous ne m'aidez pas à les démentir, Taccord paci-
fique sur les bases indiquées pourrait être conqjromis. L(»s forces
militaires chinoises dépassent beaucoup les appréciations du
Ministre de la Marine, Détails par la poste.
Les bases de rarrangemcnt négocié à Chang-IIaï étaient
formulées dans un acte que M. Bouréc qualifie lui-même de
mémorandum (Chang-Haï du 20 décembre 1882)* :
1° Il est stipulé, en premier lieu, que les troupes chinoises
évacueront le Tong-King, a condition que M. Bourée écrive
au Tsoung-li \amen imc lettre dans laquelle il déclarera
que la France ne poursuit aucun projet de conquête, aucune
entreprise contre la souveraineté territoriale de rAnnam.
Cette lettre a été remise par M, Bourée (môme dépèche) ;
2" En second lieu, il est convenu que la ville de Lao-
Kay sera cédée à la Chine, qui y établira un poste de douane,
« do telle sorte que les produits étrangers ayant franchi
« celte barrière se trouveraient placés au delà sous le régime
« ordinaire de tous les produits qui ont pénétre dans Pinté-
I. Livre jaune, p. 3o-i.
« rieur de la Chine jMr les |x>rLs ouverts w. — Dans la pen-
sée de M. liourcc, cette clause iinjiliqueraît à noire avantage
l'ouverture du Yun-Nan (télégramme de Cliang-Haï dii
39 décembre) ;
3° Enfin, une dernière clame divise leTong-Kiiig en deux
zones placées sous la surveillance resi)ective de la Chine et
de la France, et consacre pour les deux États l'obligation do
garantir te Tong-King ainsi organisé.
Des trois clauses qui constituent l'arrangement, l'une, la
première, a été immédiatement exécutée par les parties ;
quant aux deux dernières, elles ne pouvaient naturellement
ôErc acceptées que ad referemlam.
M. Duclerc donna son adhésion au principe de ces né-
gociations ; il ne se rendait peut-être pas compte de leur
portée.
Aussi bien la question du Tong-King était alors reléguée
au second plan : les yeux étaient fixés sur l'Egypte que
l'Angleterre avait occupée grâce à la faiblesse de nos gou-
vernants. Sans adopter un plan grandiose proposé par
Tamiral Jauréguibcrry, qui était d'ailleui-s le seul qui vit
juste, on envoyait au Tong-King la Corrèze avec 700 hom-
mes pour soutenir le commandant Uivièrc dont la position
pouvait être difficile sans renforts.
DISGRACE DE M. BOURÉE
Le 21 février iSS3, un cabinet était constitué sous la
présidence de M. Jules Ferry qui prenait Tinstruction pu-
blique ; M. Challemcl-Lacour assumait la direction des
Affaires étrangères'.
Le a3 février i8S3, M. Bourée télégraphiait h M. Chal-
lemel-Lacour:
1. M. Ducbrc ùUnl tombé malndc. M. Fallières avait ëlë chargé do
l'inlérim dci alTairo litrangi^ras, du 3g janvier au 11 février i883.
7»\-
r)is(;uA(:K dk m. hoi ui.k 303
Le \ice-roi de Tclu^-li est très iinpalieiil de comiallre J'acmeil
fait aux propositions que vous savez. L'ajournenieiil de notre
réponse nous expose à perdre le bcnéiice de circonstances favo-
rables, et à laisser surgir des complications nouvelles ; je vous
prie de me télégraphier le plus tôt possible.
On lui répondit par un télégramme le rappelant en France
et mettant fin à sa mission.
« Le 4 mars, M. Challemel-Lacour, d'accord avec M. Jules
Ferrv. arrêtait ses vues. Le 5, à midi, il rapportait de l'Elysée
un plan délibéré en Conseil. Le Gouvernement était d'avis que
M. Bourée avait fait fausse roule, en se laissant entraîner dans
la voie de négociations avec la Chine ; qu'il n'avait pas obtenu
l'adhésion du Gouvernement chinois aux propositions combinées
avec Li Houng-tchang ; que ces propositions mêmes n'étaient
pas acceptables, qu'enfin les pour[>arlers suivis à Tien-Tsin et à
Chang-Haï avaient le grave inconvénient de nous faire perdre la
position acquise depuis 187/1, en reconnaissant à la Chine le
droit de s'ingérer dans le règlement de nos rapports avec TAn-
nam. Il fallait revenir sur celte tentative malheureuse et réta-
blir les choses en l'état où elles se trouvaient antérieuremenl.
Le seul moyen était de faire connaître à la Chine que le Gou-
vernement de la République ne pouvait acquiescer à des combi-
naisons impliquant un partage d'influence au Tong-King, mais
qu'il restait prêt, comme auparavant, à traiter amicalement
|)Our le règlement des relations de couunerce et de bon voisi-
nage entre les deux pays.
Une pareille décision impliquait un désaveu de l'agent fran-
çais, qui avait pris l'initiative des pourparlers; elle devait, en
même temps, lui enlever, au regard du Gouvernement chinois,
l'autorité convenable pour relever des droits dont il avail fait
bon marché, et pour négocier utilement sur d'autres bases. La
conclusion nécessaire était donc le rappel de M. Bourée'. »
I. Billot, p. 35. — Nous citerons do ce nom qui est celui do l'ancien
directeur des affaires politiques Touvrage suivant qui est son œuvre :
//affaire du Tonkin, — Histoire diplomatique de l'établissement
de notre protectorat sur l'Annam et de notre conflit avec la Chine,
1882-1885, par un diplomate. Paris, J. Uctzel, s. d., in-8.
Le lendemain, 5 mais, le l«k'graii)mc suivant élaît exjiédié
à Ctiang-Ilaï :
Il n'est pas lonu. dans l'arrangement dont vous avez pris
initiative au sujet du Tong-King, un compte suflisant de notre
situation conventionnelle. Cet arrangement consacrerait, au
protil do la Chine, des concessions auxquelles il ne nous appar-
licnt pns do souscrire. Pour bien marquer notre sentiment à cet
i''f:ard, jp me vois, à regret, dan* la nécessitù de mettre lin à
volri' mission. Pîn alteiidnut vos lettres de rapptri, vons vous n[v
pliquere/ à l'tablir que notre décision n'inipliquc aucune ])eusii>
il'liostilid'^ contre la CInne. notiy; seul bul ^lant d'assurer l'ordre
au Tong-King dans 1« conditions du traité de 1874 '.
M, iîouréc répondit le 7 mars*:
Votre refus do souscrire aut arran^menls dont le l>é|Kirle-
ment avait, è deux reprises, admis le principe, nous rejette dans
l'iNconnu le plus inquiétant ; votre éclatant désaveu rMuil.
d'ailleurs, ici mon ràlc h néant, je doute que l'on ait pu peser
h Paris toutes les consi'-quences de la détenninalion que vous me
noiijiex el dans laquelle je fais abstraction des considérations qui
me sont personnelles.
. DISURACB VE 1
J'ai quelque raison de |)cnser que le rappel de M. IJourm-
ne fut [VIS dû eiitièreiucnt à la politique qu'il avait suivie
dans les aiïaircs du Tong-King. .Vntant [Kut-i'lrc que les
négociations avec la Chine, l'Iiostitité d'une clique locale
causa la disgrâce de M. Bource.
La concession frani^aisc de Ghang-llal est régie par un
règlement d'organisation munict[)alc établi le i^ avril i8()<S
par M. U renier de Monlmorand, alors Consul général. Quel-
ques Français, cl a leur tète, M. Ernest Millot, ancien pré-
1. Livre jaune, \>. 70.
CAL'SKS I)K L\ DISr.nvCE DR M. HOIHKK 3i\?)
sidonl du Conseil d'adininislralion nuinicij)alo do la conces-
sion française, second de Texpédilion de Jean Dnpuis,
Irouvaicnl que rinflucnee élrangèrc était trop grande dans
un Conseil municipal, composé de huit membres dont la
moitié étaient étrangers*. Ils oubliaient que la concession
n'est pas une colonie et cpie, outre M. Millot dont le com-
merce était insignifiant, mais qui représentait les intérêts de
MM. Rémi de Montigny, J. S. Baron et A. Grenot, pro-
priétaires fonciers, il y avait d'autres Français et des étran-
gers possédant des intérêts autrement considérables que les
siens. Le 21 mars 1879, M. Brenier de Montmorand, au
milieu de ses préparatifs de départ, reçut une lettre de
M. Millot, président du Conseil municipal de Cliang-IIaï
(Chang-Haï, 12 mars 1879) pour le « prier de vouloir bien
demeurer quelques jours parmi nous, pour donner votre
attention à des questions de la plus haute importance pour
l'avenir de notre concession et sur lesquelles le Conseil désire
vous consultera votre passage ii Chang-Uaï n.
M. Brenier, pressé de rentrer*, laissa la gérance de la lé-
gation à M. Patenotre avec le soin de s'occuper de la ques-
tion niunici^yale. M. Patenotre, qui sentait fort bien que le
but de la Municipalité était apparemment de s'affranchir du
contrôle du consul de France, déclara que la discussion ne
pouvait être mieux ainduite qu'à Paris, par M. Millot, qui
rentrait avec M. Brenier.
M. Bourée hérita de la situation. A une lettre de M. Millot,
il répondait (Pé-King, 17 juillet 1882):
Vous insistez de nouveau auprès de moi sur In nécessité d'in-
triKlnire des luodilicntions dans nos rogleinents nHniici[)au\ à
Cliang-llaï. Je suis tout prêt à admettre (ju'il )- aurait beaucoup
I. La France dans V Extrême-Orient et la concession française
de Chang'Ilaï. Conierciicc faite à la Société académique indo-chinoise,
le 3i mars 1881, par Erncsl Millot. Paris, Cliallamcl, br. in-8.
a. Voir p. l'io.
>
V
3fj() i.'affaire du tong-cing
ù critiquer dans IV'Ut de choses existant. Mais cst-il aussi simple
de l'améliorer que vous paraissez le croire!' N'oubliez pas qu'à
Chang-Haî, sur les concessions, nous ne sommes pas dans une
colonie française, dont nous puissions à noire seul gré modiGer
la législation. Nous avons à y compter avec les gouvcrnenienls
étrangers, qui ne se prâlcroul à aucune innovation défavorable
aux intérêts de leurs nationaux. Or, mallioureuseinent. nos na-
tionaux, si nous en défalquons surtout les missionnaires, ne
contribuent <[ue d'une manière très-niédiocro. i remplir In
caisse municipale. Les agents (t'AlIcmagne, d'Angleterre et
d'Amérique admettront dËs lors didicilement que la prépondé-
rance dans l'administration soit attribuée, plus qu'elle ne l'est
déj.T, k l'élément le moins imposé, i celui qui se compose de ce
qu'on peut appeler la menue monnaie des électeurs. Or. ces
•^uvernemcnls re[>oussant nos rè<;lements nouveaux, comnieni
sorions-nous en état de les faire admettre, appliquer? et que de-
viendrait alors notre situation à Cbang-IIaï ' }
D'ailleurs, il y avait une manière très simple de savoir
l'opinion des intéressés, c'est-à-dire les contribuables de la
concession française, c'était de la leur demander. M. Bou-
rée et M. FIcscli, consul général à Cltang-Haï, s'y décidèrent;
un refcrendimi donna cent dix voix pour le rejet du projet
de revision du règlement, contre une, celle de M. Tcillot,
associé de M. Millot. Le projet était enterré. Il y avait encore
quelques petits griefs locaux contre M. Bourée, par exemple,
la propriété du foreshorc de la concession française, question
qui causa en [wrtie la révocation du consul général, M. Be
noît Garnicr, et son remplacement (i6 mars 1882} par
M. Flescli. M. Miilot comptait des appuis puissants dans le
l'arlcmcnl et ce fut par eux qu'il arraclia de M. Cliallemel-
"Lacour le rappel de M. Uourée, sans doute déjà arrêté en
principe. Il est surprenant de voir quelle importance pren-
nent à Paris certaines personnes qui n'occu[>ent ù l'étranger
qu'une médiocre position dans l'échelle sociale.
I Document |>arliculicr.
rj^t^ffTiajefS^WS" ^
RÉIIAHILITATIO.N DK M. BOURKK 3^^
RKllAmLlTATIO>' DE M. BOLRÉE
Les attaques dont M. Bourée fut l'objet lui firent réclamer
de M. de Freycinet la réunion d'une commission pour que
les actes dont il était incriminé fussent soumis à son appré-
ciation. La commission, composée du comte de Chaudordy,
de M. Henri Fournier, tous les deux anciens ambassadeurs,
et du baron de Ring, ministre plénipotentiaire, directeur des
Affaires politiques, après s'être réunie et avoir entendu
M. Bourée, délivra l'attestation suivante (22 avril i885) :
Après avoir pris connaissance des pièces et documents qui
nous ont été communiqués par le Ministre, et nous référant aux
considérations confidentielles que nous avons consignées dans les
notes annexées à la présente déclaration.
Attestons que M. Bourée n'a manqué dans le cours de sa
mission en Chine, ni aux devoirs qu'impose le patriotisme, ni
aux règles professionnelles et qu'il n'y a pas lieu, par conséquent,
de s'arrêter aux accusations dirigées contre lui*.
Trois jours après, M. de Freycinet faisait un rappel du
traitement en disponibilité de M. Bourée, qui était nommé
ministre plénipotentiaire de i'® classe le 6 juin et envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire de France auprès
du roi de Danemark, le 7 juillet. En annonçant à M. Bou-
rée cette dernière nomination, M. de Freycinet lui écrivait
(8 juillet i885):
« Je me félicite d'avoir pu provo<|ucr une décision qui vous
témoignera du prix que le Département des Aflaires Étrangères
attache à vos services et de sa reconnaissance pour ceux que vous
lui avez déjà rendus*. »
1 . Document particulier.
2. Document particulier.
CHAPITRE ^xvirr
L'AFFAIRE DU TOHG-KING i-Suiit). - DÉPART DE M. BODRÉE
(1883)
M. lloiirci? rcslait on Cliinc, attendant un :
iflinoranl Icscaiisos oracles de son rappol, il rhercliait i^ cx-
plifUier sa conduite ; il écrivait à M. Cita Item el-Lacour :
Cliang-IIat, le 3r mars i883.
MoNSIEUn LE MlMSTHE,
Je reçois h l'instant, avec la dépêche |H>lil:qiie du Départe-
ment, en date du 3i Janvier dernier ("S" 3). des lettres parli-
rulièrns de France qui me donnent lieu do croire à l'evistenre
do bien des malentendus entre le Département et la I/}(alion.
Ou j'ai été inliabileîi expliquer clairement toutes les phasesqu'a
traversées cette mallieureiise question du Tonp-Kiug, ou Votre
Excellence n'a |)as eu sous les veux toutes les indications <pie
j'ai adressées ii la Direction Politique cl qui me paraissent de
nature à retracer avec une sutlisante précision le véritable état
des choses. On nie reprocherait, parall-il, d'avoir dans me»
|Murparlcrs été amené à reconnaître on à tolérer la sazrrainelé de
la Chine gur t'Annam ; c'est exactement le contraire qui est arrivé,
puisque je n'ai pas voulu admettre que le >icc-mi Li Houng-
Icbang piit m'en parler : n iNous clierclions. lui ai-je dit à la
B preniitTe insinuation qu'il m'a finie h cri é^ard. s un arrau-
« ^ment pratique, un terrain de conciliation qui rende pos-
'I sible entre nous l'acconl évidcmmcnl conseillé par nos intérêts
« communs. Laissons donc de (^lé les questions de principe qui
« nous diviseraient ; votii' suzeraineté est incompatible avec
« noire protectorat ; mais je ne lois aucune utilité à entrer dans
DKPAUT DE M. HOl RKE SCq
« uno discussion qui porterait sur un (cl objet. » (Voir le procès-
\erbal de ma conversation avec le vice-roi Li Houng-tcliang. l)ép.
Pol., N« III.)
C'est alors que nous avons cherché les élémenls d'une entente
dans la combinaison que vous connaissez, laquelle n'impliquait,
à aucun degré, de notre part, la reconnaissance des prétentions
de la Chine et eut laissé subsister, dans son intégralité, notre
droit de les combattre, le jour où elles nous auraient troublés
dans le libre exercice de nos droits conventionnels. Mais cette
éventualité n'eût guères été à redouter, après que nous nous
serions mis en possession dans toute la partie du Tong-Kingque
nous avions intérêt à dominer. La Chine n'aurait eu garde de
venir nous y troubler, une fois que nous nous serions cantonnés
solidement dans les positions militaires que nous n'aurions pas
manqué d'occuper.
D'ailleurs, l'Annam, une fois séparé de la Chine par les ter-
ritoires placés sous notre autorité, aurait été facilement amené à
renoncer à ses ambassades à Pé-King qui ont, jusqu'ici, constitué
pour nous un danger permanent. Les liens entre les deux pays
se fussent relâchés par la force même des choses, sans secousse,
sans éclat inquiétant pour l'amour propre chinois ; et, de plus
en plus absorbée dans notre sphère d'action, la royauté anna-
mite en eût vite été réduite à ne vivre que de la vie que nous
lui eussions mesurée. En attendant, nous avions gain de cause
dans tout ce qui touchait à nos intérêts et à nos desiderata
actuels et nous recueillions les fruits de notre attitude modérée
et conciliante, en obtenant du Gouvernement Impérial qu'il
nous laissât nos contrées entièrement franches, dans la presque
totalité du Tong-king et qu'il nous accordât, avec l'ouverture du
Yun-Nan, les facilités dont nous avons besoin pour utiliser la
nouvelle route fluviale que nous entendons ouvrir au commerce.
Aujourd'hui, tous ces résultats vont se trouver remis en
question. Nous les obtenions sans coup férir et en échange de
concessions illusoires. Désormais, il va s'agir de les conquérir les
armes à la main. En admettant que nous sortions à notre hon-
neur des embarras que nous prenons ainsi à notre compte, ne
reste-t-il pas vrai que, dans les relations entre les Gouverne-
ments, comme dans les rapports entre individus, une bonne
transaction vaut mieux qu'un procès, surtout quand ce procès
doit se plaider au bout du monde, à coups de canon et dans un
pays à peine connu P...
CORDIKR. IL — a 4
â'JO l'aFFAIIIE Dlj TONG-KING
M. Bouréc se défendit également sur un autre [Kiinl qui
lui avait élé amèrement reproche :
a Je vous parli^rai. t'crivail-il, de la :one neutre que je préco-
nisais dons mon arrangonirut de Tien-Tstn et que je reprochais
comme mauvais, quelques semaines auparavant à Pc-Kiug, dans
un r9p}K>i't dont un passaf^ a même élé lu à la Iribime par
M.- Clialleuiel-Lacnur et dont on m'a opposé les tenues. C'est,
qu'eu écrivant ma lettre du A novembre, on a afFecté de l'i^tuo-
rer, je raisoimais dans riivpollièsc où lout [tourrail se réfjler
sans qu'il v ei'il n craindre une fjuerreavec la Chine; landisque,
plus tard, la queslinii qui s'est [Misée Tut celle de savoir si l'in-
lérèt qui s'attachait a ne pas a\oir de /oue neutre valait ce que
nous coulerait une pierre avec In Chine I La question ainsi
posée changeait rousidérahl émeut d'as|M-ct, on en conviendra.
A ce Miomeut, les inconvénients de la lont-ueutre, si réels qu'ils
fussent, dr.vcnaient minimes quand on les com|Kirait à ceux d'un
conflit avec le (déleste Ruqtire. C'est ce qui explique conuueni la
combinaison qui me jinraissait détestable le !t novembre, a pu
me sembler désirable le ô décembre. »
Les nouvelles qu'envojait M. Itour^'C devenaient de plus
en plus inquiét;intcs :
Dans imo lettre du 30 mars, adressée au Ministre des
AITaires étrangères, il rapjiorlail l'entretien ipi'il venait d'avoir
avec l,i Uoung Uli.ing cl dont il se dégageait, d'après noire
ministre, dcu\ choses saillantes :
1° Que la Chine est décidée j\ [ic pas admettre qu'on la
laisse de côté et (jne nous fassions nos affaires sans tenir
coinple de sa volonté ou de ses désirs; 2° que dans le cas oîi
nous voudrions reprendre les pourjKirlers interrompus, on
ne consentirait plus à traiter sur les mêmes bases qu'autre-
fois, et qu'enfin le projet d'arrangement formulé à 'l'ien-Tsin
avait failli échouer devant les résistances du Conseil privé et
des hauts fonctionnaires provinciaux, lorsque nous avons
pris soin de le déchirer de nos propres mains.
Aussi bien, écrit M. Itourée. ce qu'il vous importe de connaitre
l twni^WJ\,IIF7-'T^j?"-
DKPAHT DE M. HOl HKK 87!
dcsoniiais, c'est non pas ce qiK» je puis dire, mais ce que Von m'a
dit.
Le Vice-Roi |)Oursuivil : a Mais ce Traité savez-vous ce que
a l'Annam en pense et ce qu'il nous répèle sur lous les tous ?
« 11 déclare qu'il l'a signé sous le couteau et qu'il proteste contre
« le parti qu'on prétend tirer contre lui d'engagements arrachés
« par la violence. Dans ce inoment-çi môme, il y a ici le mi-
ce nistre des Finances du roi Tu-Duc, qui est venu tout expres-
« sèment après bien d'aulres, pour nous tenir le même langage
« et pour revendiquer auprès de nous et contre vous l'appui
V inhérent à la vassalité dont il n'a jamais répudié les devoirs
« et dont il réclame le bénéfice! Ainsi, repril-il, après une
« pause, vous ne voulez pas reconnaître noire suzeraineté et le
a droit qu'elle nous constitue de nous mêler des alTaires du
a Tong-Ki ng ? »
Je me bornai h répondre par un gesie d'incrédulité.
Alors le Vice-Roi agitant ses [)<)ings, connue pour rendre la
mimique d'un boxeur anglais, me dit: — « En ce cas, c'est
« comme cela qu'il faudra faire î... »
Je repoussai celte supposition, je dis qu'une guern; entre nos
deux [)ays me paraissait une extrémité déplorable et absurde ;
que nous arriverions d'une façon ou d'une autre h nous accor-
der, a Ainsi, lui fis-jc observer, dans l'arrangement que nous
« avions combiné, nous n'a\ions pas parlé de votre droit de suze-
« rainelé ce qui ne nous avait pas enqxVhé de trouver une for-
« mule qui vous avait paru acceptable... »
— « C'est vrai, il n'a\ait pas été fait mention de notre droit
« de suzeraineté, mais de votre côté, vous ne deviez rien dire qui
« en impliquât la méconnaissance formelle. Nous arrivions à une
« entente sur le terrain des choses pratiques et les questions de
« principe étaient soigneusement écartées. — La situation devient
« tout autre aujourd'hui. — Au surplus, continua-t-il, notez
« bien ce que je vais vous dire : Mon (jouvernement était, au
« fond, très-défavorable au projet d'arrangeuKMil que nous avions
« préparé et quoi qu'il puisse arriver désormais, pénétrez-vous
« bien de ceci, c'est que nous n'accepterons plus les mômes
« termes. »
Comme je marquais mon étonnement et que je repoussais
l'idée que des exigences nouvelles pussent être présentées à l'ave-
nir, par le Vice-Roi lui-môme, qui se d(»jugerait s'il voulait
revenir sur des propositions dont, en (in de compte, il était
beaucoup jilus que moi l'aulcur, il répliqua : o D'abord, je ne
a sais pas si en ras de pourparlers noiiteaux, c'est moi que mon
s Gouvernement choisirait pour né(;orler. Mais, si même cela
« ^lait, j'aurais, non pas à faire pn' va loir mes vues personnelles,
o mais il les combiner avec ccdles des membres du Consetl Privé,
« comme des Vice-Roiîi des provinces méridionales. Or ceux-ci
0 ont réclamé avec la plus grande énergie contre ce que j'avais
« fall. Tenez donc pour certain qu'il faudra trouver autre
o chose... a ,'\ ce propos, le Vice-Hoi me fit quelques réflexions
Irt's améres sur ce que la Chine avait élé mal récoinj>ensée de la
modération el du bon vouloir dont elle avait fait preuve en re-
tirant ses troupes du Ton;;-K.ing...
Comme je demandai si le (iouvernemeni avait ré<^llement fait
l'entrer ses soldats dans l'Annam, ainsi qu'on me l'avait donné à
entendre,... il parut embarrassé et me dit en homme qui ne
veut pas s'expliquer... — « Je le crois, a — S'il le croit, c'est
que c'est certain, bien évidemment .
La lettre de M. Boiirée finissait par ce renseignement que
venait de lui donner l'un des familiers de Li, sans doute
Mn Kien-tcliong:
Quand je pris confré du Vice-Roi, un des mandarins présents,
qui n'est autre que le Dii-ecteur de la puissante Compagnie des
a China Merchanls b m'a pris à part et me dit : a Le Vice-Roi
a n'a pas voulu vous donner une informatiot) que je ]>ui3, mol,
a vous livrer confident iellemcnl. Le Gouvernement est décidé à
t agir très vigoureusement et le W' Ts'éng, faisant allusion,
a dans un de ses derniers lélégrannnes, à la nécessité de réoc-
0 cuijer les jiarlies évacuées du Tong-King, a écrit : a Surtout
c n'envoj'ez pas des foules mal organisées, il faut diriger de ce
n côté des soldats bien armés, Inen instruits, bien conduits, pour
a ne pas s'exposer à des échecs... Le conseil sera pris en sérieuse
a considération, n
QUESTION DU MARQUIS TS'ÉKG
Les Cliinoîs, dont la convention avait été acceptée par
" 7 T'.'^ ■'"■ • "■ — ' '
QUESTION DU MAUQUIS TSI^NG S^S
M. Duclcrc et qui en avaient exécute la première partie, se
montraient étonnés du rappel de M. Bourée.
Le télégramme suivant, dont voici la traduction, fut adressé
le 2 avril i883 par le Gouvernement de Pé-king au marquis
Ts'êng qui le communiqua à M. Tissot, notre ambassadeur
à Londres, le 7 ou le 8 avril suivant :
L'année dernière, où la situation qui existait entre vous et les
ministres Gambetta et do Freycinet au sujet du Ïong-King,
Monsieur Duclerc a cru mieux de transférer la venue des négo-
ciations de Paris .1 Pé-King, et le Gouvernement Impérial,
répondant à l'invitation que Monsieur Bourée était chargé de faire
auprès de lui, donna son assentiment à cet arrangement. Nous
avions plusieurs entretiens avec Monsieur Bourée que nous avons
espéré ne seraient pas infructueux.
Maintenant Monsieur Bourée nous a fait connaître qu'il a reçu
des ordres de son Gouvernement de retourner en France, et
comme il court des bruits de préparatifs que venait faire le Gou-
vernement français de renforcer ses troupes en Cocliinchine, le
Gouvernement impérial s'inquiète.
Le Yamen vous charge donc de vous rendre chez l'Ambassa-
deur de France h Londres pour prier qu'il demande à son Gou-
vernement s'il peut nous donner des renseignements sur la cause
du rappel de son ministre, ainsi, s'il y a de fondement pour les
bruits sus-mention nés.
Vous exprimerez, à Son Excellence, l'espoir du Gouvernement
Impérial que la réponse de son Gouvernement serait d'une na-
ture rassurante, car après la preuve de conciliation qu'il a donnée
en consentant de faire retirer ses troupes, tandis que les négo-
ciations de M. Bourée avaient lieu, il éprouverait de la mortifi-
cation, si au lieu de retirer ses troupes, le (jouvcrnement de la
République leur enverrait des renforts. Vous dc\ez lire cette
dépêche à Monsieur l'Ambassadeur, et, s'il le veut, lui en donner
une copie.
En conséquence, M. Challemel-Lacour télégraphia à
M. Bourée, le 11 avril i883:
Conformément aux instructions contenues dans un télégramme
de Pé-King du 2 avril, le M'* Ts'eng a prié M. Tissot de s'en-
renmgnciiieiils
au Goincniciiicnt diinnis des
volro rappel cl sur l'intention
Hia attribue ilc ronfoiTer nos troupes en Corliiiiclitnc.
Mon lél^'ra
ronl Ips éléments {l'uni
1 lettre du i/i vous fourni-
réponse précise sur ees deux jniuts.
ai ((ne. depuis lors, les acles de ({neltjucs mandai
es mit ohli^'é lediiuimanilant lUvière à occuper certaines
nonvelles an Tou<;-Ktng. pour maintenir s(-s coinnin-
: a\ee lu luer. Mais lous pouvez ulVirmer de noutcan
nesures prises |)our consolider la situation ronsacive par
iiilé lie iS^^ n'impliquent aucune j>enséc d'Iioslilité
1 Cliinc.
ngilKTIBES DE M. ItOtKKK
M. liouréc craint de plus m i»lus (pic l'on ne se rende
{Kis un compte cxiict de ta situation à Pari^ et il jcllc un cri
d'alarme :
Chans-Haï. le iti avril î883.
Je crains que l'on ne comprenne pas la {gravité de la situation
îi Paris. Je me suis elToreé |>ar nin correspondance, d'expliquer
«pic si nous n'ar^i^i<>us jias a une entente avec la Chine nusnjel
(tu Tong-Kiiifî elle nous v devancerait, et nous en disputerait la
jMissession par les armes. t)n a jugé devoir passer outre.
1^- retrait di<s li-niipes n'atail en lieu cpie dilTicileinent. I^>
Couvei-neineiil de rKni|)erenr erovail h la pos^^ibilité d'un arran-
fjeiin'iil : niais tnainlenanl f|iie nous refusons de Irailer, les
tron|H's repa>siiil la frontière. (In ne s'arrête |ias aux jimtesla-
lious pnciliipies ipie je proiiitrnc, non plus ipi'ji ni)s droits eon-
venlintinels atec l'Annam ipie la Chine n'a Jamais reconnus.
On leut des piranlies effectives, et pour se les ,nssnrer, plus de
loooo hommes du Yun-San comprenant le délaelienienl des
ti'oupcs de Li lloung-lehan^ sont déjà n'nirées au Toii(,'-Kin;î.
C'est l'avant-garde d'une autre armée d'inva.sion.el rions aurons
hientùt devant nous des masses considérai jli<s axée un fortnpiKHiit
de soldats exercés, bien armés el d'ollie'iers élranf,'ers.
On assure que la mise sur le pied de pnene de toutes les
forces de l'Empire ^ient d'élrc ordonnée |iar la Cour. Si vmis
persiste! dans la li^'uc adopti'v, préparez -vous à \mc lutte des
T-"^ V- ■T'.'-' ■.
i>oriKTri)i:s di: m. n()i:ui:i: 3-5
plus sérieuses qu'aucune assurance amicale n(» saurait plus con-
jurer. Je serais un agent déloyal, si je ne vous tenais ce lan-
gage
Le Gouvernement chinois intriguait auprès des ministres
étrangers à Pé-king; toutefois M. von Brandt était en congé
en Europe et le service de la Légation d'\]leniagne était entre
les mains du comte de Tatlcnbach, ce qui enlevait beaucoup
d'importance aux agissements du Vamen.
Une dernière dépêche de M. Bourée, accompagnant deux
lettres que lui adressait M. Frandin, premier interprète de la
Légation, chargé provisoirement du Considat de Tien-Tsin,
peignait la situation sous les couleurs les plus sombres :
Pé-King, le i8 mai i883.
Monsieur lk Mimsthe,
Je viens de vous expédier la valise hier soir et je reçois ce
matin, par un exprès de Tien-Tsin, une lettre que je vous
envoie ci-joinlc iiumédialement et qui pourra, je Fcspèrc, re-
joindre encore la malle. La lecture vous en apprendra plus long
que tout ce que je pourrais vous en dire sur la gravité de la
crise et sur l'état d'intensité au(piel elle est parvenue.
M. Frandin m'avait adressé la veille une autre communica-
tion, dont je vous transmets également copie et qu'il est néces-
saire de placer sous vos yeux pour éclairer et compléter le sens
des nouvelles de ce matin. Au point où nous en sommes, je crois
qu'il n'y a plus aucune illusion à se Hiire : nous n'avons pas
d'autre alternative que d'enlrer en hostilité avec la Chine ou de
négocier. Si le Gouvern(»ment de la République est décidé à s'en
tenir strictement aux termes du traité de 187/1, je crois que le
moment serait venu de le notifier à la Cour de Pé-King, dans
la forme d'un ultimatum. Si, comme j'ai tout lieu de le sup-
poser, le Gouvernement Iuq)érial se refusait à tenir compte de
notre intimation, mon départ pourrait alors alfecler un autre
caractère et impliquer le retrait de la Légation tout entière. Les
événements m'amèneront bientôt sans doute h vous soumettre
cette suggestion par le télégraphe. Mais si, par inqwssible, aucun
incident nouveau ne survenait d'ici au moment où \otre Ex-
cellence recevra ces lignes, je lui serais reconnaissant de me
376 l'akfaihe du tonh-king
tracer par celle voie la conduile que j'aurais à lenir, le cas
échéant : car ce ne sont pas là des circonstances ordinaires, dans
lesquelles un agent puisse rien prendre sur lui et s'arrcler à un
parti quelconque, sans avoir reçu les orJres positifs de son Gou-
vernement.
I
Tien-Tsin, le 16 mai i883.
Li Iloung-lchang a envoyé dans le Sud, le général Pan Ting-
sin, celui qui a déjà commandé les armées chinoises dans Je
Turkestan, lors du conflit russe. Je liens ce renseignement du
Consul Japonais.
Une grande adivilé règne depuis quelque lempsdans les arse-
naux qui a voisinent Tien-Tsin ; les heures de travail qui étaient
autrefois de 8 h. du malin à ^ h. du soir, sont actuellement de
7 h. du malin à 7 h. et demie du soir. Les travaux ne sont
jamais suspendus, pas même les jours de fêle.
Le Vice-Roi Li Houng-lchang a télégraphié à la Cour pour lui
dire ce cpii suit : a Je suis opposé à la guerre; si vous voulez m'en-
voyer dans le Sud, donnez-moi des ordres formels pour que je com-
mence les opérations. » — Paroles textuelles de Ma Kicn-lchong.
Le Vice-Roi croyant ce dernier à Chang-Haï, lui avait télé-
graphié de venir le recevoir. Ma Kien-tchong a répondu qu'il
était à Tien-Tsin et a ajouté que si le Vice-Roi ne lui ré|x>ndait
pas, il s*embarquerait aujourd'hui même à 1 1 heure^s du soir.
Dans ce cas, il faudrait en conclure, d*après mes autres renseigne-
ments que vous connaissez, que le Vice-Roi aurait reçu tordre de se
rendre dans le Sud.
La situation est très-critique.
Ma Rien-tchong, pour sa part, est partisan de la guerre. Le
général Lieou, et non le général Pan Ting-sin, sera à la léte de
l'armée. C'est un ami du Vic<î-Roi qui a combattu avec lui
contre les rebelles Nien-fei et quand Li Houng-tchang a été
dégradé par la Cour, il a pro|K)sé de marcher sur Pé-Ring.
C'est donc une créature du Vice-Roi...
Il
Tien-Tsin, le 17 mai i883 (2 h. du matin).
Les hostilités vont commencer ; c'est un fait certain actuelle-
ment, à moins que l'on ne prenne des mesures immédiates.
UUPLlCIÏt: DKS CHINOIS ^77
Ma Kicn-ichong pari pour Chang-Ilaï, à dix lieiires. Il m'a
dit que les Onsours >oiilaienl la guerre el que Li lloung-
Icliang avait reçu l'ordre de se rendre dans le Sud. Je lui ai
demandé si le Commissaire Impérial reviendrait à Tiên-Tsin,
avant de partir pour Canton ; il m'a ré[)ondu que c'était pini
probable, dans l'étal actuel des choses. Il m*a expli(pié que
« l'intention de la Chine était de nous tenir en échec pendant
« trois ans, comme nous Tavons été au Mexique, et qu'elle attcn-
« drait patiemment que les Allemands nous tombent sur le dos;
« que, du reste, nous ne pouvions, pour le moment, disposer
« ni de toute notre flotte, ni de notre armée ; que Li Houng-
« tchang disposait d'un corps de troupes parfaitement exercé et
« solide de soixante mille hommes ; (lue nos soldats seraient
« décimés par les maladies avant même de |X)uvoir livrer cum-
« bat ; que, pendant le temps des hostilités, on construirait des
« chemins de fer slratégi(|ues pour le transport raj)ide des sol-
« dais, du matériel de guerre et des approvisionnenienls. Eufm
« décompte, — nie dit-il, — que pouvez-vous conire nous?
« Du reste, h en juger par les appan^nces, c'est vous qui désirez
« la guerre. Si vous ne la vouliez pas, M. Bourée aurait déjà
« parlé, se rendrait maintenant à Canton et irait traiter avec
« S. E. Li. Si M. Bourée n'entre pas en pourparlers, c'est qn'il
a se lrou>e dans une fausse position, contraire aux intérêts des
« deux pays, etc., etc. »
Vous voyez. Monsieur le Ministre, que la situation est arrivée
à son état le plus aigu. Il serait tenqw que le Gouvernement
prit une décision, car nous riscpions fort d'être jetés à la mer,
lorscpie Li et son armée seront entrés en ligne au Tong-King.
J'ai vu Feindel * qui m'a dit que la guerre était maintenant
un fait inévitable. J'ai vu également Schnell -, commandant-
instructeur des troupes chinoises qui m'a allirnié la même chose.
Ce dernier est, conune vous le savez, payé pour savoir à ([uoi
s'en tenir.
DUPLICITE DES CHINOIS
La duplicité des (?ihinois et leur mauvaise volonté ne pou-
1. IntcrprMc du Consulat d'Allemagne à Ticn-Tsin.
2. De nationalité allemande.
378 i/aKFAIRE du TONG-MXr.
vaicnt faire Tonibrc (rnn doule. La publication, le 16 juin
i883, dans le Slandarrl, crunc leltrc du roi d'Annam au
vice-roi de Canton nous apprenait en effet les choses sui-
vantes :
!*• C'est à la date du 3o novennbrc 1882, c'est-à-dire deux
jours après rentrée en négociation de M. Bourée avec le
Tsoung-li Yamen, que le gouvernement chinois, par Tinlcr-
médiaire du vice-roi de Canton, a songé à demander à la cour
de Hué quelle était la cause du différend qui divisait TAnnam
et la France, point sur lequel le cabinet de Pé-King n'avait
trouvé jusqu'alors aucun renseignement dans les communi-
cations du souverain annamite.
2** Une ambassade chinoise se rendait à Hué au mois de
janvier i883 pour reprochera l'empereur d'Annam d'avoir
totalement négligé de faire appel aux bons offices de la Chine
et d'avoir ainsi contribué par cette abstention peu amicale à
faire douter des droits que le Céleste Empire prétend avoir de
s'immiscer dans les affaires annamites, (llette mission était en
même temps chargée de mettre le roi d'Annam au courant
de la conduite du gouvernement chinois dans les affaires ja-
ponaises en Corée, et de faire briller à ses yeux les avan-
tages qui résulteraient pour lui d'une intervention analogue
et pacifique de la part de la Chine, ainsi que de l'ouverture de
l'Annam à toutes les nationaUtés indistinctement et au même
litre. Celte mission ét^it en même temps chargée d'obtenir
de la cour de Hué non pas une demande explicite d'interven-
tion armée, ce qui eût embarrassé la Chine, mais des décla-
rations de telle nature, qu'elles puissent suppléer aux titres
que la Chine n'a pu produire, vu leur absence, k l'appui de
ses prétentions de puissance suzeraine.
Les envoyés chinois étaient également chargés de protester
à Hué (neuf ans trop tard) contre le traité de 187/1 et de
reprocher h l'empereur d'Annam d'avoir, dans l'article 2 de
cet acte diplomatique, fait reconnaître son entière indépen-
MORT in COMMANDANT lUVli.HF: 879
(lance vis-a-vis tic toute puissance étran^rère, quelle qu'elle
soit, cl de s'être engage clans l'article 3 du même traité à
conformer sa politique extérieure cxclusivcTnent à celle de la
France. Ces mêmes envoyés devaient enfin, soit par des pro-
messes, soit par des menaces, obtenir de la cour de lluc
renvoi à Pé-King d'un fonctionnaire annamite, mannequin
que la cour de Chine avait besoin d'habiller h ses couleurs
pour le faire parader aux yeux des étrangers.
«V Le i() janvier i883, Tempereur dWnnam écrivait une
lettre au vice- roi de Canton (c'est celle qui fut publiée par le
Standard) dans laquelle il s'excuse avec aussi peu de spon-
tanéité que possible de ne pas avoir plus tôt exposé ses plaintes
au gouvernement chinois et annonce que le fonctionnaire de-
mandé allait se mettre en route, enunené ou plutôt traîné a
Pé-King par la mission que la Chine avait envoyée à Hué.
MORT DU COMMANDANT JimÈRE, I9 MAI l883
In triste événement allait redoubler Tanxiété du ministère
fran(;ais.
Le 26 avril i883, le Gouvernement déposait sur le bu-
reau de la Chambre un projet de loi portant ouverture d'un
crédit supplémentaire de cinq millions et demi de francs,
destiné au Ministre de la Marine, pour le service du Tong-
King; il fut voté le i5mai par 3.")! voix contre iH. Onze jours
plus tard on recevait la nouvelle de la mort du coumiandant
Rivière.
La fin de ce brillant oITlcier rappelle celle de Francis Garnier
dix années auparavant: les Pavillons Noirs, aidés de troupes
régulières annamites, menaçaient les communications de
Ha noï: le 19 mai, Rivière fit une sortie; blessé d'une balle à
Tépaule gauche, il tomba ; les Chinois se précipitèrent sur leur
proie dont ils coupèrent la tète; avec lui périrent le comman-
dant Rerthc do Yillers, le capitaine Jacquin, le lieutenant
38o l'affaire di tong-kinc.
Héral de Brisis, Faspirant Moulun ; le lieutenant de vaisseau
de Marolles*, chef d'élat-major, que nous retrouverons en
1900 à bord du dC Entrecasteaux. fut blessé au bras gauche.
Immédiatennent, le projet de crédit qui revenait amende
du Sénat était voté. M. Jules Harmand, ancien compagnon
de Francis Garnier, consul à Bang-kok, était nommé Com-
missaire général civil (7 juin i883) et le général Bouct,
commandant militaire de la Cochinchine, prenait la direction
des troupes au Tong-King.
Un successeur, quelques jours auparavant, avait été donné
h M. Bourée, en la personne de M. Tricou, ministre do
France au Japon. M. Bourée remit le service de la Légation
de Pé Ring le i'"'" juin à M. le vicomte de Semallé, secré-
taire d'ambassade, suivant les instructions de M. Challcmel-
Lacour du 16 mai :
Pour éviter, disait 1(» Ministre, les suppositions erronées aux-
quelles le départ du Ministre de France pourrait donner lieu,
et |)our bien marquer notre dessein de continuer régulièrement
nos relations amicales avec la Chine, j'ai invité M. Tricou k se
rendre inunédiatement h Pé-King comme Envové extraordinaire,
en attendant votre successeur. Prévenez le Gouvernement chi-
nois de l'arrivée prochaine de votre collègue, en insistant sur le
caractère et le motif de sa mission temporaire.
Le tort de M. Bourée, surtout à la fin de son séjour en
Chine, était d'avoir voulu faire de la politique personnelle ;
il ne se rendait pas compte que le plan primitif arrêté à
Paris avant son départ se trouvait faussé et que la situation
n'avait plus rien de commun avec celle que nous devions
créer et prévoir. Il était en retard sur les événements ; il ne
s'aperçut qu'en 1882, à Tien-Tsin, du changement de front
I. Marolles, Louis- Roger- Gérard de. né lo 5 mai i85i ; aspirant,
9 octobre 1869; enseigne de vaisseau, a5 octobre 1871 ; lieutenant de
vaisseau, ao décembre 1879; (capitaine do frégate, 19 septembre 1891 ;
capitaine do vaisseau, 29 octobre 1898.
H»J»W^', -^-W-T-.^v. .-•■■■
- rj-r--
MORT I)L COMMANDANT RIVIKH!: 38!
des aiilorilés chinoises, et ce ne fut que le 21 octobre de cette
année qu'il connut tardivement la situation de la Cochinchine.
11 s'exagérait la puissance militaire de la Chine, et la direction
qu'il voulait donner aux affaires pendant les derniers temps
de son séjour dans TExlrême-Orient permit à ses nombreux
ennemis de dire qu'il était l'auxiliaire de notre adversaire.
Il montra de l'intelligence, alors qu'il fallait surtout du juge-
ment. Il pensait que personne ne comprenait la question à
Paris, que lorsqu'on le verrait, les choses s'éclairciraient et
que d'ailleurs lui seul pouvait régler l'affaire .
CHAPITRE \tX
L'AFFAIRE DU TOHG-KING (Suit,-). ~ TRAITE DE HUÉ
(HARHAKD), 25 AOOT 1883
LE GESKBAL ItOliF.T
En même temps que le général Boiiëi' prenait le comman-
dement en cher des tronpes h llanoT, où il arrivait le 1 6 juin,
— pour rendre libre l'escadre de Chine, commandée par
Tamiral Meyor, une nouvelle escadre, dite du Tong-King,
fut placée sons les ordres de l'umiral Courbet^ ancien direc-
teur de rKcolc des torpilles de Boyardville, et gouverneur
de la nouvelle Calédonic. L'amiral Courbet commandait en
ce moment la division navale d'essais qui venait d'êti-e con-
stiluw II CherlKiurg et il avait arboré son pavillon sur le
Hayard (sS avril), commandé jtar le capitaine de vaisseau
Parrajon, avec un élal-inajor composé du capitaine de fré-
gate de Maigret, cher, et des lieutenants de vaisseau Ravel et
de Jonquièrcs. La division du Tong-Kîng se composait des
I. Mé lo 0 dpcembro l833; entré i Sainl-Cjir, iG novembre iSâl :
danf rinfanlerio de marine. 0 octoliro i851 ; colonel. i6 oclobro 1875 ;
général de brigido, iq juin i8Sa.
j. Couiiet. Amédëf - Anatole- Prosper. aé b Abbeville, le aC juin
1837 ; <?ntr£ i l'Ecole l'olylcchnique en 18^7; octobro 1849, aspirant de
i« claiSD (ur VOcéan ; enseigne, 19 oiril i85/i ; lieutenant do vaisseau,
3g novembre i85r> ; capitaine de Trégale. 1 j août 1S6G ; 1 1 août 1878,
capitaine de vaissoau : a(i mai 18S0, gouverneur do la Nouvelle-Calé-
donie; 18 seiitcmbrc 18S0. conlre-amirai.
LV. GKiNÉRAL HOL KT 383
cuirassés Bayard gV Atalante; des avisos le Châteaii-Ihnaud
le Kersai'nt, VHamelin, le ParsevaL le Drac, des deux canon-
nières la Vipère cl le Lynx et de deux loi-pilleurs. Le liayard,
avec Tamiral, arriva le 20 juillel à la baie d'Ilalong.
Le 5 juillel, uneallaque des Annamites avait été repoussée
à llaï-phong; le 19, à INam-dinh, où le P. Béchet* avait été
misa mort le 20 mai, le lieutenant-colonel Pierre Badens^
faisait une sortie victorieuse'.
M. llarmand^ arrivait le 25 juin à Saïgon, s'y arrêtait
pour conférer avec le gouverneur, M. Thomson, et l'amiral
Courbet avec lequel il se rencontrait le i5 juillet. Le com-
missaire français partait le 19 pour Hanoï et il lançait une
proclamation aux Tongkinois.
Le i5 aoi^t, le général Bouët, pour dégager la roule de
So'n-tay, livrait à Vong, prés de Hanoï, un combat inutile où
nous eûmes 81 blessés ou tués. Les Chinois perdirent plus
de I 200 des leurs. Haï-du'o'ng tombait entre nos mains le
19 août; le i*"" elle 2 septembre, nos troupes enlevaient la
position de Palan, au confluent du Fleuve Rouge et du Day.
I . Bcchct, Gaspard -Claude, né en i85() ; de Lyon ; des Missions étran-
gères (le Paris; parti {K>urla Chine, ^ mai 1881.
a. LicutcnantcoloncI, 8 juin i883.
3. L'/ndo-Chine française contemporaine... ^ par A. Bouinais et A.
Paulns. II. Tonkin-Annam. Paris, Challamel, août i885, in-8.
fi. Harmand, François-Jules^ né à Saiimur, le :i3 octobre i845 ;
élève du service de sanlé militaire, 39 octobre i8G3; aide-médecin,
ao octobre i80(); médecin auxiliaire de 2*^ classe, 3 aoiU 1870; médecin
de iî« classe, 'i novembre 187^ ; cliargc d'une mission scientifique en
Indo-Cliine, 1875-1877; conservateur-adjoint de l'exposition des colo-
nies, janvier 1881 ; consul de a« classe à Bang-Kok, 7 octobre 1881 ;
commissaire général du Gouvernement au Tong-King, 7 juin i883 ;
consul général, /| août i884 ; h Calcutta, 20 juin i885 ; ministre pléni-
potentiaire de 2^ classe, hors cadres, chargé du consulat général, 3i dé-
cembre 1887; gérant la légation do Santiago, uG juillet 189(1-30 dé-
cembre 1890 ; à la disposition, i5 mars 1893 ; eu mission, l'i mars 1894 ;
envoyé extraordinaire et ministre pléni|K>tentiaire àTokio, 19 avril 1894 ;
ministre de î^* classe, i4 août 189G.
384 i/affaiue du tong-ki.ng
MOUT DE Tl -1)1 C (.IllLLET l8S3)
Sur ces enlrefaitcs, noire ennemi acliarné Tu-Duc inourail,
17 juillet i883. Il n'avait pas d'enfanls, mais il avait trois
neveux: N^uyèn ung Dieu, Agé de 3'i ans, Nguyèn ung Thi,
3o ans, et Nguyên ung Lich, i^ans. Thi, fils du frère préféré
de Tu-Duc, Nguyén hong C4ai, fut choisi par le roi pour être
élevé au palais royal, mais ce n'élail pas une véritable adop-
tion dont Thi put concevoir aucune prétention au Tronc.
Celait une marque de préférence du monarque pour un neveu
qui pouvait néanmoins faire supposer qu'il eut désiré le
voir hii succéder, mais qui n'engageait en rien son gouverne-
ment s'il fût mort intestat'.
Après la prise des trois provinces de l'Ouest (1867) le Roi.
toujours dirigé par la superstition la plus obstinée. -songea à faire
Téducation d'un nouveau neveu qui n'eût point clé auprès de
lui au moment du malheur qui venait de le frapper.
11 choisit Nguyén ung Ai ou Dieu, fds de iVguyên Hofig-y. son
quatrième frère, et le combla de toutes les faveurs relatées dans
le décret ci-joint.
La rein(»-mère dont l'influence est 1res grande sur le Hoi et
pour laquelle la Cour a infiniment plus de resj>ect (pie pour Sa
Alajeslé, ignorait encore en 1870 la prise de la liasse-Cochin-
chine j)ar les Français. Pour excuser son nouveau choix, le Roi
ne pouvait donc mettre en avant le sentiment superstitieux qui
l'y avait jx)ussé. Il prélexta son grand Age, sa faiblesse, la crainte
de sa mort et la nécessité de donner à son pays un successeur
en Age de gouverner. C'est ainsi qu'il y eut deux neveux du Roi,
élevés au Palais. Le dernier adopté, Nguyén ung Ai ou Dieu,
ne sut pas se rendre digne de la faveur dont il était l'objet et se
jeta dans la vie de débauches et de crimes assez habituelle aux
proches parents de Tu-Duc. Dans un moment de colère, il alla
jusqu'à frapper la femme que son oncle lui avait donnée et lui
crever un œil.
1. Lettre de M. Rheinart, à M. Le Myro de Vilers, Hué, 6 février
1881.
MOUT DK Tl -DlC ,'^85
11 tomba cil (ll.s<^ràrc. 11 y est depuis sans cepoiulanf avoir
pordii son litre ((juip Duc) ni aucun de ses privilèges. Mais
{)our tout le monde il n'entre plus dans l'idcMî du monarque de
'appeler à lui succéder.
Son préféré redevint momentanément Thi. Mais en 1878,
Nfçuyen hoiig Gai, père de Thi, frère préféré de Tu-Duc, se
coupa la gorge dans un accès de fièvre chaude. Le Roi, fort im-
pressionné de cette mort, adopta le ii*^ fds de son malheureux
frère, Nguyen Vaiî Lich. 11 chargea de leur éducation le Lai Bo
Thuong Thô, ministre de l'intérieur, et leur fait construire en
ce moment un petit palais dans l'enceinte Royale. Ibid.
Voici la traduction d'un décret royal en date du 9® mois
de la 2'jî® année du règne (1870) qui mentionne ces faveurs:
Liant de peu de vertu et d'années nous avons été éle>és de
bonne heure au trône : faibles depuis naissance et malade, au
milieu des nombreuses affaires qui nous entourent, nous ne sa-
vons 011 trouver de bon remède pour nous guérir. C'est pour ce
motif, nous sommes lent pour avoir un enfant successem*, ce
qui ne nous contente pas et ne fait pas de plaisir à notre mère ;
et c'est une grande ingratitude j)our nous, une énorme inquié-
tude et honte. Le temps passe vile <»t la vieillesse approche, et
les affaires de l'Ltat sont importantes, nous n'osons pas y mettre
des négligences ; il faut d'un autre côté suivre les anciens règle-
ments.
A la 18* année de notre règne (i8()5) nous avons choisi
Nguyèn ung Thi, enfant de Mguyén hông Gai de Kien quaï
Gong, notre aG" frère. Get enfant était âgé de 2 ans ; il est élevé
au palais ro>al même, il a aujourd'hui G ans et continue son
éducation. — Plus notre Age s'avance, plus notre santé s'alTai-
blit, quoique ce soit un bonheur pour le gouvernement, quand
le souverain est avancé en Age.
L'année dernière nous avons choisi encore Nguyén ung Ai,
3*^ enfant de notre 4*^ frère Nguyèn Hong-y de Kien Thoai Gong.
Nous le logeons à gauche du Palais roval et nous lui faisons
donner de l'éducation ; cette année il a 18 ans, fait des progrès
dans les études, jouit des audiences royales et reçoit beaucoup de
récompenses honorifiques. — Nous lui avons fait construire un
palais appelé Duc-Duc à côté de la porte gauche de la 2* enceinte,
et nous avons mis des mandarins et des soldats |>our sa garde,
CoRDiER. II — 2b
386 l/\FF.\lUK DU TON(;-KINC.
espérant qu'il deviendra un homme parfait. Qu'il ne soit pas
ingrat envers nos grAces d'élection et d'éducation. De plus, nous
avons fait choisir pour sa concubine une lille d'une famille noble
afui qu'il puisse en avoir de bonne heure des postérités. Qu'il
persiste donc dans la voie de gratitude et de destination, il est
haut placé, il doit se faire du nom.
Nous avons rapporté tout cela h notre mère et elle y a con-
senti. De plus, suivant l'habitude de nos ancêtres, nous avons
désigné un nom propre à lui et à ses parents, et lui avons donné
le nom de Nguyôn uîïg Dieu : c'est pour affirmer son nom et sa
destination et pom* tranquilliser le cœin* du peuple.
Quant il Nguyén ung ïhi, nous verrons de hii, quand il
grandira.
Par la grâce du Ciel et de la Terre, ainsi que par les bien-
faits de notre mère, si plus tard nous avons un gîirçon j)our
nous succéder, nous donnerons de grandes dignités et de grands
appointements à nos d<'ux présents neveux qui seront remis au
nombre de Kim chi ngoc Diep (princes).
Le présent décret est promidgué, etc., etc.
Ce fut Duc- Duc (Dieu) qui fut choisi comme successeur
de Tu-Duc, mais ce malheureux prince, père du roi actuel,
Thành Thâi, fut dépossédé au bout de quelques jours par
les intrigues du premier ministre, Nguyén van Tu'o'ng, et
remplacé par Hiép Hoà, frère cadet utérin de Tu-Duc.
PRISE DE THUAK-A>i
Cependant Tamiral Courbet, accompagné de M. Ilarmand,
quittait la baie d'ila-long le ï4 août, se présentait deux
jours plus lard à Tentréc de la rivière de Hué. devant les
forts de Thuan-An. Le commissaire français était porteur
d'un ultimatum et d'un projet de traité; les forts ayant re-
fusé de se rendre, l'escadre ouvrait le feu le i8 à cinq heures
du soir; le transport Annamite arrivait de Saigon, amenant
600 hommes d'infanterie de marine, 100 tirailleurs anna-
mites, 100 coolies et une batterie d'artillerie. Le 19, le feu
TUAITK I)K IIUK 38"
recommença; le 20, les troupes élaienl débarquées et les forts
tombaient entre nos mains. Immédiatement le Lynx et la
Vipbrc franchissaient la barre \ Le ministre annamite des
affaires étrangères arrivait en toute hûte en parlementaire et
M. Harmand, avec M. de Champeaux, ancien chargé d'af-
faires de France, remontait avec lui, à Hué, le 22, sur une
chaloupe à vapeur. Après avoir stipulé l'évacuation des douze
forts défendant la capitale, l'enlèvement des barages, la des-
truction des munitions, etc., M. Harmand signait le 25 août
le traité suivant.
TRAITÉ DE HUÉ, 25 AOUT l883
Entre les soussignés,
D'une part,
J. T. Hahmand, Commissaire général et Plénijx)tciitiaire de la
République française, agissant au nom de la France,
Assisté de :
MM. Palasne de Champeaux, Administrateur général des affaires
indigènes de Cocliincliine, ex-chargé d^affaires de France à Hué ;
Ory, chef de cabinet du Commissaire général; De la Bastide,
capitaine du génie, aide de camp du Commissaire général ;
Masse, Administrateur des Affaires Indigènes de Cochincbine ;
Haitce, interprète du Gouvernement français en Chine, secré-
taire particulier du Commissaire général ;
D*autrc part.
Leurs Excellences Tran-Dinu-ïuc, premier Plénij)otentiaire
(Hiep-Bien-Dai-Hoc-Si) grand censeur ; Nguyên-Trong-Hiep,
deuxième Plénipotentiaire (Lai-I^Thuong-Tho), Ministre de
rintérieur et des AlTaires étrangères de S. M. le Roi d'Annam,
agissant au nom du Gouvernement annamite.
Assistées de :
Huinh-Kien-Thuong (Song-Bien-Noi-Cac). membre du Conseil
privé,
I. f^* amiral Courbet d'après les papiers de la Af urine et de la
famille y par Emile Ganneron, secrétaire -rédacteur au Sénat. Paris, L.
Cerf, i885, in-iS.
388
Il a èlÉ convenu rc qti) suit :
AnTici.K MtKMiKH. — li'Antiani rpconnatt et accppic le prolpc-
loral de la France, aiec les conw'quenccs tic ce mode de rapport»
au point de vue du droit diplomatique euro)>éen, c'esl-à-dire
(|ue la France présidera aux relations de toutes Ica Puissanees
étrnnftères. v compris la Cliinc. avec le {.innveriiemont amiamilc.
(|ui ne |H»urra connnniiiipier diplomuliqncmeiit avec lesdilrs
l'nîssances ijiie par rinlerniédiairr de la France M-ulenient.
Art. 3. — l.a province de Binh-Tiiuan est annexiV aux pos-
«efsioiis l'rançaises de la Itasse-Cochincliiiie.
Aht. s. — Une fonv militaire française occupera d'une faç<m
{M-nntinenle la chaîne île mniita^'iies l>eo-N}{an^'. qui aboutit au
cap Vin^-kuiu. ainsi que les loris tie Thnan-An. cleeuxdcreii-
trée de la liviJ'n' de Hué. qui seront reconstruits au f;ré des
autorités françaises.
L('s forts s'appellent en )an(>ue annamite : ila-duoii. Tran-llat,
Thaj-Duonft. 'l'raug-Lanf,-. Hap-Chau. Lo-Tliau et Luj-Moï.
Art. 4. ^ l.e (îouvernemenl amiamite rappellera ininiédia-
lenient les troupes envovées au Tong-king. dont les fiarnisoiis
seront remises sur le pied de pai\.
.\iiT. 5. — Le (iouvernement annamile donnera l'ordre aux
uiandurins du Tnn^-Kinp; d'aller reprendn- leurs postes, nommera
de uon\eau\ tonel ionTiaire>i, aux posles ^acants. et confii-mera
é\enluelleuienl. après entente cnminune. les nominations faites
par les autorités Ironçaises.
AitT. (1. — Les funclinnnaii'cs provinciaux depuis la frontière
Nord du Iliiili-Thunii juEtpr.j celle du Ton^-king — et par cette
dernière nous entendons ta rliaine l>eo-\gang qui servira de
limite — administreront, comme |)ar le passé, sans aucun con-
ti'Ale de la France, sauf en co qui concerne les douanes ou Lieu
les travaux pnblii-s, et en général, tout ce qui exige une direction
unique et la com[M'lencc de tivimirieiis européens.
Art. 7. — Dans lesliuiiles ci-des.sus. le Gouvernement anna-
juite déclarera ouverts an commerce de foutes les nations —
outre le port de Quin-Mion — cens de Tourane etde \uanday.
On discutera ultérieun-menl s'il u'esl pas avantageux nu\ deux
Fltats d'en ouvrir d'autres, et l'on lïxera également les limites
des concessions françaises dans les |>orts ouverts. La France y
entretiendra des agents, sous les ordres du Itcsidcnt de France
à Hué.
Adt. 8. — La France |Mmrra élever un phare, soit su cap
THAlTl": DE lirÉ 389
Varela, soit au cap Padaran ou à Poulo-dcrir do rncr, suivant
les conclusions d'un rapport (pii sera l'ait par des ollicicrs et
inp[énieurs français.
Art. 9. — Le (Gouvernement de S. M. le Roi d'Annani s'en-
gage à réparer, h frais communs et après entente, entre les deux
Hautes Parties contractantes, la grande route d'IIanoï à Saigon,
et à Tentretenir en bon état, de façon à y |)ermettre le passage
des voitures. La France fournira des ingénieurs pour faire exé-
cuter les travaux d'art, tels que ponts et tunnels.
Art. 10. — Une ligne télégraphique sera établie sur ce trajet
et exploitée par des employés français. Une partie des taxes sera
attribuée au Gouvernement annamite qui concédera, en outre,
le terrain nécessaire aux stations.
Art. II. — 11 y aura à Hué un Résident, fonctionnaire d'un
rang très élevé. Il ne s'immiscera pas dans les alTaires intérieures
de la province de Hué, mais il sera le représentant du protec-
torat français, sous le contrôle du Commissaire général du Gou-
vernement de la Républi(jue française, lequel présidera aux rela-
tions extérieures du royamue d'Annam, mais pourra déléguer
son autorité et tout ou j)artie de ses pou\oirsau rtVsidenl de Hué.
Le Résident de France à Hué aura droit d'audience privée et
personnelle auprès de S. M. le Roi d'Annam, qui ne pourra
refuser de le recevoir, sans motif valable.
Art. 13. — Auïong-King, il y aura un Résident à Hanoï, un à
Haïpliong, im dans les villes maritimes ([ui pourraient ultérieu-
rement se fonder, un au chef-lieu de chaque grande province.
Aussitôt que le besoin s'en fera sentir, les chefs-lieux des pro-
vinces secondaires recevront aussi des fonctioimaires français qui
seront placés sous l'autorité des Résidents de la grande province
de laquelle ils relèvent, suivant le système des divisions admi-
nistratives du pays.
Art. i3. — Les Résidents et les Résidents-adjoints seront
assistés des aides et collaborateurs qui lenr seront nécessaires, et
protégés par une garnison française ou indigène, sullisante pour
assurer leur pleine sécurité.
Art. li. — Les Résidents éviteront de s'occuper des détails de
l'administration intérieure des provinces. Les mandarins indi-
gènes de toute catégorie continueront à gouverner et li admi-
nistrer sous leur contrôle ; mais ils pourront être changés sur la
demande des autorités françaises, s'ils manifestaient de mauvaises
dis[X)sitions à leur égard.
Sgo l'affaire du tong-king
Aht. 10. — C'est par rinlernicdiairo dos Résidents seuls que
les fonctionnaires et employés français de toute catégorie, appar-
tenant aux services généraux, tels cpie postes et télégraphes,
trésor, douanes, travaux publics, écoles françaises, etc., etc.,
pourront avoir des rapports olTiciels avec les autorités annaniit(^s.
Akt. iG. — Les Résidents rendront la justice dans toutes les
affaires civiles, correctionnelles ou commerciales entre le^ Euro-
péens de toutes nationalités et Jes indigènes, entre ceux-ci et
ceux des Asiatiques étrangers qui voudront jouir des avantages
de la protection française.
Les ap|)els des jugements des Résidenis seront j>orté»à Saigon.
Aht. 17. — Les Résidents contrôleront la |)olicc dans les
ajîslomérations urbaines, et leur droil de contrôle sur les fonc-
tionnaires indigènes s'étendra suivant les développements desdites
agglomérations.
Aht. 18. — Les Résidenis centraliseront, a\ec le concours des
Quan-Bo, le service des impôts, dont ils siuveilleront la perce|>-
tion et l'emploi.
Aht. 19. — Les douanes, réorganisées, seront entièrement
confiées à des administrateurs français. 11 n'v aura que des
douanes maritimes et des frontières, placées partout où le besoin
s'en fera sentir. Aucune réclamation ne sera admise relali>emenl
aux douanes pour les mesures prises par les autorités militaires
a i Tong-King.
Aht. 30. — Les citoyens ou sujets français jouiront, dans
toute l'étendue du Ïong-King et dcuis les portsouverts de l'Aimani,
dune entière liberté pour leurs persormes et leurs propriétés. Au
Tong-Ki;ig, el dans les limiles des porU ou>erts de l'Annam, ils
pourront circuler, s'élablir et posséder librement. Il en sera do
même de tous les étrangers qui nVlameront le bénéfice de la pro-
tection française d'une façon permanente ou teiiqwraire.
Art. 21. — Les |>ersonnes qui, jxnir des motifs d'ordre scien-
tifique ou autres, voudront voyager dans l'intérieur de l'Annam.
ne pourront en obtenir l'autorisation que par rintermédiairc du
Résident de France à Hué, du Gouverneur de la Cocbinchine ou
du Commissaire général de la République au Tong-King. Ces
autorités leur délivreront des passeports qui seront présentés au
visa du Gouvernement annamite.
Art. 22. — La France entretiendra, tant que cette précaution
lui paraîtra nécessaire, des |>ostes militaires le long du Fleuvo-
Rougc. de façon à en garantir la libre circulation. Elle pourra
TiniTi': DE m K 3c)i
c'^aleinonl rlcNcr des forlilicalions pcrmanonirs on ollo le ju^^ora
ufilo.
\ht. 33. — La France» s'ongage à ^^aranlir (losoniiais l'inlé-
grilé complote des Ktats de S. M. le Roi d'Annain, à défendre
ce Souverain contre tontes les a^essions du dehors et contre
toutes les rébellions du dedans, et à soutenir ses justes revendi-
cations contre les étran»3;ers.
La France se charge à elle seule de chasser du Toufç-Rinp les
bandes connues sous le nom de Pavillons-Noirs et d*assurcr par
ses moyens la sécurité et la liberté du commerce du Fleuve-Rouge.
Sa Majesté le Roi d'Vnuam continue, comme par le passé, h
diriger l'administration intérieure de ses Ltats, sauf les restric-
tions qui résultent de la présente convention.
Art. 34. — La France s'engage également h fournir à S. M. le
Roi d'Annam tous les instructeurs, ingénieurs, savants, olïî-
ciers, etc., dont elle aura besoin.
Art. 35. — L^ France considérera en tous lieux, au dedans
comme au dehors, tous les Annamites connue ses \rais protégés.
Art. 36. — l-es dettes îictuelles de l'Annam vis-à-\is de la
France seront considérées comme acquittées par le fait de la
cession de Binh-ïhuan.
Art. 37. — Des conférences ultérieures lixeront la quotité k
attribuer au Gouvernement annamite sur le produit des douanes,
des taxes télégraphiques, etc., etc., du royaume, des impùts et
douanes du Tong-King et des monopoles ou entreprises indus-
trielles qui sc»ront concédées au Ïong-King.
Les sommes prélevées sur ces recettes ne [)ourront pas être
inférieures à 3 millions de francs.
La piastre mexicaine et les monnaies d'argent de la (jochin-
chine française auront cours forcé dans toute l'étendue du
royaume, concurremment avec les monnaies nationales anna-
mites.
La présente convention sera soumise à l'approbation du Prési-
dent de la République française et de S. M. le Roi d'Annam, et
les ratiiications en seront échangées aussitôt cpie |)ossible.
r^ France et l'Annam nonuneront alors des Plénipot4Mitiaires
qui se réuniront à Hué pour examiner et régler tous les points
de détails.
Les Plénipotentiaires nommés par le Président de la République
française et S. M. le Roi d'Annam étudieront, dans une confé-
rence, le régime commercial le plus avantageux aux deux Ktats,
- -— ^1
392 i/affaire du tong-kinc;
ainsi que le règlcnionl du svsliMiie douanicT, sur les bases indi-
quées à l'article 19 ci-dessus. Ils étudieront aussi toutes les
questions relatives aux monopoles du Tong-King, aux concessions
de mines, de forets, de salines et d'industries généralement
quelconques.
Fait à Hue, en la légation de France, le 25^ jour du mois
d*août i883 (28® jour du 7* mois annamite).
Ce traité reconnaissait notre protectorat, la province de
Blnh-Thuan était annexée à nos possessions de Cochinchlne,
une force militaire devait occuper constamment la chaîne de
montagnes Deo-Ngang, qui aboutit au cap Vong-chiia,
ainsi que les forts de Thuan-An et ceux de Tenlrée de la ri-
vière de Hué, qui seraient reconstruits au gré des autorités
françaises. De plus, le gouvernement annamite devait rappeler
immédiatement les troupes envoyées au Tong-King, dont les
garnisons devaient être remises sur le pied de paix. M. Har-
mand partait le lendemain pour Hanoï, laissant M. deCham-
peaux comme résident général h Hué.
« Ce traité posait les bases de Torganisation actuelle,
malgré la revision dont il devait être l'objet, dix mois plus
tard. C'est l'œuvre personnelle de M. Harmand et l'honneur
de sa carrière diplomatique*. »
I. //affaire du Tonkiii, p. ^(S.
CHAPITRE XX
L'AFFAIRE DU TOm-KlVG (Suite). —M. TRIGOU (1883) <
lîSSTRUCTIONS DE M. TRICOU
Le ïf\ mai i883, M. Challemel-Lacoiir télégraphiait à
M. Tricou*, ministre de France au Japon :
Très Urgent. Faites-moi savoir (rurgcnce si vous êtes à Tokio.
J'attends votre réponse pour vous envoyer des instructions en
vue d'une mission très importante.
M. Tricou répondit le lendemain :
Je suis à Yedo entièrement aux ordres de Votre Excellence.
I. Ministère des Affaires étrangères. — Documents diploma-
tiques. — Affaires du Tonkin. — Deuxième partie ^ décembre i88a-
i883. Paris, Imp. Nat., i883, in -fol.
a. Tricou, Arthur^ né le 17 septembre 1837 ; licencié en droit; atta-
che à la direction des consulats, 18 décembre 1867 ; élève-consul à
Alexandrie, aa janvier i86a ; consul de seconde classe (hors cadre), i.'4
avril 1866 ; à la Canée, 17 mars 1867 ; au Caire, 18 mars 18O8; chargé
de la gestion du consulat général à Alexandrie, du 8 juillet 1869 au 37
avril 1870; consul do i""® classe, 1 a octobre 1870; consul à Constanli-
nople, aa mai 187a ; consul général à Beyrouth, 17 décembre 187^ ;
membre de la commission financière ottomane, novembre 1878 ; agent et
consul général en Egypte, ao mai 1879 ; envoyé extraordinaire et mi-
nistre plénipotentiaire à ïéliéran, a4 septembre 1879 ; ministre plénipo-
tentiaire de i»"® classe, i*^"" mars i88a ; envoyé extraordinaire et ministre
plénipotentiaire au Japon, a mars i88a ; chargé, comme envoyé extra-
ordinaire, d'une mission en Chine, i5 mai i883 ; en disponibilité, 3o
avril i885; chargé de travaux particuliers, i<r mars 1889.
394 l\ffairk du tong-king
Ce même jour, le Ministre des Affaires Klrangères en-
voyait par ték^raphe les instructions suivantes à notre agent
h Tokio :
Je vous prie de vous rendre immédiatement à Pé-Ring comme
Envové extraordinaire, en attendant le successeur de M. Bourée.
Notre refus d'accepter le traité préparé par M. Bourée relative-
ment au Tong-King a donne lieu h un malentendu cpii a refroidi
nos rapports avec la Chine.
Deux buts sont assignés h votre mission provisoire : 1° établir
que le rappel de M. Bourée n'implicpie aucune pensée de
rupture ; que nous sommes prêts à traiter sur d'aulres bases, et
que notre protectorat au Tong-King ne change rien à la situation
créée dès 1874 ; :«" nous renseigner exactement sur les intentions
et préparatifs de la Chine. D'après M. Bourée, le Gouvernement
chinois serait résolu à s'opposer à notre action au Tong-King, où
il dirigerait contre nous des forces considérables.
11 importe que nous soyons lixés sur ce |X)int. Nous comp-
tons sur votre tact, non seulement pour juger sans pré>ention de
Tétat réel des choses, mais pour faciliter un rapprochement entre
les deux pays.
Votre arrivée est annoncée à Pé-King, où vos h»tlres de créance
vous seront adressées.
j\l. Tricou arriva dans l'après-midi le 6 juin* à Chang-
Ilaï, où se trouvait Li Houng-tchang, de passage, se rendant
à Canton, ou le laissant entendre.
« M. Tricou, à son arrivée à Chang-llaï, trouva Li Houng-
tchang entouré d'un appareil militaire assez tapageur et fai-
sant grand bruit lui-même, de sa marche annoncée vers le
Sud où il allait pour prendre le commandement en chef des
forces méridionales de la Chine*. »
I. Curieuse coïncidence, le soir inùmc. M. Bourée arrivait de Pé King
dans ce port pour s y embarquer; ce fut sa présence qui motiva le télé-
gramme du 10 juin du Gouvernement français.
a. Rapport de M. Fournier, capitaine de frégate, commandant le
Volta, à l'amiral Pcyron, ministre de la marine, Nagasaki, C décembre
i883.
•^v-i WVr^:-"
Li: JAPON 39,1
Li ne partit pas; « la fermeté de notre altitude, écrit
M. Tricou le 20 juillet i883, a suITi pour le retenir un mois
à Chang-llaï et pour rempèclicr d'aller prendre le gouver-
nement des provinces du Sud qui lui avait été confié avant
mon arrivée ».
Li, réintégré à cette époque, dans ses fonctions de vice-roi
de la province du Tclié-li, resta donc dans le Nord. D'autre
part, pour éviter tout malentendu, le marquis Ts'éng était
prié de prévenir télégraphiquement son gouvernement que
M. Tricou avait seul qualité pour parler au nom du Gouver-
nement français (10 juin).
Du 5 juillet au i3 septembre, M. Tricou resta à Chang-
Haï, n'entretenant aucune relation diplomatique avec la
Chine; ses télégrammes à Paris demandaient Tenvoi de
renforts au Tong-King, qu'on agisse à Hué et qu'on fasse le
blocus des côtes dWnnam.
Des troubles à Canton fournirent à M. Tricon l'occasion
de sortir de son isolemeTit et le prétexte de voir Li sans avoir
l'air de courir après lui.
LE JAPON
A cette époque \ il nous aurait été peut être possible de
profiter des mauvaises dispositions du Gouvernement japo-
nais h cause des affaires des îles Lieou-Kieou et de la Corée;
M. Tricou télégraphiait de Chang-llaï au Département le
19 juin i883 :
Je connaissais les dispositions du Gouvernoinent Japonais.
Nous jx)uvons en tirer un très grand parti, dans le cas d'une
I. En juin i883, on estimait que les forces placées sous le comman-
dement de Li, dans le Nord, s'élevaient à 39000 hommes répartis dans
58 camps placés à Chan-Uaï Rouan, Lou-taï, Pé-T'ang, Ta-Kou, Pao-
Ting, Tien-Tsin, etc.
fh
396 1/ AFFAIRE DU TONG-RING
rupture qui semble inévitable si nous ne voulons pas paraître
reculer.
Vingt mille Japonais sulTiraient pour mettre en déroute toute
l'armée chinoise. Ce (|ui manque aux Japonais, ce sont des
bateaux de transport et une marine pour défendre ses côtes. La
nôtre pourrait trouver à Nagasaki tout le charbon et les ravi-
taillements qui lui seraient nécessaires, et qui, je le crains, pour-
raient lui faire défaut à Saigon.
La situation du Japon vis-à-vis de la Chine ressemble beau-
coup à la nôtre. Par le traité de 1876, la Cour de Tokio a
reconnu Tindépendance de la Corée sans que la Chine élevât à
cette époque la moindre protestation.
Nous n'avons qu'à dire un mot, et nous pouvons être assurés
du concours du Gouvernement JajKmais.
Je sais que la Chine redoute fort cette éventualité.
Les dispositions des Japonais à notre égard changèrent
d'ailleurs rapidement, soit sons la pression de rAllemagnc,
soit à la suite d'avances secrètes de la Cour de Pé-King. Le
commandant Fournier écrivait dans son rapport à Painiral
PeyronqueM. Tricou, après avoir quitte la Chine, traver-
sant le Japon en novembre : « a constaté et j'ai pu constater
moi -même qu'une évolution manifeste s'était produite dans
les dispositions de la Cour de Tokio. Loin de rechercher,
comme naguère, un rapprochement avec la France, elle
parait vouloir aujourd'hui se dégager d'une compromission
qui pourrait lui devenir gênante ».
M. Billot dit qu'il y a une énigme dans le changement
survenu, au mois de juin i883, dans l'attitude du gouverne-
ment chinois, et que ce changement fut opéré « sous des
influences » qui n'ont pas clé déterminées. La vérité est que
les Chinois n'ont jamais eu l'intention de céder; seul, Li
désirait la paix ; Ts'èng, au contraire, sous l'influence bien
connue d'un agent étranger, était belliqueux. Suivant que Li
ou Ts'êng était écouté, le gouvernement de Pé-King, favo-
rable d'ailleurs au second, inclinait vers la soumission ou la
résistance; quand il se fut assuré de la non-intervention des
VUES DE M. THICOI 3t)7
Japonais, il se montra inl^ansi^^eanl^ Toute noire diplo-
malle ne pouvait que nous Taire perdre du temps; le canon
seul devait avoir raison de l'obstination de la Cour de Pé-
kin^, et encore fallait-il que ce canon fut libre de son feu ;
nous verrons, plus loin, que les obstacles mis conslanmicnt
par le ministère à Faction milit<iire, ont retardé Teflet de
celle-ci presque aussi longtemps que des négociations pour-
suivies par trop de personnes dans trop d'endroits différents.
VLES DE M. TRICOU
M. Tricou exposait sa manière de voir dans le télé-
gramme suivant qu'il adressait de Chang-ilaï au ministère le
Ix juillet :
Cliang-Haï, le l\ juillet i883.
(Confidentielle.)
Votre Excellence me permet-elle de lui exprimer en toute
franchise mou sentiment personnel ?
La Convention Bourée nous a entraînés sur un déplorable
terrain, en provoquant, eu sollicitant presque Tingérence de la
Chine dans une question que, depuis 1870, nous ne l'avions pas
conviée à examiner avec nous.
Voulons-nous aujourd'hui rentrer dans la voie des traditions
que nous a fait malheureusement abandonner une politique per-
sonnelle, ou j)ersistons-nous à rechercher un acconunodement
qui n<? sera, après tout, qu'une entente boiteuse sur le terrain
des faits P
Dans la première hypothèse, il conviendrait d'adresser une
note à la Chine |)our lui déclarer qu'en présence de ses agisse-
ments nous reprenons toute notre lib(»rté d'action, et que nous
sommes résolus à faire prévaloir les droits qui nous sont conférés
par le traité de 1874. Je peux vous assurer que la Chine ne nous
déclarera pas ouverlenient la guerre : elle ne j)eut pas nous la
faire, et n'est pas en état de nous la faire. Mais il faudrait alors
I. L'affaire du Tonkin, p. 47 ©t 48.
398 i/affairk du tong-kin(;
frapper, sans retard, un grand coup à Ihu', ce (pie nous aurions
dû faire depuis longlenips. Ce serait, d'après moi, la solution la
meilleure, la plus honorable et la moins conipronieltanle.
Dans la seconde hypothèse, il ne nous reslequ'à pousser acti-
vement les négociations, si nous ne voulons j)as permettre à Li
de nous discréditer par ses atermoiements. J(» dois a\ouer qu'un
arrangement, quels qu'en soient les termes, n*em[K^chera pas la
Chine de continuer à nous susciter secrètement les plus graves
embarras au Tong-King.
Que si, croyant notre honneur engagé, nous voulions forcer la
Cour de» Pé-King h reconnaître formellement le Traité de 1874 et
à renoncer à ses prétentions de suzeraineté, nous nous verrions,
dans ce dernier cas, obligés de recourir résolument à la force :
une action navale, connue je l'ai déjà dit, sulHrait pour réduire
le Céleste Enqjire à discrétion.
Depuis deux jours, Li fait le malade, il se réserve ; heure par
heure, il est renseigné par le M'* Ts'éng sur les dispositions de la
presse et des deux Chambres, qui lui sont représentées comme
pacifiques, froides même.
Tri COL.
Ce jour même (4 juillet), au reçu d'un télégramme du
Tsoung-li Yamen, Li quittait Chang-Haï brusquement et
remontait h Tien-Tsin, laissant M. Tricon derrière lui.
Notre ministre se trouvait malheureusement dans un étal
de santé qui lui rendait fort diflicilc sa tache ; il télégraphiait
le 5 juillet :
Très malade, constamment alité, il m'est impossible de rendre
aucun service à mon pays. Je sollicite respectueusement un congé
OU ma mise en dis|x>nibilité.
Il était impossible au Ministère d'autoriser notre agent à
quitter son poste à ce moment. Les négociations étaient
d'ailleurs pénibles. Li lloung-tclnng, qui craignait pour sa
tète, désirait qu'elles fussent poursuivies à Paris; il était
d'ailleurs reparti pour Tien-Tsin, comme nous venons de le
voir. H est fort possible que de son côté, le marquis T'séng
MKS T)\ M.VIUJUS Ts'kNU 3()()
eut la niriiio crainte. Cependant la (iliarnhre des Députés
appuyait la politique du (îouvernenienl et par 36:^ voix
contre 78, dans la séance du 10 juillet, Tordre du jour
suivant était adopté:
La Chambre, après avoir entendu le.s explications du Gouver-
nement, confiante dans sa politique ferme et prudente, passe îi
l'ordre du jour.
Kconduit courtoisement par les cabinets de Londres et de
Berlin, le Tsoung-li Yamen tourna ses regards vers les États-
linis(i7 juillet). M. Young\ ministre américain à Pé-king,
alors doyen du Corps diplomatique, ancien reporter du New
York Herald, et ami intime de Li, très désireux d'offrir sa
médiation, menait la campage; le Cabinet de Washington
aux l>ons offices duquel la Chine faisait appel, pour sou-
mettre à son arbitrage les dillicultés survenues avec la P'rance
relativement au Tong-King, faisait pressentir nos disposi-
tions par son représentant à Paris. L'intervention d'une puis-
sance tierce ne pouvait qu'entraver notre action dans l'Annam
comme au Tong-King, et compliquer, en outre, notre dif-
férend avec la Chine, permettant à la Cour de Pé-King de
poser la question de suzeraineté, qu'il était prudent d'écarter.
Plus tard (20 août) Li Houng-tchang faisait publier par les
journaux à sa dévotion que le Gouvernement français avait
accepté la médiation américaine. Ce même jour, M. Challe-
mel-Lacour télégraphiait à M . Tricou :
Le Gouvernement des Etats-Unis nous a sur la demande de
la Chine fait offrir ses bons olïiccs. Xous les avons déclinés.
1. Young, James-Hussetl, de New- York, nommé le iT) mars 1882, à
la place de James B. Angell, de Michifran. successeur le iG août 1880, de
Geo. F. Scward ; Young prit charge de la légation, le 17 août 1882 ; il
donna sa démission le 27 janvier i885, et quitta I^é-King, le 8 avril i885 ;
il fut remplacé par (iharlcs Denby.
400 l'affaire Dl; TONG-RING
VUES DU MARQUIS TS'ÊNG
Le marquis Ts'èng ne paraît pas avoir eu jusqu'au lo août
la compréhension très nette de la situation, ainsi qu'il ré-
sulte (Je la note suivante, due à une personne en relations
avec le diplomate chinois :
NOTE
C'est seulement depuis hier (lo août) que le marquis TsViig
s<» rend compte de la gravité de raflirmation que lui a arrachée
M. (]]iallemel-Lacour» relativement à la présence au Tong-King
de troupes iin|H»riales chinoises, destinées h comhattrc les Fran-
çais. Auparavant, celte mesure lui paraissait toute naturelle !
Mais il estclTrayé maintenant du parti que l'on peut tirer contre
la Chine et contre lui d'une déclaration qui prend, dans sa
bouche, une gravité particulière.
11 faut donc s'attendre à le voir se rétracter, à atténuer la
portée de ce qu'il a dit, car il comprend que la Chine mettant
ainsi les torts de son côté, ne jiourra pas obtenir la médiation
d'une puissance étrangère ; et c'est au fond l'espoir de voir les
Etats-Unis, par exenq)le, s'interposer entre la FVance et leur
pays, qui rend les Chinois si audacieux !
Le Gouvernement français fera bien toutefois de ne pas se
contenter de vaines déclarations et d'exiger des actes.
l^armi les njcsures que l'on pourrait exiger, en témoignage de
la sincérité de la Chine sont les suivantes :
I" La publication dans la Gazette de Pékinij et raffichagc dans
toutes les villes des trois provinces limitrophes du Tong-King d'un
Décret impérial (Chanrj-yu) rapportant celui qui a précédemment
ordonné l'envoi de troupes chinoises dans le Sud et au Tong-
King. On pourrait môme discuter les termes de ce décret, qui
devrait éloigner du théc^tre de nos opérations tous les contingents
chinois qui y ont été envoyés dans ces derniers temps, et faire
sortir du Tong-King tous les soldats chinois qui s'y trouvent.
a" Le maintien dans la Vice-Hoyaulé de Canton de Ts'éng*,
oncle du Marquis et frère du célèbre Ts'èng Kouo-fan, qui est,
I. Tseng Rouo-ts'iuan.
nLOCM s nrs pokts di: i/indo-ciiim: V>i
(lil-OFi. drplacé parce ([u'il n'a pas nionlré siinisainiiuMit do zèle
à prendre des mesures hosliles aii\ Français.
3" I.e déplacement de Tsen lii-ying aciuellement Vice-Roi du
Yûn-Kouei (formé par les deux provinces du Yun-Nan et du
Kouei-tcheou), qui était précédennnenl Gouverneur du Y iin-Nan
et dont la nomination récente à son poste actuel a été interprétée
par les Chinois comme une mesure hostile à la France (sa nomi-
nation comme Vicc-Boi date du 3o mai i883).
C<î Tsen Yû-ying est tristement célehre par le massacre de la
popu]ati(m inoflensi\e de Ta-li fou qu'il ordonna en 1873, après
la capitulation de cetle ville au mépris de la foi jurée (Consulter
au lïesoin le livre de Rocher sur la province du Yun-Nan).
Observation. — L(»s trois mesures qui précèdent sont de nature
u soulever une \ive opposition d<^ la part du parti de la guerre
chinois, aussi ne faudrait-il formuler ces propositions que si l'on
est bien décidé h obtenir satisfaclion sur ces divers points.
D'autres garanties à exiger pourraient naturellement être indi-
quées par des personnes connaissant bien la Chine.
Le II août i883.
BLOCliS DES PORTS DE l'iNDO-CHIISE
A la suite cFiin télégramme du ministre des Affaires étran-
gères du 9 août, M. Tricon remettait le 20 août au prince
Koung, président du Tsoung-li Yamcn, une note lui notifiant
que les ports du Tong-King et de FAnnam étaient mis en
état de blocus.
Le soussigné» Envoyé Extraordinaire de France eu Chine, a
riionneur, conformément aux ordres de sou (jouv<'rnement,
d'informer S. A. l. le Trince Ivoung que le (louvernement de la
République, avisé de plusieurs points de la (]hine du départ de
navires chargés d'armes et de munitions à destination de l'Annam
se voit forcé, vu les circonstances, de s'opposer à ce trafic qui
est, d'ailleurs, interdit par Farticlc n du traité de commerce
conclu avec la Cour de llué en 187V
En conséquence, les ports du Tong-Iving et de l'Annam sont
mis en état de « Rlocus ». Une surveillance rigoureuse sera
exercée sur les côtes. Les navires suspects seront visités dans ces
CoRDXRR. II. — 2O
4oa LAFFAIBE Î>1' TONG-KlSfi
|Hiraf^ cl Ci'iixqui. npri's nolllicalioii iiKli\i<iiie11e. lenloraioiil do
lianditr l<-s li(,'nis du Id.Hiis. s«-iflifiil saisis.
Lo soussigiii- s'empresse de jiorter celli- diVision fi la connais-
sance «lu {îoiivcriionLcnl Cliinois jkhii- iju'il |irétieiiiic
de C^ouiiiiorre el eniptVlie loute c\|)édllli)ii de ce ({Ciire.
Il sarsil celli! ocrasiori |>our leiirniveicr à S. A. I. Mfp-.
Prince Kouji^ les assuninces de sa 1res haute coiisidf ration.
Le prince Koung (il la réponse suivante h M. Tricou :
J'ni reçu le 18" jour de lii 7* lune de la ij' année Koiinng-!Siu
(30 fioûl i883) lu dépiVhe (pie Votre K\relli'nrr m'a l'ail riionneui-
de m'adrcK-viT et dans Inquelle KIte me dit : (Suit la reproduction
presipie m exfenso de In note relative nu blocus des rôles <)e
l'Anniini el du Ton{;-Kiii^')- "'"■ l'i'inl-i"! i" 1" oiun-e kouanjr-
Siu (i«74-i87.'>) It'ltepré-iieiitatit delà France. S. K. M. le Conitf
de llnclieclilounr. avant adressé au Tsoiin^'-li Yainen uneconnnu-
nicalioii oFiicielle relative auï néf.'ocia lions et aux alTaires inler-
\eiiniii entre votre pnvs el l'Aniiain, le T$oung-li ^ainen lui ré-
IKiiidtt i|no rAiiiiani étant, de fondation, un (tavs vassal de la
'. tniili'S les ([ueslidns relatives aux rap{>orls entre les poj>u
fatinns
situéTs
sur
1rs Trontières di
r- la Chine av
ec n-lies d.*
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li Yamen. i
1 di-
termine:
rail, d'
apiv
s leur examen
. la nianif-re
dont on de
\ rail
Iiroci'tiei
■ H ce SI
.jet.
etc., etc. Nom,'
■ avons celle
réjionse dans nos
Apri-s avoir reçu la dei'iiière eu muni nicn lion de \olre Ex-
cc-llence, il est de notre devoir de faire comme préeétlemment
et d'envoyer de» dé|)éelic!i pour noua en(|uérir s'il y a bien dans
les provinces de notre littoral «les navires de commerce de diffé-
reiitesdescriptinnstmnsporlant actuellement dt-sarmes cl des mu-
nitions de ftuerreiIansles|Kirtsdi' l'AnnaniiHturen faire le trulic.
Sm 11 Alun l'VMKKS V>'^
Dos (juc losn'ponsos lions seront paiNcnncs, le Tsonnir-li VanuMi
clrloriiiinera, apn\s exaiiioii, de qnelle laçoii on(le\ra procéder et
vous adressera, à ce sujel, une non\elle réponse ollicielle. ÎNoiis
vous adressons, dès à présenl. celle première réponse dont nous
prions Votre F^xcellcncc de vouloir bien prendre connaissance'.
sm nAuuY PAUKES
Sir Ilarry Parkes^ était nommé ministre à Pé-King, le
i3 juillet i883, en remplacement de Sir Thomas Wade.
Jamais choix ne -fut aussi chaudement applaudi par la colonie
anglaise de Chine que celui de Parkes qui venait de repré-
senter son pays avec distinction à Tokio. On attendait mer-
veille de cet homme d'action dont le nom élail resté légen-
daire depuis la campagne de 1860; la diplomatie anglaise
allait sortir de la léthargie où elle était plongée depuis son
départ pour Tokio ! mais les circonstances étaient singulière-
ment changées, et pendant les dix-huit mois qu'il avait
encore à vivre, on ne peut dire que Parkes retrouva ses suc-
cès d'antan; il est vrai d'ajouter qu'il eut à peine le temps
de se remettre au courant des affaires, « getting into the
saddie », comme il disait. Il débarqua à Chang-Haï le 6 sep-
tembre i883 au milieu de l'enthousiasme général, quitta
celte ville pour Pé-King le i3; et arriva dans la capitale le
27 septembre, avec le gouverneur de Hong-Kong, Sir George
F. Bowen, successeur de l'impopulaire Sir John Pope Ilen-
nessy.
M. Tricou télégraphiait au Département le 9 septembre
lors de l'arrivée de Sir ilarry Parkes :
1. Pour traduction conforme, le n^ interprète de la légation, [sig.] :
Arnold N issii-iRii:.
2. Parkes, Harry- Smith ^ né le 24 février 1828 à Birchills Hall, pa-
roisse de Bloxwich, près Walsall, dans le Staifordshire ; il partit de Ports-
mouth sur le Foam, le i3 juin i84i cl arriva à Macao, le 8 octobre. —
The Life ofsir Ilarry P^r^^s... by Stanley Lanc-Poole. London, 189,'!,
a vol. in-8.
■ •^^<
4o/| i/aFFAIUK du TONC.-Rl>r.
Sir IlaiTY Parkcs, rmniiinrnl iioinnio Minisire do la Koino on
CIlinc, vient d'arriver à Clian^-Haï. Nous avons noue à Tokio
do cordiales relations. Il m*a assuré, sans v être provoqué, que
dans le cas où le Tsoung-li Yamen lui parlerait des afl'aires do
TAnnam et du Tong-Kinp^, il l'engagerait vivement à accepter
les bases d'arrangement que nous croirions devoir projx>ser. Sir
Harry s'est toujours montré particulièrement hostile aux préten-
tions de la Chine en matière de suzeraineté. Il repartira le 12
pour Tien-Tsin sur le croiseur le V^igilanl...
Le soir du même jour, M. Tricou télégraphiait encore :
Je viens d'avoir avec Sir Harry Parkes un entretien tout in-
time. II pense, comme moi, que le M'* Ts'éng est chargé de nous
amuser à Paris par des négociations illusoires ; il est convaincu
que nous n'arriverons à un résultat pratique qu'en exerçant à
Pé-Ring une forte pression.
M. TRICOU A TÎEN-TSIN ET A PE-KING
Le 10 septembre, M. Tricou télégraphiait au Départe-
ment :
Votre Excellence m'autorise-t-<»lle à partir immédiatement
pour Pé-King ? J'es|)ere encore, avec le concours de V. E. , en dépit
de bien des difllicullés jwuvoir obtenir une solution satisfaisante.
Le ministre lui répondait le même jour :
Je crois préférable que vous restiez à Chang-llaï jusqu'à ce
que j'aie pu vous communiquer le texte des propositions destin<H*s
à servir de base aux nouveaux pour|>arlers.
Cependant, notre ministre se met en route pour le nord
et le 12 septembre, avant son départ, M. Tricou télégraphie
encore de Chang-Haï:
Je crois devoir retenir M. Dillon à Tien-Tsin. Nous avons
actuellement nos concessions à proléger. Je pars ce soir pour
Pé-King. Je m'arrêterai a Tien-Tsin.
v*^ify-. ■ .
M. TUICOr A TIKN-TSIN ET V PK-KING '|05
Le i3 septembre, M. Tricon quittait (ihan<j^-llaï sur le
\ Olta qui mouilla devant Ta-Lou le iG à 7 heures du soir;
le lendemain matin, il débarquait à Ïien-Tsin avec le com-
mandant Fournier. Le 18, il se rendait chez Li, avec
MM. Vissière et Frandin, interprètes, et le commandant
Fournier; Tacciieil du vice-roi fut aimable.
Au cours de la conversation, Li fît les déclarations sui-
vantes :
11 était impossible à la Chine de renoncer à des droits de
suzeraineté sur l'Annani, consacrés par l'histoire, mais qu'il espé-
rait cependant que l'on pourrait trouver un modus vivendi de
nature à satisfaire les deux pays et que, du reste, il était auto-
risé par le Tsoung-li Yamen à en conférer avec M. Tricon...
A-t-on bien constaté la présence des soldats impériaux dans les
ran^s des Pavillons Noirs, demanda Li, avec embarras. — Oui,
répliqua M. Tricon, le doute n'est plus p(»rmis aujourd'hui
d'après les informations que j'ai reçues du Tong-King. — Ce
sont alors des déserteurs, riposln le Vice-Hoi d'un air dégagé...
S'il advenait, dit Li, qu'un choc eut lieu entre les soldats im-
périaux et les vôtres, cela n'entraînerait pas forcément la guerre,
car, ajouta-t-il, en jouant sur les mots, ces soldats n'appartien-
nent pas à proprement parler h l'armée impériale, mais relèvent
directement des Yice-Uois administrant les provinces du Sud.
Le surlendemain, Li, avec ses secrétaires et le tao-taï de
Tien-Tsin, rendit la visite de M. Tricou au consulat de
France, et le soir, il donna un grand dîner auquel assistèrent,
outre notre envoyé, Sir llarry Parkes, ministre d'Angleterre,
et Sir George Bovven, gouverneur de Hong-Kong. Le len-
demain du dîner, il y eut une troisième entrevue entre Li
et M. Tricou. Li, en examinant une carte du Tong-King,
laissa voir que de petites étiquettes rouges, couvrant les places
de Bac-Ninhet de So'n-Tay, portaient les noms des généraux
chinois commandant les troupes impériales sur ces points;
des cliquettes semblables étaient collées sur Lang-so'n et
Cao-Bang. Sur une question de Li, M. Tricou répondit à
' "-rî.,-.^*i;--?^;:vJ»J
4o6 l'aFFAIRK Dl TONr.-RING
propos de Ts'èng, « qiie pour un (liplomalc, ce personnage
faisait bien du tapage dans la presse et que le tapage était
mauvais en diplomatie i>. « C'est vrai », répliqua Li, et il
pria M. Tricon de ne pas cacher au Tsoung-li Yamcn les
agissements bruyants de Ts'éng.
Dès son arrivée h Pé-King, M. Tricou reçut du prince
Koung un accueil des plus courlois; il partit ensuite pour
des excursions pendant cinq jours, et à son retour le Tsoung-li
Yamen, au grand complet, lui rendit sa visite. M. Tricou
n'entretint pas les minisires chinois des affaires du Tong-
King et repartit pour Tien-Tsin.
Cependant les Chinois se préparaient à la lutte, et en pré-
vision d'une expédition française, un décret secret (28 sep-
tembre i883) organisait la défense des cotes de l'Empire.
D'autre part, la nomination de l'amiral Courbet et l'envoi de
3 000. hommes au Tong-King produisaient une excellente im-
pression; mais ce n'était pas suffisant*.
Le 6 octobre i883, le commandant Fournier déclarait:
Apros avoir assisté aux onlrelicnsdu Minislreavcc le Vice-Hoi
aucune négociation ne peut aboutir qu'après déroule éclatante
des Pavillons Noirs. Le (îouvornenient cliinois considère IVnxoi
d'un Minisire titulaire à IV'-King comme l'indication de notre
désir de Irailcr. Le Marquis Ts'éng rentrelicnt dans crovance
et conseils (lu vice-roi Li ne soni j)as écoulés: il i'audrail. selon
moi. prendre les mesures sui>anles, urgentes : envoi puissants
renforts Tong-King ; imiter manœuvre Angleterre Canton, si
nouveaux troubles s'y produisent ; suspendre ton le négociation
avec le Marquis ; retenir M. Patcnotre et rappeler immédiatement
M. Tricou.
Je ne doute pas que ces mesures concordant et u'entrainant
pas état de guerre, n'amènent Chine à composition. Le monde
diplomatique s'étonne, ici, que le Gou>ernement français hésite
encore h prendre ces mesures indispensables pour sauvegarder
notre dignité nationale.
I. Commandanl Fournier, 3o septembre i883.
■\
in:p\iiT in: M. Tiucof '107
A Ticn-Tsin, les relations entre M. Tricon et Li furent
des plus cordiales ; ce dernier disait à notre ministre que
Ts'èng encourageait les résistances de Tsoung-li Yainen, lui
laissant entrevoir la chute du ministère français à la rentrée
des Chambres. Li était d'ailleurs animé personnellement des
intentions les plus conciliantes. M. Tricou, à son retour de
Pé-King, avait fait à Li ime première visite le 21 octobre:
« Pourquoi donc, lui dit Li, n'avez -vous pas signalé les
agissements de Ts'èng au Tsoung-li Yamen? » — « Parce
que les alTaires du Tong-King n'ont pas été abordées », lui
répondit M. Tricou. Le 25 octobre, M. Tricou venait de re-
cevoir un télégramme du Département lui faisant connaître
les dernières propositions de Ts'éng, il fit une seconde visite
àLi.
DÉPART DE M. TRICOIJ
M. Tricou avait quitté Pé-King le 19 octobre pour Tien-
Tsin d'où il mandait le 26 h M. de Semallé de venir le re-
joindre ; il lui remettait le 3o la direction de la légation de
la République en Chine. Dès le 3i, M. de Semallé retour-
nait dans la capitale.
Le 25 octobre, M. Tricou télégraphiait à M. Challemel-
Lacour :
Li Uoung-tclianp:. que j'ai revu, se désintéresse des alTaires de
r.Vnnani et en ahandoniio désormais la conduite au Tsoung-li
Yamen. Certaines défaillances d'altitude et de langage trahissent
son découragement. Bien qu'il ne l'avoue pas, il est trop intelli-
gent pour ne pas comprendre que la soumission de la (iOur de
Hué doit, h la longue, frapper d'impuissance toutes lejs manœuvres
de la Cour de IV-King. Mais il laisse entendre très clairement
que le (iouvernement chinois ne saurait, sans perdre la face,
apposer, pour rinslaiit. du moins, sa signature au bas d'un
arrangement qui décèlerait sa déconvenue. Déjà la Chine est
anxieuse ; elle appréhende que les Pa>illons Noirs et les bandes
-■ -«
'|08 l'aFFAIUE T)l TO.NG-klNC
chinoises, refoulés par nos troupes, ne >iennent jeter le désordre
dans la province du Yun-.Nan.
M. Tricou télégraphiait de Tien-Tsin le 29 octobre au
Département :
Li Houng-tchang est \enu nie trouver à la dernière heure pour
me prier inslaninienl de rester. Je lui ai répondu que Fétat de
ma santé m'obligeait à quitter la Chine. Je pars ce soir sur le
Volta. Le Vice-Roi est très inquiet. Il désavoue haulement le
M'* ïs'éng.
Dans celte visite le vice-roi paraissait fort abattu; il re-
connut que c'était M. Tricou qui, par la fermeté de son lan-
gage, Tavait arrêté à Chang-Haï, quand il était en route
pour le Sud : « Vous m'aNCz dit à cette époque, ajouta Li,
que mon départ pouvait être considéré connue une menace,
et ami de la jxaix, j'ai mieux aimé retourner à Tien-Tsin ».
Le lendemain de cette visite, au matin, M. Tricou parlait
sur le Volta pour ^ okohama.
Le marquis Ts'éng contredit naturellemenl les assertions
de Li, et M. Jules Ferry télégraphiait à M. Tricou, à Tokio,
par rinlermédiaire de M. Sienkiewicz, notre ministre au
Japon :
1 1 novend)re i883.
\olre télégrannue du :>.() octobre annonçait que Li Houng-
tchang s'était elForcé de \ous retenir et désa[)prouvait le Marrpiis
Ts'èiig. Celui-ci se dit autorisé ollicielleinenl à contredire ces
deux déclarations. Transmettez des informations détaillées sur les
démarches et les paroles du Vice-I\oi auxquelles se référait votre
télégramme.
M. Tricou répondit le 17 novembre i883 par le télé-
graphe :
Voici le langage que m'a tenu Li lloung-tchang au moment
de mon départ de Tien-Tsin. Il m'était venu trouver au Consu-
lat. — Le Commandant Fournier, M. de Semallé et tous les
i>KP\KT m: m. tiuc.oi: ^'iOQ
inlerprMes de la L(''galion assislaicnl à l'eFiInmio. Conime le
\ ico-lloi inc demandait inslainiiKMil de resicr, j'ai répliqué anii-
calemcril (jue l'élal de ma santé m'oblige à partir. « Je le regrette
fort ; mais ne poiirriez-voiis pas télégraphier à votre (jouverne-
menl jK)ur provocpier l'envoi d\in non\eaii Ministre? » J'ai ré-
pondu que celte démarche serait plus correctement faite par le
M** ïs'èng, représentant du Gouvernement chinois à Paris. Ce
jour-là. \A Iloung-tchang blâmait ouvertement le Tsoung-li
Yamen et le M'* Ts'èng. 11 taxait les dernières propositions d'ex-
cessives ; il n'avait pu s'empêcher en les transmettant de s'écrier :
« Le Tsoung-li Yamen vit dans la lune ». Il prétend, du reste,
que le M'^ Ts'èng encourage toutes les illusions à Pé-King. Ce
langage ne surprendra pas \otre Excellence (juand Elle saura
que Li, actuellement battu en brèche par le Tsoung-li Yamen et
le M^* Ts'èng, est devenu l'ennemi du M'* Ts'èng et du Tsoung-li
Yamen. Je dois ajouter (pi'il est le seul lionune d'Etat de l'Em-
pire qui puiss<\ le moment venu, inq)osersa volonté. En termi-
nant l'entretien . le Vice-Uoi m'a demandé si je ne jM)U\ais pas
télégraphier à M. Harmand de ne point laisser attaquer les
troupes chinoises (pie notre corps expéditionnaire rencontrerait
au Tong-Iving. — J'ai répliqué que nous trouvant en paix avec
la (]liine, nous ne saurions faire de distinction entre les Pavillons
Noirs et les bandes, qu'elles fussent revêtues ou non de l'uniforme
de l'armée régulière ; qu'au surplus, le .\P* Ts'èng avait, il y a
trois mois, très nettement déclaré au Gouvernement delà Répu-
blique (pie nous ne trouverions l(»s t roupies de l'armiV régulière,
ni dans notre .sphère d'action, ni dans notre champ d'opérations.
— « \ous ne voulez donc me rendre aucun ser\ice, me dit Li
« lloung-tchaiig, en ])laisanlant ? Si vous pass(»z par Hanoï,
« n'oubliez pas l'indemnité (pii nous est due pour embanjo mis
« naguères sur les riz de la (^hina Merchants. »
« J'y penserai, lui dis-je en riant, et je passerai tout exprès à
a Hanoï. »
Tu ICO t.
CHAPITRE XXI
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 (suite): M. DE SEMALLÉ
(1883-1884)
1>STRUCTI0?ÎS DE M. DE SEMALLÉ
M. de Somalie* avait, nous Tavoiis vu, pris la direction
de la légation de la République à Pc-King, le 3o octobre
i883, au départ de M. ïricou pour le Japon. Le poids des
affaires allait retomber sur lui, alors qu'on le laissait systé-
matiquement sans instructions, obligé de répondre aux ques-
tions du Tsoung-li "^amen, sans être muni de pouvoirs sufTi-
sants, alors qu'on lui laissait ignorer ce qui se passait à Paris,
où les négociations devaient se continuer.
M. Challemel-Lacour, à cause du mauvais état de sii
sanlé, avait donné sa démission le 20 novembre i883, et
M. Jules Ferry, qui faisait l'intérim depuis le 8, le remplaça
au ministère des Affaires étrangères. Il était d'ailleurs Tànie
de noire politique extérieure.
Le 1" novembre, M. Challemel-Lacour lélégrapbiail h M. de
I. Somalie, Marie Joscph-Claude-Edouard-Robert^ vicomte, puis
comte de. né le 3i mai iS'jQ ; attachée Hcrne. 7 janvier 1878; à Madrid,
0 juin 187 V. à la Haye, 11 aoiU 1870; à la direction politique, 3o août
1877 ; attaché payé au cabinet, i**' décembre 1877 ; secrétaire de 2° classe
à Pé-King, i*"" février 1880; inscrit dans la première section des secré-
taires de 3« classe, 18 mars 188^1 ; secrétaire de i« classe, 3 janvier i884 ;
chevalier de la Légion d'honneur, 7 juillet i885 ; secrétaire de i""*^ classe
à Rome (Quirinal) (non installé), 28 septembre i885 ; en disponibilité
pur sa demande, 12 oclobrç i885 ; a pris sa retraite.
K ''•
MKMouwDi M 1)1 iT) si:pn:Mimi: i8(S3 'l 1 1
Somalie qiio la Clianil)ro dos dopulos, h la siiilo d'uno dis-
cussion (lui avait rempli doux soaricos, avait volo le 3i octobre
Tordre du jour suivant, par 320 \oix contre i55 :
La Chambre, approuvant les mesurées prises par le Gouverne-
ment pour sauvegarder au Ton|<-King les intérêts, les droits et
l'honneur de la France et confiante dans sa fermeté et sa pru-
dence pour faire exécuter les traités existants, passe à Tordre du
jour.
Le ministre ajoutait :
Vous vous ap|)li((uerez h faire comprendre que notre établisse-
ment au Tong-Kin<^' doit être tenu pour définitif, mais ((iie
nous n'en restons pas moins disposés h mi arranfj^ement sur les
bases de notre Mémorandum du i5 septembre.
MÉMORANDUM DU if) SEPTEMBRE l883
Le ministre des AfTaires étrangères avait formulé dans les
deux articles suivants les propositions auxquelles il suffirait,
dans son opinion, que les deux Hautes Parties donnassent
leur acquiescement ]>our amener le résultat qu'elles avaient
en vue :
1. — Le Gouvernement français s'engagerait h n'occuper
aucun point et h n'exercer aucime action dans la région déli-
mitée au nord par la frontière de la Chine et au sud par une
ligne à déterminer, partant d'un j>oint sur la côte entre le ai"
et le Mn*" degré de latitude, pour aboutir au Fleuve Rouge en
amont de Lao-Kay. Le (jouvernement chinois s'engagerait, de
son côté, à n'occuper aucim point et h n'exercer aucune action
dans la même région.
L'administration continuerait d'être exercée dans celle zone
par les fonctionnaires annamites. 11 ne pourrait pas v être élevé
de fortifications.
Si des bandes armées v venaient chercher un refuge ou s'il s'v
produisiiit d<*s désordres incompatibles avec la sécurité des terri-
toires voisins, les Gouvernements franç<iis et chinois pourraient
soit ensemble, soit séparément, y faire pénétrer des forces mili-
Inïrcs. apri's s'tln" mis d'accord sur l'ubjrt cl sur l'élendue
dp rajol-rallon. (Iw forivs i)c\ruicn( Hrv retirées de» quVdlw
aiirniciil nllciiil Ir Init |)Oiir lequel elles aiiraie.itt <-ti: oiivovn's.
II. — La ville de Maiwliao sur le Fk-uveKoiige. dans la "pro-
vince du Yiiii-Nan. serait ouverte au commerce étranger, dans
les mOnies œndilions que les autres villes ou ports de i'Kmpïre
eliirioi^ni'i ce commerce est déjà {XM'inis.
« LV'léiiient essentiel et iioiivcnii. dit M. Billot, de la pro-
pn^itinn étiiil la coiisliliitinn d'une 7>:ine neutre entre l'Kinpirc
chinois et les (eriitoiivs («ciipi's par la Fraiirc. » Si la zone
neutre nent été une ulo|)ie, elk ertt élc une absurdité.
M. WE SKMM.Lt AU TAMES
\ la suite du télégramme du ministre des Xffaircs étran-
gères lui ninionranl le vole de cnniianre obtenu le ^ i octobre
et lui préci.smt la ligne de conduite qu'il devrait tenir i Pé-
Kiug. notre elinrgé d'nlfaires, M. de Seniollé. «ct;omiMigné
de l'inlerpivte de la légation. M. \ issière, se rendit an
Tsounp H Vanien, le i.'i, à -i beures. on il fut rei,'u on au-
dienre |Kir le [irince Koung et tous les niend>res du vatiien :
Li Ilonng Usao, King Lien, Lin Cliou, Tib"èn Lnn-p'ïn,
Tclieou Kia-inèï et Wou Ting-fi'n. M. de Seniallé leur dit
que : « Le rionverncnieni français, on le nommant ^on cliargé
(l'aiTaires à Pé King, lui laissait tous les pouvoirs afTércnls à
ses fonctions, mais qu'il l'a infonuc qu'il devait s'abstenir de
toute négficiation avec le Gnnveruement cbinois au sujet des
affaires de l'Annaiti. H avait été ebargé de leur dire, en
outre, qu'il était disposé à s'entendre à Paris, avec le M"
TsVng, pour conclure un arrangement ayant pour baso le
Mémorandum on deu\ articles communiqué au M" Ts'éng.
le 1 "i septembre dernier ; mais que, dans loua les cas, c'est
à P.iri» seulement que pourront se protluirc des négociations
dans ce sens. »
M. de Somalie conimuiiitpia ensuite au\ membres du
COMMIMCVTION OFFK.IF.M.i: ^[l'A
Yamen le vole de confiance de la (Ihandire ; le prince Koiing
répondit que « le (jouvernemenl chinois avait aussi des opi-
nions sur la question et qu'il était de son devoir de les expo-
ser clairement. C'est ce que nous comptons faire dans la
Dépêche qui vous sera adressée, ainsi qu'au M*" Ts^énf^: ».
M. de Semallé ayant fait remarquer qu'une note adressée,
comme on le lui dit, à toutes les puissances aurait un caractère
tout particulier, Li lloung-tsao et Tcheou Kia-mèï répon-
dirent qu'ils c( la faisaient dans un esprit de conciliation,
nullement pour chercher querelle h la France. Nous voidons
une solution pacifique ». L'entretien se termina par cette
déclaration de M. de Semallé: « La lij^ne de conduite du
Gouvernement français est hien arrêtée. Klle ne saurait chan-
ger. Avant de m'envoyer votre note, il importe que vous en
teniez compte. C'est à Paris que vous devrez rechercher une
entente pacifique. »
Le lendemain, en effet, M. le vicomte de Semallé recevait du
prince Koung la communication officielle suivante :
COMMUNICATION OFFICIELLE, PÉ-KING, l6 NOVEMBRE l883
L*Annam est un pays vassal de la Chine. Depuis plus de
deux cents ans, il a sans cesse reçu d'elle l'investiture, et il a
envoyé sans interruption un trihut à la Cour de Chine. Ces faits
sont connus de toutes les nations du monde.
Pendant les règnes Tonng-Tché et houang-Siu, des rchelles et
des handits ayant ravagé le Tong-King, qui est une partie de
l'Annani, ce pays nous a priés, à plusieurs reprises, d'eniplover
nos troupes pour les exterminer. Aussi la Chine a-l-(»lle à diffé-
rentes époques, ex|>édié des soldats hors des défilés de ta frontière
et détruit, au Tong-King, les handes de brigands commandées
|)ar Wou Ya-lchong, Houang Tch'ong-ying, Tchao lïiong-ts'aï,
Ts'ëng Ya-lche, Sou Kouo-han. Li Yang-ts'aï, Lou Tche-p'ïng.
etc., etc. Elle a dépensé des sommes considérables pour l'entre-
tien de ces lroup(\s. pendant plus de dix ans, par la raison que
TAnnam étant rangé parmi les pays fcudataires qui servent de
IiiiiTièrc k
t'Einpirc. hi Chine (lo^ail sV
mplo
HT ;i 1<* prnti'KPr.
Cos faits SOI
lit (Vnli'iiioiit [-n[iiiiisdi> loiilcsi<
iWis do l'Univers.
Or. «iiis
imciiri inotir. Voire G<hivitii<
'ineii
1 .1 ias...-i..LI« des
1roiip<>s. <|i
li se siiiil ctiipariVs <ip \'i\f fore
f dv>
■■ villi-sdi- H;.-ii(>î.
(le Nnni-dii
rili et fln1i'<>!i. niliite iliins l'An
,iMin
p| le Toiig-Kill^.
La (iliine n'a |»bs voulu, soticiensc des praves inléri-ls <|iii s»- ral-
lachc[il ail ntinnierce inlernatiorial. rompre n la k'^én; m^ rela-
tions pu cl liq ne» a\cc la Fraiiee. Mais qui ont pu priitoir qnr \olrc
(ionveniciiieiil poursuivrait, sans tin scsconcpiClesct (jiiu priililaiit
d'un deuil immense <lonl fut frappé Iniit l'Annam el dp l'ocrioion
que lui offrait l'a^èneinenl d'mt nouveau souverain, il coiilrain-
(Irail celui-ci à conclure un Irailé qui jiorte que « In (lliiue ne
IMUirra m- in.Mer du (Jouieniement du rovauincd'Annniu a'.'
Si un Etat qui. depuis plus de deii\ cents ans, reçoit l'investi-
ture de la Chine el lui puie Iriliut, el quî a été sans ct-ssc pro~
tégé par elle, n'est jms reconnu (par vous) coinnie uu [»y9
vassal de la Chine, le tort et l'injuslice d'une telle ronduitp
i^latent aux ym\ de tous. Toutes les nations de l'inivers ne
|)ouvenl avoir qu'un jugement à cet égard. De toute.i c<^IIes qui
ont des pavs vassanv. quelle est donc celle qui pourrait sup-
porter un pareil manque d'égards?
I.a Chine attache un ^'raiid prix à ses relations avec les autres
Puis-sances. Si la France vent observer envers nous les devoirs de
l'amilié, nous |)ourrions encore négocier ensemble d'une façon
]Nieiliqne. cl nous ne [Nirleroiis jihis que de paix. Mais si vous
liiécoui laissez nos obligations mutuelles, si vous agisses unique-
ment suivant vos convenances, el si lous envahissez le territoire
occiqH' par nos soldats canlomiés dans le Tong-King. c'est que
l'inlenlinn de la France es! de ronq>re In pai\ cpii nous unit.
Nos troupes du Tong-kîng ne pourront vous regarder inijKissi-
bles et on en arrivera infailliblement à se battre.
Ne serait-il pas regrettable qu'une atteinte fCll ainsi porlw ii
la |Kii\ et II l'aniilic existantes entre nous? En ouvrani les hosti-
lités et en renvei-saut nos trailés, \olre pavs sera le seul a en en-
courir la respon*ahilitéi lji (^biiie sera exempte de tout reproche.
En vous faisant cette coiumunicalion ollicielle. Monsieur le
Chnrfçé d'afiaire.i. je \ous prie de vouloir bien iTiwrter, siir .s<ui
contenu, loute votre atlenlinn'.
COMMIJMCATION OKFICIKI-LK l\l[)
Les exemplaires de ce mniiifesle envoyés, le inèine jour, à
tous les représentants étrangers à Pé-King, portaient à la
place du dernier paragraphe ci-dessus le suivant :
a Votre Excellence ne peut manquer, dans son amour de la
paix, d'avoir le mc^ine sentiment que la Chine sur celte afFaire.
Nous lui avons adressé cette note pour lui montrer que la Chine
n'a aucune pensée de rompre ses relations imcifiques avec la
France. »
Ce manifeste du iG novembre, lancé par le Tsoung-li
Yamen, ouvrait officiel lemenl la campagne.
Siu Yen-sin, gouverneur du Kouang-Si, dans une lettre du
22 novembre, fixait le 2 décembre comme date des premières
opénitions ; il avait déjà donné Tordre au chef des Pavillons
Noirs, Luu, de recouvrer Phu-haï et Tang-foung, et à un autre
général d'attaquer Haï-du'o''ng et de lairc occuper Tlman
Thanh et Thang-son. Le 27 novembre, M. de Semallé re-
mettait au Tsoung-li Yamen (Tclfen Lan-pin, Tchcou Kia-
mei et Wou Ting-fén) la réponse du ministre des Affaires
étrangères au manifeste. Le 3o, M. Ferry adressait une dé-
pèche au marquis Ts'èng pour lui rappeler « qu'au mois
d'août il avait déclaré officiellement qu'il n'y avait pas de
troupes chinoises au Tong-King, près des villes qui sont notre
objectif. La responsabilité d'un conflit, s'il y a lieu, ne nous
sera donc pas imputable, les troupes chinoises n'ayant qu'à
reprendre leurs positions antérieures. »
Celle dépèche transmise par M. de Semallé fut remise le
6 décembre au Yamen. Les ministres déclarèrent que Ts'èng
n'avait pu faire une semblable affirmation ; que s'il avait tenu
le langage qu'on lui prêtait, il avait eu tort, qu'il n'en a pas
prévenu son gouvernement et qu'il y avait depuis plus de
dix ans des troupes chinoises dans les trois villes.
D^ailleurs le prince Koung adressait à M. le vicomte de Se-
mallé la communication officielle suivante trois jours plus tard :
IV-kiii,
Le I"' jour lie la lo'" Incic tic I;
iG Noïombiv i8K:f). nolcp V.nmc
udrrsscr, Moiisieui' Ip (ilifir^'i- tl'WXi
iiii siijrl «If I.-I «nssnlifr do l'\i
"'.)<■'
I.-S tr.
•|V.-.,.f,' c-,.*o>.
IV-pVlio (If 11
(L-s I.K-iiHl.-s itiL Toi
Il h \()li'<.' M)n
l)<
•[..LJS.
Il lii .lut.' <l.i -
iiiln \nn
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À'.ji r„ n,,'
,nf,.-Si„(=l<.
[li.li
-•-s. une l)<-
^à-.iiilrln
piVlH- olIU-ioUp
i:i.liir ol nussi
l'R'
r>Li s<- (ioiiv
i-nl canloniKV^
iips. S. Kxc. (M. Ir- M'')
s AITairt^ Élrtinfrôrcs iiric
loi)
1 ,0 lr,»,vo
ransip.,.-- dons
iM
„n.(ln«,l.
Il ï.ll.™ M
iWtiibrp i«8.t)
lions rcniPllrc
;rui
.<...P (lo Vol
rr Minislr<MliM
'lo
\V T,-,'„i
iivajl dit (lu'il
•■ rhiiinii.'s <lai
.s b >o-,sii.«,o
Il cons[<(iiioi
lice, la Frann:
/l>i.
pcrsoiincllojuriit le lc\lc (l'un li''li''{,'i
AfFiiir.'s Ktriinfri'Tcs, |Kirliiiil i[ii(' «
h') avnil |ias dp ti'oiipcs hii|H'rinl
des villes du Toiig-king'. d (ju(
r(>poussaît loiilc rrspniisabililô d'un cnnllit. s'il s'élevait jtar
siiile de In ron(^ntrc des deux nnnires dans le:* dilps localité n.
Nous vous nvnns d^jà d^clnn; verbalement que noire Consi-i)
n'avnil jamais ajtpris du M'* Ts'ôiig ([ii'il eût tenu ce langage.
L'Aiinnin, d'ailleurs, est vassal de la Cliiiic depuis plus de
dei>\ (vnis ans; la Chine peut donc ronsiiI.5rcr tout. le lerrîtoire
de r.Vnnain (»innie nnt^ des (ii'pendanr(>s (\e. Son Empire. Des
liri^nds avant, aulrernis. et à plitsieui's reprises, ravag.'' (l(-s
parties dit Toiig-Riii^ (ijui appartient à l'Aniiaiu), la Chine n
cnvové dos troupes au delà (les di'fili's de ses frontière.-; jMiir
détruire les rebelle* et [irotégcr le pays. C'est ainsi que, dt^pnis
plus de (Vix atmées. la Chine a dit envoyer des expédition.s niili-^
laires dans \rs provinces suivantes, |Niur leur défense : Lan;;-
Snn. Can-ban^. <Jiiaiif;-ven. IlaT-du'o'ni>, llong-yen. Ninh-hinh,
Nfrh(,i-an. Ha-linh. Tlianh-hoa. Tu\en-<iiianfï, Tliai-nguyen.
lloun<,'-lioa. Soii-tav. Ilii.'-iiinh, lla-noi. Vani-diiih. elc. -•- Si
les Iroupes impériales se Iroiivenl niijounriiui cantonnées diiiia
les Ifx-nliti's du 'rt>ii^'-Kin<.' qu'elles ont choisies comme les plus
importantes, elles n'y onl pas été envoyées dons lo but de créer
des difticult^'-s avec la l-'ranrr.
I. Lacune : te tciic dili
H qui «ont notre objectif ».
I. M I VIHi; VN/I II ^1 I -
Puis<^|n(» votre» pavs n'a pas rrlirr ses trou j)os tic lla-nol, Nain-
(linh ol autres lieux, et ((uil veiil, en outre, aller atlacpier les
places où sont cant or niées des troupes chinoises, c'est à Ini qu'in-
combera la responsabilité d'un conflit, si uos aruiées se rencon-
trent, dans quehjue endroit que ce soit du Tonfç-King.
C^c jx)int est de la plus haute importance. Nous vous en avons
déjà entretenu, l'autre jour, M. le Chargé d'Affaires, mais il
convient que nous vous adressions, eu outre luie Dépêche, jx>ur
vous en informer ofîiciellemcnt. Tel est le but de la présente
communication, dont uous vous prions de télégraphier prompte-
menl le contenu à S. Exe. M. le Ministre des Affaires Etran-
gères de France ' .
Au commencement de décembre i883, Ts'éng télégra-
phiait au \amen : « L'Angleterre, TAllemagne, la Kussic et
les Etals-Unis se sont entendus secrètement pour empêcher
la France de bloquer et d'attaquer les ports chinois. » La
situation était d'ailleurs aussi diiïicile pour Ts'éng que |)our
Li. Si, à Pé-King, celui-ci était traité de lùche, de traître, de
français, Ts'éng disait à Paris à Tun de ses amis ('iS dé-
cembre) : « Que les Français fassent ce qu'ils voudront. Je
ne puis rien à Pé-King. Je n'y suis plus écouté et je ne puis
rien conseiller. »
lVffaire anzer
Le .3 décembre i883, un décret nouimait membre du
Tsoung-ii Yamen, Tchang Pei-loun, connu comme hostile
aux étrangers et ennemi de Li Houng-tchang. Tchang était
un jeune censeur, né vers i85o dans le Tché-li, district de
Fong-joun. Il faisait partie de TAcadémiedes ILm-lin depuis
187 1 ; il s'était montré un des plus ardents accusateurs de
Tch'oung-Heou et l'année précédente, par ses rapports, il avait
fait exclure Wang Wen-chao du Tsoung-li Yamen. Sir Harry
I. Pour traduction conforme: A. Vissikre.
GoRDiER. IL — 27
/|t8 i/AFFvmr: du tong-king
Parkos et M. de Sonnallé no lardorcnl pas a souffrir dos incar-
tades du nouveau venu.
Le 7 janvier 1 88/| , maigre la nouvelle de la prise de So'n-tay ?
le prince Koung et les membres du ïsoung H Yamon firent
leur visite du nouvel an à M. de Somalie comme aux autres
représentants étrangers.
Le 5 février iSS/J, il y avait eu réception au Yamon pour
le nouvel an chinois. Le corps diplomatique, à une heure ;
Sir Robert Hart, les fonctionnaires dos douanes, h deux
heures ; M^*" Delaplaco, i\ trois heures, furent reçus successi-
vement ; le prince Koung se montra fort aimable et présenta
aux niinistros étrangers, le vieux Ts'éng Kouo-ts'iuan, \icc-roi
dos deux Kouang, oncle du marquis Ts'éng, qui arrivait de
Canton. Avant de sortir, M. de Somalie recommanda aux
membres du Yamon l'affaire du P. Anzer, missionnaire alle-
mand, attaqué au Chan-Toung. D'ailleurs la lettre suivante
adressée doux jours plus lard par M. do Somalie aux membres
du Tsoung li Yamon, exposait l'agression dont avait été vic-
time Tabbé Anzer pondant un court séjour à Ts'ao-tchéou.
Pé-king, 7 Février i884.
EXCELLENCF.S.
Je crois devoir porter à Votre Connaissance certains faits
regrettables dont s'est trou\é victime un des missionnaires catholi-
ques du Clian-Touiig, Monsieur J. B. Auzer, lors d'un court
séjour qu'il fil h Ts'ao-tchéou fou, au mois de mai de Tannée
dernière.
D'après des lettres qui viennent de me parvenir du supérieur
de cette mission et de M. l'abbé Anzer lui-méine. ce dernier se
serait rendu, a l'époque précitée, dans la ville de Ts'ao-tchéou,
appelé par des Chrétiens du lieu, et il y am*ait été publiquement
en butte aux insultes d'une bande de gens mal intentionnés, qui
auraient même poussé l'audace juscpi'à le poursuivre à coups de
pierres, sans que les autorités lissent rien jx)ur sa protection.
Voyant cette indifférence de la part des fonctionnaires, les émeu-
tiers ne craignirent pas de traîner M. Anzer et trois personnes
■** ^ •■ 1" '•■';*
Tciiwr. prr-i.or.\ f\}C)
(le sa snilo hors do la ville, ol là de los doponillor cl do les
IVappor, si bion qno lo Vlissionnairo, laisso j)our inori, dut (^Irc
porto par dos Chrotioiis à un villafifo voisin, nomnio Tclianjj^-
kia-lso.
Ce n'ost cpio lorscpi'il apprit cette agression, qno lo sons-préfet
se décida à faire venir M. Anzer et à le faire soigner dans son
tribunal.
Le Gouverneur de CIian-Toung a depuis longtemps donné
Tordre de faire une enquête sur les faits qui précèdent, et de
poursuivre les coupables. Malbeureuseinent. fort peu de chose a
été fait jusqu'il ce jour; je viens, en conséquence prier VV. EE.
de vouloir bien écrire au Gouverneur |K)ur qu'il fasse donner à
cette affaire une solution prompte et équil^ible, et cpi'il assure
par là la tranquillité entre l(»s habitants païens et chrétiens, et
la protection dos missioiuiairos contre le retour de sondjlables
agressions.
J'apprends également que des placards contre lo Christianisme
ont été alFichés dans les départements do Ts'ao-tchéou et do Yen-
tchéou. Je sfM'ais reconnaissant à VV. EE. si dos ordres étaient
dormes pour que ces excitations à la haine contre los (chrétiens
fussent rigoureus<*ment prohibées et si une énergi((uo proclama-
tion dos autorités, rappelant les Edits Impériaux rendus en faveur
des Chrétiens et les dispositions similaires du traité, venait
garantir aux Chinois catholiques le paisible accomplissement de
leurs devoirs.
TCHANG PEI-LOUTS*
Le 8 février 188/4, M. de Seniallé, accompagné de M. Vis-
sièrc, eut une nouvelle entrevue avec les membres du Yamcn
au sujet du V. Anzcr et pour leur remettre une note relative
à la protection des cables sous-marins. Le P. Anzer était
])orteur d'un passeport français et M. de Somalie était d'au
tant mieux fondra croire qu'il serait bien re(;u, que M. llol-
conibe, secrétaire de la légation des Etats-l nis, revenait du
Clian-Toung, où il avait reçu dans la capitale, Tsi-nan,
satisfaction de réclamations de missionnaires protestants.
Notre chargé d'affaires fut invectivé de la façon la plus gros-
sière par Tcliang Peï-loun, qui, joignant le geste à la parole,
frapi»! In lalifo à coups do poing- M- tic Soniallt' .ipprit que
Tcbang étail i-otiluniit'r du fait ; M. Voiing, le ministre
améncain, avait eu également à se jilaiiidre de la façon dont
M. Ilnlconibc avait ('ti- reçu, alors qu'il luisait au Yamen une
visite de courtoisie on romprcicment de l'accueil qui lui avail
ctt- fail dans !c Clian-Toung, mais, chose extraordinaire,
Parkcs, lui luénie, avail clé reçu d'une façon exlrémement
iin)K>Iîe i»or les minisircs. dont deu\ larlares, Pao \un et
King-lieii, qui. seuls, a\aicnl clé bien. Il est à remarquer
que M. de Seniallc îivail été rei.-u par TcliVn I^n^jiiu, \Vuu
T'ing-feii et Tchang Pei louii, ({ui n'avaient aucun, le rang
vi>ulu par l'arlicle 5 du Traité anglais. (Je fureul les tn>is
mêmes minisires, avec Li Houng-lsau en jilus, qui firent
mauvais accueil i\ Sir Ilarry Parkes ; celui-ci cacha avec soin
sa mésaventure à ses collègues, qui ne la connurent que plus
lard. Le prince Koung réconcilia Parkes avec litiis des mi-
nistres, mais Tchang Peidoun s'était n^liré à Tien-Tsin sous
uu prélcxle fnlile. Le m février, M. de Semallé reçut du
Dé|iarteincnt, un lélégrauune lui défendanlde se rendre nu|)rès
des ministres jusqu'il nouvel av is, et l'aulortsant à corresiKindre
avec euv par lellie dans les cas urgenis.
I^ millilitre des Klals-L'nis, conuuc do^cn, demanda une
audience au prince Koung jwur obtenir l'assurance que les
rc|)iésenlauls élrangers ne seraient plus e!i|K>sés aux mdmes
avanies ; raudicuce lui fut refusée. SirHarry Pnrkcs lit alors
rédiger une noie oolleclive au nom du corps diplomatique
IK'ur demander le relour à la l'égle formulée dans l'article 5
du Traité anglais, qui veut que les i-epréscntants étrangers
soient rcç'us par les fonctionnaires a)anl rang de ijraml-
secrélaire d'Htal ou tout au moins t\e pr^sîdfnt d'un ministère.
Une première réunion, sans résultat, eut lieu le 20 février ù
la légation d'Angleterre ; une seconde réunion se tint le ati à
la légation de Itussie ; après une discussion à laquelle prirent
pari Sir llarry Parkes, MM. Popov, de Talteubach et de
rr.iu\(; pki-i.oi n 'l2ï
Semalir», il fiil décidé que, pour le niomrnl du moins, il n'y
avait pas lieu à une action couuiuine, mais que séparément
chaque légation devait chercher à établir de la manière la
plus convenable ses rapports avec le Tsoung-li Yamen.
Quelques jours plus t4ird, le comte de Tattenbach, chargé
d'affaires d'Allemagne, qui avait été le plus opposé h la note
collective, — à sa grande surprise, — car il se croyait cer-
tain d'être reçu toutes les fois qu'il en ferait la demande au
prince Koung, se vit, le 5 mars 188/4, refusé d'être reçu par
un grand secrétaire, comme il le demandait. Il fut très heu-
reux que Tchang P'ei-loun frtt nommé au mois de mai sui-
vant commissaire du Fou Kien, car il fut ainsi obligé de
quitter le Tsoung-li Yamen.
Le i4 février, le Yamen faisait à M. de Semallé la réponse
suivante à sa lettre du 7 :
18' jour de la i"^*" lune
(le r/i Février i884)
Nous avons reçu le 1 1* jour de la i*"® lune (le 7 février 1884).
la lettre dans laquelle vous nous dites, M. le Chargé d'Affaires,
que M. Anzer, Missionnaire de la Pro\inee du (^lian-Toung,
s'étant rendu à Ts'ao-tchéou, |)endant le mois de Mai de l'année
dernière, y a été insulté et battu; que» plus tard, le Gouverneur
du Clian-Toung a désigné des fonctionnaires pour faire une
enquête sur cette affaire et [K)ursuivre les coupables; que vous
nous priez d'écrire au Gouverneur de ladite province, pour qu'il
fasse donner proniplement h cette affaire, une solution équitîi-
ble; que vous avez appris, en outre, que des placards contre les
Chrétiens avaient été aflichés dans les deux départements de
Ts'ao-lcliéou et de Yen-tcliéou et (|ue vous nous priez de faire
donner des ordres pour que ceux-ci soient rigoureusement j)ro-
hibés et pour qu'une proclamation des autorités, rappelant les
Kdits Impériaux rendus en faveur des (chrétiens et les dis|>osi-
tions similaires des traités, soit lancée pour l'information de
tous.
Or, notre Yamen n'a encore reçu des liantes autorités de la
province, aucun rapport sur cette affaire et sur les circonstances
qui ont donné lieu à la rixe. Cependant, nous lisons dans votre
•=r^*?*«"-
4aJ LAFFAlUt: DL TO.MJ-KLNG
lettre que le Sous-Préfet a fait transporter le blesse dans son tri-
bunal pour Iy soigner et que le Gomerneur du Clian-Toun<j; a
designé des délégués pour punir les coupables, c'est donc que les
autorités locales ont déjà donné (au missionnaire) une protec-
tion elTeclivc.
Notre Yanien fera coiuiaître au Gouverneur de Chan-Tonng
le contenu de votre lettre, |)our qu'il donne ordre aux fonction-
naires du lieu de faire luie en(piéte scrupuleuse sur celte airairo
et de la terminer pronq)lç»ment et suivant ré([uité, et pour qu'il
nous répontl'^, alin que nous puissions examiner. En ce qui con-
cerne les placards anon\mes, nous lui disons en n ^me tciips,
de faire une enquête, et, si ces faits sont exacts, de les interdire
aussitôt rigoureusement, en lanvant des proclamations.
Telle est notre réponse à Votre Lettre, Monsieur le Chargé
dVVITaires. Nous vous prions d'en preiulre connaissance.
(iarles de Pao, Li, king. Lin, Tclièn, Tcbeou, Wou et
Tcbang*.
Enfin, le i*^' avril i88/», le Yamen écrivait à M. de Seniallé
que le gouverneur du Chan-Toung s'était entendu avec le
supérieur de la mission pour le règlenïcnt de ralTaire Anzer.
Le i() mars, le Chargé craiTaircs d'Allemagne se rendit au
Yamen, où il trouva les ministres fort aflectés par la nouvelle
de la prise (le Bac Ninh : ils dirent que leurs troupes a> aient
du combattre, puisqu'elles en avaient Tordre, mais qu'ils
n'avaient encore rc(;u aucun détail sur cet écbec qui ne clian
gérait pas leur ligne de conduite.
Au mois d'avril 188^1, le corps diplomatique étranger à
Pé-King se trouvait en c()mplet désarroi ; le 5, Sir Harry
Parkes, ministre d'Angleterre, et M. ^oung, ministre des
Elats-Lnis, cpiitlaient Pé-King j>our le Sud; le comte de
Noidans, ministre de Belgicpie, nommé au Maroc, partait
pour l'Europe quelques jours plus tard ; il devait être rem-
placé par M. de G root, alors au Japon ; le comte de Tattcn-
I. Pour traduction conforme, le i^*" interprète, /'. /., signe : A. Vi:
SIÈRE.
I)1Sc.i;a(:k du puinci: koi n«; 4^3
hacli, Chaifré d'alliiires (rAlleinap:no, allait être remplaré
par M. Zcuibsch, ancien capitaine de vaisseau et consul géné-
ral à Apia (îles Samoa), qui arriva à Pé-King vers le 20 avril,
quinze jours avant l'arrivée de M. von Brandi \ ce qui étonna
tout le monde; le ministre d'Italie, M. de Luca, était arrivé
à Chang-Haï peu de jours auparavant avec Tordre de son
gouvernement d'établir définilivement la légation d'Italie à
Pé-King; le ministre de Russie, âgé, se tenait sur une grande
réserve.
DISGRACE DU PRIÎHCE KOU!SG
Le 8 avril i88'», un décret de l'impératrice douairière pa-
raissait dans la Gazette de Pé-King, annonçant la disgrâce du
prince Koung et de plusieurs de ses collègues :
« Le l^rince Koung Yi Sin et Pao-Yim, qui ont été depuis
le plus loiiglenips ■ à notre s<»rvice, de\ raient être sévèrement
punis. Cep<."ndant, on réHéchissant au\ infirmités de l'un et
au grand Age de l'autre, nous ne voudrons rappeler ici que
leurs mérites passés, aiin de pou\oir préserver la fm de leur
carrière. Nous ordonnons, en conséquence, par faveur que 17 Sin
conserve son titre de Prince du sang héréditaire du premier
rang, dont nous lui donnons la solde complète. Qu'il quitte tou-
tes ses fonctions et soit privé du redoublement de solde qui lui
avait été accordé. Qu'il reste chez lui pour s'y soigner. — Que
Pao-Yun se démette en conservant le rang qu'il possède.
« Oue Li Ilnunn-lsao, Grand Secrétaire d'Etat auxiliaire et
Président au Ministère tie l'Intérieur, qui a occupé pendant des
années des fonctions dans l'intérieur du Palais, mais dont les
talents comme h» jugement sont é'^alemenl l>ornés, ce qui l'a
rendu inférieur à sa tache, et ([ue hing-lièn. Président au Minis-
tère de la Ciuerre. qui n'a su que remplir strictement les
devoirs de sa charge, sans se distinguer par aucun autre service,
I. M. do Brandi arriva d'Europe k Ctiang-Haï. le 37 avril i88'i. —
Le premier interprète de la légation de France. M. Vissière, quitta Pé-
King pour Saigon, le 27 avril.
/j'^'l l/AFF\inK 1)1 TONG-KINr,
quittent toutes leurs fonctions et soient déf^radés de deux degrés»
pour être employés ailleurs.
« Que Weng Tonng-ho, Président au Ministère des Travaux
publics, entré tout dernièrement dans le Conseil, au moment
où les affaires y étaient fort compliquées, mais qui a mérité des
reproches pour n'avoir pas porté remède aux maux qu'il a trou-
vés, soit, par bienveillance, destitué tout en gardant son poste;
qu'il sorte du Grand Conseil, mais continue à avoir accès dans
le Palais Yu K'ing-kong (salle d'études de l'Empereur régnant).
Ainsi, marquerons-nous des distinctions entre les châtiments
encourus ».
Le même jour, un autre décret nommait quatre autres
membres du Grand Conseil, choisis parmi des fonctionnaires
peu connus et qui ne s'étaient jamais occupés d'une façon
spéciale des questions extérieures :
« Que Che-io, Prince du premier rang Li, fasse partie ^qi?,
Ministres du Grand Conseil de l'Empire, sans y faire de stage
d'études et sans continuer ses fonctions de Ministre de la Pré-
sence et de a Porteur de la lance à queue de panthère » (Offi-
cier des Gardes du corps Che-wei).
« Que les Présidentes au Ministère des Finances Ngo-lo-ho-pou
et Yen Kincj-minrj iA le Président au Ministère de la justice Tchamj
Tche-wan deviennent Ministres du Grand Conseil de l'Empire ».
« Que le Vice -Président de gauche au Ministère des Travaux
publics Souen Yn-iven entre au Grand Conseil en stage d'études
(coimne Auditeur).
« I\espect il ceci * » î
Mais ce qui fut caractéristique fut le décret paru le lende-
main, 9 avril, dans la Gazette, appelant le père de Tempereur,
le septième prince, notoirement hostile aux étrangers et prin-
cipal appui du parti militaire, à prendre part, pour les ques-
tions importantes, aux délibérations du Grand Conseil :
« S'il arrive qu'il y ait des affaires importantes à traiter au
Grand Conseil de l'Empire, nous ordonnons au dit Conseil de
I. Trad. de A. Vissicre.
hisc.nvci: 1)1 piuNci: koing 'i^îf)
les (liscufcr et do les régler de concert a\ec le Prince TcJiouen,
>7-/ioaa/i. Qnand l'Empereur prendra la direction personnelle du
gouvernenient, nous publierons de nouveaux « Coin mande-
ments », à ce sujet.
« Respect à ceci * » I
Ce décret souleva les réclamations des censeurs, mais Tim-
péralricc passa outre (voir plus loin).
Le lo avril, un décret ordonne que Lin-Chou porte sur lui
provisoirement la clef du sceau du Conseil des affaires étran-
gères, comme président en remplacement du prince Koung.
Le 12, un décret appelle Tcliang Tclu toung à Pé King
et ordonne que K oui-Pin prenne charge (à sa place) du gou-
vernement du Clian Si^. Le même jour, la Gazelle cinnoncQ
que le j)rince ^ i est placé à la tête du Tsoung-li Vamen et que
Tclieou To-joun est désigné pour faire partie de ce Conseil :
« Que le Beilé 17 ICouang, Prince du second rang honoraire
prenne la direction du Conseil des Affaires Étrangères. »
« Que Tcheou To-joun, Docteur au Grand Secrétariat, et Vice-
Président au Ministère des Rites, fasse désormais partie du Con-
seil des Affaires Étrangères. »
« Respect à ceci. »
Ce décret, conuuuniqué aux légations étrangères le i5 avril
188/4 (20" jour de la 'i" lune de la 10* année Kouang-Siu),
sans qu'on leur ei'it fait part de la disgrâce du prince Koung
et de ses collègues, complétait le Tsoung-li Vamen, qui se
trouva ainsi composé : }V, ministre de la présence, IJeilé ou
prince du 3° rang, prince honoraire du 9." rang. Premier
Président du Tsoung Jen fou (Cour du Clan) ; Lin (]hou,
président au ministère des travaux publics ; Tcheou To-joun,
I. Trad. de V. Vissicrc.
3. Tcliang avait été nommé, le 3 janvier 1883. gouverneur du (^'han-
Si. à la place de Wei Young-kouang. nommé au Kiang-Sou. Celui-ci
avait été précédé au (^han-Si, par Pao-Héng, pendant peu de temps, et
par Ts'èng Rouo-ts'iuan.
iaG l'afphhk nr to\c-ki.\g
docteur au grand sccrt-larint d'Élal et \ioc -président hono-
raire au miiiislt'rc dos rites ; Tcli'én iM/i-pin, fond ion na ire
du -i' rang, vice- prés! dent de gaurlie pai' intérim an [ninistôre
des rilcs, vice-président de gauche au censoral ; Tcheoii Kia-
mei, fonclionniiiredu a* rang, vicc-pr/;sidenl de gauche par
inlériin au ininisière des finances, préfet de Pé-Kin^' ; Woa
Tinij-fi'n, du 2' rang honoraire, \ice-président de gauche
par intérim an minisicre des lravaii\ puhhcs, vice-président
du déparlement de la fnniille impériale; Tckang Pci-hun.
vice-président de gauche par inférim du censoral, académi-
cien explicalcur.
On pi^>tendail <pie la <hsgrA<!e de Konng était duc à la
faiblesse de ce prince el à ses lendances p.icific|ues, con-
traires aux idées de l'impératrice.
\olre chargé d'affaires remarque que dans le Yamen » il
n'existe pins, à l'heure présente, aucun grand secn'-lairo d'Etat
et où ne se truu\c phis qu'une seule personne, Lin-Chou.
avant, coiniiie pivsideiil du niinislére des travaux publics, le
rang voulu par l'arlicln V du traité anglais, pinir entretenir
des relations oilicielles avec les représentants étrangers. La
charge de lï/ Ts'wn Tn-Tcli'en (ministre de la présence impé-
riale), donné au lleilé Kouang, prince hiinuriiiin (le 2" rang,
ne reproduit qu'une charge de cour et ne peut être comparée
dans les roui-s eumjiéennes qu'à celle de cliamhcllan. »
C(^lail un nouveau déii lanaî aux puissances élrangères,
Kii avril, les ministres déclaraient à M. liverard', interprèle
de la légation d'Angleterre, que les circonsliuices étaient '
changées de c^e qu'elles étaient lors de l'inauguration du
Tsoung-li Yamen.
l'n dwrct du 19 avril augmenta le ^amen de deux mem-
I. Evcmnl, Chiirles M'aller, •^Ipiu intcrprùlc. 3 août 1867; il était
ntor» [ircmiiT intorprMrc p. i. (acLîiig CbifiRSO Secrctan) k l'6-King.
iCnovcnibreiSS].— 1 '1 mars igS6; vice-consul cl coniujilans dilTr'ivnls
]iort». cil dernier lieu h l-lcbaiig; a [iris sa rclraîlc le 1" o«li>brc iS^i.
DÉCHETS HOSTILKS 4^7
bres : Yen K'irujnnnfj, président au ininislère dos finances,
et Sià Kenfj-chèn, vice-président de droite au ministère de
la justice ; le i3 un décrcl avait ordonné à ce dernier d'en-
trer au grand Conseil de TEmpire, en stage d'éludés. Quoique
ces deux fonctionnaires, peu connus des légations, n'eussent
encore eu avec elles aucun rapport, leur nomination fut con-
sidérée connue une concession faileaux représcntantsétrangers.
DKCRETS HOSTILES
Deux décrets, Tun relatif à la prise de So'n-tay, Tautre à
la prise de Bac-ninli, parus dans la Gazette du 12, devaient
ouvrir les veux aux moins crédules. « La mise en accusation
du gouverneur du \un-Nan, pour n'avoir pas pu secourir
So'n-tay, du gouverneur et du général du Kouang-Si, pour
n'avoir pas osé défendre Bac-Ninh, l'ordre de mettre à mort
les deux infortunés olïiciers qui ont reculé devant notre
attaque, sont, écrit notre chargé d'affaires, un véritable défi
jeté à la France. Tout le monde l'aflirme etceu\-là même qui,
la veille encore, plaidaient en faveur de la Chine, des cir-
constances atténuantes, qui exprimaient le désir de nous voir
renoncer à la totalité ou a partie de Tindeumilé que nous
passions j)our avoir réclamée, avouent hautement que, désor-
mais, ncKis serions fondés à réclamer Irais et dépenses,
dommages et intérêts sans merci. « C'est la déclaration
ollicielle que la guerre existe entre la France et la Chine, »
a télégraphié le ministre de Russie à son gouvernement, et
« elle vaut pour vous quatre cent millions si vous \oide/les
prendre, » a t il ajouté en me parlant.
Dkcuet.
La guerre entre la France et l'Aima m avant donné une
grande inq)ortance à la défense do iïO:> frontières du Yun-\an,
nous a\ons, h plusieurs reprises, ordonné à Taiifj Ixioinj de
conduire hors des défilés Tarniée destinée à la protection de
•■ •'l
'128 l/.VFrvlRK m TONG-RING
la province cl do tenir solitleniont les voies conduisant à nos con-
tins. Opendanl, ce gon\erneur, sans avoir reçu aucun ordre
(le iVous, est retourné (ians la province, sans se préoccuper aucu-
nement des frontières, et, les troupes Impériales s'élant retirées,
la ville de So'ntav a été pris(\
Une telle méconnaissance des nécessités de la situation, de la
part de T*ang Kionij et sa retraite a Tapproclie du danger, sont
dignes de toute notre indi«^nalion. Nous a>ons déjà ordonné
secrètement à Tchang fCal-song * de se rendre sans délai dans le
Vun-Nan pour y porter nos commandemenLs destituant Tang
K'mng et ordonnant cpi*ii soit arrêté et mis en jugement. Tchang
K'ai-Simg doit déjà être arrivé dans le Yun-\an, nous lui enjoi-
gnons, en conséquence, de désigner des fonctionnaires pour ame-
ner à Pé-King, aussi promptement (pie possible, roiFicier desti-
tué, et le livrer au Ministère de la Justice, qui statuera sur son
châtiment.
Les fonctions de gouverneur du Yun-Nan seront remplies par
Tcfiang Kai-song, tandis (pie Li Yong-lsing prendra la gérance
de celles de gouverneur du Kouei-tchéou'-.
Respect à ceci î
Dkcukt.
La guerre entre la France et TAnnam a>ant donné une grande
importance à la défense de nos frontières du Rouang-Si, iSous
avons ordonné à Siu Yèn-sin de conduire, hors des déiili»s. Tar-
mée deslini'e à la prolection de la pro>ince (»t de s'y maintenir
solidement, îilin de garantir l(\s voi(»s conduisant à nos confms.
Néamnoins, ce <îou>erneur a sans cesse retardé son enlrcn? en
campagne, et s'est retranché dans Lang-So'n, se bornant à
envoyer le (iénéral llounng Konî-lnn et le Tao-laï Tchao-Wo
av(îc des troupes |)our cx^cuper la >illc annamite de liac-ninh.
Quand l(\s Fran(;ais s(» sont lancés contre celte place, le Général et
sou coll(»gue ne l'ont ])as défendue vigoureusement; puis ont
baitu eu retraite; si bien (pie Bac-ninh a élé pris. Ces faits sont
bien dignes de notre indignation. Siu Yèn-Sin et Tchang Chou-
c.hrng^ nous ont, l'un apn'^s l'autre informé par des Rapports d(^
çirconslanccHî dans lesquelles la ville avait été perdue, le premier
r. (ioiivcrncur du Koucï-lchéou.
2. Trésorier du koucï-lchéou.
3. Vicc-Uoi des deux Rouang ; à Canton, 26 octobre i88/|.
DKCHF.TS IIOSTILKS /JsiC)
Nous priant de lui infliger un chàlinient sévère, et Tcliang (^/lou-
chèntj Nous denianclant d'user de rigueur avee lui. Aussi avons
Nous secrèlenicnl enjoint A P^an Tuuj-sin do se rendre sans délai
au-delà de la passe ïchên-nan Rouan, au Kouang-Si, pour y
porter nos ordres destituant Siu Yèn-sin et le faisant arrêter pour
être jugé, et à Wang To-pang de transmettre Nos Volontés à
Jlouang Koui-lan et à Tc/irto-H'^o destitués aussi, et mis en état
d'arrestation pour être jugés.
Calculant que P*an T'ingsin doit être présentement arrivé
dans le Kouang-Si, nous commandons à ce gouverneur de dési-
gner des délégués pour conduire Sin Yènsin à Pé-King. et le
livrer au Ministère de la Justice, chargé de le punir. Nous
ordonnons, de plus, au même P'an Tingsin et h Wang To-pang
d'examiner de la façon la plus sérieuse dans quelles conditions
se sont elTectuées la retraite et la défaite de Ilouang Koui-lan et
de TchaO'Wo et, s'il s'agit d'un abandon du pays et d'une fuite,
de Nous le rapporter aussitôt, nous priant de rendre un Décret
châtiant les coupables, qu'il est inutile d'envoyer au Ministère
de la Justice.
Le Général de brigade déjà dégradé Tchèn To-Koui qui a>ait
la garde du fort de Fou-leang pris le premier, et le (jolonel T*ang
Min-hiaan, qui, après s'être retiré avec ses hommes, ne s'est
pas reporte en avant, doivent être aussitôt décapités devant l'ar-
mée. Que l'on recherche aussi tous les autres officiers qui ont
fui, et qu'ils soient l'objet de sentences proportionnées à leurs
fautes, en demandant un Décret qui les rende exécutoires. Que
rien ne Nous soit caché.
Tchang Cliou-chëng ayant autorité sur les deux provinces a
mérité nos reproches. Il ne nous semble pas capable de gouver-
ner une région aussi vaste. Par grâce, cependant. Nous ordon-
nons que son châtiment soit atténué en une simple décision du
Ministère contre lui.
Que les fonctions de gouverneiu' du Kouang-Si soient rem-
plies par P'an Ting-sin, et que P'ang Tsi-yun prenne la gérance
de celle du Hou-Nan.
Que Wang To-pang devienne, en outre, par intérim. Général
du Kouang-Si.
« Respect à ceci * » I
1. Trad. de M, A. Vissière.
/|3o i/aFF\IRF- du TOXn-KTNO
Un (Iccrol du îî8 avril iSS'i (^ jour, V lune, lo*" année
Kouang-Siu) nommait Siù Kinfjr-lcirèng* minisire en France,
en Allemagne, en Italie, en Hollande el en Autriche. Pen-
dant son voyage, Li Foung-pao élait chargé provisoirement
de Tintérim de la légation de Chine en France. Siù, qui rem-
plaçait le marquis Ts'éng, quilla Chang-IIaï sur le pa-
({uebot du 7 septembre 1 88ii .
Le 8 mai i884 (l'i* jour, Vlune, lo* année Kouang-Siu),
un décret impérial répartissait Tadminist ration des cotes
entre les trois conmiissaires suivants :
lie (irand Référendaire près la Ooiir de Cassation Ou Ta-lc/i^en
est désigné pour collaborer (a\ec Li Iloung-tchang) à Tadmi-
nistralion des AiTaires du Conunissiiriat Général des ports du
Nord ;
Le docteur au Grand Secrétariat Tchen Pao-clien est dt'sigiié
pour collaborer (avec Ts'èng Kouo-ts'iuan)ii Tadministralion des
AiTaires du (ùomniissariat (iénéral des ports du Sud;
Le Docteur expli(|uant à rAcadéniie Impériale. Tchang Peï-
lotin est désigné pour collaborer (avec les hautes autorités de la
province) à l'adminislralion des AiTaires relatives au littoral du
Fou-Kien.
(ics fonctionnaires sont autorisés à adresser directement des
rapports au Trône.
I^espectez ceci !
La nomination de Tchang Peï-loun faisait sortir du
Tsoung-li Yamcn ce personnage agité dont les légations, A
leur grande joie, se trouvaient débarrassées.
I. Ne {MIS le confondre avec Siîi Reng-cliôn. membre du Tsoung>li
Yamen (supra), qui est mort en janvier 189'! ; tous les deux étaient du
Tche-Kiang.
Siù King-lcli*(^ng, trois ans auparavant, avait été nommé ministre
au Japon, mais la mort de sa mère survenue inopinément alors qu*il
attendait à Chang-IIaï son ordre d'embarquement, l'avait obligé de rentrer
dans la vie privée pour passer la période de deuil réglementaire de trois ans.
>!■ 1» ï ■ -.' 'P-
CHAPITRE XXII
L'AFFAIRE DU TONG-KING (.S«//e). - CONVENTION FOURNIER,
il mai 1884'.
Le 26 mars 188/4, M. Foiirnicr", cominaTidant du Volta,
rencontrait à Hong-Kong, M. Detring^, des Douanes chi-
noises, grand ami de Li, qui rentrait d'Europe. \I. Detring
reconnaissait que Ts'êng était poussé par son conseiller
anglais qui pîirlaitdes grandes forces chinoises et d'une coali-
tion européenne inspirée par TAllemagne ; nous serions aban-
donnés par TAngleterre ; dès son premier entretien, avec le
commandant Fournier, M. Detring aborda la question d'un
arrangement possible avec Li.
M. Detring remonta vers le Nord, tandis que le comman-
dant Fournier visitait, avec le Voila, Swatow, Amoy, Ki-loung,
et arrivait enfin à Chang-Haï; là, Ma Kien-tchong lui remit
une dépêche de Li le priant d'aller à Tien-Tsin conférer en
1. Ministère des Affaires étrangères. — Documents diploma-
tiques. — Affaires du Tonkin. — Convention de Tien-Tsin du
II mai i88/|. Incident de Lang-Son. Paris, Imp. Nat., i88'i, in-fol.
— Diplomatie chinoise. LiUungChang et le commandant Four-
nier. Par A. Gcrvais (^lievue pol. et litt., 11 octobre i88'i. p. 4'i9-/|57).
2. Fournier, François-Ernest, né le 33 mai 18;^^; entré au service,
iSSf) ; aspirant, i*"" août iS(ii ; enseigne de vaisseau, i*"" septemJ)re i805 ;
lieutenant de vaisseau, au mai 1869; capitaine de frégate, i*^»" octobre
1879; capitaine de vaisseau, 34 mai i88'i ; contre-amiral. 37 mai 1891-
33 juillet 1891 ; vice-amiral, lO septembre 1897.
3. G. Detring, allemand, entré en avril i8()5 dans les Douanes; com-
missaire depuis mars 1873.
7t
432 i/affairk du tonl;-king
ami avec lui, et coinnie ^^if<e de sa sincérité, il lui annonçait
le rappel de Ts'éng. L'amiral Lespès, commandant Tescadrc
d'Extrême-Orient, autorisa le commandant Fournier à se
rendre à Tien Tsin, en informa le Gouverncmenl (29 avril)
qui l'approuva (3o avril), et hii donna carte blanche }K)iir
conduire des négociations oilicieuses sur les bases suivantes :
Art. 1. — La France s'engage à respecter et à protéger dans
le présent et dans ravcnir contre toute agression et dans toutes
circonstances, les front ièn^s du Ïong-Ring limitrophes de la
Chine.
Akt. II. — Le Céleste Empire, rassuré par les garanties for-
melles de bon voisinage qui lui sont données par la France,
quant h l'intégrité et à la sécurité des frontières méridionales
de la Chine s'engage :
1° A retirer inuncdiatemenl toutes les garnisons chinoises du
Tong-King ;
2** A respecter dans le présent et dans l'avenir les traités directe-
ment intervenus ou à intervenir entre le Gouvernement Français et
la Cour de Hué ;
3** A admettre sur toutes les frontières du Tong-King, le libre
trafic entre l'Annam et la France, d'une part, et la Chine, de
l'autre, dans les conditions d'un traité de commerce assurant
aux deux parties des avantages rccipro({ues * .
Le commandant Fournier quitta Chang-IIaï, le i®' mai,
sur le Voltaei il retrouva M. Delring à Tché-fou. Sur l'invi-
tation de ITmpératricc, Li conviait M. Fournier à venir con-
férer aveclui.
« Ma mission a un caractère toul-à-fait olïicieux, écrivait
M. Fournier*, qui me laisse d'autant |)lus de liberté et de lati-
tude, que je ne puis mengager ni conq)romeltre le gouverne-
ment. »
1. Lettre à M. de Se mat 1<^ du commandant Fournier, 6 mai 1884.
2. A M. de Semallc, Tion-Tsiii, G mai 1884.
CONVENTION FOrUNIKR /|33
Mais le 8 mai, le coinniandant Fournior lélégrapliiail au
ministre de la Marine :
Envoyoz-moi vos pleins pouvoirs provisoirement jusqu'à arrivée
Conlrc-Amiral Lcspès Tien-Tsin ; Vice-Roi désire cela, dans
craintes que Ministres anglais et autres à Pé-Ring intriguent, à
cause affaires Egypte, pour faire remettre tout en question, si
gouvernement français larde à notifier acceptation.
Télégraphiez-moi directement Tien-Tsin pour éviter retard ;
ee serait grave faute ne pas profiter résolutions amicales pour
France du Vice-Roi et des neutres : terrain politique Pé-King
mobile.
Les pouvoirs qui furent par suite donnes au commandant
Fournier, n'avaient d'ailleurs qu'un caractère provisoire et,
le lo mai, M. Ferry les transmettait à Tamiral Lespès :
Le Gouvernement vous donne pleins pouvoirs pour signer à
Tien-Tsin avec Li Iloung-tchang, nmni lui-même des pleins pou-
voirs du gouvernement impérial, les quatre articles de la Con-
vention préliminaire formulés dans votre Dépèche du 9 mai.
Ces pleins pouvoirs se substituent h ceux que j'avais expédiés
le 8 mai au Commandant Fournier sur une dépêche trcs-pres-
sante, et qui n'avaient qu'un caractère provisoire en attendant
votre arrivée. Fournier na me faisait d'ailleurs connaître que les
lignes générales de la Convention qui me parait bonne de tous
points. Faut seulement aucune équivoque sur la frontière qui
doit être entendue frontière actuelle avec Lang-So'n, Cao^Bang
et Lao-Kay. La Convention que vous allez signer n'aura pas
besoin de ratification parlementaire, le traité de commerce défi-
nitif seul devra être soumis à la ratification des Chambres.
Conformément à ce télégramme, l'amiral Lespès quitta
Wou-soung le 1 2 mai à midi ; mouilla à Tché-fou le 1 5 au
matin, et le 16, à 8 heures, il s'embarquait sur le steamer
Woochang pour se rendre à Tien-Tsin.
De son côté, Li avait reçu le décret impérial suivant lui
donnant de pleins pouvoirs le 16° jour de la 4° lune de la
lo*' année Kouang-Siu:
CORDIEK. II. — 28
/|3/| l'affaire du tonoking
« Li-Hoiing-lchang, ancion Grand-Chancelier, \ice-Roi in-
térimaire (le la province du Tclié-li, est chargé des fondions do
Plénipotentiaire j)our négocier un Trailé avec l'Envoyé du Gou-
vernement français. »
Respectez ceci.
Un ordre impérial secret (lo mai i88ii) approuvait le
rapport de Li sur les propositions de M. Fournier:
a Après avoir pris pleine connaissance de votre rapport, nous
ne trouvons rien qui v soit en contradiction avec notre Consti-
tution. Que Taflaire soit donc accordée et réglée suivant ce dont
vous nous faites part. »
Pendant que Tamiral Lespès était en route, le comman-
dant Fournier, utilisant ses propres j)Ouvoirs, signait une
Convention avec Li Iloung-tchang.
Le 1 1 mai, à 5 heures, le commandant Fournier, en chaise
officielle, accompagné de M. FrandinS Consul de France à
Tien-Tsin, faisant fonction d'interprète, et de M. Brière,
aide-commissaire, officier d'administration du Volta comme
secrétaire, se rendit au Yamen du vic^-roi du Tché-li ; les
chaises étaient escortées parle chef de la police française, ses
I Frandin, Joseph-IIippolyte, né le 3 janvier i852 ; élève de rÉcole
des Langues orientales; élèvc-intcrprèlc, i*"" avril 1875; à Pé-King. a^
mai i87(); interprète-chancelier à Tien-Tsin, 6 mars 1880; inscrit dans
la troisième classe des interprètes, 18 septembre 1880; interprète à Chang-
Haï, 21 février 1882 ; interprète do seconde classe, 4 avril 1882; premier
interprèle à Pé-King. 10 mars i883 ; gérant du consulat de Tien-Tsin,
24 septembre 1888-17 juillet i884 ; interprète de première classe, i*^*"
mai 188/4; gérant du consulat do Canton, 2 () octobre i885; vice-consul
de première classe à Fou-tchéou, !\ mai i88(3 ; consul de seconde classe
charge du vice-consulat, i4 juillet 1887; chevalier de la Légion d'hon-
neur, 3o décembre 1888; secrétaire de i'**^ classe h Pc-King, 28 juin 1889;
officier dWcadcmie, 17 juillet 1889; consul et conmiissaire du Gouver-
nement & Séoul, 12 juillet 1890; président de la commission de délimi-
tation du Tong-King, 9 septembre 1890; consul et chargé d'aflaires à
Bogota, 23 décembre 1895 ; consul général, 21 août 1896 ; consul général
et charge d'affaires k Quito, C avril 1897.
■ ^^ ^. I ~m^
cnyw.yjioy ioiumek /|35
agonis et une esconade de cavaliers ; une ^rarde mililaire ren-
dait les honneurs au Plénipotentiaire et l'accompagna au
Yamen. La convention suivante fut signée par le comman-
dant Fournier et Li Houng-tchang.
CO>VE?ïTIO:y FOURNIER, I I MAI l88/i
Convention préliminaire d'amitié et de bon voisinage signée à Tien-
Tsin le 1 1 mai 1884 entre la France et la Chine *.
Le Gouvernement de la République française et S. M. TEm-
pereur de Chine, voulant au moyen d*une convention prélimi-
naire dont les dispositions serviront de bases à un traité définitif,
mettre un terme à la crise (jui aiîecle gravement aujourd'hui la
tranquiUilé publique et le mouvement général des alTaires, réta-
blir sans retard et assurer à jamais les relations de bon voisinage
et d'amitié qui doivent exister entre les deux nations, ont nommé
|)Our leurs Plénipotentiaires respectifs, savoir :
S. M. TEmpereur de Chine:
S. E. Li HocNG-ïciUNG, grand tuteur présomptif du fils de
S. M. l'Empereur, premier secrétaire d'État, vice-roi du Tchéli.
noble héréditaire de première classe, du troisième rang :
Le Gouvernement de la République française :
M. Ernest-François Fourmkr, capitaine de frégate, comman-
dant l'éclaireur d'escadre le Volta, officier de la Légion d'honneur.
Lesquels, après avoir échangé leurs pleins-pouvoirs, trouvés
en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :
Art. 1 . — La France s'engage à res|wcter oi à protéger contre
toute agression d'une nation quelconque et en toutes circonstances
les frontières méridionales de la Chine limitrophes du Tong-King.
Art. 2. — Le Céleste Empire, rassuré par les garanties for-
melles de bon voisinage qui lui sont données par la France, quant
à l'intégrité et à la sécurité des frontières méridionales de la
Chine, s'engage : i" à retirer immédiatement, sur ses frontières,
les garnisons chinoises du Tong-King ; 2" à respecter, dans le pré-
sent et dans l'avenir, les traités directenient intervenus ou à in-
tervenir entre la France et la Cour de Hué.
I. Ceci est le texte authentique; il difïere seulement légèrement dans
la rédaction du texte télégraphique communiqué aux Chambres, le ao
mai i884-
JTf
43G l'affaire du toxg-king
Art. 3. — En reconnaissance de l'altilude conciliante du Gou-
vernement du Céleste Empire, et pour rendre hommage a la
sagesse patriotique de Son Excellence Li Houng-Tchang, négo-
ciateur de cette Convention, la France renonce à demander une
indemnité à la Chine. En retour, la Chine s'engage à admettre,
sur toute l'étendue de ses frontières méridionales limitrophes du
Tong-King le libre trafic des marchandises entre l'Annain et la
France, d'une part, et la Chine, de l'autre, réglé par un traita
de commerce et de tarifs à intervenir, dans l'esprit le plus con-
ciliant, de la part des négociateurs chinois, et dans des conditions
aussi avantageuses que possible pour le commerce français.
Art. 4. — Le Gouvernement français s'engage à n'employer
aucune expression de nature à porter atteinte au prestige du
Céleste Empire, dans la rédaction du Traité défmitif qu'il va
contracter avec l'Annam et qui abrogera les traités antérieurs
relatifs au Tong-King.
Art. 5. — Dès que la présente Convention aura été signée,
\cs deux Gouvernements nommeront leurs Plénipotentiaires, qui
se réuniront, dans mi délai de trois mois, }K)ur élaborer un
Traité définitif sur les bases fixées par les articles précédents.
Conformément aux usages diplomatiques, le texte franç-ais fera
foi.
Fait à Tien-Tsin, le onze mai i884, le dix-septième jour de
la quatrième lune de la dixième année de Kouang-Siu en quatre
ex])éditions (doux en langue française et deux en langue chi-
noise), sur lesquelles les Plénipotentiaires respectifs ont signé et
apposé le sceau de leurs armes.
Chacun des Plénipotentiaires a gardé un exemplaire de chaque
texte.
Le Plénipotentiaire
pour le Céleste Empire,
(L. S.) Li HOUNG-TCUANG.
Le Plénipotentiaire pour le Gouvernement
de la République française,
(L. S.) FOURNIER.
COMMUNICATION DE JULES FERRY, '20 MAI l884
Le' Président du Conseil faisait au Sénat et à la Chambre
COMMLMCVTION DK JULES FKUHY 'jSl
des députés, le 20 mai i884, 1«'ï communication suivante en
présentant le texte télégraphique de la convention Fournier :
Messieurs,
Vous connaissez déjà les clauses principales de la convention
signée à Ticn-Tsin, le 11 mai 1884, qui a mis fin au diflerend
existant entre la ^Vance et la Chine, au sujet de TAnnam et du
Tong-King.
En attendant que l'instrument même du traité soit entre nos
mains et qu'il puisse être régulièrement soumis à la sanction du
Parlement, nous vous devons compte des circonstances qui ont
amené ce rapide dénouement et des motifs qui nous ont portés
à engager dans cette négociation décisive la responsabilité du
Gouvernement.
Vous veniez h peine de vous séparer, que la prise de Houng-Hoa,
couronnant \qs brillants elTorts du corps expéditioimaire, mar-
quait le terme de cette belle campagne, dont les noms de So*n-
Tay et de Bac-Ninh conserveront le glorieux souvenir.
Les opérations militaires étaient terminées ; nous étions les
maîtres duTong-King: contre des ennemis bien supérieurs en nom-
bre et pourvus de tous les moyens de défense de la guerre mo-
derne, les troupes de la marine etdeTarmée, rivalisant de vertus
militaires, d'entrain et de patience, de tactique et de \aleur,
avaient porté plus haut que jamais, dans rExlrème-Orient, le
prestige de nos armes.
Au ])oint de vue diplomaticpie. la situation restait obscure.
Les relations avec la cour de Pé-King étaient, en Chine, rares et
tendues; à Paris, sans être otTiciellement suspendues, elles étaient
nulles depuis le départ du ministre de CJiine |K)ur l'Angleterre.
A Pé-Ring même, le terrain politique semblait disputé entre l'esprit
de sagesse et l'esprit d'aventure. L'esprit de sage^sse devait l'em-
porter.
Le 39 avril, le contre-amiral Lespès, qui arrivait à Chang-Haï
avec son escadre, après avoir visité les ports d'Amoy et de Fou-
Tchéou. recoait l'avis que le vice-roi du Tchéli venait d'obtenir
du gouvernement chinois le rappel du manpiis Ts'èng comme
première satisfaction donnée à la France. L'amiral était chargé
de transmettre cette nouvelle au gouvernement français. Le vice-
roi exprimait en même temps le désir de voir à Tien-ïsin, le
capitaine de frégate Fournier, commandant du VoUa, »vec lec[uel
^38 l/AFFAinE l)i: TONOKlNr,
il était . depuis plusieurs années, en relations amicales» pour con-
férer avec lui de la silualion.
Le commandant du l'oUn partait aussitôt pour Tché-Fou ; le
i*»" mai, le Tsouni^-li Yamen annonçait oiriciellement à notre
chargé d'affaires h Pé-Kin;^ la nomination d'un nouveau ministre
auprès des cabinets de Paris, Berlin, Vienne, Rome et La Haye;
en attendant son arrivée, Li Foun|2[-pao, ministre de Chine à
Berlin, venait représenter la Chine à titre intérimaire auprès du
gouvernement français.
Les 8 et 9 mai, le commandant Fournier, de Ïien-Tsin, et
l'amiral Lespès, de Chang-IIaï, nous faisaient connaître les ré-
sultats des pourparlers otïicieusement ouverts par le vic<vroi du
Tché-li ; les d(Mi\ négociateurs avaient arrêté les termes d'une
convention préliminaire en cinq articles, destinés à servir de bas(»
au traité définitif; le vice-roi désirait que cette convention put
recevoir sans retard, l'approbation des deux (îouvernements ; le
commandant Fournier demandait à cet effet des pleins-pou>oirs.
La question se posait devant nous dans les termes les plus
clairs et les plus catégoriques ; de la part de la Chine, l'évacua-
tion immédiate du Tong-King dans toute l'étendue de ses frontières *
naturelles ; la promesse de respecter dans le pnn^ent et dons
l'avenir les traités directement faits ou à faire entre la France
et la cour d'Annam ; l'engagement solennel d'ouvrir au libre
trafic entre l'Annam et la France d'un côté, et la Chine de
l'autre, toute la frontière méridionale de la Chine, limitrophe
du Tong-King. c'est-à-dire les trois provinces du Yun-Nan, du
Kouang-Si et du Kouang-Toung, et de régler sur cette frontière
la liberté des échanges et les tarifs des douanes dans les conditions
les plus prolitables au commerce français.
Ces avantages considérables seraient-ils trop chèrement achetés
de la part de la France par la renonciation à une indemnité
pécuniaire, dont le principe n'était d'ailleurs ni contestable ni
contesté? Une satisfaction en argent aurait-elle, aux veux du
pays, plus de prix qu'un traité de bon voisinage, une alliance
commerciale et jwlitique, ne laissant derrière elle ni humiliation
ni amertume, et ouvrant à nos producteurs, à l'étroit dans
l'ancien monde, des débouchés inattendus ?
Nous ne l'avons pas pensé, et sur l'heure, nous envoyions au
commandant Fournier les j)leins pouvoirs de la Hépublique, sous
la seule condition de s'assurer, avant d'en faire usage, de la rati-
fication préalable du gouvernement chinois.
COMMUNICATION I)K JILES FEHRY ^Sq
Le 9 mai, le commandant Foiirnicr télégraphie» dcTicn-Tsin,
à cinq licures qiiaranle-cinq du soir :
« Je remercie le (Jouvernemenl de la confiance qu'il me té-
moigne. Le vice-roi me charge de vous transmettre ses remercie-
ments pour Fempressement que Votre Excellence a mis à approuver
la convention dans les termes mêmes où elle avait été arrêtée
entre nous. Nous avons immédiatement demande, en termes
pressants, par courrier extraordinaire, à la cour de Pé-King, son
approbation déliniti\e, en la priant de nous autoriser ù signer
dans le plus bref délai possible. »
Le lo mai, à onze heures vingt-cinq du matin, M. Fournier
écrit :
« Tout sera terminé demain soir à quatre heures... »
Et, en elTet, le ii mai, à cinq heures du soir, les plénipoten-
tiaires signaient la convention, après s'être réciproc[uemenl com-
muniqué leurs pleins pouvoirs.
Voici cet acte avec son préambide et dans toute sa teneur, telle
que le télégraphe nous Ta transmis.
Voir le texte ci-dessus.
Tel est le traité de Tien-Tsin. C'est une convention prépara-
toire, à compléter par des négociations ultérieures, mais Ferme
dans toutes ses clauses, exécutoire et, nous |>ouvons le dire dès
à présent, en voie d'exécution.
Nous avons trouvé, en elTet, chezl'honune d'Etat éminent qui
exerce actuellement sur les destinées de la Chine une influence
prépondérante, et qui a |)orlé dans celle négociation ime netteté
de vues et de résolution si remanjuables, la >olonlé bien arrêtée
d'exécuter promplemenl et, loyalement ce qui avait été si vile et
si bien conclu.
Une dépêche du commandant Fournier. datée du 18 mai,
nous fait connaître que le retrait des garnisons chinoisesdu Tong-
King s'opérera, en vertu d'un accord passé avec le vice-roi, du 6
au 26 juin prochain, dans les termes suivants, dont le conmian-
dant en chef du corps expéditionnaire a re(;u communication :
« Après le délai de vingt jours, c'est-k-dire le G juin, évacua-
tion de Lang-So'n, Cao-Bang, Thal-Khe, et de toutes les places
du territoire du Tong-King, adossées aux frontières du Rouang-
Toung et du Kouang-Si ; après le délai de quarante jours, c'est-
li\o l'affairk du tong-king
à-diro le 26 juin, évacua lion de Lao Kay ot de toutes les places
du territoire du Tong-King adossées h la frontière du Yun-Nan. »
De notre coté, nous avons déj«H désigné, conforniéuient à l'ar-
ticle final de la convention, nos plénipotentiaires définitifs, et
nous avons envoyé à M. Patenôtre, qui doit se trouver à Hué à
la fin de ce mois les instructions nécessaires pour donner satis-
faction aux préoccupations particulières qui ont inspiré l'article 4-
La rédaction définitive du traité de Hué ne contiendra, cela va
de soi, « aucune expression » dont puissent s'émouvoir les sus-
ceptibilités de l'Empire du Milieu.
Nous soumettons avec confiance toute cette néj^ociation au
jugement des (Ihanibres et du pays. La France s'est toujours fait
honneur de ne pas pousser a l'extrême les conséquences de ses
victoires. Notre modération, hautement appréciée par l'opinion
européenne, nous assure la meilleure solution pour le présent,
la plus grande somme de sécurité poiu' l'avenir.
Douce illusion !
Au dîner qui suivit la signature de la convention, au toast
porté par le commandant Fournicr aux souverains de la
Chine, Li répondit :
Au nom de Leurs Majestés Impériales, je porte un toast au
Président de la République française, M. Jules Grévy, et je vous
prie de l'assurer que la C.hine, aussi, souhaitera maintenant à la
France grandeur et prospérité.
« liC lendemain 13 mai, écrit le Commandant Fournier dans
son rapport au Ministre de la Marine, le Vice-lloi dînait au Con-
sulat de France où j'avais réuni les représentants des nations
étrangères ; MM. de Luca, Ministre d'Italie et son secrétaire,
M. d'Albenga, M. Uribari, Chargé d'Affaires d'Espagne. M. le
Marquis de Médina, son secrétaire, les Consuls d'Allemagne,
d'Angleterre, de Russie et du Japon, le Commander Lang, de
la marine anglaise, amiral de la flotte chinoise du Nord, len
Commandants des na\ires russes et anglais et toutes les personnes
présentes, la veille, au dîner du Vice-Roi. I^a stupéfaction était
générale parmi mes invités qui avaient appris seulement dans la
journée même, comme par un coup de théâtre qu'une conven-
tion diplomatique venait d'être signée et ratifiée à Tien-Tsin,
COMMIMCVIION I)K iVlA.S FKHIIY l\f\l
cnire la Franco rt la Chine par rinlernu'diaire d'un plonipo-
Icntiairc nivstérioux qui nVUail aulrc que le capitaine de frégate
que chacun croyait occu|)é uniquement à observer les pré[)aralirs
militaires du Vice-Roi.
M. Jules Ferry télégraphia au commandant F^ournier, le
12 mai i88/| :
Je suis heureux de vous féliciter chaudement pour le prompt
dénouement du conflit avec la Chine. Dites à Li que nous nous
félicitons ici des liens étroits que les nouveaux arrangements ne
manqueront pas d'établir entre la France et la Chine. J'ai con-
staté avec plaisir que l'homme d'Etat chinois considiTC au môme
point de vue que nous-mêmes l'intérêt des deux Pays.
Li Iloung-tchang répondit le i5 mai :
Le Commandant Fournier m'acomnnmiqué votre télégramme.
Je suis très touché. Je savais depuis longtemps que vous traitiez
les affaires d'ime façon résolue et très nette et que vos vues sont
larges et lointaines. J'espère donc que dans l'avenir, les relations
entre nos deux pays seront plus intimes et durables et que tout
malentendu sera dissipé entre nous. Les diflicultés que chacun de
nous éprouve en traitant les affaires de l'Etat seront certainement
comprises de nos deux pays si éloignés. Ce qui me reste h vous
dire, je le confierai au Commandant Fournier, mon ami intnne,
qui vous le dira.
Le 17 mai, le commandant F'ournier eut un long entre-
tien avec Li Houng-tchang qui dura trois heures ; il avait
pour but de :
Uégler d'une façon précise les conditions de l'exécution de la
(Convention concernant le retrait des troupes chinoises et les
articles IV et V qui comportaient une application innuédiate.
Relativement aux troupes chinoises, je (Fournier) lis obser\er
au Vice-Roi qu'il importait de fixer des datés pnVises pour l'éva-
cuation des platées qu'elles occupaient dans le Tong-King, et je
lui proposjii aojours de délai pour la région avoisinant le Kouang-
Toung et le Kouang-Si et l\o jours de délai pour la région avoi-
sinant le Yun-Nan. 11 trouvait ces délais très-courts et paraissait
craindre que la fixation de ces dates précises ne prît aux yeux de
**1
442 l'affaire du TONG-KING
la Cour de Pé-Kinfj le caracièro blessant d'un ultimatum ; mais
je tins bon en lui taisant observer cju'avec les moyens de com-
munications rapides existant actuellement par le télégraphe en
cours de construction dans le Kouang-Si et par le nôtre dans le
Tong-king, ces délais étaient parfaitement sullisants pour la
transmission des ordres du Gouvernement Impérial sur les fron-
tières du Kouang-Si et du Yun-Nan. « Je n'ai pas la moindre
« conliance, ajoutai-jc, dans la façon dont ces ordres seront
« transmis de la (lour de Pé-King pour parvenir à une desli-
ff nation aussi lointaine, ils passeront par tant de mains et il y a
« tant de raisons de craindre que la mauvaise volonté de certains
a mandarins ne clierclie h en retarder l'arrivén?, (pie je me vois
« dans l'obligation de vous adresser olFiciellement la notification
« suivante, inuuédiatement transmise au Général Millot : Après
« les (îclais Jurés expirés, vous pourrez procéder sommairement à
« rexpnhion de toutes les garnisons chinoises attardées sur le terri-
« toire Tonkinois, \otre Excellence comprendra certainement
« comme moi combien il est important de fixer ainsi des dali»s
« précises pour couper court à tout malentendu et au mauvais
« vouloir même de ses adversaires et d*empéclier aussi que des
« conflits sanglants n'éclatent entre nos troupes et les troupes
« chinoises. »
Li lloung-tchang m'alTirma qu'il assurerait la transmission
des ordres de telle sorte (pTun si regrettable accident ne put |)as
se produire. Je l'avertis alors, au sujet de l'article V que M. Pa-
teu(Mre était nommé Ministre plénipotentiaire pour le traité de
conmierce, et enlin. au sujet de l'article IV, je lui remis la com-
numicatiim écrite suivante :
« Le Gouvernement a imité M. Patenotre à supprimer dans
« la rédaction du traité définitif l'expression « y comprûi la
« Chine », mais il prend acte que cette modification, introduite
« par déférence pour le prestige du Céleste Enq)ire, ne pourra
« avoir |K)ur elTet d'altérer en rien la valeur d'aucune des sti pu-
ce lations de l'art. I, ni des autres articles des préliminaires de
« paix du a 5 août i883. »
Le Vice-Koi me déclara que c'étiiit en effet la modification
qu'il avait demandée '.
I. Rapport (lu commandant Fournicr au Ministre delà marine, i®'
juin 1 88.^1.
COM. ML. M CATION I>K JULKS FKIlRY /|/|3
Le même jour, le commandant Fournier envoyait à
Hanoï la dépêche suivante en clair an général Vlillol.
J'ai riionncur de porter à votre connaissance les mesures sui-
vantes arrêtées par les plénipotentiaires de la Convention entre
France et Chine.
Après un délai de 20 jours, cest-ù-dire le 6 juin, vous pourrez
occuper Lang-so'n, Cao-Bang, Thal-ke, et toutes les places du
territoire tonkinois adossé aux frontières du Rouang-Toung et
du Kouang-Si.
Vous |)ourrez en même temps étahlir des stations navales sur
tous les |K)inls de la cote du Tong-King où vous voudrez. Avisez
Ta m irai (^ourl>et.
Après un délai de t\o jours, cesl-à-dire le aG juin, vous pourrez
occu|)er l^ao-kay et toutes les places du territoire tonkinois adossé
à la frontière du Yun-Nan.
Xni notifié à Li Ifoumj-lchnnrj fjuc ces déluis expirés, vous procé-
deriez sommairement à C expulsion de toutes les garnisons chinoises
attardées sur le territoire tonkinois.
Après avoir arrêté ces dispositions, j'ai mis lin à ma mission
de pléni|x>tenliaire.
Notre chargé d'afTaires a Pé-King ne connut le texte de la
Convention que lorsqu'il fut devenu délinilif; il n'avait
même pas été informé par le Ministre des AH'aires étrangères
de l'envoi à Tien Tsin d'un négociateur nnmi de pleins pou-
voirs. Dans la lettre qu'il écri>ait le if) mai 188^1 au com-
mandant r'onrnier après a\oir reru le texte de la Conven-
tion que ce dernier lui avait ex|)é(liée le l'j, notre chargé
d'affaires lit preuve d'une singulière clairvoyance :
« En lisant le texte de rarrai)<;emeiit que nous avez si;^iié, j<'
suis loin de me sentir entièrement satisfait. Il est à craindre (pie
nous éprouvions dans (pielques mois, même (hnis (juclques jours,
des dillicultés insurmontables, quand nous voudrons traduire en
articles formels d'un traité, les conditions avantageuses promises
par la («liine à notre connuerce. »
La diplomatie chinoise ne tranche pas aussi simplement les
Vii L AFFAIRE DU TO^G-KI^G
difllculU^s, ainsi que semblait le croire le commandant Foiir-
nier : Li Houng-tchangavail trompé le plénipolentiaire. Selon
M. von Brandi, ministre d'Allemagne, les instructions don-
nées par rimpératrice à Li Houng-lchang avant la Conven-
tion de Tien-Tsin, auraient été résumées en quatre points
qui sont à peu près les suivants :
i** Ne [ws céder la suzeraineté de la Chine sur TAnnam ;
3° Ne pas céder, si on cxi;^eait que la Chine livrât les Pavil-
lons Noirs à la France ;
3** Ne pas céder, si la Chine devait payer une indemnité à la
France^ ;
4** Ne pas accorder la liberté du coinnierce européen dans le
Yun-Nan.
xM. de Semallé se rendit au Yamen le i4 niai jjour se
rendre compte de Tinq^ression produite par la signature de
la convention le 1 1 mai et les Ministres lui dirent « qu'il
avait été question de hi paix, mais, qu'il n'y avait rien
de définitivement arrangé; qu'il y aurait plus tard des
pourparlers et des négociations qui, espéraient-ils, amène-
raient une solution de natnre à contenter les deux pays».
Lo ^ amen déclara aussi à M. llolcombe, représentant des
EliUs Tnis, qu'il n'y avait rien de fait à Tien-ïsin et que
rimpératrice n'avait point encore ratifié les préliminaires
acceptés par le vice-roi du Tché-li.
Dans son rapport au Trône, le Vice-Uoi aurait tourne les dil-
licultés ainsi qu'il suit :
La France n'exige pas que la (iliine renonce à sa suzeraineté
sur TAnnani ; elle renonce à employer aucun terme ()ouYant
iroiss<»r l'amour-propre de la (^hine et consent en conséquence à
refaire à nou\eau son dernier traité de Hué. 11 n'est question
nulle part, dans le projet (ju'il soumet, que la Chine abandonne
ou li\re Lieou Yong-fou et ses soldats.
La France renonce à toute indemnité de guerre.
Quant à ce qui est du commerce étranger, il n'est pas permis
i-fv^ï-^;.
\ r'~ ■ " ^- -w. . . ~^^. ry-^.-iw-im*-
l'amiral lespès /|Zi5
pour le \un-Nan spécialcmcnl, mais limité, sur loulc retendue
de la frontière, à une zone neutre à délimiter.
L'Impératrice satisfaite aurait, sur l'iieure, envoyé Tordre de
signer sur les bases proposées et h ces conditions.
l'amiral lespès
L'amiral Lespès arriva à Tien-Tsin le matin même de la
visite du commandant Fournier à Li (17 mai). Il fit le 18 au
matin une visite au vice-roi que celui-ci lui rendit le 19 mai ;
Li se montra particulièrement gracieux vis-à-vis de l'amiral.
Sa mission, comme le télégraphia le ministre de la marine,
l'amiral Peyron, n'était plus qu'une visite de courtoisie.
La Convention étant signée et ratifiée par les deux Gouverne-
ments, la mission de l'Amiral est une mission toute de courtoisie
destinée à sceller la bonne entente et h effacer toute trace de
dissentiment: l'amiral n'a pas qualité pour faire l'intérim du
Ministre ni pour discuter le traité de commerce.
En conséquence, l'amiral Lespès envoya le commandant
Fournier, qui partit de Tien-Tsin le 19 mai, porter le texte
original de la Convention* en France, suivant les instructions
du ministre de la Marine^, nomma M. Gigon au commande-
ment du Volta, et partit lui-même le 21, pour se rendre à
Pé-King, où il croyait sa présence utile pour sceller la bonne
entente. Très galamment d'ailleurs, dans son rapport au
ministre de la Marine, l'amiral Lespès écrivait :
1. Le commaDdanl Fournier télégraphiait le i4 mai au Ministre de la
marine :
« Depuis la cérémonie solennelle de la signature, le 11, je suis dépo-
sitaire, pouT le Gouvernement français, des exemplaires en français et en
chinois qui lui reviennent avec le texte des pleins ()ouvoirs de la Cour
de Pé-King. Les deux autres exemplaires, que j'ai laisses entre les mains
du Yice-Roi, ont été déjà expédiés à Pé-King où ils sont classés aux ar-
chives impériales, à titre déûnitif.
a. Le commandant Fournier quitta Chang-Haï le a4 mai.
l\liG l'affaire du tong-king
<c De la loclurc des lélégraniines reçus direclenient par cet
ollicier supérieur, il résulle pour moi (pie la signature apposée
par lui était absoluuieul définitive, les pleins pouvoirs qui lui
avaient été donnés étant entiers et n'ayant pas le caractère pro-
visoire que m'avait semblé d'abord leur attribuer votre télé-
gramme. Je crus devoir renoncer, en conséquence, à la signature
de la Convention, dont tout l'honneur revient d'ailleurs au Com-
mandant : ce que je me plais h reconnaître. »
L'amiral Lespès arriva à Pé-King dans la matinée du
samedi 2^ mai i884 ; il lit demander par M. deSemalléune
audience au Tsoung-li Yamen qui lui fut accordée pour le
27. Au jour fixé, accompagné de notre chargé d'aflaircs, de
MM. CoUin de Plancy et Frandin, de ses aides de camp,
MM. Jacquemieret Perrin, touscn grand uniforme, l'amiral se
rendit au Yamen ; son impression fut plutôt favorable, et d'autre
part, sa venue produisit un excellent eflet, le Yamen parais-
sant revenir à des sentiments plus conciliants. Le 3i mai,
les ministres chinois rendirent la visite à MM. Lespès et de
Semallé et acceptèrent une invitation à dîner de ce dernier
pour le 3 juin: deux jours plus tard, ils rendaient cette poli-
tesse. Dans son rapport du 28 mai, l'amiral disait :
A Pé-King, on faisait courir le bruit que la Convention de
Tien-Tsin ne serait pas exécutée et que l'Impératrice éclairée par
l'opinion générale reviendrait sur l'approbation qu'elle avait
déjà donnée.
Il racontait ainsi l'audience du 27 mai :
« Nous fumes reçus au Yamen par le beilé Rouang, qui a
remplacé le prince Koung à la présidence du Conseil et par
quatre membres de ce conseil. Sans être précisément cordial,
l'accueil que je reçus fut des plus courtois. Je dis à ces Messieurs
que j'étais heureux de faire leur connaissance personnelle, que
mon voyagea Pé-King n'avait pas eu d'autre but et qu'ils devaient
y voir la preuve du ferme désir qu'avait le Gouvernement de la
République d'entretenir désormais des relations de bonne amitié
^^T^'T^ '"■ TT^"^'? ■ ■"■'"■
MORT DF MONSEIGNEUR DELAPLACE /|.^7
et de bon voisinage avec le Céleste Empire, que celait d'ailleurs
la conséquence naturelle de la convention signée dernièrement
à Tien-Tsin, convention qui répondait aux intérêts bien compris
de nos deux Gouvernements. Le beilé Rouang me lit une réponse
banale, il me dit pourtant que c'était aussi la désir de son Gou-
vernement. Son attitude, comme celle des autres membres du
Conseil, était certainement bienveillante, mais elle m'a semblé
aussi celle de gens peu habitues aux affaires et un peu gênés par
la solennité dont j'avais cru bon de m'enlourer. »
L'amiral ajoute, avec raison, que si les bruits qui couraient
avaient eu quelque fondement:
« Le prince Kouang n'aurait pas manqué de saisir l'occasion
que je lui offrais pour me parler de la Convention et pour me
dire ce que son Gouvernement en pensait. Je dois conclure de
son silence à cet égard que l'exécution des premières mesures
de la Convention, c'est-a-dire l'évacuation des garnisons chi-
noises du Ïong-Ring, n'est plus douteuse aujourd'hui. »
MORT DE M^*" DELAPL\CE
Le séjour de Tamiral Lespès h Pé-King fut attristé par la
mort (24 mai) de M^' Delaplacc\ des suites de la fièvre
typhoïde. La France a ressenti souvent, depuis, la perte de ce
prélat qui, sur le trône épiscopal de Pé-King, n'oublia
jamais qu'il était Français, donnant ainsi un exemple qui
n'a malheureusement pas toujours été suivi. 11 n'avait que
soixante-quatre ans : c'était un Bourguignon extrêmement fin,
que la gestion parfois difficile des affaires de son diocèse ne
faisait négUger en aucune façon les devoirs de la charité.
Les funérailles eurent lieu le 27 mai au Pé-T'ang. L'ami-
ral Lespès, M. de Semallé, quatre secrétaires du Yamen et
tout le Pé-King étranger y assistaient.
M'^'* Delaplace eut 1 abbé François Tagliabue, d'origine
I. I, p. ai3.
■■-;*-*■"■■■ :~^ 1^ ■ • >:>• ■■ -~i-;-v'-
/|/|8 l'affaire du tong-king
italienne, mais né dans le diocèse de Soissojis, comme succes-
seur dans le vicariat apostolique de Pé-King'.
Le 7 juin, Tamiral Lespès quittait Pé-King.
I. Né en 1822 ; partit en i853 ; nommé le a5 septembre 1868, évêquc
de Pompéiopolis, vie. ap. du Pé Tché-li S.-O; transféré au Pé Tclïé-li
sept., 5 août i884, à la mort de M»"" Delaplacc ; mort à Pé-King,
la mars 1890.
CHAPITRE XXIII
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 (Suite). — BAG-LÉ {03 jain 1884).
AFFAIRE DE BAC-LÉ
Conformément à la Convention du ii mai, vers le milieu
de juin, le général Millot se décida à faire occuper Lang-
so'n qui devait être évacué le 6 par les Chinois. Les disposi-
tions relatives à l'organisation et aux opérations de la
colonne de Lang-so'n prises par le colonel d'état-major
Guerrier portaient que les points de Lang-so'n, Tliat-Ké,
Cao-Bang seraient occupés par les troupes françaises; la
colonne devait se rendre en 5 jours à Lang-so'n. Le 19 juin,
le lieutenant-colonel Dugenne, avec 900 hommes environ',
quittait Phu-lang-thuong; le ^3, il prenait, après avoir tra-
I . La colonne concentrée k Phu-Lang-Thuong, sous les ordres du
lieu t. -colonel Dugenne devait avoir la composition suivante : i» un ba-
taillon d*infanterie de marine, tire des garnisons de Bac-Ninh et de Phu-
Lang-Thuong ; 2° une batterie de 4 de montagne, tirée de la garnison
de Phu-Lang-Tbuong ; 3" le demi-escadron de cavalerie du corps expédi-
tionnaire; 4^ une section mixte de sapeurs du génie et de pontonniers,
avec un parc d'outils, constituée à Hanoï et commandée par un oflicier ;
50 un détachement de 3uo tirailleurs tonkinois, composé do la io<^ com-
pagnie actuellement à Bac-Ninh et d'un peloton de la iJ<* compagnie qui
tient garnison à PhuLang-Thuong ; 0" une section d'ambulance com-
prenant les éléments suivants : a médecins. 4o lits. Des cadres et des
cantines médicales, dont le nombre sera en rapport avec l'efTectif de la
colonne. L'importance de ce matériel sera fixée par M. le médecin en
chef des ambulances ; 7° une section de télégraphie optique, composée
de I olficier, 1 1 hommes et 4 appareils optiques ; S'^ un service de la
prévôté, composé de i brigadier et de 4 gendarmes ; 9<> un convoi de
35 jours de vivres.
CoROiER. II. — 29
/i5o i/afiairp: di: tong-kix;
versé le Song-Thuong, cou tac l, près de Bac-Lc, avec les
troupes chinoises régulières du Kouang-Si, armées de fusils
Remington (28 juin). Les chefs chinois firent remettre, la
lettre suivante au colonel Dugenne.
Au noble commandant des troupes françaises —
« Votre compatriote, M. Fournicr, a dit. à Tien-Tsin, au
moment où il s'en retournait en France, que, après vingt (jours),
des soldats (français) seraient envoyés pour parcourir le pays
et que l'armée de Koueî devrait s'en retourner camper dans
certains endroits. » Nous le savons comme vous.
Vous voulez aujourd'hui que nous nous relirions sur la fron-
tière; mais il faut absolument pour cela un avis du Tsoung-li
Yamen, Ce n'est pas que nous voulons violer le traité. Le traité
de Tien-Tsin porte bien que nos troupes seront reportées sur la
frontière. Nous ne voulons pour cela qu'une lettre qui nous fixe
sur les mouvements que nous avons à faire. On ne doit pas rom-
pre la paix par des combats inutiles. Nous vous prions donc de
vouloir bien vous-même adresser un télégiamme à Pé-Ring pour
demander une lettre du ïsoung-li Yamen. 11 ne faudra que j>eu
de temps pour la demande et la réponse. Dès que nos troupes
auront l'avis du Tsoung-li \amen, elles se formeront en batail-
lons cl é\acueront le territoire annamite pour retourner aussi-
tôt fi la Passe du MidiK Nos deux pays ayant, en effet, conclu
la paix, on ne doit pas faire naître de nouvelles luttes.
Tel est ce que nous avions à vous dire.
Les chefs de camps chinois :
Li, Wang et Wei
[sans date]
N. B. — L*enveIoppe extérieure porte les indications sui-
vantes : « Expédié de Rouan-yin R'iao, le 39* jour de la 5* lune
de la 16' année Rouang-Siu (= 22 juin i884) à l'heure yeou
(de 5 à 7 heures du soir) pour être remis le même jour »,
Le sceau, qui y est frappé en trois endroits , porte : « Sceau
du Commandant en chef du Grand Camp de l'armée de Tchèn-
nan (la passe entre le Rouang-Si et le Tong-King) commandant
aussi le camp de gauche de V Armée du Centre^ ».
1. Tchèn Nan Kouan, défilé sur la frontière du Kouang-Si.
a. Pour traduction conforme, signé : A. Vissikre.
PHOTKSTATION DK LA KHANCI, /|5 I
L'interprète annamite qui accompagnait le colonel Du-
genne ne connaissait- il pas la langue chinoise écrite ou Toffi-
cier français était-il trop ardent, toujours est-il qu'il voulut
passer outre : le résultat de l'attaque fut : 2 olïiciers tués et
5 blessés, 20 hommes tués et 63 blessés ^ Si le colonel
Dugenne, moins impatient, avait, avant d'attaquer, fait part
de l'incident, les autorités de Ila-noï en auraient référé à
Paris qui aurait demandé des explications à Pé-King et l'on
aurait tiré l'affaire au clair. Il n'y eut pas de guel-apens à
Bac-Lé ; les troupes chinoises n'ayaat pas reçu d'instructions
de leurs chefs restaient fidèles à leur poste comme elles
devaient le faire ; d'autre part, elles ne pouvaient pas recevoir
d'instructions, car le Tsoung-li Yamen, comme nous le
verrons, ignorait complètement les arrangements pris par
Li Houng-lchang avec le commandant Fournier pour l'é-
vacuation du Tong-King par les troupes impériales.
PROTESTATION DE LA FRANCE
Le 26 juin, M. Jules Ferry télégraphiait à Pé-King
M. de Semallé :
Protestez avec énergie contre cette violation du traité et réser-
vez nos droits à une réparation. Insistez jK>ur que troupes chi-
noises reçoivent d'urgence ordre de repasser frontières du Tong-
King.
M. Palenôtre ne lardera pas à arriver à Pé-King, après s*étre
entendu avec Ta mirai Courbet qui prend commandement des
deux divisions de l'escadre, pour exiger les salisfactions néces-
saires.
I . a3 juin : officiers, 1 tué, 3 blessés ; troupes, 7 lues, ii3 blessés. —
a4 juin : officiers, i tué, 2 blessés; troupes, i3 tués, 30 blessés, 2 dis-
parus, 2 morts d'insolation ; parmi les derniers tues fîguraicnt 5 hommes
blessés le 23 et tués le a^ à l'ambulance; ils appartenaient au bataillon
d'Afrique.
453 l/\FFAmK DU TONC-KINr,
M. PATENÔTRE
Le même jour, M. Ferry télégraphiait la nouvelle du
désastre à M. Patenotre^ à Chang-Haï et à Hong-Kong, en
ajoutant :
Rendez-vous directement à Pé-R'mg pour assurer la stricte ob-
servation du traité et exiger une réparation. Entendez- vous avec
Famiral Courbet, qui a reçu ordre de prendre le commande-
ment des deux divisions de Tescadre, et de nous assister dans
cette mission. Vous jugerez s'il confient que la flotte aille immé-
diatement à Tien-Tsin.
La dépêche toucha à Hong-Kong M. Patenôlre qui télé-
graphia qu'il partirait le lendemain (28 juin) pour Chang-
Haï et qu'il avisait l'amiral Courbet de venir l'y rejoindre
pour y conférer avec lui sur les mesures à prendre ; il con-
seillait également, si la saison n'était pas trop défavorable,
une marche en avant au Tong-King: « LIne action diploma-
tique h Pé-King, disait-il, n'a, je crois, de réelle chance de
succès que si elle est accompagnée d'une démonstration mili-
taire énergique sur terre et sur mer. »
Le Tsoung-li Yamen connut l'alTaire de Bac-Lé par les
télégrammes de Tchang Chou-chëng, vice-roi des Deux-
Kouang, en date du 5 de la 5*' lune intercalaire (= le 27
juin 1884) :
« P'an T'ing-sin * me télégraphie que, dans l'après-midi du i*'
(aS juin), les troupes françaises étant venues tout près de notre
camp de Kouan-yin-k^iao, déclarèrent qu'elles allaient à Lang-son
reconnaître le pays, et demandèrent un haut fonctionnaire pour
s'entretenir avec lui. Wan Tcliong-hiuan s'y rendit aussitôt. Les
soldats français lui barrèrent la route avec un bâton et lui di-
rent seulement que « dans trois jours, il leur fallait absolument
Lang-son ». Après avoir dit ces mots, ils ouvrirent le feu des
canons et notre armée leur tint tète à coups de fusils. »
I. Gouverneur du Kouang*Si.
M. DE S KM ALLÉ KT LK YAMKiN '|53
Nouveau lélcgranime du 6 = le 28 juin 188/i ^
Pendant l'affaire du i*"" (28 juin) à Kouan-yin'k'iao, les Fran-
çais et nos troupes se battirent à coups de fusils et de canons,
depuis la matinée jusqu'à la 4® veille (de i heure à trois heures
du matin). Nous avons eu plus de trois cents hommes tués ou
blessés, tant soldats qu'officiers. Les Français ont eu aussi des
morts et des blessés et ont reculé jusqu'à ï'oun-ya qui est à 3o
li de Kouan-yin-k* iao * .
M. DE SEMALLÉ ET LE YAMEN
Le 28 juin i884, M. de Semallé, accompagné de M. Col-
lin de Plancy, se rendait à 4 heures du soir au ïsoung-li
Yamen où étaient réunis le Beilé Yi-K'ouang, Yen Kiu-
ming, Tcheou To-joun, Tcheou Ria-mei, Wou Ting-len,
Tch'en Lan-pin, Tchang Yin-houan et Fou-lien, inter-
prète du Yamen. Des additions avaient été faites récemment
au Tsoung-li Yamen par un décret inséré à la Gazette de Pé-
king du 2/1 juin i884 (2* jour, 5*' lune intercalaire,
10' année de Kouang-Siu) :
Le Président du Ministère des Travaux Publics, Fou R'oucn ;
le Président du Li Fan y^ouen, ou bureau des Colonies étrangères,
K'ouen-kang ; le vice-président de gauche au Censorat, Si-
tc'hen ; le vice-président de droite au Ministère des Travaux
Publics, Siu Yong-yi ; le Docteur au Grand Secrétariat et Vice-
Président honoraire au Ministère des Rites, Leao Cheou-heng
sont appelés à faire tous partie du Tsoung-li Yamen.
Respect à ceci !
Fou-K'ouen remplaçait Lin-Chou, malade, à la fois au
Yamen et aux Travaux publics; K'ouen-kang et Si-tclfcn
étaient destinés à représenter Télément tiulare, absent depuis
le départ de Lin-Chou.
Tchang Yin-houan, ancien Tao-taï à Tché-fou, puis à
I. Pour traduction conforme, signé : A. Vissière.
/j54 i/aFFAIRK du TONC-KING
Wou-lioii, avait été nommé précédemment membre du
Tsoung-li Yamen dont il fut renvoyé au mois de septembre
suivant.
Apres avoir communiqué aux membres du Yamen le télé-
gramme annonçant raflaire de Bac-Lé, M. de Semallé ter-
mina en disant qu'aux termes du traité du ii mai, la ville
de Lang-so'n devait être évacuée depuis le commencement du
mois. Tous les ministres parlèrent à la fois et déclarèrent qu'il
n'était question, dans le trailé, ni de Lang-so'n, ni d'une
date précise et déterminée pour l'évacuation. Ils affirmèrent
avoir, eux aussi, reçu des nouvelles des commandants de
leurs forces, qui rapportaient qu'ils avaient été attaqués par
les Français sans aucune provocation.
Quelques membres remarquèrent qu'il n'avait pas été ques-
tion dans le traité de Tien-Tsin de l'évacuation de Lang-so'n
et demandèrent qu'on apporte le texte du traité. Yi-K'ouang
dit que le Tong-King n'avait jamais du être évacué qu'après
la conclusion du traité définitif, qui devait être signé dans
un espace de trois mois, aux termes mêmes de l'arrange-
ment de Tien-Tsin.
Le texte dutraité ayant été apporté, quelques membres du
Yamen lirent observer à M. de Semallé qu'il n'y est nulle
part question de Lang so'n, de Cao-bang et deLao-kay, que
nulle part il n'est question d'une date précise pour l'évacua-
tion du Tong-king; qu'il n'est pas question non plus des
frontières de ce pays dans le texte chinois et qu'elles sont
précisément à déterminer par le trailé définitif. M. de
Semallé ayant répondu que le texte français Seul faisait foi
et qu'il est formel, ïchang Yin-houan répliqua : « J'étais
à Tien-Tsin et j'ai assisté à la séance pendant laquelle a eu lieu
la signature du traité. M. Frandin a pris dans ses mains les
textes, les a lus, les a déclarés conformes et nous avons eu
confiance en ses paroles. Nous n'avons pas fait retraduire le
texte français k Pé-King. Quant à ce qui est de stipulations
M. Di: si:m\i.[,k i.t f.k v\mi:n 'i .'>-'>
fiuelconqnos en dehors du texlc qui a été signé, j'afiiriue
qu'il n'en aélénullenicnl question enlre S. E. Licl M. Four-
nier et qu'ils ont trouvé le tout fort bien et très en règle. »
D'ailleurs, le Yanien paraissait ne pas donner une grande
importance au traitx» du ii mai, M. Patenôtre étant attendu
pour signer un traité définitif. Plusieurs ministres disaient
que Lang-so'n est une des clefs de la frontière chinoise et
ne sera jamais évacuée avant la conclusion tout au moins d'un
traité définitif; Li Houng-Tchang n'a pu accorder que ce à
quoi il avait été autorisé, et jamais il n'avait été question
de cela.
M. de Semallé insista sur la gravité des responsabilités
encourues par le Gouvernement chinois et remit ime note en
français à laquelle il réclamait une prompte réponse :
Pé-King, 33 juin 1884.
Le soussigné, Chargé d'Alfairos de France en Chine, a le re-
gret d*avoir à informer S.A. le Bcilé Yi-k*ouang, désigné par
rKmpercur pour remplacer son A. I. le Prince Koung, comme
Président du (Comité des x\(Taires extérieures, — qu'au mépris
du traité signé le 1 1 mai à Ïien-Tsin, entre S. Exe. le Vice-Roi
Li lloung-tchang et M. le Commandant Fournier, munis res-
pectivement des pleins pouvoirs de llmpéralrice Régente et du
Président de la République — les troupes envoyées par le Com-
mandant des forces françaises du Tong-King, pour occuper Lang-
so'n, après la date convenue pour son'évacuation par les troupes
impériales, ont été attaquées par quatre mille soldats réguliers
chinois.
Par ordre exprès de son Gouvernement, Il proteste hautement
contre cette violation des engagements les plus solennels: il rend
le Gouvernement Chinois responsahle, jusque dans leurs derniè-
res conséquences, des suites directes ou indirectes de cette agres-
sion et il réserve de la façon la plus formelle tous les droits ac-
quis par la France à la réparation des pertes et des outrages qui
lui ont élé infligés au Tong-King.
Le Soussigné a également le devoir d'insister, de la façon la
plus pressante, auprès du Gouvernement Chinois, pour que les
troupes impériales reçoivent d'urgence l'ordre de repasser immé-
/|5f) l'affaire ni TONC-RINC
(Jialrmciit la fronlioro ci (J'cvacuer sans aucun relard la totalité
du Tong-King.
11 saisit celle occasion pour renouveler à S. A. le Beilc Yi-
k'ouang, les assurances de sa haute considération.
Sig. Semallé.
I/erreur capitale, écrivait M. de Semallé, le 7 juillet i884,
à M. Jules Ferry :
a Celle qui avait donné lieu au seul malentendu dangereux,
provenait de ce que notre article V avait été traduit de telle
sorte que, depuis le premier jour où le projet d'évacuation avait
été présenté à l'Impératrice et au Conseil Privé jusqu'au 28 juin
inclusivement, tous ceux qui en avaient pris lecture à Pé-Ring,
avaient compris que les articles précédents eux-mêmes devaient
faire partie des matières à soumettre, dans les trois mois, à la
discussion des Plénipotentiaires des deux Puissances et que ce
serait seulement h partir du jour à fixer par ceux-ci, que l'éva-
cuation rapide ou immédiate (peu leur inqiortc) du Tong-Ring
par les troupes impériales devrait avoir lieu, »
Nos malentendus ont été dus en grande partie soit à des
erreurs de traduction, soit à une mauvaise désignation des
noms de lieux. Le Tong-King, pour les Chinois, est la Cour
de rEst, une ville, Ha-noï, et non le pays même qu'ils
désignent sous Tappellation de Pe-Ky. Ils ne nous trom-
paient donc pas en nous disant qu'ils n'avalent pas de trou-
pes au Tong-King, c'cst-à-illre à Hanoï.
Le 2g juin, à 8 heures du soir, la légation de France rece-
vait la réponse suivante du Yarnen :
7* jour de la 5° lune intercalaire (le 119 juin i884).
COMMUNICATION OFFICIELLE
Le 6 de cette lune (28 juin 188/1), vous nous avez remis per-
sonnellement, M. le Chargé d'alTaires, une dépêche écrite en
français, que nous avons fait traduire et dans laquelle vous nous
disiez que « les troupes envoyées par le Commandant des forces
françaises au Tong-King, pour occuper Lang-so'n, après la date
M. 1)K SKMMJ.K ET l.K YVMKN '■^-
V)7
fixée pour son ('^vacualion par los troupes chinoises, ont été atta-
quées par quatre mille soldats chinois »,qne, « par ordre de votre
gouvernement vous protestez et rendez responsable la Chine, »
que « vous nous suppliez de donner ordre aux troupes chinoises
d'évacuer au plus tôt la totalité du territoire tonkinois, etc., etc. »
Or, le V'^ article de la Convention sommaire conclue h Ticn-
Tsin entre le Commissaire des Ports du Nord Li, et M. Four-
nicr, Kepréscntant de votre pays, porte que « après un délai de
trois mois, on élaborera de concert un traité définitif, sur les
bases fixées par les articles précédents ». Dans cette convention
sommaire, rien n'a été convenu avec précision en ce qui concerne
les questions de commerce ou de frontières et, quant à ce qui
est relatif aux retraites des garnisons chinoises, aucune date
n'a été non plus spécifiée |K)ur cette évacuation. C'est pourquoi
la Chine a envoyé des instructions écrites aux corps d'armée du
Yun-Nan et du Kouang-Si , cantonnés au Tong-King, pour
qu'ils continuent d'occuper les lieux où ils se trouvaient, en leur
interdisant d'expédier des troupes en avant ou de prendre l'ini-
tiative d'une bataille, jusqu'au moment où, le traité définitif
ayant été conclu, on pourrait de part et d'autre, retirer ses
troupes.
La région de Lang-so'n est la plus proche du Kouang-Si. La
passe de TchenSan Kounn est la frontière de la Chine. Les trou-
|)es du Kouang-Si y ont été jusqu'ici cantonnées. Un télégramme
vient de parvenir à notre Yamen disant que les troupes régu-
lières de votre pays, s'annonçant comme faisant une tournée du
côté des frontières, se sont présentées soudain dans un lieu oc-
cupé, dès le principe, par l'armée du Kouang-Si, pour reconnaî-
tre nos camps, qu'elles ont ouvert le feu à coups de fusils et de
canons, si bien que nos troupes se sont défendues, etc.
Si les troupes régulières françaises désiraient faire une tour-
née sur les frontières, pourquoi n'ont-elles pas attendu la con-
clusion du traité définitif et pourquoi ne vous ont-elles pas tout
d'abord informé, M. le Chargé d'x\r['aires, pour que vous puissiez
nous le dire et nous permettre de le porter à la connaissance de
nos garnisons chinoist»s du Yun-Nan et du Kouang-Si ? Au lieu
d'agir de la sorte, elles se sont avancées et nous ont attaqués, ce
(pii est en opj>osition avec l'article 11 de la convention sommaire
où il est dit que « aucune agression ne jX)urra être exercée ».
11 semble, dans ces circonstances, que les troupes régulières
françaises doivent porter la responsabilité de l'attaque et recon-
1 i^**
458 i/aFFAIRK I)T' TONG-Ki>«G
naître que c'est à elles qu'incombent les frais d'une indemnité.
Depuis le 17 de la 4" lune (i i mai), jour de la conclusion de la
convention sommaire entre les deux pays, jusqu'au jour présent,
trois mois vont bientôt s'(Hrc écoulés. Que Ton discute donc en dé-
tail, — conformément aux stipulations df la Convention — un
traité définitif de frontières et de commerce, et les événements
qui viennent de se passer ne se reproduiront plus.
Nous vous prions donc instamment, M. le Chargé d'Affaires,
de vouloir bien demander au Ministère français des Affaires
étrangères : d'une part de faire donner des ordres à vos troupes
régulières pour qu'elles s'abstiennent désormais de toute marche
en avant et de toute attaque et d'autre part, pour qu'il presse
l'arrivée en Chine, dans le délai voulu, du Ministre chargé de
s'entendre avec nous sm* le traité définitif. 11 fera preuve par là
de son respect pour les devoirs de l'amitié et de Timporlance
qu'il attache aux Traités*.
« Ce qui m'a le plus frappé, écrivait M. de Semallé dans
sa dépêche du 3o juin, c'est Pair de sincérité et rétonnemcnt
de tous quand j\ii parlé des faits, qui venaient de se produire
au Tong-King, comme d'événements de la plus haute gravité !
Les ministres et le prince ne voulaient pas le croire et je
les ai laissés extrêmement surpris, mais pleins de confiance
que l'arrivée prochaine de M. Patcnôtre suffirait pour réta-
blir la bonne harmonie qu'ils déclarent désirer sincèrement. »
A son tour Li fournissait ses explications au Yamen :
LETTRE DE Ll HOU?îG-TCH.\NG AU TSOUNG-LI TAMEN,
2 JUILLET 1884
J'ai reçu la lettre collective que vous m'avez adressée le 8 de
la 5* lune intercalaire (3o juin i884). aiusi que les copies, qui \
étaient jointes, des procès-verbaux de vos entretiens avec le Chargé
d'Affaires de France, M. de Semallé, et de la correspondance
échangée avec lui.
Vous me demandez si, dans mes conversations avec M. Four-
1. Pour traduction conforme, signe : A. Vissiî^:re.
LETTRK r)K 1,1 IIOUXi-TCllANC. AU TSOINd-LI YAMKN \0Ç)
nier, au momrnt do son départ, j'ai donné mon conscntcmenl
à une Annexe de la Convention. J'ai lu à plusieurs reprises ce
passage, qui m'a causé une grande surprise. En effet, M. Four-
nier est parti le a/j de la 4* lune, j)our rentrer en France. Le a3
(17 mai 1884) il est venu me voir pour me faire ses adieux et,
pendant l'entretien, il a produit une note écrite en français sur
une feuille de papier et il a dit à l'inlerprète d'en faire la tra-
duction. Celle-ci comprenait trois points :
1° La France avait nommé Ministre Plénipotentiaire, M. Pa-
tenôtre, avec mission de conclure le traité défmitif. M. PatenA-
tre viendrait en Chine après avoir quitté Hué.
2® La France devant protéger la totalité du territoire tonki-
nois, le Général Mi Ilot se proposait d'expédier des troupes fran-
çaises ou annamites, après vingt jours, à Cao-Bang QlLang-so*n,
et après quarante jours, à Lao-kay. — Sur les deux rives du
Fleuve Rouge, des lrou|)es françaises ou annamites devaient aller
poursuivre les Pavillons Noirs et les autres bandes, dans tous le^
lieux où on les rencontrerait. Les troupes chinoises devaient
s'être retirées dans les délais fixés.
3** La France informait M. Patenôtre qu'il devait supprimer du
i" article du traité franco-annamite tout ce qui concernait l'Em-
pire chinois, pour qu'il n'v restât rien d'offensant pour la di-
gnité de la Chine.
Telles étaient l'explication à donner aux articles H, IV et V
de la Convention et les obligations qui en résultaient, etc.
Je dus alors lui dire que j'a>ais appris que les troupes du
Yun-Nan et du Kouang-Si élaient campées séparément dans la
région de Lang-so'n et de Lao-kay, localités toutes voisines de la
frontière de Chine; que ces troupes y tenaient garnison en per-
manence depuis plus de dix ans, j)our la répression des rebelles
et que notre vassal s'appuyait sur elles jx)ur le maintien de l'or-
dre; qu'elles n'avaient aucun rapport avec la France, qu'elles ne
g(>naient pas; que, la paix venant d'élre conclue, il inqwrtait
d'attendre que le traité définilif eut élé signé, pour s'entendre
à leur sujel ; que la France, en demandant l'évacuation à date
fixe, semblait parler le langage de la contrainte'; qne je n'oserais
certainement pas y consentir, non plus que je n'oserais présen-
ter au Trône aucun Rapport à ce sujet.
M. Fournier continua avec instance, à me prier de faire ren-
trer nos garnisons, conformément à la Convention. Je lui dis
que, la distance étant trop grande, je ne pouvais me faire une juste
* "-T.
460 l'affaire Dr TO\r,-RI>G
idée des circonslances spéciales an pays et que c'était aux hautes
autorités placées à la tôle des années qu'il convenait d'aviser et
d'afîir. suivant les exigences du moment. Je lui conseillai d'em-
pécher les troupes françaises de se porter en avant avec précipi-
tation, ce qui les ferait se rencontrer avec les forces chinoises, el
d'éviter une bataille et un conflit.
M. Fournier prit conjjjé et partit. J'ignore ce qu'il a dit dans
le télégramme par lui adressé à son Gouvernement. Mais il ne
m'a. en réalité, remis aucune dépêche.et il n'a rien existé qui
put prendre le non dWnnexe à la Convention.
J'ai l'honneur, etc., etc. *.
M. Palenôtre arrivait à Chang-llaï le i"" juillet i884 où
suivant les instructions qu'il avait reçues, il attendit Faniiral
Courbet pour conférer avec lui sur la situation avant de con-
tinuer sa route jusqu'à Pé-King, se bornant à notiGer au
Tsoung-li Yamen par lettre officielle sa présence en Chine
et sa prise de service.
D'autre part, M. de Semallé était invité à poursuivre ses
pourparlers avec le Tsoung-Ii Yamen, tout en tenant M. Pate-
nôtre au courant de ses démarches. Bien que celui-ci eût
pris la direction officielle de la légation, la présence de
xM. de Semallé à Pé-King n'en restait pas moins nécessaire
dans les circonstances actuelles et Ton comptait sur le dévoue-
ment dont il avait fait preuve jusqu'alors.
EXPLICATIONS ET NÉGOCIATIONS
M. Jules Ferry recevait du ministre de Chine les explica-
tions de son Gouvernement, et il télégraphiait à M. Pate-
nôtre :
5 Juillet 1884.
Le ministre de Chine m'a remis hier une note relative à l'af-
faire de Lang-so'n. Le Gouvernement chinois soutient qu'un ar-
I. Pour traduction conforme, si^mé : A. Vissière.
FAPI.ICATIONS ET NKCOCI ATIONS /jGl
rangement définitif n'étant pas encore intervenu, le fait que les
armées chinoises sont restées au Tong-King ne constitue pas un
acte d'hostilité. U en conclut que l'envoi de la flotte sur les côtes
de Chine ne se justifie pas, et il nous demande de presser votre
arrivée à Pé-King pour traiter définitivement.
Dans une réponse écrite, je rappelle l'article 2 du traité du
Il mai portant que la Chine « s'engage à retirer immédiate-
ment sur ses frontières toutes les garnisons chinoises du Tong-
Ring », et l'arrangement complémentaire destiné à régler l'exé-
cution de cette clause et conclu peu après avec le Vice-Roî muni
de pleins pouvoirs. Nous avons publié en même temps les termes
des deux arrangements; si le gouvernement chinois trouvait les
dates d'évacuation trop rapprochées en raison des distances, il
devait nous en prévenir. Il y a donc eu agression préméditée,
guet-apens, violation du traité, pour laquelle nous réservons ex-
pressément nos droits à une réparation.
J'ai ajouté qu'avant tout la Chine nous doit des garanties pour
l'exécution loyale du traité du 11 mai; qui est définitif par sa
nature même et sera complété par des arrangements de frontières
et de commerce. Ces garanties ne peuvent résulter que d'une dé-
claration immédiate portant que les troupes chinoises ont reçu
l'ordre d'évacuer le Tong-King sans délai. Le gouvernement chi-
nois est prévenu que vous ne poursuivrez pas votre voyage avant
que nous soyons fixés sur ce point, et son Ministre à Paris doit
télégraphier à Pé-King aujourd'hui et me faire connaître d'ur-
gence la réponse.
Attendez à Chang-Haï de nouvelles instructions, et tenez au
courant M. de Semallé qui devra en tous cas rester sous vos or-
dres à Pé-King.
Le I '"■juillet, M. de Semallé remettait une note au Tsoung-
li Yamen, en réponse à la dépêche de celui-ci, du 29 juin.
A partir de la date oii il avait reçu ce document, le Yamcn
ne pouvait en aucune manière invoquer sa bonne foi comme
excuse, pas plus que les fautes d'un texte qu'il avait le devoir
de vérifier sans relard. Le 3o juin, le Yamen avait envoyé
M» Hart à M. de Semallé, pour lui exprimer le désir d'arran-
ger aussi vite que possible les choses à Tamiable et avait
fxG'Jt l'affaire du TONG-kING
paru disposé à rappeler dès le lendemain par un décret inn [sé-
riai, publié à la Gazette de Pé-Kimj, cl notifié à la légation
de France, toutes ses troupes du Tong-King. Malheureuse-
ment les conseils de Tso remportèrent; l'arrivée de M. Pate-
nôtre connue, le Gouvernement chinois nomma des com-
missaires pour se rendre au-devant de lui, et quand M. Harl
pria le Yamen d'accorder le retrait des troupes, celui-ci ré-
pondit par l'envoi de la note suivante :
DÉPÊCHE DU TSOUNG-LI YAMEN A M. DE SEMALLÉ, 4 JUILLET l884
13* jour de la 5* lune intercalaire de la lo® année Kouang-Siu
(4 juillet i884).
COMMUNICATION OFFlClKLLE
Nous avons reçu. Monsieur le Chargé d'Aflaires, la communi-
cation ofliciellc dans laquelle vous nous dites que a vous avez
constaté de la façon la plus claire, par le contenu de la dépêche
du Prince, comme par les conversations que vous avez eues au
Yamen, que nous avions été induits en erreur par la traduction
fautive du texte français de la Convention, etc., etc. »
Or, il a bien été dit dans un des cinq articles de la Conven-
tion conclue à Ticn-Tsin, que le texte français ferait foi; cepen-
dant celle-ci n*a été signée par les deux parties qu'après que les
textes français et chinois eurent été comparée de part et d'autre
et reconnus sans erreur, les textes dans les deux langues peuvent
naturellement être contrôlés l'un par Fautre, et, en ce qui con-
cerne le retrait des garnisons chinoises sur les frontières, il n*a
été spécifié nulle part de lieu ni de date pour ce retrait.
Vous nous parlez, M. le Chargé d'affaires, de trois articles
examinés et approuvés par M. le Commandant Fournier et par
S. E. Li. Si ces trois articles existent, ils ont dû être placés à la
suite des cinq articles (delà Convention), signés en même temps
et portés aux archives, ou bien ils ont été insérés dans une Dé-
pêche olTicielle indépendante. Nous ne possédons rien de sembla-
bles. De plus, le Prince s'étant adressé à ce sujet à S. E. Li, en
a reçu une lettre |M)rtanl qu'il ne s'est agi que d'une proposition
du Commandant Fournier à S. E. Li, qui n'y U pas consenti. 11
n'y a donc aucune pièce qui nous oblige à nous y conformer.
DKPKClli: hi; TS()L'.N(^-M YAMKN A M. 1)K SKMALLÉ /jOS
Toutes les questions de frontière et de commerce ont été réser-
vées pour des négociations ultérieures et minutieuses entre les
représentants des deux pays, aussi n'cst-on convenu précédem-
ment de rien touchant les territoires occupés par les garnisons
rappelées, non plus que touchant les frontières qui devront être
déterminées. Aussi la Chine atiend-elle que les représentants des
deux puissances soient arrivés à un accord définitif, pour y voir
la conclusion de l'aflaire et la base de la paix.
Quant aux causes du malentendu survenu entre les deux ar-
mées, lors de Taflaircdu aS aux environs de Lang-son, dont vous
nous entretenez, M. le Chargé d'Affaires, les nouvelles, qui nous
sont parvenues à ce sujet, diffèrent. Il est donc impossible quant
à présent, de nous en rendre un compte exact, mais il est par-
faitement évident que ces événements ne sont le résultat d'une
intention, ni de la part des gouvernements chinois et français,
ni de la part des représentants des deux pays. La communication
oflicielle que nous venons de recevoir de vous, M. le Chargé
d'Affaires, témoigne de vos intentions amicales, comme celles de
la Chine et du Gouvernement français, et il est aussi évident que
vous allez être muni des pouvoirs nécessaires pour assurer heu-
reusement la paix et la bonne amitié. Ce n'est pas en ergotant
sur les différences existantes dans le sens d'un ou deux mots des
textes français et chinois que nos deux pays s'appliqueront sincè-
rement a conserver intact cet état de paix et de bonne amitié
établi entre nous ; on n'arrivera à ce résultat que par la loyauté
et par la bonne foi et la loyauté réciproques et permanentes des
hauts fonctionnaires des deux nations tant dans le gouvernement
que dans l'armée. Le Prince et les Ministres sont à cet égard, una-
nimes dans leur manière de voir. En ce qui concerne le retrait sur
les frontières des troupes chinoises du Tong-King, dont vous nous
parlez dans votre dernière dépêche, M. le Chargé d'Affaires,
comme d'une conséquence du traité, notre Yamen a reçu une ré-
ponse de S. E. Li portant « qu'il a dit personnellement à M. le
Commandant Fournier que les troupes chinoises du Yun-Nan
et du Kouang-Si campées séparément dans la région de Lang-so'n
et de Cao-Bang, n'étaient qu'à une très petite distance de la fron-
tière de Chine; qu'elles y étaient campées depuis plus de dix ans
pour la répression du brigandage et qu'elles ne se trouvaient pas
là à cause de la France, ni contre elle, etc., etc. ».
Il importe donc que notre Yamen écrive sans retard à S. E.
Li et aux hauts dignitaires du Yun-Nan et du Rouang-Si pour
f\(]f\ l'aFFAIKK Dt TONC-KING
qu'ils fassent occuper provi soi remont Lang-so'n et Lao-Kav par
les troupes chinoises, en leur interdisant de pénétrer plus avant
et leur enjoignant d'attendre tranquillement que les Représen-
tants des deux pays se soient entendus sur les questions de fron-
tières, après quoi ordre sera donné de se conformer au nouvel
accord.
Nous vous prions, en même temps, de télégraphier aussi aux
troupes françaises pour qu'elles ne marchent pas en avant de fa-
çon que de part et d'autre nos bpns rapports soient garantis.
Si, avant l'arrivée des instructions de notre Yamen, les trou-
pes chinoises et françaises se rencontraient, ou si quelque enga-
gement avait lieu, il ne devrait en aucun cas influer sur ce qui
est stipulé ici.
M. Patenôtre, Ministre de France, est déjà arrivé h Chang-
Haï. Nous vous prions, M, le Chargé d'Aflaires, d'écrire à
M. Patenôtre de venir promplement à Tien-Tsin, où sont ar-
rivés aujourd'hui même, les Commissaires impériaux (chinois
chargés de négocier avec lui.
Telle est la réponse officielle que nous avions à vous faire*.
Les ministres furent prévenus par Sir Robert Hart que
cette note devait produire le plus mauvais effet et pour l'atté-
nuer, ils envoyèrent le soir même une sorte de (X)mmentaire
qui, tout en ne les compromettant pas, était censé repré-
senter le fond de leur pensée. M. de Semallé fit répondre par
l'intermédiaire de sir Robert, qu'en « présence des mauvaises
dispositions du Gouvernement chinois, mal déguisées dans la
lettre officielle à laquelle il pouvait seule attacher de la valeur,
il ne pouvait plus compromettre par aucune démarche, sa
propre responsabilité, pas plus que les graves intérêts dont il
avait été chargé » .
Sir Robert Hart quittait Pé-king le 6 juillet ayant reçu
pour mission de rechercher un accord ave^ M. Patenôtre sur
les bases suivantes :
1° En principe, maintien de la Convention de Tien-Tsin cl
I. Pour traduction conforme, signé : A. Vissikrk.
•> ■— ^ ■■
DÉPÉCIIK DE M. nr SF.MALU^ /ifio
arriver à ce rc'siillal que, provisoireincni los deux textes soient re-
connus comme souscrits et exéculés de bonne loi, et valables
jusqu'au traité définitif.
'j" Abrogation immédiate de ces deux textes et de la Conven-
tion de Tien-Tsin jugée peu claire et insufTisantc, par la conclu-
sion d*un traité immédiat dit déiinitif et qui ne serait qu'une se-
conde (klition de la Convention du 1 1 Mai, puisqu'il laisserait à
régler pour plus tard et sur de bonnes promesses, les questions
de délimitation, douanes, commerce*, etc., etc.
3° Maintien des troupes chinoises au Tong-Ring jusqunu jour
à fixer par celle nouvelle Convention.
Le 6 juillet au soir, le Yamen adressait à M. de Scmallé une
nouvelle dépêche dans laquelle il déclarait que le texte chi-
nois garanti exact par M. Frandin faisait loi pour lui,
qu'aucune pièce oilicielle n'avait été échangée relativement
aux dates d'évacuation ; que la Convention de Tien-Tsin
étant sans valeur jusqu'au traité définitif, il était lu^gent de
réunir les plénipotentiaires, après quoi des deux côtés, on
pourrait retirer les troupes.
Le 6 juillet i88/| à 6 h. 4o du soir, M. Patcnôtrc rece-
vait le télégramme suivant de M. de Semallé :
Un revirement s'est fait à Pé-King. Le Tsoung-li Yamen,
après m'avoir oUicieusemenl fait croire que le rappel immédiat
des troupes serait ordonné le 3 par un décret impérial, répond
aujourd'hui 4 ^ ma note du i*"".
Il a constaté dilTérence entre les textes Français et Chinois;
mais il prétend que les connnissaires les ayant signés, les deux
versions |>euventMre considérées comme équivalentes. Selon lui,
Li Houng-tchang reconnaît que le Commandant Fournier a de-
mandé de fixer des dates |K)ur l'évacuation mais afïirme qu'il a
refusé d'y consentir ; il aurait seulement accordé de faire concen-
trer ses troupes aux environs de la frontière et aucune pièce de
lui n'existerait.
Des ordres viennent d'être donnés de concentrer troupes chi-
noises dans Lang-son et Lao-Kay — Si des engagements se pro-
duisaient de nouveau entre les deux armées, la Chine repousse
toute responsabilité.
CORDIER. II. — 3o
..-- -^
466 L*AFFA1RE DU TOXG-RINfi
Le Tsoung-li Yaineii me j)rie de provoquer des ordres arrêtant
noire marche en avant et de presser l'arrivée de M. Patcnôtre
qui sera attendu à Tien-Tsin par des Conunissaires Impériaux.
On veut y arrêter noire ministre. Le Vice-Roi a dit à M. Fran-
din qu'il serait désigné et assisté de 4 membres du Tsoung-U Ya-
men. En réponse, je prends acte de Taveu du Tsoung-li Yamen
qui reconnaît la non conformité du texte chinois, je cite le texte
de l'accord intervenu pour l'évacuation à dates fixes que j'ai reçu
ce matin par le télégraphe, mais sans préciser qu'il ait été pro-
posé par Li Iloung-tchang parce que M. Frandin affirme cju'il
n'existe qu'une note explicative rédigée par le Commandant
Fournier : je rends le Gouvernement Impérial responsable de tout
nouvel engagement et maintiens ma note du 38 juin. Le télé-
granune deVotre F]\cellencedu 37 sera remis à Li Houng-lchang
qui me parait complice de tout ce qui se passe.
L'amiral Courbet arrivé à Cliang-Haï le 5 juillet ainsi que
l'amiral Lespès cl M. Patenôtre pensaient qu'il fallait bien
se garder de rouvrir les négociations, que la Chine cherchait
à gagner du temps j)Our mettre sa Hotte à Tabri et entraver
l'accès de ses ports, qu'un nouveau délai rendrait les moyens
d'intimidation plus difficiles, qu'il conviendrait de rappeler
immédiatement M. de Semai lé et d'adresser au Gouverne-
ment chinois l'ullimatuni suivant (6 juillet):
I" Reconnaissance formelle par décret inséré dans la Gazette
de Pé-King de toutes les clauses de la Convention Fournier, y
compris évacuation immédiate du Tong-King.
2° Engagement de payer à la France indemnité de 260 mil-
lions ])our violation de la Convention et comme dédommage-
ment frais résultant du maintien de noire corps expéditionnaire.
3"^ Remise immédiate entre nos mains à titre de gages, jusqu'à
paiement complet, des arsenaux de Fou-tchéou et de Nan-Ring,
ainsi que des forts qui en dépendent.
4° Nomination immédiate de plénijx>tcntiaires chargés de si-
gner à Chang-flaï traité déliiiitif sur les hases ci-dessus.
Le Tsoung-li Yamen serait a>orli que si dans un délai de trois
jours nous n'obtenions pas de réponse favorable, M. de Semallé
amènerait son pavillon et que nous prendrions nous-méme les
gages que nous réclamons et d'autres, si nécessaire.
.\
ri.TIMATl M ^iT)-
Le 7 juillet, M. Jules Ferry télégrapliiait à M. Palenôlre
que le Gouvernement avait délibéré sur ses propositions, et
(lisait :
« Le Gouvernement pense aussi qu'il convient de s'assurer
sans retard des garanties et des moyens d'action, mais en évitant
tout ce qui pourrait nous faire attribuer l'initiative d'une rupture.
Il attache le plus grand prix à continuer la politiqne suivie jus-
qu'ici et qui permet d'agir avec vigueur sans qu'il y ait étal de
guerre entre les deux pays. A ce point de vue, le plan que vous
proposiez a du être modifié. Le Ministre de la Marine vient de
prescrire à l'Amiral d'envoyer immédiatement des bAtiments à
Fou-tchéou et à Ki-loung. pour empêcher tous travaux de défense
nouveaux et se tenir prêt h prendre possession des deux jKirts.
L'idée de remonter à Nan-King est écartée. »
Le lo juillet, dans une nouvelle dépêche a M. de Seniallé,
le Tsoung-li Yamen payait d'audace, et cherchait à dégager
sa responsabilité de celle de ses commandants militaires
dans Taffaire de Lang-son :
« Le conflit, disait la note, a été créé par vos troupes régu-
lières, cependant la Chine, pour préserver la paix, est résolue à
ne pas exiger d'indemnité de la France, à ne pas lui demander
compte (de ses actes), et à ne pas s'adresser à elle ofliciellement
quant aux motifs de la canonnade si brusquement ouverte. »
ULTIMATUM, 12 JUILLET l88/i
Le 12 juillet, conformément aux ordres du ministre des
Affaires étrangères, M. de Semallé remettait au Tsoung-li
Yamen Tultimatum suivant :
« Depuis la communication faite, le /j juillet, au Minisire de
(jhinc à Paris, le Gouvernement Français a reçu la preuve (pie
ce sont les troupes chinoises qui ont attaqué les soldats français
envoyés sur la foi du Traité pour occuper Lang-son. Convaincu
(ju'un attentat aussi contraire aux assurances de la Cour de P(î-
King n'est imputable qu'aux manœuvres d'un parti qui cherche
("•
*.**--■— ■ ,'^^" ri:».'~«*sr'
468 i/aFFAIRE du TONG-KING
à troubler les bous rapports tles deux Pays, le Goiiverneinont
français se voit dans l'obligation de réclamer dès à présent des
garanties pour l'exécution loyale des arrangements conclus à
lien-lsin.
Le Ministre de France à (lliang-Haï est chargé, en conséquence,
de demander que l'article a de la Convention du 1 1 Mai soit
inunédialemc^nt exécuté el qu'ini décret im[x'rial publié dans la
Gazette de Pè-Kimj ordomie aux troupes chinoises d'évacuer le
Tong-King sans délai. De plus, il a reçu l'ordre de réclamer,
comme réparation pour la violation du Traité et comme dédom-
magement des frais qu'entraînera le maintien du corps expédi-
tionnaire, une indemnité de deux cent cinquante millions au
moins, dont le règlement sera définitivement arrêté dans les né^
gociations ultérieures. Le Ciouvernement français compte que sur
ces deux points une réponse satisfaisante lui sera faite dans la
semaine qui suivra la remise au Tsoung-li Y amen de la présente
note. Autrement le (îouvernement français serait dans la néces-
sité de s'assurer directement les garanties et les réparations c|ui
lui sont dues.
Le Gouvernement français espère (pie ces décisions seront con-
sidérées comme une nouvelle preuve de .s(»s dis|)ositions amicales
envers la Chine et du ferme es|)oir où il est (pje la Cour de Pé-
ïving saura |)réveuir les complications (pie d(^s cons(»illers impru-
dents cherchent à susciter. C'est dans le même esprit que le Mi-
nistre de France attendra à Cihang-Haï I(?s Plénipotentiaires dé-
légués par le Gouvernement inq)érial pour sui\re les négociations
prévues par l'article 5 du Traité du 1 1 Mai.
Le même jour (12 juillet) M. Paten(*)lro recevait à Chang-
Haï la visite de sir Robert Hart :
Il m'a remis, (Ut notre ministre, une note r(kligée par lui
dont le ton diffère absobunenl des communications adressées à
M. de Semallé. L'alfaire de Lang-so'n est repr(»sentée comme un
déplorable malentendu : le gou\ernement chinois en exprime ses
regrets et proteste de son désir de donner plein elfcl à la Con-
vention.
J'ai répondu (jue le Tsoung-li \amen était mal venu de plai-
der aujourd'hui les circonstances atténuantes après avoir par ses
précédentes déclarations assumé toute la responsabilité des der-
niers événements. J'ai ajouté que la Cour de IV-Ring était déjà
DKPÈGUK T)i; TSOl N(;-IJ YAMKN V M. I)K SKMALLÉ \Gi)
saisie (11111 iiltiniatiun coik^mi (mi Icrnios In's courtois, mais sur
le sens duquol clic ne devait pas se méprendre et (pic nous étions
absolument résolus, si nous n'oblenions pas salisfaclion sur tous
les points a employer la force.
Je vous supplie de ne pas démentir à Paris le langage que je
tiens à Chang-Haï : les mesures >iolentes seront d'autant moins
nécessaires qu'on doutera moins de notre volonté arrêtée d'\ re-
courir au bcîsoin.
Le Y<imen ivpondait à riiltimatuni :
DÉPÊCHE DU TSOUISG-LI Y AMEN A M. DE SEMALLÉ,
• l3 JUILLET 1884
21' jour de la 5* lune intercalaire de la 10'' année Kouang-
Siu (i3 juillet 1884).
COMMUNICATION OFFICIELLE
Le QO de la 5** lune intercalaire (ta juillet 188/1) nous avons
reçu, M. le Chargé d'AIFaires, la note dans laquelle vous nous
priez de nous donner, par une réponse, notre acceptation a vos
deux demandes relatives h Tévacuation et au paiement d'une
indemnité.
L'avis du Prince est que la stipulation de la Convention som-
maire conclue à Tien-Tsin, qui se rapporte au rappel de nos
garnisons, se trou\e contenue dans l'article II de ladite Conven-
tion et que si la France, s'en tenant à cet article veut que la
Chine ait déjà retiré ses troupes, il pourra présenter un rapport à
la Cour pour obtenir, conformément à notre précédente dépèche,
que l'évacuation soit termincîe après un mois, Il pourra deman-
der aussi que des ordres précis, donnés par décret à ce sujet,
soient publi(^ par tout rEmpire, comme une preuve certaine de
nos bons rapports.
La Chine ajant mis à exécution l'Art. II de la Convention
sommaire, il convient naturellement (pie la France, de son côté,
observe l'Art. 111 de la même Con veut ion. — Cependant vous
insistiez de nouveau, M. leChargé d'Alfaires. dans votre dernière
(ommunication, sur le 'paiement d'une indemnité, ce qui est
contraire à la Convention en ciiuj articles de Tien-Tsin, et ce qui
non seulement porte une atteinte aux devoirs de concorde entre
nos deux pays, mais encore est uneonense au droit international.
/j-jo i/affairk m: TONG-Ktx;
Nous vous Taisons donc cet le réponse ollicielle, M. le Chargé
d'Affaires, pour vous prier de déclarer à noire Yamen, si la
France se bornera à attendre le retrait des troupes chinoises,
à discuter ensuite le traité définitif et à considérer comme nulle
sa demande d'indemnité, pour que nous puissions agir en con-
séquence.
Si vous persistez à réclamer cette indemnité vous serez ma-
nifestement en désaccord avec le 3' article de la Convention de
Tien-Tsin, et vous retarderez encore, d'une façon bien regret-
table, la conclusion du traité définitif.
Vous nous parlez, dans votre dépèche, de prendre directement
vous-mêmes gaijes et indemnité. Ce serait une dérogation encore
plus grande aux traités. — La Chine devrait alors faire connaî-
tre à toutes les Puissances, qui ont avec elles de^ traités, tout
l'historique détaillé de la question annamite et les raisons qu'a la
Chine pour se refuser absohnnenl à payer des frais de guerre in-
justifiables. D'après les règles admises dans les pays occidentaux
nous ferons de cette demande d'indemnité (la matière d'un « Pro-
test») un p'ou-Fou Caisse-to (anglais Prolest^, attendant pour la
discuter une autre époque.
Puiscpie votre désir et votre but, M. le Chargé d'AITaires, sont
l'afîermissement et le respect de nos bonnes relations, nous vous
prions d'informer de tout ce qui précède, par la voie télégraphi-
que, \otre Couvernement. de nous répondre aujourd'hui-nième,
et aussi de presser rarri\ée h Tien-Tsin de S. E. M. Palenôlre.
pour y nég<x'ier le traité définitif. Ainsi seront démontrées notre
bonne foi et notre lovauté, et s'affermiront nos relations amicales.
Tout ceci est conforme aux principes du droit international et
à toutes ses exigences, notre \amen n'a été nullement influencé
par les conseils de qui que ce fût *.
La Chine ofîrait donc de donner satisfaction à la partie de
nos demandes qui concernait Toccupation, et elle se bornait
à ajouter « que si nous prenions des garanties, elle proleste-
rait auprès de toutes les puissances. »
Il n'était donc pas question pour elle de repondre par la
force.
I. Pour traduction conforme, signé : A. Vissière.
LK ÏS()LN(;-LI YAMI.N V M. DK SKMMXK /i" I
Le décret iuipérial suivant nous donnait satisfaction sur la
première partie de nos^ demandes, puisqu'il ordonnait le
retrait des troupes chinoises du Tong-King :
LE TSOUNG-Ll YAMEN A M. DE SEMALLÉ
Le 34* jour de la 5* lune intercalaire de la lo*^ année Kouang-
Siu (16 juillet i884).
COMMUNICATION OFFICIELLE
Le 34* jonr de la W lune intercalaire de la 10*^ année Kouang-
Siu (16 juillet 1884)» le Grand Secrétariat d*Ltata reçu le décret
impérial suivant :
« Dans le 5*^ article de la Convention sommaire, conclue à
« Ticn-ïsin pendant la 4** lune, par Li IIoung-Tclianget M. Four-
a nier, il a été stipulé que Xon s'enlendrail en détail, trois mois
« plus tardy sur tous les points de ladite convention. Ce délai étant
« prêt d'expirer, il importe de mettre dès à présent à exécution
« le passage de l'Art. II relatif au retrait sur nos frontières de
« toutes nos garnisons du Tong-King. Nous ordonnons en con-
te séquence à Ts'éng Yù-ying et à P'an ïing-sin de retirer toutes
« leurs garnisons de Lao-kay et de Lang-son et de les faire ren-
« trcr pour les y cantonner en deçà des déûlés du Yun-Nan et
« du Rouang-Si. — Cette évacuation devra être complètement
a terminée dans l'espace d'un mois, pour bien montrer notre
« bonne foi. »
« Respect à ceci. »
Il convenait de vous donner respectueusement copie du Dé-
cret Impérial ci-dessus, par la pressente communication otTicielle;
nous vous prions, en même temps, M. le Chargé d'AU'aires, de
vouloir bien en transmettre la teneur à S. E. M. Palcnôlre, et
de la télégraphier au ministère français des AlTaires étrangères*.
La veille (i5 juillet), M. Jules Ferry télégraphiait à
M. Patcnôtre :
« Je pense aussi qu'il convient quant à présent de maintenir
strictement l'ultimatum. »
I. Pour traduction conforme, signé : A. Vissiere.
-. -1 ' ■! -.^^.5.^^ ^l^-WJC»]
/j-yg i/afkairk du to.\(;-ring
De son côté, M. Patenôtre faisait répondre par M. de
Semallé au Yamen, le 18 juillet :
a Le Gouvernement français s'en tient strictement à ses dé-
clarations récentes et ne peut rien changer aux termes de la Note
que la Légation de France en Chine a fait remettre à Son Al-
tesse le 12 de ce mois avant midi. »
Le 19 juillet, un décret impérial désignait « le vice-roi des
Deux Kiang, Ts'èng Kouo-ts'iuan, muni de pleins pouvoirs,
pour se rendre en toute diligence à Chang-Haï et y traiter
avec le représentant de la France la question du traité défi-
nitif ».
Le Yamen demandait que le délai fixé par l'ultimatum fût
prolongé de i5 jours, à partir du 20 juillet; il annonçait en
même temps qu^il envoyait une circulaire a tous les représen-
tants étrangers à Pé-King, dont il réclamait les bons offices,
et qu'il avertissait que le devoir des Puissances « était d'*après
les lois internationales de nous refuser armes, munitions,
vivres, approvisionnements de toute sorte ».
Ce ne fut pas M. Young, ministre américain, qui prit
rinitiativc de propositions de médiation, mais bien le gou-
vernement chinois qui, le 19 juillet i884, s'appuyant sur le
premier article du traité américain de Tien-ïsin, réclama les
bons olîices des États-Unis; le 23, M. John Kussell Young
répondit au Yamen que dès qu'il avait reçu sa dépêche, il
avait télégraphié au Président des États-Unis dont il atten-
dait la réponse.
La France consentait à prolonger le délai qui expirait le
19 juillet et à se rencontrer avec le vice-roi de Nan-King.
De Pé-King, les nouvelles qui arrivaient à M. Patenoli*e
étaient contradictoires. Le 23 juillet, M. de Semallé lui télégra-
phiait: « L'état des choses est fort grave. LeTsoung-li Yamen
est soutenu contre nous, et selon l'expression de ïso, ne se
tiendra pour satisfait que si nous évacuons Saïgon I »
Le 24 au contraire, télégramme ofticiel annonçant à
M. Patenôtre « que le vice-roi de Nan-King a de pleins pou-
voir^ [K)ur faire un traité définitif, qu'il a également des pou-
voirs pour discuter ïc reste afin qu'on puisse tout régler à la
fois ».
M. Jules Ferry se faisait de bien grandes illusions sur les
intentions des Chinois. Le 25 juillet i88/|, il adressait à
M. Patenôtre un avant-projet de convention commerciale en
quatre articles pour compléter et arrêter d'une manière défi-
nitive le traité deTien-Tsin du ii mai 188/4, et être présenté
au vice-roi de Nan-King quand la question d'indemnité serait
résolue.
Les conférences pour le règlement de Pindenmité s'ouvri-
rent le 28 juillet avec Tseng Kouo-ts'iuan, \ice-roi de Nan-
king, commissaire impérial des ports du Sud, du parti
de Li lloung-tchang, c'est-a-dire modéré, Tch'en Pao-tcli'en,
commissaire impérial chargé de la défense des ports du Sud,
partisan de Tso, c'est-à-dire ennemi des étrangers ainsi que le
troisième plénipotentiaire Siu King-tcireng, désigné comme
successeur du marquis Ts'êng à Paris; M. Patenôtre était
assisté par M. Lemaire, consul général de France à Chang-
Haï et M. A. Vissière, premier interprète à Pé-King. Il était
difficile de nous entendre. Les Chinois étaient convaincus que
l'on prolongerait encore le délai deTultimatum du 12 juillet;
« par esprit de conciliation » ; ils nous oflVaient une indem-
nité de cinq cent mille taëls, soit environ 3 millions et demi
de francs, à titre de secours pour les victimes de Lang-son !
Les pléni[)otentiaircs chinois furent d'ailleurs blâmés de cette
olfre par un décret secret qui fut publié le 7 août dans le Xorth-
C/iina Daily News. Pour les Chinois, immédiatement signi-
fiait « immédiatement après la conchision du traité définitif».
M. Patenôtre désirait un projet de convention; au lieu de
répondre à sa demande, le vice- roi de Nan-King lui remit le
29 juillet un long mémorandum, plein des redites des docu-
47^ i/affaire du TO\(;-KiNr.
menls précédents. M. Patenôlre, le 3o juillet, déclina les
offres inacceptables du vice-roi de Nan-King. Sir Robert
Hart, le Tao-taï de Chang-Haï et Lo Foung-lo, arrivé de Tien-
Tsin continuaient leurs bons offices. Le 3i juillet, jour où
expiraient les derniers délais de Tultimalum, les bâtiments
de la China Merchanls' Steam Navigation Co., furent trans-
férés au pavillon américain (maison Russell & C"), pour la
somme de Taëls 5 aSo ooo.
Le 2 août, M. Patenôtre avisait les plénipotentiaires chinois
Ts'eng Kouo-tsiuan, Tch'ên Pao-tch'ên et Siu King-tch'eng,
que les délais de Tultimatum étant expirés, nous reprenions
notre liberté d'action; les plénipotentiaires répondirent le
lendemain 3 août (i3 de la 6° lune de la lo*' année Kouang-
Siu) par une lettre sans grand intérêt d'ailleurs.
BOMBARDEMEÎiT DE KI-LOUNG (5 AOUT l884)
Ce même jour (3 août), le contre-amiral Lespès quittait
le mouillage de la rivière Min avec le Lutin, puis avec le
La Galissonnicre et le Bayard rejoignit le Villars devant Ki-
loung; ce port avait été mis en état de défense depuis qu'ail
avait été visité par le Volta en avril; le 5, au matin, à 8 heures,
une sommation, faite la veille, par Tamiral au général chi-
nois, commandant la place, de livrer ses défenses, étant res-
tée sans réponse, le feu fut ouvert : les obus mirent en
fuite les réguliers chinois, et le matériel des forts fut
détruit avec du fulmi-coton. Le 6, Tamiral ayant fait une
tentative d'occupation avec des forces insuffisantes, perdit
deux tués et onze blessés ^ Les défenses de la 'rade étant
détruites, Tamiral reprit le blocus. L'échec de la compagnie
de débarquement fut malheureux, car il permit au chef
I. L'expédition française de Formose, i884-i885, par le capitaine
Garnot, du 3i« d'infanterie. Paris, Delagrave, 18941 in-8.
chinois Lieou Ming-triroiian * de dire qu'il avait marclié à
la rencontre des étrangers et qu'il avait remporté la victoire
sur-le-champ.
Ce succès relatif n'ouvrit pas les yeux aux Chinois dont le
gouvernement déclara que : « Une action militaire pendant
des négociations, sans déclaration préalable, est un fait sans
précédent. Le Gouvernement chinois en appelle à toutes les
puissances. »
DÉPÊCHE TÉLÉGRAPHIQUE, Q AOUT l88/|
Chaiig-Haï. le 9 août 188/1, 5 h. 4o s.
M. de Somalie a reçu de 8 août du Tsoung-li Yamon une
longue dépêche qui peut se résumer ainsi : « La Chine ne
« peut consentir sur une simple menace à payer indemnité et
« s'en tient à ses précédentes déclarations. 1/abus de la force
« pourrait la contraindre h paver une rançon, mais dans l'avc-
« nir nous ne rencontrerions chez elle que mauvaise volonté.
« La médiation américaine demeure la meilleure solution ; si
« nous la refusons, c'est que nous craignons la décision des
c< arbitres. »
M. de Semallé ajoute qu'une tentative oilicieuse a été faite au-
près de lui pour lui faire comprendre que tant que nous n'aurions
pas pris un gage, on ne pourra rien nous céder mais que l'on
n'attend (pie cela pour nous accorder indemnité jusque là sans
motif, elle serait alors considérée comme rachat du gage pris.'
M. Hart, dit M. Palenôtre, m'a montré un télégramme de
Paris où on lui fait savoir que la France se contentera de 5o
millions. J'ai répondu que cette olTre aurait peut-être été acceptée
si elle nous eût été faite antérieurement, mais qu'il est trop tard
aujourd'hui et que le cliitTre de 80 millions sera maintenu.
I. Du iS'ganhouci; commandant on chef au Tché-li. 188 1 ; comman-
dant militaire do Formosc, juin 188/4; gouverneur du Fou-Kien, juin
1884 ; gouverneur de Formosc, i885; membre du conseil de lamirauté,
avril 1890; retraite à cause de sa mauvaise santé, mai 1891 ; mort mars
1896.
476
Le 19 août, à 1 licurc, M. do Semalli- rcmellait au Tsoung-
li Yanien riitlimalum suivant donl les leriiics avaient été
arréliîs à Paris :
liC Goiivrrncnieiit de la Képiibliqiic fraiiçaiso ayant étû inviltî
(«r le vole des dcu\ Cliambres du Parlement » prendre toutes
les mi*sures nécessnin-s|)nur l'aire respecter le traité de Tien-ïsin.
le licomte de Seiiiiillé a Dinitiieur de faire sa^^i^, d'ordre de
son (ioiivernemedl, à Scm .Vitesse ie Président et à Leurs Excel-
lences MM. lea Ministres du tJonseil des VITiiires filraupèrcs. que
le cliiffre de riiidemnilé, ritluniée par tn Krance, a été niduit à
raison de la première snlisraclion (|iii résulte de la publiralion
du décret im|>érial du 10 juillel. à In somme de quatre-vingts
millions de Trancs (lavables en dix ans, niais que si, dans un
délai de quarante-huit heures, h dater de la présente nottfiealiuii,
il n'a pas été fait droit à cetic demande, le sonssî^cié a l'ordre de
quitter Pé-King et l'amirul ("ourliet prendra immédiat*^' ment
toutes les dispositions qui lui [hiraitront utiles pour assurer au
Gouvernement l'rnni,'ais les réparations auxquelles il a droit.
La veille (18 août). In \amcn avait adressé une nouvelle
noie aux Légations étrangères dwlarant que c'était ta France
qui romiNiit la paix nialf:i-é les cITorts de la Chine pour ta
conserver.
Le 3o de la 6* lune de la 10" annét; kouang-Siu
(le 30 août i884)
I^ 39 de cetle lune (iq hoûI). nous avons reçu. M. le Cbargé
d'.MTaires. la Dépéclie (|uc vous a\e/ bien voulu noiis écrire.
.'Vprès l'atlaquc de Ki-I(>unij jiar la France, vous nous dites que
dans quarante-huit heures, ù dater de la remise de votre der-
nière communication, l'amiral Courhct prendra sans retard toutes
LE T'^Ol N{.-LT YAMF.N A M. DR Sr.MVLLK /j-J-J
les mesures de rigueur qui lui paraîtront ncVossaires. C'est nietlrc
en opposition votrcî langage avec vos acies, \otre Yainen vous
l*a déjà neliemenl déclaré dans sa dépécli(; du 37 (17 Aoùl). Si
le Parlement Français estime que la Convention de Tien-Tsin
doit absolument être observée, il n'a, par ce fait même, aucun
droit à réclamer une indemnité.
La France, aujourd'hui, sans égard pour la paix, ne parle plus
que de l'indemnité. Mais à qui donc alors, je vous prie, la Chine
devra-t-ellc aussi demander une indemnité pour l'aflaire de Ki-
loiing ?
En résumé, votre pays a poursuivi, d'une part, des négocia-
tions, tandis que, de l'autre, il a suscité un conflit armé. Il
s'est mis ainsi en dehors de la raison et du droit des gens.
Nous vous prions encore (Von faire part à S. K. M. Patenotre
et de télégraphier ce qui précède à \ otre (îouvernement, pour
qu'il apprécie avec impartialité'.
Le délai fixé par rultimatum expirait le 2 1 à midi ; à la
date fixée, le Yamen envoyait, avec les passeports, la dépêche
suivante à M. de Sema lié :
Le i""jour de la 7* lune de la lo** année Kouang-Siu (ai août
1884).
Le Prince Yi, etc., etc., et les Membres du Conseil Impérial
des Affaires Etrangères de Chine Yen, Fou, K'ouën, etc.
Font en termes bienveillants '^ la Réponse officielle suivante :
Le 39 de la 6* lune (19 août) nous avons reçu la communica-
tion oflicielle dans laquelle vous nous dites, M. le Chargé d'Af-
faires, que « Si la Chine considère qu'il n'y ait pas lieu de ré-
pondre à votre lettre en termes bienveillants, vous nous priez de
vous délivrer un passeport, qui vous permette de vous rendre à
fil • ray •
lien-lsm. »
En songeant aux longues années pendant lesquelles voire pays
a entretenu avec la Chine des relations de concorde et de bonne
I. Pour traduction conforme, sig. A. Yissikrf.
a. Celle formule, tout à fait inusitée, pro\ici)l de ce que le traducteur
chinois du Yanien avait mal rendu un passage de la note de M. de Se-
mallé, en date du 19 août. — Sa version |»orie, en elTel, en chinois.,
« une réponse en termes bienveillants », au lieu d'une « réponse
fa\'ornhle » uientioimée dans roriginal français.
"»*■■ ■ ■,-^- £.'»---
/j'jS l'affairk du tong-king
amilié, que le moindre fétu n'est jamais venu troubler, et aussi
a la façon pacifique, dont vous vous êtes acquitté de vos fonctions,
et qui a surtout inspiré à notre Yamen, une profonde estime
pour vous, M. le Charge d'Affaires, le Prince a ressenti un vif
regret, lorsque Votre Dépèche lui a été remise.
En effet, la Chine a fait tout ce qu'elle devait faire touchant les
relations actuelles entre la Chine et la France, et la question
annamite, quand elle a rendu un décret ordonnant le rappel de
ses garnisons.
Si Ton fait abstraction des négociations à intervenir pour la
conclusion du traité détaillé, la Chine u*a plus — si Ton tient
compte du droit, et de la conduite observée juscju'ici par nos
deux grandes nations dans leurs affaires communes, — matière
à discussion.
Si vous nous parlez de Tindemnité, la Chine [X)ssède la preuve
qu'elle n'a en aucune façon, violé la convention. Elle n'a donc
pas à payer, et son refus n'est pas dicté par l'avarice. Nous vous
l'avons nettement dit, à maintes reprises; il est inutile d'y re-
venir. Mais au milieu des regrets que nous cause votre départ,
nous ne pouvons nous dispenser de vous exposer sans détour, le
fond de notre pensée.
Dans cette question (de l'indemnité), il y a un égal déshon-
neur pour celui de nos deux grands pays qui doit donner et pour
celui qui doit recevoir. La Chine ne voulant pas porter une sem-
blable atteinte à son honneur, n'a pas voulu non plus oiTenser
l'honneur de la France en disant que Votre Gouvernement, dans
la guerre (ju'il fait à la Chine, n'avait en vue qu'une somme
d'argent. Nous vous prions de vous en rendre compte, M. le
Chargé d'Affaires.
Nous vous serons obligés également de vouloir bien en faire
part à votre gouvernement ainsi qu'à tous les Ministres accrédités
en Chine, pour qu'ils comprennent bien notre pensée.
Telle est la façon dont nous ré|x>ndons en termes bienveillants,
à vos communications.
Quant au passeport que vous nous avez demandé, M. le Chargé
d'Affaires , dans votre dépèche et votre lettre , nous n'avons
pu'que le faire préparer, suivant votre désir, et nous vous l'a-
dressons ci-joint*.
I. Pour traduction conforme, sign. : A. Vissi^ire.
LE TSOL.NG-LT YAMf:N A M. DK SF.MALLK li'jC)
M. de Semallé quittait Pé-King, j)our Chang-Haï, empor-
tant les archives de Ja légation et confiant au ministre de
Russie la protection de nos nationaux. M. Ristelhueber res-
tait à Tien-Tsin.
CHAFIThE XXIV
L'AFFAIRE DD TONG-KING (Smif-). - H. PATENOTRE A HOÉ
TRISF, I>E So'n-TAÏ, i6 nJXEMBRE l883
hf rS seplembre i883', le gniùral Boiiet, à la suilc d'un
désacconl avpc In commissaire civil, rontrail en France lais-
sniil pnivi soi remet! l le command(?iiient supérieur des trouix-s
iiu Tnng-king, au colonel Bicliot*, qui prit le lieutenant-
colonel Badens comme chef d'élat-major. Le colonel Bichot
s'empara de Mnli-binh, et Kamiral Cotirbct de Quang-jen
(ati nov.) près de la nier. Le 2Ô octobre, sur l'ordre du g'ou-
veriiement. l'amiral Courbet prenait le commandement effec-
tir du corp^i expéditionnaire an Tong-King, et la situation
du coniniissairc étant par suite modifiée, M. Harmand
demanda à rentrer en France (20 octobre); il y fut autorisé
le 1*' déccnibi-e, et il quitta le Tong-King le a/i, laissant
la direction des aiïairesciviles A M. Silveslre, administrateur
des aflaires indigènes.
L'nniird! Courliet ayant ameentn; ses forces et soigneuse-
ment pn'paré l'oDensive, quittait lla-nol le it dt^embre; le
t4. il attaquait les forts de l'hu sa el les enlevait le t5; et
après un assaut meurtrier, le i(î, dans la soirée, il entrait
dans la place forte de So'n taj, principal remiKirt de la
1 Affiiire ilii Tniikin. - Ej-pos<
i de la situation. Octobre i883.
Piri», )mi>. nat., l883. in-M.
3. ^t k .\rr(s. le a() octobre l835 :
promu général de brigade, le 3 jan-
lier im\. a^Thi U prise Jv So'iilav.
MISSION I)i: M. TUICOl '|8|
résistance des Pavillons Noirs, dont le chef, Lieoii ^en l'ou,
fui l)lessé*. La baisse des eaux enipèclia l'amiral de marcher
immédiatemenl sur lIoun<jf-hoa. La prise de So'n lay est
certainement le plus brillant et le plus sérieux fait d'armes
de toute notre campagne au Tong-King ; les succès qui ont
suivi n'ont été que la conséquence de la capture de cette
ville et des préparatifs faits par Tamiral Courbet dans le but
d'en tirer tous les avant<ages qui devaient en résulter.
ÎITSSION DE M. TRICOU. MORT DE HIEP-HOA.-K'lÊN-PnU Vc
\vant de rentrer en Europe, M. Tricou, malgré son état
de santé, fut chargé d'une mission à Hué pour appuyer
notre résident, M. de ChamjK»aux, et faire accepter définiti-
vement notre traité de protectorat. So'n-tay était entre nos
mains depuis le i6 décembre i883. M. Jules Ferry lui télé-
graphiait le 1/4 décembre i883 :
Après avoir vu T Amiral Courbet et vous être exactement ren-
scîigiié sur sa situation et ses intentions, veuillez nie télégraphier.
Vous partirez ensuite le plus tùt possible |X)ur Ilué où l'assassi-
nat du Roi peut nous créer de nouveaux dangers. Le résident a
re<;u instructions de faire accepter par tous les moyens possibles,
même par menace d'occupation le traité par le nouveau Roi.
L'adhésion aux bases du traité nous suffîrait, car nous avons l'in-
tention d'en remanier les détails et d'en adoucir les rigueurs.
Voyez ce qui aura été fait, donnez conseils au besoin et rensei-
gnez-moi.
Arrivé à Thuan-an le 27 décembre, M. Tricou remonta aus-
sitôt à Hué. La situation était diflicile ; suivant les termes du
traité, M. de Champeaux avait insisté pour être reçu en audience
par le roi ; après des délais nombreux causés par les manda-
I. Les Chinois perdirent un millier d'hommes; nous eûmes 08 tués
et a49 blessés le i4 ; i5 tués cl 70 blessés le 16 ; dont 4 oflicicrs tués et
33 blessés.
COKDIF.K. H. — 3i
/|^1I l'aFFAIHE du TONCi-KlNC;
rins, Hiep-hoa se décida à recevoir notre résident en
audience le 27 novembre; le lendemain matin, on le trouva
dans son lit, mort empoisonné. On avait profite de la len-
teur de l'action du poison, pour faire signer au malheureux
roi, un acte d'abdication par lequel il se déclarait indigne
de vivre, et désignait son successeur Tai-phu. La Régence
essaya de faire partir M. de Champeaux (jui répondit à
cette tentative en faisant >enir cent hommes de Thuan-an.
iNguyèn van Thu'o'ng fit choix pour remplacer Hiep-hoa
d'un enfant, Tai-phu, neveu de Tu-Duc, qui prit le nom de
règne de K'iên-phu'o'c. Apres une première entrevue avec
M. Tricou, Thu'o'ng, vaincu par la fermeté de notre
ministre, venait lui remettre en audience solennelle, le
1*"" janvier 188/1, la déclaration suivante, re>élue du sceau
royal :
Sa Majesté le Roi de rAnnani et son Gouvernement déclarent
solennellement, par le présent acte, donner leur adhésion pleine
et entière au traité du 25 août i883, s'en remettant au bon vou-
loir du Gouvcrncnicnt de la République quant aux adoucisse-
ments qui pourraient y être ultérieurement introduits.
Le texte français seul fera foi.
Fait au Palais royal à Hué, le ï*"" janvier 1884.
Le sceau royal a été apposé sur la présente déclaration.
Le 5 janvier i884, M. Tricou fut reçu en audience solen-
nelle par le nouveau roi. Sa mission était terminée, puisque le
traité était reconnu ; notre agent avait seulement promis de
recommander quelques adoucissements avant que le traité ne
fût ratifié ; ils furent en effet accordés lors des négociations
avec M. Patenôlre, comme on le verra phis loin. M. Tricou
s'embarqua pour l'Europe le i3 janvier.
BAC-NINU (12 MARS l884) ET HOUNG-UOA (l2 AVRU. l884)
Toutefois, il ne fallait pas se faire d'illusions la sur situa-
tion au Tong-King ; la juiso, de Si>"n-ljiy avdil porlé un coup
lerribip, sinon mortel, .'i la puissancisdos Pavillons Noirs, mais
[)our achever la conqiifite, nos forces étaient insullisantcs:
aussi envoya-t-on une brigade tlo renfort avec deux batteries
d'artillerie, un détachement |)our le service du parc, une
compagnie du génie, un détachement du train, des aérosliers
et des lélégrapbistes qui s'embarqueront du 1 1 au 20 janvier
1884 sur VAnnamile. le Saint-Germain, le Poitou, la
Sarthp et le Skamrock. Le ministre de la guerre jugea que
cette petite armée ne i>ouvait être conmiandée par un marin,
mémo victorieux conmie Courbet, cl le général de division
Millot', avec les généraux de brigade lirière de Tlsle' et de
I. Millot. Charles-Théodore, né le a8 juin 1S19; général de brigade,
itjljo; do division. 1883.
■j Né /| juin 1837. i It Pointo-à- Pitre, Martinique.
484 i/affairk nu tong-ktng
Négrier*, fut placé à s<i tète. Le 12 lévrier, Tamiral Cour-
bet, arrêté en plein succès, remettait le commandement au
généra] Millot et reprenait la direclion de son escadre.
Notre but n'étant pas de faire une fois de plus Thistoire mili-
taire de notre occupation du Tong-King, nous dirons seulement
que la seconde, conmie force, des villes du Delta, Bac-ninh,
point stratégique de premier ordre, qui commande la roule
d'An-nam en Chine par Lang-s'on, tombait entre nos mains
le 12 mars i884 ; l*" général Millot pourchassait l'ennemi
sur la route de Lang-s'on, tandis que le général Brîère de
risle s'emparait de Thaï-nguyen, le 19 mars. Leur habile
mouvement tournant amenait l'évacuation de Houng-hoa
que nos troupes occupaient après avoir franchi la rivière
Noire (12 avril). Tuyen-Quan (i" juin) tomba également en
notre possession.
Nous avons vu Taccueil que fit le gouvernement chinois à
ces nouvelles*; deux olîiciers Tclfên Té-Kouei et Tang Min-
hUuen responsables de la perte de lîac-ninh furent exécutés
le 26 mai, en présence des troupes intijérialcs*. Plus tard,
un décret imj)érial du 28 janvier i885 condamna T'ang-
Kiong, gouverneur du ^un-Nan, et Siu Yen-sin, gouver-
neur du Kouang-Si, à être décapités, le premier pour être
« rentré dans sa province, de sa propre initiative et sans
attendre des ordres, ce qui a semé l'indiscipline et la négli-
gence dans l'esprit des soldats » , le second « parce que la plus
grande indiscipline régnait parmi ses troupes. Il employa en
outre des hommes dénués de toute valeur, qui ne surent que
fuir les uns après les autres et laisser échapper, par leur
faute, tous les avantages que possédaient nos armées ».
L'œuvre de Courbet était complétée et Tère des grandes
1. Né à Belfort, le 3 octobre iSSq.
2. Voir p. 4i8 et 42a.
3. Voir la Gazette manuscrite de Pé~King du ^3 septembre 1884. -^
Voir aussi p. 427-
INSTHl CTIONS DK M. PATKNÔTRE 485
opérations militaires scMiihlait être passée. On pensa qu'il
était pent-êlrc politique d'user d'indulgence à Tégard des
Annamites. C'était une grande erreur ; révénement Ta
prouvé.
INSTRUCTIONS DE M. PATEXOTRK, 23 AVRIL l88/|
A la fin du mois d\ivril, M. Patenolre qui avait été
nonuné envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire
a Pé King, le 12 septembre i883 à la place de M. liourée,
fut chargé d'une mission à Hué pour y assurer Texercice
de notre protectorat ; il devait se rendre ensuite au Tong-King
et attendre des instructions au sujet de la Chine.
Lorsque vous avez été appelé par la confiance du Gouverne-
ment de la République aux fonctions de Ministre de France en
Chine, Fintenlion du Département des AlTaires Étrangères était
de vous envoyer sans relard prendre possession de votre poste.
Les événements qui se sont déroulés au Tong-King et l'attitude
que le Gouvernemonldu Céleste Empire a cru devoir adopter dans
les derniers mois de Tannée dernière, n'ont pas permis de donner
suite à ce projet, et j'ai dCi vous inviter à surseoira votre départ.
Aujourd'hui, malgré certains symptômes de dispositions plus
conciliantes de sa part, la Chine n'a pas encore manifesté sesdis-
[K)sitions paciGques d'une manière assez claire, pour qu*il soit
|H)ssible d'apprécier si votre présence à Pé-King pourrait avoir
un résultat utile. En Annam, au contraire, les choses viennent
de prendre une nouvelle face. Depuis la prise de Bac-ninh et de
lloung-hoa, le Del ta du Fleuve Houge se trouve en notre possession,
la dispersion des Pavillons Noirs et des contingents chinois a
clos la période des opérations militaires proprement dites, et notre
action sur le Tong-King tout entier ne rencontrera plus d'obstacles
sérieux. Dans cet état de choses, il me parait utile que nous
réglions définitivement entre la France et TAnnam les nouveaux
rapports créés par ces derniers événements, sans nous préoccuper,
quant à présent, de l'Empire chinois.
En même temps, M. Jules Ferry télégraphiait (20 avril
188^) à Pé King, à M. de Semallé :
M. Patenôtre s*embarque demain pour Hué, où il va conclure
480 r/AFFAlRE DL TONG-KING
les arrangements nécessaires pour organiser définilivement notre
prolcclorai. Sa mission n'a pas d'autre objet. Sans en faire l'objet
d'une communication officielle, ni écrite, ni orale, arrangez-
vous pour faire savoir que notre ministre ne se rendra pas à Pé-
King avant que le Gouvernement chinois ait manifesté la volonté
de terminer le dîflercnd relatif à l'Annam par un arrangement
comprenant : i° garantie réciproque des frontières des deux
pays; 3° une indemnité pour la France. Faites savoir aussi que
le Marquis ïs'èng a rendu par son attitude personnelle et ses pro-
cédés contraires aux usages diplomatiques tous rapports impos-
sibles entre lui et le gouvernement français.
Le traité imposé par M. Harmand n'avait qu'un caractère
considéré, à tort, comme provisoire; le rattachement de la
province de Binh-thuan froissait Tamour-propre des Anna-
mites*; il faliait adoucir les rigueurs de ce premier traita par un
nouvel acte définitif. Après que le traité serait signé, M. Pate-
nôtre aurait à procéder » l'installation officielle de la résidence
générale du Gouvernement français, avec M. Rheinart à sa tête,
sans attendre l'échange des ratifications ; ensuite, il pourrait se
rendre au Ïong-King pour se rendre compte de la situation,
et si les circonstances le permettaient, il irait après à Pé-
King pour régler définitivement le différend franco-chinois.
M. Patcnôtrc était en route lors de la signature de la conven-
tion Fournier qu'il apprit en arrivant au cap Saint- Jacques.
Le nouveau traité qu'apportait M. Patenôtre contenait trop
d'adoucissements, pour que le Régent Thu'o'ng, après avoir
demandé quelques modifications, n'acceptât pas de le signer.
Le Président de la république française.
Sur la proposition du président du conseil, ministre des af-
faires étrangères.
Décrète :
Art. i'''. — Le Sénat et la Chambre des députés ayant ap-
prouvé le traité conclu à Hué, le 6 juin i884, entre la Répu-
bfique française et le royaume d'Annam, et les ratifications de
riiMTK i)K m K /187
cet aclc avant élé t'chan":(Vs à Ilué, le aS février 1886, ledit
traité, dont la teneur suit, recevra sa pleine et entière exécution.
TRAITÉ DE nUÉ (pATENÔTRe), 6 JUIN i884
Le gouvernement de la République française et celui de Sa
Majesté leroid*Annam, voulant empêcher à jamais le renouvelle-
ment des dilTicultés qui se sont produites récemment, et désireux
de resserrer leurs relations d'amitié et de bon voisinage, ont ré-
solu de conclure une convention à cet eiTet. et ont nommé pour
leurs plénipotentiaires, savoir:
Le Président de la République française :
M. Jules Pateîcôtrk. envoyé extraordinaire et ministre pléni-
potentiaire de la République française à Pé-King, officier de la
Légion d'honneur, grand-croix de l'Etoile Polaire, etc., etc., etc. ;
Et Sa Majesté le roi d'Annam :
Nc;rYEN Va-x-Tiii 'o'xG, premier régent, ministre de l'intérieur :
Pii\\!-Tii\N-DuÂT, ministre des finances : et T()\-Tiiat-Pii\n,
chargé des relations extérieures, ministre des travaux publics par
intérim;
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs res-
pectifs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des articles
suivants :
Art. i". — L'Annam reconnaît et accepte le protectorat de
la France.
La France représentera l'Annam dans toutes ses relations ex-
térieures.
Les Annamites à l'étranger seront placés sous la protection
de la France.
Art. 'j. — Une force militaire française occupera Thuan-An
d'une façon |)ermanente. Tous les forts et ouvrages militaires de
la rivière de Hué seront rasés.
Art. 3. — Les fonctionnaires annamites, depuis la frontière
de la Cochinchine jusqu'à la frontière de la province de Ninh-
Hinh, continueront à administrer les provinces comprises dans
ces limites, sauf en ce qui concerne les douanes, les travaux pu-
blics eten général les services qui exigent une direction unique
ou l'emploi d'ingénieurs ou d'agents européens. •
Art. 4. — Dans les limites ci-dessus indiquées, le gouver-
nement annamite déclarera ouverts au commerce de toutes les
nations, outre le port de Qui-Nhon, ceux de Touranc et de
• » "
^88 i/aFFAIHK l)i: TO>'(i-KING
Xuan-I)a\. D'autres ports pourront être ultérieurement ouverts
après une entente préalable. Le Gouvernement français y entre-
tiendra des agents placés sous les ordres de son résident à Hué.
Art. 5. — Un résident général, représentant du Gouvernement
français, présidera aux relations extérieures de l'Annam et assu-
rera l'exercice régulier du protectorat, sans s'immiscer dans l'ad-
ministration locale des provinces comprises dans les limites fixées
par l'article 3.
Il résidera dans la citadelle de Hué, avec une escorte militaire.
Le résident général aura droit d'audience privée et personnelle
auprès de S. M. le roi d'Annam.
Art. g. — Au Ïong-King, des résidents ou résidents-adjoints
seront placés par le gouvernement de la République dans lesclicfs-
lieux où leur présence sera jugée utile. Us seront sous les ordres
du résident général.
Us habiteront dans la citadelle et, en tout cas, dans l'enceinte
même réservée au mandarin ; il leur sera donné, s'il y a lieu, une
escorte française ou indigène.
Art. 7. — Les résidents éviteront de s'occuper des détails de
l'administration intérieure des provinces. Les fonctionnaires in-
digènes de tout ordre continueront à gouverner et à administrer
sous leur contrôle ; mais ils devront être révoqués sur la demande
des autorités françaises.
Art. 8. — i^es fonctionnaires et employés français de toute
catégorie ne communiqueront avec les autorités annamites que
par l'intermédiaire des résidents.
Art. (). — l no ligne télégraphique sera établie de Saïgon à
Hanoï et ex[)loitée par des employés -français.
Une partie des taxes sera attribuée au gouvernement anna-
mite qui concédera, en retour, le terrain nécessaire aux stations.
Art. 10. — En Annam et au Tong-king, les étrangers de
toute nationalité seront placés sous la juridiction française.
L'autorité française statuera sur les contestations, de quelque
nature qu'elles soient, qui s'élèveront entre Annamites et étran-
gers, de même qu'entre étrangers.
Art. 1 1. — Dans FAnnam proprement dit, les Quan-Bô per-
cevront rim|)ôt ancien sans le contrôle des fonctionnaires français
et pour le compte de la cour de Hué.
Au Tong-Ring, les résidents centraliseront avec le concours
des Quan-Bô le service du même impôt, dont ils surveilleront la
perception et l'emploi. Une commission composée de commis-
TUAiTi: i)i; m i; '1S9
saires français et annamites délerinincra les sommes qui devront
être alTectées aux diverses branches de l'administration et aux
services publics. Le relicjuat sera versé dans les caisses delà cour
de lluc.
Art. 13. — Dans tout le royaume, les douanes, réorganisées,
seront entièrement confiées à des administrateurs français. Il n'y
aura que des douanes maritimes el de frontières placées partout
où le besoin s'en fera sentir.
Aucune réclamation ne sera admise en matière de douanes,
au sujet des mesures prises jusqu'à ce jour par les autorités mili-
taires.
Les lois et règlements concernant les contributions indirectes,
le nîgime et le tarif des douanes, et le régime sanitaire de la Go-
cbincliinc seront appliquables alix territoires de l'Annam et du
Tong-King.
Art. i3. — Les citoyens ou protégés français pourront, dans
toute l'étendue du Tong-King et dans les jx>rts ouverts de l'An-
nam, circuler librement, faire le commerce, ac(juérir des biens
meubles et immeubles et en disposer. Sa Majesté le roi d'Annam
confirme expressément les garanties stipulées par le traite du
i5 mars 187/i en faveur des missionnaires et des chrétiens.
Art. 14. — Les personnes qui voudront voyager dans l'inté-
rieur de l'Annam ne pourront en obtenir l'autorisation que par
l'intermédiaire du résident général à Hué ou du gouverneur de
la Cochinchine.
Ces autorités leur délivreront des passej)orts qui seront pré-
sentés au visa du gouvernement annamite.
Art. i5. — La France s'engage à garantir désormais l'inté-
grité des Etats de S. M. le roi d'Annam, à défendre ce souverain
contre les agressions du dehors el contre les rébellions du dedans.
\ cet elTet. l'autorité française [)ourra faire occuper militaire-
ment, sur le territoire de l'Annam et du Tong-King, les points
qu'elle jugera nécessaires |X}ur assurer l'exercice du protectorat.
Art. i(). — S. M le roi d'Annam continuera, connue |)ar le
passé, à diriger l'administration intérieure de ses États, sauf les
restrictions qui résultent de la présente convention.
Art. 17 — Les dettes actuelles de l'Annam vis-à-vis de la
France seront acquittées au moyen de payements dont le mode
sera ultérieurement déterminé. S. M. le roi d'Annam s'interdit
de contracter aucun enq)runt à l'étranger sans l'autorisation du
gouvernement français .
'(()0 L AFrVIIlK 1)1 TONC-KINC
AuT. i8. — Des confcrcnces ultérieures régleront les limites
des ports ouverts et des concessions françaises dans chacun de
ces ports, l'établissement des phares sur les côtes de l*Annam et
du Tong-Ring, le régime et l'exploitation des mines, le régime
monétaire, la quotité à attribuer au gouvernement annamite âur
le produit des douanes, des régies, des taxes télégraphiques et
autres revenus non visés dans l'article 1 1 du présent traité.
La présente convention sera soumise à l'approbation du gou-
vernement de la République franç^iisc et de S. M. le roi d'Annam,
et les ratifications en seront échangées aussitôt que possible.
Art. 19. — Le présent traité remplacera les conventions des
i5 mars, 3i août et 33 novembre 1874.
En cas de contestation, le texte français fera seul foi.
En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé le pré-
sent traité et y ont apposé leurs cachets.
Fait h Hué, en double expédition, le 6 juin i884-
(^. S\) Signé : P\te\otre.
(^L, S.) — Nguykn-van-tuu'o'ng.
(L. S.) PlIAM-THAN-DUAT.
(L. S.) TON-TIIAT-PHAN.
AuT. a. — Le président du conseil, ministre des afTaircs étran-
gères, est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le 3 mars 1886.
Jules Grévy.
Par le Président de la République,
Le président du conseil,
minisire des affaires étrangères,
G. DE FUEYCLNET,.
\aQ. Président de la République française.
Sur la proposition du président du conseil, ministre des
afTaircs étrangères.
Décrète :
Article premier. — Une convention relative au r^ime des
mines de TAnnam et du Tong-King ayant été signée, le 18 février
i885, entre la France et lerovaume d'Annam, et les ratiOcalions
de cet acte ayant été échangées à Hué, le 33 février 1886, ladite
convention, dont la teneur suit, est approuvée et sera insérée au
Journal officiel.
COVE.NTIO.N E.MUi: LA FKANCi: KT i/aN.NAM /|f)I
CONVENTION ENTRE LA FRANCE ET I/ANNAM SUR LE RÉGIME
DES MINES DE l'aNNAM ET DU TONG-KING
S. M. le roi d'An nam s'élanl engagé, |>ar Tarticlc i8 du traité
signé, le 6 juin i884, entre la France et TAnnam h régler, d'ac-
cord avec le gouvernement de la République française, le régime
des mines situées dans ses Etats, et s'élanl ainsi interdit, d'une
manière absolue, de disposer d'aucun gisement, soit en Annam,
soit au Tong-King, avant que l'entente à intervenir fiit établie ;
déclarant, d'ailleurs, que toutes les mines situées dans ses Etats
font encore partie du domaine royal et qu'elles sont libres de
toutes charges, à l'exception d'une mine de houille située sur le
territoire du village de Nong-Son (province de QuAng Nam).
concédée le I3 mars iSSi, pour une durée de îiq ans, et consi-
dérant qu'il importe de déterminer les conditions dans losquelies
les mines de l'Annam et du ïonkin pourront être exploitées ;
Et le gouvernement de la République, désirant faciliter à Sa
Majesté le roi d' Annam l'établissement d'un régime minier de
nature à développer la prospérité de ses Etats,
Ont résolu de conclure une convention spéciale à cet effet :
Êa conséquence, ils ont nommé pour leurs plénipotentiaires,
savoir :
Le gouvernement de la Républi(pi« :
M. Victor-Gabriel Lemaire, résident général de la République
française à Hué, ministre plénipotentiaire, chevalier de la Lé-
gion d'honneur, etc., etc.;
Sa Majesté le roi d'Annam :
Leurs Excellences : Puam than duat, ministre des finances, i**'
plénipotentiaire ;
IluiN HUN Tuu'o'ng, sous-secrétaire d'Ktal au ministère de la
guerre, a* plénipotentiaire ;
Lesquels, après s'être comnmniqué leurs pleins pouvoirs res-
pectifs, trouvés en bonne et due forme, sont convenus des ar-
ticles suivants :
Article premier. — S. M. le roi d'Annam accepte de sou-
mettre le régime et l'exploitation des mines situées dans ses États
aux règlements dont l'utilité aura été reconnue par le gouver-
nement de la République.
Art. 3. — Le montant des taxes et impôts établis sur les
'n)i l'ai'faihk du to>g-ki.\g
mines tle rAnnain et sur leurs produits, ainsi que le prix de
celles ([ui auront été .idjuf^ées ou auront fait l'objet d'une prise
de possession, seront versés chaque année dans le Trésor royal,
après défalcation de^ dépenses qui auront été faites par Tadmi-
nistration des mines de l'xVnnam.
Le gouvernement annamite pourra déléguer un ou plusieurs
fonctioimaires pour assister aux adjudications des mines de
l'Annam. Il j)ourra également demander au résident général
toutes les fois qu'il le jugera utile, des éclaircissements sur le
rendement des taxes et impôts établis sur lesdites mines.
Art. 3. — Le montant des taxes et impôts établis sur les
mines du Tong-Ring et sur leurs produits, ainsi que le prix de
celles qui auront été adjugées ou auront fait l'objet d'une prise
de jK)ssession, seront allectés aux dépenses de radminîstration
du Ïong-King.
Art. l\. — La présente convention sera soumise à la ratifica-
tion des deux gouvernements et elle entrera en vigueur aussitôt
après l'accomplissement de cette formalité, qui aura lieu dans
un délai aussi bref que possible.
En foi de quoi les plénipotentiaires ont signé le présent acte
et y ont apposé leurs sceaux.
Fait à Hué, le dix-huit février mil huit cent quatre-vingt-cinq.
(/>. iS.) Signé : G. Lemaibs.
(L. iS'.) — Pham than du AT.
(L. S.) — ' HuiNH nuN tuu'o'ng.
Art. 3. — Le président du conseil, ministre des affaires
étrangères, est chargé de l'exécution du présent décret.
Fait à Paris, le a mars 1886.
Jules Grévy.
Par le Président de la République :
f^ président du consed,
ministre des affaires étrangères,
G. DE Freycinet.
Par le fait de ce traité, le Binh-thuan donné à la Basse-
Cochinchine, ainsi que IcNghé-an, le Thanh-hoa et Ha-linh,
rattachés au Tong-King, par le traité Hannaiid, faisaient
retour à PAnnam. Notre protectorat étail assuré, et la Conven-
tion Fournier ayant réglé les affaires de Chine, la question du
Monr Di: k'ikn-imii "o'c /|()3
Tong-King paraissait heureusoincnl résolue. Nous comptions
sans la mauvaise foi des Annamites et des Chinois. On a vu
que rincident de Bac-Lé rouvrait la question et que plusieurs
mois de luttes sanglantes et d'épineuses négociations seraient
encore nécessaires pour finir une lutte sans cesse renaissante.
Pour bien marquer que tout lien de vassalité avait cessé
d'exister entre TAnnam et la Chine, M. Patenotre exigea la
remise du sceau qui avait été envoyé jadis à Gia-Long, marque
de sa vassalité, par Tcmpereur kia-K'ing ; notre envoyé
proposa aux ministres annamites de l'envoyer sans éclat à
Paris, mais ceux-ci préférèrent qu'il fût détruit publique-
ment; en consécpjence, le 0 juin, avant la signature du
traité, le sceau fut fondu on présence» des fonctionnaires
annamites, des olïiciers français et d'un représentant de
l'agence Havas. Les Chinois ne firent allusion au sceau que
le i/i août, sept semaines après Bac -Lé, dans une note adres-
sée aux légations étrangères, qu'on supj)ose avoir été rédigée
par M. C. Ilolcombe, secrétaire de la légation des Étals-
Lnis, qui poussait le Tsoung-li Vamen à la guerre.
M. Patenotre passa dix jours seulement h Hué et encore
moins de temps f\ Ha-noï où il ne venait que pour conférer
avec le général Millot : le colonel Dugenne venait de partir
pour Lang-s'on ; le général Millot avait eu envie de retarder
son expédition jusqu'à l'automne, à cause de la chaleur de
la saison. Ce fut à Hong-Kong que notre ministre apprit
Tafia ire de Fkc-Lé dont on exagéra tout de suite rim|)or tance
à Paris, tandis qu'à Pé-King, on ne soupçonnait pas qu'elle
put avoir ta moindre gravité.
MORT DE k'iÉX-PHu'o'c. HAM-NGHl
Comme il était facile de le prévoir, le jeune roi d'Annam
survécut peu à la signature du traité du 6 juin ; il mourut le
3i juillet i884, et sans perdre de temps, le n?gent ThuVng,
»--i^-
sans consulter le résident de Hué, M. Rheinart, s'empressa de
mettre à sa place le frère du souverain défunt, Ung-Lich, qui
prit le non de règne de Hàm-nghi. Devant Ténergie de
M. Rheinart, du colonel Guerrier, chef d'état-major envoyé
à Hué par le général Millot, et du commandant du Tarn,
Thu'o'ng dut céder et, le 17 août, Hàm-nghi recevait dans
son palais Tinvestilure de la France.
CHAPITRE XXV
L'AFFAIRE DU T0N6-KIN6 (Fin) : M. PATENOTRE
EN CHINE
MEMORANDUM DU COMMANDATIT FOUR!lfIER
Avant de reprendre le récit des négociations de la France
avec la Chine, nous avons à parler d'un petit événement
qui fit grand bruit à réjx)que, moins à cause de son impor-
tance réelle que par suite des passions qu'il déchaîna.
Lo Foung-lo, Tun des familiers de Li Iloung-tchang, ar-
riva à Chang-IIaï le 28 ou 2g juillet 188V, chargé par son
patron d'un message absolument confidentiel sur la teneur
duquel il ne lui était pas possible de s'expliquer avec notre
consul à Tien-Tsin, M. Ristelhueber, auquel il avait de-
mandé une lettre d'introduction auprès de M. Patenôtre.
Dans une conversation que Lo eut avec M. Vissière, premier
interprète de notre légation, il se mit à parler du comman-
dant Fournier et fit allusion aux objections qui auraient été
faites par le vice-roi du Tché-li, dans l'entrevue du 17 mai,
contre une occupation trop hâtive des places frontières du
Tong-King par les troupes françaises. Il ajouta que M. Four-
nier, s'étant rendu à ces observations, avait consenti à rayer
les passages de sa note relatifs aux dates d'évacuation, que
I. P. 474.
cette pièce portant les ratures en question était enlre ses
moins et rpi'il était prêt ;'i la montrer.
Le lO aoi^t. Lo apportait à M. Vissi^rc un fac-similé' de
la pièce avec les ratures au crayon et le lendemain, il mon-
trait h M. Patenôlre le document original.
Pourquoi les Chinois avaient-iU attendu si longtemps
jM)ur produire ce document, s'ils y attachaient autant d'im-
portante? Lo répondit que jusqu'alors le \ice-roi <îc Nan-
King s'était opposé à ce qu'elle fût montrée. Tous les pas-
sages qui étaient relatifs h l'évacuation étaient raves et il ne
restait que le dernier paragraphe, agréahic à la Chine. Le
do<'umeiit était de la ninin <lu commandant Fotimîér, qui a
donné sa parole d'h^nneiir, qu'il n'élail pour rien dans les
ratnres.
CoMMLMCATioN éi'.rite déposée entre les matns de Son Ex-
cellence Li-hong-chang, le 17 mai iSS.'t, à Tieu-Tsin,
En exécution des instructions et des pleins [Kiuvoirs que j'ai
reçus du l'résidentdu Conseil, Ministre dos AfTaircs Hlrangères,
M. Jule.'i Forrv, relativement a la rédaclion, à l'interprélntion
et il l'e^iécution des articles de la anivention préliminaire sif^ncc
le 1 1 mai i88i. entre la France et le Céleste Empire, J'ai l'hon-
neur (le portera la connaissance deVolre Excellence les nicsurcs
que le Gnu\Grnemcnt du la République française a arrêtées d'une
façon déiinilivc. pour .<iallsfaire il l'exécution immédiate et sans
retour de cette Convention.
I
Kn ce qui concerne l'article \ de cette Convention :
1° Monsieur Palcnôtreest nommé plénipotentiaire dugouvernc-
ment de la République Française, pour élaborer le traité définitif
entre la France et la (^liine, dans l(;s conditions prévues par
l'article V de celte Convention : Monsieur Palenôtrc remontera à
Pé-king. en quittant Hué, dans le plus bref délai possible.
t. Od Irouver* co fac-ùmilo dans le IVorth-China Herald, 13 boAI
MEMORANDUM Df COMMANDANT FOinNÎFR /|()-
II
En ce qui concerne Tarticle II de cette Convention.
2« L'article II stipule : en premier lieu, le retrait de toutes les
troupes chinoises du territoire du Tonkin ; en second lieu le
respect de la Chine pour nos traités passés et futurs avec la
Cour de Hué. Nous avons donc à prendre dès aujourd'hui toutes
les mesures militaires nécessaires pour assurer Tinlégrité absolue
des territoires de l'Annam et du Tonkin garantie par l'article
2^ des préliminaires de paix signés le 25 août i883, h Hué. En
conséquence :
1° Le Général Millot, commandant en chef, procédera le 5
juin de cette année à l'occupation militaire par les forces fran-
çaises ou annamites, des villes de Cao-Binh [sic], de Lang-son
et de toutes les autries places du territoire tonkinois faisant face
aux frontières du Quan-tong et du Quan-si. où il jugera utile
de placer des garnisons.
3« Le Général Millot procédera, le i'^^ juillet ^ à l'occupation
par les forces riiilitaires Françaises ou Annamites de la ville de
Lao-Kaï et de toutes les autres places du territoire Tonkinois
faisant face aux frontières du Yun-Nan.
3° Le Général Millot pourra occuper, dès maintenant, mili-
tairement, toutes les places situées sur le fleuve Rouge, ou
partout ailleurs où la présence d'une garnison française ou anna-
mite lui paraîtrait nécessaire pour appuyer ses opérations mili-
taires contre les Pavillons Noirs ou contre toutes autres bandes
ir régulières.
4° Dans tous les cas, chaque fois qu'une troupe Française ou
Annamite se présentera devant une place occupée par des trou-
pes chinoises pour y prendre garnison, elle ne devra mettre en
demeure la garnison chinoise d'avoir à évacuer la place, qu'après
un délai de vingt-quatre heures.
5° Le Commandant en chef des forces navales Françaises
pourra procéder, le i'^ juin, à l'occupation militaire et maritime
de tous les points de la Côte du Tonkin où il jugera utile d'éta-
blir une station navale.
1 . On remarquera que ces dates ne concordent pas avec le télégramme
envoyé au général Millot ; voir p. 443.
CoRDIEK. II. — 33
'•J ,'»*w*.N"^>'*:—7
^98 L*AFFAIRE Dl' TONU-RINC.
111
En ce qui concerne l'article IV de celte convention :
Le Gouvernement delà République invile Monsieur Patenôtre
à supprimer, dans la rédaction du Iraité définitif qu'il va contrac-
ter avec TAnnam, l'expression « y compris la Chine», qui figure
actuellement dans l'article 1 des préliminaires de paix, signés,
le 35 août i883, à Hué. Mais il prend acte que cette niodifi-
cation au texte primitif,' introduite par courtoisie et par défé-
rence pour le prestige du Céleste Empire, ne pourra avoir pour
eflct d'altérer en rien la valeur d'aucune des stipulations énon-
cées dans cette article I ni dans, aucun des autres articles de ces
préliminaires.
C'est, en prenant congé de Son Excellence, et pour mettre fin
à sa mission que M. le Capitaine de frégate E. F. Fournier.
plénipotentiaire du Gouvernement Français a remis entre le^
mains du Vice-Roi Li Hong-Tcliang plénipotentiaire du Céleste
Empire la Communication écrite qui précède et qui expose
l'ensemble des mesures arn>tées. à titre délinilif, par le Gouver-
nement Français, en ce qui concerne l'exécution des articles II, IV
et V de la Convention préliminaire signée le 1 1 mai 1884 h
Tien-tsin.
Fait à Tien-Tsin, le 17 mai i884-
Le capitaine de frégate, plénipotentiaire du
Gouvernement de la République française.
(sig.) E. Fournier.
Au-dessous de cette communication, Li avait ajouté de sa
main une note dont voici la traduction * :
« Lettre remise personnellement par le Commandant Français
<K Fournier. — aS* jour de la 4" lune de la 10'' année Kouang-
« Siu (17 mai i884)» à l'heure chèn (entre 3 et 5 heures du
« soir). — Deux articles y ont été supprimés par lui. »
Les secrétaires de Li, Ma et Lo, déclarèrent dans un té-
légramme adressé au A^. Ch. Daily News qu'ils avaient \u
le commandant faire les ratures ; je reviendrai plus tard sur
1, Par M. Vîssicre.
MA KlEN-TCHONr. ^99
le dernier, aujourd'hui ministre de Oiinc à Londres, mais
j'ai de bonnes raisons de croire que le j<«ir où le comman-
dant Tournicr et le vice-roi se rencontrèrent, non seulement
il n'était certainement pas présent à l'entrevue, mais qu'il
était même absent de Tien-Tsîn ; en revancbo, [>arlons de Ma
Kièntchong.
MA K1BN-TGII0>G
Il est utile de nous arrêter un instant sut ce personnage
qui, pendant (]uinze ans, joua au second plan, un r<Me consi-
dérable. Ma Kièntchong était le plus jeune de trois frères
appartenant à une famille chrétienne de Se-King, district
de Soung-Kiang (KiangSon), et il rc(,'nt au baptême le
pi-énom de Matliias. L'ainé de la famille eut la plus l'Acheusc
inllnencc sur ses jeunes frères dont l'un, nnlonné prêtre, jeta
la soutane aux orties', l'autre, dont nous parlons, ne fut
jamais gêné par le moindre scrupule. Ma Kièn-tchong, fort
intelligent, parlant remarquablement le français, vint en
Krance, compagnon de Tclieng ki-tong, avec la mission
dirigée par Li Foung-pao et Prosjier (liqiicl (1877) ; il suivit
les cours de l'école dos Sciences jxililiques et passa avec
succès ses examens de licencié à l'école de droit le g juillet
1879'. De manières agréables, bon musicien, Ma fut fort
bien accueilli dans la société parisienne. Rentré en Chine,
il fut un véritable Maître Jacques près de Li Houng-tchang,
tout h la fois interprète pour le français, jurisconsulte, expert
de mines, tao-taï des douanes à Tien-Tsin, examinateur aux
collèges de torpilles et de télégraphes, juge de l'Amirauté,
inspecteur de l'escadre du Nord, administrateur du dock de
-Tatou, directeur de la China Merchants' Steam Navigation
Co., à la place de Tong King-sing, chargé de missions en
. Il a fait, paralt-il, prnitence récemment.
. Sa thè>e a Ht impriaiée ; Paris, Piclioii, pet. i
500 i/aFFAIRE du TONG-KING
Corée, dans TAnnam, à Calcutta. Il était extrêmement im-
pertinent et en juin i883, imitant Tarrogance de son pa-
tron Li, il se permit, devant celui-ci et devant M. Tricou, de
dire à un de nos interprètes: « Je me f... du gouvernement
de la République. » Il tombait mal avec l'énergique Tricou
qui exigea des excuses immédiates. Je Tai revu en 1897
quand il revint en France pendant la durée du deuil de sa
mère ; il fit un nouveau voyage en Europe en 1899 5 ^^ ^^
rendit à Rome faire amende honorable de ses erreurs passées
et il est mort chrétiennement à Chang-Haï, le 3 septembre
1900.
On voit quelle confiance on peut avoir dans ces témoi-
gnages.
Le commissaire des douanes, Detring, donne à son tour le
récit suivant de l'entrevue.
Nul n*était plus à même que M. Detring de me^ rensei-
gner sur certains détails de la négociation du mois de Mai de-
meurés pour moi assez obscurs, et je crus tout d*abord devoir
m'en entretenir avec lui. Je lui demandai notamment ce qu'il
pensait de Thistoire des ratures attribuées a M. Fournier. M.
Detring assure qu'elles sont réellement de la main du Comman-
dant du Voila : elles n'auraient d'ailleurs pas la signification qui
leur a été donnée par le Tsoung-li Yamcn. Voici comment les
choses se seraient passées :
Le 17 mai, M. Fournier se serait rendu chez le Vice-Roi,
porteur du document destiné h l'aviser des dates auxquelles de-
vait être terminée l'évacuation des dilTérentes places du Tong-King.
A ce moment Li Houng-tchang était, à Pé-King, l'objet des
plus vives attaques : cfirayé de l'opposition que soulevait contre
lui le traité conclu avec la France, il aurait représenté k notre
plénipotentiaire la difficulté d'obtenir dans des limites aussi
restreintes l'éloignement des garnisons chinoises et l'impossibilité
de placer pour le moment sous les yeux du Tsoung-li Yamen
la communication qui lui était remise. M. Fournier ayant
I. Lettre de M. Patenôtre à M. Jules Ferry. Chang-HaT, le 11 sep-
tembre 1884.
MA KIEN-TCHONG 001
insiste : « Soil, aurait répondu Li Iloung-tchang. J'arrangerai
les choses, mais donnez m'en le temps a. Sur cette assurance
verbale. M. Fournier aurait bifie les passages de sa ^ote relatifs
à révacualion. Comment a-t-il cru devoir laisser aux mains du
Vice^Roi une pièce ainsi raturée ? C*esl ce que M. Detring ne
s'explique pas plus que moi.
A la suite du voyage de Ta mirai Lespès à Pé-King, le crédit
de Li Houng-lchang sembla se raffermir un peu, mais Tarrivée
de Tso changea les choses. Le Vice-Roi du Tché-li, alarmé des
progrès du parti de la guerre, ne se rendant peut-être pas un
compte bien exact de ce qui pouvait se passer au Tong-Ring, se
bornait à attendre les événements. Dans la nuit du 21 au an
juin, il apprit tout à coup par un télégramme que la colonne
française était en marche vers Lang-Son. Une sorte de conseil
de cabinet auquel prit part Tchang Peï-loun, le futur organisa-
teur de la défense à Fou-tchéou, et Tun des ennemis les plus
déclarés des étrangers, fut immédiatement tenu à Tien-Tsin.
Tous auraient été d'avis, même Tchang Peï-loun, qu'il fallait
retirer les troupes chinoises sur la frontière. Li télégraphia dans
ce sens à Pé-King. Le Tsoung-li Yamen, qui n'avait point été
tenu au courant de l'arrangement intervenu le 17 mai, de-
manda des explications. Le Vice-Roi en fournit d'assez embar-
rassées. C'est pendant cet échange de correspondance que se
serait produite la collision de Lang-s'on.
Le télégramme adressé le ai juillet par V. E. à M. de
Semallé prouve d'autre part qu'on s'était mépris à Paris
sur la nature de l'engagement pris le 1 7 mai par Li Houng-
tchang, puisqu'on le croyait basé sur un document écrit éma-
nant de ce dernier*. M. Fournier ayant quitté Tien-Tsin sans
renseigner notre Légation sur ce qui s'était passé entre le Vice-
Roi et lui, notre Chargé d'Aflaires se trouvait dans l'impossibilité
de contrôler cette indication. Il crut lui aussi à l'existence du
document en question et y fit allusion dans ses entretiens avec
I . Le télégramme est ainsi conçu : a II est vrai que le traité du 1 1 mai
ne fixe pas les dates d'évacuation, mais il fait mieux : il stipule dans l'ar-
ticle a le retrait immédiat de toutes les garnisons chinoises du Tong-
King. C*cst en conséquence de cet engagement formel que le Vice- Roi
du Tché-li a fixé lui-mémft les dates d'évacuation dans une com-
munication officielle adressée au commandant Fournier qui m'en a
rendu compte en ces termes par un télégramme du 18 mai, etc.. »
. ■ -V ;---^7
5o3 i/aFFAIRE Dl" TONG-KINC.
les ministres chinois. Interrogé à ce sujet par le Yamen, Li
Houng-lchang répondit par lettre insérée depuis au Livre
Jaune chinois, lettre dans laquelle il niait qu*aucune communica-
tion écrite eût été échangée entre lui et M. Fournier et passait
sous silence rengagement verbal qu'il avait souscrit. Quant à
la pièce raturée laissée parle Commandant du Voila, cen*est que
plus tard qu'elle aurait été retrouvée dans un tiroir par le secré-
taire de Li Houng-tchang qui, avec l'assentiment plus ou
mois avoué de son chef, en aurait fait l'usage que Ton sait.
Tel est le récit qui m'a été fait par M. Detring. Li Houng-
tchang comprend que dans toute cette affaire il a été pour le
moins coupable d'une extrême faiblesse ; il se rendrait de plus
compte de l'impossibilité où est la Chine de lutter contre nous
et de la nécessité d'arriver à un arrangement. Mais son crédit
est presque nul. D'autre part le Tsoung-li Yamen serait pousse
à la résistance par le Ministre américain.
Dans une note du 21 juillet 188.^, le commandant Fournier
expliquait lui aussi ce qui s'était passé :
La responsabihté du plénipotentiaire chinois, S. E. Li Houng-
tchang est plus engagée encore, bien que sa bonne foi ne puisse
être suspectée, après le rôle qu'il a joué dans la négociation d'un
traité aussi impopulaire en Chine.
Voici dans quelles conditions précises la responsabilité de Li
Houng-tchang se trouve aujourd'hui engagée:
Effrayé par le concert de réprobation qui accueillit à Pé-King
dans le monde olFiciel la publication de notre traité, le vice-roi
me demanda de le laisser libre de manœuvrer à Pé-Ring pour
régler l'affaire de l'évacuation des troupes dans les délais convenus
avec la connaissance (ju'il avait de son terrain et de son monde.
J'avais fait jusqu'alors une expérience si concluante de sa puis-
sance personnelle à laquelle était uniquement due la réussite de
nos négociations que je jugeais, sainement je crois, une fois de
plus, que dans cette circonstance spéciale encore, en présence
des diilicultés nouvelles soulevées à Pé-King, j'avais intérêt à
laisser à Li Houng-tchang toute indépendance de manœuvre,
mais jeus la précaution fort prudente (on le voit aujourd'hui)
d'engager à fond sa responsabilité personnelle j)our l'assurer
contre toute défaillance et de manière que la communication
écrite que je lui laissais ne pût être ni éliminée ni altérée après
Mt lik^-tciiom; r>o3
mon (k-|iurl : Jeiii'v pris rie lii fii^uii siii>niilc: n Votre KM-elIpnrc
nrccjilo donc Ira ilalcs lixrrs pur niii romniiiiiication ûcritc H se
ctiiir^. x>M sn i-(^|>nnsnbilil('. d'oblonir il IV-Kui^ par sfn moyens
projirr^, (|iii> IVvariinlJoii (li's IroiipCK (-hinoiseit soit tcrniitiiV dans
rfs (léluis? s — 0 Oui 0, rr'|>ori(iil foriDelipmMil Ic VlrivKoi. —
n Vdiro EMcellonre in'aiiti>ris<' iilors il U'lt'î;rapliicr les dstm A
M. Julr« Fcrr)' et an (.iéiii'rul Millul nvee hi iiotilicalton qui y
l'iiil suite !• » — « Oui, ré[>aiidil encore le Viee-Hoi, vons pouvcx
II- faire, je ré|>on(ls de IVxériilion. » — Je le fis aussilàl en sor-
laiil. mais j'eus le snin i)r rt'ilii;cr le téir^'rauime adressé au
(i<-uéral Millol. en clair. e'esl-ù-<lire en Irançaîs et je le déposai
Qii liiireaii tMêfjmphi'ine eliiiuiis i\e'r\oii-'['»in. — Un (|iiarl d'heure
«près Li Unimij-lchanij l'(wnit entre len moins el vérijiail de l'i'tu
Ha'ii ilait ahinlumcnt ennjfiniie <in terlf df h commimieation écrite
r/ue je lui amis lainsée. O léléffraninK- |Mtrcotiru( loii» les bureaux
léléfn'apliiqiies érliHonnéH enire Tien-Tain el Ha-noi el il prit
iiiiisi le caractère de publicité indiscri'le (jue j'avais tenu à lui
diiiiiier. — Or. le lendeinuin du jour où Li Iloung-tchiing connut
mon télégramme an Général Millol. il reçnl la première visite
de l'amiral Le^jW-s avec la pins ({runde cordialité ; un mois après
il visitait noire eseudre et dans l'intervalle il ne cessa de léuioij^mer
de siin désir «le voir se cons<)jider l'eiiteiitr cordiale de In France et
de la (lliine. Kst-il adinisoiible <|iie Li llonn(;-tcbang n'eût pas
inimédiateiniinl protesté aiipi-<'s de l'amiral, ajtrès mon départ,
s'il a^ait trouvé dans mon lélé(;ramme fort iinporlant adressé au
délierai Millot (jnï allait refiler les mouvements de nos troupes
ters les frotitièivs de (ilitne, des indications ditTéreiites de celles
i^n'il avait admises dans notre dernière entrevue, qui le mettaient
directement en jeu et ijne le |irésideut ilii Giiiseiï lut le ao moi
.'I ta tribune de ta (Ibainbre et <pie tous ti>s journaux de (>banK--
Ilaï. de lIim^'Kon;,' el du JH|>iin ainienl citiVs et eoinnientées.
l,ii vérité est qu'il a été aussi péiiiblejueiil Hiirpris que moi par
leiénenieiit de liac-Lé. 11 comptait secrètement (seuttnieni tout
il Tail ebiiiois). comme j'avais lien de le snp|>o«T inO)-ni6ino,
que si. à la suite d'une nianœuviv lortueiist- et maladroite du
parti de la (àuerre, une rénislanci- était op|Hisé<- par certaines
troupes chinois(-s an\ troniH-s Trançaises. celk-it-ci leur passeraient
sur le nirps et prendraient |>ossession quand mémo île leurs gar-
nisons, comme jr U lui avait annoncé'. Matlieurensemenl cette
bvpotbèse qui nous paraissait si évidente ii l'un ou à l'antre ne
^v réalisi pas, on sait pourquoi ! Si nos troupes avaient clé vie-
5oi l'affairr du TOKS-KING
toricuscs. Li Iloung-lcliang eût prol«slc à Pé-King contre les
hommes (lu parlî de la guerre qui venaient d'infliger ai inutile*
ment un nouvel alTronl aux armées chinoises. — Ce sont nos
troupes qui oui eu le dessous, et c'est Li Houng-tchang qui courbe
aujourd'hui la tétc sous le poids des responsabilités qu'accumule
le parti de la guerre. Malheureusement c'est Ik une situation dont
nous n'avons pas à tirer grand bénéfice, car le Vicc-Boi qui était
la base fondamcnlalc de notre inilucnce dans les mers de Chine
sortira certainement diminué du nouveau conflit suscité par ses
adversaires au Tong-Ring, par la rencontre sanglante de Bac-Lé.
Sig. FOURNIER.
Je crois que nous devons nous en tenir à cette version du
commandant Fournier ; le tort de ce marin distingué est
d'avoir cru k la bonne foi de Li Houng-tchang et c'est cette
croyance, partagée par Jules Ferry, qui a fait retarder les
opérations de l'amiral Courbet, a empêché ce dernier de
frapper un coup décisif dans le Nord el a fait prolonger le
blocus de Formose. Les différentes attaques contre la côte de
Chine faites par ordre du gouvernement qui l'empêchait de
frapper le coup décisif dans le Tché-li, arrachait à l'amiral
ce cri pittoresque : n Ce sont autant de coups de poing dans
un édredon. ■> Il est bien certain que Li n'avait fait aucune
communication au sujet de l'évacuation du Tong-King par les
troupes chinoiseii, aux membres du Tsoung-li Yamcn, avant
l'affaire do Bac-Lé. Il est facile de se rendre compte de la
duplicité de Li par sa lettre du 3 juillet au ^'amen, qiic
nous avons reproduite plus haut. M. A. Gervais, qui, évi-
demment, a eu des renseignements de première main, explique
ainsi la production du document':
s Le Gouvernement français... en présence des résistances du
gouvernement impérial, se décida à pratiquer la politique des
gages et des représailles. Dh les premiers jours du mois d'Août,
l'amiral Leopès bombardait Kéloung. Furieux de voir leurs
I. Sevue pol. el litt.. 11 octobre i884.
C.OMIUT Dr. FOI-TCIIKOI .)0.1
avances repouss6cs, les Chinois, sans réflécliir, revenant brusque-
ment en arrière, voulurent établir à nouveau que c'étaient nous,
et non pas eux, qui avions violé le traité de Tien-Tsin et alors,
tout à coup, Li Houng-tchang, mis en demeure d'établir la vérité
sur la note complémentaire, produit la convention écrite du 17
mai et les ratures que le commandant Fournier y aurait faites.
Ainsi, le 2 juillet, il déclarait par lettre au Tsoung-li Yamen,
comme on Ta vu plus haut, « qu'il était certain que le comman-
dant Fournier ne lui avait adressé aucune communication ofli-
cielle » ; et, au mois d'Août, il produisait cette même note à
laquelle, un mois auparavant, il avait dénié toute existence. Mais
aussi il la présentait dans des conditions bien curieuses. Cette
note était raturée de la main même du commandant Fournier,
à ce qu'on assurait, et ces ratures portaient précisément sur les
articles relatifs à l'évacuation par les garnisons chinoises des
places fortes du Tong Ring. . .
La vérité parait être que Li Houng-tchang, autorisé par le
Comm. Fournier à retarder l'envoi de la note du 17 mai à Pé-
King, avait différé de jour en jour, et que finalement, en présence
de l'orage qui le menaçait et allait grossissant, il n'avait pas osé
transmettre ni cette note ni même la lettre du i5 Mai.
Considérons que Tincident est clos.
COMBAT DE FOU-TCHÉOU, 23 AOUT l884*
Jamais, malgré les négociations avec M. de Semallé depuis
TafTaire de Bac-Lé, le gouvernement chinois n'avait cessé
d'envoyer des troupes au Tong-King. Au commencement de
juillet, un corps de 7 5oo hommes avait reçu Tordre de passer
la frontière pour aller se joindre aux Pavillons Noirs. Le 3i
juillet, le vice-roi du Se-tch*ouen, Ting Pao-tchen, recevait
un décret secret relatif à l'envoi au Yun-Nan du général Pao-
Tch'ao et de 2 5oo réguliers en vue de se concerter avec le
I. Pour ce chapitre, voir: Ministère des Affaires étrangères. —
Documents diplomatiques, — Affaires de Chine et du Tonkiw,
i884-i885. Paris, Irop. nat., i885, in-fol.
5o6 l'affaire 1>L- TONr-KI.<i(i
viceroi de celte province pour empêcher l'occupalion de
Lao-Kay. Les réguliers chinois au TongKing adoptaient des
uniformes qui permettaient de les confondre avec les Pavil-
lons ^oii's.
Depuis le milieu di> mois de juillet, l'amiral Courbet avait
pris position dana la rivière de Fou-lchéou, au mouillage de
la Pngotle, a^■ec une escadre composée du Voila, qui portait
non pavillon, du Duijiiay-Trouin, du Villars, Au (ÏEnlainif,
du /,vn.r. de la Vipère, de VA.ipic et des torpilleurs ^5 et ^U.
Il avait devant lui ii lnUimenls chinois: le croiseur Yant/-
Wou; 5 Iransjiorts avisos, Tchen Han<j, lont/ Pao. Fou-Po.
Fcï-Yàne, Tsi-ngan', i aviso de flotlille, I-Sliiff; i canon-
nière-aviso, Trhen-Wei ; 3 canoimières, Fou-St'nif, Fou-
Sfieng, Kien-Shenii, ces deux dernières du type alphabétique.
Plus, 12 grandes jonques de guerre. Les Chinois avaient, en
outre, arme 7 canots-torpilles à vapeur, 3 ou ^ à l'aviron ol
dis[)osé un certain nombre de britlols.
Le Ch Ica Hena / e la SaiJne, détachés au mouillage de
Kou n la Ihge e lo r ) murailles, en amont de la passe
K pa u la r e e,a I nieni [«ur mission de s'opposer
a ce que 1rs Gh n 1 s r a -teut cette passe, soit en coulant
renti c de j nj e ri argécs de pierres, réunies aux
en ron so t e IK le* [oqjilles. Il y avait d'ailleurs,
la ra le de h I ^ xie 1 s en aval : 3 bAliments de guerre
a gh s V j I ni \io t l le pavillon du vice-amiral Dowell,
Chntupiitn et Happhire ; la corvetle américaine Enterprise ' ;
<juel(]ues bâtiments de commerce à vajieur ; Glenjinlas,
Woosiinif et Takii cl les voiliers Sinholija, Batavia cl Guidinff
Star.
Le 33 aoiU, vers 5. heures du soir, l'amiral recevait enfin
l'autorisalion de commencer les hostilités ; le 33, notre consul
donnait avis à llo King, vice-roi du Fou-Kien, que le feu
l. Rapport du vice-aniinit Courbol.
C01ID4T DE KOU-TCIIÉOU JO7
allait être ouvert incessamment sur les bdtimentH ctiinoia. A
I h. 5o, le Vnlta lirait le ])remier coup de canon el ù :t hcnrca
l'action élail générale ; le Yanif-Woii, altaqué fiar le torpilleur
4l>, r.i])ilnine Doincans, sautait et allait se jelei* à la côte ; son
connnandant, le ca|ii[aine Tclian^, réussit à s'éclmpper sans
blessure. Ijï Triomphante, arrivée peu tl'instantsavant laclion,
y prenait )Hirt: en quelques minutes, il ne restait pins rien
do la llolte chinoise. Le pilote anglais Thomas fut tué & côté
de l'amiral Coiirlict, L'illustre Tchang l'ci-Loun avait assisté
an comluit, prudemment [MTolié sur une colline à plusieurs
kilomètres du lieu de l'aclion. Il fut dénoncé pour sa lAcheté
[Nir le llan-lin, P'an l'ing-nien, dégradé en janvier et banni
dans tes jKtstes militaires le 33 février 188.') ; sa disgnlco dura
jusqu'en juillet 1888. I^c if\, l'arsenal, OMnrc d'un Français,
Giqunl, était boml)anlé à 11 heures du malin; ledirecleur de
l'arsenal, Ho Jou-tcJinng, dans son rap[>orl, déclara que par
SI défense vigoureuse, il em]>i>oha le débarquement des l'ran-
çais; le 25 et le lii, les défenses de la passe Mingnn, prises
à revers, siint détruites; le lendemain «7, les défenses de
Kin|>ai sont à leur tuur anéanties, nuiis nous jienlons le lieu-
tenant de vaisseau Bouët-Willaume/.
.Xpivs av<iir terminé ces brillantes o[M'Taliuns, rcs<-adre
fragnait le mouillage extérieur ga nié par le !m (iiih'sxnnni!-re
qui avait reçu du forl IJlancunobusKruppde'.)] <nnlimètrcs,
lui tuant un homme et blessant plusieurs autres.
(.le Ixinihardemcnt, cumplèlenient ri'ussi counne (i[H'-ratii>n
militaire, non seulement n'ouvril jias les yeux à la (Iliine,
mais fut pintôl nuisible an<[ négociations, c^r révacualion do
la rivièiv Min, aprî's la deslruclion de la Hotte chinoise, cnni-
posée des i)lus mauvais navires, fut considéive par les Chinois
ciiMiuic une victoire nïniporti'-c jKir eux. nialgn; les cliAliuients
infligés à ceux qui avaient dirigé la défense.
Lri décn-l inqiérial |K)ru le 27 ainU i88i dans la <!<i:cUe
(If Pe King montrait que le Gouvernement n'était nullement
disposé à céder ; reprenant à sa façon l'historique des relations
de l'Annam avec la France depuis !a conquête de la Basse-
Cochinchine, le Yamen représenlait la mission du comman-
dant Fournier comme un prétexte saisi par nous pour gagner
du temps, l'alTaire de Lang-s'on comme une violation de la
convention de Tien-Tsin et notre modération s'expliquait par
la tournure menaçante prise par les affaires d'Egypte:
Pendant la a' lune de cette année (mars r884), les troupes
françaises sont venues attaquer nos garnisons. Nous avons rendu
à ce sujet un Décret public dans tout l'Empire. Nous nous pro-
posions uiËinc d'envover des troupes dans le pays pour le reprendre
cl le défendre de toutes leurs forces; mais un commandant fran-
çais Fournier était déjà venu proposer soudain la paix à la Chine.
La France voyait, à cette époque, un danger dans la tournure
menaçante prise par les affaires d'Iïgyple. La Chine, qui savait
bien que la position de la France était critique, aurait pu lu!
opposer un refus en termes hautains, mais elle a voulu lui montrer
encore sa mansuétude et lui a permis de réaliser son désir.
Enfin ce réquisitoire se termine:
B Que les Vice-Rois et Gouverneurs de toutes nos provinces
du littoral enjoignent rigoureusement aux fonctionnaires locaux
et aux commandants militaires de nos troupes d'accorder une
égale protection aux commerçants de toutes ces nations.
Quant aux fonctionnaires et aux commerçants français et aux
catholiques, s'il» désirent rester dons le pays, y faire paisiblement
leur devoir, en ne s' occupant que de leurs affaires. ~- on dcvTa
aussi les protéger comme tes autres, mais qu'on les punisse con-
formément au droit international, dès qu'on aura découvert qu'ils
se sont mêlés d'affaires militaires.
PROCLAMATION DU VICE-ROI DE CANTON
La colère des Chinois de Canton ne connut pas de bornes
lorsqu'on apprit dans cette ville la destruction de l'escadre
de Fou-tchéou et il fallut protéger les concessions étrangères
PROCLWfATION DU VICE-ROI DK CANTON OOQ
contre une attaque possible de la populace. Une proclama-
tion du vice-roi, Tchang, et des trois autres hauts fonction-
naires de la province lancée le 3o août montre Télat d'esprit
des habitants :
Les Français ont violé la loi internationale, déchiré le traité
conclu à Tien-Tsin et attaqué sans respect pour la foi jurée les
soldats chinois à Liang-Chan (Lang-So*n) Tong-Ring, tuant ainsi
un grand nombre d*entre eux. Au lieu de reconnaître leur faute et
de montrer des regrets, ils demandent à la Chine une forte
indemnité et lui font la guerre. Cela est connu de toutes les
autres puissances étrangères qui savent que la France est coupable.
Le peuple de celte province s*cst toujours fait remarquer par sa
bravoure et sa loyauté. Maintenant, vous devez considérer les
Français comme vos ennemis et aider de toute votre force le
gouvernement dans les opérations défensives. Les récompenses
suivantes seront accordées à ceux qui les mériteront :
Pour la tête d'un commandant en chef, loooo taëls* et le
mandarinat à plume de martin-pècheur.
Pour la tète d'un officier à sept galons, 3ooo laêls et le man-
darinat à plume de martin-pècheur.
Pour la tête d*un officier à cinq galons, i ooo taëls et le man-
darinat à plume de paon.
Pour la tête d*un officier à trois galons. 5oo taëls et le manda-
rinat à plume de paon.
Pour chaque soldat ou marin tué, loo taëls.
(^Avoir bien soin de distinguer les ennemis des étrangers.^
Pour la prise d'un cuirassé de i*"* classe, looooo taëls.
Pour la prise d'un cuirassé de a* classe, 80000 taëls.
Pour la prise d'une canonnière de r* classe, 4oooo taëls.
Pour la prise d'une canonnière de a* classe, aoooo taëls.
Pour la prise d'une embarcation, 100 taëls.
Si on détruit un navire, il sera payé la moitié des sommes
précédentes.
La propriété capturée appartiendra au capteur.
Pour tout gros canon pris, 8000 taëls et le mandarinat. Pour
les canons de moindre dimension, une somme proportionnée à
leur grandeur.
I. Lo taël de la douane (^Haîkouan) était estimé à 7 fr. i3.
L'auteur d'un plar
Français dans uii con
Ces récompenses se
lo' jour de la 7' lune
qui aura pour conséquence la défaite des
at recevra 3oooo taëls.
ml payées par le trésorier de la province,
10'' annûc de Rouang-Siu.
Au mois de scplembrc, les autorités de Canton invitaient
les sujets du Céleste Empire à enii>oisonner les Français établis
à Singapore, Pinang et ailleurs, et à détruire nos bâtiments.
Sir Harry Parkcs adressa une protestation au Tsoung-Ii Yamen
qui prélendit ignorer la proclamolion de Canton.
Dans le ^ol■d la colère de la Cour se manifestait par un
décret du 4 septembre qui destituait six membres du Tsoung-
Ii Yamen, y compris Tchang Yin-liouan, Wou Ting-fen et
TcliVn Lan-pin. Li, qui se rendait compte do la situation
rrélle, cl probablement aussi le Septième- Prince, envoyèrent
M. Uetringà Chang-Haï, mais celui-ci revint (18 septembre)
à Tien Tsin sans avoir rien obtenu. Au fond, les Chinois
désiraient ne pas perdre la face ; ils auraient volontiers donné
soas la table, maïs pas sur la table.
Le 3i août-i2 septembre 188/1, le ministre de Russie à
Pé-King, M. S. Popi>\ , écrivait i M. Patenùtreque la Russie,
suivant sa demande du 28 août, acceptait la protection de
nos nationaux et des missionnaires catholiques.
Les opérations reprenaient contre Formosc, contre le gré
de Pamîral Courbet et de M. Patenùtre. M. Ferry, inspiré
sans donte ])ar le commandant l'ournîer, rentré en Europe,
s'obstina dans une campagne que tout le monde lui décon-
seillait. L'amiral Courbet s'écriait plus tard avec amertume:
B Nul ne saura jamais ce que nous coule l'occupation de Ki-
loung ; elle a tout entravé; elle a stérilisé les succès. » L'oe
attaque contre les Pescadorcs eût mieux valu ; on ne Taii-
lorisaque plus lard, trop lard, a>mnie toutes les opérations
FOUMOSK ;>ii
militaires de cette déplorable campagne, où notre flotte et
notre diplomatie eurent à lutter bien phis contre les ordres
funestes de Paris que contre les Chinois.
Les Anglais craignaient une attaque contre les îles Chou-
san; le i4 février i884, le président de la Chambre de com-
merce de Hong-Kong, M. F. Bulkeley Johnson, saisit le
gouverneur Sir George F. Bowen, ainsi que Lord Gran-
ville, de la question et lui- rappela les clauses 3 et 4 de la
convention conclue en avril i846 à Boca Tigris par Sir
John F. Davis et le gouvernement chinois. Ces clauses sont
ainsi conçues :
3. Il est stipulé de la part de S. M. rEmpercur de Chine que
lorsque les troupes de S. M. Britannique auront cessé d'occuper
nie de Chousan, la dite ilc ne pourrait jamais être cédée à aucune
autre puissance étrangère.
4. S. M. Britannique consent pour sa part, en cas d'attaque,
à proléger Chousan et ses dépendances contre tout envahisseur et
à la restituer à la Chine comme jadis mais, comme cette stipula-
tion n'est qu'une marque d'alliance amicale entre les deux
nations, il ne sera dû par la Chine, aucun subside d'argent pour
cette protection.
Il n'était pas question pour nous à ce moment d'opérations
aux Chousan ; il nous eût été facile, si le besoin s'en était fait
sentir, de dire que la convention Davis n'avait jamais été rati-
fiée et qu'elle ne nous avait pas empochés de débarquer aux
Chousan en i86i, il est vrai qu'à cette époque nous étions les
alliés des Anglais.
L'amiral Courbet ayant concentré ses forces a Matsou,
traversa le détroit de Formose le 29 et le 3o septembre et
arriva en vue de Ki-loung. 11 s'emi)ara de ce point le 2 oc-
tobre; malheureusement l'amiral Lespès, le 8 octobre, per-
dant 17 tués cl 49 blessés, était repoussé par Soun k'ai-hoa,
commandant en chef des troupes de terre du F'ou-kien, de-
vant Tam-soui qui devint la base d'opérations de Lieou
5ia l'affaire du to^g-king
Ming-lch'ouan, directeur des affaires à Formose, avec le
titre de gouverneur provincial, contre Ki-Ioung.
Nous avons vu que les Chinois considéraient comme un
succès pour eux Tévacuation de la rivière Min, après le bom-
bardement de l'arsenal de Fou-tchéou ; le tâtonnement dans
les opérations navales contre Formose produisit le même
effet désastreux. Le fait que les Français avaient mis près de
trois mois pour s'emparer de deux misérables places comme
Ki-loung et Tam-soui donnait l'impression qu'ils étaient
incapables d'entreprendre une opération sérieuse; si on
ajoute l'effet des articles de la presse anglaise et de la presse
française de l'opposition, les Chinois n'avaient aucune raison
de céder à nos menaces.
M. Patenôtre, de môme que l'amiral Courbet, était d'avis
de frapper un grand coup dans le Nord ; il était certainement
dans le vrai, ijiais M. Ferry croyait encore à la bonne foi
de Li et il craignait de le faire tomber en disgrâce en agis-
sant dans les territoires de l'empire dépendant directement ou
indirectement de son gouvernement. Des instructions de
Paris ajournèrent encore les opérations de Courbet dans le
Tché-li ; nous ménagions la chèvre et le chou et personne ne
nous en savait gré ; nous usions de ménagements qu'i^o-
raient les Chinois (sept. i884). Le blocus de Formose, qui
fut déclaré le 20 octobre, devint le principal effort d'une
escadre condamnée à un rôle presque passif et la fatigue
causée par cette opération ainsi que son inutilité amenèrent
des résultats qui auraient pu être désastreux.
Nous, soussigné, vice-amiral commandant en chef les forces
navales françaises dans rExtrème-Orienl,
Agissant en vertu des pouvoirs qui nous appartiennent.
Déclarons :
Qu*à partir du q3 octobre i884 tous les ports et rades de Tile
Formose, compris entre le cap Sud ou cap Nan-Sha et la baie
Soo-Au, en passant par l'Ouest et le Nord (ces points placés: le
PROGRAMME DU I I OCTOBRE iSSf) 5l3
])romior, par 21" 55' latitude nord el 1 i.S» 'Ao longiUido csl de
Paris; le second, par '^4" .k) lalilude nord et ri()" MV lon^rilude
esl de Paris), seront tenus en état de hlocus eUeclif par les forces
liavales placées sous notre comniandenienl, et que les bâtiments
amis auront un délai de trois jours pour achever leur chargement
et quitter les lieux blotjués.
Il sera procédé contre tout bâtiment qui tenterait de violer
ledit blocus conforinémcnt aux lois internationales et aux lois en
vii'ueur.
A bord du cuirassé français BayariL
le aooclobrc 188/4.
Signé : (]oi:ubet.
Le blocus s*étend donc non seulement sur toute la cote occi-
dentale de rHe Formose, mais sur la partie de la cote orientale
comprise entre la pointe septentrionale de l'île et la baie Soo-Au.
Le 8 octobre, Li Houng-Tchang demanda a M. Ristellmober
à ((uclles conditions la France consentirait à confier à un
arbitre le différend entre les deux pays; en conséquence, le
1 1 octobre, M. Ferry décida de rédiger un progranuue que
les Étals Unis refusèrent d'appuyer, auquel on devait se tenir
jusqu'aux négociations finales:
PROGRAMME DU II OCTOBRE l885
La France consentirait à reprendre les négociations avec la
(Ihine sur les bases suivantes :
Retrait des troupes chinoises du Tong-King ;
Suspension des opérations de la flotte française ;
BatificatioA du Traité de Tien-Tsin et conclusion de la con
venlion de commerce prévue par le traité ;
Maintien de roccupalion de Ki-loungà titre provisoire et sans
cession de souveraineté territoriale, jusqu'à la complète exécution
du traité de Tien-Tsin.
On ne prononcerait plus le mot indemnité ; mais comme équi-
valent, la France garderait la possession des douanes et des
mines à Ki-loung et h Tamsoui pendant un nombre d'années à
débattre. La médiation d'une ou de plusieurs Puissances amies
pourrait d'ailleurs être admise, soit pour lixer la durée de cette
GORDIEB. IL — 33
occupation, soit m?me pour en avancer le terme au moyen d'une
transaction pécuniaire.
Au mois de décpmbre i88/|, un bureau secret d'enrôle-
ment pour la Chine fonctionnait, sous la direction d'un an-
cien odicier autrichien, h Londres, avec annexes à Soulhamp-
ton et Rotterdam. Les engagements étaient signés, non [uir
un vicc-rnî de Province, mais par le ministre chinois, Li
Foung-pao. Un des journaux chinois de Chang-Haï, le
Chèn Pno, publiait le 9 décembre, un article dans lequel il
déclarait gravement que l'ambassadeur de France à Londres
avait demandé à être reçu par le marquis Ts'èng et qu'il
lui avait fait part de l'intention du gouvernement français de
demander la [>aix.
En réalité nous [lerdîons notre temps. En janvier i885, le
gouvernement fiançais reprenant les projets de Courbet et de
M. Palcnôtre en septembre, voulait établir le blocus du Tché-
li ; il était trop tard.
COMBAT DE CHCPOtJ (Slicipoo), l5 FËVRIEH l885
L'amiral Courbet arrivant inopinément à GiitzIalT, le 11
février i885, apprît que l'escadre chinoise avait cpiill^î
Chang-Haï le a3 janvier et s'était rendue dans la rade de
Che-pou (Slieipoo Koads), dans la passe Nord, de la baie
de San -Men, sur la côte du ïché-kiang, entre Ning-Po et
Wen-tchéou, soi-disant pour se préparer à faire lever le
blocus de Formose ; il se mit A sn recherche et la rencontra
le dimanche i5 février, jour de l'an chinois, mais dès que
les Chinois aperçurent les Français, ils s'enfuirent; les trois
croiseurs K'ai-lsi, Nan-lch'ên et .\an-choui, ces deux derniers
construits en Allemagne, rapides et protégés par le brouil-
lard, s'échappèrent cl se réfugièrent à Ning-Po; pendant ce
temps la frégate i'u-yuen, portant a3 canons Krupp et une
T^ "
5l6 l'affaire du TONG-KING
cinquantaine de torpilleurs, et la corvette Tch'cngKincf, com-
mandée par Pamiral Ting, poursuivies par la Triomphante,
se réfugièrent dans l'anse au fond de la passe la plus au
Nord, en face de la ville jdc Che-pou ; la nuit, deux simples
canots à vapeur, armés en torpilleurs, commandés l'un par
le capitaine de frégate Gourdan, le second par le lieulenanl
de vaisseau Duboc, s'avancèrent vers l'ennemi ; à 4oo mètres
de la frégate, leur présence fut signalée et immédiatement le
Yu-yuen ainsi que les batteries de terre ouvrirent le feu; malgré
cette défense, le commandant Gourdan torpillait la frégate à
l'arrière et M. Duboc à l'avant, n'ayant qu'un homme tué
et un blessé. Le Tch'êng-King fut coulé par le tir maladroit
des canons chinois des batteries de terre. Les équipages
chinois purent gagner la côte ; ils furent mal accueillis par
les indigènes et ne purent trouver asile chez eux qu'en recou-
rant à la forcé. Les Chinois n'auraient perdu que deux
hommes ; l'un, second mécanicien, se serait noyé, l'autre
aurait été tué d'une balle de revolver dans le court engage-
ment avec les torpilleurs. Ce fait d'armes coïncidait avec la
prise de Lang-so'n.
OCCUPATIOîi DE LANG-SO'n, i3 FÉVRIER l885
Au commencement de septembre i884, le général Millot,
fatigué, mécontent d'ailleurs que le traité du 6 juin eût été
signé sans sa coopération, remit le commandement en chef
au général Brière de l'Isle qui était à la tc^te de la première
brigade à Haï-Phong. L'occupation de Lang-so'n fut décidée.
Deux colonnes furent formées ; la première, sous les ordres
du lieutenant-colonel Donnier devait remonter le Loch-
Nam, ayant Chu pour objectif; il livra le combat de Lam le
6 octobre ; la seconde, sous les ordres du lieutenant-colonel
Defoy, quittait Hanoï, le 3 octobre, et se portait sur Phu
Lang-Thuong où se rendait également le général de Négrier
siKCK i)K Ti yi:n-qi:\> ,117
rjni parlait le même jour de la rapilalc pour proïKlre la direc-
tion •générale dos opérations. Négrier enlevait Kep le 8 oc-
tobre après un sanglant combat et arrivait le 1 1 à Phu-
Lang-Thuong ; Donnier, de son côté, livrait une série de
combats à Chu les 10 et 1 1 octobre. On s'occupa de l'orga-
nisation des défenses de Kep et de Chu.
Le 3 janvier i885, Bricrede Plsle était nommé général de
division et au commencement du même mois arrivait, avec
des troupes de renfort et le colonel Giovanninelli qui devait
prendre le commandement de la première brigade. Des re-
connaissances furent faites sur la route de Lang so'n ; les
deux brigades réunies le 2 février dans la plaine de Chu,
marchèrent en avant et livrèrent successivement les combats
de Ïay-Hoa (li février), de Ha-Hoa (5 février), de Dong-
Song (6 février); les Chinois en fuite furent poursuivis par
(îiovanninelli ; la marche fut reprise le 10 février et Deo-vy
occupé; les combats de Pho-vy (11 février) et de Bac Viang
(12 février) nous ouvrirent la route de Lang-so'n ; nous trou-
vâmes la citadelle évacuée et nous entrâmes dans la ville sans
coup férir ( 1 3 février) * .
SIÈGE DE TUYEN-QUA?! (23 NOVEMBRE 1 884-3 MARS l885)
Il n'y avait pas de temps à perdre pour dégager Tuyen-
quan assiégé par les Pavillons Noirs et les troupes régulières
du Kouang-Si depuis le 23 novembre ; à cette époque la
garnison de cette place était composée de: deux compagnies
de la légion : 8 officiers, Sgo hommes ; artillerie de marine
(résection de la 2" batterie Aw): i officier, 3i hommes;
génie (/|® régiment): 8 hommes; infirmiers (lô'' section):
I. Commandant Lccomte... — Lang-Sou. Combats, Retraite et
Xégociations. Paris |et] Limoges, Henri Charles- La vauzelle, 1895, gr.
in-8.
3i8 L'APrAiRc tiu TiiNc-Ki>r.
31iomines; ouvriers d'admînislralion (i5'soction): 3 hom-
mes; (imtllcurs tonkinois (i"" régiment, 8" compagnie); 2
oITicîcrs, 162 liommes. Le aS no%embrc, i"é(at de siège était
déclare el nn conseil de défense élait constitué avec le com-
mandant Dominé, présidenl, le héros de la défense, le capi-
taine Caltelin, de la légion, le lieiilenatit Derappe-
commandant d'artillerie el le sergent Itobillot, clicf du
génie. Je ne raconterai pas une fois de phis les péripéties de
ce siège glorieux dont on devra lire l'hisloirc dans le rapporl',
sublime dam sa simplicité, du commandant Dominé. Ilappc
Ions (juc le sergent Bobillot fut blessé mortellement le 18
février. — I^ colonel riiovnnninclli quittant Lang-s'on le iG
fé\rier, marcba siu- Bac-Hat, au confluent de la rivière
Claire el du fleuve Hnuge; la colonne de secours était réunie
sous les ordres du général en cbcf, le 27 février, à Pbu Duan
011 le colonel GiovanninclH élait arrivé la veille; après le
combat de lloa Moc (2 et 3 mars 1880), Tuyen-Qiian est
dégagé, et le 3 mars à 2 heures de l'aprî-s-midi, le général en
cbef y pénètre avec la brigade Giovanninelli.
PRISE DKS PESC.VDORES, 3l MAHS l885
l,e :i2 mars, l'ainiral Courliet élait reparti [>onr Kiloiing,
purs il partait, après une escale à Taï-Wun, pour les îles
Prscadores, ou I*ong bou, dans le canal de Formosc: le ay,
il entrait à 7 heures du matin dans la liaie Pong-iion, avec !e
HfiY'in/ el la Trinmi>kiiitle, suivis du Ouchnffinil ; un feu bien
nourri l'accueillit; à 9 heures et demie, les canons chinois
étaient réduits au silence; à cinq heures, nos troupes débar-
I . (le rapport a paru dan» lu Journal offifiel ; il a Ho réimprime en
un vol. ii].:<3 par Charliti-I^vaiizcllt', <?n l8R5.
— Tuyeii-Qunn pendant le fiiège, pur Tli. BoisM'I. siiinùnicr au
corjn cxpéililionDiiro du Tonkin. — Extrait do la Itevue chrétienne.
Parii, FiichUchcr, i885, In-, in-8.
fjiioronl : le barrage du port de Makoiig lui flrlriiil par los oui
barcalions de la Triomphante] après quelques pelils couibats,
le 3i mars le pavillon français était bissé sur le fort de
Makong; nous eûmes du 29 au 3i mars 5 tués et 12 blessés
légèrement; les Chinois perdirent 3oo à 4oo des leurs.
Le 26 février, le gouvernement se décida tardivement à
traiter le riz comme contrebande de guerre. On n'a frappé
un coup réel à la Chine que lorsque la France a arrêté le
transport des armes et des munitions en Chine et les arrivages
du riz dans le Nord.
JAMES DLNCAN CAMPHELI,
Les choses auraient pu longtemps encore traîner en lon-
gueur si des circonstances imprévues et une diplomatie d'occa-
sion n'étaient venues nous sortir d'une ornière où nous nous
enlisions déplus en plus. Le secrétaire des douanes chinoises
a Londres, M. James Duncan Campbell vint à Paris le 10
janvier i885, suivant les instmctions de Sir Robert Hart,
pour y traiter ofliciellement de la question du maintien des
phares sur la côte de Chine, dans l'intérêt de la navigation
de tous les pays. Le 11 et le 24 janvier, M. Campbell fut
reçu par M. Ferry, au sujet de la saisie en octobre i884 à
Formose du Fei-hoo, bâtiment du service des phares de la
douane chinoise. Le 24 janvier, M. Campbell eut l'occasion
de faire lire des télégrammes de Sir Robert Hart à M. Jules
l'erry ; c'est là, le point de départ de négociations qui durè-
rent jusqu'au 20 juin suivant. Il est curieux de voir une
fois de plus employer ce procédé peu diplomatique qui
consistait à laisser ignorer aux agents du département et en
particulier à notre Ministre en Chine, dos négociations con-
duites à côté et en dehors d'eux. M. Ferry, satisfait des dé-
clarations de M. Campbell, consentit à écouler les proposi-
tions de Sir R. Ilart.
.^ *i-^-^m» ■*- T:!*-»
020 i/affauie du tong-king
TÉLÉGRAMME HART, 26 FÉTRIEH l885
Le 26 février i885, Sir Robert Hart adressait de Pé-King
à M. Cainpbell le télégramme suivant pour être communiqué
à M. Jules Ferry, président du Conseil, ministre des affaires
étrangères :
« L'empereur a autorisé la proposition des quatre articles
suivants :
« i« D'une pari la Cliinc consent à ratifier la Convention de
Ticn-Tsin de Mai i884, et d'autre part la France consent à ne
rien demander de plus que ce qui est stipulé par cette conven-
tion.
« 3° Les deux Puissances conviennent de cesser les hostilités
partout» aussi vite que les ordres pourront être donnés et reçus,
et la France convient de lever immédiatement le blocus de
Formose.
« 3" La France convient d'envoyer le Ministre dans le Nord,
c'est-à-dire à Ïien-Tsin ou Pé-King, pour arrangerle traité détaillé,
et les deux Puissances fixeront alors la date |X)ur le retrait des
troupes.
a /|» M. James Duncan Campbell, commissaire et secrétaire
détaché de l'inspecteur général des douanes impériales maritimes
chinoises, de deuxième classe du rang civil chinois et oflicier de
la Légion d'honneur, est chargé de pouvoirs comme commissaire
spécial de la Chine pour signer ce protocole avec le fonctionnaire
nommé par la France, pour servir d'entente préliminaire. »
Le 27 février. Sir Robert Ilart recevait duTsoung-li Vamen
les pouvoirs nécessaires pour traiter, ainsi qu'en témoigne
la note remise par Li Houng-tchang à notre consul, M. Ilis-
telhueber le 6* jour de la 2^ lune (22 mars i885) :
Lettre secrète du Tsoung-li Yamen, du 5* jour de la a* lune
(le 31 mars i885) :
L'Inspecteur Général des Douanes llarta précédemment rédigé
un projet d'arrangement en trois articles, qu'il a adressé par le
télégraphe au Ministre des Affaires Étrangères, M. Ferry, en
ri;LK(;n\MMK iivkt .)'ji
char^i'aiit le CiOininissurr des Douanes (]ainpb(>ll de signer à sa
place. Le ii do la r*' lune (le ^(J février), nous en avons informé
le Trône cl nous avons reeu un Décret ordonnant qu'il soit fait
coninie nous avons proposé. Nous avons, en outre, annoncé
aujourd'hui ni^ine au Tronc que, — comme garantie d'aullienti-
cité. - le surintendant des Ports du Nord Li donnerait connais-
sance de ce qui précède au Consul Ristelhueber, qui le trans-
mettrait télégrapliiqucment au Ministre des Aflaircs htrangères,
M. Kcrry. afin que celui-ci pût prendre une décision à cet
égard *.
Celle lellrc est inléressanle à rapprocher do relie de noire
Ministre de Chine' qui n'était pas en coninninicalion avec
Sir Robert Hart:
De toute façon, il est intéressant de noter qu'alors que l'Ins-
|)ecteur Général des Douanes affirme avoir été chargé par un
Décret secret d'entrer en négociations avec nous, « h l'exclusion
de Li Iloung-tchang cl de tous les Ambassadeurs Chinois en
Kurope », le Vice-Hoi du Tché-li assure, de son ciMé, avoir été
in>ité, par un autre Décret également secret, à s'assurer de nos
conditions. Il n*csl pas impossible du reste, que tous deux aient
obtenu sur leur propre demande, Tautorisation de rouvrir \vs
pourparlers, en se faisant fort de nous amener à de nouvelles con-
cessions. Quant à l'altitude mystérieuse que Sir Robert Hart
prétendait garder vis-à-vis de Li lloung-tchang, vous savez
aujourd'hui ce qu'il convenait d'en penser. C'est le Vice-Roi, en
elTel, (pii vient de remettre à notre Consul à Tien-Tsin la Com-
nmnication du (iouvernement Chinois (en date du 33 mars)
destinée k confirmer la réalité des pouvoirs conférés à M. (iamp-
bell. Si Li lloung-tchang est dans le secret, on peut se demander
ce que pourrait bien signitier la recommandation faite par Sir
Robert de ne pas laisser sou|)vonner à ce Mandarin la mission
dont il était investi par le Tsoung-li Yamen.
Les négociations j)oursuivies d'un côté par M. Billot, di-
I. Pour tnidiiction conforme, sign. : A. Vissière.
3. M. l^atenôlro au Ministre des afTaircs étrangères, ChangHaï, ?5
mars i885.
rocteurdc!4 aiïaJrcs politiques, de l'autre par M. CampbcU et
Sir Robert Hnrt, tous désireux de réussir, avaient toutes
cliances d'aboutir. Un malbcurcux événement militaire faillit
tout compromettre.
PAÎIIQLE DE LA>"G-S'o?l, 28 MARS |S85
Craignant un mouvement offensif des Chinois, dans le
Nord du Tong-King, le général de Négrier avait fait faire
des reconnaissances de cavalerie, aux environs de Lang-s'on.
Le 28 mars, dans un combat livré à Ky-lua, il était blessé
grièvement d'wne balle à la [witrine' et remettait le comman-
dement à son second, le lieutenant-colonel llerbmger, depuis
seulement trois mois au Tong-King; il était déjà déplorable
qu'il n'y côt pas un autre oITicicr de plus haut grade: il
l'était plus encore que l'oflicier second en grade ne fût pas
dans un état d'espritqui lui permit d'envisager la situation de
sang-froid '. Quand Négrier fut blessé, nos troupes étaient
victorieuses et les Cliinois en retraite; nous n'avions qu'à
rester en place, mais le colonel Herbinger croyait a l'arrivée
de renforts chinois, d'ailleurs l'évacuation de Lang-s'on était
apparemment décidée depuis quelque temps dans son esprit ;
malgré l'avis du général blesse et des commandants Diguel,
du 3" bataillon de la légion étrangère, et Servîère, qui étaient
auTong King depuis février i88i, il ordonna la retraite qui
s^^ changea en panique, lorsque le colonel Herbinger fit jeter
I. R Son visage étail livide. Kprb* examen da la yossiiro, [omcd(>cin-
major Zulior t'exprima do la manière Buivanlo : « L'élat est inquiétant.
Si l'csloaiic eit loiichË, le blesse est perdu. Dans le cas eoniraire, et s'il
n j a aucune complication, ce no sera qu'un sétan plu; ou moina long k
guérir. » Carteron. p. 388.
1. .\ Ling-a'on, le 38 man au soir, à Than-MoT, lo 3o mars, le lieu-
tenant- colonel Herbinger était dans un état do suroicitakion qui l'em-
pâchait de jouir do taules tes faculté», n Rapport du cdoDel BorgoU-
Desbordes, Chu, a4 avril i885.
PAMC,.1K l.K HNO-s'nN 5a3
dans !e Sonfr-kî-kong le trésor ( 1 3o ooo piaslres =:: 585 ooo
francs) et une ballerie de .'i rayée de monlagno, évacua
Lang s'on ol se relira sur TanliMoï el Dnng-song où fui
liïi-é un combat, puis de Dong-song à Chu'.
Celle jianiquc scmlile avoir gagné jusqu'au général en
i-hcf, ïipux soldat éprouvé, et on ne s'explique pas que
Hrim' de l'Isle ait pu envoyer le lélégraniinc suivant en
rl.,iv :
J'ai la douleur Ac vous annoncer blfssurc grave général \é[tricr
et évacuation de Lnnfi;-.s'nn. Ijni Chinois, délmucliaut par grandes
masses sur trois colonnes, ont attaqué avec impétuosité nos |H>si-
lions en avant de Kj-I.na. Le colonel Ilerbinger, devant cette
grande supériorité numérique et ayant épuisé ses munitions,
m'informe qu'U est obligé de rétrograder sur Dong-song et Tanli-
Moï. Je concentre tous mes moyens d'action sur Clm et kep.
I. 'ennemi grossit toujours sur le Fleuve Rouge, de telle sorte que
nous avons sur les bras toute l'armée cbinoisc Inslniile à l'ciiro-
piVnnc el [mraLssant suivre un plan bien concerté -. Quoi qu'il
arrive, j'es|)cre pouvoir défendre tout le Delta. Maïs je demande
au (iouverncmcnt de m'cnvoyer très prompts renforts : hommes,
munitions, i
Ce télégramme était d'aulant plus déraisonnable, que le
général lïrièrc de Tlsle, mieux renseigné, envoyait le i" avril,
AU ministre de la guerre, une dépêche, infmimcnt moins
alannanlc:
Kvacnalïon Ling-son et surtout précipitation retraite dues a
fiiililcsse commandement après blessure Négrier, brigade avait
^illgt jours vivres et munitions suflisanles pour attendre convois
en roule cl annoncés. Batterie !i rayée jett-c dans la rivière par
ordre, trésor également abandonné par ordre; tout cela après
[. l.iTfiiiilp. Lnngsan. — Siiuyenirs de la campagne du TohUii,
l^r II Cartonin. Paris. i8(|i. in-». — Lu Vérité sut- ta relratle de
/.aiig-son..,, par Jicqnea llarnunt. Paris, iSijs, în-ii.
3. Journal o/fieiet. Doc. Pari., juillol 1886. p. 706.
-"■'."^f
Oa/l l/\FFAIRE DU TONG-RING
réussite conlre-al laque sans perles sensibles. Mc^nie précipilalion
pour évacuation Doug-Song avec encore moins raisons. Chinois
jusqu'à présent paraissent se borner occuper leurs anciennes
|K)sitions nord Deo-Quan-Dco-van.
En somme, situation non compromise et meilleure que pou-
vaient faire supposer renseignements alarmants arrives depuis
quatre jours. Vais faire enquête à Chu et enverrai Jlerbinger
devant conseil s'il y a lieu.
Mais le coup était porté. Dans la séance de la Chambre
du 3o mars, M. Jules Ferry donnait sa démission. Son dé-
part ne fut pas une retraite, mais une fuite devant une mciite
déchaînée par ses pires ennemis, il aurait annoncé la con-
chîsion de la paix qu'il avait pour ainsi dire dans sa poche,
qu'on ne l'aurait même pas écoulé. Ce fut un des spectacles
les plus écœurants que nous offre l'histoire parlementaire,
que celui de cet homme, ardemment dévoué à son pays,
chassé par une bande de politiciens avides de pouvoir qui
n'avaient que la plus vague conception de ce que doit être la
politique extérieure d'un grand pays. Ferry n'a pas eu à at-
tendre la postérité pour être vengé; beaucoup parmi ceux-là
même qui le bafouèrent ont reconnu leur erreur qui fut
moins la leur que celle de meneurs jwussés par les plus
mauvaises passions.
Au moment même où Jules Ferry donnait sa démission
(3o mars), la Chine acceptait nos propositions. Pour éviter
toute difficulté, le directeur politique au Ministère des aflaires
étrangères, M. Billot, était autorisé par le Président de la
République, M. Grévy, à signer un armistice avec M. Camp-
bell, représentant la Chine \
1. Le l'i mars, Sir R. Hart avait télégraphié à M Ferry, qu'ua décret
impérial du 37 février avait designé M. Campbell pour signer le protocole
comme commissaire spécial de la Chine.
PROTOCOLE DU t\ AVRIL 1 885 b'i'ô
PROTOCOLE DU l\ AVIIIL iSSf)
Protocole dressé à Paris, le ^ avril 1885, entre la France et
la Chine, pour consacrer la suspension des hostilités entre
les dewr pays.
Entre M. Billot, Minisire plénipotentiaire, Directeur des
afTaires politiques au ministère des afTaire^s étrangères à Paris, et
James Du nean Campbell, Commissaire et Secrétaire non résident
de l'Inspecteur général des douanes impériales maritimes chinoises,
de a" classe du rang civil chinois et OfTicier de la Légion d'hon-
neur, dûment autorisés l'un et l'autre par leurs gouvernements
respectifs.
Ont été arrêtés le Protocole suivant et la note explicative ci-
annexée :
I. Protocote.
Article premier. — D'une part la Chine consent à ratifier la
convention de Tien-Tsin du ii mai i884, et d'autre part la
France déclare qu'elle ne poursuit pas d'autre hut que Texécu-
lion pleine et entière de ce traité.
Art. 3. — Les deux puissances consentent à cesser les hostilités
partout, aussi vite que les ordres pourront être donnés et reçus
et la France consent k lever immédiatement le blocus de For-
mose.
Art. 3. — La France consent à envoyer un ministre dans le
Nord, c'est-à-dire à Tien-Tsin ou h Pé-King, pour arranger le traité
détaillé et les deux Puissances fixeront alors la date pour le
retrait des troupes.
Fait à Paris, le /| avril i885.
Billot. Campbell.
II. Note explicative du Protocole du 4 avril i885.
I. Aussitôt qu'un décret impérial aura été promulgué ordon-
nant la mise à exécution du traité du ii mai i884et enjoignant
par conséquent aux troupes chinoises qui se trouvent actuelle-
ment auTong-King de se retirer au-delà de la frontière, toutes les
opérations militaires seront suspendues sur terre et sur mer à
5a6 L*AFFAIRE DU TOXG-RING
Formoso cl sur les cotes delà riliiiie; les commandanlsdos troupes
françaises au Tong-Ring recevront l'ordre de ne j>as franchir la
frontière clii noise.
n. Dès que les troupes chinoises auront reçu l'ordre de repas-
ser la frontière, le hlocus de Forinose et de Pak-lloï sera levé et
le ministre de France entrera en rapport avec les plénipotentiaires
nommés par l'Empereur de Chine, pour négocier et conclure,
dans le plus href délai possihlc, un traite définitif de paix,
d'amitié et de commerce. Ce traité fixera la date à laquelle les
troupes françaises devront évacuer le nord de Formose.
III. Afin que Tordre de repasser les frontières soit communiqué
le plus vite possible par le gouvernement chinois aux troupes de
Yun-Nan, le gouvernement français donnera toutes facilités pour
que cet ordre parvienne aux commandants des troupes chinoises
par la voie du Tong-King.
IV. Considérant toutefois que l'ordre de cesser les hostilités et
de se retirer ne peut parvenir le même jour aux Français et aux
Chinois et à leurs forces respectives, il est entendu que la cessa-
lion des hostilités, le commencement de l'évacuation et la fin dt»
l'évacuation auront lieu aux dates suivantes :
Les lo, 3oet 3o avril, pour les troupes à l'est de Tuyen-Quan.
Les 20, 3o avril et 3o mai, pour les troupes à l'ouest de cette
place.
Le commandant qui, le premier, recevra l'ordre de cesser les
hostilités, devra en communiquer la nouvelle h l'ennemi le plus
voisin et s'abstiendra ensuite de tout mouvement, attaque ou
collision.
V. Pendant toute la durée de l'armistice et jus(]u*à la signature
du traité définitif, les deux parties s'engagent à ne porter à For-
mose ni troujMîs ni munitions de guerre.
Aussitôt que le traité définitif aura été signé et approuvé par
décret Impérial, la France retirera les vaisseaux de guerre
employés à la visite en haute mer, et la Chine rouvrira les |>orts
à traités aux bâtiments français.
Fait k Paris, le 4 avril i885.
Billot. Campbell.
Le lendemain, 5 avril, Sir R. Hart télégraphiait à
M. Campbell :
Bravo ! Bien fait. Mes remerciements cl mes congratulations.
EXPOSÉ A l,'*PPL"I Dl' TRAITÉ DU 9 JL'IN [885 637
La nouvelle de la panique de Langi-so'n, connue à Clianfr-
llaï le 3i mars, n'avait pas heuix?usenien( modifié les idées
des Ciiinois et emijèclié la signature du protocole.
Pour gagner du leni|>5, M. Georges (logoixlan, sous-din-c-
leur à lii direction jKililique, el M. Cumplx-ll, agent de Sir
Itoliert Harl, commencèrent inmiédiatemeril à étudier un
projet de traite de paix ; rc fui aver- le pins grand désir
d'iirriver h une prompte solution, que les pourparlers furent
engagés, et à la fin d'avril i885, M. Caniphell était eit [xjs-
session d'un pntjet de traité. M. Hnrt était Iit'-s désireux de
voir alxiutir, et dans une lettre envoyée au milieu du mois
de mai à son agent, il écrivait coite plirase si caractéristique
de s«jn/ifiNiou/'.' « Ajoutez que le devoir de l'obslélriquc di
plomatiqiie est maintenant d'assurer un heureux accouche-
ment; c'est-à dire le traité [jourrait être blessé »
I.e traité fut enfin signé le çf juin par Lî Itoung-tchang
el notre ministre à Tien-Tsin, M. Patenùtre. Celui ci sur
l'invitation du Ministre des Affaires étrangères avait quitté
Chang-llaï pour Tieu-Tsin le ly avril i885 ; en même lem|)s
que lui, arrivaient dans cette ville deni: membres du Yamcn,
Si-lchen cl Teiig Tcheng-sieou qui devaient signer le traité
avec Li.
EXPOSÉ A l'aPPL'I du THAITÉ dl 9 JUIN 188Û
Le 22 juin i885, le ministre des Affaires étrangères pré-
seiiLait aux Chambres un ex[HJsé h l'appui du projet de lui
de sanction du traité :
Mi'saieurs, le protocole signé à Parii'. le (i avril dernier,
consacrail comme vous vous le rappelez, une suspension d'armes
entre la France cl la Chine. La Chine s'engageait à rappeler ses
IrotipesduTong-king.etla France, tout on maintenant les mesures
dostiiices à em{Mk;her la contrebande de guerre, promettait de
lever le htocus de Formose. Les deux Gnuvcrneineiils devaient.
•■% ■
SaS l'affaire du tong-king
en outre, ouvrir immédiatement des conférences p:)ijr préparer
un traité de paix sur les bases de la Convention préliminaire,
signée le ii mai de l'année dernière à Tien-Tsin.
Les dispositions du protocole du l\ avril ont été exécutées de
part et d'autre avec un sincère désir d'arriver à une solution sa-
tisfaisante du conflit. Si le Tong-King n'a pas encore été complète-
ment évacué ù l'heure actuelle, bien que les délais ilxcs soient
expirés, il faut reconnaître que les parties encore occupées par
les Chinois et les Pavillons noirs sont des régions montagneuses,
d'un accès difficile, où les mouvements de troupes sont particu-
lièrement malaisés en cette saison. 11 appartient aux autorités
militaires françaises de se concerter sur place avec les comman-
dants des forces chinoises pour terminer cette évacuation qu'au-
cun mauvais vouloir d'ailleurs ne parait devoir retarder.
Quant aux négociations pour la paix, elles ont abouti à la con-
clusion d'un traité qui a été signé à Tien-Tsin, le 9 de ce mois,
par M. Patenôtre, au nom de la France, et, au nom de la Chine,
par Li Houng-tchang, Vice-Roi du Tché-li. et deux membres du
Tsoung-li Yamen, désignés pour l'assister. C'est ce traité que
nous avons l'honneur de vous présenter aujourd'hui, dans la
ferme confiance que vous y trouverez, comme nous, les éléments
d'une paix durable avec le vaste Empire dont nous devenons les
voisins.
Le but, que la politique française poursuit depuis plusieurs
années dans la péninsule indo-chinoise, est d'assurer la pacifica-
tion de l'Annam et particulièrement du Tong-King, afin d'ouvrir
cette région à l'industrie et au commerce européens.
L'appui que les Annamites trouvaient au dehors a été la prin-
cipale cause des difficultés auxquelles nous nous sommes heurtés.
Ils recevaient, en effet, de leurs voisins, non pas seulement des
contingents militaires, mais des encouragements et une assis-
tance morale qui les enhardissait à nous braver et à violer les
engagements qu'à plusieurs reprises ils avaient souscrits envers
nous. 11 importait donc, avant tout, de faire cesser un état de
choses incompatible avec l'exercice paisible, régulier, de notre
protectorat, et cela, en obtenant de la Chine la promesse de ne
plus intervenir dans les affaires de l'Annam. A cet é^ard, les
articles i et 3 du présent traité nous donnent des assurances
positives et vous constaterez sans doute avec satisfaction qu'ils
consacrent formellement de la part de l'Empire du Milieu la
reconnaissance de nos droits sur l'Annam.
EXPi>s£ A L'APi'ti m* TUAiri; nu 9 juin i885 Sag
La Uiinc AOnj^agu n th' gtlus l'aire l'rnnchir par ses troupes la
frontiiTC du Tont;-kin^', et elle |iromel de resin-cter les Iraîtés et
an- ange ment s que nous avons conclus, ou que nous gtourrons
conclure avec l'Annani. Ci-s arranfîemeiUs, Messieurs, vous les
eoiumisscz: ils font, à l'Iii-urc aciiielje. l'objel du traité de IIul',
qui a ttc tout récemment soumis à votre approbation et qui
institue, en termes formels et explicik's, le proicctorat de la
Krnnce. Parmi les clauses du traité de llué ligiirc un article stl-
]>ulant que l'Annam n'aura de relations diplomatiques que par
rinlcrmédiairc de la Krance. Kapproché de cette disposition,
l'article -i du traité do Tien-Tsin nous donne toutes les garanties
désirables.
Quant aux rapports de voisinage entre l'Annam et la Cliine,
motivés par le contact des populations ainsi que |iar les besoins
du commerce et de l'écliange. non seulement il ne pouvait en-
trer dans nos vues de les supprimer, mais il est de notre inlértl
de les étendre. Aussi avons-nous souscrit avec plaisir ii la requête
de la Cliinc d'entretenir dans le Tong-Kiiig, à l'inslar de ce que
nous faisons chez elle, un certain nombre de consuls sur des
points déterminés d'un commun accord.
Désireuse de constater que toute communication avec l'Annam
ne lui serait pas interdite, la Chine nous a demandé d'intro-
duire cette mention dans l'arliclc a. Nous avons tenu toutefois
à spécifier <|uc ces rapports seraient, en tous cas, renfermés dans
le cercle du présent traité, c'est-à-dire qu'ils ne jmun'aient jamais
rouvrir la question des relations [lolitiqucs (jue le traité de Hué.
sanctionné par celui-ci, a délinilivcmcnt fermée.
l>e sou côté, la Cliine a stipulé que ces rapports ne pourraient
point porter atteinte à son antique prestif^t*. C'est là une clause
dérivée de l'article U de ta convention de Tien-Tsin de 188/1 et
qui est tnapiréc du même esprit. Nous \ avons consenti, mais à
la condition que le mot de presligo, un |>eu vague et susceptible
de fàclicuscs extensions, serait remplacé par le terme plus jirécis
de di'jnilé.
Les articles 1 et a qui viennent d'être commentés contiennent
la partie à proprement parler politique du nouveau Irailé. Nous
passerons un peu plus rapidejiieiit sur les aulivs, dont la plu-
jtart s'expliquent d'eux-mêmes. Tel est le cas uolamment des
articles 3 et 4 qni stipulent, l'un, une délimitation de la fron-
tière entre la Chine et le Tong-King. l'autre, certaines formalités à
imposer aux personnes qui voudront franchir cette rronliî're.
COKUIEH. II. — 3i
- - 1 ".'-■"
53o i/aFFAIUE du TONG-KING
Les arlicles 5 el 0 s'occupent des rapports commerciaux entre
l'Annam et les provinces chinoises du Yun-Nan, du Kouang-Si el
du Rouang-Toung.
Les détails de l'organisation sont réservés à une Commission
spéciale; mais les principes sont posés. On s'est inspiré des règles
établies par les traites existants entre la Chine et la seule puis-
sance européenne qui ail eu jusqu'ici une frontière commune
avec l'Empire du Milieu, c'est-à-dire la Russie. Deux points de
la frontière seront, dés à présent, désignés pour servir d'entrc-
j)ôl aux marchandises qui transiteront entre les deux pays et de
résidence aux négociants européens qui entreprendront, dans les
provinces chinoises voisines du Tong-King. des opérations de com-
merce. Quant au tarif d'importation et d'exportation auquel la
Chine soumettra ces marchandises, il sera inférieur à celui qui
est actuellement en vigueur dans les ports ouverts, sauf toute-
fois pour le commerce entre le Tong-King et le Kouang-Toung.
Celte dilTércnce s'explique clairement, si l'on songe que la dimi-
nution des tarifs est en quelque sorte la compensation des frais
de transport par terre.
Le Kouang-Toung n'étant limitrophe du Tong-King que dans le
voisinage immédiat de la mer, il était naturel de ne pas abaisser
les tarifs pour les marchandises qui en sortiront ou y entreront.
L'article 7 prévoit la création de voies de communication au
Tong-King et en Chine, |K)ur rendre plus fr éq uen tes el pi us suivies
les relations commerciales (jue les deux arlicles précédents ont
pour objet de préjwrer. Le moment où la Chine construira des
chemins de fer ne parait pas éloigné, car la lutte engagée à Pé-Ring
entre les hommes attachés aux anciennes habitudes et ceux qui
désirent faire bénéûcier leur patrie des progrès réalisés en Eu-
rope, semble près d'aboutir au triomphe des idées nouvelles. 11
est' convenu (ju'alors le Gouvernement impérial fera appel à nos
^ industriels el à nos ingénieurs. Ceux-ci trouveront dans l'im-
mense empire chinois un nouveau champ d'activité, en même
temps qu'ils contribueront à un rapprochement plus intime entre
les deux pays.
Les trois derniers articles du traité stipulent, comme vous le
pourrez voir, des délais ])our la revision éventuelle de certaines
clauses, la suspension des opérations militaires de la flotte fran-
çaise, l'évacuation des poinls encore occupés par nous sur le
territoire chinois, la remise en vigueur des anciennes conven-
tions et la raliiicalion du présent traité. Sur ce dernier point il
a ûli: convenu que lu Hnnclioii ilc l'<;iii|K!rciir de Chine aurait
lieu i m média te 111 eu t : clic esl depuis le la de cv mois, un fait
accompli.
Il nous a. dès Inrs. paru désii-Hblc <|ue la raliliralioii du Gou-
vernement de la lti'-pnl>lii]ue IVil dilléiiV le moins l«ii^'lein|xs pos-
sible. D'autre puri, niiir> avoiis pensé qu'il U|i|)arteiiail k la
(ilmmbre actuelle de clore, a\anl du se sépaivr, la question dont
elle avnil si laborieusement |>oursuivi la solution, de concert
C'est pour celle double raison que nous n'avons pas attendu
l'arrivée en France de l'in-strument authentique du traité du g
juin, et que nous préMMitons au l'arteineiit un li'\tc transmis
par la voie lélé^'raphiijue, mais dont l'etaclilude a été soi^'ucusc-
inent contrûléc.
Si. comme nous l'espérons. Messieurs, le traité du <| juin i885
vous parait devoir ùtre accepté, nous vous prions de vouloir bien
voler le projet de loi dont lu Icneur suit :
B Article unique. — Le président de la République est auto-
risé à ratilier cl à faire exécuter le traité de pai.v. d'nmilié et de
commerce conclu entre la Krance et la Cliine, à Tien-Tsin, le
(| juin iHSb. el dont une copie est jointe à la présente loi. «
TBAiTÉ DE tie:i-tsi^, <) JUIN i88û (patenÔthe)
Le Président de la République française el Sa Mnjeslé l'Empe-
reur de Chine, animés l'un el l'autre d'un éj,'ûl désir de mcllre
un ternie aux dinicullrâ auxquelles a dpnné lieu leur interven-
lion simultanée dans les alTaires de l'Annam et voulant rétablir
el améliorer les anciennes relations d'amitié el de commerce qui
ont existé entre la France et la Cliine. ont résolu de conclure un
nouveau traité réjiondant au!i intérêts communs des deux na-
tions en prenant pour base la convention préliminaire si^ni-e à
Ticn-Tsin. le II mai i$8^, ralilîée par décrel impérial le l'i
avril i885.
A cet elFel, les deux Hautes Parties conlraclanles ont nommé
|x>ur leurs Plénipotentiaires, i» savoir ;
Le Président de la République Française. M. Jules IV^tcmStiik,
envoj'é extraordin.-iire et .Ministre pléni paient iaire de France eu
Chine, nilicier de la Légion d'Iionneur, ^'raiid-croix de l'ordre de
l'Etoile polaire de Suède, etc.
/ •
532 LAFFAIHE DU TONCi-KING
Et S. M. rEinpereur de Chine, Li Holng-tciiang, coinniissaire
impérial, premier grand Secrétaire d'Etal, grand Précepteur
honoraire de l'héritier présomptif. Surintendant du coinmerce
des [x>rts du Nord, Gouverneur général de la province du Tcho-li,
appartenant au premier degré du troisième rang de la Noblesse,
avec le titre de Sou-yi ;
Assisté de Si-Tciien, Commissaire Impérial, Membre du Con-
seil des Affaires étrangères, Président au Ministère de la Justice,
Administrateur du Trésor au Ministère des Finances, Directeur
des Ecoles pour l'éducation des officiers héréditaires de Paile
gauche de l'armée Tartareà Péking, commandant en chef le con-
tingent Chinois de la Bannière gauche à bordure;
Et de Teing Tciie\g-su:ol, Commissaire impérial. Membre du
Cérémonial d'Etat;
Lesquels, après s'être conununiqué leurs pleins pouvoirs qu'ils
ont reconnus en bonne et due forme, sont convenus des articles
suivants :
Article premier. — La France s'engage à rétablir et à main-
tenir l'ordre dans le^ provinces de l'Annam qui confinent h
l'Empire chinois. A cet effet, elle prendra les mesures nécessaires
pour disperser ou expulser les bandes de pillards et gens sans
aveu qui compromettent la tranquillité publique et pour em|>ô-
cher (pi'elles ne se reforment. Toutefois, les troupes françaises
ne pourront, dans aucun cas, franchir la frontière qui sépare le
Tong-King de la Chine, frontière (jue la France promet de respecter
et de garantir contre toute agression.
De son côté, la Chine s'engage à disperser ou h expulser les
bandes qui se réfugieraient dans ses provinces limitrophes du
Tong-King et à disperser celles qui chercheraient h se former sur
son territoire pour aller porter le trouble parmi les populations
placées sous la protection de la France, et, en considération des
garanties qui lui sont données quant à la sécurité de sa frontière,
elle s'interdit pareillement d'envoyer des troupes au Tong-King.
Les Hautes Parties contractantes fixeront, par une convention
spéciale, les conditions dans lesquelles s'effectuera l'extradition
des malfaiteurs entre la Chine et l'Annam.
Les Chinois, colons ou anciens soldats, qui vivent paisible-
ment en Annam, en se livrant à l'agriculture, à l'industrie ou
au commerce et dont la conduite ne donnera lieu à aucun
rcproche, jouiront pour leurs personnes et pour leurs biens de
la même sécurité que les protégés français.
AiiT. 3. — La Cliinn, ili'ndtV à ne rien fuire qui puisse com-
promctlre l'œuvre i\e pncificalion cntrcjiriso i«ir i<i France, s'en-
i^atic ît rrspcclcr. dnns le pnWnt ef tlnns î'fiveiiir, les Irnil^s.
roiivmlions cl arrariRrinciils (lïroctrmeiil iiilervcniis ou h inter-
venir rnlre la Frnnco et TAnnani,
Kn tr qui eonrerne les rapporis entre !a Chine cl l'Aiinnin.
il i-sl entendu qu'ils senml de uiilure à ne point jjorter atteinte
à la dif;nito de l'Kinpire chinois cl à ne donner lien a aucune
violalion du présent traité.
Art. 3. — Dans'iin délai do si\ mois, à partir de la sif;naturc
du présent Irailé, des cnnimissnires désignés par les Hautes Par-
tics conlractantes se rendront .«ur les lieux pour reconnaître la
frontière entre la Chine et le Ton^-Kinj^. Ils jNweront, |>arloi.it nù
besoin sera, des homes destinées à renilre appan-nte la lif^ne de
démarcation. Dans le cas ot'i ils ne pourraient se mettre d'accord
sur rcmplaceinent de ces hornes ou .Jur les reclilieations de di'--
tail qu'il {wurrait y avoir lien d'np|K)rter à la rronticro actuelle
duTon;î-kin;j[, dans l'intérêt comnmn desdeuY pavs, ils en rcfcrc-
raieut à leurs pouvernemenls res|XH;tifs.
AiiT, i. — Lorstpic la frontière aura été reconnue, les Fran-
çais ou protégés français et les liabilants étranaers du Tong-kint;,
qui voudront la franchir pour se rendre en Chine, ne pourront
le faire qu'après s'iMrc munis préalablctnenl de passe|«)rts déli-
vrés par les nulorités cliinoîses de la frontière sur la demande
des autorité») françaises. Pour les sujets chinois, il sudlra d'une
nutnrisalion délivn^ par les autorités impériales de lu frontière.
Les sujets Chinois qui voudront se rendre de Chine au Tonj;-
Kinf;. |>ar la voie déterre, devront être munis de passeports régu-
liers, délivrés par les autonti''s françaises sur la demande des
uulurilés impériales.
AiiT. 5. — Le commerce d'importation et d'exportation sera
permis aux néfiiociants français ou protéfiés français et aux néffo-
cianls chinois |}ar la frontière de terre entre la Chine et le Ton;;-
King. Il devra se l'aire toutefois par certains piints qui seront
déterminés ultérieurement et dont le choix, ainsi que le nombre.
seront en rapjxirt avec la direction comme avec l'importance du
tralie entre les deux ]>aïs. 11 sera tenu compte, à cet égard, des
règlements en vigueur dans l'intérieur de l'empire chinois.
Fn tout état de cause, deiu de ces points senmt désigné-s .sur
la frontière chinoise, l'un au-<lcssus de Lao-Kay. l'autre nu delS
de l,ang-So'n. Les commerçants français |)Ourronts'ï lixer dans
J.-JI . 7- >'^' ■■«'*■■«■ V • ^~ — .^
53/j l'\kkvikk nr TONc.-RiNr,
les nirmes condilioiis ol avec les mêmes avantages que dans les
porLs ouverts au comnnyce étranger. Le gouvernement de Sa
Majesté l'Empereur de Chine y installera des douanes et le Gou-
vernement de la Répid)lique pourra y entretenir des consuls
dont les privilèges et les attributions seront identiques à ceux des
agents de même ordre dans les ports ouverts.
De son coté. Sa Majesté l'Empereur de Chine pourra, d'accord
avec le Gouvernement français, nommer des consuls dans les
principales villes du Tong-King.
Art. g. — Un règlement spécial, anncxc*au présent traité,
précisera les conditions dans lesquelles s'elTectuera le commerce par
terre entre le Tong-King et les provinces chinoises du Yun-Nan,
du Kouang-Si et du Kouang-ïoung. Ce règlement sera élaboré
par de^ commissaires qui seront nommés par les Hautes Parties
contractantes, dans un délai de trois mois après la signature du
présent traité.
Les marchandises faisant l'objet de ce commerce seront sour
mises, à Tenlréc et à la sortie, entre le Tong-King elles provinces
du Yun-Nan et du Kouang-Si, à des droits inférieurs à ceux que
stipule le tarif actuel du commerce étranger. Toutefois, le tarif
réduit ne sera pas appliqué aux marchandises transportées par la
frontière terrestre entre le Tong-King et le Kouang-Toung cl
n'aura pas d'effet dans les porls déjà ouverts par les traités.
Le commerce des armes, engins, approvisionnements et muni-
tions de guerre de toute espèce, sera soumis aux lois et règle-
ments édictés par chacun des Etats contractants sur son terri-
toire.
L'exportation et l'importation de Topium seront régies par des
dispositions spéciales (pii figureront dans le règlement commer-
cial susmentionné.
Le commerce de mer entre la (^hinc et l'Annam sera égale-
ment l'objet d'un règlement particulier. Provisoirement il ne
sera innové en rien à la pratique actuelle.
Aux. 7. — En vue de développer dans les conditions les plus
avantageuses les relations de conunerce et de bon voisinage que
le présent traité a pour objet de rétablir entre la France et la
Chine, le Ciouvernement de la République construira des routes
au Tong-King et y encouragera la construction de chemins de fer.
Lorstjue, de son côté, la Chine aura décidé de construire des
voies ferrées, il est entendu qu'elle s'adressera à l'industrie fran-
çaise, et le gou\ernemenl de la République lui donnera toutes
HAPPOBT Ali SÉNAT %lh l.Ë TBAITÉ DU 9 JUIN 1 885 535
les facilités possililes pour se procurer en France le personnel
dnnl elle aura besoin. Il est entendu aussi que cette clause ne
peut t^lre considiîrcc comme constituant un privilcge exclusif en
faveur de la France.
AiiT. S. — Les stipulalions commerciales du prcsenl traité et
les rcY'lemenl.s à inlrrïcnir |>oiiri'OTit élri! revisés après un inter-
\alle de di\ ans révolus à partir du jour de l'ét^lian^e des ^a^i^1-
calious du présent traité. Mais, au cas où six mois avant le
Icriiie. ni l'une ni l'autre des Hautes Parties cnnirncinnies n'aii-
rail manifesté le désir de proei-der ii la révision, les stipulations
commerciales resteraient en vijfiicur |iour un nouveau terme de
jile.
s forces
K et de
Art. 9. — Di's que le jin^ient Irailé aura
françiises recevront l'ordre de se retirer de h
la visite, etc., en haute mer. Dans le délai d'un mois après la
si<.'nAluri- du présent traité. l'Ile de Formo.se et les l'e.scadores
seront enlièrement évacuées par les troupes françaises.
Aht. 10. — Les di.sjHisitions des anciens traités, aceoivis et
conventions entre la France et la Chine, non modiliés par le pré-
sent traité, restent en pleine vigueur.
Le présent Irailé sera ratitié dès à [tréscnt par Sa Majesté
rFiiipeienr de Chine et, après qu'il aura été ratitié par le Prési-
dent de la Itépubliquc française, l'écliani^ des ratifications sera
fait k Pé-Kinft dans le plus bref délai possible.
Fait a Tien-Tsin en quativ exemplaires, le i) juin |885, cor-
respondant au vingt-septième jour de la quatrième lune de la
on/iètne annexa Kouang-?Siii.
(L. S.) P.ÏTESÔTBK. (L. S.) L. IIOING-TCIUMI.
(L. S.) Tkng Tchkno-sikoc.
(L. S.) Si-T.:iiEN.
liPPOIlT AU SÉS.tX SVB l.E TRAITÉ Dl' Q JtlS 1885
Dans la séance du 1 1 juillet 1885, le rap[)orL suivant * était
déposé au Sénat :
1. Journal iiffii^iel. siincdi G tévrior iSS(i ; Doc. Partuni. [Sénat],
p. Ail), anneic n" 3a<|,
53G l'akfaiui: dv tong-king
RAPPORT fait an nom de la Commission * chargée (Vexaminer le
projet de loi, adopté par la Chambre des députés, ayant pour objet
d*autoriser le Président de la République française à ratifier le
traité de paix, d'amitié et de commerce conclu entre la fronce
et la Chine, à Tien-Tsin, le 9 juin i885, par M. de Marcère,
sénateur. — (Urgence dcclarc^c).
Messieurs, le 11 mai i88/4, une convention préliminaire, pré-
lude d'une paix prochaine, avait été signée à Tien-Tsin par les
représentants des deux gouvernements français et chinois. Le
Sénat sait à la suite de quel événement cette convention resta à
l*état de projet. Ce n'est que près d'une année après. le a 6 fé-
vrier i885, que les négociations furent reprises ; et le 4 avril sui-
vant, un protocole fut signé par M. Billot, ministre plénipoten-
tiaire, et par M. James Duncan Campbell, dûment autorises par
leurs gouvernements respectifs, contenant les bases du traité à
intervenir. De part et d'autre, on s'en référait à la convention
de Tien-Tsin, qui était ratifiée par avance par la Chine, et dont
l'exécution pleine et entière était indiquée comme étant le but
exclusif poursuivi par la France.
C'est dans cet état que le cabinet actuel a trouvé les négocia-
tions. 11 les a conduites à leur terme, sans pouvoir s'écarter des
conditions acceptées par les deux parties contractantes : et le
traité soumis à la ratification du Sénat se renferme en eflet dans
ces conditions dont on a seulement précisé le sens et fixé la portée.
Le traité du 9 juin i885 débute, dans l'article premier, par
une déclaration de bon voisinage ; et il stipule les obligations
réciproques que cet état impose aux deux puissances. La France,
qui doit naturellement maintenir l'ordre dans l'Annam. sur
lequel s'exercera son protectorat, s'engage à ne pas laisser les
troupes qu'elle j>ourra employer h cet eifet, franchir la frontière
qui sépare le Tong-Kingde la Chine : « Elle promet de respecter
cette frontière et de la garantir contre toute agression. » Cet
engagement, déjà pris par elle dans l'article premier de la conven-
tion du II mai i88i, est rendu synallagmatique. Par une réci-
I. Cette commission était composée de MM. famiral Jaurcgnibcrry,
président ; Paul de Rcmusat. secrétaire ; amiral Jaurès, général Lccointe,
Scheurer- Résiner, Adrien llébrard, de Marcèrc. amiral Peyron. Léon
Renault.
UAPPouT vr sKWT sril i.i: Tiurn': Dr <) jiin iSSf) 'yTi'
procili* qui donne toute sa portée au nouveau traité, la Chine
s'interdit « pareillement » d'envoyer des troupes au Tonf^-Kin^;
et elle s'engage, en même temps, à prendre sur son territoire les
mesures nécessaires pour empêcher que des bandes s'y réfui^ient
ou s'y forment dans le but de porter le trouble parmi les j)opu-
lations placées sous la protection de la France. Ainsi sont dénoués
les liens antiques qui avaient autrefois rattaché l'Annam à la
(Ihine, et qui avait pu autoriser celle-ci à répondre aux appels de
secours (|ue lui adressait un État placé sous sa sauvegarde.
Mais cette jMînsée des deux puissances se dessine encore davan-
tage, et elle est exprimée d'une manière formelle dans l'article 3.
La Chine a s'engage à resjx^cter dans le présent et dans l'avenir
les traités, conventions et arrangements directement intervenus
ou à intervenir entre la France et l'Annam. »
On ajoute que, en ce qui concerne les rapports entre la (^hine
et l'Annam, ils seront de nature h ne porter aucune atteinte à la
dignité de l'empire chinois, et à ne donner lieu h aucune violation
du présent traité. L'article premier du traité de Hué auquel se
réfère, par l'effet de la convention de Tien-Tsin, le traité actuel,
éclaire le sens de ce texte. On y lit que « l'Annam accepte le pro-
tectorat de la France, et que la France représentera l'Annam dans
toutes ses relations extérieures. »
Il est donc bien entendu, ainsi que le constate le traité du
() juin, que la Chine n'aura à souffrir aucune atteinte h sa dignité
dans ses rapjx)rts avec l'Annam, puisque ces rapports seront
entretenus exclusivement par la France ; et, de son côté, la Chine
ne |X)urra, dans ces mêmes rapports avec l'Annam, rien faire
(jui soit contraire aux droits de l'Ftat prolecteur, droits consacrés
par le traité qu'elle reconnaît et que, en (juelque sorte, elle
contresigne. En un mot, la Chine et la France se trouveront
désormais seules en présence dans les alTuires cpii concernent
l'Annam, et ce dernier royaume ne relève plus que de l'Ktat pro-
lecteur.
Kniin, ces rap|>orts nouveaux de la Chine et de l'Amiam sont
caractérisés d'une autre manière, non moins précise, par l'ar-
ticle 5, (pii dispose que « de son côté. Sa Majesté l'Kmpereur de
Chine jKHirra, d'accord avec le Gouvernement français, nommer
des consuls dans les ])rinci{)ales villes du Ïong-King ». Et connue
pour mieux marquer cet état de choses, l'article 3 stipule (pic
jKU' les soins de commissaires désignés {>ar les hautes parties
contractante^s, la frontière entre la Chine et le Tong-King devra,
dans le délai do six mois, ôtrc déterminée et fixée par des signes
apparents.
L'article A rj-glc It's conditions dans lesquelles les Français et
les habitants étranj-crs du Tong-King d'une .part, et les Chinois
d'autre [lart, pourront rtancliir la l'rontièrc. 11 indique U-s me-
sures de jx>lic<! arri>téc.s par les deux puissances pour réglcnienlcr
respect ivemcnt cette circulation des voyageurs d'un pays dans
Les artick's 5, 6 et 8 ont trait atix relations coinmcrciulc^s qui
pourront se former entre les négociants français ou prolri;és
français et les Chinois, et qui pourront dé»ormais s'établir par la
frontière de terre cnire la Chine el ie Tong-King,
On s'en réfère, |>our les délails que des arrangements de ce
genre comportent, h un rî-glemenl ultérieur. Ce règlemcnl devra
préciser s|)Hicialement Im conditions dans lesquelles s'elTi*ctiicra
le commerce |>ar terre entre leTong-King et les provinces chinoises
du Yun-\an, du K.ouang-Si et du Kouang-Toung. 11 e$t, dê^ à
présent, stipulé que les marchandises seront soumises, à l'entrée
et à la sortie, entre les provinces dn Yun-Nanct du Kounng-Si.
ù des droits inférieurs ii ceux que porte te tarif actuel du com-
merce étranger. On a considéré que cet avantage était une com-
pensation des frais de transport par terre, qui pèseront sur les
marchandises dont le transit se fera par l'intérieur du Tong-
King.
On CTmprcnd que le même avantago n'ait pas été accordé aux
marchandises qui passeront par ta frontière du Kouang-Toung:
par cette frontière voisine de la mer, en effet, les transports
pourront se faire à de moindres frais.
L'article 7 renferme des p^é^ isions relatives à la construction de
mutes et de chemins de fer dans leTong-Kinget évenluellenienl
sur le territoire chinois. Cette clause, en ce qui concerne le
Tong-King, ne l'ait quementionncr une charge inévitable qui pèse
sur l'Ktal protecteur el qui est la condition même du développe-
ment de la richesse et du commerce dans ces contrées; en ce qui
concerne la Chine, elle constate les dispositions bienveillantes et
mutuelles qui unissent les deux Ilaiiles Parties contractantes.
1^ traité de paix, dont nous avons analysé les conditions prin-
cipales, justifie entièrement son lili-e de traité d'amitié et de
commerce.
Ne serait-ce que par cette raison qu'il met un terme à des
hostilités toujours douloureuses, quoiqu'elles aient été marquées
nvpponr \r skwt sih if. tuviik m <) jiin liSST) 53<)
par d(\s faits d'arinos frloricux pour nos années de terre cl de
mer, il faudrait s'en féliciter.
Mais une autre considération, (pii touche aux grands intérêts
de la France au dehors, ne nian([uera pas de frapper le Sénat.
Nous sommes engagés, en Indo-Chinc, dans une entreprise qui
oflVe des persj)cclives dont la France ne doit pas se détourner,
(piehpic Ié«;itime souci qu'elle ait de ses intérêts plus immédiats
et |)lus prochains.
Il faut seuleoient que. par la constance de ses vues et par la
prudence de sa conduite, elle sache concilier toutes les exigences
du présent et de Tavenir que lui imposent son rang et ses devoirs
envers elle-même. La tAche qu'elle ])Oursuit dans l'Extrême
Orient peut être ardue : elle n'est pas au-dessus de ses forces.
Mais cette lâche sera rendue plus facile, lorsqu'elle pourra s'ap-
puyer sur l'amitié du grand empire de la (]hine, qui exerce sur
cette partie du monde une incontestable inilucnce. Les peuples
soumis à notre domination ou à notre protectorat sauront qu'ils
ne peuvent plus opposer un refus obstine aux bienfaits d'une
civilisation dont la Chine elle-même accepte le contact et recher-
che les avantages. Les dispositions des hommes éclairés, qui. en
Chine, forment le parti de la paix, qui sont entrés déjà et qui
la poussent dans la voie du progrès, ne pourront que seconder
nos efforts. Et enfin la Chine renonce formellement h accorder
aux États que nous protégeons l'assistance en tous genres, qui
les a si puissanunent aidés jusqu'à ce jour dans leur résis-
tance. Le traité assure donc le succès de la politique que depuis
près d'un siècle la France n'a cessé de suivre dans ces lointaines
contrées.
Cet acte diplomatique nous offre encore un autre avantage
plus immédiat, d'un ordre différent mais non moins intéressant,
et que le Sénat constatera avec satisfaction. 11 ouvre à notre
commerce un vaste débouché, au moment où toutes les nations
cherchent de toutes parts des facilités pour l'écoulement de leurs
marchandises, et tendent de tous leurs elforls à procurer aux
industries, dont la puissance de [innluct ion s'accroît sans mesure,
des moyens de vivre qui soient également sans limite.
{..na seule puissance européenne, jusqu'à ce jour, avait pu
entrer en rapj)orts directs avec la (ihine par la frontière terrestre.
Encore [>ourrait-on dire que, à celte extrémité de son empire
vers le Turkeslan, la Hussic est pres([ue une puissance asiatique.
La France, par son traité, obtient du côté des provinces inéri-
54o i/akfaiue du tong-king
dionalcs de la Chine un avantage pareil ; et il ne tiendra qu'à
elle, à ses hommes d'État, à ses négociants, à ses industriels, à
son génie, d'en tirer des bénéfices de tout genre, en rapport avec
les sacrifices qu'il lui aura coûtés. Elle est ainsi appelée, sur ce
point du monde, à remplir le rôle d'initiatrice qui lui convient
si bien dans le mouvement civilisateur qui, après s'être arn>té
pendant des siècles devant les murailles de la Chine, va pénétrer
enfin dans l'Empire du Milieu.
A l'unanimité, votre Commission a été d'avig d'adopter le
projet de loi suivant :
PROJET DE LOI
Article unique. — Le Président de la République est autorisé
à ratifier cl à faire exécuter le traité de paix, d'amitié et de com-
merce conclu entre la France et la Chine, àTien-Tsin, le 9 juin
i885, et dont une copie est jointe à la présente loi.
RATIFICATIONS
L'article 10 du traité relatif à rechange des ratidcatioDs
donna lieu à de délicates négociations. Les Chinois firent
remarquer que le Fils du Ciel ne devait jamais revenir sur
une décision qu'il avait prise, et que par suite un traité signé
par lui était par ce fait même ratifié par lui en même temps ;
aussi Tarticlc 10 renfcrme-t-il une rédaction confirmée sur
la demande de M. de Freycinet, par Li Houng-tchang dans
une lettre à notre ministre en Chine que nous verrons repro-
duite dans toutes nos conventions ultérieures :
« Le présent traité sera ratifié, dès à présent, par Sa
Majesté l'Empereur de Chine, et après qu'il aura été ratifié
par le Président de la République Française, l'échange des
ratifications se fera à Pé-King dans le plus bref délai possible. »
M. Palenôtre annonça la signature du traité dans la lettre
suivante adressée au ministre des \flaires étrangères :
Tien-Tsin, le 11 juin i885.
Monsieur le Ministre.
Ainsi que je vous en ai avisé par le télégraphe au moment
HATIHC.ATIONS 5^ I
niôino où Li Iloiinf^-lchaii^' aj^posait son sceau sur le premier
exemplaire du traité, l'acte diplomatique, qui met définitivement
lin au conllit franco-chinois, a été signé le 9 juin à quatre
heures avec une grande solennité. Le drapeau français a été immé-
diatement hissé sur notre Consulat et salué, par ordre du Vice-Roi
des salves réglementaires. Quoique les deux Commissaires n'eus-
sent pas, h proprement parler, le rang de plénipotentiaires,
Li Iloung-lchang a demandé qu'ils fussent autorisés à joindre
leur signature à la sienne pour mieux marquer la participation
du Tsoung-li Yamen à la conclusion de la paix. J'ai naturelle-
ment accédé à ce désir.
Li Houng-lchang m'a offert ensuite un banquet auquel ont
assisté les consuls étrangers et les hauts mandarins en résidence
à Tien-Tsin. Il avait été convenu avec le Vice-iloi. qu'après avoir
hu réciproquement à la santé de l'Empereur de Chine et du
Président de la République, nous échangerions des toasts destinés
h faire ressortir la cordialité de nos nouvelles relations.
Votre Excellence trouvera ci-apres les quelques paroles que j'ai
cru devoir prononcer à cette occasion :
Messieurs,
« J'ai l'honneur de vous proposer de vous joindre à moi pour
boire h la santé de S. E. le Vice-Roi du Tché-li et des deux
Commissaires Impériaux qui l'ont assisté depuis six semaines
dans les négociations, dont nous saluons aujourd'hui l'heureux
couronnement.
J'ai la ferme conlianceque l'acte diplomatique que nous venons
de signer n'aura pas seulement pour résultat de mettre un terme
h des dissentiments dont le souvenir sera, j'espère, promptemeni
effacé. En multipliant entre la France et la Chine les points de
contact, en ouvrant à l'activité commerciale de toutes les nations
de nouveaux débouchés, le traité du 9 juin contribuera, sans
nul doute, à fortifier et à développer entre l'Empire Chinois et les
Pavs Étrangers cette communauté d'intérêts qui a toujours été
le meilleur ciment de l'amitié des Peuples. Si le Gouvernement
Impérial s'inspire, à cet égard, des mômes sentiments que le
Gouvernement de la République, le présent traité produira donc
[X)ur tous des fruits sérieux et durables.
C'est à ce litre. Messieurs, que je vous demande de vouloir
bien vous associer au toast que je porte ici en l'honneur des Plé-
ni[K)tentiaires Cihinoisqui m'ont aidé à mener à bien cette œuvre
"r^.v *— r».-
5^2 i/aFKAIRE DL TONG-klNG
de paix, de concorde, et je crois pouvoir ajouter, de progrès
international. »
Un des Interprètes du Vice-Roi a lu alors, en son nom. le
discours suivant rédige en français :
a Nous avons en Chine un proverbe qui dit; V amitié a le même
éclat que le soleil. Cet adage est surtout vrai lorsqu'il s*appliquc
aux liens qui unissent deux grandes nations.
Ce que la Chine désire aussi c'est le bien et l'intérêt de tous.
L'amitié qui va exister entre nos deux pays sera aussi vive que
le soleil du matin, lorsqu'il se dégage des vapeurs de la nuit. Si
par hasard survenait quelque nuage, M. Patenôtrc ou ses succes-
seurs sauront aisément le dissiper.
L'heureux événement que nous célébrons aujourd'hui rappelle
au Vice-Roi ces deux vers d'un illustre poète :
Nirfhl waneSf the vapors round the mountains curPd
Melt inio morn, and lighi awakes the world.
Le Vice-Roi et les deux Commissaires Impériaux prient tous
ceux présents à cette table de se joindre à lui pour fêler cet heu-
reux jour et boire à la santé de S. E. Monsieur le Ministre de
France. »
Le lo juin, j'ai réuni à mon tour, dans un grand diner, qui
a revêtu le même caractère de cordialité, les Plénipotentiaires
Chinois et les principaux Mandarins de Tien-Tsin. Les deux
Commissaires Impériaux sont repartis ce matin pour Pé-King.
Veuillez, etc.
Signé : Patenôtbe.
Il faut tout de suite dégager de ce traité le fait que l'ar-
ticle 2 nous reconnaît le Protectorat absolu sur rAnnam ; le
dernier paragraphe de cet article, quoique vague intention-
nellement dans la première partie de sa rédaction pour
« sauver la face » des Chinois, laisse intacts nos droits et
notre suzeraineté dans la seconde.
La grande erreur commise dans le traité (art. 9) est le
retour à la Chine de Ki-loung et des Pcscadores. La pro-
messe faite par M. de Freycinet de ne demander aucun ter-
ritoire chinois fut tenue à la lettre et cependant on pouvait
UXTIKICATIONS 5^,3
arguer pour franlcr ces iiosîlioiisquc iiî Formosr, ni les îles
voisines n'ap])arl en aient an continent ; (jue le lien ([ui les
ruttachail.iux Che Pa Scn^. dix huit provinces, était admi-
nisiralif, plutôt on lliéHrie (ju'cn pratique, puisque le versant
oriental de Formosc élail inaccessible aux f'cinclionnaircs
chinois ; que de fois depuis avous-uous regretté le bon mouil-
lage de Makong ! et malgré tout, nous avons une deuxième
ibis laissé échapper l'occasion de l'occuper pendant la guerre
sino-ja[x>nai!ie, alors que la Chine nous supjiliait de nous
en emparer pour frustrer ses adversaires d'une [uoic con-
voitée.
En adressant au Trône le texte dti traité conclu avec la
France, Li Houng-tchang l'accompagna d'un mémoire
(Tien-Tsin, 27° jour, i' lune) où éclate l'insolente vantardise
coutumièrc aux fonctionnaires chinois et que fait ressortir le
(tassage suivant :
a Après la grande victoire de Lang-s'on, les succès des troupes
impériales inspirent la crainte et la terreur; dans le monde entier
retentissent des félicitations unanimes. Vovaiit la France sincère
dans sou repentir, la Chine peut cnlln déposer les armes. C'est
grâce à l'inflexible détermination de Lcur.s Majestés Impériales
([ue les iicrfides projets que la France avait formés d'extorquer
de l'argent à la Chine ont été alMindonncs et la générosité de la
Chine à son égard s'est montrée d'une façon éclatante'. 0
Li prétendit que ce mémoire était apocryphe, mais son
embarras (piand on lui en parla, prouva que le document
était bien de lui ; sa lx)nne volonté dans les dernières négo-
ciations ût passer l'éponge sur cette peccadille.
Notre consul ùTien-Tsin, M. Ristelhueber, fut chargé de
porter en France une copie du traité et une lettre de Li, h
M. de Freycinet, ministre des Affaires étrangères; il quitta
I. Ce Mémairo fccrot ■ Ô16 traduit un anfAah dam h A'orlk-China
Daity .Vf..s,duïi juin i885.
544 l/ AFFAIRE DU TONG-Kl.NG
Ticn-Tsin pour Marseille le 27 juin i885 el remit la gérance
à M. de Bezaure.
LETTRE DE LI HOUNG-TCHANG A M. DE FRETCINET
Le 1 1' jour de la 5* lune,
(a3 juin i885).
Depuis plusieurs années, les bonnes relations entre la Chine el
la France s'étaient altérées et observées. Ayant été mis à la tète
des affaires. Vous avez heureusement. Monsieur le Ministre, pris
en considération la concorde et Taniitic qui avaient existé pen-
dant ^longtemps entre nos deux Pays et Vous avez négocié et
conclu un traité qui fait disparaître notre ancienne mésintelli-
gence. Nous voyons dès maintenant se dessiner les heureux
résultats qu'on y a ménagés. Par ce moyen, les sentiments
d'union vont se raffermir plus que jamais entre les fonctionnaires
et le peuple de nos deux Pays. J'éprouve une satisfaction indi-
cible d'avoir pris personnellement part à cette œuvre.
M. Patenôtre a fait preuve, à Tien-Tsin, pendant ses négocia-
tions avec moi pour la conclusion du traité, des sentiments les
plus conciliants. Aussi amèncra-t-il immanquablement un rap-
prochement d'esprit entre les deux nations, lorsqu'il se sera rendu
à Pé-King pour y remplir ses fonctions ofHcielles.
M. Risteihueber a habité la Chine pendant de longues années ;
il a l'expérience des affaires de ce pays ; son caractère est juste et
droit et il est doué d'un grand esprit de modération. Aussi ai-je
toujours eu confiance en lui. Lorsqu'il vint, l'été dernier, prendre
de nouveau la direction du Consulat de Tien-Tsin, nos deux pays
étaient sur le point de se faire la guerre. Depuis, en diverses cir-
constances, je me suis entretenu secrètement avec lui et il a tou-
jours mis ses efforts à servir l'intérêt général. Je ne doute pas.
Monsieur le Ministre, que Vous n'en ayez vous-même été informe.
M. Risteihueber vient de recevoir de vous, sur ma demande,
l'autorisation de rentrer en France; j'ai pensé, en effet, que si
vous l'interrogiez sur tout ce qui nous préoccupe, il en pour-
rait résulter des avantages pour vous et pour nous; je vous en
suis donc vivement reconnaissant. Votre Consul ne manquera
pas de vous exposer avec détail. Monsieur le Ministre, et d'une
façon formelle, le désir que j'ai de lier amitié avec la France, ni
545
dp voQs parler dp l' assistai! ce qiio nos tltnix l'avs de\rairnl désor-
mais inutucllnincnt sp pnHrr.
Tel nsl lp biil sp^Vial dp a'Iln Icllrr, Je laccoiiipa;;»*' fli- me*
souhaits rpspcclueux |>our \ olrp lionliPiir '.
(Cachel de Li HiHiii-ç-leliant;.)
Voici la rqwnso du minislrc des AITaircs étrangères :
A S. E. Li HoaiiR-lcIiaiiji.
l'aris. te ao aoûl i8fi5.
Excellence,
M. Histplliiielwr m'a remis pxnclcment la leltre quo von»
in'uvpz fait l'honneur dp m'adH-^spr. sous la date du aï juin, à
l'occasion du rflabliâsement de nos relations aïpc l'Enipin-
Chinois. Vous avez tenu à me l'aire eoniiattre la satisfaction que
vous avait cnusi^ cet heureux résultat et, en vous TélicitAnt de
1,1 [lart (prit vous a ét^ donne d'y prendre, vous insistez sur
voire désir de lier amitié avec la France et sur l'assistance
ninluelle que les deux Pays sont appelés îi se priMer désormais.
Celle communication devait avoir d'autant plus de prix à
mes veux que je partage entièrement leâ sentiments dont elle
m'opporle l'expression. Di's le 1 7 juillet dernier, en présentant fi
l'approhation du Sénat le traité du g juin, je m'attachais, k
pro[H)s des clauses de l'article 7. & faire ressortir le caractère
amical et confiant des rapports que nous iivions l'intention d'en-
tretenir avec l'Empire Chinois et la valeur des services que la
eonli|^iïté môme de leurs frontières, appelait les deux l'avs à
se rendre muluellomcnl.
Il dépend de votre initiative d'assurer une sanction pratique
aux vues qui nous sont ainsi eomninnes, et dont je ne néglî^rai
rien, pour liâtcr, en ce qui me concerne, la réalisation. Nos
in^'énieura, nos savants, nos industriels sont préis à répondre h
\'a]>pr\ qui serait adressé à leur concours, . pour dcvelop|)pr les
riehessiM de la Ctiine et arcroJIre le bien-être de ses populations.
Je ne doute pas. que, grAce k la haute indnencc dont vous
jouissez dans les Conseils de l'Empire et que le succès des der-
nières négociations n'a |)as, h coup sûr, amoindrie, le Gouverne-
ment Impérial et la nation chinoise n'ajiprécient. comme vous-
1. Pour Irad. cnnCorme (»i({.) : .\. ViusitME.
546 l'affaihk di" to.ng-kixc.
iiicinc, les avanlagos que la Ciliiiio Iromerail à utiliser les rrs-
sourci'ss de loute nature que nous serions heureux do mettre à
la disposition d*un Étal, lié désormais à la France par la com-
munauté des intérêts et la réciprocité des services.
J'ai à peine besoin d'ajouter que j'ai été ires sensible aux
souhaits que V. E. a bien voulu m'adresser personnellement :
ils ne peuvent être plus sincères que ceux que je forme moi-
même, pour Elle et qui se confondent avec mes vœux pour le
succès de la tâche assignée à ces eflbrts.
EVACUATION DU YUN-NA?i
L'évacuation du Tong-King par les troupes chinoisos
se poursuivait niéthodiqucnient. Le télégramme suivant,
i-cçu le 7 juillet i885, par le Tsoung-li Yamen, donnait
des renseignements remontant au 12 juin i885 :
Le Vice-Roi du Yun-Nan a quitté Kounn-Sse (en annamite
Tuan-qiian) le 27 delà 3*" lune (ou 11 mai i885). Le 17 de la
li" lune (ou 3o mai), il passait a Van bàn chau * et le aG (8 juin)
il atteignait la frontière du Yun-Nan. On calcule qu'il |X)urra
arriver à Mong-iseu hien ' et s'y établir dès le i"* de la 5*^ lune
(ou 1 3 juin).
Toute l'armée du Yun-Nan, au nombre de plus de 70000
hommes, est déjà en retraite vers la Chine et plus de a3ooo
hommes sont maintenant parvenus sur les frontières des déjwr-
tements de Kai-houa et de Lin-nyan ^, qui sont à une distance
de plus de mille U de la place annamite de Tuaii-quan. De
Tmm-quan à Lam-dao^f h (>uam/-oai '*, à Bal-bat^, h Mai-chi-
quan, il y a, en outre, 3 ou ^oo H. A cause de la longueur du
chemin, du nombre des troupes, du mauvais état des sentiers de
communication, de la rareté des bateaux et des chevaux, tous
les bagages n'ont pu être emportés. Plus de sept mille soldats
I. Sur le haut fleuve Rouge.
a. Sous-préfecture dans le Yun-Nan.
3. Dans le Yun-Nan.
/|. Dans la proNince «le So'n-tav,
5 et G. Dans la province dt^ So'ii-lav.
KVACl ATION lu: VlNNAN ^i^'
(les Kouan^ ont (par suite) été laissés eu arrière pour uiaiuteuir
Tonlre. Ou a du, peu après, les faire reNeuir suecessi>eiuenl.
Lieou \ong-rou est actuelleuieiit à I.ao-kay, où il règle ses
aflaires. Sa rentrée daus le kouaug-Si a été fixée au milieu de
la 5'" lune (cVsl-à-dirc vers la lin de juin ou le coniinencenient
de juillet)'.
Licou (Liui) rentra régiilicTemenlen Chine le 25 juin; nous
aurons encore occasion de parler de ce vieux partisan qui,
d'ancien rebelle dont la tète était mise a prix, était devenu
général de l'armée chinoise; en avril 1886, il fut nommé au
commandement de la division Nan-Ao, dans le Kouang-
Toung.
Plus tard encore, le Tsoung-li Yamen recul, le G de la
6*" lune (ou 17 juillet i885), un télégramme du Vice Hoide
Canton :
Le Vice-Roi du Yun-Nan m'avise, sous la date du 8 de la 5'
lune ('io juin), que les troupes de Lieou Yong-fou ont consenti
à se mettre en route au milieu de la 5" lune [fin juin] et à aller
s'établir à ISan-ki, jX)ur se conformer au traité qui stipule leur
rentrée au-d«?là des passes. Or, ISan-ki se trouve en dedans de la
frontière du Y un-Nan au Sud-Ouest de Lao-kay. Les poteaux
télégraphiques ont été abattus par les eaux et les communica-
tions se sont trouvées interrompues pendant longtemps.
Le 24 juillet, le Tsoung-li Yamen avertit M. Patenôtrc
(|ue les dernières troupes du \un-Nan avaient repasse la
frontière et qu'il ne restait plus aucun soldat chinois au
Tong-King.
É\ACL'AT10N DE FOUMOSE. MORT DE l'aMIRAL COIRRET
De notre coté, nous exécutions les clauses du traité et
l^'ormose fut évacuée le 21 juin, à 9 heures du matin : nous
I. l*our Irad. coiiforme, sig. : A. Vissièke.
5/i8 i/affaire du tong-king
laissions derrière nous un cimetière renfermant 21 ofliciers et
adjudants et plus de 5oo soldats et marins. Le héros et la
victime de cette guerre, Tamiral Courbet, mourait à Makong,
à bord du Bayard, le 11 juin i885. Le 22 juillet, les Pes-
cadores étaient abandonnées.
Enfin les relations diplomatiques sont reprises :
Paris, 18 juillet i885*.
Le Ministre de Chinera Berlin, Siù King-lch'êng, m'a fait
annoncer officiellement son arrivée à Paris, au commence-
ment du mois prochain pour renouer les relations entre les
deux pays. Le langage qu'il a tenu à cette occasion est tout
à fait amical à Tégard de la France.
Le i5 août, M. Cogordan se rendra en mission à Tien-
Tsin et au besoin à Pé-King, pour les négociations aux-
quelles donnera lieu le traité de commerce. Il m'a paru utile
d'envoyer en Chine un agent ayant collaboré avec moi à
la préparation de cet important projet.
Vous avez très bien fait de ne pas prendre Tinitiative de
parler des événements de Hué. La réserve du Tsoung-li
^ amen à cet égard est de bon augure [X)ur l'avenir.
(Sig.) C. DE Freycinet.
GUET-APENS DE HUÉ (5 juillet l885)
Dans cette dépêche, M. de Freycinet faisait allusion à un
événement grave qui venait de se passer à Hué et qui, heu-
reusement, n'eut pas dans nos rapports avec la Chine plus
d'influence que n'en avait eu la panique de Lang-so'n.
Le 3o mai i885, le général Brière de l'Isle faisait ses
adieux à ses troupes i\ Haï Phong. 11 était remplacé dans le
I. l)o|M*clic téléprapiliquc. Airaires iHrangèros à M. Palenotrc.
a. \oir j». '^Wo.
rnmiuandpmcnl on clicfpiir le fji'iiéral Itonssi'I de ("mnry,
résîtlciit-génLTa! en Imio-Chino. Dans la niiil du 5 an 6 jiiil
Ict, celui-ci faillit ôtrc la viclinic tl'iin giiol-apcns, ourdi par
les dcii\ n-genlsTlin'o'ng, ministre de rinlcricur el des afraircs
étrangères et Tlniyct. nilnislrc de la guerre. Voyant son
riiiiiplol avorlé, celui-ci prit la fnîlc avec le jeune roi llam-
riglii '. Nous savons quecclui ci. capturé plus tard, fui envoyé
en Algérie, où 11 est encore interné et fut remplacé par son
Irtrc, Dong-Khanli. La nouvelle du gnel-apens fut connue
à <'liang-Haï, le 8juillet, [wr uncdé]>tkhcde Londres.
Le document suivant peut ôlre ciinsidéré comme l'épi -
Iciguc de celte longue affaire du Tong-King, <)ui, menée à
lionne fin, grâce à la ténacité de .\I, .Iules Kerrv, rnmmo
imus l'avons déJA dit, n'en fut pas moins l'objet d'une des
ix'^'i «-ialions les plus mal conduites de notre histoire diploma-
liqiu'. Lne s<Tio de ministres des Affaires étrangères, dont
le principal M. Jules Ferry, qui a été à la [teine. qui, si
jadis son énergie lui a valu une impopularité injustinée, mé-
rite d'être i'i la gloire aujouitl'lnii, se contredisent les uns
les autres. M. Ferry traite à la fois à l'aris, avec le marquis
T.*'éng et à Pé-King avec le Tsoung-li Yamcn ; il consulte
à Paris le conmiandanl Fournlcr et un |)eu tout le monde;
il a, à la fois, h Pé-King, un chargé d'affaires, M. de Scmallé,
(juc l'un ne renseigne pas, et à Paris, un ministre, M. Pale
nôtre, qua Ton n'envoie pas rejoindiT son poste. On nomme
un amiral, Les|)ès, chai^'é d'affaires, puis ou lui substitue
un de ses olficiers, le commandant l'ournier. Le marquis
Ts'i'ng écoule Macartney et Li Foung Pao s'oriente vers
r.Mlemagnc; le Tsoung-li Yamen traite tantAt directement,
tantôt par Li lloung-tchang, tantôt [lar le vicc-ix)! de Nan-
King. Les uns et les autres sont tiraillés [lar une meute
I. l.-Jnnam du 5 juillel i88.") tju ', tis-ril i88ti. par le géni-ra\ X"'
dV-lrangers, anxieux d'offrir leurs service», Young, Holcombe.
Dclring, Ilarl, le seul vr.iimenl sûncu^c, clc. Et puis il faut
compter avec les ministres de la marine, cliangcnni ans»!
souvent que leurs coUcgucs des AITaires (^Irangùrcs, les
gouverneurs de )a Cochinchine, les généraux el les amiraux,
cl broclinnl sur le loul, le Piirlemenl, qui a une part énorme
de responsabilité dans lett délais np[H)rtés à la solution ilc
la (]u est ion.
Décket.'
IViidanl la !i' lunr di- l'aniié<! dernière (mai rS84). Nmis
avons autorisé spécialement Li Houng-lelutng a conrluiv tm
arranijetnent avec le Capitaine de frégate français Fournier,
pour refiler la qui'slîon de l'étaLlLiscmi'Ht de relations com-
merciales avec r.Aïuiam. Nous n'avions alon d'autre (li<ssein
que de faire cesser la lutte tt de tranquilliser le peuple.
Depuis, après l'aiTaire de Lanj;-so'n, Nous avons été eon-
Iraiiit de rerourlr aux armes. I/Annam est un pava Iri-s
chaud et aride. Nos soldats y sont morts des fièvres eu grand
nombre. Cejwndant. ils ont été aux prises avec l'ennemi pendant
une dcnii-anu6e et des |X'rtes ont été éprouvées par les armées
des deux adversaires. l,es habitants de celle dépendance fronlière
(dp la Chine)' ont également eu à souffrir des hoslilités, ce qui
A dater de la 13' lune, l'Iuspccleur Général des douanes.
Il'irl, Anglais de nationahté, ronsidérani qn'U n'cxi.sinit pas, h
l'origine, entre les deux nations (belligérantes) de raisons de
dissenti nient, a insisté |)oim- que nous remissions en vigueur la
Convention de Tien-Tsiu. Il a servi de porte-paroles aux deux
parties, allant de l'une a l'autre, pour leur faire abandonner
leur anitnosîté et rétablir leurs rapports amicaux.
Nous inspirant hutnbleuient de la bonté du Ciel placé au-
I. Gazrlte de Pé-Kiiig, t\ de la 6' lune, 11' année KmiangS
(1 ,o,-,l ,885).
t. Fan-chou, lill. Dëfii'ndaHcen formant haïe «nr la fronliÎTo. 1.
Cliiiiois drâigncnl ainsi le» paj» dépendant ilc leur Eni|>irQ et qui 1
liaient tribut k Opoquc fito. tels qno la Corcu, l'Annam. les tlco Lin
Kicou, leNépaul A. V.
(.1 i:i-\n;Ns in. m i; .).> i
dessus (lo Nous, (pii aiiiK» les ciéalnrcs <»l la \\{\ rrlléchissaul
aussi avec respect à Nos Xucèlres, qui ou! su diriger leurs expé-
ditions militaires, les acti>er ou les ralentir, les prolonj^er ou les
arrêter, suiwinl les éporpies ou les avantaj^es du [)ays, tenant
toujours compte des circonstances sans conserver d'idées ])récon-
eues. Nous Nous sommes portés révércncieusement aux Décrets
rendus à dillérentes reprises pendant la 5V année K'ien-loun*^
(i7()o) pour lo retrait do nos lrou|)cs de l'Annam*. Ces éven-
tualités déterminantes (de nos cliaiif^ements de politique) sont
les mêmes aujourd'hui qu'elles élaierit alors. Nous avons, en
conséquence, consenti h ce qui Nous était demandé. Nous avons
ordonné à Li Ilourifi-icliang et à ses collègues de conclure avec
l'envoyé français Patenotre un nou>eau traité en dix articles,
et de ii.xer des localités sur la frontière du Tong-king pour ré>a-
cuation du commerce. Nos relations avec la France sont redeve-
mies amicales. La France vient de retirer toutes ses troupes de
Ki-Ioung et des lies Pcscadores. Nous avons aussi fait rentrer en
dedans des défilés nos armées du Yun-Nan et des kouang. Les
prisonniers faits de part et d'autre ont été rendus intégralement.
Notre lointain domaine^ n'aura dès lors plus à subir les
m.dlieurs de la guerre, et l'Univers se félicitera du rétablissement
dv la paix. La Cour dans toute cette affaire, a jMîsé toutes les
circonstances depuis le commencement jusqu'à la fm, et a exa-
miné toutes les occasions qui se sont présentées. Elle n'avait pas,
dans le principe, l'intention de faire la guerre à outrance et Elle
a consenti à prêter son concours pour satisfaire ce devoir qui
consiste à protéger les petits et à vivre en bon accord avec ses
voisins.
La paix étant rétablie aujourd'hui. Nous promulguons ce
Décret pour faire connaître Notre pensée à tous, dans la capitale
et dans nos provinces.
Respect à ceci ! ^.
1 . Ottc allusion à K'imi-loung est siiignlièro quand ou songe quo
colle retraite s*oj>éra à la suite de désastres de Tarinée chinoise.
2. Ilounng-fou, lilt. le Domaine dêbcrt ou aride, terme employé
(le|)uis la plus haute antiquité, pour désigner les contins extrêmes de
i'Kuq>ire, louchant aux terres des I>arbarc9, où étaient exilés les criminels.
3. Pour Irad. conforme, s^g. : A. Vissiî^re.
CHAPITRE XWI
TRAITÉ COGORDAH (1886). — TRAITÉ CORSTAHS (lg87) •
Le la août i885, le ministre des Aiïaircs étrangères tëlé-
graphiait à M. Patcnôtrc d'informer le Gouvernement im-
périal que M. Cogordan, sou s-dî recteur à la dîr«:tion poli-
ligue', venait d'être chargé par le Gouvernement delà
République de négocier et de conclure avec la Chine, le Traité
de Commerce prévu par le traité du 9 juin et que ce haut
fonctionnaire serait assisté, dans sa mission, de M. Bruwacrt.
consul de 1" classe. Le même jour, M. de Freycinot adres-
sait à M. Cogordan, un projet de traité de commerce en
31 articles avec la Chine tel qu'il avait été élaboré de concert
entre les représentants des Départements des Affaires étran-
gères, de la Marine et do Commerce dans les réimîons aiix-
I. Je n'ai j)»s cm devoir séparer ce cliapitre (tu préeédcnt dont il rrt
le corollaire, quoique les traites «oient |>ostPrieiirt t dei événements <\ae
nous racontons dnn» tes chapitres suivants.
3. Cogordan. George, né le :6 mai 18I9; docteur en droit, liecnrié
es lettres; attaché au conlentieui, 13 mai 187J ; attaché pavé. 39 no-
Tcmbm 1877; commis principal, 37 mai 1879; rédacteur a» cabinet.
I" février 1880-. sous -directeur au contentieux (droit public), 16 octohn:
1880; i la dirnction politique. l5 lévrier i88x; socrétairo do la com-
mission internationale du canal de Suez, 3o mars i885 ; cuvo^réon missi'ui
en Chinn pour la conclusion d'un traite de commerce, .5 août l885;
chargé de la légation de France I l'éLIng. i.'i octobre i8S5 ; ministre
pléni|)otentiaire de deuxième classe, 35 avril 1886; chargé de la con-
clusion du traité d'amitié et de commerce avec la Corée (mai-juin 1886);
charge âe la sous -direction du Nord k la direction politique, août 1886.
quelles iiotn? iininol eiiMiyt' en Ctiinc aviiil hii-iiièriio pris
|iarl; ce [trojot ne dovdil |kis loiilofois enlever loute liberU-
d'action à M. Cogurdiin (|ui aurjiit ('■gaiement à Taire rntirier le
Irnilé du 9Juin. M. (Jo^iirdan devait parlîr le [5<ioi1I [>ar la
voie de New- York; il aiirail le litre de chargé d'affaires; il
sérail possible ainsi à M. PatemMrc de prendre tin congé' el
de \enirà Paris rcnsoi^irner le ministre snr l'ensemble de la
silnalinn. L'àgedc M. Ctigor<lan ])oiivait <^lre une difliciilté,
aussi [Ktiir encourager le jeune diplomate, M. de Kreycinet
lui lélégrapliiait-il le 3i oolubre :
l.n Chine vous trou^o Iri-s jnuiie etdi's lors sous croit ini'X|K'-
rimenté. en Iouh cas l'arilc à iiitluencer. Elle se prépare ii vous
crVi- des dillicuttés de détail, non [Kiiir emiiiVlier le Irailé ilv
tiomnierce, mais |H»ur oblenir des aïnntages. Opjmse/. l>eniicoiip
de |uillence el de fennelé tranquilk avec une élude niteulivedes
détails.
\l. Cfigordan quitia, le 50 octobre i885, Chang-llaï pour
TienTsinelPé-King.
Peu de jours après son arrivée h Tien Tsin, M. (iogor-
dan, le 37 octobre, se i-endait au Yanien de Li; celui ci
commença Tenlrolien avec un ton aigrc-dou_\ qui, continuant
par des récriminations de sa ]iarl, ne permit pas à notre
ministre de prolonger l'entretien. Deux jours plus lard, le
vice-roi rendait sa visite h M. Cogordan et sur )a demande
de celui-ci à quelle é]«>que, après nn court séjour à Pé King,
il |Kiurrait revenir à Tien-Tsin j)onr entamer les négociations
relatives au Irailt- o)nmiercinl : « \ quoi bon revenir ici?
réi)ondit Li, vous ferez mieux de négocier direcleuieiil avec
II' Tsiningli Vamen et, quand le traité sera ju-él, j'v appo-
serai ma signature comme j'ai fait sur celui il» j) juin. Le
gouvernement Trançaïs a cru devoir se passer de moi à celte
é[HK]ue, il ne ^teul pas Inmver mauvais que je lui pmpose
I, M, I>alfil>Mr<-qiiillii P^KilIg. Ip I" orlniirp
#» . »^ ■ -■■ *.. ■Bffs I
f).')'! THMTK CO(;ORI)\N
d'agir encore une lois de la mrnic manière I D'ailleurs si >ous
ne pouvez vous entendre avec le Tsoung-li ^anien, revenez
à Tien-Tsin, peut-être alors réussirez- vous mieux avec moi. »
Toutefois à la fin de l'entretien, le vice-roi se montra plus
conciliant.
La Chine avait été blessée par le traité du 9 juin qui
froissait son orgueil ; Li était le seul à en prendre son
parti; quant à sir R. Hart, il tenait à faire exécuter « son »
traité.
Deux jours après son arrivée a Pé-King, le 8 novembre
i885, M. Cogordan fut re<;upar le Tsoung-li Yaincn auquel,
suivant les instructions verbales de notre ministre des Aflaires
étrangères, il s'efforça de faire comprendre les intentions
ton les pacifiques et conciliantes du Ciouverncmcnt de la Ré-
publique. L'impression du Yamen fut bonne à en juger par
la teneur de la dépêche par laquelle il répondait* à la lettre
qui accréditait M. Cogordan auprès de lui.
13 Novembre i885.
Le 3* jour de la 10* lune de la 11® année Kouang-Siu (8 no-
vembre i885). Son Excellence M. Cogordan étant venu s'entre-
tenir avec nous au Tsoung-li Yamen, nous a remis la dépêche
dans laquelle Votre Excellence nous avise « de la venue en Chine
pour y prendre la direction de la Légation de France, de
M. Cogordan, Plénipotentiaire, sous-directeur au Ministère des
A ifa i res É tra n gères ? . . .
Le même jour, pendant l'entretien que nous avons eu pour
la j)remière fois avec M. Cogordan, Nous avons pu nous rendre
compte de ses dispositions conciliantes et pacifiques. Elles ne
manqueront pas d'assurer aux graves intérêts qui lui seront
désormais confiés, un règlement toujours satisfaisant. La con-
fiance, l'estime et le concours de notre Conseil ne lui feront
jamais défaut et puisque Votre Excellence a bien voulu nous
adresser la dépêche ci-dessus mentionnée, nous devrons à^ plus
forte raison lui témoigner une bienveillance toute particulière,
I. A. M. do Freycinei.
IHMII (O(;oiii)\\ ,).).)
(jui l'iiUcrinira culn» \u)\\> la concordo <»! 1 .iinllir cl nioiilicrn \c
prix (pio nous attachons aux n^lalions de nos deux Pa>s.
Telle est noire réponse otlieielle '.
Li lloung-lchang arri>a h Pé-King le 2<S ocMohre; si, à la
suite de la convention Fournicr, son infliionee avait subi
une passagère éclipse, il l'avait reprise complètement alors;
à peine arrivé dans la capitale, il reçut la visite du septième
prince et il cul quatre ou cinq entretiens avec T Impératrice;
le seul résultat connu de sa visite fut la création d'une ami-
rauté cliinoisc.
Le 2^1 noveud)re i885, M. Cogordan enxoya de Pé king
à Li la traduction chinoise de Tavant-projet de traité de com-
merce élaboré à Paris au commencement du mois d'août. Le
surlendemain de son arrivée à Tien-Tsin, \L Cogordan se
rendit au Yamen de Li qui lui dit: « Presque tous les ar
licles sont inadmissibles pour la Chine. J'ai reçu du Tsoung li
^ amen une lettre dans laquelle vingt des vingt-quatre articles
du projet sont Tobjcl de critiques. En outre, sur les quatre
articles restants, il y en a deux que, [)Our ma part, je ne
puis accepter-. »
Le 28 novembre i885, rechange des ratifications du traité
de paix du 9 juin eut lieu au Tsoung-li Yamen ; le prince
k'ing et Chin, membres du Grand Conseil, représentaient
ri^lmpereur; cette cérémonie fut suivie d'un dîner olFert par
le Tsoung-li Yamen au personnel de la Légation de I^'rance.
M. Cogordan rendit la politesse le 3décend)re ; le lendemain,
il devait partir [>our Tien-Tsin confiant la Légation a M. Col-
lin de Plancy, mais il fut retenu dans la capitale par le mau-
\ais temps.
Il est inutile d'entrer dans le détail des négociations qui
amenèrent la signature du traité du 2.') avril 1886; disons
I. l*our Irad. conforme, sign. : A. Vissière.
a. Lettre de M. Cogordan au Département, i3 décembre.
556 TRAITÉ r-oGonoAN
Bculcmrnt chip |u<n(laiil quelque l«in|is Li avaîl eu une ten-
dance k siihordonncr les négociations commerciales an règle
ment de la question de frontière.
TIIAITÉ COGOnitAN, aô AVRIL 1886
Amticlë i". — Aux tcrmfs de I'hiIIcIc 5 du traite du ç) juin
■ 885. les Ilaiilrs l'ai'lie.-i conlracInntescDnvicnncnl qu'il y a lirii.
qiiniil il préscnl, d'ouvrir au commerce deux localité.>i, l'une m
nord de Lanfj-So'net l'nutre nu-dessus do Lao-Kay. La Cliine 1
l'iablira dos bureaux de douane et la France aura la facullé d'\
nommer des consuls, qui jouiront de tous 1ns droits et pri>))ci,Ts
concédt^s en Chine aux cousid» de la nation la plus favorisée.
Lo.t travaux de la commission chargée de ta délimitation dos
deui pays ne se trouvant pas terminés au moment de la signa-
ture de la présente convention, la localité a ouvrir au commerce
au nord du Lan(ç-So'n devra ùlrc clioisie et déterminée dans le
courant de la pn-scnlc année, apri-s entente entre le ftouverne-
ment ini|>érial et le représentant de la France à l'é-Kin^. Quant à
la localité qui devra être ouverte au commerce an-dessiis de I^o-
Kav, elle sera également déterminée d'un commun accord à h
suite des travaux de reconnaissance de la fronlifrc entre losdeux
pays.
Abt. 3. — Le gouvernement impérial pourra nommer des
consuls il Elanoï et a Ilaï-1'hon^. Dos consuls chinois pournuil
aussi être envoyés plus lard dans d'aulresgrandes ville.sdu Tong-
King, aprè.s entente a\ec le gouvernement fran^^is.
Ces agents seront traités de la mémt; manière, et auront les
m'!']iies droits el privilèges que les consids de la nation la plus
fa\oris<'* établis en France. C'est avec les autorités françaises
charges du protectorat qu'ils entretiendront tous leurs rapport»
olliciols.
\rt. 3. — Il est convenu, de jiarl et d'autre, que. dans le»
localités où des consuls seront envoyé-s, les autorités respectives
s'emploieront a faciliter l'installation de ceij agents dans des rési-
dences honorable-'.
Les Français jiourrnnt s'établir dans les localités ouvertes au
commerce k la frontière de Chine dans les conditions prévues
[iiir les artirli's 7. 10, 11, ru et autres du traitédnayjiiin i858.
hcs Annaniitefl joiiiroiil diins cvs localik-t du iii^mo Irailc-
ment privik^f;'''-
AftT. /|. — Le* Cliiiioîs auront ic drnit de possôdcr do» Iit-
rains. d'i'lpvrr dpscniiâlnictions. d'ouvrir ilos iiiiiiijoris di^ cotn-
iiicrcc et d'avoir des magasins clanii lont rAimain.
[|s obtiendront pour leura personnes, leurs familles et leurs
hieus, protection et sécurité a l'égal des sujel» de la nation euro-
l^'eime la plus favoriaie, c\. comme ces derniers, ils ne pourronl
être l'objet d'aucun mauvais trailemcnl. Lcii correspondances
oflicicllcs cl jjrivdcs. les télégratiitucs des Tnnc lion iia ires cl eom-
nu>i\anls eliiiiois seront transmis sans dilliculté par les adminis-
trations {JOsUilc et lélégrapliiipie fran^-iiscs.
Les Français recevront de la Chine le mi^nic traitement privi-
i,-„i,-.
Art, 5. — Les Français, proléjtés français ou étrangers établis au
Tong-King, pourront fratichir la fronlièrc et pénélrer en Chine,
il la condition d'ftrc munis de passe|Mirls. Ces p.i$seports seront
déliin-s par les autorités cbinoises de la fronlièrc, » lu re(|ucHe
des anturilés françaises, ({ui les demanderont seulement en faveur
de [tersonncs lionorablps: ils seront rendus au retour et annulés.
liOrs(|ii'uii vovageur devra traverser une loealilt' occujk'c par
dtv abori){èiies, ou des sauvages, il sera mentionné sur le passe-
port fju'il n'y a {las dans celte localité de fonctionnaires chinois
(pli piiiss(>nt le protéger.
I^s Chinois (pii voudront se rendre de Chine auTong-King |>ar
la voie de terre devront, de la même manière, (Mre nuinis de pas-
seports délivrés {lar les autorités françaises à la iTijuâtu desauto-
rités chinoises (jui les demanderont seulement en faveur de per-
sonnes honorables.
Les passeports ainsi délivrés de part et d'autre serviront sim-
plement de litres de voyage et ne pourront pas être considérés
('omin(> dea certificats d'excmiition de taxes |>our le traiis|>ort des
mnivhandises.
Les autorités chinoises sur te sol chinois et les autorités fran-
çaiscjt an Tong-King auront le droit d'arrêter les pcrjionnes qui
auraient franchi la frontière sans passeport et les remettre aux
niaiii.i des autorités respectives pour 6tre jugées cl punies s'il y
Les Chinois habitant l'Annam pourront rentrer du Tong-King
en Chine en obtenant simplement des autorités impériales un
luinse/-pass<?r leur |KTnicttant de franchir lu frontière.
-■; .'^vyip
r)j8 TUAITK (.<)(;< )RI>AN
Los Fnnirais cl aulnes pcrsoinirs élaljlio dans 1rs localilrs
<)u\tMl('s à la Iroiilirrc poiirroiil rirciilcr siiiis |)asso[>ort dans un
ra\()n ôv riiiquanli* lis ('lyS int'tros le li) autour do ces localités.
AuT. G. — Les nia relia ndisos Jni|X)rtéos dans les localités
omerles au coiiinicrce. à la frontière de Chine, |>ar les négo-
ciants iVanvais et les protégés français, peuvent, apri's acquille-
nieiil dos droits d'iin|)orlation, être trans|K>rtées sur les niarcliés
intérieurs de la Chine dans les conditions fivées par le septième
rof,doiiienl annete du traite du 37 juin i858 et par les rt»gle-
nieiils généraux de la douane maritime sur les passes de transit
à ri ni portât ion,
Dos qne ces marchandises étrangères seront importées dans
ces localités, déclaration de\ra être faite en douane de la nature
ot de la quantité de ces marcha iidisi»s, ainsi que du nom de la per-
sonne qui les accompagne. La douane fera procéder à la vérilica-
lion et percevra le droit du larif général de la douane maritime
chinoise, diminué d*un cinquième. Los articles non dénommés
au tarif resteront passibles du droit do 5 pour 100 ad i^lorem.
Ce n'est qu'après que le droit aura été payé que les marchan-
dises j>ourront sortir du magasin, être ex[K*diées et vendues.
Le négociant qui voudrait envover dans l'intérieur des mar-
chandises étrangères dora faire une nouvelle diklara lion en
douane ot payer, sans réduction, le droit de transit inscrit dans
l(»s règlements généraux de la douane maritime chinoise.
Après ce payement, la douane délivrera une jmsse de transit
cpii permettra aux iH)rteurs de se rendre dans la localité désigiiéi*
sur la passe pour > disposer desdites marchandises.
A ces conditions, aucune perception nouvelle ne sera faite au
passiige des barrières intérieures et des bureaux de likin.
Los marchandises pour les(piellos des passes de transit n'au-
raient piLS été demandées seront passibles de tous les droits de
barrière et de likin imposés aux proihiits indigènes dans l'inté-
rieur du pays.
AiiT. 7. — Les marchandises achetées par les Français et les
protégés français sur les marchés intérieurs de la Chine peuvent
être amenées dans les localités ouvertes à la frontière, jiour être
de là exporléc»s au Tong-King, dans Uys conditions (ixées par le
7® règlement annexe du traité du 37 juin i858 sur letransitdcs
marchandises d'oxjwrlatioii .
Lorscpie les marchandises chinoises arriveront dans ces hx^a-
lités pour être exportées, déclaration de\ra être laite en douane
(le la nalurc cl tlo la quanlili'' de ros inarrhaiidiscs. aiiîsi (pic <lii
nom (lo la porsonno qui les acmmpaf^no.
La douane t'ora proml(M* à la x'rilicafion.
(iollcs de CCS marchandises qui auraient clc acliclccs à rinlc-
ricur par le négociant muni d'une |>asso de transit cl (pii n'au-
raient alors acquitté ni taxe delikin, ni taxe de barrière, auront
d*abord à payer le droit de transit inscrit au tarif général de la
douane maritime chinoise.
Elles payeront ensuite le droit d'exportation du tarif général
diminué d'un tiers. Les articles non dénommés au txirif reste-
ront passibles du droit de 5 pour loo ad valorem.
Après racquittement de ces taxes» les marchandises pourront
sortir librement et être expédiées au delà de la frontière.
Le négociant qui, ayml acheté dos marchandises dans l'inlé-
rieur, ne sera pas numi d'une passiMle transit, devra ac([uiltcr.
au passtïge des bureaux de perception, les taxes de barrière cl d(î
lilvin ; les récépissés devront lui être délivrés. A son arri>ée à la
douane, il sera exempté du payement du droit de transit sur le
vu de ces récépissés.
f^cs commerçimls français et protégés français important ou
cx|u)rtant des marchandises par les bureaux de douane de la
frontière du Yun-Nan et du kouang-Si, et les conmierçants chi-
nois important ou exportant des marchandises au Tong-Ring
n'auront à acquitter aucune taxe de péage pour leurs voitures ou
leurs hétes de somme, Sur les cours d'eau navigables franchissant
la frontière, les barques pourront être de part et d'autre sou-
mises à un droit de tonnage, conformément aux règlements de
la douane maritime des deux pays.
En ce qui concerne les dispositions du présent article et du
précédent, il est convenu entre les Hautes Parties contractantes
(pic, si un nouveau tarif douanier vient à être établi d'un com-
nnm accord entre la Chine et une tierce puissance pour le com-
merce par terre sur les frontières sud-ouest de rEnq)ire chinois,
la Eranct» ])ourra en obtenir ra])plication.
Akt. 8. — I^es marchandises étrangères qui, n'ayant pu être
\endues, seraient, dans un délai de trente-six mois, après a\oir
acquitté le droit d'importation à Tune des douanes frontières
chinoises, réexpédiées \ers l'autre douane frontière, seront exa-
minées à la première de ces douanes, et, si les envelop|)es en sont
restées intactes, si rien n'en a été distrait ou changé, elles rece-
>ronl un certificat d'exemption du montant de la taxe primiti-
5tio TRAITÉ
leiiu'iil iicrçiic. Lo poricur de ce ccrlilicat pourra k- rcmellreà
l'inilfo douane frontii'rt; à l'acquil du nouveau droit <|u'il aura à
jMti'r. I.i) tlounni* jK>urrn i^};ulotiicnt d<''ti\i'or dos hon.i valables
|M'u(iiuil Iroi» ans. ]>oiii' tout pavomenl ullérirurà fuirt^au iiiénio
liuivAU. Il ne sera jamais rcjidu d'argent.
Si rc3 ni^uies marchandises sont ri^xjH^liiW vers un des parti
ouverts de In Chine, elles j seront, coiirorm/'nieiit à la r^ple géniï-
raiedeiiidouancinarilimccliinoisc, souinijM'saux.di'oitsd'iiiiporla-
lion.sans qu'ini puisse \ Taire usage de ces certificats ou bons de
douanes fronliores. Il ne sera («s non plus possible d'y présen-
ter, à l'aaiuit dex droits, les quittances délivrées par les douanes
frontièi'cs lors du premier versement. (Juant anx droits de tran-
sit, uin' fois ac(|uitlés, ils ne |)ourront jamais, coiilorménu-iil
aux règlements atipliqnés dans les porls ouverts, donner lieu à
la délivrance de bons on ccrtillrats d'exemption.
AiiT. ij. — Les marchandises cliiiioises.qni.aprésavoiracquilté
a l'un des bureaux de la frontière, lesdroils de lrnMsitetd'e\|iorla-
tioii. seraient réexpédiées vers l'autre douane frontière pour être
vendues ne seront soumises, à leur arrivée îl cette seconde douane,
qu'au payement, â titre de droit do réiinjiortalion. de In moitié
du droit d'exportation déjà pcr^u. Ci^s marchandises jiourront
alors, conformément aux règlements établis dans les |N>rts
otiveris, Mrn transportées dans l'int^-rienr par les commerçants
étrangers.
Si IV» marchandises chinoises sont transportées dans un des
(Hirls ouverts de la Chine, elles seront assimilées à des marchan-
dises étranpi'res et devront acquitter un nouveau droit enlier
d'importation, conformément an tarif général de la douane mari-
time.
Ces marchandises seront admises à payer le droit de transit
|»our )H>iiélrer dans l'intérieur. Les niarchandises chinoises
im|N>rtées d'un port de nier de (Jiiiie vers un [wrl annamite.
j«ur éti'e de Ifi transportées îi la frontière de t<Tre. et renti-er
ensuite en territoire chinois, seront traitées comme marchandises
étrangères et <levronl payer le droit local d'importation. Ces ma r-
diandiscs seront admises à (Kiyer le droit de transit pour péné-
trer dans l'intérieur.
Art. io. — Les déclnratiocis eu douane chinoise devront élre
faites dnns les trente-six heures qui suivront l'arrivi'-o des mar-
chandises, sons |itiine d'une amende de 'lu taêls p>ir chac|ue jour
de retard, sans que cette amende puisse excéder »oo tuc-ls. Lne
THAITr. COnoUDVN r)() I
(Irclaralion inexacte (l(* la (juanlité dos niarcliandisos, s'il csl
prouve'* (jirollo a (Hé faile dansrintenlion (l'rchappor au paviMiKMit
dos droits, onlraîno pour le niarcliaud la conliscaliou de ces
marchandises. Les marchandises qui, non munies du |)ermis du
chef de la douane, seraient clandestinement introduites par des
chemins détournés, déhallées ou vendues, ou qui seraient l'ohjet
d'un acie inicntionnel decontrehande, seront intégralement con-
liscpiées. Toute fausse déclaration ou manœuvre tendant à trom-
per la douane sur la qualité, la quantité, la réelle provenance ou
la réelle destination des marchandises appelées à hénéficier des
passes de transit, donnera lieu à la confiscation des marchan-
dises. Ces |)énalités devront être prononcées dans les conditions
et selon la procédure fixée par le rèp;lement du 3i mai i8()8.
Dans tous les cas où la confiscation aura été prononcée, le négo-
ciant |X)urra libérer ces marchandises moyennant le versemcuit
d'une somme équivalant à leur valeur, dûment déterminée par
une entente avec les autorités chinoises. Les autorités chinoises
auront toute liberté d'aviser aux mesures à prendre en Chine, le
long de la frontière, afin d'éviter la contrebande.
Les marchandises descendant ou remontant les voies naviga-
l)l(*s à bord de bateaux français, annamites ou chinois, ne devront
pas être nécessairement débanjuées à la frontière, à moins qu'il
) ait apparence de fraude ou divergence entre l'état de la cargai-
son et la déclaration du manifeste. La douane ne pourra qu'en-
voyer à bord desdits bateaux des agents |)our en faire la visite.
Aht. II. — Les produits d'origine chinoise importés au Tong-
King par la frontière de terre auront à acquitter le droit d'iin-
|)ortation du tarif franco-annamite. Ils ne payeront aucun droit
d'exportation à la sortie du Tong-King. Il sera donné commu-
nication au gouvernement impérial du nouveau tarif que la
France établira au Tong-Ring. S'il est établi au Tong-King des
taxes d'accise, de consommation ou de garantie sur certains ar-
ticles de production indigène, les produits similaires chinois
auront à subir, à l'importation, des taxes é(juivalentes.
Akt. la. — Les marchandises chinoises qui seraient trans|>or-
téesii travers le Tong-Ring d'une des deux douanes frontières vers
l'autre douane frontière ou vers un port annamite, pour être de
là ex|K)rtées en Chine, seront soumises à un droit sj>écifK|ue de
transit qui ne dépassera pas a pour loo de la valeur. Au |x>int de
sortie du territoire chinois, ces marchandises devront être recon-
nu(»s par l'autorité douanière française de la frontière (|ui en
COHDIER. Il — 36
5C3 TRAITÉ COGOnUitlt
siM^nlicra la nature, la qnariliU' et la (Irslinalion , dans des ccrll-
(îcals d'nrigiiK' destinés ù èXrc [inxliiits à toute r^uisilioii des
autorilûs l'rançaises durant le parcours à travers le Ton/î-Kinp,
ainsi qu'au port de transbordement.
Afin de ftarantir la douane franeo-anuamite contre lonle
fraude (Msaible, as produits diinois acquitteront à l'entrée du
Touft-kiujç le droit d'importation.
L'n iMsse-debout les acconipai;iiera jusqu'à la sortie, soit |inr
le [tort de transLordcuicnt, soit à la friitilitiru terrestre, et les
.sommes versées jMir le propriélaiie des marc) laiidi ses lui ixrronl.
déduetion faile des droits de transit, restituées h ee inomenl. s'il
y a lieu, en éctiange du récépissé délitiv par les douaiie!< du
Tong-King.
Toute fausse déclaration ou manœuvre tendant, d'une manière
évidente, à tromper l'adminiiîtralioti fran^^aiso sur la qualité, la
quantité, la réelle provenance ou la réelle destination des itiai'-
cliandises appelées à jouir du traitement spécial applicable aux
produits cbinois qui traversertmt le Tong-King en transit, don-
nera lieu à k confiseation des itiarel) an dises. Dans tous les cas où
la conlisciilion aura él^ prononcée, le négociant pomru liU'-nT ses
ma relia niliscs iiiovennant le paiement d'une somme équivalant fi
leur valeur, ditment déterminée jMir une entente avec les autori-
tés fran^'aises.
Les mêmes ri-gles et la mémo la\e de transit siTout applicables
en Annnni aux niarcliandl.ses chinoises ijui .s<;ront eiipédiées d'uu
port de Cbinc vers un |)orl annamite pour gagner de là les douii-
nes-fi-onlières chinoises k travers le Tong-king.
AuT. i3, . — Les articles suivants :
L'or et Tarifent en biirrc, la monnaie étranj>ère, la farine, la
farine de mais, le sagon, le biscuit. Wvt conserves de %iandu et de
léginnes. le fromage, le l)eurre. les sucreries, les vétenients
étrangers, la bijouterie, l'argenterie, la iiarfumerie. les savons de
loule cs|)éce. le charbon de bois, le liois ù hràler. les bougies et
la chandelle étrangères, le tabac, le ^in, la bière, les spiritueux,
les articles de ménage, lus prot i.sions [xiur les navires, les bng.iges
|wrsoiniels, la pH|>clerie. les articles de tapisserie, la coutellerie.
les articles de droguerie, les médicaments étrangers, la \errerio
seront vérifiés par la douane chinoise, h l'entrée cl il la sortie,
s'ils sont réollemcut de provenance ét^ang^re et destinés à Tusage
personne) des étrangei's, et s'ils arriventeiiquaulilé ntndénV. un
ccrtilicat d'exemption des droits sera délivré, qui en permettra
5fi3
le libro pussAj^c k la fronliiTe. ÏSi cvn arliclrs sont soustraits à la
(liTinratidii. h la ronnalili'^ du rerlilîral d'exempliori, leur iiilrii-
iliirlîoii cluiiili'slitii' los rciulrn iiassililextraiiiciide au uii''mo litre
i|iii' les iiiarrlmiulisr'S |kissi<cs rn [-initrcliniiitc.
A ri'\cc|)tion (le l'or, Jy l'arfïciil, cIp la tiiotmaie. dos bnj^ugPK.
<|iii resteront c\riii{ils de droits, les arttcli» ri-dcssiis mou lion nés
dcstifit's il l'usage personnel des élranj^ers cl titi{K>i'lés en i|tiaii-
lîlé modiTik". |>avcroiil. lorscju'ils .•«.■l'onl IransjHirtés à l'intiTit-ur
de lu (Jhiiic, un di'oil de » i/H ')>oiir icxj à In valeur.
Les douaui-s IVaiiro-anuauiiles du In n'ont ière ne |M:rcetronl. à
renlrén eiiiinne ii la sortie du Toiifr-kinjr, aurini droit, soit sur les
olijcts siiivaiils d'usage ]M.TSoi nie! que Iris Chinais Iransiiorten tient
nvt-c ['u\ : monnaie. baga;.^-s, bêlements, ot'tieioeiits de coilTnre
de l'ennnes, |>.ipiers, pinccnm. eniTe de Cliiiii', nioliillers et :ili-
nienls. soil sur les produits ijup le> consuls île Clune au T..rif;-
kinf; l'eraitrut venir pour leur consomma lion personnelle,
AiLT. i/|. - Les Ilautos l'arties eontruetiintes conviennent
d'interdire le commerce et le lrans|)ort de l'opiuu) de tonte pnv
lenunee par la Ironlièrr de lerni eiitiv le Toni,'-Ktnf,' d'une part,
et le Ynu-\ati, le konang-Si, et le Kouang-Toun<;. d'autn' (Mirt.
Aeit. i,'). — L'exjiortation du ri/ et des céréales .si'ra interdite
en (;iiiiie. l/iniporlatinn de ces articli's s'v (vth en franclnse d«
droit. H sera întenlit d'im|>orter eu Cliine :
La [Miudrc ù canon, k-s projectilf's, les fusils et canons, le sal-
pi^tre. le soufre, le plomli. le spelter. les armes, lesel, les piibli-
En cas de conlrarcnlion, ccsarlicks seront inlégrak'inenl ron-
Si les nnlorilés cliinoiscs faisaienl acheter des armes on des
ninnitions, on si des ué^rociants rctx-vaient l'autorisation evpressc
(l'on acheter. rim|M)rtation en serait pcnnisi' soiisla surveillance
spéciale de la douane cliinoise. Les autorités chitiois<-s jwnri'onl.
en outre, apn-s enlenle avec les consuls de rrancc, ohtenir, pour
lis armes et ninnitions qu'elli^s voudraient faii'e transporter en
dhini'. h travers le Tonfç-King. l'exeruption de tout droit à la
douane frunco-amianiiln.
l/intro<luction au Tonj^-King d'armes, munitions de guerre,
publications immorales est aussi Interdite.
AiiT. i(>. —Les (iliinoiit résidant en Annam seront, sons le
rap|H>rl de la juridiction criminelle, lîscale. nu autre, placés
dans h's mêmes L-nnilitîons que les sujets de la nation tu plus
1. Il lifMn
I
5r)'| TRAITK COGOUDW
l'avorisoe. Los procès, qui s'élèveront on Chine, dans les niarcliés
ouverts de la frontière, entre les sujets chinois et les Français ou
Annamites seront réglés en cour mixte par des fonctionnaires
chinois et français.
Pour les crimes ou délits que les Français ou protégt's français
commettraient en Chine dans les localités ouvertes au commerce,
il sera procédé, conformément aux stipulations des articles 38 et
39 du traité du 27 juin i858.
Art. 17. — Si dans les localités ouvertes au commerce h la
frontière de Chine, les Chinois déserteurs ou prévenus de quel-
ques crimes qualifiés tels par la loi chinoise, se réfugient dans
des maisons ou à hord des barques appartenant à des Français
ou protégés français, l'autorité locale s'adressera au consul, qui,
sur la preuve de la culpabilité des prévenus, prendra immédia-
tement les mesures nécessaires pour qu'ils soient remis et livrés
à l'action régulière des lois.
Les Chinois coupables ou inculpés de crimes ou délits, qui
chercheraient un refuge en Annam, seront, à la requête des
autorités chinoises, et sur la preuve de leur culpabilité, recher-
chés, arrêtés et extradés dans tous les cas où pourraient être
extradés de France les sujets des pays jouissant du traitement le
plus large en matière d'extradition.
Los Français ou protégés français cou{)ables ou inculpés de
crimes ou de délits, qui chercheraient un refuge en Chine,
seront, h la requête des autorités françaises et sur la preuve de
leur culpabilité, arrêtés et remis auxdites autorités pour être
livrés à l'action régulière des lois.
De part et d'autre, on évitera avec soin tout recel et toute
connivence.
Art. 18. — Pour toute difficulté non prévue par les disposi-
tions précédentes, on recourra aux règlements de la douane
maritime qui, conformément aux traités existants, sont actuel-
lement appliqués dans les villes ou les ports ouverts.
Dans le cas où ces règlements seraient insuiïisants, les agents
des deux pays en référeraient à leurs gouvernements respectifs.
Les présentes stipulations pourront être, aux termes de l'ar-
ticle 8 du traité du 9 juin i885, revisées dix ans après l'écliangc
des ratifications.
Art. 19. — La présente convention de commerce, après avoir
été ratifiée par les doux gon\ ornements, sera promulguée en
France, en Chine et en Annam.
L'rcliangc iU^^ nililiralions aura lieu à JV'-Kiriir dans \o drlai
(l'iiii an. à coniplor du jour de la signature de la convention
ou |)Ius tôt, si faire se peut.
Fail à Ticn-Tsin eu quatre exemplaires, le 35 avril i88()(cor-
res[X)ndant au viugt-ileuxiènie jour de la troisième lune de la
douzième année Rouang-Siu).
Signé : G. Gogordan.
E. Bruwaert'.
(Signature et cachet chinois : Li 1Iou>g-tch\>g.)
La principale dinicullé que rencontra M. Gogordan dans
ses négociations fut le règlement des droits de sortie stipules
dans Tarticlc 6 du traité du 9 juin ; elle faillit être la pierre
(rachoppcmcnt sur laquelle allaient échouer les premiers
pourparlers, car Li Iloung-tchang émettait la prétention
( récarter complètement cette question. Sur F insistance de
M. Gogordan qui menaçait de rompre, le vice -roi annonça
qu'il se faisait fort, malgré l'opposition du gouvernement
central, de faire passer l'article concernant ces droits, après
la discussion des autres parties du traité, et il faut dire à sa
louange, qu'il tint fidèlement sa parole.
La nomination de consuls par la Chine au Tong-King
(art. 5 du Traité du 9 juin) demandée par Tarticle 2, eut été
la cause de grands troubles dans notre nouvelle possession ;
le consul chinois aurait été naturellement le point de rallic-
I Bruwaert, François- Edmond, né le j5 septembre 18^7 ; licencie
en droit; attache à la direction des consulats et atTaircs commerciales,
•j\ octobre 1878; élève-consul, i5 décembre 1871) ; détaché au cabinet
pour la rwlaction des analyses commerciales, 8 février 1877 » secrétaire de
la commission administrative du 6 avril 1878; secrétaire de la commis-
sion internationale des {tostes, 10 mars 1879; rédacteur au cabinet,
ifr février 1880; secrétaire adjoint de la conférence monétaire interna-
tionale, avril 1881 ; secrétaire pour les négociations commerciales avec la
Suède et la Belgique, juillet 1881 ; consul de seconde classe (pour prendre
rang du i»^"^ janvier 1880) à Chicago, iG janvier 1883 ; consul do pre-
miènî classe, i^ juillet i88'i ; gérant du consulat général de New-York,
17 juin- 10 se[>lembre i885 ; adjoint au plénijx>tentiaire chargé du traite
do commerce avec la Chine, 5 août i885.
ment de ses compatriotes cl il n'aurait pas m.inqiié de créer
autour de lui un mouvement d'ngiUtion funeste à noire tn-
lluencc. Aussi lorsque In Chine voulut plus tard se prévaloir
de celte clause, nous nous y opposâmes.
M. Gogordan resta inébranlable sur la question de fron-
tières : si nous avions cédé une parcelle de territoire, quelque
minime qu'elle fût, à la Chine, nous aurions perdu le béné-
fice de longues cl dillicilcs négociationa cl noire condescen-
dance eût été lournéc en faiblesse. Plus lavd, l'csjiérancc
d'obtenir Dong Dang lors de l'arrivée de M. Ilourcier Saint-
ClialTray avec la commission de délimitation h la frontière
du Tong-King, faillit rouvrir une fois encore celte question,
au grand ennui de notre plénipotentiaire ctdcsfonctionnaires
chinois qui avaient traité avec lui ; la fermeté de noire agent
écarta ce dangi^r. M. Constans fut un peu plus coulant sur
cette question de frontières pour obtenir une réduction des
droits de sortie, mais l'avantage d'environ i (wur loo qu'il
obtint, ne compensa pas l'effet d'une cession territoriale.
Malgré le désir des Tongkinois, M. Gogordan ne put rien
obtenir pour le sel: les Chinois se montrèrent inlrait.ibles
sur ce chapitre, cl il n'y a pas lieu de s'en étonner. Le sel
est une des principales sources du revenu delà Chine; l'arl-
ministralion de la gabelle est un rouage important du gou-
vernement ; l'un des quatre grands fonctionnaires provinciaux,
Se Too, est prccisémenl le contrôleur de la gabelle. Yen i'iin
Che se nu Ton Tchoaan. il fut impossible aiissi d'arracher
Tantorisation d'ouvrir des établissements industriels dans les
[jorts ou\crts au commerce étranger ; la demande était pré-
malurée, elle réussil plus lard avec les Jajionais.
On remarquera qu'on ne pnl s'entendre sur la langue dont
la rédaction ferait foi ; en effet , on a dA obsei-ver les variantes
que j'ai signalées plus haut entre les textes français et chinois
du Irailc de Tien-Tsin de i858; après de nombreuses el
inutiles conférences, on trouva plus simple de s'abstenir
r:o \ V I : niions ( ( » n s r v n s ,') ( ) -
pour épargner des pourparlers qui se seraient éternisés sans
résultat.
La Chine considéra ce traité comme un succès pour elle.
M. Paul Bert prétendit qu'il ruinait le Tong-King, écono-
miquement par l'opium, le sel, les droits de sortie, et, poli-
tiquement par les Consuls au Ïong-King et le traitement de
la nation la plus favorisée.
I/année suivante un nouveau traité de commerce signé par
M. Constans remédiait aux clauses défavorables du traité de
1886 et augmentait nos avantages.
La place me manque, comme d'ailleurs, pour toutes les
affaires de Corée, que je traiterai autre part, pour raconter
la mission de M. Cogordan, dans le Royaume de la Fraîcheur
matinale. Je me borne aujourd'hui à dire que notre en-
voyé signa à Séoul le !\ juin 1886, le premier traité entre la
France et la Corée, imitant en cela les États-Unis d'Amérique
(traité du 22 mai 1882), l'Angleterre (traité du 26 novembre
i883), l'Allemagne (traité du 26 novembre i883), la Russie
(traité du 25juin-7 juillet 188/1) et l'Italie (traité du 26 juin
188/1).
M. Collin de Plancy fut chargé de procéder à l'échange
des ratifications du traité, 8 avril 1887, et il fut nommé
consul et commissaire du gouvernement à Séoul, le 9 no-
vembre 1887.
COxNVENTIONS CO>STA>S, 26 .ItIN 1887
Lettre officielle de S. A. le prince K^iiuj et des ministres du Tsming-li
Y'nmen à M. Constans, envoyé extraordinaire de la République
française en Chine.
A la suite de plusieurs conférences, nous avons arrêté, d'ac-
cord avec vous, les termes d'une convention additionnelle en dix
articles et d'un procès-verbal de clôture des travaux de la com-
mission dedélimitation, ayant pour but de compléter ou de modi-
fier certaines stipulations du traité du 9 juin i885 et du traité
5r>8
c 1rs rapports
enlrc la
du 35 avril 1886.
Chine et lAnnani
A la veille de prendre jour pour signer ces deiii aele». non?
devons nous entendre siir trois {>oinls laissés indéterminés et
nous pro|K>sons de les régler de la manière suivante :
1° Aux termes du traité préeédcnt. ic gouvernement chinois
peut installer des consuls dans les principales villes du Tong-King.
NoTis sommes déjà convenus que le gouvernement cliinois con-
sent à ajourner la nomination de ces consuls, jusqu'au jour on
les deux gouvernements estimeront que les circonstances permel-
lenl de les clablir.
3" 11 est entendu que, lorsque le gouvernement chinois établira
des consuls à Hanoi et n Ilaïphong. le gouvernement Trancais
pourra en nommer dans les capitales des provincesdu Yun-Nan et
du Kouang-Si.
3° Les consuls français dont le gonvernemcnl chinois a consenti
la nomination à Loung-Tcliéou et à Mong-tseu, ainsi que l'agent
relevant du consul de Mong-tseu, qui sera établi à Man-bao n'au-
ront pas le droit d'établir dans ces villes, ouvertes seulement an
commerce de terre, des concessions, comme celles qui existent
dans le port de Cliang-Uaï et dans quelques autres porl.s
ouverts.
Il est entendu que
s'ils étaient insérés 1
tionnelle.
Tel est l'objet de la présente communication, à laquelle nous
vous prions de vouloir bien répondre.
Pé-King. le troisitnie jour de lacinquièmclunede la treizième
année de Kouang-Siu (aSjuin rSSy).
Bèpiinse de M. Conslans, envoyé exlraordinaire de In République
Jrançnhe en Chine àmn Altesse le prince K" ing et leurs Exeellenees
les miiiislrfs du Tioung-li Yamen.
ois articles auront la même valeur que
■ texte même de la convention addi-
J'ail'honn
n de votre lettre
n date
.JUS accrtser réceptif
du 33 juin 1887. par laquelle vous me proposez le règlement
snivanl des trois [Kiints qui n'ont pu être fixés dans la convention
additionnelle.
0 1° Nous sommes déjà convenus qiie le gouvernement chinois
consent à ajourner la nomination des consuls qu'il peut instal-
ler, aujt termes du traité pri'rcédent, dans les grandes villes du
r,r)\VFMI(>NS CONSTVNS M){)
Ton^-King. juscju'au jour où les deux gouvoiiu'inrnlsestiincront
que les cirronstanees permellenl de les établir.
« 3** Il est enlendu que. lorsque le gouvernemeut chinois éta-
blira des consuls a Hanoï et à Haïpbong, le gouvernement fran-
çais pourra en nonmier dans les capitales des provinces du Yun-
Nan et du Kouang-Si.
« 3° Les consuls français dont le gouvernement chinois a con-
senti la nomination a Loung-tchéou et h Mong-l^seu, ainsi que
l'agent relevant du consul de Mong-lseuquî sera établi à Man-liao,
n'auront pas le droit d'établir dans ces villes, ouvertes seulement
au commerce de terre, des concessions connue celles qui existent
dans le port de Chang-Ilaï et dans quelques autres porU
ouverts. »
Votre Altesse et vos Excellences ajoutent que « ces trois arti-
cles auront la même valeur que s'ils étaient insérés dans le texte
même de la convention additionnelle ».
La dépêche de Votre Altesse et de \ os F^xcellences conlirme
très exactement les conventions intervenues au cours de nos con-
férences. J'ai, en conséquence, l'honneur de leur donner acte de
notre accord sur tous ces points.
Pé-Ring, le 23 juin 1887.
Convention relative à la délimitation de la frontière entre la Chine
et le Tong-King, signée à Pé-King, le 26 juin 1887.
Les commissaires nommés par le Président de la Répuhli(|ue
française et par S. M. l'empereur de Chine, en exécution de l'ar-
ticle 3 du traité du 9 juin i883 jx)ur reconnaître la frontière
entre la Chine et le Tong-King. ayant terminé leurs travaux;
M. F]rnest Constans, député, ancien ministre de l'intérieur et
des cultes, commissaire du (jouvernement, envoyé extraordinaire
de la République française, d'une part ;
Et S. A. le prince Ring, prince du second rang, pn^sident du
Tsoung-li Yamen. assisté de
S. Exe. Souen Yu-ouen, membre du Tsoung-li Yamen, pre-
mier vice-président du ministère des travaux publics.
Agissant au nom de leurs gouvernements respectifs ;
On a décidé de consigner dans le présent acte les dispositions
suivantes destinées à régler délinitiNcment la délimitation de
ladite frontière :
i^ Les procès-verbaux et les cartes y annexées qui ont été
O-JO CONVENTIONS CONSTANS
(Irossos ot signés j)ar los cominissairos français ol chinois soni ot
donieiircnt approuves ;
2° Les points sur lescjuels l'accord n'avait pu se faire entre les
deux commissions, et les rectifications \isées par le deuxième
paragraphe de l'article 3 du traité du 9 juin i885 soni réglés
ainsi qu'il suit :
Au Kouang-Toung, il est entendu que les points contestés qui
sont situés à l'Est et au \ord-Est de Monkav, au delà de la
fronlière telle qu'elle a été fixée par la commission de délimita-
tion, sont atlrihués à la Chine. Les îles qui sont à l'Est du méri-
dien de Paris io5°43' de longitude Est, c'est-à-dire de la ligne
Nord-Sud passant par la pointe orientale de l'île de Tcli'a Kou
ou Ouan-chan (Tra-co) et formant la frontière, sont également
atlrihuées à la Chine. Les îles Go-lho et les autres îles qui sont
à l'Ouest de ce méridien appartiennent à l'Annam.
Les Chinois coupahles ou inculpés de crimes ou délils qui cher-
cheraient un refuge dans ces îles seront, conformément aux sti-
pulations de l'article 37 du traité du ao avril 1886, recherchés,
arrêtés et extradés par les autorités françaises.
Sur la frontière du Yun-Nan, il est entendu que la démarca-
tion suivra le tracé suivant ;
De Keou-teou-tchaï (Cao-dao-trai) sur la rive gauche du Siao-
tou-tcheou-ho (Tien-do-chu-hu), point M de la carte de la
deuxième section, elle se dirige pendant cinquante lis (>ingt
kilomètres) direclemenl de l'Ouest vers l'Est en laissant à la Clii ne
les (Midroitij de Tsui-kiang-cho ou Tsui-y-cho (Tu nghia xa).
Tsui-mei-cho (Tu-mi-xa), Kiang-fei-cho ou Y-fci-cho (Nghia-li-
xa), qui sont au Nord de cetle ligne, et à l'Annam, celui de
Yeou-p'ong-cho (Hu-hang-xa) qui en est au Sud, jusqu'aux
pointas marqués P et Q sur la carteannexe où elle cou|)e les deux
branch(»s du second aiïluent de droite du Ileï-ho (llac lia) ou
Tou-tcheou-ho (Do-chu-ha). A partir du point Q,elle s'infléchit
vers le Sud-Est d'environ i5 lis (6 kilomètres) jusqu'au point R,
laissant à la Chine le territoire de \an-tan (Nam-don) au Nord de
ce point R; puis à partir de ce dit point, remonte vers le Nord-
Est juscju'au point S, en suivant la direction tracée sur la carte par la
ligne H-S, le cours du Nan-teng ho (Nam-dang-ha) et les terri-
toires de Man-meï (Man-mi), de Meng-tong-chang-Ls'oun(Muong-
dong-troung-thon), de Mong-toung-chan (Muong-dong-son), de
Meng toung-tchoung ts'oim (Muong-dong-truong-thon) et de
Meng-toung chia-ts'ou (Muong-dong-ha-lhon) i-estant à l'Annam.
A (wrtir lin point S (Mcnjî louii™ -chin-t'sniiii nu Miiong-ftong
lia-lfion). k- milieu du Ts'iii^-climici lio (Tlian limj lia) iii.H<iui'
jusfjn'ii snn confluent, on T. avec la riviî'ri- Claii-p. In fronlUTi-
a<lo|>t(V.
Du {loinL T. non liarô (-kI iunrc|iii'' jiar le inilicii di> la luiôro
Clnirv jii«]u'nii ]M>iiit \, àlinulciir de. Tcli'ixian-lonu (Tliiijcii-
(laii).
On [Hiiiil X. elle miioiili' vers Ip Nord jiisi]ii'hii pciinl Y, en
jMssiiil |>iir Pnicli<i-)ai (Bnrh-lliacli-^ini) i-t l.aii-ai-k'an (Lno-hni
lan), lu iiioîtié dr clininn de ces denx ondi-oits np]inrli'nnnt ù la
CliiiM' cl k l'Annnni ; ci-, (jnl osl ii VEst api>.irlieiil a rAiinain. rp.
qui est il rOuost. à in Chine.
A juii-lir lin jMiiiil Y. elk' loiip:e. <liii)s In dimtion du \ord. la
rive driiile du jxMil iillliient de fçnnelie de l.t rivii-re Claire qui la
rei.-oil eiilro I'ieii-|>ao-kia (Hien-bao-klia) el IVi-]>iin (Biic-bao) .■!
ga^jie ensuite kni>-mn-|)aï (Cno-ma-lincli), [loint Z. où elle .se
raccorde nvec le trac<j de lu Iroiiiièiiie soction.
A pii'lir de l..ong-po-lcliai (rinr|uièine «Tlion), la fronliére
commune du Ytin->anel de l'Annani lenionle leeoiir^idn l.<>n<;-
po-lio jnsqn'i'i son rnidlnent a>ei- le Ts'iii^'-i-lioiiei-lio. marqué A
sur la curie : du [mint \. elle suit la direclron p'-nérale du Nord-
Ksl au SuiUOiiest justju'au }>oinl indiigiié 1) surin carte, endroit
on le Kaî kiau^-lio re^'oilleMien-cliouei-onaii : dans ee parcour.s.
In frontièi-e laisse h In Chine le cours dii Ts'iii({-i-|ioiiei-iio.
Du point II, la froutiiTC, à la direction Rsl-(>uest jitMjn'au
point r. on elle rencontre le Ten^-tian-lcluanf; annli^ssoiiH de
Ta-chou-tcliio. (> <j<ii eut au Snfl de ct-lte ligne apjNirlieni à
l'\uri>nn. <-i- qui est au Non! à la Chine.
Du point Celle redi-^cend ^ei's le Sud en suivant le mllieixie
la ri\ière Ten^-tiao-Tcliian^- jusiju'ii son tonnuent au |>oin( D
avec le Tsin-lse-lio.
Klie suit ensuite le Tsin-tse-Iio pendant entirou 3o lis el ci>ii-
tiniie dans la direction KsI-Oiiest jusqu'au point D où elle ren-
cnulrc le petit rnisseau qui se jette dans la ri\ière Noire (Ilei
tçian^' ou llac ({ian^) à l'KsI du liae de Meu<,'-|ianf,'. Le milieu de
ce ruisseau sert de l'rontièiT du |>oiiil E au {Miiul I''.
A prtirdn point F. le milieu de la ri\ière Noire sert de l'rou-
tière h lOuest.
\av antnrilés lorales chinoises cl les n^'ents dési^jnés par le rési-
dent général de la Itépuiilique franvaisi- en Viuiaiu et nu Ton^'-
Kinfî seront chargés de priK'éder à rahoriiemeul. eonforui émeut
mf~.
0-73 CONVENTIONS CONSTANS
aux caries dressées el signées par la eominission de déliinitation
et au trace ci-dessus.
Au présent acte sont annexées trois cartes en deux exem-
plaires» signées et scellées par kîs deux parlies. Sur ces cartes, la
nouvelle frontière est tracée par un trait rouge et indiquée sur
les cartes du Yun-Nan par les lettres de Talpliabct français et
les caractères cycliques chinois.
Fait à Pé-King, en double expédition, le 26 juin 1887.
ÇSignnlure el cachet du plénipotentiaire chinois.)
Signé : Gonstans.
(Cacfiet de la légation de France à Pé-King.)
Convention additionnelle, signée à Pé-King, le 26 juin 1887,
entre la France et la Chine.
Le Président delà République française et S. M. rempereur de
Chine, désireux de favoriser le développement des relations com-
merciales entre les deux pays et d'assurer la bonne exécution du
traité de commerce signé à Tien-Tsin le 35 avril 1886, ont
décidé de conclure une convention additionnelle modifiant quel-
ques-unes des dispositions contenues dans ledit acte.
/V cetelTet, les deux Hautes Parties contractantes ont nommé
pour leurs plénipotentiaires respectifs, savoir :
Le Président de la République française, M. Ernest Constans,
député, ancien ministre de l'intérieur et des cultes, commissaire
du Gouvernement, envoyé extraordinaire de la République fran-
ç<ïise en Ghine,
Et S. M. l'empereur de Ghine, S. A. le prince K'ing, prince
du second rang, président du Tsoung-li Yamen,
Assisté de
S. Exe. Souen Yu-ouen. membre du Tsoung-li Yamen, pre-
mier vice-président du ministère des travaux publics ;
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs, qu'ils
ont reconnus en bonne et due forme, sont convenus des articles
suivants ;
Art. I•^ — Le traité signé à Tien-Tsin le 30 avril 1886 sera,
inunédiatement après l'échange des ratifications, fidèlement mis
à exécution dans toutes ses clauses, sauf, bien entendu, celles que
la présente convention a pour but de modifier.
Art. 3. — En exécution de l'article i*' du traité du 35 avril
1886, il est convenu entre les Hautes Parties contractantes que
CONVENTIONS CONSTANS b'j[\
la ville de Loun<;-Tcliéou au Kouang-Si el celle de Mon«^-ls<Mi
au Yun-Nan sont omertes au commerce IVanco-annamile ; il est
entendu, en outre, cjuc Man-liao, qui se trouve sur la roule
fluviale de F^aoKay à Mong-Tseu, est ouvert au connuerce comme
Loung-tcliéou et Mong-tseu, et que le gouvernement français aura
le droit d*y entretenir un agent relevant du consul de cette
dernière ville.
Aht. 3. — En vue de développer le plus rapidement possible
le commerce entre la Chineet le Tong-King, les droits d'importa-
tion et d'exportation stipulés dans les articles G et 7 du fraité du
a5 avril 188O sont provisoirement modifiés ainsi qu'il suit :
Les marchandises étrangères importées en Chine par les \illes
ouvertes auront à acquitter le droit du tarif général de la douane
maritime, diminué des trois dixièmes.
Les marchandises chinoises exportées au Ïong-Ring payeront le
droit d'exportation dudit tarif général, diminué des quatre
dixièmes.
Art. 4. — Les produits d'origine chinoise qui auront acquitté
les droits d'importation, conformément au paragraphe i'*^ de
l'article 11 du traité du 35 avril 1886 et seront transportés à
travers le Tong-King vers un port annamite pourront être soumis,
à la sortie de ce port, s'ils sont à destination d'un autre pays que
la Chine, au droit d'exportation fixé par le tarif des douanes
fra nco-a n n a mi tes .
Art. 5. — Le gouvernement chinois autorise l'exportation de
l'opium indigène au Tong-King par la frontière de terre moyennant
un droit d'exportation de ao taëls par picul ou 100 livres chi-
noises. Les Français ou protégés français ne pourront acheter
l'opium qu'à Loung-Tchéou. Mong-tseu et Man-hao. Les droits de
likin et de barrières que les commerçants indigènes auront à
payer sur ce produit ne dépasseront pas ao tacls par picul.
Les commerçants chinois qui auront apj)or té l'opium de l'inté-
rieur remettront à l'acheteur, en môme temps que la marchandise,
les reçus constatant que le likin a été intégralement acquitté, et
l'acheteur présentera ces reçus à la douane, qui les annulera au
moment où il elfectuera le payement du droit d'exportation.
Il est entendu que cet opium, dans le cas où il rentrerait en
Chine, soit par la frontière de terre, soit par un des ports ouverts,
ne pourra être assimilé aux produits d'origine chinoise réimportés.
Art. 6. — Les bateaux français et annamites, à l'exception
des bâtiments de guerre et des navires employés au trans|)ort de
57«
trou|M's. li'ariiics ou de munilionâ clc guerre, pourront circuler
(II- Lan<^-Si>'n n Ciio-ba»;;. ot rtviproqueineiit, ci) pnssanl |iar les
rivièros ( Son- K.i- Kong el rivière de Cno-bang) qui relient Lang-
So'ii ti Iioung-Tchéou et Loung-Tcliéou i. Cao-bang.
Il sera prélevé sur ces lialcaux, pour chaque [Uircour^. un
droit de tonnage (le 5 pour loo de laél par tonneau, mai» les
niarcliuiulises com|>osiinl le diargement n'auront à aapjitter
nucun droit.
Les niarrhandiscK ii destination de Cliinc [Kiuri-ont ^Ire trans-
portées par les rivières dont il <^l (picsiion dans le {>aragraplic
i" du présent article, aussi bien que |>ar les routes de terre, et
uotanniient |>ur la route m.iiidariiinle qui conduit de Laug-S»'ii
il Loung-Tehéon ; mais, jusqu'au jour où le gouvernement cbi-
iiois aura établi un poste de douane à la froiilière. les marchan-
dises qui |wsscront j»ar m routes de terre ne [wurront être
\endues qu'après aviur iiccpiitlé tes droits à Louug-Tcbéou.
Aht. -j. — Il est entendu que la France jouira de pleiii di'oit,
et sans qu'il soit besoin de négocinlions préalaldcs, de tous les
privilèges et immunités, de quelque nature qu'ils soient, et de
tous les avantages cnmnn<rciaux qui pourraient être accordés
dans la suite Ji la nation fa plus ritvnrisée par des traités ou con-
ventions ajant [Xiur objet le règlement des rapports politiques
ou commerciaux entre la Chine et les pays situés au Sud et au
Sud-Ouest de l'Empire chinois.
.\rt. 8. — Avant arrêté d'un commun accord les dis|)OsitionK
ei -dessus, les pléniimtcntiaires ont apposé leur signature et leur
sceau sur dcuï exemplaires du texte français de la présente cun-
vention. ainsi que sur la traduction chinoise qui accoin|)agne
chacun de ces exemplaires.
Akt. (). — Les stipulations delà présente convention addition-
nelle .seront mises en vigueur connue si elles étaient insén'-es
dans h' teite mente du traité du 3[) avril 1S8G à partir du jour
de l'éeliangc des ratilications desdits traité et convention.
.\iiT. 10. — La présente convcntioti sera ratilîée dès à présent
pur S. M. rem[>ereur de Cliine, et, dès qu'elle aura été ratilîée
par le Président de la République francise, l'échange des ratilî-
ealions aura lieu à l'é-KIng.
Kait à lV<-King. le vingt -si\ juin mil Imil cent ipiati-e-vingt sept.
Signé : (;.»sT*Ns. l'riiue K'i^<;.
(L. s.) (,,. s.)
575
L'arlicle 2 acconle l'oii\erliirc nu cninmerco dos poils de
Loiirig-ldiéoii cl de Mong tscii ainsi tiuc de Man liitu ;
M. Conslîiiis avait oblomi en oufi-c rijuvcrlurcdc Yiin-Nan Ion,
capitale du Viin-\an, de Kiiuei-lin, capitale du Kouang-Si, de
Ho Koou, en l'aco de Lao-Ka) et de Toiig-hing, en l'at'c ilc
Mong-Kaj ; on rcnoiii;aà ces derniers avantages pour ne pas
aiigineiiler le nouibit* de nos agents; l'abandon de nos de-
mandes en ce qui concernai! \nn-\an fouet Konet-lin rendait
mille la seconde clause de la lelLre dn prince k'ing relative
à la nomination de consuls chinois à Hanoï et à Haï -pliong.
L'article G constllnail nn avantage exlrt'nu'inenl sérieux;
la communication entre Lang So'n et (Jao-Itaiig |XiU\ail se
faire jiar territoire cliinois puistpie Ton atait le droit de des-
cendre le Song-ki kong juscju a son conflueni avec la rivière
de (Ino-Bang que Ton i-eiiionlait ensuite; on sait qiie la nHite
directe de Lang-So'n à Cao lîaiig est iniprallcable'. Le
ilioyen d'agir de M. Cnnstaiis sur le gou\onienie[i( chinois,
sans lequel, il n'aurait pu réussir, était la reconnaissance
des droiU de la (lliine sur la presqu'île de Pak-Loung.
I. t.lll iHirlani aiiproholiuii de la miieeiilion ih ri
Tsiii. Ir 35 oi'crï 188O, cl ilr lu roneenlion aiMitiuiiiielIc s'ujiiêe J
i>tkii«j, h :iGjmn 188-;. tnlre h Fnio-^e cl ta Chine.
l,c Sfiinl ol la Cliambrc des (li'[iiiU's oui ailaplr,
l^ l'ri~.iilpMl de la Rrjiiil>lii[iio [mmiiiljfiic la loi iloiit la Icnciir mil :
Ailiele mii'inf. — l>- Prc'siilont ctc In Rrpi'tliliriiiu est autorise i ralilior.
et, s'il Y a liiMi, k Tain: otùciilcr la (■onvoiiiioii de coininrn-r sigii^ i Tîi'ii-
Tsi[i. 1c a!j avril i8t)0, l'I ta convcrilioii niIrlilianricllcsignÉc i P6kinf!. lo
lU juin 1887. cnirc la Franco cl la Chine et doiil une copie autliciitii|uo
demeure aiincxi^o â la |irii<eiilf lui^.
La préwiilc loi. drlihfri'-c et nrlo[itt'-e jiar le Séiial et par la Chamltrc
t'ait à Paris, le 3(> iiotcmbrc 1868.
Cah>ot.
l'ar le Pr^sidenl de la Ré|nibltqiie :
Le minUIre îles affaiin élronijère),
HekS Gobi-et.
ï. iJmrml Ofjkicl. diinanciie i dfeiiibre 1888.)
CHAPITRE XXVII
L£ P. TERRASSE. - LE CHOLÉRA. - AFFAIRE DE SWATOW.
— LIEOD-EIEOC (1883). — LE TODNG-T'ANG. — AFFAIRE
CONRADX. - AFFAIRES DE CORËE (18U).
MEURTRE DU PERE TERRASSE
Dans la nuit du 27 au a8 mare i883, le P. Terrasse ' fut
massacre avec scpL chrétiens h Tcliâng Yn, près de Ta-lî,
dans la province du Yun-Nan. Ces crimes furent signalés par
M. Bnurée h M. Cliallemcl-Lacour lo 8 mai i883 et co no
fui ((ue le 21 août suivant que M. Tricou put télégraphier
au Déparlement que, malgré les difTicuItés relatives au\
alTiiires du Tong-King, les coupables avaient été punis de lu
basionnade et de l'esil; une indemnité de trois-cent cin-
quante mille francs (cinquante mille taëls) avait été versée
entre les mains de la mission, qui s'était déclarée satisfaite.
CROLÉHA A PÊ-KING, AOUT l883
Une grande épidémie de choléra éclata à Pé-King au
mois d'août i883. Un cas fut signalé à la légation de France
les [7 et 18 août. Du 22 au sg août, c'est-à-dire pendant
liuil jours, par les seules |)ortes de Ha-la mcn et de Tsi-houa
:, Terrassa, Jean-AHloine-lMuis, né en 1SJ8, i Lantriac (Hau
Loire); Missions i'iraiigtres ile Paris; |>*rli le ly juillel 187}.
AFFAIHE DE SWATOAV 577
mon, il était sorti tic la capitale au momont du choléra 1610
(^ercueils dont 280 le 2/4 août et 3oo le 23 aoùl.
AFFAIRE DE SWATOW
II se passa, à celle époque, une affaire à Swalow, qui fil
grand bruit et qui offre un grand intérêt pour les droits
de propriété sur les bords des fleuves, et que la lettre suivante
d'un résident de Chine explique clairement :
Il y a une vingtaine d'années, le coraprador d'une maison de
conimerce allemande, la maison Diercks et (^o., avait acheté
des autorités locales h Swatow un droit de propriété sur des relais
de la rivière, qui formaient une superficie déterminée, mais dont
l'acquisition n'était regardée comme parfaite, d'après les usages
du pays, qu'au fur et à mesure que l'acquéreur les mettait en les
exhaussant, définitivement à l'abri du retour des eaux du fleuve
et qu'il payait, pour les terrains ainsi préservés, les impôts exi-
gés par l'État.
Dans les années qui suivirent ces acquisitions, un certain
nombre de lots furent ainsi occupés et recédés ensuite à dcvs par-
ticuliers ou à des compagnies industrielles : et l'un d'eux fut
choisi, il y a longtemps déjà, par l'administration des douanes
qui y établit la résidence de ses agents et ses bureaux.
Immédiatement à côté de ce terrain des douanes, se trouvait
le reste des terrains non surélevés, concédés jadis au conq)rador
et devenus, plus tard, par l'effet d'une rétrocession, la propriété
de la maison elle-même, dont le représentant, un des associés.
M. Shaar, faisait alors fonctions de Vice-Consul d'Allemagne à
Swatow. Ils formaient une sorte de promontoire qui descendait,
en se perdant, vers le lit actuel de la rivière, et la portion immé-
diate en avait graduellement été occu[)ée par l'administration
impériale des douanes, qui, ne les trouvant inscrits au nom de
personne sur les registres des immeubles, tenus par l'autorité
cliinoisc, y avait établi des chemins, des hangars, des garages
pour ses embarcations et se les était finalement fait adjuger par
i'Ktat, sans que la maison Diercks en ait eu coimaissance, ou tout
au moins ait protesté.
C'est précisément cette partie attenante innuédiatement à la
CoRDiER. II — 37
578 ANNÉES l883 F.T i88ii
Douane dont M. Sliaar, dans le courant de l'année dernifre. fit
la cession au nom dp sa maison, à une compagnie de navigation
à vapeur qui prit rengagement de Ycrser comptant les t^^ooo
piastres, représentant le prix d'acquisition.
Par suite de l'opposition mise par la douane aux pn'tentînns
du nouvel acquéreur qui voulait entrer en jouissance de l'iin-
menbic. celui-ci remisa de verser aucune somme à la maison
Dierclts. avant d'avoir la libre disposition du terrain, ccqui irrita
vivement M. Sliaar qui avait comptésur le versement des 1^5 000
dollars et avait en eouscquence pris dcaorrangemenla financiers :
celni-ci désespérant de régler l'alTnii'e à lui tout seul, s'adressa à
son suj)érieur tiiérarcliiquo. M, Travers, Consul d'Allemagne, à
la fois h Canton et à Hong-Kong, de qui relève le vice-consulat
de Swatow ; et comme les autorités locales soutenaient les pré-
tentions de l'administration des Douanes, M. Travers crut devoir
hii-m^me en référer ^ la Légation allemande de Pé-king. Il n'en
essaya pas moins d'arranger les choses i l'amiable et il envoya Ji
Swatow son interprèle, M. de MiillendorlT. qu'il chargea de
régler cette affaire avec les autorité» locales.
Il est II supposer que le Consul d'.\llemagne <\ Hong-Kong
n'était point sulFisamment au courant des lois et dos coutumesde
la Chine, car il oublia, en envoyant M. de MitlIeridorlT, de le
nmnir, selon la règle, d'une lettre de service qui l'introduisit
auprès du Yicn-Koi dt-s deux kouang et desautorilésde Snalow.
t>lte ciiTonstance obligea M. de MiillendorlT b faire deux fois en
vain le voyage de Swatow à Canton, 011 ses démarches person-
nelles n'obtinrent aucun effet, jus(|u'au jour où M. Travers
demanda nUicicIlemcnt au vice-roi de l'accrLyiter aupri» de*
mandarins de Swatow.
Pendant ces délais. M. deBrandt avait cru devoir s'adresserau
Yamen et il avait envoyé son premier interprète, pour signifier
aux Ministres de l'Empereur, que si cette affaire ne recevait pas
une prompte solution, la légation d'Allemagne saurait bien s<-
faire rendre justice. Il est très vraisemblable, pour ne pas dire
certain, qu'il aura donné, dans ce sens, des instructions pré-
cises, soit à son Consul à Canton, soit Ji M. de MôlIendorlT lui-
même, qui était revenu h Swatow et y- attendait en vain, depuis
quelque temps, les lettres promises ])ar le vice-roi pour les auto-
rités locales.
Les choses en étaient \h. quand l'administrai ion chinoise crut
devoir faire entourer de palissades le terrain contesté. Klle pré-
LES ir.F.S LIEOU-KIEOU 679
tendait par là marquer le droit de propriété cpiVlle rcvendicpiail
et se conformait en cela, parail-il, aux usages du pays qui veulent
que les acquéreurs entourent ainsi de palissades la portion dont
ils vont prendre possession, afin de faire connaître aux tiers inté-
ressés qui auraient des prétentions contraires à élever, la muta-
tion qui est sur le point de s'opérer.
Faute de connaître cet usage, M. Shaar et M. de MôUendorf
virent dans l'acte qui venait de se produire un acte de violence
auquel il y avait lieu de répondre j)ar la force et ils provoquèrent,
le lendemain, le débarquement d'un piquet de troupes qui prit
possession du sot, au nom du Gouvernement Allemand et arracha
violemment les palissades qui avaient été élevées la veille. Cette
opération accomplie, les soldats remontèrent à bord du navire de
guerre et se tinrent prêts à soutenir par les armes le prétendu
droit de leur consul.
M. de Brandt avait-il réellement donné des ordres? Fut-il
désavoué par son gouvernement? Dans tous les cas, il rentra
en Europe*, laissant M. de Taltcnbach comme cliargé d'af-
faires.
LES ILES LIEOL-KIKOL'
Au mois de décembre i883, les mandarins de Ning-po
arrêtèrent des marins des îles Lieou-Kieou. Les Japonais les
réclamèrent comme étant leurs sujets et les Chinois refusè-
rent de les rendre, attirmanl qu'ils étaient vassaux de la
Chine. La situation était d'ailleurs tendue entre les deux
peuples : des rixes avaient lieu en Corée, entre Japonais et
Chinois. Le ministre du Japon à Pé-King se plaignait de
Tattitudc peu courtoise du gouvernement chinois à son
égard, aussi son gouvernement, mécontent, lui ordonna -t-il
de quitter Pé-King pour marquer un refroidissement. Le
ministre japonais quitta la capitale le 1 1 décembre. Il arri-
vait à chaque instant que des marins des Lieou-Kieou fai-
saient naufrage sur la côte de Chine; en 1877, des habitants
I. 11 quitta Chang-llaï le 17 avril i883.
■ *•
58o ANNÉES l883 ET l88/|
de ces îles écliouèrent h TeiUrée du Yang-tseu el l'ureril con-
duits à Sou-tcliéou; la côte du Fou-kicn était surtout le
théâtre de sinistres maritimes et les naufragés étaient menés
à Fou-tchéou. La Chine avait déclaré qu'elle ne renoncerait
à ses prétentions sur les Lieou-kieou qu'autant que les inté-
ressés, c'est-à-dire les habitants de ces îles, déclareraient
qu'ils n'étaient plus vassaux de la Chine. LeTsoung-li Yamen
pour se « sauver la face » agissait de même en Corée et en
Annam.
INAUGURATION DU TOUNG-t'aNG, 4 MAI l884
L'église de TEst, Toung-Tang, placée sous le vocable
de saint Joseph, fut terminée, à la place de l'ancienne maison
d'Adam Schall, à la veille de la signature de la convention
Fournier ; on y avait travaillé sept ans, et sa construction
avait coûté jusqu'alors 3ooooo francs à la mission. La béné-
diction du Toung-T'ang par M^*" Delaplace eut lieu le di-
manche !\ mai i884. Outre le chargé d'affaires de France,
le chargé d'affaires de Belgique et la légation d'Espagne
assistaient à la cérémonie en uniforme. Malgré les difficultés
entre la France et la Chine, M. de Semallé avait adressé une
invitation aux membres du Tsoung-li Yamen :
Pé-King, le 2 mai 1884.
Excellences,
Sa Grandeur M*"* Delaplace, Év(^quc de Pé-King, ayant
désiré que la nouvelle église du Tonng-T'ang fût inaugurée à
l'occasion du centième anniversaire de l'installation des Lazaristes
à Pé-King, j'ai cru que c'était pour moi un devoir de politesse
d'annoncer à VV. EE. que cette cérémonie aura lieu le 10 delà
lune de 7 à 10 h. du matin.
Je saisis celle occasion, etc.
Les membres du Yamen répondirent le lendemain :
...Nous avons justement tous ce jour là des affaires el il ne
MF A nu: (ONHAi \ r)(Si
nous sera pas possible de nous rendre à celte cérémonie. Aussi,
avons-nous tenu à vous le faire savoir et c'est le but de la pré-
sente réponse.
AFFAIRE CONRAUX
Le i5 juin 1882, l'abbé Conraux *, établi au nom de sa
mission dans un immeuble de Hou -Lan (Mandchourie), fut
violemment assailli, volé et torturé dans le Yamen devant les
juges. La nouvelle fut connue à la légation de France à
Pé-King le 5 juillet suivant par une lettre de M. Allen,
agent consulaire de France à ^ieou-tchouang et les détails
arrivèrent le 18 juillet par une seconde lettre. D'autre part,
entre les deux lettres de M. Allen, le prince Koung adressait
h M. Bouréc un rapport du maréchal tartare de Tsi-tsi-har,
imputant tous les torts à M. Conraux. Une enquête fut faite
par M. Bourée sur les éléments fournis par M. Boyer, pro-
vicaire de Mandchourie, en l'absence de M^*" Dubail et de
M. Ragiiil, qui avait soigné M. Conraux. Le 17 septembre
i88'i, M. Bourée adressait une lettre officielle au prince
Koung pour exposer nos griefs et réclamer une prompte
justice. Le Tsoung-li Yamen reconnut que les officiers su-
balternes de Hou-Lân n'étaient pas exempts de reproches,
mais que Conraux devait être mis en accusation. Les habi-
tants de Hou-Lân étaient d'ailleurs favorables au mission-
naire. M. Bourée, voyant qu'il n'y avait rien à faire à
Pé-King, se décida à envoyer M. Dillon, consul de France
à Tien-Tsin, en Mandchourie, pour essayer de régler l 'affaire
sur place, avec les autorités locales. Le Tsoung-li Yamen
accepta le principe de cette mission et donna, en décembre
1882, un passeport à M. Dillon. Les complications dWnnam
et le rappel de M. Bourée rendirent les fonctionnaires arro-
1. Conraux, Louis- Dominique^ du diocèse de Strasbourg; missions
étrangères de Paris ; parti pour la Chine, le 16 décembre 187^.
583 ANNÉics i883 ¥.T i884
gants; ceux-ci suscilèrent toutes sortes de difficultés à
M. Dillon et firent le vide autour de lui. Surveillé, espionné,
sa vie mîïme menacée, M. Dillon rentra l'été de i883 à
Chang-Uaï et y trouva M. Tricou. Celui-ci, à son passage
à Tien-Tsin (ao septeml)re), adressa une note énergique,
qui contenait en dix paragraphes Ténoncé de nos griefs et
en sept autres la liste des réparations que nous étions en
droit d'exiger, au prince Koung, qui répondit le 12 octobre
par un refus catégorique de s'occuper de ["affaire. Celait im
véritable déni de justice. M. Dillon et M. Dubaïl, rentrés en
France, entretinrent M. Jules Ferry de raffairc Conraux,
et, le j5 juin 188/i, le ministre des AfTaires étrangères envoya
à M. Patenôtre l'ordre de faire, dans le plus bref délai pos-
sible, les démarcbcs qui lui paraîtraient le plus propre k
obtenir une solution que réclamait impérieusement la dignité
de notre pays.
AFFAIAES DE CORÉE
De graves événements se passaient en Corée, avant-cou-
reurs de la guerre qui devait éclater dix ans plus tard entre
la Chine et le Japon.
Nous avons vu que les Japonais, par le traité de Kang
boa (1876)', avaient ouvert la Corée, reconnue indépen-
dante, an commerce. A partir de cette époque, il y eutliilte
d'influences à la cour de Séoul, entre le Japon et la Chine,
la vieille suzeraine vers laquelle le roi de Corée ne cessait de
tourner ses regards pour demander conseil. Les Coréens
étaient d'ailleurs divisés sur la conduite nouvelle que les
circonstances allaient les obliger à prendre en même temps
qu'ils étaient forcés d'abandonner leur isolement séculaire.
Il semblait même que déjà une certaine tolérance, ïncon-
I, II. pp. 98-99.
TII^ITËX COE>KP.^S 583
nnc jadis, élait lémoignée aux iiiissiunnalre^, qui, malgré
le» cdite, rentraient dans le royaume : le aS Janvier 1878,
M"' Ridel, arrête en Corée, eut la vie sauve grâce à la reine,
et fut reconduit en Chine sur la demande de notre mi-
nistre il Pé King; le li mai 1879, l'abbé Deguctle', des
Missions clrangères, arrêté dans le district de Kong-tjjou
et conduit à Séoul, fut relâché sur la demande de M. Patc-
m'ilre. Ce fut par l'intermédiaire du Tsouiig-li Yamen que
nos représentants à Pé-King obtinrent ces grâces; pour celte
dernière alTaire, le Tsoimg-li Yamen en Tit transmettre les
détails à notre ministre des AITaires étrangères par son agent
à Paris en lui demandant de les commiiniquer au Saint-Siège
afin que des conseils de prudence fussent adressés aux mis-
sionnaires catholiques. C'est la premi^re fois que le Tsoung-
li Yamen fait ainsi allusion, dans un dociiincnt officiel, i\ la
cour pontificale et qu'il laisse entrevoir la pensée de nouer
avec elle des relations plus ou moins directes : indice grave.
TRAITÉS CORÉENS
Le a.3 octobre 1871), Li lloung-tchang donnait des con-
seils à un haut fonctionnaire coréen sur la conduite i tenir
par son pays vis-à-vis des Japonais et des Occidentaux ;
Dans les conjonctures actuelles, il convient, ne scmble-t-il
pis. (le neutraliser l'action du venin pnr le venin cl. s'il s'agit
d'ennemis, de [Kiuvoir les o|i|K)ser les uns aux autres. Il impor-
terait de proriler de toute occasion qui se présenterait de vous
lier successivement )>ar des trpiiré avec toius les ÉlaLs occiden-
taux, vous vous serviriez d'eux pour contenir le Japon.
Suivant ces avis, la Corée voulut bien prendre l'initiative
d'iHivrir ses ports aux étrangers, tifin de rester maîtresse des
I . Dcgiictlr, Virlor-Mtirie. du dittcèso de Coiitanccs : Missions étran-
gères de Paria ; pariî lu ai Tûvricr :87l).
581 ANNËBE l883 RT 188/I
conditions dans lesquelles ils seraient ouverls ol de ne pas
subir le sort de la Chine. La Corée désirait surtout que
l'opium ne lui soit pas imposé par l'AnglGterrc et les mis-
sionnaires par la France.
Successivement, la Corée signait les traites suivants : avec
les États-L'nls représentés par le comniodore R. W. Shu-
fcldt, à Jcn-tchouan, le 22 mai 1882, ratifié à Séoul le
19 mai i883; avec le Grande-Bretagne, représentée par le
vice-amiral George Ommancy Willes, à Jen-tcliouan, le
6 juin 1883, non ratifié; puis à Séoul, par Sir Harry Parkos,
le 26 novembre i883, ratifié le 28 avril i884 ; avec PAIIe-
magne, représentée par son consul général à Yokohama,
Edouard Zappe, à Séoul, le 26 novembre i883, ratifié le
18 novembre 188/1; avec l'Italie, représentée par son mi-
nistre à Pé-King, M, Ferdinand de Luca, à Séoul, le 26 juin
l88f^, ratifié le 2^ juillet 1S86; avec la Russie, représentée
parM. Charles Waebcr, conseillerd'Ëtat, à Séoul, le 25 juiii-
7 juillet 1884. ratifications échangées le 2-i4 octobre i88û.
Le Japon faisait également des modifications à son traité de
187G ou de nouveaux arrangements en 1877, 1878, 1879,
1881, 1882, i883cl 188/1.
Quant ù la France, le ministre des Afiaires étrangères tt'-
légraphiait à notre représentant à Pé-King, le i5 avril 1881 :
Si nous devons voir s'abaisser tes barrières qui ferment la
Corée, nous entendons ne paît ouvrir ta brèrlic ; nous ne voulons
Mre ni les premiers ni les derniers ù j pénétrer.
Nous avons vu' que ce ne fut que le i juin 1886 que
nous signâmes enfin un traité.
RÉVOLUTION DB 1882
Déjà en i88a une émeute avait éclaté h Séoul contre les
I. Voir p. 567.
HKVOI.LT10^ DK 1K83 585
Japonais: c' était une revanche du parti dirige par le Kégent,
le Tai Wcn Koun, hostile aux étrangers; on avail fail courir
le bruil que le ministre japonais, aidé de portefaix, devait
s'emparer de Séoul, se substituer au roi et épouser la reine.
Le dimanche 23 Juillet, les Japonais furent attaqués, quel-
(piGS-uns furent massacrés, d'autres réussirent k s'échapper
avec leur ministre [lanabouiia; le a^, les soldats, révoltés,
tuent le premier ministi'c Min Kijen-ho dans le Palais
Hnyal. Enhardis, ils demandent la tétc de la reine et le
Régent leur promet qu'elle s'empoisonnera : les Jaj>onais
s'empressèrent d'envoyer immédiatement Hanabousa, qui
avait été recueilli jiar un navire de guerre anglais, avec une
forte escorte pour obtenir réparation de l'insulle qu'on leur
avait faite.
Le Gouvernement du Mikado a beaucoup renforcé .son corps
etpédilionnoirc iju'i devait primitivement se OHuposer de 5oo
hommes cl qui en compte aujourd'hui i 5oo. Les Chinois sont
plus nombreux et dis|)osenl d'un elTectif de 4 ooo hommes au
moins. Les uns et le» autres, presque aussitât après leur débar-
quement, ont marché séparément surla capitale. Mais les [>orles
i)c la ville se sont fermées pour les premiers, tandis (pi'aucun
obstacle n'a été opposé aux troupes de Li llonn^-tchang. qui ont
jiu y pénétrer et s'y établir sans encombre. Les Japonais campent
sous les murs de la place et parlementent pour ôtre également
admis dans l'intérieur de la ville. Mais U ne semble pas qu'on
soit disposé à les y recevoir, et, s'ils voulaient diriger contre les
Coréen» une attaque en régie, il serait bien dilTicilc que les Chi-
nois ne fussent |>as entraînés dans un conflit qui rendrait la
guerre inévitable entre les deux Empires'.
ÎSéanmoins, Hanabousa obtint pleine satisfaction :
Le Ministre du Mikado, escorté de 5qo hommes, a enlin été
admis à pénétrer dans la ville ; on lui a même fait bon accueil
I. Lettre de M, Bourcc, bu Ministre dcE AtTairocIrangùrcs, Pt-Kuig,
4 septembre i88a.
et. après des pourparlers qui n'ont dunni; lieu à aucun incident
nouveau, it a cti; convenu :
1° Que le Gouvernement Coréen punSraîtsi^vèrcment les prin-
cipux auteurs de l'altaqne armée dirigée contre ia Légation du
Japon et exprimerait ofllcicllemcnt au Gouvernement du Mikado
son profond regret de tout ce qui s'élail passé ; qu'en outre tirs
plus grandes précautions seraient prises îi l'avenir pour prévenir
le retour de faiLs semblables et que. fi cet elTet, les placards et
paniphlcls hostiles aux Étrangers seraient détruits dans toute
l'étendue du royaume-
3° Qu'une somme de 5ooooo tacls (3ôooooofr. environ)
serait remise au Gouvernement ja|K)nais pour l'indcnmiser des
dépenses nécessitées par la dernière expédition et que 5o ooo laêls
(3doooo francs) seront distribués aus parents des victimes de
l'insurrection.
3" Que deux on trois nouveaux ports seront ouverts sur la
côte occidentale aux Japonais et que toute liberté sera laissée
au Hepréscntant du Mikado à Séoul pour se transporter de sa
personne dans les districts de l'Intérieur où bon lui semblera.
t\° Que la juridiction des Consuls japonais sur leurs nationaux
s'étendra au-delà des ports dans un rayon de 5o /( (environ
6 liouc).
5° Enfm. il est entendu que l'escorte de 5oo hommes qui a
accompagné M. Hanabousa à Séoul restera cantonnée dans le pavs
jusqu'à ce que la tranquillité y M>it complètement rétablie clquc
le Représentant du Mikado et sa suite n'aient plus à craindre le
renouvellement des sanglants désordres qui ont. en dernier lieu,
nécessité leur retraite préoîpitée '.
Quand le ministre japonais fut parti, Ma Kien-tdiong *,
dans lin festin auquel il convia le roî et le Régent', grand
prince de Ilcung syen, père du roi, déclara à ce dernier
qu'il avait l'ordre de l'arrêter et de l'expcdier à Pé-Kîng' pour
y être mis en jugement. Lî Kan-jing, le Régent ou Taï
Wen Koun (Ta Youen Kiun) interné à l'ao-ting, dans le
I. Lettre do M. Bource, lu Ministre des Alîairei JtrBtigires, Pé-King,
19 septembre 1883.
3. Il fut dénoncé en février i883, par Tchang Pei>loun> alors cenieur.
3. Appelé |«r les Cliînois Li Kan-jing.
HÉÏOLUTUIS DK i88i 587
Tché-li, n'obtiiil l'aiilorisilion de rentrer dans son pays
qn'cQ scpleiiibre i885'; il fut donc étranger k la révolution
de i884.
Jen-tchoiian on Tclic-moiil-|>o, a l'cnlrce de la Bivière Sa-
Im>, Tune des IkhicIics du Han-Knng, fut ouvert au commerce
japonais le i" janvier i883, et étranger, le lO juin la môme
année; Voncn-san ou Gen-san, dans la baie de IJroiigliton,
au N.-E. de la Corée, fut ouvert au commerce ja|ionais le
i" mai 1880, |>ar suite de la convention du 3o aortt 1879,
et étranger, en novembre i883; l-'ou-san ou Pou-san, an
S.-E., fut ouvert en 187G aux Ja|H>nais et aux autres étran-
gers en i883. \u mois de juillet i883, les douanrs impé
riales maritimes cbinoises établirent des bureaux dans ces
ports, mais elles ne commencèrent qu'en i885 la publica-
tion de leurs statistiques.
Les deux premiers agents anglais en Corée entrèrent en
fonctions le 38 avril i88'i : MM. W. G. Aston', lo ja(wnisanl
bien connu, consul général, et W. R, Caries*, vice-consul à
Tche-nioulpo,
I. II quitta Tien-Tain, lo 17 septembre, sur un navire de guerro chî-
». \9t0n, H'illiain-Heiirge. élire intcr|irèle au Japon, ifi aiii'il l86i ;
3'' a»iiitant. r 1 mal iS6()'. 1'' atsislanl, 8 JuiUfl i8f>9 ; intcrpri'le cl Ira-
ilucleurdola liïgalioti k Voilo. 6 octobre 1870 ; !tocri>tairo ja(ioiinit : consul
i Hiogn : consul (ç^uéral eu Conîc, 17 mars 188J ; prit sa retraite comme
a'' i«crctaira do légation, le ["juin 1889.
3. Carte». William- Hirhayd . cicvc interprète eu Gbinc, 3l dêcombrn
lSr>7 ; 3' asii'lant. 7 décembre 187a ; ^i' assistant. \>'i juin 1875 : 1"
awstani, i"' avril 1878 ; Taisant fonctions de secrétaire chinois ï Pé-KInp.
en 1877 et i883 : vice-consul 1 (Jliang-ltai. Pagoda Anclinrago, enfin en
Corée, 17 mars l885: après diflcrenls postes, il a élâ nommé consid
pour Tien-Tsin et Pc-King, lu i3 mai 1699.
RÉVOLUTION DE l88d
A la suite de la révolulîon de 1882, des troupes chinoises
et japonaises tenaient garnison h Séoul. Ce voisinage entre
soldais de nations rivales devait forcément amener des rixes
qui pouvaient un jour dégénérer en révolution : c'est ce qui
arriva.
Le mercredi ^ décembre i885, pour célébrer l'inaugura-
tion du service de la poste d'Intcliycn à Séoul, un grand
banquet fut donné à l'IiAtel des Postes par le directeur gé-
néral des postes de Cort-c, Houng, auquel furent invités les
fonctionnaires européens, parmi lesquels se trouvaient le
ministre des Élals-Unis, le général Foote, le consul général
d'Angleterre, M. Aston, M, P. G, von 'MollendorlT, etc.,
mais aucun Chinois. Un incendie, allumé sans doute par la
malveillance ou plutôt par des conspirateurs, éclata, à la fm
du repas, vers dix heures, dans une maison voisine. Le gé-
néral Min-yang-i-ki se précipita au dehors pour donner des
ordres, mais il fut immédiatement assailli <t coups de sabre,
rc<;ut sept blessures et tomba dans les bras de M, von Mollen-
dorlT, accouru à son secours. Les quatre meneurs, Palk-
keum-moun-youi, Kim-ok-kyoum, Saye-kouni-pou, Hong-
yeng-syelri se rendirent au jialais, effrayèrent le roi, qui se
sauva sous l'escorte de soldats japonais, maïs le 5, à 10 heures
du matin, sept ministres ou fonctionnaires, Min-tai-ho, Min-
yeng-mouk, Tjyo-yeng, Mi-tjyo-yeng-i, Hang-kiou-tjyk,
Youn-l'ai-ou-an-i et You-tji-ta furent massacrés i>ar douze
étudiants coréens déguisés en Japonais, et un nouveau gou-
vernement fut formé avec Kim-ok-kyoum, ancien ministre
de Corée à Tokio, à sa tète.
Le général chinois Youen Che-kai, commandant la gar-
nison chinoise, qui se présenta au palais pour protéger le
roi, le trouvant occupe par le ministre japonais Takezoyé
RKVOMTION I)K 1 88^ 689
et ses soldats, ouvrit le feu sur eux ; une bagarre s'en-
suivit, la populace s'en môla ; la maison de Kim ok-
kyoum, la légation du Japon furent incendiées et les soldats
du Mikado se retirèrent avec leur ministre à Tchemoulpo,
où ils arrivèrent le 8. Ils y trouvèrent le Chitose Maru,
sur lequel ils embarquèrent environ 25o femmes et ma-
lades japonais qu'ils renvoyèrent au Japon où ils arri-
vèrent le i3. Aussitôt que le gouvernement du Mikado apprit
les événements de Séoul, des navires de guerre furent en-
voyés sur la côte de Corée. Il semble bien que les Japonais
avaient fomenté les troubles qui tournèrent à leur désavan-
tage, et au grand profit des Chinois dont ils avaient voulu
se débarrasser.
De leur côté, les Chinois, occupés avec les affaires du
Tong-King, désiraient un accommodement avec le Japon
et Li Houng-tchang fut chargé de rétablir Tordre en Corée.
Peut-être aurions-nous pu profiter de la situation et nous
entendre avec le Japon, si celui-ci, à la suite de nos efforts
infructueux à Formose, n'avait été convaincu de notre fai-
blesse.
Les Japonais obtinrent d'ailleurs prompte satisfaction et le
9 janvier i885 (24* jour, 11® mois, f\gy année depuis la
fondation de la Corée; g'' jour, i*"" mois, 18* année de
Meidji), un traité en cinq articles fut signé en japonais et
en chinois à Séoul par le comte Inouyé Kaoru, haut com-
missaire du Japon et Kym Hoing-Jip, Haut Commissaire de
Corée, qui stipulait le paiement d'une indemnité, la puni-
tion des coupables et la reconstmction de la légation japo-
naise.
TRAITÉ CORÉEN-JAPONAIS, 9 JANVIER l885
I. — La Corée fera des excuses au Japon.
II. — La Corée paiera cent dix mil le j^/i en guise dédommages
OQO ANNÉES l883 ET l884
cl inlor(^ls aux parents dos sujets Japonais qui ont 6Avt tués ou
l)less('s dans les troubles récents et d'indemnité aux marchands
japonais dont la marchandise a été détériorée ou pillée h la méine
époque.
III. — Les émeutiers compromis dans Fassassinai du Capi-
taine IsoBAYASHi seront arrêtés et condamnés aux châtiments (jue
comporte leur crime.
IV. — La Légation Japonaise sera reconstruite, la Corée four-
nissant un enq)lacement et des matériaux pour cette construolinii
el un (jonsulat, et déplus déboursant une somme de vingt millo
yen pour défrayer li»s dépenses de ces travaux.
V. — Une caserne |x>ur la garde militaire jaj>onaise sera élevée
sur le terrain adjacent à la Légation et d'accord avtK* les condi-
tions de l'Article 5 du Traité Supplémentaire de 1882.
APPENDICE
Les sommes stipulées dans les Articles II etIY seront comptées
en espèces d'argent japonais et devront être payées sans faute, à
Jeiï-lchouan, dans les trois mois.
Le châtiment des émeutiers marqué dans l'Article III devra
être exécuté dans les vingt jours à partir de la date de la signa-
ture de cette Convention.
Ce traité eut pour consécpience la signature d'une conven-
tion en avril i885 entre la Chine et le Japon dans le but de
régler les relations des deux puissances avec la Corée. Le
comte Ito él<ait arrivé le i4 mars à Tien-Tsin où raltendait
Ta mirai Enomoto, pour conduire les négociations.
CHAPITRE XXVIII
LÉGAT OU NONCE, A PÉ-K1N6 ? 1885-1886
LÉGAT
Voyant les difficultés entre la F'rance et la Chine se pro-
longer et craignant pour la sécurité des missions catholiques
privées de leur protecteur, le Pape crut utile d'adresser à
l'Empereur chinois une lettre pour demander son bien-
veillant appui en faveur des prêtres catholiques évangélisanl
dans son pays. Le texte latin de celte lettre, dont nous don-
nons la traduction française, fut communiqué dès le mois
de février i885, par le secrétaire de la Propagande, de la
pcirt de Sa Sainteté, à M. Ed. Lefebvre de Béhaine, notre
ambassadeur près du Saint-Siège. Le préfet de la Propa-
gande* remit le texte latin à notre ambassadeur, le 26 février.
On fit choix pour porter cette lettre du P. Giulanelli,
désigné pour administrer une nouvelle mission au Chen-Si :
LETTRE DU SAINT-PKRE
A l'illustre et Ires puissant Empereur des deux Tartaries et
des Chinois.
Très Grand Empereur,
La guerre qui a éclaté dernièrement dans certaines régions de
1. Le cardinal Jean Simeoni, successeur du cardinal Franchi et prédé-
cesseur du cardinal Miceslas Ledochowski, a été préfet de la Propagande
de 1878 à 1892. — Le secrétaire était Mk>* (Cardinal) Dominique Mario
Jacobini, archevêque de Tyr, de 1883 à 1891 ; né à Rome, 3 sept. 1887 ;
cardinal, 22 juin 1896.
593 LÉGAT OU ynsce,
Votre Empire Nous presse de faire Ions nos elForIs jxnir gagner
Voire Itienveillancc el Votre Ck^mence. afin qu'il ne rcsulle de
ces lulles guerrières, aucun dommn^c pour la religion catKolî([uc.
En cela. Nous accomplissons un légitime devoir, piiis(|u'il Nous
appartient de protéger, autant que nous le pouvons el en toul
lieu, le catholicisme. Nous suivons l'exemple de Nos prédéces-
seurs, (|ui, plus d'une Tois, ont imploré les puissants Princes, Vos
ancêtres, en faveur des missionnaires d'Europe et du ]>cuplc
Ce qui Nous inspire un grand espoir, c'est que vous a\ci
donné, en ce temps niênie. plnsieurs témoignages de Votre bon
vouloir ^ l'égard des chrétiens: Nous avons su, en effet, qu'au
début de la guerre. Votre autorité a décrété que les chrétiens
devaient être respectés, et qu'on ne fit aucun mal, mfmc aux
missionnaires de la nation française.
Il n'est personne qui, en cela, grand Prince, n'ait reconnu
Votre équité et Votre humanité, d'autant plus que tons les
prêtres, habitant Votre florissant empire [K»ur \ prêcher l'Lvan-
gile, sont envoyés par les Pontifes Romains, de qui ils tiennent
leurs charges, leur mandat et toute leur autorité. Ils ne sont pas
recrutés dans une seule nation: on en compte aujourd'hui un
grand nombre de l'Italie, de la Belgique, de la Hollande, de
l'Kspagne. de l'Allemagne, qui liabitcnl dix provinces de Votre
vaste domination. Les prêtres, tant delà Compagnie de Jésus
que (le la Congrégation des Missions, qui travaillent en d'autres
provinces, viennent de nations très diverses. Kt cela est pleine-
ment d'accord avec la nature de la religion chrétienne <|ui n'est
pas faite jK)ur un seul peuple, mais pour tous. (|ui unit tous Ic-s
îionimcs par des liens fraternels, sans aucune distinction de pays
ni de race.
L'œuvre île ceux qui travaillent au nom de l'Ëvangile est très
salutaire, niênic aux choses publiques. Ils doivent s'absjenir des
alTaires politiques, et se donner tout entiers à la propagation el
à la sauvegarde de là doctrine de Jésus-Christ. Or les principaux
préceptes de la religion chrétienne sont : craindre Dieu, conser-
ver en toute chose entièrement et inviolablement la justice, d'où
cette con.séquence qu'il fout se soumelli-c aux magistrats, hono-
rer le roi non seulement par crainte de sa colère, mais surtout
par conscience, llîen OTtes n'est plus propre tpie ces vertus ù
tenir la multitude dans le devoir et h conserver la sécurité
publique.
LETTRE DU SArNT-PÈHE SqS
A la vérité, les prèlres catholiqucsvnnus d'Europe, qui. dqHiis
quelques sii'cles dOjà, ciicrcciil Ins fonction)! apostoliques dans le
puissant empire cliinois. loin d'avoir apporté aucune gt^iie à la
puissance publique et aux afTaircs civiles, ont. au contraii'e. de
l'aveu do Unis, rendu de grands services. Ils vsoni arrivés d'à boi'd
par la propagation de la disciplinit morale du cliriiitiaiiisnic,
ensuite par la dilTusion des lettres et des autres arLs qui consti-
tuent la civilisation. Puisque la m^mc pensé'e, la même îiitenlïon
animent ceun qui iustruisetil k présent les Chinois dans la doc-
trine elirélienne. Vous ne pouveï douter de le» trouver toujours,
avec même volonté et fidélité, soumis à \oli'e nom et à Votre
Majesté.
l'our Nous, puissant Empereur. Nous Vous exprimons cl
ténioi<{naii3 la plus grande recoin laissaii ce a cause des preuves de
bienveillance que \ ous leur avez dtmiuVs : et, en in^me temps,
ail nom de cette clémence qui V ous dislingue. Nous \ ous adju-
rons vivement, dans les cireonstanres présentes, de les couvrir
de Votre bienveillance, de les prendre sous Volro lmul<- proti-c-
tion. aPm qu'ils ne soulTreul aueuii donim.ige, et qu'ils jouissent,
par Votre faveur, de la pleine liberté Je leur niinis(N-c.
En allcndanl. Nous supplions Dieu, maître du ciel et de la
terre, alîn (ju'il vous accorde sans resse. très illustre Prince,
l'abondance des grâces de sa bonté.
Donné à Home, près Sainl-Pierre, le i'"'' février i88.">, la
ée de Notre Pontificat '.
L'abbé Giul.inelli reçut de lu chancellerie ])oiitîricale
l'ordre formel de se concerter exclusivcmeiil avec M""" Ta-
gliabue, évêque de i'é-King. pour laire parvenir k l'Em-
IKtreur de la Chine la lettre du Pape.
L'abbé riiulanclli arrivai! h Chaiig-ihiï dans le courant
(le mars.
« .\ Tien-Tsin. i-cril M. Patenolre'. l'abbé Giulanelli s'est
adressé il notrt- (kinsul [X)ur obtenir un passe-juirt. Il lui annonça
qu'il se rendait dans le Olien-Si en passant [lar Pé-King et ne
I. Missions catholiques. i885. y. i5--8.
1. Lettre Bii Minière tins AHuiros étrangères. M. de Fri>;rciiJi-l. Tien-
Tiia, 3(| Biril itJtJ5.
COBDIEH. Il — 38
5l)^ LÉGAT OU NONCE. A PÉ-KING
fit aucune allusion h la IcUre qu'il (Mail cliargt'; de fairr parvenir
Il lEinpiTcnr de Chine. Je ne fus avisé de sa démarcho qiio lors-
qu'elle était déjà un fait accompli. Vous trouverez ci-joint copie
de la lettre tris laconique et assez embarrassa que l'évéque de
Pé-king m'a adressée à cette occasion. M^'' Tagliabue s'y excuse
de n'avoir pu me prévenir plus làt et se borne à m'annoncer
que M. Giulanelli vient de s'acquitter de sa mission, laquelle
aurait été selon lui de pure courtoisie, b
Voici la lettre de M'' Tagliabue h notre ministre :
Pé-King. le 8 Avril i885.
J'ai l'honneur de porter & voire connaissance une chose que.
peut-être, vous aurez déjà soupçonnée, mais sans la connaître dans
toute sa vérité.
Vient de nous arriver à Pé-king un missionnaire italien
chargé par te Souverain Pontife de remettre à l'Empereur de
Chine et à ses Ministres une lettre deremerclment pour la pro-
tection qu'il accorde aux Missionnaires et le prier de ta continuer.
("est une lettre de pure courtoisie où il n'entre pas un mol
de politique.
L'envoyé a obtenu une audience du Tsoung-li Yamen. n pré-
senté sa lettre et s'en retourne.
Je n'ai pu vous le mander plus tôt parce que je n'avais pas lu
ressource du télégraphe, qui nous était interdit ; dés lors, j'ai
préféré larder de deux jours et vous dire l'alFaire aussitôt qu'elle
serait claii-e. plutôt que de vous donner une nouvelle insigni-
fiante et incomplète.
Je viens d'apprendre que la piix est signée entre la Franci* et
la Chine.
Veuille/, etc,
Sig. : ■■■ F. Tacliabl'e.
Ev. de l'ompéiopalis, Vie. ap. de Pé-King.
La conduite de l'abbc GiulanMIi paratt avoir 6lé 1res cor-
recte, si l'on doil croire, et il y a tout lieu de le faire, la
noie suivante d'un missionnaire ' ;
LETTRE DE
595
lotit) missionnaires, est celui
ot les Cliri''l]ensde
(lcinandcr<l'a|ipnrter loiil
lAclip souvent bien difli-
I" Un des preini
que nous ini|)03C li
qui n si longtirmps proli'^é les iiii)
(Ihine, a cRrtninenicnt le droit de a<
notre bon vouloir pour l'aider dans
cile.
a' Quelle était la mission du R. V. Giulanclli ? Le Rév. Père
n'avait aucun titi'c spi'rial. et. [lar coii.sétjuenl, la lettre (|u'il
étnil chargé de romcllre, u'avait rien d'officiel. Il n'avait nulle-
ment le titre de Légat même |>our cetle alFaire : au moment de
[Virlir [lour son vicariat de (ïliine (tilien-Si), il est allé %oir le
Sl-Père, qui a saisi l'clle Ixinne occasion |>ourrnvover une lettre
pri\ée, de politesse, qu'il avait préparÛH' ilepuis longtemps, \io\n
l'Kmporoiir de la (l)iine.
3" But de la lettre : le but de la letlre était de dire quelqui's
paroles aimables an Souverain, de prévenir jiar cet acte de cour-
toisie des dangers qu'une guerre prolongée [x>u\ail Taire naître,
do féliciter l'Emperenr d'avoir compris que les Missionnaires et
les Chrétiens restent en debors des agitations politiques et d'avoir
fait un édit qui leur promettait la tranquillité. Le R. Père a
déclaré il plusieurs reprises que la démarche du Souverain Pon-
tife n'avait aucun hut |iolitiqne, ni surtout aucune arrière -|)en'
sée contre le Protectorat. La lettre ne promettait rien. n'olTrait
rien, ne demandait rien. La lettre a été reçue, on peut nii>nie
dire bien reçue, mais reçue |Kir le Tsoung-ti Vamen, qui dit
l'avoir présenlé-e a rKnqwreur: le Tsoung-li Yamen a ré|)ondu
|Kir une autre lettre »|u'il ilil avoir donnée sur l'ordre de l'Eni-
inandé l'audience? Pour l'introduire, il était
idreswr à la Krance.qni inalbeurenseinent n'était
a déclaré tout d'nlmril et. dès son arrivée à Pé-
king. que lu France, n'élant |ioin' b' moment juis représeiilée à
l'é-King, il n'emploierait a aucun prix l'inlennédiaire d'une
Légation Étrangère. M<' Taglîahue ne l'a pas introduit: l'eùt-il
voulu essayer qu'il n'aurait pu réussir. \u i" jour de l'an chi-
nois, il avait vu sa lettre revenir «uis réjHinse et l'anilienre de
Ixmne année lui avait été l'efusiV. Il fallait donc néivssai l'émeut
trouver un /uriL'finniiitir^ (7timii« abordable au Rév. Pèretiiula-
nelli et ca|wl)le d'obtenir l'andieuce. Ce n'élail p:is chose facile.
Après bien di-sréllexions et des recherches inutiles, le nom de
\L Ilart a été prononcé. Le P. (iiuhuielli ne vovant dans l'ins-
Ia" Qui a <
inqM)s.<iblede
bg& LÉGAT ou NONCE, A t-Ë-EING
pecleur des Douanes qu'un agent fies Chinois, a voulu le prier de
demander l'audience. M. Hart a, en efTel, demandi: el oblcnu
l'audience. Ici, Monsieur te Consul, je crois qu'il est bon d'ob-
sorver conJidenlieUement : i° Que le Père ne s'esl adi'essé à M. Hart
que parce qu'il était h bout d'autres moyens cl qu'en l'absence
de la Légation de Franco, il ne voulait à aucun prix s'adresser à
une légation Étrangère; a° qu'il ne regardait en M. Hart que le
fonctionnaire chinois el nullement politique, qui. comme vous le
savez très bien, a donné depuis plusieurs années, par ses conseils,
etc.. tant de preuves de son mauvais vouloir, chaque fois qu'il
s'agissait de la France ou delà lieligion: 3° que M. Hart a pure-
ment et simplement demandé l'audience et n'y a nullement
assisté. On ne s'est donc adressé à lui que comme à un porte-voix
et pas autrement. Il ne savait même pas qu'on y remettrait une
lettre du St-Pèrc h l'Empereur de la Chine. Cette lettre très
secrète n'a été présentée qu'à la lin de l'audience, à laquelle
n'assistaient que le P. GiulancUi el son interprète, missionnaire
italien comme lui ; au sujet de cette lettre, un missionnaire de
Pé-King ajoute : Je sais pertinemment qu'ils se sont contentés
de remettre la lettre sans parler d'autres choses, ce que le R. P.
Giulanelli n'aurait du reste pu l'aire. le St-Père ne lui ayant
donné aucun litre ofitciel.
On peut toutefois regretter que M"' Tagliabuc n'ait pas
cru devoir s'adresser au ministre de Russie, puisfjue celui-ci
était oITici elle ment chargé du protectorat des Missions, cl
que M. Popov avait déployé le plus grand zèle en faveur de
la clientèle catholique dont il avait assumé ie patronage pen-
dant nos diOicullés.
L'abbé Giulanelli, avec l'interprète italien, un mission-
naire lazariste, prêté par M*' Taglîabue, fut reçu seul
le 8 avril par le Tsoung-li Yamen cjui, deux jours après, lui
fit remettre la lettre suivante :
LETTRE DU TSOUNGLI YAMEK
Les princes et grands ministres du Conseil des alTaires des
royaumes étrangers, par l'autorité de la grande (dynastie) Ta-
Ts'ing, envoient une lettre oITicielle,
Au légat <lc la Grande Rome, Gîulanelli, pour être ouvertcen
NOTIFICATIOS
Lps princes et grands ministres du Conseil des alTaires des
royaumes clrangcrs, par l'autorilc de la grande (dynastie). Ta-
Ts'inj^, notiRent : le vingt-lroistème jour de la deuxième lune
(8 avril i885). l'illustrissime légat étant venu en notre palaiset
en noire présence ayant remis les lettres royales
Du SOUVEBAW POSTIFE RoMAlN
Ledit Conseil, le vingt -cinquième jour de la deuxième lune
(lo avril), les a de son coté présentées
Au Grand Empereur
Qni a déclare les avoir lues avec beaucoup de plaisir et de
consolation.
En conséquence, il a ordonné à nous, grands ministres, de faire
savoir h l'illustrissime Légat, que lorsqu'il sera de retour en son
royaume, il ofTrc des félicitations
Au SoUVBHAIJi l'oNTIFK.
Celte notification doit ôtrc portée h l'illustrissime Légat, à qui
elle est adressée, afin qu'il soit parrailenienlau courant de ccqui
a été fait.
La déclaration ci-dessus a élé donnée au Légat Giulnnelli de
la Grande Rome, la onzième année du règne de Kouang-Siu, le
vingt-cinquième jour de la deuxième lune (lo avril i885)'.
Le P. François Giulanelliriit reçu en audience particulière
le 35 juin par te Saint-Père, auquel il remit la réponse de
la Chine. Sa mission était terminée.
NOSCE A PÉ-KIRG ï*
Si la mission Gîulanelli n'eut pas, par elle-même, une
grande importance, elle eut pour résultat d'inspirer au
Tsoung-li-Yamen et à Li Iloung-tchang, le désir d'abo-
lir le proicclorat que la France exerçait jusqu'alors sur
renseinble des Missions Catholiques, sans distinction de
I. MUiiuns catholiques. :8S5, p. 3tr>.
598 !■(■■<-'*'' OU ^nNCl■. 1 PÉ-kiVT,
nationalilés, établies dans l'Empiro, dp. noiniiiprun minislrc
plénipotentiaire ' à Rome el de demander an Saint-Siège
d'accréditer un Nonce 011 un Légal à Pc-King.
Un missionnaire écrit ' :
r" Le Tsounp-lî Yainen a consulte h ce siijct le Vlrr-ltoi
Li Hounj;-tchang: daiis sa réponse, les idées de S. Exe. Li sonl
tout à fait conformes à colles du Gouvernement Central.
a" Le Vice-Roi Li a de m6me été consulté par son Goiiverno-
ment h l'eflet de savoïrs'ïl serait à propos d'accréditer par lettres
spéciales adressées au Pape, le Ministre chinois. M. Siu. Celiii-ci
ouvrirait clircctemenl el sans autre intermédiaire les relations
diplomatiques avec le St-Siège cl pro|>oserail au Pape de nom-
mer de son côte un nonce k Pé-King pour traiter les questions
des missions catholiques. La réponse du Vice-Roi a de même été
affîrmative.
3° Le Vice-Roi a reçu l'ordre d'examiner tous les détails de
l'aiTairc et d'en faire un Rapport : d'agir dans cette affaire Iri-s
secrètement cl le plus rapidement possible. Le Vice-Roi a donc
nomme un délégué, qui a sa complète confiance pour trouver
toutes les Informations nécessaires. Les instructions du Délégué
contiennent un questionna ire dont ^oici les principales questions
auxquelles il doit répondre : 1° Pourquoi certains Gouverne-
ments européens envoient des ministres spéciaux an Vatican el
pourquoi le St-Siège envoie des nonces dans les pays catholiques
el dans certaInsPays non catholiques)' — a" Quelles sont le^
Cours auxquelles le Pape envoie un nonce, cl ({uelles sont les
Nations qui ont un Ministre auprès du Sl-Siège. — ■ 3" Quel csl
le nombre des Ëvèqiies europ<'^ens en Chine. A quelles nations,
ils apjNirtiennent et h quels ordres religieux ? Quel est le nombre
des sièges épiscopaux en Chine el dans quelles provinces résident-
Ils P . — 4° Quel est le nombre deit missionnaires européens en
Chine? Le nombre des prêtres indigènes? — 5° Le nombre des
catholiques, etc., etc.?
Il est certain que, cette fois-ci, pour réussir dans leurs pro-
jets, ils n'adopteront plus le moyen d'un mémorandum comme
en 1871 '. ils savcntqu'il ne réussirait pas. Non, celle fols-ci. ils
I. 37 juin i885.
i. Voir I, p. '116.
vpiilenl faire adopter leur manière de voir par des propositions
généreuses cl par de bonnes et doucereuses paroles. A les en
croire, l'Empereur et le Gouvernement sont disposés de tout
rneur à protéger ciricaccmcnt la religion catholique en Chine ;
— à les entendre, il» n'ont d'autre but en proposant ce nouvel
arranf^ment que do garantir pour toujours la paix et la prospé-
rité de l'église catholique. Ils disent que le protectorat français
dr-plail au (i cuve même lit Impérial parce que la France en abuse
et qu'elle fait souvent tourner, par des vues purement polilî-
c]ues, les questions religieuses en cas de guerre. Or, avec un
miniKlrc S|iécî«l n'sidanl à Rome et un Nonce à l'é-king, la
France n'aurait plus rien à y voir, La plus grande tolérancedes
Mandarins el du peuple vis-à-vïs des Chrétiens en serait le résul-
tat iimnédial. On voit donc que leurs bonnes paroles actuelles
sont biendilTérentesdii tonsi insolent du Mémorandum de 1871 et
les belles promasses d'aujourd'hui remplacent les prétentions
exorbitantes d'alors. Le strict secret qu'ils veulent garder dans
celte aiïaire, la rapidité a*ec laquelle ils veulent qu'elle soit con-
duite, leurs propositions en apparence si généreuses, tout cela
* n'est que pour mieux tromper soit Uome, snit l'aris. C'est pour
ce molil' que je me permets de vous communiquer ces informa-
tions certaines.
Ce fut Li Houng-lcliang qui fut chargé de mener la cam-
pagne, mais il lit choix d'un agent singulier, simple homme
d'alfairos que rien no désignait pour cette mission, un sieur
John George Dunn, écossais ou anglais, ancien associé do la
maison David Reîd et C"., dcChang-IIaï, puis agent spé-
rial (i883) do YEasIern Extension, Aiuilralasia und China
Teleijrapk Co., Limited, auquel on remit les pouvoirs
suivants :
POUVOIRS DE Dl ?is
Li (Li I)uiif!-chang) llis Imjierial Chinese Majeslv's Higli
Comuiissioner for Ihe Northern Coast Defence. Minisler Super-
inlendent of Trade, Senior (juardian of thc Ileir Apparent,
(îrand Secrelary of the Wan Hua Tien. Viee-Koy of the Province
6oo LÉr.*T nv kosck. a pé-ki\c
or Cliilili and Earl of the isl ranlt of thc siib a ordcr, makesthe
following communication.
The Bri liai I Subject, Jolin George Dunn. is fully acqnainlrd
wilh the wishcs of the Chinese Government willi re(t«r(l lo thc
Peh-tiing Cathotic Cathcdral ami Eslablishmcnl in Pcking.
The writer désires tbat ail lo whom the said J. G. Dunn may
addrcss himsclf will pay due regard to what he maj propose
for the scttlemcnt ofthe question.
To ihe Superior ofthe Lazariste Keligious Society in Paris and
loall whom it may conccrn.
Kwang Siu. iitli year, ^th moon, 3olh day (titb November
i885).
(Seal)
Truc Translation
Signature ilhsiblc ' ,
Si la négociation de Dunn pour obtenir le dôplaccnicnl
du Pé-T'ang et pour établir des relations directes entre la
Chine et le Saint-Siège, avait abouti, le marquis Ts'éng
aurait été accrédité auprès dit Vatican. Le Pape parait n'a-
voir pas découragé ces ouvertures.
Depuis longtemps déjà, le Saint-Siège était désireux
d'oiiérer une concentration des Missions Catholiques en
Chine, et le 27 avril 1879, le Pape approuva une résolution
de la Sacrée Congrégation de la Propagande partageant en
cinq régions toutes les Missions de la Chine. On trouvera
cette répartition dans le tableau des Missions Catholiques
que nous donnerons plus loin dans le cours de cet ouvrage.
Imitant les missions protestantes, les missionnaires catho-
liques pouvaient ainsi se réunir en synodes régionaux. Ces
synodes ne pouvaient guère avoir d'autres résultats que
d'accentuer la résistance des évoques à la Légation de France.
En aoiU 1880, l'ambassadeur de la République près le
Saint-Siège eut avec le Cardinal Préfet de la Propagande un
I. Barriiter'at-Law. Lbw Sécréta rj to H. E. Vicero)r Li, Tien-Tiin.
7lh Novembcr i885. Prolublemont PigChoj.
cnlretirn an sujet du noiivcoii groupeincnt tics missions
catlioliqucs (le Cliino: le cardinal Simeoni déclara que les
mesures adoplées par la Pnipagandc avaient un caractère
c\clusi^c nient religieux, et que In Cour de Rome, loin de
cherchera s'alTranchîr de notre Protectorat, continuait d'en
apprécier tout le prix.
;\u sujet du premier de ces synodes, noire chargé
d'afiaires, M. Patcnôtre, écrivait à M. de Frejcinct, minisire
des Affaires étrangi'res, de Pé-King. le 117 avril 1880 :
s La nouvelle mesure, prise par le St-Si^ge, aurait jwur biil
de rendre plus facile et pins rré([uont rechange de vues entre les
difTérenles missions de Chine ot d'assurer, sur le terrain religieux,
l'unité d'action entre tons les membres de la Propagande. En
rnltacliant l'une à l'autre les Gongré^utions qui avaient jusqu'il
vécu d'une vie distincte, le Souverain Pontife a dû se proposer
surtout d'effacer les dissensions qui. de tout temps, ont divisé
les communautés catlioliques dans l'Extréme-Oricnt et qui, sans
Hre au^i nettement accusécsaujourd'hui qu'au siécicdernier, sont
loin cependant d'élrc assoupies. 1^ création d'un certain nombre
de sitgcs archi-cpiscopaux, correspondant aux grandes divisions
ecclésiastiques (cinq régions) semble devoir (^tre — dans un avenir
plus ou moins lointain — la cons«]uence logique du sjsièmedc
centralisation inauguré en Chine par la Cour de Home. L'Kglise
|)ourra trouver son compte à celte réorganisation des mictions :
mais je doute que la France, au point de vue politique, ait lieu
de s'en féliciter.
D'autre part, depuis longtemps, ainsi qu'en témoigne la
lettre suivante de M. de Roclicchounrt, adressée de Pé-King
le i5 mars 1876 au duc Dccazes, certains vicaires apos-
toliques caressaient t'idéc de voir placer ù In lélc de l'Eglise
de Chine un primat résident dans la capitale :
B L'év^uc de IV'-King est venu dernièrement m'entretenir
confidentiellement d'une queslinn qui l'intéresse personnelle-
ment et au sujet de laquelle il voudrait que votre Département
prit une décision conforme h ses désirs. Voici ce dout il s'agit :
(hi Po-T'aiig, la culhédralc catholique de Pé-Kîng, cl en
octobre 1886, notre ministre, M. Constans, avait entamé
des négociations à ce sujet avec Li. Le marquis Ts'éng
allait rentrer en Chine; il était bon de terminer avant son
arrivée. L'alTaire du légat fut enterrée par la Chine comme
par lo Pape,
En réalité, Li ne tenait pas beaucoup à l'envoi d'un
représentant diplomatique du Pape en Chine : « C'est,
dirait-il, le M" Ts'êng, aidé de Puissances européennes, qui
a poussé son Gouvernement dans ce sens ; il sera bientôt en
Chine, fera vraisemblablement partie du Tsoung-li Yamcn
et il travaillera plus que jamais à la réalisation de son projet. »
CHAPITRE XXIX
TRANSFERT DU PÉ-T'ANG
LE PÉ-t'aNG
La cathédrale catholique de Pé-King, l'église du Nord,
le Pé-T'ang, construite dans Fintérieur de la ville impériale,
avait toujours été pour les Chinois, à cause de la hauteur de
ses tours, considérée d'un œil fort hostile. A la pose, le
i*'" mai i865', de la première pierre du nouveau Pé-T'ang,
construit sur remplacement de la vieille église des jésuites,
M. Berthemy, notre ministre, avait dit : « C'est la France
qui la pose, malheur à qui y touchera. » Et cependant, à
diverses reprises, Téglise avait été menacée dans son exis-
tence.
M^' DELAPLACE, iS']^
En octobre 1874, les missionnaires de Pé-King ainsi
d'ailleurs que notre Légation, eurent une chaude alarme.
Le prince Koung fit appeler le vicaire apostolique, M*^' Dela-
place, et lui déclara que la cathédrale gênait TEmpe-
reur dans les agrandissements qu'il projetait de faire de
ses jardins vers TOuest. Il fallait donc quitter le Pé-T'ang;
on donnerait un autre emplacement et des compensations
I. I, p. a6a.
6o6 TRANSFERT DU PÉ-T*ANG
VU coiisrquonco du dérangement cl des ennuis causés à la
mission catholique. M*"" Delaplace demanda à réfléchir, puis
il adressa la lettre suivante au Tsoung-li Yamen :
Pé-T'ang. 6 octobre 187^ (a6 de la 8* lune).
Excelloncos, le 23 de la présente lune vous m'avez appelé au
Tsounj^-li Yamen ; et m'avez dit, de la part du prince Roung.
(|u*il y avait à craindre que le Pé-T'ang ne lût occupé par les
constructions h faire sur le San-Iîaï : I)*où vous m'engagiez à
céder ledit Pé-T'ang, moyennant compensation en échange.
Je ne vous ai donné aucune réponse sur-le-champ : il me fal-
lait quelques jours de réllexions. Or, ces réflexions sont faites;
et. par la présente lettre, j'ai l'honneur de lesporterà votre con-
naissance.
i" Je ne puis me persuader qu'on veuille, en ce temps de
paix, nous chasser du Pé-T*ang où la main du Grand Empereur
k'ang Hi nous a jadis placés.
3" Une cession du Pé-T'ang librement consentie de notre prl,
ne me semble pas non plus possible.
Occupation violente du Pé-T'ang: ceSvsion volontaire du Pé-
T'ang : Plus je considt^re ces deux choses en elles-mêmes et dans
leurs conséquences, plus je les trouve également pleines de périls,
impraticables sous tous les rapports.
3" La question du Pé-T'ang ne concerne pas les seuls mission-
naires de Pé-King. La France et toute l'église catholique y sont
intéressées. Je dois partir bientôt pour rEuro|)e ; là je m'enten-
drai sur ce sujet avec mes supérieurs ecclésiasti(|ues et le (iouver-
nemenl français.
/i** Je ne dis encore rien a la Légation de France. Ce n'est pas
à moi à lui parler maintenant de cette alTaire. d'autant que, me
parait-il. la Légation ne pourra pas plus que moi, aboutir par
elle-même h une solution.
5° Enlm, rieji ne saurait compenser pour nous le Pé-T'ang.
Aussi quoi (ju'il arrive, nous n'accepterons jamais ni indemnité ni
échange.
Mon 1res sincère désir a loujom's été et sera toujours de \ivre
en bonne harmonie; |K)ur cela, je ferai et sacrilierai tout ce qu'il
sera possible de faire et de sacrifier. Mais il est des droits qu'on
ne sacrilie jamais ; il est des devoirs qu'on remplit jusqu'à la
RÉPONSE DU TSOUNG-LI YAMRN 607
mort ; or, lels sont nos droits et nos devoirs à Togard du Pé-
T'ang.
Daignez agréer, etc., etc.
Signé : L. G. Delaplace.
Évoque d'AndrinopIe, Vicaire ajK>stolique de Pé-King.
Le Tsoung-li Yamen répondit :
RÉPONSE DU TSOUNG-LI YAMEN A M**" DELAPLACE
Vous nous avez envoyé une lettre en caractères européens.
Déjà nous avons mandé qu'on en traduisit le sens général (en
gros, à peu prés), d'où nous avons appris qu'au sujet du Pé-T'ang
vous soupçonnez qu'on veut profiter do l'occasion pour vous
chasser, etc., etc.
A examiner l'origine du Pé-T'ang. c'est bien le clément Em-
perein* [R'angHi] qui a donné le terrain et a permis la construc-
tion. Tout le monde autrefois savait cela ; mais beaucoup d'années
se sont écoulées; et à la longue on a oublié [ce faitj.
Quant à la restitution opérée du temps de Hien-Foung, et
quant à la bâtisse faite du temps de T'oung-Tclié, personne
n'ignore que tout cela ayant eu lieu après rechange des traités
n'a pas été libre de notre part. Non seulement dans les Pro-
vinces on l'a compris de la sorte, mais même dans Pé-King les
notables et les mandarins en ont ainsi jugé.
Aujourd'hui, si, par une nouvelle faveur on vous donne un
autre endroit, ce sera faire connaître partout, en Chine comme en
Europe que la construction de cette église est due au bienfait
de l'Empereur actuel ; et ainsi cette nouvelle condition vous re-
lèvera de beaucoup. Par là les traces du premier bienfait (bien-
fait primitif) qui s'étaient elTacées avec le temps, redeviendront
plus resplendissantes. Par là, le fait passé de la restitution, qui
a toujours laissé du louche, comme non librement consentie, sera
mis hors de toute espèce de doute. Ainsi on le verra, ainsi on
l'entendra en (^liine et en Europe. Dans nos i8 Provinces, il ne
surgira aucun résultat malheureux ; de là, au contraire fleurira
l'harmonie de la paix. Donc, avanlages; point de perte; profit,
rien qui nuise.
L'Lvêque conq)rend ordinairement bien les choses. Touchant
6o8
l'afTairc présente, il imUira crrlninoiiient crci (sans laiflsrr rien
Le rapilnl de la rctlif;ion est dVxhorlcr Ic9 bommcs ù la lidélitô
cl 11 la pictù filiale. S'il arrive dans le pays des alTaim piiblii|ue».
il l'awt aider k les lermincr. — En oxilre rK^J^juc ne Dionque
jamais de dire que là où on prêche la religion. 1<^ od obéil avec
r('S|>crt au Souverain du lieu. A plus forte raison (doit-on obéir)
<|nand un bienfait spikial du Souverain accorde la faveur spéciale
d'une nouvelle maison ; cliose si glorieuse !
Quant aux frais de déménagrmenis et de reconstruction, évi-
demment notre Empire comptera dans celtt; défwnsc.
Dans le premier temps, quand l'EmixTeur a donné (i'RfrIise),
et plus tard, quand on l'a restituée, c'est rËïé(|ue qui a tout
traité lui-niénic et tout reçu. — De plus, les missionnaires pn^
cbent la religion en Chine. l'uistgu'ils sont en Chine, ils doivent
toutes les fois qu'il s'agit soit d'une donation, soit d'une resti-
tution, soit (l'un transfert ailleurs, ils doivent se simineltre
rrs|)eetueu sèment à la volonté signifiée jKir l'EmjKreur de
Chine — et de la sorte, ils seront d'accord avec les règles de
leur Religion.
Que l'hvéquc n'allègue pas le manque de {tonvoir pour éluder
(cette aiïaire). I^ Chine, à coup sur, ne force pas à rim|x)ssible.
Le moyen aujourd'hui proposé tend précisément à réjiandre un
nouveau lustre sur la cgucsiion religieuse (sur les alTuires de la
Iti'ligion). tant au\ jeux des Chinois qu'aux jeux des Euro|)écns,
Ce n'est pas ainsi que la i'russe et l'Italie traitent les ecclésiasti-
(|ues. La dilîéi'ence (enlre leur manière d'atfir et la nôtre) est
extrême.
L'fivéquc peut de lui-inéme arranger (cette affaire) il n'v a
C'est pourquoi nous avons adressé cette réponse '.
L'affaire devenait sérieuse : M""" Dclaplacc rentra en
Europe [H^ur expliquer la situation ik Kome et îi Paris et
M. Gabriel Devéria, qui revenait en France, fut chargé
d'exposer les faits. La mort de T'oung -Tclié vint lieureuse-
menl aplanir ksdiftîcultés et trois joui-sapix's cel événemeal,
. Pour traductioD conformer i'i'vikpieiie Pé-Kiug (Sig.) ; Uelaplace.
IlÉPONSE DU TSOi:\(,-I,I YAMKN (JoQ
la Gazette de Pé-Kimj du iT) janvier 1873 ronrorniail l'ordre
suivant des deux Impératrices :
Que Ton suspende imniédiatemciit queUjue soit leur detçré
d'avancement, les travaux entrepris dans la (partie du palais ap-
pelée) San-IIaï '.
Respectez ceci.
La lettre suivante terminait Tincident :
Pé-King. le UQ janvier 1875.
Le Prince Roung, Président du Tsoung-li Yanien. au Comte
de Rocliecliouart, Chargé d'Affaires.
Au sujet de l'aflairc de l'Kglisc catholicpie située à l'endroit
appelé Tsan-tclie-ko, à l'intérieur de la porte Si-ngan men, nous
avons, le 22* jour de la 17* lune (39 janvier 1876) de T'oung-
Tché, présenté aux deux Impératrices un rap|)ort au Trùne ainsi
conçu :
« \ous avons reçu l'ordre des deux rmj)éralrices de suspendre
les travaux entrepris du San-ÏIaï, quel que soit leur degré d'avan-
cement : aussi sollicitons-nous également l'ordre de sus|)endre
les négociations qui ont été entreprises au sujet de l'Église ca-
tholique située à l'endroit appelé Tsaii-tclu»-ko. à l'intérieur de
la porte Si-ngan men. »
Nous avons reçu l'ordre suivant :
ce Approuvé. Respectez ceci. »
J'ai cru nécessaire de |X)rler ceci à la connaissance de Votre
Excellence.
Tel est le but de la présente communication spéciale.
(Sceau du Tsoung-li YamenJ-.
Mais en i885, la question était posée à nouveau : « L'em-
pereur allait atteindre sa majorité, se marier et prendre en
mains les rênes de TÉtat. L'imj)ératricc mère, la célèbre
Si Cah heou devait alors selon la coutume sortir du [lalais
I. A'<ï/i- ^fl F, les trois mers : Pé-Haî, Tchoung- //ai ci A'^w/AïF qui
[lorlent le nom g<^n6ral de h'ing-//a'î, occii|)Oiit la partie Ouest de la >ille
impiTiale. Voir Favicr, PéKingt p. 3'j6.
a. Traduction de F. Scherïcr.
CoRDiER. U — 39
et cédPT la place k la notivollc impératrice. Les princes et les
hauts mandarins étaient fort (■inljarrnssr'-s ; on no ptmvait
éloigner une inipératrict! de cetio valeur, qui était certaine-
ment appelée h 'rendre encore d'immenses services. Après
bien des pourparlers, l'impératrice mère, comprenant la
situation mieux que personne, déclam qu'elle sortirait du
I>alais pour se loger au Aan-haÈ qui y est attenant. Les trois
lacs, le pont, et le Tse-Kouang-Ko. passeraient à son usage
personnel ; de plus, le Pé-T'ang devait ^Ire réuni aux jardins
impi'riaux. On enclorait en outre dans les mura de l'enceinlc
réservée toutes les maisons avoisinant le Pé-T'ang, et où
logeaient plus de 3 ooo familles chinoises ' . n
Li Houng-tcliang, dans le but de donner satisfaction à
rimpéralrice, pria son factotum, M. Dch-ing, de s'entendre
avec M. l'abbé Favier, procureur des Lazaristes, la congré-
gation occupant le Pé-T'ang.
M. l'abbé Favier, avec une rare désinvolluie, sans préve-
nir notre légation, sempressa de signer une convention avec
l'agent chinois.
CO:<ÏEXTIOS PAVIEK-1>FTHI!«G
En voici les principaux points:
i" Tout rfitablissemenldii l*é-T'Hnf»el celui du Jen-tseii T'aiifî
seront livrés nu gouvernement ciiiiiois dnns un dt'-lai de deux
ans à [Hirtir du jour de la ratiiicatiou do la Convention.
•À* Lex missionnaires devront laisser les coiislniclioiis, les plan-
tations,etc., dans l'état où elles existent actuel lemctit et ne |Kiur-
ront emporter que le mobilier.
3° Le Gouvernement Chinois mettra à la disposition de la
Mission un terrain de la mi^me contenance que celui qui lui est
restitué et sis au lieu dit « Si Clinu Kou »'. Les missionnaires
pourront y élever le genre de constructions qu'il leur conviendra.
CONVENTION FAVIER-r>FTRING () 1 I
h la condilion loutofois que l'Eglise iio pourra dépasser une liau-
leur de 5o pieds.
4" Les missionnaires eslinienl la valeur des constructions
qu'ils vont abandonner h ^oo ooo taëls» mais, dans un senti-
ment de reconnaissance pour le gouvcrnemcnl chinois, ils se
bornent à demander une indemnité de 35o ooo iaêls.
5** Un décret impérial fera connaître les causes du déplace-
ment des établissements de la Mission. Ce décret sera gravé sur
une stèle abritée par un toit en tuiles jaunes et placée à Tentréc
de la Nouvelle Église.
6" Les missionnaires font présent au Gouvernement chinois de
Torgue du Pé-T'ang et de leur Musée.
r^e préambule de cet acte stipule qu'il n'aura de valeur qu'a-
près avoir été ratifié par l'Empereur de Chine et par le Pape.
Pas un mot de la France.
L'exemple de M^^ Delaplacc aurait dû guider M. Favier ;
de tous les établissements de missionnaires en Chine, le
Pé-T'ang est le plus incontestablement la propriété de la
France. L'emplacement du Pé-T'ang fut donné aux Jésuites
envoyés par Louis XIV h Pé-King :
a Le 4 juillet 1698 l'empereur K'ang-Hi leur fit don d'une
maison située dans la ville jaune où ils s'installèrent et dans le
voisinage de laquelle ils construisirent une chapelle. Cet établis-
sement fut reconnu bientôt comme insuffisant: en 1699, ï'^*^"
pereur leur concéda le terrain actuel, sis également dans la ville
jaune, où par les soins des PP. Gerbillon et Bouvet* et les lar-
gesses de Louis XIV, fut élevée en quatre ans une belle église
française (celle qui fut détruite en 1837)*. Le roi de France en-
voya en outre un riche mobilier et des instruments de mathéma-
tiques^. »
Lorsque la Compagnie de Jésus fut supprimée, en 1773, —
par un décret de la Propagande du 7 décembre 1788, et une
I. Voir I, p. 5i.
a. Voir 1. p. 55.
3. Notes de M?"" Mouly, lazariste.
Ordonnance du Roy du au janvier 178S, les Lazansl4>s les
rcniplacèi:ent. Celle substitution nVnlcvaît rien à notre droit
de propriété el ce fut à nous que les Chinois restituèrent le
Pé-T'ang le 29 novembre 1860, et ce fut nous qui, le 5 jan-
vier i86i, reminies le titre de propriété à M'^ Monly. Je
pourrais aussi parler du don d'un terrain ou s'élevait
autrefois une verrerie, conliguË à la mission, cédé h litre
gracieux leaidécembre 1861^ parle prince RoungàM. Ber-
tliemy et remis par notre minisire k l'évêque de Pé-King.
En droit strict, nous |K)uvions et nous pouvons rendre la
mission k tel ordre religieux qu'il nous convient; ni le
Pape, ni les Lazaristes n'ont de droits sur le Pé-T'ang.
HÉG0CIAT10N9
M. Favier quitta la Chine le 5 juin 1886 appelé à Rome
par un lélégranimc de M'^ Jacobini ; nous étions d'ail-
leurs désireux de donner satisfaction aux Chinois [lourvu
qu'ils s'adressassent à nous, les ^xais propriétaires. Li devait
savoir que nous, seuls, avions qualité j)Our régler la question,
que nous étions disposés k être aimables, mais il fallait que
nous fussions saisis régulièrement de la question.
M. Rislclhueber fui chargé des négociation.s avec Li
Houng-tchang. Dès les premiers mots de l'entrevue, le
16 août 1886, de notre Consul avec Li, celui-ci déclara
qu'une convention avait été signée par M, Favier, |>our
l'évCque de Pé-King, cl par M. Detring, représentant le
gouvernement chinois.
Li déclara que le Pc-T"ang n'était nullement propriété de
la France, qu'il avait été donné par l'empereur K'ang-lli aux
missionnaires et que si notre Légation était intervenue lors
de sa restitution en lâCo, c'était tout simplement en exécu-
tion de l'article VI de la Convention, d'a])rès lequel a les
établissements religieux devaient <>lre rendus à leurs proprié-
M:(;(ir.i \ rioNs Tu 3
Iniros par refjlrcinlso du Miriislrc de b'nuin> on (iliino ».
Los inissioniitiires avaient répondu que les olablissements
appartenaient au Pape. L'impératrice, se souvenant de la
lettre du Pape, donna a Li Tordre d'entrer en relations avec
lui. Li avait remis une lettre personnelle à M. Favier (qui
avait suggéré qu'il serait bon qu'il portât lui-même la con-
vention à Rome) pour le Paix; dans laquelle « il recomman-
dait ce missionnaire qui m'avait fait une excellente impression
pour les fonctions de représentant du Saint-Siège à Pé-
king »..
Le missionnaire laisse ici percer le bout de l'oreille.
Le Vice-Roi dans une nouvelle entrevue avec M. Ristel-
bueber, le i8 août, modifia son attitude et le cbargea de
télégraphier au Président du Conseil :
\ la suite d'une démarche faite auprès des missionnaires de
Pé-Kiiig en vue d'obtenir la restitution du Pé-T'aiig, j'avais été
informé que cette restitution dépendait du Pape seul, et c'est
jxmr cela que je me suis adressé à lui directement. I^ar la com-
munication que M. Uistelhueber m'a faite de la part de V. E.,
j'apprends que la France revendique sur le Pé-T'ang certains
droits en vertu des(piels l'intervention et l'assentiment du Gou-
vernement français seraient nécessaires pour la rétrocession de
cet établissement. Je m'empresse de venir prier V. F], de vouloir
l)ien ratilier le contrat passé entre M. Favier et moi et la prie de
croire que je lui serai sincèrement reconnaissant d'avoir bien
\oulu déférer ainsi aux désirs de Sa Majesté l'Impératrice ».
r^i ajouta au sujet du délégué pontifical ', tout en décla
rant que le gouvernement chinois n'admettrait pas d'autre
représentant du Saint-Siège qu'un agent ayant le caractcTC
diplomatique, qu'il n'attachait pas d'autre importance à ce
que le Pape fut représenté à Pé-King et que c'était d'ailleurs
une question à régler entre la France et Rome. En réalité il
ne s'agissait que de l'envoi d'un légat muni de pleins pou-
I. Voir le chapitre précédent.
6tâ
Toirs, charge d'établir, de concert avec le vice-roi, une sorte
de concordat réglant toutes les questions soulevées par la
pratique de la religion en Gliine. Dans cet arrangement, il
ne serait pas porté atteinte à la Iradition d^1p^és laquelle la
France exerce le protectorat des missions, si le gouvernement
français conserve une attitude conciliante ; s'il voulait, an
contraire, s'opposer à la conclusion dudil arrangement, la
Chine serait déterminée à se renfermer dans l'exticulion
pure et simple de l'article XllI du Traité qui, d'apK's l'avis
d'éminents légistes consultés à ce sujet, ne conférerait à la
France aucun droit à la protection internationale des mis-
sions.
M. Favier adressa, Icii septembre 1886, le télégramme
suivant à Li Houng-tcliang, après i'a^oi^ soumis au minis-
tère des Aflaires étrangères :
a Supérieur général ' favorable en principe à accord projelr.
Il V a donc lieu de saisir la Lt-gation pour ri'glcmenl de i'alTnir''
conjointement avec le Gouvernement chinois, conformément
aux précédents, o
Cependant M. Favier renti-ait en Ctiine ; dès qu'il arrive à
Tien-Tsin, malgré l'invitation que luiavaît adressée M.Cons-
lansdc s'abstenir de voir le vice- roi, pour ne pas- entinver
les négociations do la Légation, il se précipita chez Li avec
lequel il resta en conférence le 1 1 novembre de 7 heures à
10 heures du soir. Il n'est pas étonnant que notre ministre
ait « informé l'évèque de Pé-King que, si c'était nécessaire,
il userait envers M. Favier des moyens légaux pour empê-
cher que nos négociations soient ainsi contrecarrées ». Le
Département voulut bien considérer que M. Kavierétail
" plus maladroit que mal intentionné m; la vérilt;, c'est que
M. Favierétait désapprouvé par ses supérieurs et que nous
I. Le supérieur général do LizarisICB étiil M. Fut.
"C-- ■■'.*
NÉGOCIATIONS 6l5
n'avions aucune raison de nous plaindre des Lazarisles.
M. Favier avait eu à Marseille une conférence avec le marquis
Ts'ông, fait ignoré du vice-roi du Tché-li, et ce dernier
aurait, peut-être, été bien aise de faire échouer Li dans
TafTaire du Pé-T'ang. Le 12 novembre, à six heures, M. Favier
quittait Tien-Tsin pour Pé-King. On peut s'étonner que ce
missionnaire que ne recommandaient ni ses grandes vertus
personnelles, encore moins sa science, dont les qualités
étaient celles, non d'un prêtre, mais d'un homme d'affaires
retors, ait été accepté plus tard par notre gouvernement
comme évêque de Pé-King ; procureur, fort bien, vicaire
apostolique, point. Certes, le vieux Delaplace, que j'ai
connu et estimé, n'aurait jamais prétendu que, la Chine
et le Pape étant d'accord, la France n'avait qu'à donner son
consentement après qu'il lui aurait été demandé courtoise-
ment.
L'attitude de Li, devenue hostile après le départ de l'abbé
Favier pour le Nord, se modifia encore heureusement le 18
novembre ; il s'excuse de son langage de l'avant-veille. « Il
était, disait-il, sous l'impression des observations qu'il avait
reçues du 7" prince... Du moment que le Pape a renoncé à
l'envoi d'un délégué, l'affaire doit être considérée comme
terminée, et la Chine insistera d'autant moins qu'elle n'a
jamais attaché grande importance à la venue de ce délégué *;
les questions concernant les missions continueront naturel-
lement à être traitées comme précédemment par la France...
Quant au transfert du Pé-T'ang, c'est un service demandé
h un gouvernement ami... J'ai donné à la France assez de
preuves d'amitié pour pouvoir espérer qu'elle ne m'opposera
pas un refus. »
Les négociations reprenaient donc leur cours normal, ainsi
que le montre la correspondance importante suivante :
I. Voir le chapitre précédent.
OFFICIELLE DE CESRIOn DU PÉ-T"A!<r, LETTRE DE
Ll HOUSC-rCHASC A M. CONSTASS
Tien-Tsin, ai novembre 1886.
J'avais reçu de la Cour un Décret inc prcscrivaiil d'einoycr
un déléf^ic li Itoine pour dîsculer avec lo Pape sur les AfTaircs
religieuses ainsi que sur In question dc-ta cession du IV-T'anf,'
(établisse nie ni situé) dans la rnpilale. Je sais aujourd'hui que le
Pape a ajourne l'envoi d'un déli'-gué en Cliine : celte aiïaire étant
terminée il est, di's lors, inutile di* s'en occuper à nouveau.
Quant à la question dn déplacement et de la reconstruction
(c.-à-d. transfert) du IV^T'ang, le Pape, tout en donnant son
autorisation, a eependanl déclaré qu'il fallait préalablement s'en-
tendre h ce sujet avec votre Gouvernement.
La Chine d<^sirc h présent agrandir les terrains du Palais, or
le l*i^T'ang, par sa proximité du Palais est un nbsl«c)e à cet
agrandissement. Je prie Votre Excellence de vouloir bien adr<'s-
ser un rapport à Son Gouvernement en lui demandant de céder
le Pé-T'ang. La bonne harmonie augmenta ni maintenant chaque
jour entre nos deux |Miys, la Chine cspi're vivement (qu'une
chose) qui lui est nécessaire lui sera accordée.
Comme il est dit dans l'arliclc VI de la Convention de 1860
que H tous tes établissement religieux, etc. n, je prie en corisé-
quonce Votre Excellence d'invilcr l'évéquc du l'é-j'ang, confor-
niément à la Convention ari-étée avec M. l'ahbé Favier, à céder
le Pé-T'ang et à le transférer à l'endroit choisi dans la capitale,
ù Si-che-k'ou.
I.^s liens d'amitié qui unissent nos deux pays seront, par là.
resserrés encnre davantage. En facilitant ainsi par sa conciliation
les relations amicales entre tes ileux pay.'J, Votre Excellence mon-
trera encore plus sa déférence pour les désirs de notre Empereur.
— C'est ce que véritablement, je suis heureux d'esjK'rer '.
nf:PO>SE DE H. CONSTATS A Ll IlOUNG Ti:iIA>r.
Pé-King. a5 novembre i88j.
Excellence,
'ai l'honneur de vous accuser réception de la lettre que vous
. Pour traduclioD conrormc (ûg.) ; G. Imbal-lt-IL-art.
m'avez adros^i'-c h la <hilc! (In ai novembre. Voire Exrellciire
vent Iiien me fairp Sinoir ijiie l'établissement du l'i^T'niig fnil
obslarle à la réalisaltiin du ili'wir de lu (ibine d'étendre les di'--
peiidancefl dn l'alais Imjiérinl snr lus termina iivoisiiianl!i. Votre
KicoIJoiice inc prie, en conséquence, du demander au Gonverne-
ment de lu Képublujue. de vouloir bien autoriser lu cession du
P,LTnn|...
Je me suis empressé de transmettre par télégrapbc cette lettre
nu IX'pni'teiuent. Je ne pn'-vois pas que li' tiouteriienienl de la
Itépnbliqne. qui. diuis cette alTaire n'a jamais en d'autre désir
que cehii d'étru agréable à Sa Majesté l'Empereur de Cliine. ail
la moindre ' objection ù faire à votre demande.
i'our ma part, je m'elTorcerai d'aider \i)trt' Kxcellem-e pour
qn'Klle soit k mémo de mener h bien la mission dont Elle a été
cborfîée par Décret Impérial.
Je la remercie sincèrement dt-ssenlimeiils qu'Klle a bien \oidu
m'exprimcr dans sa lettre, cl je ne doute pas que le irgloincnt
de celte alTaire, ainsi qnc mon Gnniernemeiit cl moi -même le
souhailons vivemeni, n'nlTermisse les liens qui nnissenl nos deux
pavs et n'angmente In bonne barmonie qui n'gne entra eux.
Veuilles agréer, etc.
(SIg.) CONSTO,.
IIOUTO-TCIUJO
. M. «lSll!l.liUEI.lîH
Ti
ir,i-T«n, 17 noïcii.brc iSKfi.
<li' ^o«l<>i^ Im-ii <'
1 qnc j a
Je vuns prie di
MinLsIre tous les délails de la
Je n'aurais eu. quant à nioi. ancune objection à accepter
projet de leltre <|iie j'ai rei;n de S. K. M. Constans, mais j'ai 1
la soumettre an IViiice Tcb'oncn qui m'a imméiliatemeni r
[tondit dans nn télégramme que e puis(|ne le Pape n'envovi
pas de délégué en (Ibine. il élail ili's lors inulile que la (iliii
insislAt, mais qu'il ne convenait pas d'en donner à la Kranci' ni
preuve <|ni fi'il contraire 'a In dignité de ta (]bine: ijni'. quiiiif
l'afTaire dn IV--T'ang. on dotait s'eul.-u<li'e avec la Kiance. »
. Moindre était paul-£lro oxccssif dan'' la circonslaacc.
J'estime que piiis([iic le représciilant du Pape ne vicnl pas. il
«»t înulile de reprendre cette question. La Chine n'a jamai:^ eu
l'idée de modifier le Traité. >otis savons que. dans ce Traité il y
a un article auquel la France donne un scnsquc la Chine ne liu
donne pas, mais il n'est ]>as besoin de discuter là-tlirssus main-
Icnant. I.ts oITnires de mission qui ont été jusqu'à présent réglées
par l'inlerméiliaire îles Agents frnn^'ais, continueront à l'être à
l'avenir comme précédemment.
Quant à <x qui est de In cession du Pé-T'nng. c'est là un ser-
vice que ta Chine demanile il une nation amie. La Cour désirant
aujourd'hui agrandir la partie interdite (du Palais), a déjà
aclieté les maisons particulières du voisinage et les a fait démi's-
nnger. (]omme nous avions entendu ilire que le Pé-T'ong dépen-
dait du l'npe de Rome, nous avons en conséquence envové au
lieu de sa résidence quelqu'un pour s'entendre (avec lui). En-
suite, nous avons su que le Pé-T'ang dépendait aus.si delà France
et c'est pourquoi, nous avons aussitôt fait des démarches auprès
de Votre Gouvernement, e» vue d'une entente. Au mois d'Août
dernier, je vous ai demandé d'adresser dénia part un télégramme
à M. le Président du Conseil, au sujet de cette aiïaire. La ré-
ponse de M. le Président du Conseil fut eicellenle. A jilusieurs
reprises, je vous ai dit qu'un décret me chargeant spt'Krialemenl
de traiter celle alTaire. si S. ¥,. M. Conslans ne pouvait m'aider
h la régler, je nie: trouverais dans tni grand embarras. Pensant
que les bonnes relations entre les deux |>ajs augmentent chaque
jour et que S. K, M. Conslans est animé de sentiments de na-
ture à accrnitre cette bonne harmonie, je vous serais obligé de
prier S. K. M. Constans de vouloir bien examiner soigneusement
ci'IteatTaire et me donner son puissant appui. Je lui en serai
infiniment recotmaissanl.
Je vous prie de vouloir bien, en outre, faire part à S. K.
M. ConsUins de tous les détails de la conversation que j'ai eue
Le 19 décembre 1886, M. Conslans pouvait transmettre
au ministre des AITaires étrangères les trois pièces relatives à
la cession du Pé-T'ang.
I. Pour traduclion conformo (^îg.) : C. Imi
nÉCRET IMTÉniAt. RELATIF A
[,i lloi;N<;-T(:it<\'r. n adrpsM- aiiTn>nriin rn))|)ort d'oi'i il ri'-siilti<
<|ii'il s'<>st (■nlfiidii nvrc Ws Misitinnnnins pour la rrssinn et Ir
transfeil (le Hlfflisp .1.^ 1Van-lrIiV--k*o (le PiJ-Tanft) et (pril n
cnnclii rnlTairn nprî's rprlinn^o i)i> di'pdrlii's ailiricllos nvcc le Mî-
iiislrc (de France) n'Nidaiil ii l'é-kiiif;.
Nous ovniis pris coiiniiissmicc de re ra]i|>orl el l'avons exainini>
dans Ions détails.
Li cou si ru cl ion do IVf^lisc <ln Ts'an-tchV'-k'o en dcÙau» de In
[K>rtc dfi Si-n^aii a i''l('' niilorisi'i' [wir un d(''crel îinpi^rial du rèpni;
deK'anft-Ili. Depuis lorn, il s'iist l'-coiilé i lo annérsenviron pon-
dant lcs(|uell(<s li's Missionnaires(|nî s'vtrotivaiont ont rpçn i'n|>-
pni de la Cour et ont été l'olijel de sa profontlr bienveillance;
durant ce kpn de leni|», tons ont »\i ^n bien eotidnirc et vaquer
tranquillement h leurs alTalres.
L'ann^ dernière, on a exéculé divers Iravanx de réparation
en plusieurs endrnit.4 du Nan-Hal. aiin d'en faire une rési-
dence ponr l'Impératrice Ts'en-lli. Comme il était nércessaire
d'étendre l'enceinte de celte résidence snr les terrains avoisi-
nanls du Snd-Ouest et que cette église élnit tr^s-proehe des
jai'dins imjx'TÎanv. Li lloung-tcbun^' envoya l'anglais [)imn
à home pour délibérer et s'entendre à cet épard (avec le
Pape), et rliarj.'ea le Commts,satre des Douanes Detrinp «le faire
une convention avec M. Favier, nu sujet du transfert de celle
éf(lî»e. Il fut diVi lié qu'on la transférerait dans lu jiartie Sud de^
terrains de Si-ché-k'on, que l'emplacemenl futur en serait déli-
mité avec soin et qu'une indemnité serait |>avée pour sa recon-
struction. Ledit missionnaire (M. l'nvier) diVJara ensuite que la
nouvelle église n'aurait que 5 Irhnng (toiise^) <le haut, c'est-n-
dirc 3 khnnij (toises) de nioîn.s entiron que l'ancienne cnnslrnc-
tion. et que les cloches ne pourraient en aucun cas dé|)asser les
loitsdes maisons. Lorstjne cela eut été convenu, M. Favier se
rendit éj^alenienl ii Itouie pour eu informer le Supi^rieur Cénéral
lies Lazaristes, M. Fiai, leipu'l réjiondit |>ar une letlrc dans la-
I . Trad. Ho la (lazrllf de Pé-King. n" H» 8" jour du i r mois de
Il la- annce KouaiigSiii ^ 3 dicctiibrt' i880.
fiaO TRÏNHFKriT DU PÉ-t'aNG
qiinllo il remcrcinit In CliJiie d'iivoir nrrordi" sa iirolitHinn aux
Mission!'. l'I dinuit iju'pii l'iHiit proroiidi'mcnt r<>coiiiiaif:san(. il
rk-sirait roconnalirc nnc tninitnc pnrtii^ des liioiirniU do l'FDrnpe-
rcur. Ces seiiliincnts cl ces paroles notts ont paru des pliis sin-
Li lloiiiifj-lrlian^ vient dVclinniicr avrt- lo Ministre, M, <!on^
l.ins, dos dr-pil'clii's onieicltcs n ce snji-l ;
M. (innstnns n r('[iondn (jiril n'v a aiinino ililiiridti; à Tuirr (v
i|iii t'tail proposé. Ollc r(''[)onsp monlre IVspril de concilinlio»
doiil il est nnimé à )V|;nrd d'un pnvs nini et la eontiaissanre
profoiido qu'il a des nll'aircs. M. Consfans mérite en réalité les
plus grands éloftes.
Puisque Li Unun^'-lehang a arrêté le plus niiiiutieusenienl
possible tous les détails de eetle alTaire. et rpie de jhirt et d'antre
on ist cnlièrement d'accord, Nnns ordonnons qu'il soit fuit
routine il est projwsé. Quant il l'indemnité de l'econstnietion.
Non» ordonnons également qu'elle soit verspe en plusieurs fois,
afin (ju'on puisse se melli-e ii rel>i\lir. Pour le reste qu'il soit Tait
comme il a été eonvenu. Le tao-laï en cxjiectalive Kn-Yéou qui
avait d'abord été délégué (pour s'occuper de celle question) et
qui a pris beaucoup de |)ciue en la traitant, aura son nom ins-
crit sur les tableaux d'avancement du Conseil des Ministres pour
être nommé h la procliainc vacance.
L'évoque Tagliabiic a fait preuve ilu zélc le plus réel. M. Fa-
vier et l'anglais Diinn ont traversé des mers lointaines sans
pn''te\ler les fatigues de ce voyage; que Tagliabue reçoive eu
ré-cotnpense le bouton de mandarin du ï' rang! Que Favier
reçoive celui du 3" rang, que la décoration de i"' elas.se du 'M
rang soit accordée à Dnnn I Kt que chacun de ces deux derniers
re^-oiveun cadeau de :ioootuëis qui leur M-ra remis |Wr Li Houng-
tclian<; ! Le Corumis,<iaire des Douanes Dctring et le Consul
Uistclliuel)er ont déployé la plus grande activité en servant d'in-
termédiaires depuis II' commencement jusqu'à fa iin de cette
alTairc ; que Detrinjt reçoive en récompense le bouton de a* rang,
et que Kistelbucber reçoive la décoration de l\' classe du a'
rang.
Quant au commerçant anglais Mîchie ' qui s'est également donné
de la peine en celle etrconslonce. nous ordonnons que Li Ilouiig-
, Micliic, Alexandre, éditeur (rédacteur en choQdu Chinese Times.
CKUTIKK'AT DKMVIIK l»AU S. A. LK PrilNOi: K\SC. iyj.l
tcliang fasso une eiicjiu'le à son (•«^ard et nous adresse un rapport
|)our nous demander une réconi|HMise pour lui!
Que le Ministère que cela concerne en soit informé.
Ilbspcctez ceci * .
Il
DÉPÊCHE DES MEMBRES DU TSOUNG-LI Y AMEN A M. CONSTAISS
Le 30' jour du 1 1* mois de la la*" année kouang-Siu,
i5 décembre 1886.
Au sujet de la cession de la partie Sud des terrains du Si-ché-
k*ou h rEvétpie du Pé-T'ang, j)our le transfert de rétablissement
calholiquc, vous avez déjà ré|K)ndu au Commissaire Im[XM*ial
pour le Commerce du Nord (Vice-Hoi lA riourij^-tchanf^) (pie
vous aviez reçu de votre gouvernement l'autorisation d'effectuer
ce transfert.
Maintenant que M. Delring. ('ommissaire de la Douane ma-
ritime de Tien-Tsin et M. Favier, missionnaire, ont mesuré et
délimité très-exactement la surface du nouvel emplacement el
dressé un contrat, Nous devons remettre ledit terrain h rfivéque
du Pé-T*ang pour qu'il en prenne cliarge.
Nous avons dressé le titre (de propriété) ci-joint, et Nous espé-
rons que vous voudrez bien en prendre connaissance et le remettre
à qui de droit ^.
111
CERTIFICAT DÉLIVRÉ PAR S. A. LE PRINCE k'iNG
ET LEURS EXCELLENCES MESSIEURS LES MINISTRES DV TSOUNG-Ll
Y A MES
Le ao** jour du 1 1* mois de la la** année Rouang-Siu,
i5 décembre 1880.
Il est constaté par les présentes (jue le terrain inoccupé, sis au
Sud du Si-Cbé-k*ou, a été cédé h Tévéque du Pé-T'ang |>our le
transfert de l'établissement catholique. Remise de ce terrain «st
1. Pour trdd lie lion conforme (sig.) : C. Ïmbaui.t-Huart.
2. Pour traductirni conforme (sig.) : C Imbali.t-IIlart.
Gaa TRANSFËiiT DO pé-t'abo
faite au Gouvernement français pour que celui-ci le remette à
son tour à l'Ii^vfquc Tagliabue qui en prendra charge.
Ce Ceriincat devra <^tre remis à l'a^ant-droil.
\je présent certificat est délivri? à M»* Tagliabue qui le gar-
dera par devers lui'.
Le Jeudi seize Décembre mi) huit cent quatre %-ingt six, h dix
heures et demie.
Les titres de propriété du terrain sis h Si-Chc-k'ou et destina
h rétablissement que les Lazaristes doivent construire pour rem-
pluccr le l'c-T'ang cédé au (îouverncment chinois, a^nnt été
remis à i'Knvové extraordinaire de la République h Pé-King, —
M. (Jonstans, en vertu des conventions intervenues entre les
(îouvernements français et chinois, transfère ledit terrain à S. (à.
\\k' Tagliabue, l^v^que de Pompeiopolis, vicaire apostolique
du Tché'li, qui en prend charge.
l.'n exemplaire du présent titre, qui constate la remise de
l'immeuble i l'évéque de l'é-Kinj^. sera conservé dans les .\r-
chivcsde la Mission où il servira de garantie d'une libre et pai-
sible jouissance, pour les besoins du culte catholique, tant par le
vicaire apostolique actuel que par ses légitimes successeurs français.
Il reste bien entendu entre les parties que les Droits que le
Gouvernement français possède sur te Pé-T'ang actuel demeurent
réservés et seront reportés sur les terrains du Si'cbé-k'ou et sur
les constructions qui y seront élevées.
En foi de quoi, les soussignés ont apposé leurs signatures sur
le présent procès- verbal, dressé en double exemplaire, les jour,
mois et an que dessus.
Signé ; Pour le Supérieur général
f Fr. Tagliabue C. B.
KïÈque de Pompeiopolis
Vie. ap. de Pé-King.
Signé: .\lph. Favier.
Signé: B" Df.leuasure.
<!•■ *■'
L'Envoyé extraordinaire de la République en Chine,
(Sig.) : Co^sTA^s.
I. Pour traduction conforme (lig.) : C. Imhault.Huaht.
RF.MiNE nv pé-t'ano 6a3
Le 3o mni 1887, ùijuatre lioiircsdii soiravail lieu laposc
de la première pierre de la nouvelle calhédrale, le nouveau
IV-T'ang, église du Saint-Sauveur; la remise' de l'ancienne
église, ainsi qu'en témoigne le proci' s -verbal suivant, fnl faite
le i/i décembre 1887 au gouvernement chinois qui, si je suis
bien renseigné, l'a transformée en théâtre ou salle de fôles.
iiEMiSE nt pé-t'ang, ij5 uéceubre 1887
PROCtS-VERBAL
Les Soussignés ;
MM. Arnold VissitnE, premier inlerpn-to de la Li'^^ation de
la Képublique Française en Cliinc. tléléf^nc de S. E. M, G. Le-
niaire. Envoyé ExtraoriJinairc el Ministre I *léni [Mien ti aire de la
République Française en Cliine :
Alphonse Favier, Vicaire général el provicoire de la Mission
de 1»('!-King et du Tcbé-li Nord el"
Jean-Uaptisic Dklemasuiie. assistant de la maison dn Pé-T'ang,
représentant tous deux la Congrégation de la Mission.
d'une pari: et
Tuu'eng et K'oMu, secrétaires généraux, délégués du Tsoung-li
Yamcn,
d'autre part ;
se sont rendus de concert, dans la journécdu quatorze décembre mil
huit cent quatre-vingt-sept au\ établissements de la mission catho-
lique sis aux lieux appelés Ts'an-lcbe-kéou cl Sin k'ai-lou et
dé-signés sous les noms de l'é-T'ang et de Jen Tsen T'ang. Après
avoir dûment constaté que, — en dehors des objets mobiliers,
que les missionnaires ont été autorisés à emporter. — rien n'avait
été enlevé ni détruit dans lesdits établissements, les représentants
du Minisire de la Képublique Française en Chine et de la Con-
grégation de la Mission ont fuit remise aux délégués du Tsoung-
li Yamen de tous les terrains et bâtiments composant ces deux
établissements, v compris le» arbres, le musée d'ornithologie, les
objets de curiosité et l'orgue. Les délégués du Tsoung-li Yamcn
I. La remise fui faite plus tiVI qu'il n'avait ^t^ atijiiiM, le gouvernement
rl)i[ioi!i ajiant vcr«é Taëli 30000 («ur presser les travaux de la nouvelle
église.
en ont pris livraison, en cxi'-culion de l'accord inicrvrnu onlrc
la Lt'^nlion de Krnncc cl te Uouvcnicmtïiit chinois ul ivsiillanl
des communications ofTicicllcs ôclian^'ccs les ^ingl-scpt ri Ircnle-
un juillet de ta présente année.
Kn foi de quoi, les Délégués sus-nommés ont signé le préspiit
procès- ver bal en trois c\eniplaircs qui devront ôtrc conscr\és
respecli\einent dans les Arcliiven de ta l.iîj^'ation de ta Itt'publique
F^an^•ai»c en Chine, du Tsoung-ii Yamcn et de ta Congr^ation
de la Mission.
Pt-'-King, le l'i décembre 1887.
(SiHné) : A. V.ss.KRF-
Alph. KAvrnB.
J. B" Dklemirliik.
Sceau de la Légation de la République frani;aise.
Deux signatures chinoises.
Sceau du Tsoung-li \ninen.
L'inQugumtiou du nouveau Pé-T'ang eut lieu le dimanclie,
9 décembre 1888; le corps diplomatique en wniformc et te
Tsiiung-li Yanien, représenté par quatre des Ministies el
deux secrélaiivs généraux, assistaient à la cérémonie.
CHAPITRE XXX
LE PROTECTORAT DES HISSIONS
ORIGinE
La question du protectorat de la France sur les missions
catholiques est intïmcinGiil liée aux négociations relatives à
la nomination d'un légat à Pé-King et au transfert du
Pé-T'ang ; comme ce protectorat a été pendant longtemps
la pierre angulaire do notre [jolitique dans rExtrémc-Orient,
il est nécessaire d'en étudier l'origine et le fonctionnement.
Pendant longtemps, la Cour de Portugal exerça seule le
protectorat des missions calholiqucs en Asie, en vertu d'une
bulle de Nicolas V, accordée le 8 janvier i/i5i, au roi
Alphonse V, confirmée par plusieurs papes, mais révoquée
par Clément VIII, Paul V, Urbain VIII et Clément X. La.
création de la Sacrée Congrégation de la Propagande, le
32 juin 1632, par la bulle IncriLilabili, de Grégoire XV,
porta déjà un coup funeste à ce protectorat ; la nomination
dos trois vicaires apostoliques en ]658, François Fallu,
év^uc d'Héliopolis, Pierre de la Motbe-Lambert, évêque de
fiér^te, Ignace Cotolendi, évéque de Metcllopolis', fut une
nouvelle atteinte aux prérogatives du Portugal. La protection
de la France commence h s'exercer en Chine par l'envoi
t. f 16 Boât 1663. prit da Muulipatam.
Coaoïu. 11 — io
fiaâ LB PROTECTORAT tlES
de cinq jésuites par Louis XIV (i685)'. La faiblesse du
Portugal lui faisait, de plus en plus, perdre son influence
quoiqu'on la retrouve encore active dans les querelles de la
question des rites et les missions des cardinaux de Toumon
et Mezzabarba, et que la Cour de Lisbonne ait jusqii'au com-
mencement du Tnx" siècle, gardé la nomination des évéquea
de Nan-King et de Pé-King, suffragants de l'archevêque de
Goa.
Quand la France signa avec la Chine son premier traité,
son représentant, M. de Lagrcné, continuait la tradition de
Louis XIV et de Louis XVI, en protégeant la religion
catholique et l'article 22 du traite de Wham-jroa peut être
considéré, ainsi que je l'ai déjà dit, comme une nouvelle con-
firmation du protectorat exercé sur les missions parles anciens
rois de France'.
En i858, Tarticlc i3 du traité de Tien-Tsin", reconnaissant
la liberté du culte catholique, ne stipule pas toutefois notre
protectorat sur les missions ; mais l'article 6 de la convention
de Pé-King(i86o) marque que les biens des Missions catho-
liques leur seront rendus jmt l'entremise du mmislre de
France^ ; ceci marque bien la reconnaissance d'un droit. Ce
droit, nous l'augmentons par les sommes considérables que
nous dépensons pour l'augmentation ou les réparations des
établissements catholiques', par des dons d'argent ou de
1. I. p. 5i,
a. I, p. 17.
3. I, p. H.
4. I. p. 53.
5. A Pé-King, les rëpintions du Nan-T'ang avaienl coùié k la France
160 oou francs; on dépensa 4oo*^ francs poar la résidence et 3oooo
francs pour le collège. Le Piï-T'ang (l86i) a coillé 3ooooo francs; la
résidence ipiscopalc et le sdininairc ont coCilô Goixjo francs, Lo Si-T'arg
lerminc en i805, 65 000 francs. Les deui cimcliùrcs. surlmit le cimoliiro
Transis, coûtèrent 3o 000 francs de réparations, il*' Anouilb refut pour
la cathédrale de Tching-ling tooooo francs.
TEXTE CHINOIS DES PASSEPORTS, TRADUCTION LITTÉRALE 627
terrain, par les privilèges conférés aux missionnaires pour
rachat de propriétés, par la convention Berthemy ; nous
étions seuls en mesure de faire rendre aux congrégations
religieuses leurs édifices confisqués pendant les persécutions.
Nous l'affermissons surtout par la protection effective que
nous accordons aux missionnaires en présentant leurs récla-
mations au Tsoung-li Yamen et par Toctroi de passeports
qui les protégeaient contre les fonctionnaires chinois et leur
permettaient de se réclamer des autorités françaises.
Nous avons * donné le modèle du passeport accordé jadis
aux missionnaires ; nous croyons utile de reproduire le
modèle aujourd'hui en usage. Ce passeport se compose d'une
grande feuille de papier pliée en deux, dont la première et
la quatrième pages sont blanches. Le verso du i""" feuillet ren-
ferme le texte français imprimé, et le recto du 2° feuillet le
texte chinois imprimé. Ces passeports portent dans le texte
chinois que les missionnaires indistinctement sont Français,
quelle que soit d'ailleurs leur nationalité qui n'est pas indi-
quée ; ces passeports étaient demandés soit par les procu-
reurs des congrégations en résidence à Chang-Haï, Ilong-
Kong ou Tien-Tsin, soit par les évoques et très exception-
nellement par les missionnaires eux-mêmes.
TEXTE CHINOIS DES PASSEPORTS, TRADUCTION LITTERALE
/
Nous..., Ministre Plénipotentiaire de France en Chine, etc.,
délivrons le présent certificat de protection [passeport].
Conformément h Tarticle 8, à l'article G et autres des Traités
et règlements conclus dans les deux villes de Tien-Tsin et de
Pé-Ring les 27 juin i858 et 20 octobre 1860, par les Ministres
plénipotentiaires nommés spécialement à cet effet par S. M. TEm-
pereur de Chine et S. M. l'Empereur des Français, Nous, Ministre,
I. I, p. 6a.
6a8 LE PBOTBCTORAT I
délivrons le prt-scnl passeport n noire compalriote.... misûonnaire
de la Religion du Seigneur du Ciel, auquel il servira de témoi-
gnage.
Nous, Ministre, — sachant bien que... jouit dans notre paya
d'une bonne réputation, que ses mérites et sa vertu sont égale-
mcnts éminents, — prions les grands dignitaires chargés du Gou-
vernement de l'Empire chinois, ainsi que les autorités civiles et
militaires de toutes les provinces et les hauts fonctionnaires, de
laisser... circuler librement dans la province de... y propager sa
religion, y résider, y louer ou acheter des terrains, dans quelque
lieu que ce soit, et y construire des Temples du Seigneur du Ciel
et des maisons, sans qu'il soit permis de lui faire la moindre
difficulté.
Il devra être traiU^ avec les égards dus à un hâte. Nous espé-
rons, en outre, qu'on lui donnera assistance en toute occasion, et
que nulle indifférciicc ne lui sera témoignée, ainsi qu'il convient.
C'est pourquoi Nous. Ministre, délivrons lu présent passeport
afin que ses stipulations soient observées dans toutes les iocalilfe
placées sous la domination de l'Empire Chinois, tant à l'intérieur
qu'il l'extérieur (c'est-à-dire dans la capitale et les provinces), et
que nulle infraction n'y soit commise, en exécution des Traites
et des Règlements qui doivent subsister à jamais, et ainsi que
Nous, Ministre, le désirons vivement.
Remis à...
Délivré par la Légation de France en Chine, le ■:— jour, — de
la lune — de la — année de Kouang-Siii.
V. S. — Il sera absolument interdit au porteur de ce passeport
de se rendre, à son gré, dans les localités, quelles qu'elles soient,
qui seraient occupées par des rebelles.
No. du Registre de la Légalion
Signalare du porlear.
TBXTB PRAHÇAtS IMPHIUË 6ag
TESTB FRANÇAIS IHPRIHÉ
LËGATIOH
RÉPUBLIQUE FRANÇAISE
Au Nom
'EUPLB FRANÇAIS
En verla de l'article 8 du Traité, conclu à Tien-tsin, entre Ut
France et la Chine, le n-j juin i858, Nous ...
prions les Antorilès Civiles et Militaires, Générales et Provinciales,
de la Chine el des Pays adjacents, de laisser librement passer , ,„
se
rendant dans la province du
elde lai donner
■ aide et protection
1 en cas de besoin.
Le présent passeport délivré ei
1 la ChancelUrie de la Ugation.
A Pékin, le
.... l8 . .
SIGNATURE DU PORTEUR.
y.
-B. — Cipaistporl Jewn Urt rrtom
i><ciiH da Portcnr.
cùt de déth. de Jipart
Il est intéressant de rapprocher ces passeports de ceux qui
sont délivrés par les légations des ïîlals-lJnis el de la
Grande -Bretagne.
LE PHOTECTOnAT DES MISSIONS
PASSEPORT AMÉRIGAIH
Age
Slaliire
Forclicad
Ejo.
Noso
Moulh
Cbin
Hair
Complesii
Ycars
Feol
To ail lo whom thèse présents shall
corne ^rccling
No.
I, ihc undersigned
Charge (l'A (Ta ires ad intérim oftheUnil-
(■d Sfalcs of America, hereby rcijucsl
ail whom tt niay conccrn to portnil sa-
fcly and froclv topnss
a citizen of ihc L'nilcd Slatcs and !n case
of nccd to givc liiin ail lanful aid and
prolcction.
Giïpn iindor my hand and ihe im-
pression of Iho Scalor tlie Légation of ihc
United Slalcs at tlic City of Peking thc
in llio Yoarof llie tndcpcndancc
of tlic United Stalos.
(L. S.) X..
PASSEPORT ANGLAIS
Piisspoi't n° Brili^h Consulate.
Tho iindiTsigned, Her Britannîc Majeslv'a Consulat... re<jnesta
tite civil and miiiinrv aiitlir>rilie« of llie Eniperur of Chîna. in
confonnilY «itli llienintli nilidc of liic treaty ofTicn-Tsin to
allow tlie Kcvercnd..., a Itrilisli Siibjcct, to travel freclv aiid
nilliout hindi'iance or niuleslaliun in Ihe Cliinesc Enipirc and
logive Iiiin proteclion ami aid in case of ncccissilv.
M bcing a per.son of knnwn reiipoclabilily is desirou.s of
procccdiiig to... and tliis passport is given hini on condition of
Iiis not visjting tbe citlcs or towns occnpiod by ibe insurgents.
(Signature)
H. B. M. 's Consul.
To-TA» 63 1
This passport will rcmain in force for a year from tlic date
thereof.
Signature of the Bearer,
Nolice. — Ail passports must be countcr-sipned by ihe Chinese .
Autliority at ihe place of delivcry and musl be produccd for
cxaininalion on tbe deinand of the aulborilics of any locality
viïilcd bï llic Bearer. firiliïib Siibjeds travelling in China wilhout
0 passport or commitling any offcnce are liable lo be arrcstcd and
bandcd ovcr the nearesl Consul for punishmcnt.
Fec... one dollar.
En outre, avec le passeport, la légation de France remet
aux chefs de missions une proclamation <le février 1863,
pii'cc connue sous le nom de yii-tan, et im décret du
fi avril 186a, pièce désignée sous le nom de lon<j-piao, qui
peuvent servir de sauvegarde aux missionnaires.
Proclamation.
FtWricr 1863. 1" mois de la i" anm'c To'ung-Tché,
Le l'rinre Koinc;. Président du Tsoiing-!i Yamen, fait savoir :
Il est dit dans le i3« nrlidc du traite français, conclu h. Tien-
Tsin la 8* année de Hien-Koiuig, cpie les Chinois seront libres
d'eiuhrnsser la religion calhotlque et d'en suivre lea prali<pics sans
cire molestés ni punis et quit toutes les prohibitions ^-criles ou
iinprinuVrs qui ont paru jiis<pi'à ce jour contre le catholicisme
seront abrogiva.
D'une part et conformément au Irnlté, ordre a été donné aux
Vicc-Uois et gouverneurs des provinces de jiorlcr à la connaissance
de chacun, tous les iirtides convenus la 8* et la lo'annéedellien-
Foung et de les l'aire a flicl le r ; d'autre part, le a de la 11' lune do
In présente année, nous avons pris respectueusement connaissance
d'un Kdit de Sa M. ainsi cou^'u : n A l'avenir toutes les autorités
locales dans les allaires coucernaiit les Chrélieiis, devront après
mùr examen régler selon la justice. Les Chréliens soigneux de
leur honni^lelé. devront iMre traités avi-c la nu^mc boulé que s'ils
u'étaieni pas chrétiens, leur religion ne doit [ws leur attirer plus
(Icsévérîté. Les autorités auront à se conformera la justice de façon
63:
LE PROTECTORAT DES MISSIONS
à montrer au grand jour notre désir de tranquilliser les honnêtes
gens.
Respectez ceci.
Maigre les instructions dans ce sens données à différentes reprises
aux vice-rois et gouverneurs, des cas regrettables se produisent
cependant dans chaque province et les Chrétiens adressent de
nombreuses plaintes. Selon moi, le motif principal en est dans le
refus des Chrétiens de contribuer aujourd'hui comme autrefois
aux réceptions des Esprits, aux processions, aux représentations
théâtrales, aux frais des parfums qu'on brûle. On ne saurait,
disent-ils, exiger leur quote-part pour des manifestations qui ne
les concernent pas.
Je dois adresser le présent document dans chaque province et
faire connaître ainsi la volonté de TEmpereur et les résolutions
prises par le Tsoung-li Yamen, de façon qu'on ait à se conformer à
une règle fixe et qu'aucun doute ne s'élève dans les esprits, quand
des affaires surgiront. Nous nous conformons en cela à la volonté
de l'Empereur dont la faveur s'étend sur tous et qui regarde du
même œil paternel, les Chrétiens et ceux qui ne le sont pas.
Le but des missionnaires, pareillement aux doctrines de Con-
fucius, au Bouddhisme, et à la religion de Lao-tseu, étant d'exhor-
ter les hommes au bien, le catholicisme a été autorisé sous K'ang-
Hi. Les Chrétiens ne sauraient parce qu'ils sont tels échapper aux
charges publiques ; les contributions ou réquisitions officielles et
autres dépenses utiles leur incombent dans la même proportion
qu'à ceux qui ne sont pas chrétiens. Quant aux frais de réceptions
d'Esprits, des processions, représentations théâtrales et parfums à
brûler, toutes choses qui ne les concernent {K)int, on ne devra
jamais les forcer à y contribuer. Dans les deux cas, les autorités
locales devront spécifier clairement, sans laisser subsister le
moindre doute, la part ([ui leur revient ; par exemple, si les per-
ceptions se divisent en 6 dixièmes pour fêtes populaires et 4
dixièmes pour charges publiques, les autorités devront dire que
les Chrétiens n'ont qu'à contribuer aux [\ dixièmes, et que les
6 autres dixièmes ne les conc^îrnent point; on ne saurait exiger
leur quote-part.
Si des Chrétiens, pour avoir refusé de payer leur quote-part
dans des dépenses, dont la destination est contraire aux "principes
de leur religion et n'a aucun intérêt pour eux, sont insultés,
molestés, frappés par la population, si leurs propriétés sont pillées,
si leurs récoltes sont détruites, l'autorité aura le devoir d'examiner
U)NG-PIA() 633
à fond la question /(le punir les coupables selon foule la rigueur
des lois et de faire indemniser les victimes pour toutes leurs valeurs
pillées ou incendiées, cela dans Tintéret de l'équité et à la satis-
faction des gens.
Il a été convenu avec la France que les missionnaires n'étant
point des fonctionnaires, n'auront pas à s'occuper de toutes les
questions publiques ni à protéger les Chrétiens. Toutefois les
missionnaires sont des gens respectables et respectés dans leur
pays et dont la mission est d'exhorter les gens au bien ; de plus,
les relations d'amitié entre la Chine et la France sont aujourd'hui
des plus sincères. Les missionnaires devront donc être traités avec
tous les égards possibles afin de resserrer encore davantage ces
liens d'amitié.
A l'avenir donc, quand des missionnaires présenteront des sup-
pliques et iront porter plainte, et si la plainte est juste, les auto-
rités locales devront rendre sans retard un jugement conforme à
la justice et ne montrer aucune injusie sévérité h leur égard. Ce
qui précède a été communiqué h tous les vice-rois et gouverneurs.
Que p(Tsonne n'en ignore, que personne m) s'en écarte, cela pour
éviter tout désordre et tranquilliser les honnêtes gens.
L0>G-1»IA0
Rapport du Tsoimfi-li Yamen à V Empereur en vue d* obtenir
un décret,
4 avril 1862.
D'après ce que nous avons pu constater relativement a ce qui
est de la Religion catholi(pie, les sujets de l'intérieur ont déjà
reçu l'autorisation de pratiquer celte religion.
Le 3 décembre 1861 (le a de la ii* lune de l'année dernière)
a paru le dwret suivant :
A l'avenir, les autorités locales que cela concerne devront traiter
avec équité les affaires se ralfnchant à l'exercice de la religion
rafliolique, après avoir examiné clairement l'origine ; si celui qui
pratique cette religion s'attache à ol)serv(»r ses devoirs et ce qu'il
doit èlre, h se conduire bien et à se faire estimer, on doit lui
accorder la même considération qu'aux sujets que nous aimons,
on doit conséquemment avoir pour lui les mêmes attentions que
})our ceux qui ne pratiquent pas la religion catholicjue et il est
inutile de chercher à les vexer pour le fait de sa religion. —
Respectez ceci.
"WS: .",-""'1 '■ ' ■ .:J^'»^*^ ï- ■ -ftiJi.T.fc,»" .■T'T7fi-. r^ ^•-".T'^jliy* • ^» -"^ " ■ ■' * "^T^^^^
634 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
Après avoir conséqucmmcnl aviso les vice-rois et gouverneurs
provinciaux qu'ils avaient à se conformer à ce décret, Nous avons
reçu de S. Exe. M. de Bourboulon, Ministre de France, une
communication oflicielle nous disant que tous les dificrends dans
les provinces provenaient uniquement de ce que les autorités
locales obligeaient indilTcremment les catholiques et nos autres
sujets à subvenir aux frais de sacrifices aux génies, de comédies,
de processions religieuses, etc., etc.
Les Catholiques étant très contraires à ces pratiques, le Ministre
de France nous prie d'inviter toutes les autorités locales à ne plus
rien percevoir d'eux (pour y subvenir).
En môme temps, il nous expose que les missionnaires étant
gens d'une conduite correcte, il importe lorsqu'ils font une visite
qu'ils soient traités honorablement (l'expression chinoise marque
qu'il s'agit d'une visite d'un inférieur h un supérieur).
Tel est ce que nous a dit le Ministre de France.
Nous pensons que les catholiques dans toutes les provinces bien
qu'ils pratiquent la religion du Seigneur du Ciel n'en sont pas
moins chinois. M. de Bourboulon, ministre de France, nous a
exprimé que les principes de la dite religion recommandaient
l'obéissance et le res[x*ct au souverain, l'observance des lois de la
Chine ; tel est ce qui nous a été dit, il convient donc de protéger
(les catholiques) afin de témoigner d'un même sentiment de
charité pour tous. Les perceptions pour sacrifices aux génies,
processions, etc., etc., n'ont rien du caractère des impôts du
gouvernement et, si les Catholiques ne veulent pas y souscrire,
il ne convient pas de les y contraindre au point de semer de
l'agitation dans le pays.
Nous avons écrit à tous les gouvernements provinciaux jx)ur
leur faire savoir relativement aux paiemenls auxquels les Chré-
tiens comme tous sont obligés, qu'cMi dehors des impôts dûment
établis par le gouvernement, les Chrétiens jx)uvaienl être
exemptés, du paiement de tout ce qui se percevait h titre de
frais de culte, sacrilices aux génies, processions, comédies, s'il
ne leur plaisait pas d'y contribuer avec ceux qui ne sont pas
Chrétiens.
Quant à ce qui est du traitement honorable dont il importe que
les missionnaires soient l'objet lors([u'ils vont Aoir les autorités,
les gouvernements étrangers ont de la considération pour les mis-
sionnaires, les autorités locales doivent donc les traiter honora-
blement.
LONG-PIAO 635
Nous avons ch^jà recoin inando aux \ico-rois ol gouverneurs de
donner des ordres pour qu'il soit ainsi l'ail.
Dans la suite, le ministre de France, M. de liourboulon, nous
expose (ju'après réception par les *,'Ouvernemenls provinciaux du
décret de V. M. et de la dépêche du Tsoung-li Yanien les affaires
concernant les catholiques ne se traitaient pas conformément aux
instructions données.
Les autorités locales de toutes les provinces apportent trop de
lenteur dans les aflaires qu'elles ont à traiter, c'est ce qui fait dire,
à M. de Bour boulon, qu'après réception du décret et de notre
dépêche, on n'avait pas encore tout fait pour traiter h fond (les
aflaires) ; comme cet état de choses pourrait subsister, nous croyons
devoir demander un décret ordonnant aux vice-rois et gouverneurs
de toutes les pro>inces d'enjoindre aux autorités locales de se
conformer à nos instructions antérieures et de régler éijuitable-
ment au ])lus vite les aflaires. de ne pas juger légèrement celles
qui sont graves et de ne j)as intentionnellement apporter des
relards (jui seraient préjudiciables aux sujets catholiques.
De plus: rarlicle i3 du traité français s'exprime ainsi :
V Tout ce qui a été gravé, imprimé ou publié contre la religion
« catholi(|ue est abrogé (pardonné) partout. »
C.ette |)hrase Ncutdire que la religion catholique est maintenant
alFranchie de toutes les défenses publiées contre elle ; nous croyons
donc devoir demander que tout ce qui a été publié précédemment
contre elle, considéré connue non avenu, soit supprimé ; lorsqu'on
s'occupera d'une nouvelle édition de nos lois, ces prohibitions et
les lois contenues dans les anciennes éditions seront grattées (les
planches d'impression).
De plus dans l'article i3 du traité on substituera au mot « par-
donner » l'expression « supprimer, gratter » de manière à rendre
plus conformes l'un à l'autre l'esprit et la lettre de cet article.
Nous soumettons ces diflérents |K)inls à \ . M. en lui deuiandant
que dans un décret, elle veuille bien nous faire parNcnir ses ins-
tructions et nous dire si elle approuve nos propositions.
Décret de l Empereur.
Le Tsoung-Ii Yamen nous a fait parvenir im mémorandum en
nous demandant d'enjoindre aux aulorités locales de traiter avec
promptitude et é^piité les alfaires relatives aux Catholiques.
Le dit ^amen nous avait déjà rej)résenté (|ue la religion callio-
lique de la France avait pour objectif de jK)rtcr les hommes à
faire le bien el que l'Kmpereur K'anft-IIi en avait niilorisiS l'eior-
cicp, nous a\ions en con9W[«encc émis un décret ordonnant aux
auloritcs locaEcs de traiter d'une manière salisfaisantc.
Le Tsoui)g-li Yanien nous rapporte aujourd'hui qu'aprî'3 récep-
tion de notre décret, il avait écrit de nouveau dans le inùmc sens
aux autorités de toutes les provinces et que, malgré cela, les
alTaires n'avaient |>asélé traitées d'une manière complète et satis-
faisante.
Nous ordonnons aux Gouverneurs et Vice-Rois de toutes les
provinces d'enjoindre aux autorités locales, conformément au
rapport ci-joint ([ue noua approuvons, de régler avec équité et
promptitude toute affaire relative aux sujets catholiques, de ne
pas considérer cninnin léger ce qui est grave. aGn de montrer ([uc
notre sollicitude est la même pour tous.
Nous approuvons et sanctionnons par le présent décret tout ce
que nous propose le rap|>ort du Tsoung-li Yamen.
Respcetei ceci.
LE PORTUGAL
Ce protectorat a été pour nous évidemment une stnirce de
sérieu.se resjmnsnbililc el de grands tracas, mais clic a été
en mi^mc temps l'origine de toute notre influence à une
époque où la créalion de notre empire colonial de l'indo-
Cliiiie ne nous avait pas fait prendre encore la pince que
nous occupons aujourd'hui dans la politique chinoise. Comme
l'a fort bien dit un de nos ministres àPé-King, M. Cogordan:
o L'influence n'est pas une force qui s'use par l'emploi qu'on
en fait ; elle a besoin, au contraire, d'être exercée pour se garder
et se fortifier '. n
L'Angleterre tirait sa force, du commerce ; la Russie, de
sa puissance liTritoriale et de son voisinage de la Chine ; la
France, de la religion ; [>endant longtemps, rc fut, moins
comme ministi-e d'Allemagne que comme dojen du corps
dipliimaliqnc, que M. de Brandi cxer(;a sa grande inilueiice à
Pé-King.
I. Lettre i M. do Frevcinet. Pé-King, li avril i88li.
AUTRICHE ET ESPAGHE 637
Le protectorat ne nous était pas disputé. Le Portugal
dans son traité avorté de 1863 ' ne faisait aucune allusion k
ses anciens privilèges qu'elle eût eu quelque peine J!t faire
revivre. Il y a mieux :
<i La mission de Ha'î-Nan, qui dépendait jadis du vicariat de
Canton *, en fut distraite en 1876, concédée par le Pape aus Por-
tugais et placée sous la juridiction de l'cvéque de Macao. M. Ana-
clcto Gotrim Garcez fut désigné pour l'administrer. Mais le Por-
tugal, n'ayant point de traité avec la Ghinc. il était dilFicite aux
missionnaires de cette nationalité d'exercer leur ministère dans
la région confiée h leurs soins. L'abbé de Gouvea, vicaire général
de l'évèque de Macao, sollicita en conséquence de notre consul ù
Canton un passeport français pour M. Garcez. alléguant i que lo
Gouvernement de la Colonie pouvait diUicilcmcnt obtenir le litre
en question du vice-roi des deux Kouang o il espérait par suite
K que le Gouvernement français qui avait loujours défendu les
intérêts callioliipies dans l'Extrême-Orient, voudrait bien lui
accorder la proloclion qu'il demandait cl sans laquelle il lui serait
impossible de se conformer aux ordres du Souverain Pontife*, a
Mais, que deviendrait ce Protectorat, lorsque les autres
nations, — voyant le parti considérable que nous tirions du
Protectoral des Missions, que son exercice était bien moins
de notre part un hommtigc rendu à la religion qu'un des
facteurs de notre poliliquccn Extrême- Orient, — s'aviseraient
qu'il y avait, parmi les missionnaires catholiques, bon nom-
bre de leurs compatriotes qui pouvaient avoir recours à
leur propre légation au lieu de s'adresser au représentant
d'une puissance étrangère !>
AUTRICHE ET ESPAGNE
<< Deux ou trois Autricbiens figurent parmi nos protégés.
I. Lp. i4i,
3. Ce vicariat appartient aux Missions étrangères do Pari*.
3. Extrait d'un mémoiro fort intéressant, resté inédit, île M. Collin
de Planeur-
638 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
L'un d'eux, M. Freinademctz *, tenta, en 1880, d'obtenir par
le Consulat d'Angleterre à Canton, chargé également des
intérêts austro-hongrois, un passeport identique à ceux que
délivre la légation de France. Cette demande, adressée au
vice-roi des deux Kouang, fut repoussée par ce haut fonction-
naire qui se référa au traité autrichien et allégua que cet acte
diplomatique ne contenait aucun article relatif aux mission-
naires. De nouvelles instances aboutirent enfin h la remise
d'un passeport, libellé au nom du requérant, mais ne donnant
droit à ce dernier qu'^à la protection et à lassistance que les
autorités chinoises sont tenues d'accorder, conformément au
traité, aux sujets autrichiens, porteurs d'un titre de voyage
régulier. Le consul d'Angleterre ne put faire davantage,
même en invoquant la clause de la nation la plus favorisée :
les autorités provinciales se refusant à en admettre l'appli-
cation en cette matière. — Ce missionnaire a reçu depuis
lors (en 1882) un passe|K)rt français.
Les Espagnols sont tous sous notre protection. Un des
représentants do S. M. Catholique en Chine, M. de Quevedo,
résolut en 1868 de placer ces ecclésiastiques sous la dépen-
dance de sa légation cl exjiédia une circulaire aux agents
sous SCS ordres pour leur déclarer que TEspagne entendait
désormais protéger elle-même ses missionnaires et pour
prescrire le retrait des passeports français que ces religieux
avaient en leur possession. Ces titres devaient être remplacés
par des titres espagnols. Il semble que celte détermination
ne fut pas accueillie avec beaucoup d'empressement par les
missionnaires. En effet, au mois de juin de la même année,
M. Brenier de Montmorand, consul général de France à
Chang-Haï, se rendit à Formose et à Amoy. Les Domini-
cains espagnols vinrent saluer noire agent à son passage et
le prier de leur accorder la protection française. Quelques
I. De la oongrégation de SteyI.
AUTHICUE ET ESPAGNE 639
jours plus lard, il recevait la lettre aiiivanlc, qiii prouve suffi-
sanimonl conibion los Dominicains éluient {m^u toucliés du
senice (£uc M. de QiievwiiLi avait sans doulc voulu leur
rendre :
Takao, le lo septembre 1868.
Très-ill
Apri's avoir souhaité si lonfçlcmps que votre influence se fit
sentir dans les alTnires de notre mission catlioliiiuc du Formoac
avec les autorités chinoises, nous avons vu aujourd'hui avec plai-
sir notre désir accompli, en voyant flotter dans le port de Ta-kao
le filorieux drapeau de la France. La canonni^c de S. M. Iinpé-
rialt- le Scur/iion nous a a|i|K>i'té de vos nonvelles et de celles de
voire l'auuile. Nous avons ajipris aussi que vous avez reçu, ainsi
i[ue nous, une coinnmuication du M. de Quevcdo par laquelle il
entend nous placer sous sa protection. Mais tous ceux qui réflé-
cliissenl ne savent -ils jjas (|u'une profcclion européenne qui n'est
pas appn\é(' sur des iiaviies de <.-uen'c est de nulle valeur en
Chine.
I'uis.|ue M. de Mas' a déclaré que S. M. lEmpcrmir des Pran-
t;ais était tout |>iii>sant [Mur éjur^'ner aux catholi<{ues les oulragcs
des Chinois, pourquoi voudrions-nous nni< autre protection f
Nous sommes bien en KrauLv : que donc les voies tortueuses de
la politique ne nous séparent pas d'elle i*
Je suis. etc.
(Sig.) Fernando SaIsëz,
Supérieur des Dominicains espagnols'.
Les Augustins espagnols qui s'adressèrent en 1879 pour
leurs passejiorts A la Li^galioii d'Espagne furent obligés en
déses|X)ir de cause de nous les ilcmander'.
Depuis lors, la Légation n'a pas cessé de délivrer anx
Espagnols les passeports qu'ils sollicitaient.
Voici la lellre que le comte do Lalleniand écrivait de Pé-
Kingjles'i septembre i8tiif,aumarfpiisdcMousticrs, minisire
I. Don Stnibaldode Mas. Minblre d'Espagne, voir 1, l'|8, 3ll.
3. Mémoire do M. Collin do Plane;.
'"- "S-"
040 LE PROTECTORAT DES MISSIONS
des Affaires étrangères, au sujet des démarches de Don Garcia
de Quevedo :
Lors de mon arrivée à Pé-King, j'adressai [une] lettre circulaire. . .
aux chefs de toutes les Missions reHgieuses cathoHques en Chine
sans distinction de nation, et tous m*ont répondu. Je ne pouvais
avoir aucun doute sur la rectitude de ce procédé. Je savais que la
Légation d'Espagne, représentée par M. Sinihaldode Mas, n'avait
aucune prétention à exercer la protection sur les Religieux de sa
nation qui évangélisent le Fo-kicn, et qu'elle avait déclaré leurs
intérêts fort bien placés entre les mains de la Légation de l'Em-
pereur. Je n'avais*donc pas eu à m'occuper de ce que peut dis-
poser à cet égard le traité espagnol, que je viens, du reste de
chercher sans succès dans nos archives.
Mais le successeur de M. de Mas, M. de Quevedo, arrivé ici
vers la fin d'avril, n'a pas jugé que les choses pussent demeurer
en cet état. 11 a voulu revendiquer la protection des Dominicains
espagnols, ei, s'il eut débuté dans celte entreprise par une expli-
cation franche et courtoise avec moi, rien de plus naturel. J'aurais
examiné avec lui la teneur du traité espagnol en ce qui touche la
protection des missionnaires, et à moins d'ordres positifs de
Madrid, je l'aurais, probablement, prié d'attendre que le Gou-
vernement de l'Empire se fût entendu avec celui de Sa Majesté
Catholique sur ce point nouveau.
Mais au lieu d'en user ainsi, M. de Quevedo, avait, môme
avant son arrivée à Pé-King — du moins j'ai lieu de le croire —
expédié de Chang-Ilaï une circulaire aux agents sous ses ordres
pour leur déclarer que l'Espagne entendait désormais protéger
elle-même ses missionnaires, et pour prescrire le retrait des pas-
seports français que ces Religieux avaient dans les mains. Ces
titres ont dû être remplacés par des titres espagnols. Quant à un
avis à la Légation de l'Empereur auquel la courtoisie eût com-
mandé de joindre un remerciement pour les services rendus à des
sujets de Sa Majesté Catholique, il n'en a pas été question ; cela
eût pesé sans doute à la fierté de M. de Quevedo qui est poète et
Castillan.
Notre ministère pensa qu'il y avait lieu de tenir compte
des appréciations de M. de Lallemand ; il croyait comme
notre représentant que nous avions intérêt à ne pas établir
<le ilisliiiction Irop absolue otilrc nos iiussioniiaircs cl les
iiiissi'iiinaii'cs de nalionulîlc élrniigèic.
On SI! ra^pcllcia que Utin Harcia de Qucvetio, l'ervciil
riiyjiliste, (h'niissionna pn 1869', h la suite delà n^voinlioii
ilu :*i) septembre i8(')8; malgré son ancienne atlitude, ce fut
à nuire eliargé d'affaires qu'il cnniia les inlén'ts espagnol!!.
M. de llodiediouarl wiivait de l'é-Kîng, le 10 mai 1869 :
« Kii [piillanl la (lliine. M. de Qiictedo m'a demandé olliclel-
iemeiil de me diarf;er de la proleelimi des sujets et des iiilériMs
es|iiii;nols jiis<|n'i'i ^arFi^ée de M. Patxot. nouvel envoyé du gou-
veriiemenl provisoire de Madrid. Jo n'ai pas cru devoir reftisor
ee service, d'autant plus ipi'd n'entraîne après Itu aucutn' res-
|Minsabilili' bien sérieuse, les KsjM^'nols n'a\anl pres(|u'aucuiie
alFaire en (lliine. »
lui i8<S/|. nu inonicnt de nos dillicnllés avec In Cliine,
le uiinislre d'Italie. M. de Lura, avinl rei;u une reipiétc des
nilssionnaires italiens du lion l'é. saisi! cette iircasion puni'
se rendre à llan-Ki'ini el délivrer à rliarun des ineinl>rcs
de la (^i>n(;ir<;ati(m un certilicat individuel do nationalité qui
|)ut leur permetti-e de ne pas être confondus avec les
l'ranrais. I,a llussie avait accepté de protéf;er les sujets
l-'raneais el sa protection s'étendait également snr les missions.
Par une note du iG-18 seplemlne 1S8/1, leïsoung li Vamen
avisa le ministre de Russie, M. Serge l'iipnv, que rKnijie
ivur donnait son crinsentenient à la pnitertion des Français
par lui. M. l'oiK» eul l'occasion d'exercer le proleclurat
et l'énergie qu'il témoigna alin d'olilenir salisfaclion des
(ilûniiis |H>ur les dounuages causés aiu inissionnaiivs du
Kouaug Toung, lui valut la n-roimaissuice des mission
naires. du \alicau .-t de la l'rance.
. 1. 1,. :!...
UoHDIEH,
•-■* •.-'.■ ■ -*.«^-*--^rf-«-» ■ -'■■,.•1 - i», I — 1 jii. . ^pf^n^ »-^,-irrr'--"7_'
6^3 LE PROTECTOR\T DES MISSIONS
a Je doute, écrit M. Patenôlre^ que le patronage de l'Italie
qui n'entretient dans les mers de (lliine qu'un seul bâtiment de
guerre contribue beaucoup à accroître la sécurité des missions
•catholiques. Il peut en revanche n*ètrc pas sans danger d'insister
sur la distinction à établir entre les missionnaires étrangers et
les missionnaires français, car c'est une façon indirecte de désigner
spécialement ces derniers à la haine des indigènes. J'en ai fait
l'observation à mon collègue en lui rappelant que l'agent russe à
Ilan-Keou avait déjà été chargé olîiciellement de la tutelle des
intérêts catholiques. M. de Luca dont l'orthodoxie s'alarmait,
parait-il, de voir les congrégations italiennes sous le protectorat
d*unc puissance schismatique a été d'un avis différent. Il s'est
adressé en conséquence à l'agent anglais*, à Han-Keou, lequel
esf du reste protestant, pour le prier d'accepter les fonctions de
Vice-Consul d'Italie et de protéger en cette qualité ses nationaux
établis dans les provinces du Hou-Pé, du Hou-Nan et du Ho-
Nan. »
De retour à Chang-Haï, M. de Luca adressa au Tsoung-li
Yamen, le i5 novembre i884, une longue communication
en anglais, dans laquelle il annonça qu'il était allé à Han-
Kéou pour délivrer à ses nationaux, afin, que le cas échéant,
ils ne partagent pas le sort des Français, des certificats indi-
viduels de nationalité. Il avait délivré 38 certificats dont 26 à
des missionnaires et 12 à des religieuses, sans soulever la
question de protectorat exercé par la France sur toutes les
missions catholiques. M. de Luca demandait que des instruc-
tions télégraphiques fussent envoyées à Pien, vice-roi des
deux Hou, pour qu'il apposât son sceau sur les certificats
afin de leur donner plus de valeur.
Un certain nombre de missionnaires italiens eussent pré-
féré la protection de l'Italie h celle de la France et ne
manquaient pas de témoigner de leurs sentiments lorsqu'une
1. A M. Jules Ferry, Chang-Haï, 18 novembre i884.
a. M. Chaloncr Alabastcr.
ir.vi.rn (}'\^
occasion leur clail fournie, comme, par exemple, la visite
à Han-Keou, du navire de guerre, Crisloforo (lolomho.
Le croiseur * Crisloforo Colombo partait le 19 avril dernier de
Cliang-Haï pour visiter les ports du Yanjç-tseu Kiang.
Arrivé le lendemain à Kiang-Yun, il poursuivit sa route par
la passe de Silver Island, et dans la même matinée, il jetait l'ancre
à Tclien-Kiang.
Le lendemain, il continua à remonter le fleuve, et le 23 au soir
il jetait Tancre à Kieou-Kiang, où après un séjour de 48 heures,
il poursuivit |X)ur Han-kéou.
Le chef de la mission italienne à Ilan-keou, Tévéque \î*' Car-
lassare'-^, se rendit à hord du Co/om/>o aussitôt qu'il eut jeté l'ancre.
Le commandant du (hlombo rendit l^ visite à l'évéque dans sa
résidence de Wou-tch'ang, sur la rive opposée et à quelques milles
plus en amont de Han-kéou.
Le commandant du Colombo et ses olïiciers reçurent des marques
de grande sympathie de la part de tous les missionnaires y com-
pris leur chef.
Les sœurs du couvent ont lu au commandant une adresse où
les sentiments patriotiques alternaient avec les sentiments de la
charité et de la religion.
Le i**" mai, le Colombo quitta le port de Han-kéou et le soir jeta
l'ancre à Kieou-Kiang d'où le lendemain il repartit pour Wou-
hou.
Le 5, il partit de Wou-hou et arriva le même jour à Tchen-
Kiang.
Le G, le Colombo quitta ce mouillage et arriva le soir à Wou-
soung.
Le 12, au matin, le Colombo était de retour à Chang-llaï où il
reprit son mouillage^.
î. flalie, lO juillet i885.
M. (Jarlassarc, h.piphnne^ né à Monlocchio. diocèse de A icencc, 30
juin i8'ii : frère mineur; évoque de Nïadaura (Nuniidio), vicaire aposl»"»-
lique du llou-Pé oriental. 18 juin i88'|.
3. Un article parut également dans le Popolo romano, du i(> juillet,
donnant le texte de ralloculioii des sieurs au nombre de i3, ayant à leur
tète la sœur Paoln A isniaru.
•'rv
O.Vl ^'^' IMlOTKCTOrtXT DKS MISSIONS
Modèle des (Jcrtijii'dls ihdirns
Si ccrlilica (la Noi (jiii sollosrrilto. Inviato Straordinario e.Mi-
nistro Plenipolcnziario di S. M. il Ile (l'ilalia in Cina, clic il
inissionhrio l'o^^o di "
0 di iialo in (llalia) nelT annn i8
non è IVanccso, mh o siiddito italiano e conio talc rcgislrato al
no nel Hegislro dci Nazionali presso il Gonsolato d*Italia
a Shang-hai.
Shanghai, novembre 188/4.
Il y avait environ 72 missionnaires iudicns on (]hino.
M. Mancini* déclara à notre ambassadeur près du Quirinal,
M. Dccrais, qu'il approuvait la conduite de M. de Luca cl
que « d'après ses informations, le Vatican s'clail montré
reconnaissant de Tintérét que le Minisire du Uoi avait montré
en ces circonslances aux religieux ses compatriotes. »
(février i885). Le gouvernement du roi llumbert avail
fort à cœur cette question et en juin i885, le ministre des
Affaires étrangères d'Italie présenta au Sénat un projet de
K)i tendant à organiser le protectorat catholique en Afrique,
en Orient et aillem's au profit de Tlt^ilie.
Le préfet de la Propagande opposa un démenti absolu
aux paroles de M. Mancini et déclara : « Le Saint-Siège ne
croit pas possible, en raison des cinx^nst-ances, a aller
jus([u^'i une nouvelle protestation publi(pic, sentant très bien
qu'on pourrait facilement en prendre prétexte pour surexci-
ter contre le Pape le sentiment national. » Le secrétaire de
la Propagande, M"^ Jacobini, disait que des instructions
allaient cire cFivoyées aux missionnaires italiens, les invitant
à recourir autant que possible exclusivement aux bons olïices
de rLvéque français de Pé-King (5 février 188.")). Le
\ atican et la Propagande en particulier n'avaient guère de
raisons de se tourner vers le Quirinal ; en janvier 1885, le
I. Mancini, Pascnl-Sianisl'is, iw à (lu^iol-IUronia, près d'Ariano,
|e 17 niars 1817; mort à Capodimonlc, uC» <it*cembre 1888.
Tribunal siipirinc do Homo on ail roFulamnr la Propaf^Miulo
h converiir ses biens iniinonbles en renie italienne.
Le voyage de Tabbé (linlanelli à Pé-King avait fail courir
les bruils les plus laebeux an sujet de noire prolerloral. Le
7 juillet 1885, le (lardinal sccrélaire d'Klat et le Préfet de
la Propagande avaient atlirnu; 1res catégoriquement à noire
ambassadeur, M. Lefcbvre de lîébaine, cpie le (labinct de
Pé-King n'avail fait aucimc démarcbe auprès du Valican
pour obtenir la suppression du protectorat exercé par la
France sur les missions de (lliine. Le Préfet de la Propa-
gande déclarait en (jutre ((u'il ne songeait pas a renoncer
au proteclorat français et exprimait en même temps le désir
que noire protection soit a(ii\e et aussi elVu\'ice cpie Tavait
été durant les derniers é>énements la pnitectitin exenn'e pour
notre compte par les Russes.
l n connuunûpié oIVkm^'I du Minuteur de Honic démentait
les allégations du Times en ce qui concernait notre protecto-
rat des missions catboliques.
D'après* des nouvelles de Pé-king. le Times met en relief
rexcellent cllcl produit jku* la i<»ltre du Saint-Père à rKiiipereur
de Oliine. S. M. L rejetterait les propositions françaises au sujet
du prot(»cloral des missions calholi([ues, proteclorat dont le gou-
vernement fran(;ais, au dire du rorres|)ondant du Times, abuse-
rait dnns im but [)oliti(pir. l/empereur aurait en outre riiit(*nlion
d'accréditer un and)assa(l(MU' auprès du \ atican et d'accepter um»
nonciature stable auprès de la (lour <le Pé-King, dans le but de
sauvegarder les intérêts des callioli(|ues. Kniin. le Times., louant
riiabilelé du légal pontilical. eu présage une amélioration en
faveur non seulement des callioli(|U(\s, mais aussi des protestants.
li't^ssenuitnre Homnno de ce soir» reproduisant ces nou\ elles du
Times, conlîrme revcellente impression (pie la lelln» pontificale
a produite sur renijM'reur «le (iliineel snrsadour, mais il déclare
dé|)our>ues de fondement tontes les autres nonxelles du journal
anglais.
1. Moniteur de Home, i5 juillet i88ô.
.»'.i'«i"^J » n ip I* 1 1 '^•■Z'^mr' i.^VTf, '«■TT»
(i-V) LE PUOTECTOnVT DKS MISSIONS
Le démenti * (juc nous avons opposé liicr avec VOsservatare
Romano aux nouvelles du Times relalivenieni à la substitution
du protectorat français dans rExlrèmc-Orient, mérite une atten-
tion toute particulière. Il a une iniportance politique de premier
ordre. Le gouvernement français peut \oir à quel point le Saint-
Siège respecte les traditions de la France dans les missions, malj^ré
le^ écarts et les fautes de la République. Pourrons-nous espérer
qu'il en tiendra compte et qu'il réparera les errements du passé,
en sauvegardant en même temps les intérêts de l'avenir ?
Dans tous les cas, les informations du Times, quoique fausses
dans leur teneur actuelle, ont un fonds de vérité qu'il ne faut pas
dédaigner. C'est, sous une autre forme, une nou>elle tentative
de ravir à la France son protectorat catbolique, qui constitue la
garantie la plus précieuse de son influence dans les colonies. Ce
danger ou cette menace se dresse et se multiplie sur tous les
points. Il n'est plus permis d'en douter, on fait une concurrence
impitoyable à la France. Si le gouvernement français veut con-
jurer ce péril, s'il entend sauvegarder l'héritage glorieux des
Richelieu et des Napohîon !•', son premier devoir est d'enrayer le
mouvement qui semble pousser la France vers la séparation de
l'Église et de l'État. Le jour où il oublierait ce devoir patriotique
marquerait la fm du protectorat catholique.
Cependant, quelques Puissances s'agitaient à !¥-King;
rAngleterrc, rAllcniagne, Tltalic et même la Belgique
encourage^iient depuis plusieurs mois la (]our chinoise à
nous contester les droits spéciaux découlant pour nous du
Protectorat : la Russie et TElspagnc s'ahst(Miaient ; les eiïorts,
dont ranioindrisscnicnt de notre influence en Chine était
l'objectif, étaient concentrés à Londres et favorisés par le
cardinal Manning qui professait peu (raniitié pour notre
pays : rarchevèque de Westminster faisait cause coninuinc
avec le marquis Ts'éng, charge d'engager directement a>ec
le Pape la question de la renonciation du Saint Siège à
notre protectorat.
La lettre suivante de notre ambassadeur près du Saint-
I. Moniteur de Borne, 16 juillet i885.
04,
Sii'go, ndro^scc à M. ili^ l'Vfjcinct, exjtoso bien les i<lé<?s dii
Valicaii :
Home, le çf M-jiti!inbre i885.
MOSSIKVH l-K MiMSTHK.
Uii Membre du Sacré-(iiilli'-f;o (|iii prciiil habit net lement une
]inrt arlive aux travaux de la Projiagandc a inlrr|M:llé, il y n
c|iicl(|iie!' jours, n litre coiilidcnliel. le (lardinal Siiitcoiii fi propos
des bruits relalifsà la suppresMOii du Proteeloralquc la h'rnnce
exerce sur les iiiissioDs ralli(>li(|iics en Chine. I>R Préicl de la l'ro-
[ia)^nde n n'ponilii nvec nutaiil de simplicité (|ue i)e nGlIclû aux
inlerrofia lions i{ui lui étaient faites.
Des détiiils (jnî m'ont été fournis à hi suite de cet entretien, je
dois conclure (pie la (piestion n été tout au mnins l'objet d'nn
sérieux écban;;c d'iili't's entre le Souverain l'ontife et le (Cardinal
Sinieoni. a .l'ai démontré au l'a|>e, aurait dit son Kmïncncc.
rjue tous ces beaux projets tendant à nous soustraire il In protec-
tion de la l-'raiKT. dans I TAlrèuie-Oiieiit. lionl ^aills l't ne
reposent sur rien de sérieux, aucun gouvernement u'ctnnl en
mesure de nous oITrir les ^arnnlies «iiie nous trouvons dans l'action
de la Kranee. (|neh|ue pénible d'ailleurs. (|nc doivetit i'tre trop
souvent pour le Saint-Sii-^-u les effets de la [politique religicnsi-
de la ltépubli([ue h l'intérieur, a
C'esl II- mènie onlre d'idt'-es ipie m'ataient déjà développe !r
cardinal Jiirobini et le SiTcrétaire de la l'ropa^'ande. <> Nous lier
puremcnl cl simplement à In (lliicie. nous ne saurions y sonj^er.
ni'nvflit (lit r.\i'chevé<juedeTvr: il est très certain ipie les canons
de l'Éfilise ne nous pro léseraient |>as du tout contre les retours
olfensifs du Céleste Kinpire; dés lors il faudrait nous adresser
au\ diverses l'uissiuices euio|it'einies et nous scrioTis ainsi conduits
de toute mVessité a solliciter surtout les Iwns ollices île l'Italie
toujours ]U'éle à nous les oiTrir. Mais cela nous coi'itcraîl bien
cher et le tlalu tjini est de Iwaiiroup préférable. »
Telle est lu sllnation aujourd'hui. Monsieur le Ministre, l.e
fait cpi'on a pu et ili'i env isa<,rer un \ alicun certaines éventualités,
n'en reste )ias moins fort (;rave, cl, je ne crois |ias nécessaire île
m'éleinln- sur l'intérêt ipienons avons à suneiller nitenlivemeni
les im'ni''es (pu- les adversaires de ni)tre Protectorat [mursuiveiit
avec le concours de lu diplomatie diinoise avant [)onr avocat eu
cour de Konie le cardinal Mamiing, (pie son compatriote le car-
r)'|S i.K im;otkctoh\t hks missions
(linai Howard drrlarail nVcnnnciil rin* le |>liis dan^'crcuv socia-
lislo de l'Europe.
A cuillez, elc.
(Si•^^) l\d. Lefel)>re de Bkiiaim: '.
Dans une andionce acconlée, le ii «xMobre iSS.'), par io
pajio à notre anihassadeiir* Léon \lll parlant des nii>sions
de rKxIrènieOrienl el di'< hniils relatifs aux soi-disiuils
|)onrparl(4's de la (ihine avec la ehanceilerie ponlilltMle, lui
(Itrlara :
« Kn nie remerciant, érril M. LeCehM-e de Réliaine-. des der-
nièr(*s libéralités de la népuhlitpie pour la Pro|>ai;ande, Léon \lll
m'a parlé du récent départ du Père (îiulaïK^lli |)our le (iheii-Si,
me Taisant nMuarcjuer ([ue ci*tte |)ro>ince est trop éloi;inée do
Pé-jvin*^ pourcpi'ou puisse prétendre (pie le nouveau \icaire a])Os-
tolicpie est chargé de suivre les néi^^tciations di|)lomatiques dont il
a été parlé ilans In pressi». « Nous n'a\ons rien l'ail de tout cela ». a
conclu le Souverain Pontile, nous nous tenons simplement prêts,
attendons les éxénements »...
Je n'ai j)as insisté, car il est clair (pie le Pa|>e. en |)roiionvanl
CCS mots, soni;eail à ré\enlualilé (pie \isent en ce moment cer-
taines leuilles républicaines de Paris, de la dénonciation du (lon-
cordal.
Le coup (|ne Ton xoulail |iort(4' à notre [)r(>tert(»rat des
Missions était [laré pour cette l'ois, mais le \ati<*an a\ait
examiné réventnalilé (Tun pr()t(H't(»rat niniliple, din\c, il
avait faibli dans Taiipui (pi'il nous donnait ; (Tautre part,
nos titres de possession étaient bien pivcaires. ()node\ien
draient-ils, lorscprnne puissmee, occidentale se serait mise
d'acTord a la lois avec le Vatican el aNec la (ibine? Nous le
verrons avant longtemps.
1. L(?f«'li\r(; il(; B(';li.iiiic, l'Idoutud-Alphonst', (xnntc. ik' le 3i mars
1839; aiiiliassadeur pr«'s ir Saiiil-Si<'gc, 3o octobre iî<8a.
'i. lloinc, i3 octuhro i885.
Lu GÉNÉALOi
P'ou Wei,
fils de Tsai-Ying;
donné
*.omme fils adoptif
poslhume à son
incle Tsai Tch'êng.
1
Tsai Han,
duc,
oii jeune.
11
^jon est marquée par un A.
KouANG Siu, Jî^actère est également celui du 7* prince
TsaiTien, lutorisé h le garder par décret de Tlmpéra-
Empereur, ^vq^j^ spéciale, quoique frappé de taboo et
jfc jr le caractère (a).
m
V
■r
TAIÎLK l)i:S MATIKHi:S
Ghaphhf I.
ClIAPITRK II,
(hlAPITKF m,
ClIAPITIlE IV.
Chapitri: N .
(illAPITUK NI.
(Ihapnke VII
ClIAPfTKK NUI
(lllAPITRi: I\.
(]||APIIKE \.
Chapitre \Ï.
(lllAPITKK \ll.
(Chapitre Mil,
Axmcraenl de Kouang-Siu i
Corps cli{ilo[natiqiic étranger. — Télégra-
plies. — Lieoii Koiicn-i. — Japon. —
Anna. — Carisbrooke — Altcntats
divers 20
AlTairrs de missionnaires 3a
I/afTaire Margarv !\\
Nouvel an cliinois, 1870. — Porlugal. —
Trail<^' de Kang-lloa. — Wen-Siang. —
M. Brenicr de Monlmorand. — AfTairo
de Ning-Kouo Fou. — Chemin de fer. —
Corps diplomatique chinois 96
Nouvel an cliinois, 1877. — Nouveaux ports
ouverts. — Deuil de T'oiing-Tché. —
Lettres de créance. — Famine. — Con-
vention d'émigration, — M. de Espafia. . ii4
Le inanpiis Ts'èng. — Disgrâce de Lieou.
— Li Foung-pao. — Vicariat a|)ostoliqiie
du Kan-Soii. — Augustins espagnols. —
Départ de M. lîrenier de Montmorand.
— M. Palenolre. — Légation d'Italie.
— Armements de Li Houng-tchang. —
M. hourée i33
Traité allemand. — Traités américains. . . i '|8
I/alluire de Kouldja ilîa
L'alTaire d(; Kouldja Çsuiic) i83
L'alï'jiire de Kouldja (sui/r^ :uo
L'atlaire de Kouldja (^'0 :>'i'S
— l/atfaire du Tong-King; marquis Ts'èng.
— La FraïKMî au Tong-King. — L'évéquc
d'AdfHu et (iialong. — La Hestauration
et (^haigneau. — (Conquête de la Hasse-
(lorhineluiie. — Traité de Saigon, i8<)a.
— Exploration du Mé-Kong. — Jean
Dupiii.K. — Francis («arnier. — Traités
d(? Saigon. 187'!. — Communication du
M traité à la (Jliiiie :i^u
K^'^fVrr^tSir
'.tt ■'•'"i
u"T^~"'?*lï*H
()5o TABLE DKS M VTIKRKS
CiiAPiTRK XIV. — L'alTairc du Tong-King {suite^ aSô
Chapitre XV. — L'affaire du Tong-King (suite). 3o8
(Chapitre XVI. — Mort de rim()éralricc de l'Est (1881). —
Trailé brésilien. — Disgrâce de Tso. —
Le P. Grimaud 3?i2
Chapitre XVIL — L'aflairc du Tong-King (suite). 33i
Chapitre XVIIL — L'affaire du Tong-King (suite). — Départ
de M. Bourcc(i883). 368
Chap.itre XIX. — L'affaire du Tong-King (suite). — Traité
de Hué (Ifarniand), a5 août i883. . . 38^
Chapitre XX. — L'affaire du Tong-King (Awi/é?). — M. Tri-
cou (i883) 393
Chapitre XXI. — L'affaire du Tong-King (suite). — M. de
Semallé (1883-188/4) 'iio
Chapitre XXIL — L'affaire du Tong-King (suite). — (Con-
vention Fournier, 11 mai i88/|. . . 431
Chapitre WIII. — L'affaire du Tong-King (suite). — Bac-
Lé (23 juin i88'i) '4^9
Chapitre XXI V. — L'affaire du Tong-King (suite). — M. Pa-
Icnôtrc à Hué 48o
Chapitre \XV. — L'affaire du Tong-King (fin). — M. Pa-
tenôtre en Chine ^9^
Chapitre XXVI. — Traité Cogordan (1886). — Traité Cons-
lans(i887) 'jôa
(Chapitre XXVH. — Le P. Terrasse. — Le choléra. — Affaire
de Swatow. — Lieou-Kieou (i883). —
Le Toung-T'ang. — Affaire Conraux.
— Affaires de Corée (i884) 576
Chapitre XXVIII. — Légat ou nonce, à Pé-King ? i885-i880.. 691
Chapitre XXIX. — Transfert du Pé-T'ang 6o5
Chapitre XXX. — Le protectorat des missions 6a5
Tableau g^:>'Éa logique de la fa.mille i.mp^:riale de chine.
CHARTRES. — IMPRIMERIE DURAND, RUE FULBERT.
FÉLIX ALCAN, ÉDITEUR
BIBLIOTHÈQUE GÉNÉRALE DES SCIENCES SOCIALES
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L'Individualisation de la peine, par II. Saleilles, prorcsseur à la Fa-
ciillé (le droit de riJniversilé de Paris.
L'Idéalisme social,, par Kiigène Foiknikkk, dùpiité.
Ouvriers du temps passé (xV et xvr siècles), par II. IIalser, professeur
h rilniversiliî de rilermonl-Ferrand.
Les Transformations du pouvoir, par G Taruk, professeur au Collège
de France.
Morale sociale. Levons professées au collège libre des Sciences so-
ciales, par MM. (î. Kf.lot, Marcfx Hrrnks, BRrNSCHViC(«, F. Ruisson,
Darlu, Ûauriac, Dri.ret, Cil. Cidr. M. Kovalevsky, Mai.apkrt, le H. V.
Mal'mus, de Rorkrty, g. Sorkl, le Pasteur Wagner. Préface de M. fCuiLE
BouTROUx, de rinslitul.
Les Enquêtes, pratique et théorie, par P. du Maroissbm. (Ouvrage
couronné par l'Institut. )
Questions de Morale, leçons professées h Tl^^colc de morale, par
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Le développement du Catholicisme social depuis Tencyclique Rerum
novnnim, par Max Turmann.
Le Socialisme sans doctrines. La Question ouvrière H la Question
fiffruire en Australie et en Nouvelle-Zélande, par A. Mktin, agrégé de
l'Université, professeur à l'Kcole municipale Lavoisicr.
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Conférences et discussions, sous la présidence de M. A. Croiset,
doven de la Faculté des lettres de l'Université de Paris. {École des
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droit de Paris.
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agrégé de l'Université.
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aiiciou in>por(our doK fiuaui-oii et adiniiiUtralour don (ioulrituttionn indirorlo;» ;
M. \lo\aiidro Uimir. dôpuU'. ui)oii*n niiiiisiro; M. li. IU.i^vi.t, profe^î>our à In Faculté
do droit ; M. MImm-I S)iiki., do r.\rad«'into frani-aise; M .\. \ ^-^hm., do rXcadi'inio
franvaif>o; M. Au^. AfcNAi'nfc, L>iro» lour do la Momiaio ; .M. Kinilo Hoi.aur.ois, iiiaUrc di:
confiM-oncos a l'Kotdo norinalo *ii|M'Tiouro, Dirodcur'* dos» proupe« do (ra\ail. pro-
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